ACTION
Elle se déroule à l'intérieur de la tente du primicier Maurice, au centre du camp. Une table, deux lits pliants, des sièges, des trophées. On entend au loin les derniers chants psalmodiés d'une cérémonie funèbre, puis des clameurs, puis une rumeur discrète, mais continua, qui servira de basse au dialogue jusqu'à la fin.
En l'absence du chef, Exupère reçoit Candide, homme simple, doux et posé, son aîné de quinze ans et son supérieur — il est ce «m'on appelle « sénateur des soldats » — mais son ami et son compatriote.
EXUPÈRE Haut les coeurs, noble Candide.
CANDIDE
Haut les cœurs, jeune homme.
EXUPÈRE Vous venez donc à nous 7
CANDIDE
Un pressentiment m'a conduit et non ma volonté.
EXUPERE Ici n'est pas nécessairement votre place.
CANDIDE
Non. Je vous remercie de me le rappeler, Exupère. Je suis plutôt un scribe qu'un guerrier. Mais pour une fois, le combat me regarde.
EXUPÈRE
Loin de moi cette pensée, cher et noble ami. (Se reprenant.) Excusez !... Vous êtes mon aîné et mon supérieur. Mais vous me permettrez, dans la bataille, d'invoquer plutôt l'amitié que l'obéissance. Vous ne pouvez vous figurer quelle joie j'éprouve, à vous sentir aujourd'hui parmi nous. Il me semble que je m'appuierai désormais sur la terre même de notre petite patrie, au bord des sables, où nous avons l'un et l'autre grandi et où sont couchés nos parents. (S' échauffant.) Les heures que nous allons vivre, nous ne les vivrons pas deux fois. Candide. Vous serez des nôtres. Bravo !
CANDIDE Vous voilà bien exalté, jeune camarade.
EXUPÈRE Je n'ai pas fermé l'œil depuis hier. Ceci est trop ter-
rible et trop beau, je n'en veux rien perdre. Que Dieu est bon de nous fournir de telles occasions de nous montrer I...
CANDIDE
Oh! montrons-nous le moins possible! Vous êtes à l'âge, Exupère, oii, même dans la confession et le martyre, on a tendance à se faire valoir. Modérez-vous, et que l'attrait de l'aventure ne risque pas de paraître, aux yeux du vulgaire, votre principale raison d'agir.
EXUPÈRE
Soit, noble ami. Je suis ardent et fier de ma nature. Mais avouez que les circonstances ne sont pas faites pour me refroidir.
CANDIDE
J'attends votre récit. Vous savez que j'ignore tout le détail de ce qui a précédé le massacre. Vous en étiez au moment où Maurice, ayant reçu l'ordre de Maximien, se décida à n'en point tenir compte... Mais ap'rès?
EXUPÈRE
Jamais je n'oublierai cette soirée. (Un temps. Tous deux s'asseyent.) Le chef entra dans le camp à cheval, à l'heure où s'allument les feux autour des te-ntes. Il attendit que la sienne eût été dressée et s'y retira seul. Puis, reparaissant, il nous donna l'ordre de rassembler
chaque cohorte, à quelques instants d'intervalle, dans son quartier. Devant chacune il se présenta en personne. Il eut pour chacune les mêmes phrases que j'ai retenues mot à mot : (( Soldats, outrepassant les droits qu'il a sur nous, l'empereur Maximien nous ordonne de sacrifier demain, dès l'aube, à Jupiter Pœnin et aux autres dieux de l'Empire. Quelqu'un est-il disposé à le faire ? Dans ce cas, qu'il se nomme ! » La proposition souleva des rires et des murmures. Le chef reprit : « Ne pouvant jurer devant les idoles, devant notre Dieu qui est le seul Dieu, jurons fidélité à l'Empereur et à ses lois. )) Les hommes jurèrent sans entrain, mais ils jurèrent. Alors, d une voix moins sereine : « L'empereur Maximien réclame également des légionnaires pour persécuter nos frères chrétiens, partout où nous en trouverons. Quelqu'un parmi vous est-il volontaire ? » Cette fois la troupe marqua plus d'indignation que de dérision ; un certain tumulte faillit s'ensuivre... « Vous savez, ajouta le chef, que le refus d'obéissance se paie cher. » Le tumulte grandit. (( Merci, soldats, conclut Maurice. Je répondrai pour vous à notre maître. » Je ne suis pas sûr qu'il ne pleurait point. — La même scène se renouvela dbi fois, devant chaque unité, sans changement notable, et le chef rentra dans sa tente: c'est de sa propre main qu'il écrivit la réponse à César. Il dormit d'un sommeil paisible, se réveilla avant le petit jour, et tandis qu'un cavalier portait la lettre à Octodure, le visage frais et l'œil clair, comme à la veille d'une manœuvre ou d'une bataille, un pâtre nous servant de
guide, il m'emmena reconnaître avec lui le terrain à l'entour du camp. — Cependant la réponse ne se fit pas attendre... Mais vous savez le reste mieux que moi, puisque, en l'absence de Maurice, vous avez eu le triste privilège de recevoir les spadassins de l'empereur. — En vérité, je le croyais encore moins fourbe. Massacrer les gens par surprise, quand on dispose d'une armée! Il sera mieux reçu ce soir.
CANDIDE
Triste privilège, en effet. Je débarquais au camp, ignorant de toutes ces choses; les tribuns m'ont prié de répondre pour votre chef. Que pouvais-je opposer à un ordre de l'empereur, parfaitement en règle et nullement menaçant par lui-même ? Prendre dix hommes dans chaque centurie pour renforcer la garde prétorienne, à l'occasion des fêtes en l'honneur de César. L'officier de liaison envoyé par l'état-major, tout brillant, tout fringant et semblant sortir d'une boîte, n'était que sourires et attentions. Il a bu avec nous ; il dit aimer le vin de ces coteaux. Je me méfiais un peu de tant de grâces... Mais, au pis aller, me disais-je, que fera-t-on de nos soldats ? On prétendra peut-être les contraindre à inquiéter de pauvres montagnards chrétiens; on les menacera, on les fustigera... Dieu veuille les garder et faire qu'ils s'entêtent à refuser d'exécuter cette besogne ! Après la protestation solennelle du primicier, comment leur éviter, comment nous éviter l'épreuve ?
EXUPÈRE, prompt.
Je ne sais qu'un moyen et je suis prêt à l'employer.
CANDIDE, calme.
Je vous entends. Nous en recauserons, mon frère. — Ainsi les hommes sont partis, livrés par moi, en rechignant un peu, comme pour une corvée, par escouade de dix, sous la conduite d'un sous-officier prétorien. Mais on s'est bien gardé de leur faire suivre à tous la même route. Au premier détour de la gorge, au premier retrait de la roche, et même ici, sur la berge du Rhône, à deux pas... chaque groupe a été surpris, cerné par une bande de Scythes et de nègres, et massacré sans avoir eu le temps de se voir mourir. Personne au camp ne s'en doutait encore, quand le jeune officier a reparu, toujours charmant, mais, m'a-t-il semblé, un peu pâle, feignant d'avoir omis de remettre un message qui ne devait, assurait-il, être ouvert que par notre chef. Il avait grand'peur de le rencontrer, car, cela fait, il repartit à toute bride. C'est alors que le chef rentra. {Un temps.) Vous connaissez la teneur exacte du mot ?
EXUPÈRE, fouillant son manteau.
Notre chef Maurice, qui est un homme brave, rude d'écorce et quand il tend sa volonté, mais tendre dans le fond, prévoyait si peu tant d'horreur qu'il n'a pu dominer sa révolte en lisant la chose : il a fermé les
yeux, ses mains tremblaient, le parchemin est tombé à ses pieds. Je Tai là, sur moi. (Il le tire de sous son manteau.) Ce n'est pas le message d'un empereur de Rome, mais le grincement d'une hyène, l'aboiement d'un chacal. Ecoutez et indignez-vous. (Lisant.) « A Maurice, commandant en chef de la première légion thébéenne. Par ordre de l'empereur Maximien, la première légion de Thèbes vient d'être exemplairement décimée. Le primicier Maurice est invité à se rendre au plus tôt, en compagnie de ses lieutenants, dans la gorge de Mauvoisin, sur le plateau de Verrossaz et en divers autres lieux qu'il découvrira aisément, afin d'y méditer sur les conséquences prochaines qu'entraînerait pour toute la légion thébéenne un nouveau refus d'obéir. Les sacrifices à Jupiter Pœnin seront donc immédiatement consommés et la recherche des chrétiens entreprise sans aucun retard par ce qui reste de la légion de Thèbes. Ajoutons que les corps des légionnaires rebelles et justement exécutés demeureront sans sépulture. Quiconque enfreindra la défense sera passible de la mort. Dernier avertissement à la légion révoltée. » (Un temps.) C'est ainsi que nous nous rendîmes à la gorge de Mauvoisin.
CANDIDE
Et aux autres lieux du massacre! J'y fus aussi, jeune homme. Le message ne mentait pas.
{Un temps.)
EXUPERE
Si ! sur un point, noble Candide. En dépit de Maximien, nous avons rapporté avec nous les corps des victimes. Encore une vingtaine à reprendre aux bêtes et la légion sera au complet dans son camp. Je vous jure bien, noble ami, qu'elle ne se laissera plus surprendre. La troupe est alertée; on a triplé la garde aux quatre portes; nous avons la force avec nous.
CANDIDE Oui, provisoirement.
EXUPÈRE
En tous cas, nous taperons dur. Questionnez un peu partout, dans ce bourdonnement de paroles qui plane sur le camp, comme un essaim de frelons sur un pré ! Il n'y a pas un homme ici qui ne soit pour la résistance. A main armée, s'entend.
CANDIDE, sans approuver.
Et que dit le chef ?
EXUPÈRE
Il ne formule rien encore. Mais, marchant à travers le camp, il médite tacitement. Il entre dans ce silence profond qui précède toujours en lui une décision capitale. On le sent comme en tête-à-tête avec TEsprit. De
ce conseil secret, rien ne peut sortir que de juste. La reconnaissance des lieux qu'il nt avec moi ce matin, indique assez le sens des choses qu'il projette, bien qu'il ne m'en ait pas fait part.
CANDIDE
Qui sait ? — A votre place, jeune camarade, qui avez déjà opté à part vous pour le parti de la violence, je ne serais pas rassuré par un tête-à-tête, comme vous dites, un peu trop prolongé avec Dieu. La sagesse d'en haut n'est pas toujours celle des hommes et elle les scandalise quelquefois.
EXUPERE
Que voulez-vous signifier. Candide ? Notre chef Maurice a sauté le pas : il a passé outre à l'obéissance. C'était l'unique obstacle. La voie est libre maintenant.
CANDIDE
Pardon ! il a prêté serment à l'empereur hier encore — et devant le vrai Dieu !
EXUPÈRE, emporté.
Je sais. Mais l'agression des troupes prétoriennes le délivre de son serment, comme nous du nôtre. Il n'y a place ici pour aucun doute — ou nous avons perdu le sens commun!
{Sur ces dernières répliques, Maurice est entré dans la tente sans être entendu. Il écoute, puis s^avance et pose doucement la main sur Vépaule d'Exupère.)
MAURICE
Le sens commun est chose précieuse. Pourtant, ami, nous nous consolerons de cette perte, si nous retrouvons mieux. (S' écartant.) Tout cela n'est pas aussi sûr, ni aussi clair qu'il te paraît, jeune homme.
EXUPÈRE, confus.
Chef, excusez !
MAURICE
Non, c'est moi qui m'excuse d'avoir prêté l'oreille, par surprise, à des propos qui n'étaient pas pour moi.
EXUPÈRE
O chef... je n'ai rien dit que je ne puisse devant vous redire.
Redis-le donc; car je veux entendre tous les conseils. — Tu parleras le premier, dans l'assemblée des meilleurs de la légion que j'ai convoqués sous ma tente. (Soulevant la toile qui clôt la porte et tourné vers le dehors.) Entrez, mes amis, prenez place.
{Entrent, en saluant, une dizaine de légionnaires, officiers et soldats, qui s'asseyent en cercle sur divers sièges ei sur les deux lits de camp.)
LES LÉGIONNAIRES, saluant.
Chef !... Chef !... Chef !...
(Long silence.)
MAURICE, debout.
Mes amis, mes enfants. Voici un conseil de guerre bien insoHte ? S'il s'agissait de prendre une décision militaire, nous serions trop, bien sûr ! — et, toute l'histoire nous l'enseigne, quelque désastre s'ensuivrait, (Approbation.) La question est d'un autre ordre. Dans les circonstances présentes, je ne saurais agir sans votre assentiment. Si vous le permettez, je la résumerai en quelques mots, sans commentaires; je tiens à me garder soigneusement d'influencer en quoi que ce soit vos avis. (Murmures d'approbation. Un temps.) L'empereur Maximien, qui par la grâce de Dieu est notre maître et à qui nous avons prêté devant Dieu serment loyal, a voulu nous contraindre à agir contre Dieu, son maître et le nôtre, sans lequel il ne serait rien et n'aurait pas le droit de commander sur nous. Entre le maître de l'Empire et le Maître des maîtres, nous n'avions pas à hésiter. Respectueusement, comme il convenait, et quoiqu'il en coûtât à mon cœur de soldat, pour la première fois depuis que je suis sous les armes, j'ai répondu à ses ordres par un refus. Vous m'approuviez?
LES LEGIONNAIRES, en lumeur.
Oui... chef... Oui... Oui...
MAURICE
Cela n'est plus en question. — César a répliqué en enlevant, par traîtrise, six cents des nôtres et en les faisant massacrer. Si nous ne cédons pas, il noys menace du même sort. Je sais que, sur le fond, vous n'avez pas changé d'avis; eue, pas plus aujourd'hui qu'hier, vous ne consentez à l'apostasie.
LES LÉGIONNAIRES, en rumeur.
Non... non... chef... non !...
MAURICE
Pour éviter une nouvelle surprise, j'ai pris quelques mesures provisoires aux abords du camp. — Mais, sachez-le ! je n'ai voulu, par là, préjuger en rien de l'attitude et de la conduite à tenir, quand se présenteront, sans doute en force, les troupes chargées par César d'appliquer sur nous la sanction de mort. Je vous demande simplement d'examiner le droit et le devoir de tous, dans une éventualité qui ne saurait n'être pas très prochaine. Comment recevrons-nous les envoyés de l'Empereur?
LES LÉGIONNAIRES, en tumulte.
En ennemis ! — Avec nos armes ! — Avec nos armes !
MAURICE, les apaisant.
Vous répondrez un à un, s'il vous plaît; avec votre raison et non avec votre colère. — Toi qui es le plus jeune et le plus hardi, parle le premier, Exupère.
{Le tumulte s'est apaisé, Exupère s'avance.)
EXUPÈRE, se maîtrisant avec peine.
Chef, je ne promets pas que je parlerai tout à fait sans haine. J'ai vu mes camarades couchés dans leur sang. (Frémissement dans V assemblée.) Mais je tâcherai de rester sur le terrain de la justice; je sais que la vengeance n'est pas un sentiment chrétien. (Fermement.) Je dis que César, notre maître, a rompu par un crime le pacte qui nous engageait envers lui et qu'à nouveau nous avions scellé hier même; en vain, donc. — Je dis qu'en tournant contre nous sa fureur et en prétendant par la force nous contraindre à servir contre Dieu, le Maître des maîtres, il a cessé d'être le nôtre et séparé sa cause de celle de Dieu. — Je dis que désormais il y a deux camps en présence, celui des armées de César et celui de l'armée du Christ. Si les armées de César nous attaquent, l'armée du Christ se défendra. Elle
n'attaquera pas; mais elle a le droit et le devoir de se défendre. Sa cause est juste, c'est la cause de Dieu. {Un temps bref.) — C'est tout, chef.
{Rumeur et mouvement. Exupère regagne sa place.)
UN CENTURION Cela est bien dit, lieutenant.
DEUX LÉGIONNAIRES
Cela est bien dit.
{On approuve.)
UN VÉTÉRAN, 5e levant.
Ah ah ah ah !... Et qu'ils y viennent donc !
MAURICE
Un peu de calme ! — Tu demandes la parole, vétéran ?
LE VÉTÉRAN, interloqué.
Non, chef... non, chef... Je ne sais pas parler. (On rit. S' enhardissant :) Mais puisque je suis là, je dirai mon mot tout de même. (// s'avance, tousse et prend un temps.) Voilà ! Je suis dans la légion quasiment depuis mon baptême. J'ai vingt campagnes et dix blessures. J'ai passé le Rhin à la nage, avec tout mon fourniment sur le dos et mon épée entre les dents. Je ne crains per-
sonne. Et si j'ai volé parfois un lapin, je l'ai assez payé de mon sang. Et voilà!... et voilà!... Et je n'ai jamais rechigné à la bataille. Et j'y retournerais encore, si c'est la volonté de l'Empereur. — Mais je dis : Qu'ils y viennent donc ! — Voilà ! (// cherche en vain autre chose à dire et répète :) Voilà !
{On rit et on approuve.)
MAURICE Tu es un brave.
LE VÉTÉRAN
Oui, chef... si vous voulez... je suis un brave... — Mais j'ai tout de même raison,
(On rit.) QUELQUES VOIX
C'est bon... c'est bon...
(// rentre dans le rang et se rassied.)
MAURICE, à un centurion d'un certain âge. A vous, centurion ?
LE CENTURION Oui, chef, si vous le permettez.
Parle.
{Un temps. Le centurion s'avance.)
LE CENTURION, rond et timide.
Chef... camarades... Je ne suis pas non plus un orateur. Je n'aime pas la politique. D'abord, ça ne nous regarde pas. Si nous avions le droit de disputer sur ces belles affaires qui changent, on peut dire, à toutes les lunes... nous ne saurions plus jamais à qui obéir... (Approbation.) Mais j'ai laissé là-bas, à la lisière du désert de Scété, où je suis né et où est né mon père, une femme qui est une bonne femme et quatre enfants. Et au fond, je suis à la guerre pour les défendre. Lorsque l'Empire se trouve menacé sur un point, il l'est partout et le soldat sait bien cela. Ce qu'un légionnaire thébéen a fait hier pour le pays de Gaule, le légionnaire gaulois peut être appelé à le faire demain pour le pays de Thèbes — et il le fera de bon cœur. Rome est Rome. L'Empire est l'Empire. (Approbation. Changeant de ton.) Mais si Rome se tourne contre ma maison, quand je ne suis pas là — ce qui se passe probablement en Egypte à l'heure où je parle — si elle fait tort à ma femme et à mes enfants, et si, pour commencer, elle prétend leur enlever leur propre père, afin qu'ils n'aient plus personne pour les garder — je ne connais plus Rome... et je défends ma peau... et c'est encore une façon de les défendre. (Approbation très chaude.) Si on ne résiste pas à ces gens-là, ils finiront par massacrer tous ceux qui ne leur plairont pas. Pas vrai ? Il faut faire un exemple.
(Approbation tumultueuse.)
LES AUTRES
Un exemple ! Un exemple !
{Maurice fait un signe et la rumeur s'apaise.)
MAURICE, impassible.
Bon. — A qui de parler maintenant ?
UN JEUNE TRIBUN A moi, chef.
MAURICE
Va!
LE JEUNE TRIBUN, net.
Oh ! je ne vous tiendrai pas longtemps. Il me semble qu'on s'embarrasse dans bien des phrases. Je poserai deux questions. Avons-nous eu raison de refuser le sacrifice à Jupiter ?
LES AUTRES
Oui !. Oui !...
LE JEUNE TRIBUN
Avons-nous eu raison de nous refuser à persécuter des chrétiens ?