‹ Saint Norbert, (1082-1134) [microform]Chapitre 10 sur 28 · LE CHOIX DE L EMPLACEMENT · texte numérisé non relu

LE CHOIX DE L EMPLACEMENT

Dans l'étau de son angle aigu, le confluent de l'Oise et de l'Aisne enserre deux régions d'aspect divers, mais qui tranchent par les mêmes contrastes sur les provinces limitrophes : c'est le Soissonnais et le pays de Laon; par eux se trouvent soudées l'une k l'autre Champagne et Picardie.

La monotonie des plaines est toujours là pour attrister le relief; du moins alterne-t-elle, par places, avec telles ondulations de collines à la croupe plantée de chênes et de hêtres, à la cime coquettement hérissée de camps retranchés, au socle dont la base va se perdre en un frais fouillis de joncs et de roseaux qui dénonce l'humidité des vallons. ,

Mais pour le voyageur qui arrive du Nord ou du Sud, l'agréable surprise, c'est l'air d'élégance et de

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prospérité qui se dégage ici des villes et des moindres bourgades. L'explication n'est pas loin : la pierre à bâtir abonde en ces parages.

De temps immémorial, de nombreuses carrières fournirent aux autochtones un calcaire inépuisable; la main-d'œuvre en faisait naguère des fermes cossues ou de gais cottages ; la piété de nos pères en façonna jadis des cathédrales dont Noyon, Laon, Soissons demeurent justement fières.

Sans doute les cités ont perdu de leur importance d'autrefois. Aujourd'hui, il n'y a plus que les sauvageries de la guerre à venir troubler leur quiétude. Cependant l'esprit « sensible au passé » y respire un parfum de civiUsation antique. A chaque pas, le charme en est rehaussé par l'art fruste de telle église campagnarde, la silhouette de telles ruines, la ligne et la dentelle des basiliques et des cloîtres, la carrure des châteaux-forts.

C'est du haut du donjon de Coucy qu'il est le plus aisé de prendre une vue panoramique de la contrée. Après s'être abaissé non sans complaisance sur la petite ville médiévale, qui accote, au pied de la forteresse, son église romane et ses maisons à pignons sculptés, le regard erre ensuite à l'infini sur l'immensité bleuâtre des forêts de Coucy, de Saint- Gobain, de Prémontré.

Prémontré ! Hélas, il faut une attention soutenue pour parvenir à reconstituer, même sur place et le plan à la main, l'ensemble de l'Abbaye-Capitale aux destins illustres. Ici comme ailleurs, le temps a marché, multipliant ses dévastations : l'incendie, l'invasion, l'éboulement ont fait leur œuvre ; la révolution s'est acharnée en violences et rapines. Des

LE CHOIX DE L'EMPLACEiMENT.

plâtras encore utilisables, on a enfin tiré l'installalion d'un asile d'aliénés.

Il n'y a plus guère que les murs d'enceinte à dater de l'époque primitive; encore ont-ils dû subir, en plusieurs endroits, les restaurations d'usage.

Un polygone très irrégulier : telle est la figure géométrique qu'ils déterminaient au juste. Contreforts, tourelles d'angles, percée des portes assignent leur âge à l'ensemble de la construction. Mais du reste des bâtiments, rien; de l'église romane qui subsista jusqu'en 1793, il n'est plus pierre sur pierre. Des vestiges attestèrent plus longtemps l'emplacement du cloître des religieux et de l'hôtellerie. Aujourd'hui tout a disparu.

Il n'est de même plus possible d'identifier l'emplacement de Varbre de saint Norbert. Planté par les soins du fondateur, il survécut, cinq siècles durant, à l'intempérie caniculaire et aux hivers les plus rigoureux, en conservant jusqu'au bout une frondaison luxuriante. Il venait de sécher sur place, lorsque les Bollandistes rédigèrent, au xvii® siècle, l'histoire de notre Saint. Plus heureuse que l'arbre, la fontaine miraculeuse n'est pas tarie, et les indigènes continuent à lui attribuer une vertu thérapeutique.

On accédait à l'Abbaye par quatre portes dont l'une, celle de la route de Saint-Gobain à Anizy, est maintenant comblée. Leur orientation correspondait à la direction des quatre points cardinaux. Vues d'en haut, les voies qui s'y déversaient formaient une croix, à l'intersection de laquelle la résidence conventuelle semblait s'appuyer.

Amateurs de svmbolisme, les anciens historiens n'avaient pas manqué d'observer et de relever le

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fait. « Regardez la sainte vallée, convie tel discijple; elle s'étend de quatre côtés, et prend la forme d une croix dont un bras court du levant au couchant, et l'autre du Nord au Midi. Ne semble-t-il pas que la nature en ait moulé l'image sainte, comme pour prévenir les arrivants qu'il leur faudra calquer ici les traits du divin Crucifié... »

\ la suite de deux explorations antérieures qui n'avaient amené aucun résultat, l'une en Thiérache, l'autre dans les bois de Thénailles, Norbert fut conduit par Barthélémy aux marches du Laonnais et du Soissonnais, en une contrée dont le décor était fait de marécages malsains, de forêts à peine defri-

cliécs

On le sait: les moines de Saint-Vincent de Laon y étaient déjà venus. Un oratoire dédié à saint Jean- Baptiste attestait leur passage; occupation très tugitive d'ailleurs : car après quelques tentatives infructueuses, ils avaient bientôt renoncé à en tirer parti et abandonné cette terre inculte.

Là, les deux amis parviennent à leur tour. Les voici' qui quittent leurs montures et pénètrent dans la petite chapelle. Leur prière commune commence; elle se prolonge. Déjà menacent les ombres du crépuscule ; bientôt le prélat convie son compagnon a remonter en selle pour gagner le manoir d Anizy et V passer 1» «"'t- ^als Norbert préfère poursuivre son oraison; il supplie l'évêque de consentir a le

A Taube du jour suivant, ils se retrouvent. Le Saint prévient Barthélémy que sa résolution est arrêtée : c'est bien dans cette contrée qu il se fixera non pas précisément, il est vrai, près de l'oratoire, mais

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