‹ Saint Norbert, (1082-1134) [microform]Chapitre 14 sur 28 · On sait qu'en opposition avec la règle de Saint-Benoît la · texte numérisé non relu

On sait qu'en opposition avec la règle de Saint-Benoît la

L'INSTALLATIOxN DU DÉBUT.

promettrait fidélité, en s'engageant prochainement au service du Christ?

Or, les disciples consultés poussaient leur affection au point de prétendre s'en tenir aux décisions de leur père, et par un exclusivisme de sentiments qui n'admettait nul partage, de récuser tout autre patronat. Avec habileté, Norbert leur représenta qu'il rendait hommage à leur piété filiale, mais que précisément sa direction à lui s'arrêterait à les embrigader sous un étendard qui déjà aurait été à l'honneur. « Qu'à cela ne tienne, finirent-ils par répondre unanimement, nous agréerons toutes vos propositions : caries brebis doivent suivre le pasteur. » L'affaire était d'une souveraine gravité. Toute cordiale qu'elle était et précisément pour être toute cordiale, cette docilité n'aidait d'aucune sorte à la solution de l'embarrassant problème.

Du dehors, les avis ne manquaient pas, dictés d'ailleurs par qui de droit et à toutes fins utiles. L'un conseillait de faire bloc avec l'ordre de Cîteaux; et certes devant cette perspective, l'amitié de Norbert pour Bernard alors à l'apogée de sa notoriété eût été, si cela eût suffi à sa conscience, argument de valeur pour son cœur; tel autre prélat eût opiné pour que Prémontré devînt, comme la Chartreuse, le chef-lieu d'un institut érémitique.

Ni l'un ni l'autre de ces propos ne cadrait avec

règle de Saint- Augustin ne fut pas composée d'un seul jet à la façon d'un statut disciplinaire et administratif. Elle ne comporte en effet qu'un assemblage d'extraits de la correspondance du saint e'vêque, dont la pièce maîtresse est une épître à l'adresse d'une communauté' de femmes en révolte contre leurs supérieures.

L'INSTALLATION DU DÉBUT

ridéal de Norbert. Son inspiration intime le guidai ailleurs. Mais ici cessait Taide du conseil extérieur et le Saint se retrouvait abandonné k son intuition; du dehors, on n'était plus assez audacieux pour le soutenir dans la voie nouvelle où il se sentait incite par En-

haut. Pourquoi cela?

En principe, la vie du clergé régulier ne se concevait, à^etle époque, que cloîtrée. Si, de fait es diverses familles bénédictines et surtout les Cisterciens ont une large participation à la vie de la paroisse et de la cité, c'est là comme une superfetation non enregistrée par la règle qui les régit. Mais la convention taciîe n'a rien d'officiel; encore moins estelle juridiquement approuvée. Et c est pourquoi Dominique et François étonneront tellement leurs contemporains en prétendant, quant à eux, produire des religieux autorisés a quitter périodiquement le cloître pour la prédication; de même qu'Ignace surenchérissant encore plus tard, renversera toutes les idées communément admises, en proposant a 1 approbation de l'Église des religieux qui, eux, vivront Tellement hors du cloître, qu'on supprimera le cloître a leur usage. .

Bien plus en avance sur sa génération que sur la leur les fondateurs d'Ordres mendiants, Norbert devait se heurter ici à la mentalité de son entourage, lequel ne saura plus que le laisser à lui-même, lorsqu'il s'agira de réaliser son initiative.

Mais l'Esprit parle haut et net : impossible a lui d'abandonner la voie de l'apostolat direct. Nul doute sur ce point : il est fait pour évangéliser et engendrer des missionnaires.

L'attrait surnaturel ne saurait le tromper. Les cir-

constances, qu'il n'y a pas lieu non plus de négliger, sont aussi bien révélatrices : ex-chanoine, il se trouve que la plupart des clercs groupés autour de lui ont aussi mené la vie canoniale, dont le programme comporte, on le sait, une part d'apostolat. De tels antécédents n'ont pas coïncidé sans nul motif instigateur, ni parti à en tirer.

Toutefois, pour le redire, l'innovation vers laquelle on allait, était si grave que le Saint, pour éviter la méprise du mirage, tenait à se ménager toutes les garanties possibles de ne point faire fausse route. Sa raison l'assurait contre toute illusion ; il restait à consulter une dernière fois le ciel.

Aux supplications communes, le ciel ne tarda pas à répondre, en s'adressant au Saint lui-même.

En termes impersonnels, Norbert en fit plus tard l'humble aveu. « Je connais, coniia-t-il, un frère de notre institut qui recherchait avec soin la règle que nous devions adopter. Or voici que les prières de son entourage obtinrent plus que ses propres mérites : le bienheureux Augustin lui apparut en personne. De la main droite, il présentait sa règle d'or; de plus il se fit aussi connaître par cette déclaration : « Je suis Augustin, l'évêque d'Hippone. Cette règle fut rédigée par moi. Si tes frères que |e compterai désormais au nombre de mes fils, militent avec générosité sous son joug, ils pourront se présenter sans crainte au redoutable tribunal de Dieu. »

Par cet arbitrage, le problème se trouvait résolu . Renversés, les obstacles. Ils l'étaient de plus sans heurt ni violence, mais avec toute la discrétion qu'avaient souhaitée, par atiachement à leur père, les premiers chanoines de Prémontré. Car en se conten-

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tant d'imprimer une direction sans fixation de dé- Uils, la règle de saint Augustin laissait le champ libre à qui voudrait assouplir son élasticité a telle discipline et tels buts déterminés. L'entrée en scène du grand Docteur ne paralyserait donc nullement rintervenlion de Norbert, et l'on pourrait être disciple du premier sans répudier la préférence vouée

au second. Il n'y avait plus qu'à aller de 1 avant. ^ Le jour de la Nativité du Christ, en 1 an de grâce

ii^i, naquit donc à l'Église un nouvel Ordre

religieux. • • i„

Au cours de la liturgie sainte, Norbert, puis a la

suite,chacundesescompagnons,s approcha de l autel,

prononça en son âme et conscience le serment qui le liait à Dieu et à sa famille spirituelle, enfin signa la cédule, et avec elle, s'il faut en croire le premier biographe, « son passe-port pour 1 éternité bienheureuse ».

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