‹ Saint-Michel de Duck-Lake: épreuves et progrès d'une école indienne durant un demi-siècle, 1894-1944Chapitre 12 sur 22 · LES DERNIERES ANNEES DU PERE DELMAS · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNEES DU PERE DELMAS

En apprenant son état critique, ses parents et amis s'empressaient de venir le revoir une dernière fois. Mgr Duprat lui rendit visite avant son départ pour l'Est. Le 5 mai, Mgr Murray, évêque de Saskatoon, vint à son tour pour le bénir. Il fut profondément impressionné par crtte bénédiction épiscopale et ne put dominer son émotion.

Son corps affaibli et défiguré par l’oedème n'était plus qu’une plaie vive et suppurante sur les parties où il reposait. Il fallait le mouvoir avec d’infinies précautions. Le 9 mai, on eut grand’peine à le déposer quelques instants sur son fauteuil et à le recoucher. On crut qu'il allait défaillir. Toute la journée, il récita J'Ave Maria appuyant sur les dermiers mots, et même, la nuit venue, il la répétait encore presque sans interruption bien que sa parole fut devenue de plus en plus empâtée.

Le 10 mai, vers une heure du matin, le Frère A. Kacl qui le veillait, vint chercher la directrice et la Soeur infirmière et réveiller les Pères car il était évident que la fin approchait. Le R.P. Georges M. Latour, arrivé à son chevet, lui fit renouveler ses voeux de religion, car il avait encore toute sa connaissance, puis il commença la récitation du rosaire qu'il suivait avec une grande attention. A cinq heures, le malade ferma les yeux et s'arrangea comme pour dormir. Le P. Latour commenca alors les prières des agonisants qu'il fit suivre de quelques autres invocations. La respiration du malade devenait de plus en plus faible et, vers six heures quarante cinq, elle s’éteignit comme une flamme qui manaue d’aliment. Quand son provincial arriva quelques heures plus tard, il se trouva en présence d’un cadavre.

Lorsque le corps eut été embaumé, le P. Provincial fit la levée du corps et le cercueil fut transporté à l'église Saint-Michel où, jusqu’à l'enterrement ses enfants et ses amis vinrent sans interruption prier pour l’âme du défunt.

Le 13 mai, les funérailles prirent le caractère imposant d’un cortège triomphale où l’on distinguait tout à la fois le respect, la piété filiale et la douleur poignante, tant le missionnaire s’était fait d'amis et d’admirateurs. Beaucoup pourtant ne purent y prendre part et durent se contenter d'exprimer leurs regrets et leur admiration pour le disparu. C'était en effet pour eux une forte personnalité dans tous les sens et, de plus, extrêmement attachante. C'était pour d’autres en toute vérité ‘‘un homme extraordinaire dont les bonnes oeuvres étaient connues et appréciées de tous sans distinction de rang ou de croyance. En fait d'influence sociale et d’habileté à mener dans tout ce qui concernait le développement de la Saskatchewan, son rôle fut d'une magnitude peu commune parmi les gens de cette province.”

Aussi aux deux messes solennelles qui se succédèrent, l'église Saint-Michel regorgeait de monde. Le R.P. Routhier, en anglais et en français, et le P. Beaudry, en langue crise, firent ressortir

en chaire les causes de cette irrésistible attirance qui étaient sa grande bonté de coeur et son zèle inlassable:; ils supplièrent tous ceux qu’il avait tant aimés et si souvent secourus de lui prouver leur sincère reconnaissance par leurs prières et leurs sacrifices.

Un clergé nombreux assistait aux funérailles. Mgr H. Desmarais, vicaire général, représentait son évêque retenu au loin. Mgr G. Murray, évêque de Saskatoon, comme dernier gage d’une profonde amitié, présida l’absoute. Le R.P. Routhier, son provincial bénit la fosse creusée à l’endroit que le défunt avait désigné lui-même afin de reposer au milieu de ses enfants, amis et collaborateurs auxquels il avait facilité la montée vers le ciel. De cette tombe, il continuera à prêcher à ceux qui lui survivent et à tracer la voie à ceux qui le remplacent. “Son travail a toujours été de la plus haute valeur, écrit un fonctionnaire du bureau des Indiens, et je ne doute pas que son souvenir contribue à inspirer à d’autres le désir de reprendre son oeuvre au point où il l’a laissée.” :

Une Soeur de la Présentation

Page 1