‹ Saint Odon (879-942)Chapitre 7 sur 37 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

cette histoire qu'il soupçonnait charmante et merveilleuse. Un jour, enfin, le moine, qui était devenu très cher à son abbé, lui présenta simplement et filialement sa requête, lui faisant valoir combien ces souvenirs du passé pouvaient servir à la gloire de Dieu et au profit spirituel de son âme ; il fut insinuant, pressant; il finit par triompher des résistances : ce ne fut pas, du reste, sans peine, si nous nous en rapportons au récit un peu emphatique que Jean nous donne de sa victoire* « Selon son habitude, nous dit-il, Odon se tint pendant quelques instants en silence, puis, quand la rougeur qui avait envahi sa face se fut dissipée, après avoir tiré de son cœur de profonds soupirs, il se mit à commencer d'une voix pleine de gémissements et de larmes le récit de son passé. » Dans ce récit, qui nous est transmis fidèlement par Jean, si nous prenons la peine de supprimer par la pensée les ornementations littéraires que ce dernier s'est cru tenu à ajouter à la narration primitive, nous nous trouvons en présence d'un saint Odon raconté par lui-même ; nous possédons donc une œuvre qui équivaut presque, au point de vue de l'exactitude, pour les premières périodes, à des mémoires personnels. Pour la suite de la vie, nul n'était mieux en situation que Jean pour nous redire les gestes, les pensées, les vertus de celui qu'il accompagnait sans le quitter et qui épanchait son âme dans la sienne. Deux ans avant sa mort, Odon se sépara de son fidèle Jean; pour des motifs que nous ignorons, mais sans doute dans l'intérêt de la réforme qu'il y avait introduite et qu'il désirait consolider, ce fut dans le monastère de Salerne qu'il l'envoya fixer sa résidence. Nous pouvons supposer et les regrets causés par cette sépa-

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ration et la douleur profonde infligée par la nouvelle de la mort du grand et saint abbé au cœur du moine, dont la santé en fut gravement compromise et qui se renferma désormais dans ses souvenirs et dans les occupations de sa vie régulière et studieuse. Au cours d'une crise douloureuse qui Fétendit pendant de longs jours sur son grabat, Jean reçut la visite de deux personnages considérables, Adhebrade, un des plus vénérables religieux du monastère, et Jean exacteur du Sacré Palais de Salera e; ils avaient connu jadis le saint abbé et reportaient sur son disciple une part des sentiments que ces relations leur avaient mises au cœur. Ils vinrent supplier le moine, au nom de leur commune vénération, d'écrire la vie de saint Odon, par là de payer sa dette de reconnaissance et de travailler pour l'utilité de tous. « Après avoir longtemps hésité, se sentant si inférieur à la tâche, avoir médité dans le silence de sa cellule, avoir surtout imploré l'assistance du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Jean se laissa vaincre et ne voulut pas se dérober plus longtemps à ce qu'il considérait comme un devoir : il se mit à recueillir les matériaux dé son œuvre, c'est-à-dire ses propres souvenirs, qui étaient bien vivants dans son cœur, et, pour les deux dernières années de l'existence d'Odon, les témoignages « d'Amulphe, qui avait été son maître pendant son noviciat à Cluny; d'Hucbert, qui devint plus tard évéque de l'église de Tibur, et du frère Landry », qui avaient vécu dans l'intimité du saint pendant sa dernière période ; et puis, il se mit à la tâche.

Comme on le voit, c'est un chroniqueur merveilleusement armé que frère Jean, pour écrire la vie de saint Odon y pour tracer le portrait d'un homme qu'il

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