‹ Saint-Michel de Duck-Lake: épreuves et progrès d'une école indienne durant un demi-siècle, 1894-1944Chapitre 11 sur 22 · LES DERNIERES ANNEES DU PERE DELMAS · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNEES DU PERE DELMAS

embonpoint. Je ne puis pas encore dire la messa, car aussitôt que je me pose un instant sur ma jambe malade, elle recommence à enfler.”

Huit jours plus tard, il écrivait encore: ‘La jambe est bien guérie, mais le coeur n’est pas mieux: oppression et respiration courte encore. La tête n’est pas solide non plus. Je ne puis encore dire la messe. Je n’ose pas me promener beaucoup dans le corridor de peur que ma jambe gauche ne rempire; c’est du reste le conseil du docteur. J'ai maigri de dix-huit ou vingt livres. Le régime est bien dur encore. Des fois je sens la faim; mais je mange rarement encore avec appétit.”

Après une absence de près de deux mois, il revint à l’école Saint-Michel. ‘Me voici rendu à l’école depuis le 17 février à midi. Ayant appris que la soeur Marie de Lorette était morte, je tenais à montrer ma sympathie aux Soeurs, à la voir, prier pour elle et lui faire chanter un service à l’école, car elle est enterrée dans notre cimetière. Le docteur Baltzan me donna congé. Je vais mieux, mais je me sens faible; la tête et le coeur sont faibles. Je suis mon régime “in quantum possum”.

Le 11 mars, il donne encore de ses nouvelles au père provincial: ‘Je vous dirai que ça ne va pas trop mal. Je suis sorti tous les jours la semaine dernière, mais actuellement nous avons un temps humide et froid qui m'empêche de le faire. Je suis la consigne comme vous le voulez et comme les docteurs l’ont conseillée. Je ne descends au réfectoire que le midi Dimanche dernier, j’ai été bien fatigué toute la journée: j'avais dit la messe de communauté et distribué la communion. J'avais aussi payé quelques cordes de bois aux Indiens la veille. Je ne crois pas que ce fut excès de fatigue; je l’attribue plutôt au changement de temps qu’à autre chose.”

Un mois plus tard, il écrit: “Le mieux se fait sentir bien doucement; je sens un peu plus de vie tous les jours.”

Désormais sa santé si profondément ébranlée se maintiendra avec des hauts et des bas. “Certains jours, dit-il, je suis assez bien; puis, tout d’un coup, il faut que je me couche. Je n’ose plus voyager à cause de cette fatigue qui vient sans avertir et sans qu’on s’en doute. Il est inutile d'essayer de réagir. C’est impossible: le malaise est trop général et trop violent.”

Dans ses meilleurs moments, il essaye de rendre service à son successeur en l'initiant à ses fonctions, l’encourageant dans ses efforts, applaudissant à ses succès et l’aidant dans son ministère autant que son état de santé le lui permet. Il lui est impossible de chanter la messe, mais de temps en temps il peut prêcher en langue crise en s’asseyant près de la balustrade. Il ne manque jamais de le faire à Noël et à Pâques, jours où les Indiens étrangers se trouvent réunis en grand nombre. Il confesse aussi dans sa chambre les vieux et les vieilles qui ne connaissent que la langue

indienne. Il enseigne aux tout-petits le catéchisme de première communion dans leur langue maternelle. En un mot, il essaye de : se rendre utile le plus possible,

Bien souvent des crises plus aiguës l’obligent à un séjour plus ou moins long à l’hôpital Saint-Paul de Saskatoon, non pas qu'il espère y trouver la guérison, mais au moins un peu de repos et un soulagement momentané. Il ne se fait plus d’illusion depuis le jour où le médecin, à sa demande, lui à parlé franc, ne lui promettant pas plus de deux années de vie; il regarde donc la mort en face et s’y prépare journellement.

Le 19 décembre 1941, le P. Delmas, après avoir célébré la sainte messe avec beaucoup de difficulté, dut se retirer dans la grande chambre qui lui servait d’infirmerie. Il se déclarait à bout de forces et il s’alita pour ne plus désormais se lever que quelques instants chaque jour. Son état était critique et empirait d'heure en heure. L’enflure des jambes était rebelle à tous les traitements et gagnait d’autres parties du corps. Je ne l'avais pas vu depuis la mi-juillet. Aussi quand je le visitai le surlendemain de Noël, je ne pus cacher à son regard inquisiteur un mouvement Ge surprise à la vue de son visage hâve, ses yeux cernés, ses traits étirés et ses bras émaciés. “Tu vois, me dit-il, voilà où j'en suis. Je m'en vais, mais je suis prêt.” Puis il ajouta en souriant: “J'ai, tout de même, roulé le Dr Baltzan: les deux ans de vie qu’il hésitait à me donner, sont déjà écoulés et je vis encore.” Pendant les quelques jours que je passai à Saint-Michel, it voulut me dicter les souvenirs d’un passé qui lui était cher et dont il voulait faire profiter les autres. Le lendemain de l’Epiphanie, après un dernier adieu, je quittai ce bon ami laissant tout espoir de le revoir sur terre.

Le 23 février 1942, à la suite d’une crise cardiaque assez sérieuse, il demanda l’extrême onction. Le P. Latour la lui administra en présence de quelques Pères et religieuses après le coucher des enfants. Ce n’était pas encore la fin.

Le jour de Pâques, 5 avril, il se sent plus souffrant; il est surtout bien triste. “Oh! disait-il, que je voudrais pouvoir me lever pour aller encore une fois prêcher à ces pauvres Indiens venus de si loin!” Beaucoup vinrent le voir. Il défendit de leur interdire l’entrée de sa chambre malgré le surcroît de fatigues que lui occasionnaient ces allées et venues. |

Quelques jours plus tard, son supérieur écrivait au provincial: “Le Père faiblit toujours et ne peut presque plus se lever. Il a les jambes très enflées ainsi que l’abdomen et le dos. Mais il est très résigné et nous parle de la mort comme un prêtre qui n'a passé sa vie que pour Dieu et les âmes.”

A la demande du P. Delmas, le Frère Kacl arriva le 27 avril pour aider la soeur infirmière à le soigner, à le lever ou lui faire changer de posture.

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