‹ Saint Norbert, (1082-1134) [microform]Chapitre 21 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA REACTION VIOLENTE

En rentrant dans son diocèse, Norbert se vit aux prises avec les pires difficultés.

Depuis sa défaite dans l'affaire de la collégiale Sainte-Marie, l'archidiacre Atticus n'avait pas désarmé. Bien au contraire, l'ascendant que lui conférait une situation en vue devint peu à peu le pivot autour duquel convergèrent, puis s'échauffèrent progressivement les sourds mécontentements des clercs si justement rappelés au respect de la continence. La rancune couvait; elle n'attendait qu'une occasion pour se répandre en laves brûlantes et accabler sa victime.

Le jeudi saint 1129, Tévêque était au tribunal de la pénitence. A son rang se présente, pour être absous de ses péchés, un jeune homme aux allures louches, la taille drapée d'une Simple cape, Norbert l'aperçoit, le somme de ne pas avancer, appelle à l'aide, le fait dépouiller de son manteau, et l'on découvre qu'il cache une dague effilée. On le met à la question; apeuré, il avoue en tremblant qu'il a été soudoyé pour tuer le prélat, et désigne Atticus comme chef du complot.

Quelque temps après, l'archevêque venait assister

L'EVEQUE

LA RÉACTION VIOLENTE

à Matines ; suivant la coutume, son cortège s'était formé pourl'entrée au chœur. Il s'avance dans la cathédrale. Soudain, en moins de temps que pour le dire, Tun des chapelains, celui qui fermait la marche de la procession, est appréhendé par un assassin posté derrière la porte. Il est frappé en traître, tombe baigné dans son sang. Le clerc meurtrier, carc'était un clerc, s'aperçoit de sa sotte méprise et s'enfuit déçu. Il avait cru atteindre le pontife : il n'a blessé qu'un de ses suivants.

Ces coups isolés n'ont pas porté. Il n'est plus que d'encercler Norbert dans un mouvement d'insurrection populaire; de là, on ne se dégage pas à si bon compte. C'est bien la pensée perfide d'Atticus. Elle va se préciser et prendre corps à l'occasion d'un incident dont, à cette époque, la fréquence ne le cédait guère qu'à la banalité.

La cathédrale avait été profanée par un crime honteux que la chronique, par pudeur, s'abstient de désigner autrement. L'archevêque crut nécessaire une réconciliation liturgique de l'édifice pollué. Il en parla à ses chanoines; la majorité ne se rallia pas à son avis. Il faut dire que, pour la plupart, ceux-ci appréhendaient que la cérémonie ne servît au surplus de prétexte à une mesure dont on prêtait, depuis quelque temps, l'intention cauteleuse à Norbert : le remplacement prochain du chapitre séculier par un chapitre régulier venu de Prémontré.

Ici encore, le prélat passa outre à l'opposition dont il n'ignorait rien des dessous ; la date de la cérémonie secrète fut fixée à la nuit du 29 au 3o juin II 29. Mais il n'avait pas prévu la tactique de la conjuration.

Au chant du coq, alors que les vitraux de la cathédralelaissent encore filtrer, en la trahissant, la lumière du dedans, les opposants font sonner le tocsin , alarment la population en lui dénonçant la nouvelle d'un office nocturne dont elle n'a pas été prévenue; puis ils l'ameutent par cette rumeur habilement colportée : Norbert, ravisseur de reliques, accomplit son forfait à la faveur des ténèbres. Or, on le sait, les reliques jouent un rôle capital, dans la protection de la cité : en temps d'épidémie, elles l'assurent contre la contagion de la peste, en temps de guerre contre la surprise des remparts, en temps de sécheresse contre la pauvreté des récoltes. Et c'est de la perte de ce nantissement incomparable que l'on serait, paraît-il, menacé !

Le danger presse. On vole au secours du précieux trésor. Le tumulte se déchaîne. De toutes parts des protestations violentes éclatent. C'est la sédition dans toute la hideur de ses emportements. Ses gens jugent que la vie de leur maître est en danger. Ils le contraignent à se réfugier furtivement dans une tour crénelée attenante à la métropole.

Mais la surexcitation des esprits est à son comble. On poursuit l'archevêque dans l'abri. On l'invective, on cherche à l'atteindre à la fois du dehors et par le dedans. Le désarroi devient indescriptible. Le Saint voit l'un de ses gens s'affaisser. Profitant de la bousculade pour se dégager du rempart vivant que lui font ses fidèles gardes du corps, il s'élance au secours du blessé et s'égare parmi les assaillants; ceux-citombentsurlui, le soufflettent, le frappent brutalement, et l'un des énergumènes abat de toute sa force le tranchant de son épée sur l'épaule de Nor-

L'ÉVÉQUE

LA RÉACTION VIOLENTE

|llt!j#'

bert : mais, ô prodige ! le coup rebondit comme d'une enclume et n'entame point les chairs.

On le devine, les moindres détails n'avaient point été oubliés dans la préméditation du complot; l'absence elle-même du burgrave avait rendu impossible l'intervention du bras séculier. Son retour ramena le calme, un calme relatif et transitoire en vérité. Circonvenu en personne, il dut promettre que, si éminente que fût sa dignité, l'inculpé paraîtrait à la barre et répondrait publiquement du rapt des reliques.

C'était là, toute partielle qu'elle parût, une concession à la tyrannie de l'opinion publique; les sectaires se jurèrent de la transformer en victoire complète. Ils se réunirent en un clan occulte, jurèrent de s'enivrer de vin ou d'hydromel le jour où la cause serait jugée, et de se faire justice au cas où leur ennemi serait relaxé. D'un commun accord, le défi sanctionnait le serment : quiconque des partisans aurait, au dernier moment, la faiblesse de reculer devant la résolution prise, verrait sa maison livrée au pillage puis à rincendie.

Le secret fut éventé et l'évêque prévenu du péril. Il refusa absolument de s'enfuir, résolu à subir de grand cœur le martyre s'il s'offrait à lui, aussi calme devant la mort qu'il l'avait été la veille devant les abandons, les invectives, les coups.

Arrive le jour du jugement fixé par le burgrave. Des attroupements turbulents et avinés se forment; les clameurs recommencent; une fois de plus l'entourage de Norbert s'empare de sa personne, pour l'arracher aux attentats des forcenés. Précipitamment, on emmène le pontife à l'abbaye béné-

dictine du faubourg, de là au manoir épiscopal de Gevekenstein, et enfin, pour échapper aux poursuites persistantes de l'ennemi, chez les chanoines augustins de Pétersberg. C'est de là, qu'après avoir inutilement invité les rebelles au calme et a la paix, il lança l'interdit sur la ville de Magdebourg.

L'interdit ! C'était la suspension de toute vie sociale en même temps que de toute vie religieuse : désormais plus de sacrements, plus de cérémonies liturgiques, plus de mariages ni de funérailles.

Au bout de six semaines, provoquée par le châtiment la sérénité retrouva ses droits. Les meneurs furent les premiers à solliciter un pardon qui leur fut octroyé avec une générosité dont ils furent touchés. Le proscrit rentra donc chez lui, réclamé et bientôt acclamé par un peuple touché de sa mansuétude. .

Entre le troupeau et le pasteur, ce serait désormais à la vie à la mort. Jusqu'à la fin, Norbert ne reçut plus que des témoignages de l'estime universelle, du plus indéfectible attachement. Un seul des partisans, le chef, ne se décidait point à désarmer. Si pour un temps, il en fit mine et se tut, ce fut par crainte de son impuissance d'isolé ; mais dans ce cœur ulcéré persistait clandestinement l'espoir en l'avenir, et l'avenir réservait en eflet, à Atticus, un nouveau prétexte à querelle et à vengeance.

Sur ces entrefaites, de sinistres nouvelles arrivaient de Rome. Çà et là, on racontait qu'après la mort du pape Honorius II (i4 février ii3o) et l'élection régulière de son successeur Innocent II, un cardinal arriviste et intrigant, Pierre de Léon, le même qui, on iia4» au concile de Noyon, avait approuvé l'Ordre de Prémontré en qualité de légat, s'était fait élire

(iMiifi

^.^liTJJ^l

L'ÉVÉQUE

LA RÉACTION VIOLENTE

souverain pontife en concurrence avec rauthenlique successeur de Pierre, sous le nom d'Anaclet II. C'était ie schisme, renouvelé de quelque cinq années précédentes, mais aggravé, cette fois, de pratiques simoniaques, dont l'antipape passait depuis longtemps pour avoir l'habitude, et dont, à ciel ouvert, il ne se faisait plus aucun scrupule. La famille des Pierleoni était des plus riches, et prête, en outre, à toutes les générosités qui, par la force ou la corruption, assureraient le succès à l'un de ses membres.

Plus que de ses récentes épreuves personnelles, Norbert s'attrista de la persécution infligée à l'Église. Mais les informations étaient d'un caractère si grave, qu'il crut devoir solliciter un complément d'informations. Hélas! pris abonne source, les renseignements révélèrent que la rumeur publique n'était pas controuvée; elle reposait de fait sur une base strictement indéniable. Le Saint l'apprit en ligne directe de deux prélats, bien en place pour savoir, trop attachés à la vérité pour en mal témoigner.

L'un d'eux, l'archevêque de Ravenne, après avoir dépeint le dramatique spectacle d'une Rome déchirée à nouveau par les luttes du sacerdoce et de Vempire, suppliait le pasteur de Magdebourg d'obtenir de Lothaire une intervention pacificatrice. Norbert ne s'en tint pas à cette conclusion. De toute son influence il travailla à faire acclamer {>rai pape Innocent II par tous ses monastères, par tous les peuples de la Germanie, digne émule en cela de Bernard de Clairvaux appliqué en France au même apostolat d'urgente lïctualité, de la plus urgente actualité : car il y avait presse à éclairer la masse et les éUtes sur la légitimité de l'élection d'Innocent. L'intrus n'avait-il^pas

notifié la validité de la sienne en termes de chancellerie qui donnaient le change; sans vergogne, il s'était présenté comme l'élu de la pars major et sanior du Sacré Collège.

L'empereur ne partit pas alors pour Rome ; mais le pape vint à lui, et fut reçu par lui au Concile de Liège le 22 mars ii3i. Au cours de sessions qui réunirent autour du vicaire du Christ cinquante évêques et un nombre imposant de fiers paladins, le monarque donna son adhésion publique à la cause d'Innocent II. Il prit et conduisit par la bride la haquenée blanche du pontife, alors que de l'autre main, à titre de défenseur de la sainte Église, il s'appuyait sur la crosse. Surtout il contracta l'engagement de s'opposer aux empiétements sacrilèges de l'antipape.

A l'issue du concile, Innocent II partit pour Laon accompagné de Norbert. De Laon il est probable que les deux augustes voyageurs poussèrent jusqu'à l'abbaye de Prémontré. On était au printemps de ii3i et c'est à la date du 12 avril de la même année que Hugues, abbé de Prémontré, obtint de première main un diplôme pontifical qui plaçait le monastère sous le patronage de l'apôtre Pierre, et le mettait ainsi, sous peine de l'excommunicalion, à l'abri de toute vexation et de tout pillage.

Très doux au cœur de Norbert, ce séjour parmi les siens, fut brusquement interrompu par un rappel pressant à Magdebourg. Il n'y était plus question d'émeute dans la population ; mais au sein du Chapitre de la cathédrale, recommençait de s'agiter une minorité de mécontents dont Atticus restait en sourdine l'âme damnée. Le Saint n'avait plus à temporiser*

L'ÉVÊQUE

LA RÉACTION VIOLENTE

L^archidiacre fut convaincu d'intrigues déshonnêtes, peut-être aussi de détournements de fonds, puis déclaré suspens de ses fonctions.

Furieux, il en appelle à Tantipape Anaclet, lequel cite Norbert à sa barre. Le prévenu n'est nullement intimidé par le reniât de l'usurpateur. Il n'en fait nul cas. Alors, en termes dont l'injurieuse et brutale crudité révolterait d'une autre plume, le Saint, par contumace « dépouillé de toutes prérogatives ecclésiastiques et séculières, voué à l'éternel anathème », se voit décerner ainsi un brevet d'orthodoxie qui ne manqua pas d'être cher à sa foi.

A Rome, oui, il irait prochainement, mais non pour répondre aux injonctions et aux insultes gratuites d'Anaclet.

Le roi Lothaire venait, en effet, de décider une expédition nécessitée par l'état de division qui se perpétuait dans l'Europe chrétienne, du fait de l'intrus. Envers et contre tout, ce dernier restait le maître indiscuté de la Ville Éternelle; il y affirmait sa domination par la force armée et par les combinaisons de la politique, au besoin, par le brigandage. Ses bulles et ses encycliques partaient du Latran ou de Saint-Pierre, et cette origine diplomatique leur donnait un faux cachet d'authenticité de nature à tromper les âmes simples. N'y avait-il pas du reste injustice flagrante h cela : que le vrai pape vécût en banni et fût réduit à errer à travers la chrétienté, alors que l'antipape tenait sa place et occupait insidieusement sa cathèdre, « Tandis qu'Anaclet jouissait du siège de l'autorité, Innocent avait pour lui les Eglises; celui-là dominait sur Rome, celui-ci régnait sur l'univers catholique » : telle est la cons-

tatation sentencieuse des contemporains; et sans doute, il y a sous leur plume et dans le relief d'un tel contraste, une mise en accusation dont patente est l'intention, et de laquelle Thémis n'eût pas récusé l'ironie vengeresse.

Vengeance platonique du droit outragé, insuffisante à faire cesser le schisme et à rétablir l'ordre troublé 1 II n'y faudrait rien moins qu'une intervention vigoureuse du bras séculier.

Et c'est pourquoi, Lothaire venait de la prendre à son compte.

Norbert fut chargé d'en porter l'excellente nouvelle à Innocent II, lequel tenait alors ses assises au concile de Reims, au milieu d'un brillant cortège de trois cents évêques et d'une foule de barons feudataires (octobre i i3i). Le message fut accueilli avec un transport de joie et de reconnaissance. L'aube de la délivrance jetait enfin ses premières lueurs.

L'année précédente, le concile d'Étampes avait valu au pape légitime la reconnaissance officielle et les hommages du roi de France Louis le Gros. Cette fois, c'est l'Angleterre et la Germanie qui par des intermédiaires de qualité, apportaient à Innocent leur protestation de fidélité. La ligue sainte s'affermissait*.

On le devine, l'ambassadeur d'une telle communi-

I. Banni de Rome, Innocent II avait tour à tour séjourné à Pisc, à Gênes puis en Languedoc; de Saint-Gilles il remonta la vallée du Rhône. A la nouvelle de son approche, Pierre le Vénérable envoya de Cluny à sa rencontre une équipe de soixante chevaux. C'est à Cluny qu'il apprit de Suger, abbé de Saint-Denys, la décision du concile d'Etampes. Il se remit en route. A son arrivée à Saint-Benoît-sur-Loire, il trouva le roi de France et la famille royale qui le saluèrent comme Tauthentique vicaire de Jésus-Christ.

L'ÉVÊQUE

LA RÉACTION VIOLENTE

cation fut reçu avec de grands égards. A Tavance, il les avait pressentis et s'était promis d'user pour son église h lui de la faveur qu'ils lui vaudraient. Il ne se fît nul scrupule d'en revendiquer le profit.

C'est ainsi que les antiques privilèges du diocèse de Magdebourg furent approuvés derechef et confirmés. Tout vermiculé, le parchemin des premières chartes qui les attestait, était devenu à peu près indéchiffrable ; sur place, de nouveaux actes furent rédigés, scellés, et munis d'authentiques. De plus, toutes les réclamations de Norbert contre les détenteurs de biens relevant de la mense archiépiscopale furent de plein droit autorisées, et hautement ratifié enfin fut le transfert de l'église Sainte-Marie aux chanoines de Prémontré.

Au terme de la longue épreuve qu'il venait de subir, il semble que la Providence se soit complu à réserver à Norbert quelques consolations d'ordre humain. Après l'épreuve venait donc, pour lui aussi, la bénédiction compensatrice. Ainsi Job le Juste avait-il alternativement connu les rigueurs puis la bienveillance de Jéhovah à son égard.

En celte conjoncture, l'âme sensible de l'homme de Dieu goûta la saveur d'une joie plus délicate encore. A Reims, il retrouva ses deux amis intimes : Bernard de Clairvaux et Barthélémy de Vir. Avec eux, dans l'effusion et les épanchements de la confiance, il put s'entretenir des graves événements qui troublaient alors l'Eglise, de l'espoir de leur prochaine cessation, et aussi de la façon miséricordieuse dont Dieu avait naguère mis fin à ses tourments à lui. Bernard et Barthélémy, ce dernier septuagénaire, le félicitèrent de son bonheur pré-

sent, et l'on ne se quitta point sans s'être mutuellement renouvelé la promesse d'une pensée fidèle dans le Seigneur. Ici-bas, Barthélémy et Norbert ne devaient plus se revoir.

Avec saint Bernard, les échanges réciproques d'affection furent plus chauds encore, et pnr surcroît, provoquèrent une cordiale explication. On parla du passé. Or, lors de leur dernière rencontre qui remontait à 1128, les deux interlocuteurs avaient différé d'opinion sur un sujet de conversation alors assez à la mode : l'imminence de l'anléchrist, entendons : du schisme menaçant de Pierre de Léon, qu'il était encore difficile à celle époque de pouvoir présager.

Une lettre postérieure de Bernard à l'évêque de Chartres nous renseigne sur le dissentiment. « Vous me demandez, écrivait l'abbé de Clairvaux, si le seigneur Norbert a l'intention de faire le pèlerinage de Jérusalem; je l'ignore. J'ai eu le bonheur de le voir, il y a quelques jours, il m'honora d'un long entretien au cours duquel je bus avec avidité les paroles qui coulaient de ses lèvres comme d'une source céleste * ; mais je ne lui entendis rien dire de ce projet de voyage. Je lui demandai quant à moi, ce qu'il pensait de l'antéchrist. Il me parut persuadé que la génération présente le verrait. Je sollicitai des preuves; sa réponse ne put me convaincre. Mais lui, loin de se dédire, répéta que bientôt l'Eglise serait troublée par une persécution générale. »

Le temps avait malheureusement donné raison à

I. Mot pour mot : de cœlesti fistula, ore scilicet ipsius. L'image est empruntée par saint Bernard à la liturgie de l'époque. Cette FiSTULA était le chalumeau d'argent dont on se servait pour communier, à la messe, sous l'espèce du vin.

154 L'ÉVÊQUE

la clairvoyance prophétique de l'archevêque de Magdebourg, clairvoyance aidée, il faut le dire, par le mauvais renom que Tantipape s'était acquis dès sa jeunesse tant en France qu'en Italie. Bernard eut la courtoisie et la bonne grâce d'en convenir, sans se préciser davantage si, de son côté, la question ne s'était point plutôt posée avec l'ampleur d'un problème eschaiologique. Bien plus, il n'éprouva aucune répugnance à donner à son ralliement spontané la diiïusion de la publicité ; c'est en effet, cette même année i i3i qu'il mandait à l'archevêque de Tours ce mot à l'emporte-pièce tranchant au vif dans le débat romain : « Ceux qui suivent Innocent se déclarent pour Dieu ; mais ses adversaires sont pour l'antéchrisl... à moins toutefois qu'ils ne soient l'antéchrist en personne. »

Page 1