EGLISE SAINT-MICHEL EN
cessa de publier de pareilles requêtes. Ce silence du journai fit tarir tout d’un coup cette source de la charité qu’il jugeait inépuisable, Quant aux fonds versés régulièrement par le gouvernement, loin de combler ce déficit, ils suffisaient à peine à l'entretien des enfants et au salaire du personnel.
Outre ces embarras financiers, le P. Paquette eut encore à souffrir à cette époque toutes sortes de déboires et de contrariétés. Cette école qui n’obtenait que des éloges de la part des visiteurs, qui recueillait tant de récompenses aux concours régionaux, qui même méritait deux médailles d’or du gouvernement français, ne recevait que des reproches et des insinuations malveillantes de la part de l'inspecteur officiel du gouvernement canadien dans son rapport annuel. Les religieuses, déconcertécs de voir que leurs efforts, leur dévouement et leurs succès incontestables sur bien des points, ne trouvaient pas grâce aux yeux de l'inspecteur, résolurent de laisser la place à d’autres. Bien que le rapport de 1901 corrigeât complètement l'impression pénible créée par celui de l’année précédente, la supérieure générale persista dans sa décision malgré le touchant plaidoyer du P. Paquette.
Tous ces soucis et ces tracas, joints à ses préoccupations journalières, avaient gravement compromis la robuste santé du P. Paquette. “Ce cher Père a trouvé tant d’esprits jaloux et de paroles de critique, qu'il en a grisonné,”, écrivait à cette époque Mgr Pascal au P. Lacombe.
Mgr Pascal craignant de voir sa chère école pérécliter faute de Soeurs, supplia la supérieure générale des Religieuses de la Présentation de Bourg-St-Andéol de lui fournir le personnel nécessaire au bon fonctionnement de cette institution. Son appel fut entendu. Le 30 juin 1903, douze Soeurs quittaiet St-Hyacinthe sous la direction de la Soeur St-Basile, pour se diriger vers leur nouvelle mission. Elles arrivèrent à Duck-Lake le 3 juillet dans la soirée.
Après une journée de repos bien mérité, elles entrèrent en fonctions. Le lendemain, 6 juillet, à 4 heures du matin, jes dernières Fidèles Compagnes de Jésus quittèrent Duck-Lake pour n’y plus revenir.
Ce jour-là le P. Paquette écrivait au petit Frère Guillet: “J'ai maintenant de belles et grandes nouvelles à vous annoncer; douze Soeurs de la Présentation me sont arrivées. Me voilà donc dans un monde nouveau, perdu au milieu de toutes sortes de délicatesses et de prévenances.”
I1 ne devait pas en jouir longtemps. Le 3 septembre, il arrivait de Prince-Albert, avec le visage hâve et défait, le regard morne, la respiration haletante d’un homme en proie à une
poignante douleur. “Mon Père, êtes-vous malade?” lui demanda la directrice. —“Non point; mais j'ai une importante nouvelle à vous apprendre: demain Mgr Pascal vient ici m’amener un assistant.”
Le lendemain matin, Mgr Pascal arriva en effet accompagné cu P. Ovide Charlebois: “Voici votre nouveau principal, dit-il aux Soeurs, en présentant le nouveau venu; la santé du P. Paauette est fort compromise. Il lui faut une besogne moins astreignante que la direction d’une école. C’est pour cela que nous avons jugé bon, en conseil, de le transférer au Lac-Maskeg où il pourra se reposer.” En bon religieux, le P. Paquette essaya de cacher sa tristesse; mais il était facile de lire sur son visage que cette décision l’atteignait en plein coeur. Monseigneur comprit bien que retarder son départ, c'était prolonger une cruelle agonie; aussi lui permit-il de quitter l’école dan$ le plus bref délai. Le surlendemain, 6 septembre, il faisait ses adieux à l’école St- Michel et partait pour son nouveau poste.