‹ Saint Odon (879-942)Chapitre 17 sur 37 · PREMIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES

l'agreste liberté des champs, sa vive intelligence s'ouvre aux lettres humaines et surtout aux lumières de la foi et son cœur se dilate au souffle purifiant de la charité divine. Sa voix harmonieuse se mêle, souple et fraîche, a celle d'autres enfants, pour clianter au pied de l'autel les louanges de Dieu et de ses saints.

Cet état de choses se prolonge longtemps encore. Abbon et Silvia étouffent le soupir qui leur monte à la gorge quand leurs regards se rencontrent et se redisent la pensée commune, obsédante, qui va retrouver le petiot là-bas, au delà de rhorizon. Un jour, une modeste caravane se montre, comme un point noir, au fond de la plaine et se dirige vers le manoir. Le père et la mère considèrent le point noir qui grandit, se dessine. Leurs yeux et leurs cœurs ne se trompent pas : ce sont eux ! s'écrieut-ils ensemble, en se précipitant à la rencontre de la petite troupe. Quelques moments après, ils serrent leur Odon dans leurs bras. Ils s'aperçoivent alors seulement du nuage de tristesse qui couvre le front du prêtre. Dès qu'ils sont entrés dans la salle du manoir, ce dernier leur expose la cause de sa sollicitude et les motifs de leur retour imprévu. Laissons-lui la parole :

B Une de ces dernières nuits, pendant que tout reposait au logis, j'ai eu une vision, communication mystérieuse et troublante des volontés de Dieu. Devant moi, se sont présentés les deux princes de la sainte Eglise, saint Pierre et saint Paul. Leurs visages surhumains sont empreints d'une austère et majestueuse autorité, a Tu vas nous remettre, me « disent-ils, Odon, cet enfant qui t'est confié : nous « l'exigeons de toi. t Dès que la stupeur dont je suis saisi me permet de desserrer les lèvres : " De

« grâce, ô mes seigneurs, dites-moi ce que vous vou- « lez faire de ce pauvre et cher enfant. Le ramènerez- « vous à la maison de son père ? — Non, répondirent- (( ils, ce n'est pas à la maison de son père, c'est vers « l'Orient que nous voulons l'emmener. » Alors, une immense douleur s'empare de mon âme ; je me jette à leurs genoux, je me roule dans la poussière ^à leurs pieds : « Pitié ! pitié ! pour votre serviteur ! Cet en- « farit que j'aime, ce trésor que ses parents m'ont « confié, vous voulez me l'enlever! Que diront son a père et sa mère désolés, quand je me présenterai « devant eux sans lui ? Ne seront-ils pas en droit de « me traiter de traître et d'infâme ! Pitié ! » Alors les visages des bienheureux apôtres s'illuminent d'un rayon de divine charité. « Par pitié pour toi, par «c commisération pour la douleur de ses parents, nous « consentons à accorder des délais et à suspendre (( pour un temps l'exécution de notre mandat, v Et la vision s'évanouit.

Le chroniqueur Nagolde s'extasie devant ces merveilles et ces délicatesses de la Providence, indiquant la vocation et les destinées d'Odon, alors que l'enfant n'est pas encore en situation d'entendre les appels d'en haut et d'y répondre. Comme conclusion de ce qui précède, troublé par la vision, effrayé par sa responsabilité, par les revendications du ciel, suspendues, menaçante épée de Damoclès, sur sa tête, le prêtre vient ramener l'enfant à son père et se décharger du mandat confié.

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