CHAPITRE IV l'ordre canonial de prémontré
Loin de r abbaye-mère , nous retrouvons maintenant notre Saint dans le comté de Namur. Là, au cours de cette même année 1122, il est venu selon sa promesse, mettre la dernière main à la fondation de la première filiale de Prémontré.
Sa visite au monastère de Floreffe était attendue comme la visite d'un père. Il acheva d'y organiser a vie cénobitique, telle que devait la comprendre et la pratiquer son institut. Il imprégna surtout l ame des disciples qu'il y avait établis de l'esprit euchanstique : il le voulait à la base de toute dévotion.
De nouveau, le ciel sourit à cette initiative par une preuve manifeste de satisfaction.
Norbert célébrait les saints mystères. Avant la communion, alors que l'hostie reposait, d'après le ni du sacrifice, dans la patène dorée, il aperçut une goutte de sang sur le pain consacré. Elle était d un rouge vif et rayonnait d'une clarté vermeille. Par crainte d'une illusion possible, le prêtre, tout ému fit signe audiacre qui le servait à l'autel. A son tour, le temom
constata le miracle. . . j
Ce prodige, dont le procès-verbal fut consigne du
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vivant même de Norbert a, de plus, sa preuve lapidaire. FloreCfe qui demjeura, jusqu'à la Révolution française, une abbaye des plus prospères, est aujourd'hui un petit séminaire diocésain. Or, la pierre sacrée de laquelle se servit le Saint est encore incrustée dans le maître-autel de l'église abbatiale. De plus, une tradition spéciale à la liturgie de Prémontré voulut, pendant plusieurs siècles, que le célébrant lavât la patène après la communion : le père l'avait fait dans une intention utilitaire ; par un pieux atavisme les fils répétaient le geste.
De Floreffe, Norbert gagna Maastricht. On était en mai 1122. La ville fêtait par la kermesse accoutumée son patron, l'évêque saint Servais mort au iv* siècle, et dont les restes avaient été, au dire de la légende, ensevelis en un voile de soie procuré par un ange.
En pèlerin dévot, Norbert demanda à voir, pour le vénérer, le précieux linceul. Il fallut toute la considération qui s'était attachée au bon renom du thaumaturge, pour que la faveur fût octroyée. Le trésor inestimable était confié à la garde de l'église principale; la cité eut vite fait mauvais parti aux custodes imprudents ou infidèles.
Â.vec toutes les précautions et solennités d'usage, le coffret est enfin ouvert. Le voile apparaît, mais soudain Je voici qui s'enlève de lui-même en gracieux circuits et poursuit son vol jusqu'aux voûtes de la basilique ; il s'y fixe ; on dirait qu'il ne redescendra plus. L'ascension avaitprovoqué l'admiration bruyante de l'assistance, mais le retour ne s'effectuait point. Déjà les murmures et les protestations se substituaient aux acclamations du début, lorsque, au moment où
L'ORDRE CANONIAL DE PRÉMONTRÉ
Norbert achevait k l'autel la ««"--«^T, t^l^Jl tiaue le voile descendit lentement jusqu a la portée
dHlébrant qui le saisit pour le replacer en son
"Stuelque futilité qu'aujourd'hui nous osions peut-ét're lel taxer, il est Ltain que ces prodjs -aîèrent à Norbert le succès de son expédition apos^o Unue Que souhaiter d'autre? Sur ses pas et a sa voix pSeursse convertissent, adversaires se -o-Uen Sous le charme, les populations tentent de e retenir parmi elles et ne se consolent de son départ qu en lui irrachantla promesse d'une fondation.
lïTsUe la plus remarquée qu'il -^«^^/^^^J; quitter ces parkges, fut celle d'un -mte de W s " phalie. Bien que tout jeune encore, "^^ ^^^" fj^^^^ vin-t-six ans, - Godefroy de Cappenberg jouissait dTjt d'une réputation méritée dans la carrière des ariies. Ses biens étaient ort -"«<i«-^>*^' . "^^^ influence, puissante auprès de l'e^pere- H«»n J ' enfin il venait d'épouser la femme de son ^hmx l'exquise et sage Jutta, de la fameuse lignée dArns
''Norbert et Godefroy se connaissaient déjà. Avaientils fraternisé jadis à la cour germanique S étaient ils rencontrés à Cologne l'année precedeate^ Le via . c'est qu'à son insu Norbert, même -.^^^^^^'^l^^^^ sur Godefroy une véritable fascination. Lattraction devenaitVrfois douloureuse : car au nubeu d« son opulence et de sa félicité, en son ame et con cience, le féal seigneur ressentait «»"^«»^ '^/'*;;f^ cuisanle d'avoir fait fausse route, en ne repondant pas à nnelaue appel secret de Dieu. , - i
^Ne nous hâtons pas de blâmer ou d'en appeler a la
déviation mystique... Rien de plus angoissant que ces problèmes de vocation, surtout lorsqu'une détermination antérieure semble avoir pour toujours éliminé Tune après l'autre toutes les solutions possibles. Or, Godefroy en était là, u rivé au siècle, explique poétiquementun biographe, par sa chaîne dorée ». Les anneaux de la chaîne étaient faits de multiples empêchements à la réalisation de projets ultérieurs : la gestion d'une immense fortune, une union aussi douce au cœur de l'épouse qu'à celui de l'époux, des habitudes prises, l'opinion publique à ne pas fronder sans nécessité, bien que, sur ce point, elle fût moins émotive que de nos jours.
C'est pour lui exposer ses inquiétudes et ses aspiralions que le jeune comte est venu, en mai 1122,
trouver le Saint.
Impatient de gagner le Christ à sa cause, il rêve de le séduire par la pratique de l'abnégation évangélique. D'une seule fois, il fait au serviteur de Dieu l'abandon du vaste domaine de Cappenberg avec ses nombreuses dépendances, à seule charge pour le bénéficiaire d y installer un monastère de son Ordre.
On juge de la façon dont fut accueillie la nouvelle. Bien plus, l'acte de donation annonçait comme probable et prochaine l'entrée du donateur en religion. Sans doute, il y fallait le consentement de Jutta, lequel ne serait pas si facile à obtenir. Le frère cadet du comte, Othon, ne se lassait point de représenter à Godefroy l'étrangeté d'un tel dessein. Plus brutal, le beau-père ne cacha rien de son projet de tout entraver, fût-ce au besoin par la violence.
On le savait homme à tenir parole. Or ses menaces voletaient déjà de bouche en bouche. La rumeur
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publique les dramatisait à souhait. Mais quoi? Il ne prenait sa défense et la défense de sa fille, se plaignait- on que contre une injustice intolérable, laquelle se perpétrait contre eux deux. Pouvait-il souffrir que sa fille fût dépouillée de sa dot? De plus, à la séparauon de corps, elle n'avait donné qu'un consentement arraché de vive force, et donc de quelle valeur? L accusation finissait par prendre forme et ne manquait pas d'appui, jusque parmi les vassaux et les serviteurs de Godefroy. « Il faut, murmurait-on à qui mieux mieux dans son entourage, avoir perdu la raison, pour se taire moine, quandonjouîtcommeluidubonheurcomplet...
Le « fou » en fut averti. « Si vous m aimiez vraiment, se contenta-t-il de répliquer à l'impertinence, vous seriez heureux de me voir marcher droit a mon Dieu, en évitant le naufrage ou tout au moins les périls du siècle pour me rapprocher du Créateur. »
Quant aux propos comminatoires, il leuropposason habituelle sérénité : « Peut-être a-t-on le dessein de meséquestrer?Puissé-je mériter non seulement d être incarcéré, mais encore de mourir en prison pour la loi
de mon Dieu !» , , ,
Désarmée du côté du gendre, la colère du beau-pere
se retourna vers le suborneur. Au grand scandale des prélats, des seigneurs, du peuple, son indignation éclata en propos injurieux contre Norbert. « 11 le ferait saisir et pendre haut et court avec son une ; 1 on verrait alors lequel des deux pèserait le plus. » Le Saint apprit l'insulte.
Un intervalle considérable le séparait alors des terres du farouche provocateur. Mais, sans débrider, il se hâta de combler la disunce, et lui et son humble monture furent bientôt tous les deux à la portée et du
fQ LE FONDATEUR D'ORDRE.
justicier et de la potence. Souci légitime de la repu tation? Humeur du gentilhomme que l'on défie. Pourquoi pas l'amalgame de ces deux sentiments honorables, s'il est vrai que le Saint se greffe sur l'homme... En dépit de tous les obstacles, Cappenberg finira par se muer en un monastère de l'Ordre de Prémontré, et Godefroy, en un disciple de saint Norbert.
La nouvelle fondation dominait un site ravissant; de la part du Saint elle fut toujours l'objet d une préférence marquée. Jusqu'à sa mort, il tint au titre de prévôt émérite ou premier supérieur de la maison et y fit de fréquentes apparitions; pendant les travaux de construction, il veilla à ce que la filiale reproduisît à la lettre l'abbaye-capitale.
Quand le château féodal eut été complètement converti en un lieu régulier, on l'accota d'une viiste église. Puis il fut pourvu à l'installation de l'hôtelleHe d'usage pour la réception des voyageurs et des pauvres. Alors une colonie partit du chef-lieu pour occuper désormais la nouvelle résidence.
Conquise enfin au service du Christ, Jutta prit spontanément le voile et devint la supérieure des norbertines installées dans le voisinage.
Gagné lui aussi par l'exemple de son aîné, Othon s'attacha a Norbert, et provoqua généreusement Godefroy à rétablissement de deux nouvelles fondations, l'une au diocèse de Munster, l'autre au diocèse
de Mavence.
Sitôt libéré de toute entrave par la mort de son beau-père, Godefroy n'avait pas hésité à se donner en personne à l'œuvre. En 1124, il reçut le froc et prit rang parmi les frères. Sa vertu dominante fut le goût de l'abjection; avec obstination, il repoussait
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toute marque de distinction, s'abaissait aux taches les plus vulgaires, et, par exemple, trouvait ses délices a laver les pieds aux pauvres. Sa haine de lui-même le conduisit à la pratique d'un jeûne sans relâche. Il en vint à ne se plus sustenter que de pain et d eau. L'attrait que Norbert éprouvait pour cette ame prédestinée se haussa peu à peu jusqu'à une admiration voisine du culte. 11 réclama à Prémontre son disciple de prédilection, lui fit conférer les Ordres mineurs afin de l'acheminer vers le sacerdoce 11 se complaisait à vanter en Godefroy un digne héritier de ses pensées, de ses desseins, de son apostolat. Dès le premier abord, il avait discerné en lui un talent de parole dont il augurait des merveilles pour l'avenir. « Lorsque l'épuisement me contraindra a cesser mes prédications, confiait-il parfois en souriant, j'aurai sous la main mon cher fils Godefroy; ie le stimulerai à la façon des cerfs chefs de file, lesquels poursuivis par la meute, et sitôt que las, se font remplacer par d'autres cerfs, d . , • tt
Hélas' nulle de ces espérances ne devait aboutir. Un an après l'arrivée de Godefroy à Prémontré en 1126, Norbert fut nommé archevêque de Magdebourg. Avec lui il emmena son disciple qui ne parvint pas a s acclimater dans ses nouvelles fonctions. Ce retour partiel au monde dérouta le novice au point de lui donner la nostalgie du désert. Il demanda et obtint l autorisation d'V retourner, regagna sa fondation du diocèse de Mayence, et là, à Ilbenstadt, s éteignit de langueur au bout de quelques semaines.
La mort ne le surprit point. Pour lui, elle ne futque
raimable messagère de la fin de l'épreuve. De ^ngue
date il s'était habitué à lui faire bon visage. Quand
on le pressait d'user vis-à-vis de lui-même d'une rigueur moins sévère, alors surtout que la maladie qui le consumait le conduisait trop visiblement au tombeau : « Laissez, répliquait-il doucement ; après tout, pourquoi avons-nous pris l'habit de la pénitence, pourquoi faisons-nous profession de nous mortifier sans trêve ni merci, sinon pour parvenir plus tôt à jouir de Jésus- Christ? » Saint Paul avait-il mieux dit?
Le i3 janvier 1127, radieux il se dégagea de sa misérable enveloppe et prit le large vers le ciel. Il était ù<ré de trente ans h peine. Le vide qu'il laissait fut douloureux au cœur des frères, combien plus encore au cœur du père ! Éprouvé par ce deuil dans sa tendresse et ses espoirs, il l'était davantage encore d'une autre façon : grande était sa déception de ne plus pouvoir exprimer ici-bas à son bien-aimé Godefroy sa gratitude pour l'aide unique qu'il en avait reçue : ne lui élait-il pas redevable de l'expansion de l'Ordre de
Prémonlré?
On peut le croire : l'histoire du comte Godefroy de Cappenberg avait très tôt franchi les frontières de la Westphalie et de la Rhénanie. Son récit tenait trop de la légende et de la geste pour ne pas exercer, bien au delà de ces contrées, la séduction du merveilleux. Colportée de manoir en manoir, la nouvelle s'enrichissait en route tantôt de fioritures, tantôt de commentaires où le pathétique le disputait au pittoresque, mais d'où la note juste et Tappréciation bienveillante étaient souvent absentes; souvent, dis-
je, mais non toujours.
Quand la nouvelle lui parvint, Thibaut le Grand comte de Champagne, et, par sa mère, petit-fils de Guillaume le Conquérant, en fut touché jusqu'aux
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larmes. Il ne s'agissait pas là d'une émotion d'épiderme causée par la rapsodie de quelque trouvera de passage, mais bien d'une noble émulation : ce que Godefroy avait su réaliser, pourquoi lui, Ihibaut, ne le pourrait-il pas? Le questionnaire décisif de saint Augustin sur ce sujet persistait à le troubler. Il était digne de l'inspiration : par la correspondance de saint Bernard, nous savons en quelle estime de loyauté il fut tenu par l'abbé de Clairvaux.
Mais lui aussi semblait rivé à sa chaîne d'or et mis hors d'état de s'en dépêtrer. « Son fief, recense un écrivain du temps, Guibert de Nogent, comprenait autant de châteaux qu'il y a de jours dans l'année », et faisait de lui le vassal le plus puissant du royaume
de France. , ,
N'importe : sa résolution s'affermit. Affamée de la charité du Christ et avide de goûter à la saveur des abaissements de l'Homme-Dieu, son âme mettra tout, si Dieu le permet, aux pieds du fondateur, a <iui, après coup, il s'offrira en personne.
De Château-Thierry où il séjourne, il apprend que Norbert est à Prémontré. Il y vole, voit le Saint, entreprend de s'ouvrir à lui de ses lointaines aspirations, mais brusque inopinément l'entretien et arrive au fait. D'ailleurs, pourquoi persister a demander conseil, alors que déjà la détermination est
prise? . . n
\ quoi bon désormais toute temporisation:'
C'est qu'en effet, lui aussi, Thibaut, a subi la com-
motion. A peine admis en présence du Saint, il s est
senti captivé, subjugué, et entend bien s'attacher a
lui pour ne le plus quitter. « Il était épris, relate sans
exa-ération la chronique, au point que, séance te-
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nante, il se donna sans réserve à Norbert, lui et tous
ses biens. »
A cette profession de générosité le Saint dut répondre par un affable sourire ; mais trop grave était l'affaire pour être conclue au pied levé. Il se contenta donc de féliciter et de surseoir h sa réponse.
Pour le fondateur, la tentation pouvait être forte certes, d'accueillir un tel novice. On était en 1122. Encore dans les langes de Tenfance, l'institut aurait eu besoin d'un parrainage : n'était-ce point lui que la Providence suscitait en la personne de Thibaut? Mais la question comportait un autre aspect; l'entrée du comte en religion priverait d'un chef très chrétien un fief immense, d'un suzerain très influent des vassaux et vavassaux nombreux; sa disparition allait entraîner avec elle la disparition des beaux exemples de justice et de charité dont la hiérarchie féodale profitait de haut en bas.
Norbert ne balança pas longtemps. Au courant des choses et des besoins de son siècle, son impartialité dictait la préférence ; aux aguets de la pensée divine, sa foi attendit que le ciel eût confirmé la solution.
Au bout de quelques jours de prières et de réflexion, il fit venir Thibaut et lui annonça la décision. « Vous ne serez pas religieux, beau sire; vous continuerez à porter le joug de Jésus-Christ, en y ajoutant celui du mariage. Vous accepter parmi nous serait contrarier les vues de la Providence : Dieu nous en garde! — Si telle est la volonté divine, répondit le comte, je n'aurai pas la mauvaise grâce d'v contrevenir; mais je n'épouserai point d'autre femme que celle de votre choix. »
Visiblement, il en coûtait au postulant de se séparer de Norbert. Un moyen terme se présentait aux deux amis de tromper les séparations de la distance. Puisque Thibaut devait s'éloigner, la consolation serait grande pour lui de recevoir de .î;<>^^^7; rèole de vie l'apparentant le mieux possible a lUrdre de^'Prémontré. On venait de le lui affirmer : sa vocation était de retourner au monde. Il ne pouvait songer a venir au cloître, mais le cloître... ne pourrait-il pas se déplacer et venir à lui?
Le cas n'était pas isolé. Maintes fois déjà la compassion du Saint avait eu a s'émouvoir de situations analogues. Il avait observé que si l'attrait doit aller de concert avec l'aptitude et les circonstances^ extérieures quand il s'agit de déterminer une ame a l'observance des conseils évangéliques, le cas se presente aussi où les trois éléments essentiels se trouvent dissociés : l'attrait s'affirme, et douloureusement, la où manque l'aptitude ou la liberté de mouvement.
C'est à cette catégorie de demi-déshérités que le fondateur va maintenant consacrer sa sollicitude. A mi-chemin entre le cloître et le monde, il institua, d'abord en faveur de Thibaut, puis de tous ses pareils, un troisième ou Tiers^Of^dre de Prémontre A l'usage de ces postulants, il traça un nouveau règlement de vie, celui-ci moins astreignant, moins austère aussi que celui des frères et des sœurs du Grand Ordre, aux grandes lignes assez précises cependant pour que, dans le siècle, l'esprit norbertin nuance de son cachet h part, l'observance des préceptes chretiens. Puis il voulut qu'en signe visible de son agrégation authentique a l'Ordre, le tertiaire portât un petit scapulaire de laine blanche.
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Ce premier Tiers-Ordre eut tout de suite une vogue considérable. Sa destinée demeura liée à la ditrusion du Grand Ordre. Sous toutes les latitudes du monde alors acquis à la foi, ce dernier ne pénétra plus qu'escorté de son inséparable auxiliaire. AU int de compagnie, ils s'enracinaient ensemble au même sol. Pour les tertiaires, le monastère norbertin était Tasile de l'initiation. Là, ils recevaient leur formation; ils y étaient revêtus de l'habit; ils revenaient, au contact des religieux, se retremper momentanément dans l'esprit de leur sainte profession. Participant de leur vivant aux suffrages et aux mérites des chanoines et chanoinesses, ils avaient droit, après leur mort, aux prières de la famille. Rois et princes, ducs et comtes, suzerains et vassaux rivalisaient d'empressement à' se faire inscrire sur les Jablettes qui portaient le titre parlant de ad succurrendum.
La France fut particulièrement conquise à l'innovation. Dès l'origine, hommes ou femmes, ses tertiaires se montrèrent dignes des premiers disciples de notre Saint. Dans son style du temps au parallélisme outré, un vieil auteur Ta consigné en termes qui ne prêtent point à équivoque : « En voyant, s'écriet-il, leur exacte fidélité à suivre la règle tracée par le bienheureux Norbert, tout le monde pouvait juger que ^es princes n'exhibaient point, en une vaine parade, le scapulaire blanc ; l'intégrité de leur vie et la pureté de leurs mœurs ne vinrent jamais démentir la couleur symbolique de leur habit. » Preuve souveraine de l'opportunité et à la fois du succès d>ne telle institution !
Ainsi l'œuvre du fondateur se complétait harmonieusement d'elle-même. La prière de louange, suivie
de la prière d'impétration, était le lot des chanoines réguliers chargés également, par le ministère apostolique, d'annoncer l'Evangile. A la part contemplative de ce programme mixte, se trouvaient associées des moniales cloîtrées, et enfin, certaines âmes d élite, lesquelles, sans quitter le siècle, mèneraient dans le monde la vie religieuse.
Sous sa triple forme désormais consacrée, 1 Ordre se propageait au gré des circonstances. Tantôt il fallait faire les frais d'une fondation nouvelle, tantôt l'on était sollicité de ramener à la ferveur d'anciennes communautés attiédies.
Depuis que Norbert l'avait abandonnée a son propre sort après de mémorables tentatives de restauration, la fameuse collégiale Saint-Martin de Laon avait tristement périclité : discipline, régularité, finances, recrutement du noviciat, tout était à reprendre par la base au spirituel comme au temporel^ Sur ce chapitre, Barthélémy poursuivait Norbert et de ses doléances et de ses requêtes. On sait l'amour voué par e Saint à la solitude du désert et sa répugnance pour le bruit des centres. La proximité de la ville le retenait d'accepter les offres de l'évêque. Cependant, il finit par céder aux instances, et, en 112/+, signa la charte d'affréffation à l'Ordre. , . , , j
D'autres fois et le plus souvent, c'était a créer de toutes pièces, sur le modèle de la maison-mère, quelque filiale que Norbert était invité par es Ordinaires. Sans cesse en déplacement pour les besoins de l'Eglise universelle et de l'Ordre cistercien, l'abbé de Clairvaux patronnait ardemment, partout où il passait, l'Ordre norbertin. Sur sa recommandation, pontifes ou curés s'empressaient de solhciter
qu'une colonie de chanoines vinssent faire fleurir, dans les limites du diocèse ou de la paroisse, les vertus réputées de Prémontré ^.
Un tel engouement fournissait sa preuve d'estime
I. Avec un prosélytisme de bon augure et tléjà récompensé, l'Ordre de Prémontré s'applique, à l'heure présente, à remettre en vogue son Tiers-Ordre en baisse de popularité depuis quelques années. La Belj^ique, particulièrement en Campine et dans la région d'Anvers, recommence à compter des confréries nombreuses et ferventes, où se déverse la vitalité surabondante des cinq abbayes belges du grand Ordre. Un peu plus en retard, et pour cause, la France s'émeut, elle aussi, au souvenir du passé... Ce ne sera point faire tort à Tœuvre merveilleuse de saint François et de saint Dominique que de remarquer qu'ici encore, en dépit de l'opinion courante, les fondateurs d'Ordres mendiants ne furent pas initiateurs; c'est à saint ÎVorbert que revient le mérite d'une invention dont, ainsi que d'autres d'ailleurs, ils exploitèrent l'idée en l'adaptant aux besoins et aux aspirations de leur époque... Très appréciables sont les faveurs spirituelles accordées aux tertiaires de Prémontré. Quant à leurs obligations on peut les résumer ainsi : dévotion particulière au Très- Saint Sacrement et à la sainte Vierge; charité et bienséance dans les conversations; fuite des assemblées profanes*, méditalion quotidienne; jeûne tous les vendredis; abstinence les mercredis de l'Avent, de la Septuagésime et de la Sexagésime; récitation d'un certain nombre de Pater et A^Ave en place des Heiires canoniales. — De ces trois derniers points, on peut obtenir commutation. A ceux qui sont tenus à l'Oflice divin, la Règle n'impose d'autre prière vocale que la commémoraison de saint Norbert lorsqu'il y a suffrage commun. — Tous porteront sous leurs vêtements un scapulaire de laine blanche bénit par l'Abbé ou par un autre Prêtre délégué.
Chaque Abbé a la faculté de convoquer de temps en temps les membres du Tiers-Ordre, afin de les exhorter par lui-même ou par un délégué à la vie parfaite.
Pour être reçu dans le Tiers-Ordre de saint Norbert, on peut s'adresser à l'une ou à l'autre des Abbayes de l'Ordre. Nous indiquons ici les résidences de l^elgique : Abbaye d'Aver-
L'ORDRE CANONIAL DE PRÉMONTRÉ
à rinitîative et à l'œuvre du fondateur. Norbert n'y restait pas insensible. Il eut souhaité mi^ui encore que l'approbation fragmentaire des chefs d'Eglises régionales. Nous l'avons vu, au début de sa conversion, désirer que l'orientation qu'il entendait désormais imprimer à son activité fût approuvée par le pontife de Rome. Aujourd'hui ses vœux s'étendent au double fait acquis et de son apostolat et de sa fondation, puis à la confirmation qu'il espère en obtenir du pape.
On étaitau cœur de l'été de l'année 1 124. A Noyon en Picardie venaient d'arriver deux légats du Saint- Siège : Grégoire de Saint- Ange et Pierre de Léon. Plus tard, nous retrouverons ce Pierre de Léon en tragique posture. Pour le moment ou jamais, l'occasion était à portée de la main. Sitôt qu'il eut appris la nouvelle, Norbert alla solliciter des ambassadeurs la
bode par Sichem. Abbaye de Bois-Seigneur par Ophain. Abbaye de Grimberghen (Brabanl). Abbaye de Leffe à Dînant (Prémontrés français de Frigolet et de Conques). Abbaye du Parc par Louvain. Abbaye de Postel par Rethy. Abbaye de Tongerloo par Westerloo. En France, on pourrait être également renseigné par M. l'abbé Dubois, Orphelinat de St- Michel-de-Frigolet par Tarascon (Bouches-du-Rhône) ; et par M. l'abbé Pelcoq, à Mondaye par Juaye-Mondaye (Calvados). Ajoutons qu'à l'occasion de V Exhortation au Clergé catholique (Pie X, 1908), l'Ordre ne manqua pas de rappeler aux prêtres du clergé séculier l'aide plus spécialement sacerdotale offerte à ses tertiaires par un institut éminemment eucharistique. En outre, pour aider les fidèles à répondre aux directives de Benoît XV (encyclique Maximum iilud... 3o nov. 1919) touchant leiirs devoirs envers les missions étrangères, les Prémontrés français ont créé naguère une association de missionnaires auxiliaires dont l'organisation est un type du genre, et mérite toute la sympathie des catholiques français (s'adresser au R. P. Louis, 7, rue du Jardîn-dcs-Pianles, Marseitle).
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faveur qu'il escomptait du vicaire même du Christ. Il eut la joie de l'obtenir sans retard; l'assurance la plus ferme lui fut donnée que TOrdre de Prémontré était dès lors ratifié par l'Eglise de Rome. Le diplôme qu'on lui remit à ce sujet est non seulement Tattestation de la sanction suprême, mais encore un signalement précis et nettement caractéristique de l'œuvre de notre Saint. Ces deux motifs obligent à reproduire sinon la teneur totale, du moins le principal du libellé.
(( Nous rendons grâces h Dieu de vous avoir inspiré le dessein de rénover la louable existence des saints Pères et le genre de vie réglé par la doctrine des Apôtres; il florissait au début de l'Eglise.
« 11 y eut en effet, à l'origine, deux disciplines pratiquées par les fidèles : celle des faibles, celle des
vaillants Or, l'àme vaillante qui par sa ferveur
s'est dégagée des affaires et des biens terrestres peut, à son choix, embrasser l'un ou l'autre des instituts qu'elle préfère : ou celui des chanoines ou celui
des moines.
{( Si ce dernier n'a point périclité, l'on n'en pourrait dire autant de l'Ordre canonial. Etabli par saint Urbain, pontife et martyr, organisé par saint Augustin, il n'est pas moins estimable que l'Ordre monastique.
« Par l'autorité du Siège apostolique dont nous sommes les légats, nous approuvons l'institut que vous professez; nous vous exhortons à la persévérance. A tous ceux qui, dans vos monastères, professent la vie canoniale, et qui, avec l'aide de Dieu, y restent fidèles, nous accordons la bénédiction apostolique et la rémission de leurs péchés.
a A quiconque nous interdisons d'introduire des
UORDRE CANONIAL DE PRÉMONTRÉ
changements dans votre règle de vie. De même nous défendons aux religieux de passer, même sous prétexte de pratiquer une austérité plus grande, de votre Ordre à un autre, sauf assentiment de l'abbé et de tonte la communauté. Et si quelqu'un contrevenait à cette prohibition, nous n'autorisons aucun autre abbé à l'admettre chez lui, sans une attestation de ce consentement unanime.
Au nom de Dieu, Père, Fils, Esprit, nous confirmons votre Institut. Porter atteinte a celte ordonnance, nonobstant deux ou trois avertissements préalables, serait encourir les peines canoniques.
Fait à Noyon, le 4 des Calendes de juillet, en Tannée de l'Incarnation de Notre-Seigneur 1124, el la sixième du pontifical du seigneur Calixte II. »
^-.: JVt ■-.
LE MISSIONNAIRE