I. Funk, I
ÏVI INTRODUCTION.
lité la plus grossière. Pour venir h bout de ces caractères si rudes, elle mit tout en œuvre : la prédication, le monacbisme, les œuvres de pénitence, l'éclat du culte, la pompe de fêtes nouvelles.
Quoique les Germains fussent prédisposés au christianisme par leurs idées religieuses, ils n'étaient capables encore que de recevoir les enseignements les plus généraux de l'Evangile sur Dieu, le prochain, l'immortalité de l'ame, le bonheur éternel, les peines de l'enfer. Quant à l'essence même du christianisme, quant aux dogmes de la justification en Jésus-Christ, delà grâce, toutes ces vérités étaient trop hautes pour la masse. En général, au lieu d'abolir les coutumes nationales, on les laissait subsister moyennant un tour chrétien chez les peuples qui y tenaient; ainsi les poèmes nationaux chantés en l'honneur des héros de la mythologie germanique furent conservés, mais avec une transformation chrétienne qui substituait le Christ, la Vierge, saint Martin aux noms des anciennes divinités. On cherchait à mêler peu à peu des idées chrétiennes aux préjugés païens, aux usages idolâtriques, par exemple en ajoutant aux épreuves judiciaires du feu et de l'eau l'épreuve de la croix et celle de la communion; on montrait la vanité des idoles en renversant impunément leurs statues; on condamnait dans des synodes multipliés sur tous les points du territoire la divination, la bonne aventure, les amulettes, les philtres, les conjurations, la magie, la sorcellerie, la croyance aux loups-garous, aux sorcières qui dévorent les hommes tout vivants. Ces condamnations étaient répétées au prône, qui faisait déjà partie de l'office religieux, et souvent elles passaient dans
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les ordonnances des princes, qni, en lenr donnant force de loi, secondaient ainsi la prédication ecclésiastiqne *.
Pour activer la réforme des mœurs, il fallait surtout un clergé sévère pour lui-même, habile, instruit. Or, on jugera de rinsuflisance d'un grand nombre de prêtres par ce fait qu'au viii^ siècle on était réduit à ne leur demander, comme preuve de capacité, que la récitation du symbole des apôtres, de Toraison dominicale, des formules usitées dans l'administration des sacrements, la traduction et l'explication de ces prières en langue vulgaire. Trois hommes travaillèrent h relever la valeur intellectuelle et morale de ce corps dont ils entendaient faire le sel de la terre et la lu-
I. Les ordalies proprement dites sont d'abord tolérées par l'Eglise, qui cherche à les entourer de garanties. Une dizaine de synodes provinciaux, du vin* au xii® siècle, approuvent formellement les épreuves du fer rouge et de l'eau. Au ix° siècle, Agobiird de Lyon les attacjue vigoureusement, tandis que Hiucmar de Reims s'en fait le champion. Ce n'est que le xii*' siècle qui voit la papauté se prononcer nettement contre toute espèce d'ordalies.
Le duel judiciaire, qui n'avait jamais obtenu l'approbation de l'Eglise, encourt expressément au ix* siècle la condamnation dos conciles, des papes, des docteurs et des èvéques les plus fameux. En 855, le concile de Valence frappait cette ordalie particulière de peines canoniques. Nicolas P*" en 867, vingt ans après Etienne V (ou VI), plus tard Alexandre II, protestaient
tour à tour contre le duel judiciaire Ce n'est qu'au xii" siècle
qu'il est absolument prohibé et flétri.
Nicolas P"", qui eut encore à lutter contre les superstitions issues du paganisme, réprouva sévèrement chez les Bulgares (c. 86) l'usage de la torture, et Grégoire VII, dans une lettre au roi de Danemark, devait se prononcer avec la même énergie contre les procès de sorcellerie. Krauss, Histoire de CEglisc^ II, 192-193.