LE CHOIX DE L'EMPLACEMENT
Saint-Vincent à qui ce territoire appartenait ; il lui confie son dessein d'en réaliser l'acquisition. Le prélat propriétaire le céda d'autant plus volontiers que l'exploitation tentée par ses moines avait été, on l'a vu, de maigre profit, et que l'évêque, en retour de générosité, lui concédait un droit très apprécié de chapellenie à Berry-au-Bac, et de moulin-banal à Brancourt.
Par une donation d'abord entre vifs, enregistrée plus tard dans un contrat en règle, Barthélémy abandonna, franche de toute redevance, la terre de Prémontré « au frère Norbert et h tous ses disciples présents et futurs ».
C'est donc à titre léi»itime, et sans nul souci de tracasseries d'ordre juridique, que notre Saint compléta son installation dans l'abri modeste qu'un ermite venait d'abandonner en sa faveur. Il est probable que ce Guido ou Guy — tel était son nom — avait voulu, quelque temps plus tôt, explorer les lieux avec l'intention de tenter là une fondation de l'Ordre cistercien. On le sait, l'insalubrité et les difficultés d'accès d'une vallée étaient, en principe, deux titres h l'attention et à la préférence de Bernard.
Mais, soit pure bienveillance, soit pour céder enfin par lassitude au même découragement que, naguère, les bénédictins de Saint- Vincent, il ne maintint pas son droit de priorité devant le nouveau venu.
Entre Norbert et l'abbé de Clairvaux, ce fut l'occasion d'une sympathie qui allait, leur vie durant, unir les deux illustres contemporains. Peut-être avaient-ils déjà fait connaissance au palais de Barthélémy, leur ami commun. Toujours est-il qu'à dater de cet inci-
dent, ils traitèrent réciproquement entre eux sur le pied de la plus affectueuse égalité.
Un jour vint où Bernard se glorifia du rôle de bienfaiteur du nouvel institut. Il rappela même, non sans une complaisance enjouée, que TOrdre de Prémontré avait été doté de son berceau par FOrdre de Citeaux.