‹ Saint-Michel de Duck-Lake: épreuves et progrès d'une école indienne durant un demi-siècle, 1894-1944Chapitre 3 sur 22 · LES POURPARLERS · texte numérisé non relu

LES POURPARLERS

faux bond? Monseigneur répliqua: “C'est une école industrielle en règle, sur le pied de celle de Saint-Boniface ou de High-River, qu'il nous faut. Un simple ‘“boarding school” ne répondrait nullement à nos vues ni à nos besoins actuels.”

La réponse du 5 mars ne contenait que des regrets de ne pouvoir faire mieux. On ajoutait même: “Je ne sais même pas encore si je vais pouvoir réussir oui ou non. Enfin je ferai mon possible.”

Au mois de septembre on annonça à l’évêque que la somme de deux mille piastres était allouée par le gouvernement pour lui permettre de commencer la construction de son ‘“boarding school”. Tout en remerciant, il ne pouvait cacher sa déception: ‘C'est un premier pas, écrivait-il, mais que puis-je faire avec une somme si petite? Elle ne me permet pas de commencer une construction de ce genre avec les dépenses nécessaires, pour quelque modeste qu'elle soit à son début.”

De pius d’autres difficultés surgissaient au sujet de l’'emplacement. Comme il arrivait partout dans le pays sur le parcours d’une nouvelle ligne de chemin de fer, tous les terrains encore vacants étaient rapidement accaparés par de nouveaux colons ou des spéculateurs. Aussi l’agent des Indiens, chargé de répérer une demi-section pour l'emplacement de l’école, ne trouvait rien qui vaille. L’arpenteur Ponton lui signala la section 16 du township 44 au rang 2, comme la meilleure en fait de terres disponibles. Mais, après informations prises, Monseigneur était loin d'en être satisfait. “Il n’y a ni bois, ni foin, ni eau en été, écrivait-il, et les buttes de sable y sont nombreuses.” Aussi suggérait-il de renoncer à Duck-Lake pour aller construire l’école à sept milles au nord-ouest de Prince-Albert, près du pont qui traverse la rivière Coquille.

A tout cela M. Dewdney répondit le 8 octobre en essayant de le consoler: “Je vous assure, dit-il, que j'aurais été heureux de voir le gouvernement vous accorder un octroi plus considérable, si la chose avait été possible. Toutefois je prendrai soin de noter les représentations de Votre Seigneurie et d'examiner ce que je pourrai faire pour me rendre à vos désirs quand les évaluations de l’année prochaine seront mises en discussion. J'’essayerai aussi de voir si un échange de terrain est possible et d'en réserver un préférable à celui qui à été choisi.”

Au mois de février suivant, monseigneur Pascal partit de Prince-Albert pour se rendre en France au chapitre général de la congrégation des Oblats. En passant à Ottawa, il profita de la présence du P. Lacombe pour traiter avec les membres qâ@u gouvernement des questions délicates qui l’occupaient. Bien des points furent éclaircis, mais certaines questions restèrent en suspens.

Le 30 novembre 1893, il écrivit d'Aix-en-Provence demandant au département des Affaires Indiennes de ne rien décider sur le site de l’école avant son retour qui ne devait pas être éloigné.

Quelque temps après, au mois de janvier 1894, la rumeur se répandit à Duck-Lake qu'il était question de choisir les environs du Lac-Maskeg pour y établir l’école et que, déjà, l’emplacement était déterminé. Grand émoi parmi la population. Le plus influent des personnages de l'endroit s’'empressa de mettre le gouvernement en garde contre un tel projet. ‘Maskeg, dit-il, . est une place écartée, bonne tout au plus pour l'élevage, mais nulle pour la culture, ce qui priverait les petits indiens de l’instruction agricole à laquelle ils ont droit. De plus l'éloignement du chemin de fer rendrait les transports et les voyages d'autant plus coûteux qu’il faudrait pour s’y rendre traverser la Saskatchewan qui était impassable à certaines époques. A Duck-Lake, au contraire, bonne terre et bonne eau et de plus proximité de la gare.”

Le gouvernement promit de tenir compte de ces observations quand la question du site se règlerait. Mgr Pascal en effet allait bientôt revenir.

Parti du Hâvre le 20 janvier 1894, monseigneur Pascal passa à Ottawa vers le milieu du mois suivant et put avoir avec le député surintendant des Affaires Indiennes l’entrevue tant désirée et si longtemps différée. “Sa Seigneurie, écrit ce dernier au ministre, était accompagnée du R.P. Albert Lacombe. Je fis valoir toutes les raisons, approuvées par vous, en faveur du maintien de l’école à Duck-Lake et non ailleurs. Monseigneur n’en contesta pas la valeur et donna son plein consentement à condition toutefois qu'elle fût bâtie sur le terrain que possédait la mission catholique dans cette localité.” Ainsi fut conclue l'affaire à la satisfaction des deux parties.

Le 31 mai, M. T.-P. Wadworth vint prendre possession au nom du bureau des Affaires Indiennes des cent arpents cédés par l’évêque et fixer l'emplacement de la nouvelle construction. Les travaux de déblaiement et de charpenterie commencèrent sans retard, à trois cents mètres de la mission.

L'édifice en construction devait avoir vingt pieds de large sur une longueur double, avec une aile de dix-neuf pieds par vingt-sept, le tout recouvert d’un comble brisé. En bas, outre la cuisine et le réfectoire, il contenait une salle de dix-neuf pieds carrés pour les garçons et une semblable pour les filles. Dans la mansarde se trouvaient deux dortoirs de même grandeurs et quelques chambrettes. C'était extrêmement minuscule, même pour un “boarding schod” de vingt enfants.

Le 2 juillet, l'agent annonçait que tous les travaux seraient terminés pour le premier août.

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