‹ Saint Optat et les premiers écrivains donatistes [microform]Chapitre 13 sur 24 · CHAPITRE Vï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vï

PARNIENIANUS DE CARTHAGE

Vie de Parmcniauus. — Soa origine étrangère. — Comment il fut élu évoque de Cartilage et chef du parti par les Donatistes exilés. — Installation de Parmenianus à Garthagc, après l'édit de Julien, en 362. — Son rôle comme primat donatiste. — Son active propagande. — Les Parménianistos. — Polémiques de Parmenianus contre les Catholiques. — S(^s démêlés avec ïyconius. — Sa mort vers 391. — Caractère do Parmenianus. — Son éloquence. — Ses ouvrages. — Ses Psaumes. — Dates de ses traités polémiques.

Parmi les chefs des Donatistes, si ombrageux dans leur patriotisme africain, Parmenianus est peut-être le seul qui ne soit pas du pays; et cette origine étrangère lui a valu des railleries sans fin de la part des Catholiques, agacés d'entendre toujours leurs adversaires se targuer d'être en Afrique la seule Eglise nationale ^ Parmenianus était, de naissance, Espagnol ou Gaulois'-^; on ne peut préciser davantage. Ce sont les hasards de la vie, et surtout les contre-coups de la politique religieuse du temps, qui ont fait de lui un Carthaginois et le primat de l'Eglise schismatique. En 347, l'empereur Constant avait tenté à son tour de rétablir la paix en Afrique; il avait promulgué un édit d'union, qui eut pour conséquences un soulèvement de fanatiques et une terrible persécution contre les Donatistes -^ Le résultat visé fut atteint, au moins en apparence, et pour quelque temps ^. L'unité fut rétablie, par la ruine de l'Eglise schismatique : l'année suivante, Gratus, l'évêque catholique de Carthage, put dans un concile célébrer avec enthousiasme la victoire de son parti et la restauration de l'Afrique chrétienne''. Mais ce triomphe éphémère n'avait été obtenu que par la vio-

1) Optât, I, 5 : « Quia pcrcgriiiiis es ». 111, 1 et 3 ; Augustin, PMlmii:^ conlra Cf. II, 7; III, 3. paiiein DonaU, 145; Epiai. 105,2, S).

2) Ihid., H, 7 : « llispanuin aut Cal- i) V'^oycz plus haut, t. IV, p. :i5 et lum ». siiiv.

3) Pa.ssto Marculi, p. 7(51 ;\Iigno; Paasio 5) Concil: (Jarlliay. ann. 3-18, Exui'd. cl Maxiiniani et Isaac, p. 768 Mignu; Optât, can. 1-2.

lence : on avait confisqué les basiliques et les biens des dissidents, on avait massacré leurs bandes de Circoncellions ^, on avait frappé ou exilé leurs chefs ^. Parmi les bannis se trouvait le primat du Donafcisme, le farouche et intransigeant Donat de Garthage. Avec ses plus fidèles partisans, il fut relégué ou se réfugia dans une autre province de l'Empire, probablement en Espagne ou en Gaule; c'est là qu'il mourut, vers 355 3. Selon toute vraisemblance, Parmenianus connut Donat dans son exil, fut séduit par sa doctrine, se rallia à son Eglise, devint l'un de ses plus fervents disciples; et c'est ainsi qu'à la mort du maître, malgré la tare de son origine étrangère, il put être choisi par les sectaires bannis, pour le remplacer comme évoque de Garthage et comme chef de l'Eglise schismatique ''.

Pendant plusieurs années, il n'en fut évidemment que le chef honoraire. L'accès de sa ville épiscopale lui était interdit ; le Donatisme était toujours proscrit en Afrique, et n'y survivait que dans l'ombre''. La situation changea brusquement en 362. Julien venait d'arriver à l'Empire, et inaugurait habilement sa campagne contre le christianisme, en proclamant la liberté de culte pour tous, en rouvrant les temples et en restaurant les vieilles religions, en lâchant la bride aux hérésies. Les Donatistes saisirent l'occasion. Plusieurs de leurs évéques adressèrent une re([uéte à l'empereur, demandant pour eux aussi la liberté et la restitution de leurs biens''. Par un édit solennel, Julien abrogea l'édit de Gonstant, autorisa les exilés à rentrer en Afrique, et ordonna aux gouverneurs de faire rendre aux schismatiques les immeubles confisqués ou attribués auxGatholiques ". Les bannis accoururent et réveillèrent la foi de leurs fidèles, reconstituant partout leurs communautés, revendiquant leurs basiliques devant les tribunaux ou par la force s. Une effroyable guerre civile et religieuse se déchaîna sur la contrée, principalement en Numidie et en Maurétanie, Les Girconcellions se remirent en campagne; des bandes armées, souvent conduites par des évèffues, parcoururent le pays, saccageant les églises, massacrant ou violentant les Gatholiques, convertissant malgré elles

1) Optai, m, 4. EpisL. 93, 4, 12; 105, 2, 9.

2) 76/(/., J[, 15; m, 1 cl 4. 7) Oplal, 11, 10; Augiislin, Conlra

3) Jérôme, Chron. ad aiui. 355. — Cf. lUlcms Pciiliani, II, 83, 184; 97, 224; Oplat, II, 15; 111, 1 cl 3-4. Epiait. 105, 2, 9; Cod. Tkeod., XVl,

4) Optât, II, 7; III, 3; Augustin, Jie- 5, 37.

tract., Il, 43; Serin. 46, 8, 17. 8) Oplat, II, 17-19; III, 3; VI, 7; Au-

5) Optai, H, 15. guslin. Contra Epislulam Parmaniani, I,

6) Oplat, II, 16; III, 3; Augustin, 12, 19; Contra lilLeraA Petiiiani, II, 92, Conlra litleras Pciiliani, 11, 97, 224; 203 ; Cod. 77tt'OtL, X.YI, 5, 37.

PARMENIANUS DE GARTHAGE 223'

des populations entières i. C'est dans ces circonstances, aussitôt après l'édit de Julien, que Parmenianus vint à Carfchage, où il prit possession de son évéclié et inaugura son rôle elTectif de chef du parti'-.

Hàtons-nous d'ajouter qu'il fut complètement étranger aux violences de ses turbulents amis. Si l'on en juge par ce que nous disent de lui ses adversaires, il dut être le premier à déplorer ces désordres, qui compromettaient sa cause et contrecarraient sa politique. Nous ne connaissons pas le détail de son œuvre épiscopale et administrative; mais, au témoignage d'Augustin, son action fut décisive^. D'ailleurs, les faits sont là pour l'attester. Quand Parmenianus arriva en Afrique, le Donatisme, proscrit depuis quinze ans, dépouillé de tout, réduit h. quelques groupes d'obscurs sectaires, n'existait plus comme Eglise ''^ Trente ans plus tard, à la mort de Parmenianus, l'Eglise donatiste, fortement organisée dans toutes les provinces africaines, tenait partout tête à l'Eglise catholique, l'emportait même en Numidio par lo nombre des adhérents et des communautés"'. Evidemment, les circonstances avaient été favorables : partialité de Julien et politique hésitante de ses successeurs, complicité de certains gouverneurs'', révolte de Firmus, en qui les dissidents trouA^èrent un allié". Mais c'est aussi dans l'habileté du chef qu'il faut chercher la raison des progrès du schisme en ces temps-là. Parmenianus a été le restaurateur du Donatisme, qu'il a reconstitué, réorganisé, fortifié. 11 sut môme imposer peu à peu à ces sectaires — Girconceliions mis à part — une assez sévère discipline, qui empêcha le parti de s'émietter, suivant l'usage des dissidents, en petites coteries rivales : nous en trouvons la preuve dans l'échec relatif du schisme rogatiste enMaurétanie-'^ et dans rénergic|ue intervention du primat contre Tyconius''. En même temps, Parmenianus augmenta le nombre de ses fidèles par une active propagande, et les affermit dans leur foi en les instruisant, en composant môme pour eux des ouvrages d'allure populaire "^ Il continua si bien l'œuvre de Donat, qu'à

1) Oplal, II, 17-li). 7) AusLislin, Epht. 87, 10; Coniru

2) Ibid., II, 17. Einslulani Parmcnianu 1, 10, 16; 11, 17;

3) « Exlulit se superbia Donali, focil Contra lilleras Pciiliani, H, 88, 184; sibi partem; siibscriucns euiii Parme- Passio Sahœ, l'^.

nianus illius conlirmavit crrorcm )) 8) Augustin, A'/)isL 03, 3, 11; (!, 20-21 ;

(Augustin, Serm. 46, 8, 17). 8, 24; 11, 49.

4) Optât, II, 15. 9) Augustin, Conira Epi:iiiilain Pannc-

5) Collai. Carlliag., I, 165: Augustin, niani, I, 1, 1; Episl.Wd, IQ, 43-45. Episl. 129,6; 209, 2; Enair. Il in Psuiin. 10) Pr.rdcslinat., 43. — Cf. Optai, I, 4: 21, 26; Serin. II in Psalni. 36, 19. a tractalus tuos, quos in manibùs et iu

6) Optât, II, 18; Augustin, Ejiisl. ore muiloruoi esse voluisti ». 87, 8.

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son tour il fut considéré comme un fondateur de la secte, et que les Donatistes furent souvent appelés alors les Parménianistes K

Il fut, enfin, l'un des principaux polémistes de son parti. Dès son arrivée en Afrique, peut-être dès 362, il entreprit de démontrer au public la légitimité de son Eglise, et la déchéance irrémédiable de l'Eglise rivale, dans un grand traité en cin([ livres, où il malmenait fort les Catholiques-. C'est l'ouvrage qu'a réfuté Optât, vers 366. Quelques années plus tard, il eut à défendre son Eglise schismatique contre la menace d'un schisme intérieur. Tyconius, un écrivain donatiste de pensée indépendante, qui avait de l'autorité dans son parti, mais qui n'en acceptait pas tous les préjugés, avait osé contester, dans des livres qui firent du bruit, plusieurs principes fondamentaux de la secte. Parmenianus vit le danger, et n'hésita pas. Dans un important ouvrage ([ui avait la forme d'une lettre à Tyconius, il essaya de réfuter le téméraire et lui reprocha son inconséquence. Tyconius refusant de s'incliner, le primat le fit condamner, vers 380, par un concile''. Dans les deux cas, c'est la raison politique f[ui avait fait de Parmenianus un polémiste. Sous Julien, au moment où il arrivait en Afrique et commençait la restauration de son Eglise, il avait compris la nécessité d'en justifier le principe. Plus tard, devant les aveux compromettants de Tyconius, il s'inquiéta du sourd travail de désagrégation qui minait l'Eglise schismatique : pour en. maintenir l'unité et en sauvegarder le principe, il frappa l'un des siens, l'honneur du parti.

On ne connaît pas exactement la date de sa mort. Il avait disparu depuis longtemps, quand Augustin le réfutait, vers l'année 400 ''. D'autre part, dès 392, commencent les attaqu(;s contre Primianus, successeur de Parmenianus ; et le nouveau primat se rendit odieux à bien dus gens dès les premiers mois de son épiscopat-'. On est donc fondé à placer vers 391 la mort de Parmenianus. Il resta cher aux Donatistes, qui lui devaient tant et qui étaient fiers de lui ; d'autant plus que son successeur ne négligea rien pour le faire regretter. Deux ans plus tard, les maladresses de Primianus UA^iient déjà compromis l'œuvre de son devancier : l'Eglise schismatique était, à son tour, morcelée parle schisme, et sérieusement affaiblie en face des Catholiques qui prenaient Toffensive.

1) Aiigiistiii, De /t'''''(;s., 41 ; Conlra eoruin » (Augusliii, Conlra EpisUilani Epblulnin Puriiu;ni(ini,}, 4r,i); Vilaslrina, J'arincniaitl, l, 1, 1); — « si viverol llœre^., 8'ii; PrœdeslinaL, 4B. Pariiiouiaiius » {ibid., I, 4, 9; II, 3, 7).

2) Optai, I, 0-6. — Cf. H, 7, 13; 22, 42.

3) Aiii^ustin, EpUt. i)3, 10, 43-45; 5) Auguslin, Serin. II in Psalin. 86, Conlra Epislulain Parmeniani, 1,1, 1. 19-20; Conlra Crc.-;conium, IV, G, 7;

4) (( Parmeniani r|iioadani cpiscopi Ephl. 43, 9, 2(5.

PARMENIANUS Dlî CARTHAGE 225

Sur le caractère de Parmeniaims, amis et adversaires étaient d'accord '. C'était un fort honnête homme, aimé dos siens, respecté de tous; ferme et habile, mais très droit dans sa conduite, étranger à l'intrig'Lie comme à la violence, dédaigneux des fauxfuyants comme des brutalités. Tout ce qu'on lui reprochait dans le camp adverse, c'était d'être intransigeant dans ses idées, et injuste pour les Catholiques qu'il s'obstinait à traiter d'hérétiques-. Autant dire qu'on lui reprochait d'être donatiste; ce qui était assez naturel pour le chef du Donatisme. Assurément, il ne sacrifiait rien des principes, des traditions ni des préjugés de son parti, qu'il défendait énergiquement à l'occasion; mais il se montrait aussi bienveillant pour les personnes qu'intraitable sur les doctrines. Il consentait à discuter, et croyait pouvoir réfuter ses contradicteurs sans les injuri(3r. Bref, il était aussi conciliant ([Lie pouvait l'être le primat d'une secte intransigeante. Cette modération relative était alors une véritable originalité dans le camp des Donatistes ; c'était une vertu rare chez leurs chefs, et une force dans la lutte dos partis.

Comme son prédécesseur Donat, Parmenianus avait laissé la réputation d'un grand orateur; son éloquence est attestée et célébrée par Augustin lui-même'^ Pour ces évêques schismatiques, ([ui s'appuyaient sur la foule dans leur résistance contre le pouvoir civil et contre l'Eglise ol'ficielle, c'était une nécessité, un des devoirs de leur charge, que de bien parler; une des causes du discrédit où tomba Primianus et des difficultés qu'il rencontra, paraît avoir été précisément la médiocrité de ses facultés oratoires, son fâcheux mutisme dans les conférences et les conciles. Il ne nous reste aucun discours de Parmenianus, et nous n'avons pas de renseignements explicites sur les caractères de son éloquence. Cependant, on peut l'imaginer, dans une certaine mesure, d'après le style de ses ouvrages polémiques, et d'après quelques mots de ses adversaires catholiques. Une parole autoritaire, à la fois populaire et hautaine; un mélange assez original de formules concises, d'exhortations, de citations bibliques, et d'invectives contre l'autre Eglise; un langage énergique et sonore, relevé d'images, hérissé d'antithèses, et un peu emphatique. Un contraste surprenant entre l'élévation de la pensée et la violence de l'expression, entre la modération de l'esprit et l'àpreté du ton.

Parmi les ouvrages de Parmenianus, le plus populaire, et peut-être le plus original, est complètement perdu. C'était un

1) Optât, I, 4; Augustin, Conlra Epis- 2) Optât, I, 5 et 9; K, U; IV, !).

lulain Parincniani, II, 7, 13. 3) Augustin, Co/i/ra Cresconiiini,\, 2, 3.

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recueil de Psaumes^ composés spécialement pour l'instruction des fidèles, et destinés à être chantés en chœur dans les églises, des scliismatiques '. L'idée n'était pas entièrement neuve. Le rôle prépondérant des Psaumes bibliques dans la liturgie primitive avait de bonne heure suggéré à des hérétiques la pensée d'utiliser ces rythmes, consacrés par une pieuse tradition et très goûtés de la foule, pour la défense ou la propagation de leurs doctrines. Dès le deuxième siècle, les Marcionites, les Valentiniens et autres Gnostiques, les Montanistes, avaient eu leurs. Psaumes particuliers, imités en apparence de ceux de l'Ancien Testament, mais animés d'un tout autre esprit et vibi'ants de leurs rancunes. Plus tard, les Ariens fabriquèrent, dans la môme intention, des chants analogues. Chez les Donatistes, Parmenianus parait être le premier qui reprit cette idée. Gomme instrument de sa propagande, il créa une poésie polémique, d'allure populaire, qui fut adoptée dans la liturgie de la secte. Sous couleur d'instruire les fidèles, il leur contait surtout l'histoire et les querelles du parti, les méfaits de l'autre Eglise et les raisons qu'on avait de la tenir en suspicion. Ses Psaumes se répandirent vite dans les communautés schismatiques, où ils enthousiasmaient la foule : on les chantait en chœur, cà gorg-e déployée, à grand fracas, nous dit-on-. Leur succès est attesté par Augustin, qui leur rendit hommage en les imitant : pour combattre l'effet des Psaumes donatistes, il écrivit lui-môme son célèbre Psalinus contra pai'tem Doiiati, qui nous donne une idée du genre ^.

Deux ouvrages de Parmenianus nous sont beaucoup mieux connus. On peut en reconstituer, sinon le texte suivi, du moins le contenu, le plan, et bien des passages. G'est le grand traité contre les Catholiques et la Lettre à Tyconius. Le premier de ces ouvrages ne peut être ni antérieur à l'année 362, date de l'arrivée de l'auteur en Afrique, ni postérieur à 366, date probable de la réfutation d'Optat : tout porte à croire qu'il a été écrit dès 362 ou 363, au lendemain de l'édit de Julien qui permit à Parmenianus de restaurer son Eglise, et qui assurait aux dissidents toute liberté de polémique. La Lettre à Tyconius a été composée une quinzaine d'années plus tard, vers 378 : en réponse

1) « Panncnifiiios a Parmeninno, qui divina cantica Prophclatum, cum ipsi ])er tolain Africain libros contra nos obriotates suas ad canlicum l'salinoruin couficiens et iiov(js l^saliuos facioiis cir- liumano iiigenio compositorum quasi ad cumibat » [PnedcslinuL.,, 48). — Ci'. Au- tuljas exliortationis iallamrneiit » (Augustin, /i/>ts/. 55, 18, M. gustin, Epist. 55, 18, 34).

2) (c lia ut Donatistiii nos roprclien- 3) Augustin, Retract., I, ]9; Psalmas dant quod sobric psallinans in ecclesia contra partein Donali^ 1-288.

PARMENIANUS DE GARTHAGE

aux ouvrages polémiques de Tyconius, publiés de 370 à 375 environ, et avant le concile qui, vers 380, prononça la condamnation de Tyconius.

Le grand ouvrage de Parmcnianus contre les Catholiques. — Nombreux fragments conservés. — Comment on peut reconstituer le plan. — Titre probable. — Sujets des différents livres. — La question du baptême (livre I). — Unité de l'Église et exclusion des hérétiques (livre IL). — Condamnation des tradilores et des schismatiqucs (livre 111). — Réquisitoire contre l'intervention des troupes et les violences (livre IV). — Anathèmes bibliques (livre V). — Caractère de l'ouvrage.

Le traité contre les Gatlioliques était, assurément, l'une des œuvres maîtresses de la polémique donatiste. L'importance en est attestée par la long-ue réplique d'Optat, qui crut devoir y répondre aussitôt, et point par point •. D'ailleurs, nous j^ouvons en apprécier directement la valeur. Optât en cite textuellement d'innombrables fragments, analyse ou résume la plupai't des autres passages, suit presque toujours le plan de son adversaire,, et, quand parfois il s'en écarte, ne manque pas d'avertir le lecteur ~. 11 suffit de lire avec un peu d'attention la réfutation d'Optat pour en dégager, livre par livi'e, chapitre par chapitre, quelquefois phrase par phrase, tout l'essentiel du traité de I^armenianus .

Ce traité paraît avoir été intitulé Aclversus Ecclesiain traditoriiin •*. 11 se composait de cinq livres, probablement en forme de sermons [tractatus''), publiés en une ou plusieurs fois. Il passait en revue les principales questions de fait, de doctrine ou de discipline, qui séparaient les deux Eglises. Mais il n'était pas ordonné suivant une méthode rigoureuse, ni d'après le développement historique du schisme, ni d'après le rapport logique des choses. C'était un recueil de petits traités presque distincts, peut-être publiés à part, puis' réunis après coup, qui se complé-

1) Optiit, I, 4-6.

2) « Sed video mihi non eo respoiidendum esse ordinc,, quo a te dicta sunl siugula » (Optât, 1, G). — Cf. I, 7.

3) Optât, I, 4-6.

4) « Tractatus tuos » (Optât, I, 4) ; — « tuis tractatibus... ; in aiiis partibus tractatus lui » (l, 5); — « in princii^io tractatus lui...; in processu tractatus tui... ; in progrossu tractatus tui » ( V, 1) ;

— « illa pars tractatus tui » (V, 10); etc.

— Le mol IracUUus avait alors, dans

l'Afrique clirclienne, un sens très précis ; il désignait les homélies épiscopiiles r « Tractandi, quod est cpiscoporum,..

Episcopalis tractatus probatur ab omnibus sanclitatc voslilus, salutatione scilicct geminata. Non enimaliquid incipit episcopus ad populnm dicere, nisi primo in nomine Dei populum salulavcrit.

Similes sunt exitus initiis. Omnis tractatus in ecclosia a nomine Dci incipitnr et ejnsdem Dei nomine termina tur »

(ibid., vu, 6).

LITTERATURE DONATISTE

talent l'un l'autre sans constituer un tout harmonieux. C'est ce qui explique qu'Optât, dans sa réfutation pourtant si précise, ait cru devoir modifier uu peu le plan, pour remettre les faits ou les arguments à leur place logique ' .

Dans son premier livre, Parmenianus traitait la question du baptême''. Dans le second, il cherchait à définir l'unité de rÉglise, et justifiait l'exclusion des hérétiques'^. Dans le troisième, il flétrissait les traditeiirs , c'est-à-dire les Catholiques, et développait les raisons pour lesquelles on devait les condamner''. Le quatrième livre contenait un réquisitoire contre l'intervention des troupes et les violences des artisans de l'unité religieuse"'. Le cinquième livre, peut-être une sorte d'appeudice, renfermait surtout des citations de l'Ecriture avec commentaires et invectiA'es : l'auteur y reproduisait de nombreux versets bibliques, dont les anathèmes lui paraissaient atteindre les Catholiques et ordonner de rompre avec eux''.

Tel était le dessein général de l'ouvrage. Les anah'Ses et les citations d'Optat nous pei-mettent d'entrer dans le détail, et de détei'miner assez exactement le contenu de chacun des livres.

Y avait-il une préface, un préambule, où l'auteur justifiait son entreprise, indiquait son sujet et ses intentions ? On pourrait le supposer d'après Tusage du temps. Mais nous n'en avons pas la preuve; et il est significatif que nous n'en trouvions pas trace dans la réfutation d'Optat. Nous voyons, par l'exemple de Petilianus et d'autres, que les Donatistes aimaient assez les exordes ex abrupto' . Il est donc possible f[ue Parmenianus soit entré brusquement en matière et se soit contenté, comme Petilianus*^, d'une simple salutation aux fidèles.

Le premier livre, qui traitait du baptême -^ débutait d'une façon qui nous paraît singulière : par une comparaison du baptême avec le déluge et la circoncision ^o ^g thème, où l'on peut être tenté d'abord de ne voir qu'un développement de rhéteur, était un lieu-commun de la polémique des Donatistes : l'assimilation de l'Ancienne et de la Nouvelle Loi leur permettait, croyaient-ils, de justifier leur théorie du baptême, et d'exploité^' contre leurs adversaires les anathèmes lancés par l'Ancien Testament contre les incirconcis. Dans l'ouvrage de Parmenianus, ce parallèle était suivi d'un éloge de l'initiation chrétienne ", puis

1) Oplal, I, (m7.

2) nu., f, 5-0; V, 1.

-1) md., 1, 5-6.

h) Ibid., 1, 6; III, 4; IV, 1.

0) JOid., I, 5-C; IV, I,

7) Auguslin, Contra lillcras Pcliliaiii, II, 2, -t.

8) Ibid., Il, 1, 2.

9J OpLiiL, I, 5-6; V, 1.

10) Ibid., I, 5; v, 1,

11) Jbid., y, 1-3.

PARMENI.VNUS DE CÂUTIIAGE 229

de considérations sur les circonstances et les el'fets du baptême du. Christ dans le Jourdain '. L'auteur exposait ensuite la thèse donatiste : il cherchait à démontrer ([ue le sacrement n'est pas valable, s'il est conféré par un indigne-. Plus loin, il discutait sur les textes de TlLcriture relatifs au S3n'ien Naaman et aux noces célestes''. Voilà, pour ce premier livre, tous les développements dont on relève la trace certaine chez Optât. La matière parait maigre, et l'exposé fort incomplet; la question a été traitée avec beaucoup plus d'ampleur et de précision par Potilianu.s ou autres Donatistes. D'où l'on doit conclure sans doute, ou que saint Optât n'a pas résumé toute l'argumentation de son adversaire, ou que Parmenianus, en raison de son origine étrangère, s'intéressait médiocrement aux théorie's et aux pûlémi([ues passionnées des Africains sur la validité du baptême des hérétiques ''.

Dans le second livre, où il exposait la doctrine des dissidents sur l'unité de lEglise"', le primat donatiste touchait au vif du débat, 11 expliquait pourquoi les héréti([ues sont hors de l'Eglise^, et, aux héréti([ues, il assimilait les schismatiques". Il énumérait et précisait les caractèi'cs de la véritable Ji,glise*^, pour en conclure que la seule Eglise légitime du temps était la sienne''. Il alléguait l'existence d'une communauté donatiste à Rome, pour répondre à Pobjection de ses adversaircis ([ui prétendaient être seuls en communion avec les chrétiens d'outremer, notamment avec le successeur de saint Pierre '". Le livre se terminait par de vives attaques contre les Catholiques" : ils étaient comparés aux magiciens laninès et Mambrès, mais les Donatistes à Moïse '"-.

Jusque-là, l'auteur s'en tenait à la théorie, aux définitions, aux textes de l'iiiCriture, et n'y mêlait ([u'incidemment la réalité historique du temps. Les deux livres suivants avaient un tout autre caractère : de la question de droit, on passait à la question de l'ait. Le troisième livre prétendait établir que les soi-disant Catholiques étaient des schismatiques, les seuls auteurs responsables du schisme '■'. C'étaient eux qui avaient remis les manuscrits sacrés aux païens pendant la persécution de Dioclélien, Par cette indignité, ils s'étaient souillés à jamais, ils s'étaient mis

1) Oplal, I, 8. 6) Optai, [, 5 et 9.

2) Jbid., V, 4; G-7. 7) Ibid., 1, lU et 12.

3) Ibid., y, 9-10. . 8) Ihid., H, 2; 8; 10; 13.

4) Oplal prût.'iid qii.' Parineriiaiins 9) Ibid., Il, 1 l'I 11-12. était puii ail courant di!S qiinrcllcs afri- 10) Ibiil., Il, 4. caincs ; « per i^iioraiitiaiii, ([itia pciv- 11) fbid., Il, 7 et 9. griniis es » (i, Ô). 12) Ibid., Vil, 5.

6) Optât, 1,(5. IH) Ibid., I, 5-G.

LITTERATURE DONATISTE

hors l'Église, eux et leurs héritiers; ils avaient contraint les vrais chrétiens à se séparer d'eux, pour conserver pures la tradition ■évang'élique et la discipline du Christ ^ Démasqués et rejetés par les « Saints», obstinés dans leur aveuglement coupable, n'espérant plus qu'en la force, ils ont aggravé leur apostasie par un. autre crime ; ils ont appelé à leur aide le pouvoir séculier, ils ont déchaîné la persécution, ils sont responsables de l'intervention des empereurs et de toutes les violences qui ont suivi'-.

A l'appui de cette assertion, l'auteur alléguait l'histoire réconte, presque contemporaine : cette démonstration par les faits, qui tournait sans cesse au réquisitoire, remplissait tout le quatrième livre-^ L'Eglise donatiste, c'est-à-dire la véritable, la seule Eglise catholi([ue, aA^ait été indignement traquée, proscrite ; on avait cru l'exterminer. Or, ce sont les prétendus Catholiques qui ont fait appel à l'autorité militaire : ils ont lancé les troupes contre les vrais chrétiens, ils ont applaudi aux massacres''. Sous prétexte de rétablir l'unité religieuse, on a déchaîné sur l'Afrique une horrible guerre. Les sinistres artisans de l'unité [operdi'U ufiùatls), chargés de faire exécuter l'éditd) Constant, se sont acquittés de leur mission avec un /èle féroce '''. Des martyrs donatistes ont succombé en foule''. Les soi-disant Catholiques ont donné mainte preuve de leur cruauté ^ Souillés de crimes, sacrilèges, ils ont perdu tout droit de se considérer comme chrétiens; ils ne peuvent rentrer dans la véritable Eglise que par la pénitence et un nouveau baptême^.

Ces livres III et IV, pleins d'allusions à des faits précis, et tout vibrants des passions du temps, étaient assurément la partie la plus vivante et la plus neuve de l'ouvrage, celle qui dut le plus frapper les contemporains. Le [cin([uième livre dut causer une déception à bien des lecteurs. On n'y trouvait guère que des textes bibliques longuement commentés. L'auteur prétendait y démontrer ([ue les Catholiques étaient visés ou atteints par les nombreux anathèmes de l'Ancien Testament contre « l'huile et le sacrifice du pécheur •^w. Il jDassait en revue une série de textes d'Isaïe''^ des Psau/nes^^^ de luSagesse^'^^ de Jérémie''', de VEcclésiaste^''. Ses commentaires aboutissaient à cette

1) Oplat, r, 5-6; 21; 28; VII, 1.

2) Ihid., I, 23.

S) Ibld., I, 6; III, 4; IV, 1.

A)lbid., l, 5; IV, 1.

,'5) IbUL, III, 1; 4-10; VII, (5.

(>) Ibid., III, G et 8.

7) Jbid., II, 14-15; 18-19.

8) Ibid., III, 11-12; VI, 3-4.

!)) (( I).1 olc.o et sacrincio puccaturis »

(Ibid , I, 5-G; IV, 1).

JO) Oplat, IV, (i.

11) Ibid., IV, 7.

12) Ibid., IV, 8.

13) Ibid., IV, 9.

14) Ibid., VII, 4.

PARMENIANUS DE CARTH.VGE 231

conclusion, que les Catholiques étaient des pécheurs, qu'on devait les traiter comme tels et rompre avec eux toute relation '. Ce dernier livre ne présente guère d'intérêt que pour l'histoire de l'exégèse donatiste. Nous hésitons à croire qu'il ait fait partie de l'ouvrage primitif. Peut-être faut-il y voir un appendice ajouté après coup, une réponse à quelque polémiste catholique. Quoi qu'il en soit, et malgré les défauts de composition, ce grand traité de Parmenianus fit époque dans l'histoire des controverses entre les deux partis. Il posait nettement la question de droit et la ques'tion de fait, au moment même où l'édit de Julien et la résurrection de l'Eglise donatiste donnaient à ces débats un intérêt très actuel. Il contenait déjà tous les éléments qu'on retrouvera plus tard dans les traités analogues, donatistes ou antidonatistes : les faits historiques s'y mêlaient à la ■doctrine, l'invective aux citations de l'Ecriture. On doit noter surtout la place considérable que tenait l'histoire du schisme, même l'histoire contemporaine, dans deux des livres de Parmenianus. Optât et Augustin le suivront volontiers sur ce terrain.

L'Ei)islula ad Tyconiuin. — Comment Parmenianus a été amciic à réfnlcr Tycouius, et Aiigustiii à réfnlcr Purraouiaiius. — Fragmenis conservés de VEpisLiila ad Tyconiain. — Contenu et i)lan de l'ouvrage. — Principaux points de l'argumentation. — Inconséquence de Tycou'us. — Réfutation des théories de Tyconius sur l'Eglise universelle. — A quoi l'on recounaît la vcrilable Église. — Injustice de la condamnation du Donatisme. — Rôle d'Hosius de Cordoue. — Les persécutions. — Protestation contre l'intervenlion du pouvoir séculier. — Les Circonccllions. — Défense de l'Église donatiste. — La question du baptême. — Légitimité et nécessité du schisme. — Exhortation à Tyconius. — Intérêt historique doVEpistula ad Tyconiam.

hSiLeltre à Tyconius est d'un ordre tout différent, mais n'offre pas moins d'intérêt: elle nous montre aux prises, non plus les représentants des deux Eglises rivales, mais deux Donatistes, deux frères ennemis. Avant d'analyser cet ouvrage, que l'on considérait naguère comme entièrement perdu, nous devons indiquer dans quelles circonstances il a été écrit, comment nous pouvons nous en faire une idée assez nette, et dans quelle mesure nous pouvons même le reconstituer.

Quelques années après l'édit de Julien, tandis que l'Église schismatique se réorganisait rapidement et s'étendait en Afrique

l)Oplat,ÏV, 5.

232 LITTÉRATURE DONATISTE

SOUS l'habile direction de Parmeniauiis, Tyconius commença une campagne étrange, qui surprit fort et Jjientôt inquiéta ses amis. C'était un Donatiste,mais d'un geni'e très particulier : un laïque qui se mêlait de théologie et pouvait en remontrer aux évêques ; un homme d'étude, qui observait curieusement les querelles d'Eglises, et qui, avec Findépendance de sa pensée, prétendait garder son franc parler ; un philosophe, qui connaissait la Bible comme personne, mais qui l'interprétait à sa façon, sanscrainte de heurter les opinions toutes faites, et qui même devait fonder plus tard un célèbre système d'exégèse; un polémiste, enfin, soucieux de la vérité, capable d'avouer que ses adversaires n'avaient pas toujours tort, et de déclarer à ses amis qu'ils n'avaient pas toujours raison. Rare en tout temps, cette liberté d'esprit était un phénomène presque anormal dans une Eglise de sectaires, où les préjugés et les coups dispensaient généralement de raisonner. En elles-mêmes, les idées de Tyconius, comme ses tendances personnelles, allaient à rétablir en Afrique la paix religieuse, à réconcilier et unll'ier les deux Eglises ; en fait, dès qu'il parla, il déchaîna, le scandale, la guerre et le schisme.

Ces idées, Tyconius les exposa dans deux ouvrages, où l'histoire se mêlait à la théorie, et la polémique à l'exégèse : le De bello intestino^ en trois livres, écrit vers 370 ; les Expositiones diversarum causantm^ vers 375 '. Les deux ouvrages, qui se complétaient l'un l'autre, sont perdus ; mais, par Augustin et Parmenianus, nous en connaissons assez bien le contenu. Tyconius raillait l'orgueil et l'intransigeance des Donatisles. Résumant sa pensée en une formule énergique, qui devait être souvent répétée, il disait aux gens de sa secte : « Notre volonté est-elle donc une loi sainte'^? » Avec les Catholiques et contre se» amis, il soutenait la thèse de l'universalité de l'Eglise^. C'était une absurdité de croire que le vrai christianisme s'était maintenu seulement en Afrique ; car les fautes de quelques-uns n'avaient pu empêcher la réalisation des promesses divines sur la durée perpétuelle de l'Jilglise dans le monde entier ^. Avec les Catholiques encore, Tyconius reprochait ironiquement aux Donatistes leurs prétentions au monopole de la sainteté ; il objectait que toute l'Eglise ne pouvait être déchue hors d'Afrique, car personne n'est souillé par les péchés du voisin 5. Il osait

1) Genuatliiis, 7)6" vir. ill., 18. EpisluUimPtirmenUtni, I, 1, 1.

2) « Qiiod voliimiis sanclmn est ? » i) Aiisnslin, Conlra Ephlidam Parinc- {Xw^asUn, Contra Epislulain Parmeniani, niaiii, I, 1, 1.

II, U, 31; Epiai. 93, 4, 1-1 ; 10, 43). 5) Aiikii^^I'ui, Epist. !)3, 10, 44.

3) Augustin, Epist. H'S, 10, 44; Conlra

PARMENIANUS DE G.VRTIIA.GE 233

même contester la légitimité du schisme. On devait, disait-il, supporter les coupables, et, en tout cas, ne pas rompre avec eux: la séparation des bons et des méchants ne devant se faire qu'au Jugement dernier K L'Eglise donatiste elle-même avait dû tolérer et tolérait encore, parmi ses membres, bien des coupables'-. Sur la question toujours débattue du second baptême, Tyconius démontrait que ses amis n'avaient pas toujours été si intransigeants. Il alléguait des décisions d'anciens synodes 3, notamment celles d'un concile donatiste de deux cent soixantedix évêques, tenu à Garthage, qui avait autorisé à accueillir les transfuges catholiques sans les rebaptiser. Il citait l'exemple de Deuterius et des évêques de Maurétanie, qui autrefois ne rebaptisaient pas, et qui pourtant avaient toujours été en communion avec Donat le Grand '^ — Bref, sur presque tous les points, cet étrange schismatique donnait raison aux Gatholiques. Il n'en persistait pas moins à considérer l'Eglise de Donat comme la véritable Eglise. Donc, il s'obstinait à se dire Donatiste, mais en démolissant pièce à pièce tout le système du Donatisme.

On juge de l'émotion que causèrent à ses amis ces déclarations et démonstrations imprévues : l'œuvre de Donat était sapée par la J)ase. Parmenianus comprit qu'il ne pouvait se taire. Mais, avant de frapper le téméraire, il essaya de le ramener par la persuasion. Il le réfuta, vers 378, dans le livre qui nous occupe : VEpisLula ad Tyconiiun.

Get ouvrage nous est connu par Augustin. Vers l'an 400, on lui en communiqua un exemplaire. Parmenianus était mort depuis une dizaine d'années ; mais sa réputation et son autorité restaient grandes dans l'Eglise donatiste. Sa Lettre à Tyconius embarrassait bien des Gatholiques, et même, semble-t-il, des évêques. On pressait Augustin de la réfuter. Il s'y décida pour deux raisons: d'abord, il trouvait là l'occasion, cherchée depuis longtemps, de discuter à fond la thèse donatiste; ensuite, il voulait donner la véritable explication de nombreux textes bibliques, qu'on alléguait sans cesse dans les controverses, et que Parmenianus lui paraissait avoir mal interprétés''. Il écrivit donc, vers 400, les trois livres Contra Epistulam Parnieniani^ oij il fut souvent amené à défendre contre l'ancien primat des schismatiques les idées de Tyconius c.

1) A>isiistin, Contra Epislulain Parme- 5) Aiigiisliri, Contra Epislulani Parmcniani, 111, 3, 17; Epist. 2-1!». iiiani, l, 1, 1.

2) Augustin, Contra Epislulain Parme- 6) Aiif^ustiii, Relracl., H, 43; Epist. niani, 11, 22, é2. 93, 10, 43; Conlra Epistulam Parmeniani,

3) (Icimadiiis, De vir. il.L, 18. I, 1. 1; 2, 2; II, 13, 31; 22, 42; lU, 3, 4j Aiiausliu, Episl. 93, IC, 43-44. 17 ; ulc.

234 LITTÉRATURE DONATISTE

Il a réfuté Parmenianiis avec la méthode rigoureuse et la précision que nous admirons dans tous ses traités polémiques. Non content de discuter les principales théories et de relever les erreurs d'interprétation, il s'attache à tout élucider, à ne rien omettre. Il suit d'un bout à l'autre l'argumentation, et presque toujours le plan, de son adversaire : tantôt reproduisant les phrases mêmes du Donatiste, tantôt analysant ses chapitres, recopiant même ses citations bibliques, ne négligeant rien, ne laissant rien dans l'ombre. On n'a jamais poussé plus loin le souci d'y A^oir clair et la loyauté du débat. De là à transcrire tout entier l'ouvrage à réfuter, il n'y avait plus qu'un pas; et l'on sait qu'Augustin l'a fait dans ses traités contre Petilianus de Gonstantine ou contre Gaudentius de Thamugadi. Ici, malheureusement, il n'a pas cru devoir aller si loin. Nous ne pouvons donc reconstituer complètement VEplstula ad Tyconiiun ; du moins, nous pouvons en déterminer le contenu, en préciser le plan, en recueillir bien des fragments.

Voici, dans l'ordre même où ils se succédaient, les principaux points de l'argumentation de Parmenianus : un préambule, où était raillée l'inconséquence de Tyconius ' ; une longue réfutation de ses théories sur l'universalité de l'Eglise-; une histoire sommaire du schisme, destinée à démontrer que le Donatisme avait été injustement condamné au temps de Gonstantin^, et, dans la suite, encore plus injustement persécuté'^ ; une apologie de l'Eglise dissidente, et du principe d'où elle était sortie ^; une théorie du baptême^'; une conclusion sur la nécessité du schisme'^; enfin, une exhortation à Tyconius*^. — Entrons maintenant dans le détail.

Dans son préambule, Parmenianus avait beau jeu. La conduite de Tyconius était d'une rare inconséquence; là-dessus, Augustin ne pensera pas autrement que le primat donatiste ^^. Désormais, sur tous les points essentiels, Tyconius était d'accord avec les Gatholiques ; et cependant, il restait en dehors de leur Eglise, qui partout, sauf en Afrique, était reconnue de tous. Catholique sans le savoir et sans le vouloir, il s'obstinait à ne pas rompre avec ses amis, à considérer comme la véritable Eglise cette Eglise dissidente que condamnait sa doctrine,

1) Angiislin, Episl. 93, 10, -iS-li. 7) Contra Epislnlain Parincniani, II, 18,

2) Augu.sliii, Cuiilra EplsUUani Panne- 37 cl sulv. ; lU, l, l cl siiiv. ; Ci)nlra itluni, I, 1, 1; 2, 2; 8, 4-5; 4, (>.. Cresconium, lil, 81, 93; IV, 59, 71.

3) Ibid., 1, 4, 7-9; 5, 10; (i, 11. S) Aiisustia,, Conlra Epislulain Parine-

4) Jbid., I, 8, 13; 9, 15; 10, 16; 11, 17. niani, 111, 6, 29.

.. 5) /6t(/., I, 14, 21; 11, 1, 1-3 et Hiiiv. 9) Aiigiistiii, Epht. 93, 10, 43-44;

6) Jbid., Il, 10, 20-21 ul siiiv. Conlra Epis,tulam Parmcnianl, 1, 1, 1.

PARMENIANUS DE CARTHAGE 235

ei que reniaient tous les chrétiens d'outre-mer. C'était donner un éclatant démenti à ses propres idées. Cette attitude singulière s'expliquait sans doute par la tyrannie des habitudes, par la crainte des scandales d'une conversion, par l'espoir chimérique d'une réconciliation entre les deux partis, peut-être aussi par l'indifférence dédaigneuse d'un homme de pensée pour des querelles d'Église. Mais c'étaient là des mobiles bien compliqués et difficilement intelligibles pour les foules, même pour les évéques et les politiques, qui s'en tenaient à la constatation du fait brutal : contradiction entre les idées et la conduite de l'homme. Par ses déclarations trop franclies et son rcve de réconciliation, Tyconius s'exposait aux coups des deux partis, à commencer par son primat. Et l'inconséquence de l'homme pouvait mettre en défiance contre les théories.

Ce sont ces théories que Parmenianus allait contester dans tout le reste de sa LeLtre. Et d'abord, il s'attaquait à l'argument capital de Tyconius : est-il vrai que l'Eglise du Christ soit nécessairement, et en tout temps, universelle' ? Elle l'est en principe, mais non toujours en fait. C'est ce ([ue n'a pas vu Tyconius dans ses raisonnements sur l'universalité du christianisme. Les Eglises d'outre-mer, d'Italie, de Gaule, d'Espagne, se sont rendues complices des traditears 'aIvicolUis, en restant en communion avec eux, malgré la double ambassade que leur a envoyée jadis le parti de Donat ''. De plus, en tout pays, pendant la persécution de Dioclétien, des chrétiens indignes ont livré les Ecritures; et néanmoins, sauf en Afrique, on n'a pas rompu avec eux, en dépit des prescriptions très nettes de saint Paul 3, La condamnation prononcée coutre les i/'adlieu/s aîv'i- €ains atteint donc tous leurs complices d'outre-nier'\ Voilà pourquoi la véritable Eglise, universelle eu principe, n'existe plus que dans le parti de Donat.

Mais, disait-on, le Donatisme a été lui-même condamné par des Conciles, et proscrit par des empereurs. — Sans doute, répliquait Parmenianus ; mais le Donatisme a été frappé injustement. — A l'appui de cette assertion, l'auteur passait en revue l'histoire du schisme ; cette histoire, il la racontait et l'interprétait, naturellement, selon les traditions ou les préjugés de sa secte. Constantin, malgré toute sa bonne volonté, avait été trompé par son entourage, surtout par le plus écouté et le plus

1) ViimisLin, Contra Epiatulani Panne- 3) CniUra Epislulani Parineaiunl, I, 3, n'ianl, I, 1, 1. 4-5.

2) Ibid., I, 2,2. 4) Ilnd., l,-l,(j.

236 LITTÉRATURE DONATISTE

perfide de ses conseillers, l'évoque llosius de Cordoiie ^ Cet Hosiiis était le moins recommandable des hommes ; il avait été condamné solennellement par un concile espagnol ; et c'est seulement à force d'intrigues que, plus tard, il s'était fait déclarer innocent par un autre synode 2, Qr, dans les premières enquêtes sur le schisme africain, Parmenianus apercevait partout la main d'Hosius. C'est Hosius qui avait fait acquitter (^aicilianus de Garthage par le concile de Rome ; c'est Hosius qui avait obtenu les premières mesures de rigueur contre les partisans de Donat ; c'est lui surtout qui aA^ait égaré l'opinion dans les Eglises d'outre-mer ^. Les mêmes intrigues avaient déterminé la sentence du concile d'Arles, puis celle de Constantin''. C'est encore à l'instigation d'Hosius qu'avait été lancé le premier édit de persécution, et que les violences avaient commencé". Ainsi, concluait Parmenianus, les lois et les sentences rendues contre le pai'ti de Donat ne prouvent rien, sinon que les prétendus Catholiques ont été de maîtres fourbes, qu'ils ont réussi à égarer les princes et les conciles, qu'ils ont môme eu l'impudence de provoquer l'intervention du pouvoir civil. Or, la religion ne relève que de la conscience de chacun ; les empereurs n'avaient pas à intervenir dans les affaires de l'Eglise". En vain, l'on allègue comme excuse la nécessité de maintenir l'ordre public, compromis par les querelles religieuses et les méfaits des Circoncellions : les chefs du Donatisme ne sont pas complices de ces exaltés, et ne sauraient être rendus responsables de leurs désordres \ Donc, rien ne légitime les mesures de répression contre l'Eglise de Donat : il s'agit d'une persécution véritable, provoquée par l'inconscience et la ci-uauté des soi-disant Catholiques.

Après ces protestations, ces appels à la liberté du culte, et cette histoire assez fantaisiste des origines du schisme, Parmenianus traçait le portrait le plus flatteur de son.lîlglise, dont il cherchait à justifier le principe et à établir la légitimité. L'Ecriture ordonne de l'onipi-e avec les coupables; c'est pour cela que Donat et ses amis ont dû se séparer des apostats et de tous leurs complices d'outre-mei' ''^. Depuis ce temps, la véritable li^glise, celle du Christ et des martyrs, n'existe plus qu'en Afrique, dans le parti de Donat". Seule, 1 Eglise donatiste ré-

1) Conlra ËpislnUunPariiu;iiiaiii,],-i,7. (5) Conlra Epislulam Pannciiiani, I, 9,

2) Ihid , I, 4, 7-9 15; 10, IG.

Hl Jbid., I, 5, 10. 7) llnd., l, 11, 17.

4) Ihiil., I, (•>, 11. fe) llnd., I, 14, 21.

5) llnd., I, 8, i:5. y) llnd., 11, 1, 1-3.

PARMENIANUS DE CÂRTHAGE 237

pond à l'idéal biblique, tel qu'il est défini dans d'innombrables textes sacrés ' ; seule, elle est restée pure, sainte, digne de l'Evangile et de son divin fondateur''.

Parmenianus exposait ensuite sa théorie du baptême. C'était la doctrine de Gyprien, abandonnée par les Catholiques africains depuis le concile d'Arles, mais fidèlement conservée par les scliismatiques. Le baptême ne peut être conféré que dans la véritable Eglise, et par des mains pures : le sacrement est nul, s'il vient d'un hérétique, ou d'un dissident, ou d'un indigne. Or, les soi-disant Catholiques sont des indignes et des dissidents. Donc, leur prétendu baptême est comme non avenu. S'ils veulent rentrer dans la véritable 'Eglise, celle de Donat, on doit les baptiser. Ce n'est pas les astreindre — comme s'en plaignent jiarfois les nouveaux convertis, et comme on le répète trop souvent par un abus de langage — ce n'est pas les astreindre à un second baptême; c'est leur conférer le vrai, l'unique baptême valable, dont ils n'ont eu jusqu'alors que la contrefaçon -^

Vers la fin de sa Lettre, Parmenianus tirait la conclusion logique de toutes les démonstrations précédentes : il montrait que la réconciliation des deux Eglises était impossible, tant que les soi-disant Catholiques fermeraient les yeux à la vérité. Il insistait sur la nécessité du scliisme, sur le devoir qui s'était imposé jadis, et qui s'imposait encore aux vrais chrétiens, de rompre avec les complices ou les héritiers des apostats''. Ses derniers mots étaient une exhortation à Tyconius, qu'il adjurait de l'ester fidèle à l'Eglise de Donat, de ne pas trahir la doctrine et les principes du maître, de supporter avec les Justes la persécution, plutôt que de se joindre aux persécuteurs''.

Telle était VEpistula ad Tyconium, d'après les indications qu'Augustin nous fournit sur le contenu et sur le cadre ; à chaque partie de ce plan, correspondent de nombreux fragments. On peut se faire une idée assez précise de l'ensemble, et, parfois, du détail. La Lettre à Tyconius présente évidemment un vif intérêt, historique, littéraire, psychologique : et en elle-même, et par ce qu'elle nous apprend sur les livres polémiques de Tyconius, sur le rôle de Parmenianus, sur les querelles intérieures de l'Eglise donatiste.

1) Contra Epistulam ParmeiilanlfU, 2, 2, 11; 3, 17-18; -1, 20; 5, 26; Contra 4 ; 8, 6-7; 4, 8; 5, 10; 6, 11; 7, 12. Crcscoiiiuin, III, 81, '.)3; IV, 59, 71.

2) Ihid., II, 7, 13; 8, 15; !t, 18. 5) « Piirmciiijiiin.s in fine Epislulœ hwm i)IlHd.,U, 10,20-21; 11, 23-24; 12, 26; cxhortiilur Tyconiiim (i Un parle Donati

13, 27-,'iO; 14, 32; 15, 33; 1(), 35; 17, 36. ))ermaiu;aL cl p<M'S(;cutii)iu's pcrferat,

4) IbiiL, If, 18, 37; 20, 39; 21, 40-41; , diccns, etc.. » (Augustin, Contra Epis- 32, 42; 23, 43; III, 1, 1; 2, 4; 2, 7; 2, 9; lulani Parmoniani, lit, 6, 29).

238 LITTÎIRATUIIE DONATISTE

Parmcnianus écrivain. — Métliode de polémique. — Modération relative. — Langue. — Tour d'esprit. — Procédés du développement. — Périodes et formules. — Traits. — Accumulation d'images et d'antithèses. — Empliasc et déclamation. — Contrastes du style.

Ainsi, deux ouvrages importants de Parmenianus, dirigés l'un contre les Catholiques, l'autre contre un Donatiste, peuvent être reconstitués en grande partie; et tous deux méritent de prendre place parmi les œuvres les plus considérables de la polémique africaine au quatrième siècle.

luVi Lettre à Tyconius marque un progrès sensible dans l'art de la composition. Les matières y sont beaucoup mieux ordonnées, suivant la succession logique des idées ou des i'aits ; les traits dominants de la démonstration y sont plus nettement mis en valeur. D'ailleurs, ce progrès apparent s'explique surtout peutêtre par les dimensions moindres de l'opuscule : les polémistes du temps étaient plus habiles à esquisser un pamphlet qu'à agencer un grand traité. Cette question d'ordonnance mise à part, on retrouve à peu près les mêmes éléments dans les deux ouvrages de Parmenianus : exposé des doctrines donatistes, citations bibliques, invectives contre les Catholiques, faits relatifs à l'histoire du schisme. Tous ces éléments se mêleront désormais, à des degrés divers, dans toutes les œuvres de la polémique donatiste ou antidonatiste ; et il est permis de croire que Parmenianus a exercé une influence directe ou indirecte sur toute cette littérature. Mais un trait lui appartient en propre, ou, du moins, deviendra de plus en plus rare chez les schismatiques africains : c'est une modération relative, qui le porte à ménager les personnes en attaquant les doctrines, à préférer le raisonnement ou les faits aux accusations vagues, les textes ou les arguments aux injures.

Les fragments conservés de Parmenianus permettent aussi, dans une certaine mesure, de le juger comme écrivain. Dans la langue, dans le vocabulaire ou la syntaxe, on ne relève rien de bien particulier, rien qui le distingue de ses contemporains. Il y a plus de personnalité dans son tour d'esprit et dans son style.

Il a le goût de la précision, des textes et des faits. Malgré ses concessions apparemment nécessaires au protocole et aux préjugés donatistes, il n'aime pas à se payer de mots : même quand il reproduit simplement les affirmations ou les ana-

PAUMENIAINUS DE CARTIIAGE 239

thèmes de son parti, il s'efforce d'en apporter une justification rationnelle. Avant de légiférer ou d'excommunier, il tient à se convaincre lui-même qu'il est dans le vrai. Chef d'Eglise, et restaurateur de son Eglise, il a le sens de la réalité, une mentalité de politique, le goût des solutions pratiques jusque dans son intransigeance de sectaire, une sorte de loyauté intellectuelle et morale, qui le rend exigeant pour lui-môme et l'empêche d'être complètement dupe de ses théories exclusives. Les instincts de l'homme paraissent ici en opposition avec les doctrines dont la défense lui était imposée par son rôle de grand pontife du Donatisme. C'était l'impression d'Optat et d'Augustin, qui témoignent souvent à leur adversaire une déférence plus ou moins involontaire ^ Aux demi-réserves du langage de Parmenianus, on s'aperçoit qu'il était seulement naturalisé Africain, et Donatiste d'occasion ou d'adoption.

Dans le détail du style, mêmes contrastes. Tantôt, l'allure calme, les expressions mesurées, l'équilibre harmonieux, d'un raisonnement méthodique qui se déroule en périodes assez régulières ou se concentre en formules : par exemple, dans les développements relatifs aux caractères de la véritable Eglise 2. Tantôt, une allure inquiète et belliqueuse, des traits menaçants, avec des mots- de sectaire ou d'inquisiteur, comme ceux-ci ; « Qu'ont de commun les chrétiens et les rois ? les évoques et le palais 3 ? » ; ou encore : « Dans votre Eglise, quel Esprit peutil y avoir, si ce n'est celui qui enfante les fils de l'Enfer^ ? ».

Parfois, c'est un langage tapageur, avec des échappées de violence, des accumulations d'images et d'antithèses. A propos de la controverse sur le baptême, le primat donatiste disait aux Catholiques : « Par votre faux baptême, il vous est impossible, souillés vous-mêmes, de laver; impurs, de purifier; fourbes, après vos crocs-en-jambe, de relever; perdus vous-mêmes, de délivrer; coupables, de pardonner; condamnés, d'absoudre^'. » Ailleurs, il exprimait la môme idée avec d'autres métaphores, mais avec des antithèses presque aussi rageuses : « Jamais, s'écriait-il, jamais la rigueur de la Loi divine ne permettra à un mort de vivifier; à un blessé, de guérir autrui; à un aveugle, de rendre la vue ; à un homme nu, de vêtir les autres ; à un homme souillé, de purifier^^. » En ces circonstances, Parmenia-

1) Optjit, I, i; Augiislin, Conlra Epis- 8) Optai, I, 22. lidam Parmeniani, 1, 1, 1; II, 7, 13; 4) Ibid., il, 7.

Contra Cresconium, 1, 2, 3; Serin. 4G, 5) Ibid., 1, 10. —Cf. I, 12.

8, 17. 6) Augustin, Conlra EpisluUim Parme-

2) Optât, 11,1 et suiv. iiiani, U, 11, 32.

nus se défendait mal contre la déclamation et l'emphase chères à son parti. Il disait encore des Catholiques africains : « On ne peut appeler une Eglise cette bande qui se nourrit de morsures sanglantes, qui s'engraisse du sang et de la chair des saints K » Ces grosses injures atteignent ceux qui les lancent, avant ceux qu'elles visent. Elles n'accusent pas seulement ici, chez le primat de Carthage, une complaisance regrettable pour le fanatisme de ses fidèles; elles dénoncent encore, chez l'écrivain, une faute de goût.

On doit reconnaître, d'ailleurs, que ces notes violentes sont relativement rares, et même qu'elles contrastent avec le ton ordinaire du st^de de Parmenianus. Peut-être lui ont-elles été imposées par la tradition et le j)rotocoIe de son Église. 11 n'est pas impossible que son style, aux aspects si divers et déconcertants, soit comme un reflet de sa vie. Façonné au beau langage et aux modes classiques dans les écoles de Gaule ou d'Espagne, il dut subir ensuite, à Carthage, l'influence de son nouveau milieu africain et sectaire, des énergumènes qui l'entouraient, même de sa bibliothèque donatiste.

]) 0[iLiil, II, M.— Cf. Il, 15 et 18.

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