‹ Saint Odon (879-942)Chapitre 30 sur 37 · LE LETTRE · texte numérisé non relu

LE LETTRE

En approchant du terme de cette existence si sainte, si féconde et déjà si mure pour le ciel, une halte s'impose : nous avons dû, en effet, laisser dans Tombre un des traits de cette admirable figure, une partie des œuvres qu'Odon à sa mort a léguées a TEglise. Ce trait de la figure est trop caractéristique, cette œuvre est trop notable, pour que nous puissions nous contenter ici de la mention fugitive donnée en passant. Le portrait que nous avons entrepris de tracer ne serait ni complet, ni ressemblant, si nous ne parlions de Tœuvre littéraire de notre saint. Il ne lui a pas suffi, en effet, de pratiquer héroïquement les vertus de son état, ni même d'entraîner après lui les âmes de ses Frères dans les voies de la perfection ; il a tenu à étendre outre-tombe son action bienfaisante et réformatrice au moyen des nombreux et remarquables ouvrages qu'il a composés.

Ils sont nombreux, en effet, ces ouvrages qui, sur des terrains divers, se présentent à nous sous le nom d'Odon de Cluny. De ce nombre, il convient d'en retrancher plusieurs que la critique moderne a démontré avoir été faussement attribués au saint abbé et que leurs auteurs ont essayé d'abriter sous

son patronage. Toutes ces tentatives, que nous ne saurions trop réprouver, sont autant de témoignages du prestige dont jouit Odon auprès des lettrés de son temps, à une époque où le renom littéraire n'est pas cbose banale et d'une conquête aisée.

Quels rudes travailleurs que ces saints du haut moyen âge! Comme la grâce de Dieu vient féconder leur activité et multiplier d'une manière stupéfiante leurs œuvres! Quand, après avoir résumé les fondation, les réformations, l'action sociale d'Odon et les grands intérêts qui lui sont confiés, nous jetons les yeux sur les volumineux manuscrits qui nous ont conservé son œuvre littéraire, ne trouvons-nous pas dans cet ensemble de quoi faire rougir nos nonchalances modernes et nos vaines disperditions de temps ?

L'esprit d'Odon qnit à la prolondeur qui se plaît aux spéculations philosophiques, aux auscultations morales de la société, une vigueur qui se manifeste dans les nervosités de son style et une poésie qui vient adoucir par ses charmes l'austérité de ses œuvres. Nous avons dit plus haut comment la Providence l'a empêché de laisser ses facultés intellectuelles s'éparpiller et se stériliser sur des terrains profanes et les a concentrées sur les lettres sacrées, son domaine exclusif. En définitive, ses productions de moraliste, d'historien, de liturgiste, qui, dans leur variété, sont bien unes de mobile, d'inspiration et de facture, ne sont que les préparations ou les conséquences de l'œuvre maîtresse de sa vie, la réforme monastique : elles en font intégrante partie.

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