VIII INTRODUCTION
connaissait si bien. Son œuvre est, en effet, un document historique d'une incontestable véracité, en même temps qu'elle nous donne une esquisse très vivante de scènes dont le narrateur a été témoin et où il a eu son rôle. Disciple de saint Odon, plein' de vénération et d'affection pour son maître, Jean garde dans son récit le rôle de confident, et, comme le diacre Pierre dans les Dialogues de saint Grégoire, par ses objections et ses demandes d'éclaircissements, donne au saint l'occasion de tirer la leçon morale des événements et de faire ressortir les motifs surnaturels des actes ; ce qui prête à cette narration un charme particulier et nous permet de pénétrer dans cette âme de saint et d'en admirer tous les trésors cachés.
L'œuvre du moine Jean est-elle sans défauts? Loin de nous de le prétendre. Sans art professionnel, malgré les recherches outrées de la forme dont il revêt ses idées, il reproduit ses souvenirs à mesure qu'ils se présentent à sa mémoire. Plus soucieux de mettre en saillie les vertus de son héros que d'en écrire la biographie, il groupe les faits d'après leur connexion spirituelle et fait trop bon marché de l'ordre chronologique. Cette absence de méthode, jointe au pédantisme des dissertations théologiques dont elle est émaillée, fait de la Fita S. Odonis^ auctore Jo^ hanne Italico une œuvre un peu touffue; mais elle nous donne toutes les indications historiques, et nous pouvons y recueillir à profusion de charmantes fleurs en les dégageant du fouillis où elles sont enfouies.
Le moine Jean n'était pas seulement l'auteur qui avait mis toute son intelligence, toute son érudition, tout son cœur à la composition de son œuvre; il était aussi un de ces copistes monastiques dont la