INTRODUCTION. V
OdoD le prit pour compagnon de ses incessantes et lointaines pérégrinations; en 989, il lui fit reprendre le chemin de Rome, et, suivant l'expression du chroniqueur, « à la place du chanoine qu'il avait enlevé à ses parents, il leur ramenait un moine ». Le long de ces routes interminables, qui déroulaient leur sillon mouvementé à travers les plaines et collines de France et d'Italie, qui grimpaient par des pentes abruptes sur les flancs escarpés des Alpes et des Apennins, qui côtoyaient les lacs et franchissaient les rivières, après avoir psalmodié avec ponctualité et recollection les heures de leur office bénédictin, les deux moines causaient. Le vieillard, dont la conversation, au dire de son historien, était pleine de grâce et de gaité, faisait admirer à son disciple les magnificences de cette nature, où tout chante la gloire du créateur, élevait son intelUgence et son cœur à la contemplation des beautés éternelles et formait son à me à la pratique des vertus monastiques. L'intimité devenait de jour en jour plus grande entre ces deux hommes, devisant du haut de leurs lourdes et vigoureuses montures, dans le calme des campagnes qu'ils parcouraient, et traversant, sans s'y mêler, les agitations, grandes ou petites, des bourgades et des cités. Jean apprenait à connaître, à aimer, à vénérer de plus en plus Odon, dont l'affection pour lui devenait de jour en jour plus paternelle et plus confiante. Cependant un désir légitime agitait le cœur du disciple : avec la réserve et l'humilité des saints, l'abbé, dans ses conversations, évitait avec grand soin de parler de lui-même, de ses origines, de son passé. Or, tout cela, Jean brûlait de l'envie de le savoir ; bien des fois U avait usé de diplomatie, mais toujours en vain, pour amener son père à lui raconter