‹ Saint Optat et les premiers écrivains donatistes [microform]Chapitre 2 sur 24 · LITTÉRATURE IVIARTYROLOGIQUE SERMONS ET RELATIONS · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE IVIARTYROLOGIQUE SERMONS ET RELATIONS

Popularité du cnllc des marlyi's chez les Doiuitistt'S. — Raisons do ccl le populai'ilé. — Wl'JccIc'sia inai'Lyruin. — llojiiieiii's rendus aux mai'lyrs de la persécution de Dioelélien. — Martyrs douatislcs proprcuieut dits. — Le martyre voloutaire des Gircoiicellioiis. — Epidéuiies do suicides. — Divers modes du martyre volontaire!. — (ùulte rendu aux marlyrs donatistes. — La veillée sainte et les i'unéi'aiiles. — Tombeaux, autels et chapelles de martyrs. — • Pèlerinages. — Prières et miracles. — Les martyi's et la liturgie donatiste. — Fêles pour raimiversaire. — Bau({uets et orgies. — Ce que les Catlujliques pensaitînt de ces soi-disant uiartyrs. — Efforts des conciles pour réprimer les abus.

La littérature mai'tyrologu[iie a été fort en lionneur dans l'Eglise donatiste, qui s'appelait elle-même « l'Eglise des martyrs ^ », Cette littérature, dont les origines l'emontent aux temps mêmes du seliisme, apparaît vers 320 chez les dissidents, et s'est largemeut développée dans leurs communairtés. Elle est représentée encore par uiu3 série d'œuvres importantes, conservées entières, où la relation de martyre prend tour à tour de:'< formes variées, récit ou sermou, lettre ou pamphlet. Poui- bien comprendre cette littérature, qui est en rapport étroit avec la liturgie, on doit la replacer d'abord dans son cadi'e, l'éclairer d'avance par l'histoire du culte des martyrs dans le monde des scliismati(pies africains.

Ce qui frappe avant tout, c'est l'importance anormale de ce culte chez les dissidents. Il n'y a peut-être pas d'Eglise où les martyrs aient tenu autant de [)lace, aient été aussi populair(js, que daiis l'Eglise donatiste. (^ette popularité s'explique par des raisons diverses : par l'histoire, ])ar les nécessités de la pob'niique, par l'influence indirecte de la doctrine et de la discipline du parti.

liaison histori(pie, d'abord. C'est par suite d(! nmlenlend.is

1) Aclu SiULirniiil, 19 lîaluzc. — CI'. Cullul. Cariluig., III, 208.

LITTERATURE DONATISTE

■sur cette question du martyre, que les futurs Donatistes avaient •été amenés à se séparer des Gatlioliques. Si liaut qu'on remonte dans les annales du schisme africain, on y surprend ces malentendus. Au milieu même des persécutions de Dioclétien, l'éve- -que ]\Ieusurius et son archidiacre C;ecilianus étaient devenus .suspects à beaucoup de leurs fidèles, parce qu'ils opposaient aux. ■orgueilleuses prétentions des confesseurs les droits de l'Eglise ■st du clergé, parce qu'ils ne voulaient pas laisser honorer de leur Aavant et pêle-mêle, honnêtes gens ou coquins, tous les ■chrétiens alors emprisonnés à Carthage '. Si la foule accueillit avec tant d'enthousiasme le manifeste des martyrs d'Abitina, c'est qu'elle y vit une revanche des confesseurs sur les clercs, des héros sur les politiques ~. Vers le même temps, dans sa lettre à Mensurius, Secundus de Tigisi louait d'autant plus haut les victimes des païens, qu'il croyait faire ainsi la leçon à l'évê- •que de Carthage '^ En 305, à Cirta, la vénération des futurs schismatiques pour les martyrs s'affirme encore dans la réunion -épiscopale des traditeurs. A Donatus de Mascula, qui cherchait •à excuser sa faiblesse, le président répliqua d'un ton hautain : « Que ferons-nous donc pour les martyrs ? Ils n'ont pas été Iraditeurs, et c'est pour cek\ qu'ils ont été couronnés ■''. » C'est la dévotion aveugle et superstitieuse pour des reliques quelconques, qui fit de Lucilla l'ennemie jurée de l'archidiacre Ga> 'Cilianus, la marraine et la trésoriùre de l'Eglise dissidente'^. A Carthage, dans le synode de 312, la ([uestion fut posée netteeiont entre le soi-disant parti des martyrs et le parti des préitendus traditeurs : de cette antithèse naquit le schisme '^^'•. Quel- •^{ues années plus tard, un chroniqueur schismatique fait sortir de là tout le Donatisrae : « La sainte Église, dit-il, est celle qui :~juit les martyrs '^ . »

Dès lors, le culte des saints devint, pour ainsi dire, la raison 'd'être de la secte. Au souvenir des circonstances historiques de la rupture, s'ajoutèrent les nécessités de la controverse. C'est sur le ■devoir de sainteté et sur le droit supérieur des martyi'S, droit et •devoir méconnus, disait-elle, par les Catholiques, que l'Eglise >dissidentc fondait son droit à l'existence, sa prétention d'être la véritable Eglise. L'un de ses premiers polémistes dit nettement: <•< Pour reconnaître la véritable Eglise catholique et distinguer

ïj /Ic/a .S«//!r«mr, 17 et 20 Bahi/c; Au- 4) Conlra Cresconuun, III, 27, 30.

/-CUsUn, Brcuic. CuUaL, tU, 13, 25. 5) OpUt, I, IG.

i!5 Acia Saliiniiiii, 18 iîiiliizo. ^>) OpUit, 1, 19-20 ; AugiisUn, lirevic.

3) Au-usiiii, Brcvic. Collai., UI, 13, 25; Collai., III, 14, 20. fC.ujilra Gaudcnlhun, I, 37, 47. 7) Acla Halarnlni, 18 lialuze.

l'a conimunion des saints de celle des profanes, il l'aut lire les. Actes des martyrs K » Ces Actes, en attestant « la gloire desmartyrs et la condamnation des traditeurs ~ »,, -jus ti Tient la déchéance de Gaicilianus et des Ca;cilianistes au profit de l'Egliso' de Donat, seule héritière de l'ancienne Eglise africaine.

Enfin, ]us(|ue dans la doctrine et la discipline de leur secte,, les Donatistes trouvaient une raison impérieuse d'exalter le cultedes saints. Ils prétendaient conserver ou faire re^àvre en Afriqne la tradition de l'idéal évangélique : or, depuis le temps des- Apôtres, c'est par les martyrs qu'avait été le mieux réalisé cet idéal. Aussi, l'un des plus célèbres héros de l'Église dissidente (( avait toujours à la bouche l'Evangile, et, dans l'esprit, Ic' martyre '^ ». Les schismatiques sentaient passer en eux le souffle de l'Esprit : or, c'est surtout dans la persécution que semanifestait l'Esprit Saint, « victorieux dans les confesseurs,, triomphateur dans les martyrs'' ». Les Donatistes se piquaient do maintenir, dans toule sa rigueur, l'antique discipline : ils. pouvaient alléguer l'exemple des héros qui avaient payé de leurvie Jeur scrupuleux respect de la loi divine. Enfin, l'intransigeance des plus sectaires aA^ait trouvé d'avance sa justification dans l'arrêt des martyrs d'Abitina.

Ainsi, de tous côtés, par le souvenir des circonstances de leurschisme, par les nécessités de leurs controverses, par leur doctrine et leur discipline, les Donatistes furent amenés à uno sorte d'adoration exclusive et farouche pour les saints. Très sincèrement, ils répétaient et ils croyaient que leur Eglise était parexcellence « l'Eglise des martyrs •' ». Dès le début, on les voit afficher cette prétention et se parer de ce titre. Un de leurspremiers pamphlétaires s'écriait : « Tous doiA'^ent rechercher la. succession glorieuse des bienheureux martyrs, c'est-à-dire la sainte Eglise, la seule Eglise catholique, la seule véritable, celh:d'où sont sortis les martyrs". » Pendant tout le cours de sî> dramatique histoire, aux temps de ses triomphes comme aux temps de ses revers, l'Eglise dissidente n'a cessé de revendiquer ce titre exclusif d'Eglise des martyrs.

C'est pourquoi les Donatistes ont poussé jusqu'à la superstition le culte des reliques. Et des reliques de tout genre, qullsacceptaient les yeux fermés. Par exemple, ils vénéraient despoussières sacrées, comme la terre du Saint-Sépulcre. Augus-

1) Acla Saliirnini, 1. 4) Acla Salurnini, 20 Ikiluze.

2) (( Gloria martyrum et daniiiatio 5) Ih'ul., 19. — Cf. Collât. Carlhag..^, tradilorum » (iblcL, 1). 111, 258.

3) Passio Marculi, p. 762 Migne. (i) Acla Salurnini, 20 liulu/c.

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tin disait d'eux : « Si d'Orient on leur apporte de la terre, ils Tadorent'. » Mais les Donatistes, conservateurs jaloux des traditions de leur pays, honoraient principalement les saints d'Afrique : d'abord, les martyrs catholi(|ues d'avant la rupture; puis, et aA^ec plus de' ferveur encore, leurs martyrs à eux, ceux des leurs qui étaient morts pour l'Eglise de Donat.

Groj^ant représenter en Afrique la véritable j^^glise, les schismatiques conservaient pieusement, comme les Çatholi(|ues, le souvenir des gloires d'autrefois, le culte traditionnel de tous les saints, des trois premiers siècles, dont les noms figuraient antérieurement dans la liturgie ou dans les vieux calendriers africains. Ils affectaient une N^énération particulière pour Cyprien, le grand évèque-martyr, dont ils se disaient les héritiers pour la discipline, notamment pour la pratique du second bnptéme et pour la défense jalouse de leur autonomie^; au temps d'Augustin, ils cé]éJ)raient encore la fête de Cyprien, par dos cérémonies bruyantes et de plantureux banquets''. Ils honoraient également tons les martyrs antérieurs à la rupture de 312, avec une prédilection mar(|uée, d'intention polémi(|ue, pour les victimes de la dernière persécution: prédilection logique, d'ailleurs, puisqu'ils reprochaient à leurs adversaii-es, non seulement d'avoir faibli alors, mais encore d'ai-oir méconnu les confesseurs du temps, et c[ue, de là, était sorti le schisme. Parmi les mart^-rs de la persécution de Dioclétien, dont le culte était populaire dans l'Eglise dissidente, on peut citer Leontius d'Ilippone'j; probablement, C.rispina de Thevestc'', et les saintes do Thuburbo'' ; sûrement, et avant tout, les martyrs d'Abitina, dont le manifeste faisait loi, et dont l'héroïsme est célébré par un écrivain de la secte dans l'une dos relations arrivées jus(|u'à Jious".

Mais les vrais saints donatistes, les plus chers au cœur des foules, c'étaient les fanatiques morts pour la défense ou la glorification du parti. Il y eut sans doute des Adctimes dès les premiers jours du schisme. A notre connaissance, le martyrologe de ri^jglise dissidente s'ouvre en 317, au lendemain de la loi de Constantin qui ordonnait de rétablir en Afri([uo l'unité religieuse. A la force armée, les schismati([ues opposèrent la force

]) Au^iislin, Epist. 52, 2. 4) Episl. 29, 11.

2} Dr Uiplianio, 1,1; 18, 28 ; II, 1 el ï>) Acla CrUpiiiaf, 1-2.

suiv. ; Cuiitra (Jrcsconiiim^ II, J5l, H9 cl (î) P<'ss/o Muxiiiioc, ISeciiiidai' al Doiia-

siiiv. ; III, 1 et suiv. ; IV, 17, 2(J ; Epist. lillae, \-\. — TJ". Acla Ci'i^pinac, 1.

m. 10, ::J5-45 ; 108, 8, 9-12. 7) Acla Salurnini, 1-2 ; lt>-20 Ijaluze.

3) Serin. 310, 1 ; 311, 5.

RELATIONS DE M.VRTYRE 39

brutale du fanatisme populaire. Des batailles s'engagèrent dans les basiliques, notamment à Carfchage, où périrent une foule de Donatistes, où un de leurs évoques fut tué, un autre blessé'. Nul doute ([ue des bagarres analogues aient ensanglanté bien d'autres villes : un orateur du temps et de la secte parle des « meurtres d'évêques de Dieu^ ». Vers 340, en Numidie, à l'endroit appelé Locus Octavensis, une foule de Circoncellions furent massacrés dans une rencontre avec les troupes du comte Taurinus-". En 347, lors de la mission de Macarius, le carnage recommença sur divers points de l'Africfue, Dans l'échauffourée de Bagaï, les Circoncellions furent décimés encore par Farmée du comte Silvester ; leur capitaine Donatus, évoque de cette ville, disparut dans la tourmente^. Los victimes se multiplièrent dans toute la Numidie, où succombèrent « des martyrs en nombre infini », dit un sectaire''. Alors périt l'un des héros les plus populaires de l'iiiglise dissidente: révô([ue Marculus, qui fut tué ou se tua, le 29 novembre, à Nova Petra '', Le 29 juin, probablement, Felicianus avait été frappé à Vegesela'. La communauté schismatique de Carthage eut aussi ses martyrs : Isaac et Maximianus, morts vers la fin d'août''^. On traqua partout les Donatistes, surtout leurs évoques, dont la plupart furent tués ou exilés'''. Le mart^^rologe des dissidents acheva de se constituer dans cette « persécution de Macarius », dont ils ne parlèrent jamais sans un frémissement de haine '". Il s'enrichit encore avec les générations suivantes, soit par les lois de proscription, soit jDar le massacre ou le supplice des Circoncellions. Tous les schismatiques poursuivis en A^ertu des édits d'union de 405 ou de 412 étaient considérés dans leur parti comme des confesseurs^'. Nombre d'entre eux y laissèrent leur vie; à la Conférence de 411, les Donatistes déclarèrent que beaucoup de leurs évoques avaient été tués'-. Proscrite, anéantie en apparence, la secte vénérait d'autant mieux ses nouveaux mai'tyrs : témoin l'éj^itaphc et la basilique de Ilobba, a tuée par

1) y^us.svo /)o/)fl/j, 7-8 ; 11-13. liliani. II, 20, Kî; Coiilra Crcsconinm,

2) Ibid., 5. — Cf. Augustin, Cniilra III, 49, â-l; In .loluinnis EmiKjcUam, M, Epislnlaiu Parmcniani, 1,8, li). 15; Collai. Carlluiij., I, 187.

3) Oplîit, il[, 4. 7) Bull, arch du Coinilé des Irav. hU-

4) Ihid., m, 4 cl G; Au^ui^tin, Co/(/ra loi-., IS'jn, p. 70; 18!)y, p. 4r)5.

Ullcras Pcliliaiii., H, 20, 4(3; lircvic. Col- 8) Pasaio Maxiiniaiii cl lsuac,[^.7^i)-77'ii

lut., ll\, 11,23; In .loliaiinh F.vaiuji'liuin, Miiitic.

-M, IT). ' 9) Optât, III, 1 ot 4. — Cf. Il, 15.

5) Passio Maximiani cl Isuac, p. 708 Mi- 10) Pafi.fio Mannili, p. 761 Mijiiio ; Augiie. gusliu, Efdst.ii, 3, ").

6) P«s.s/o il/arc(//i, p. 7().V7(îGMignc;Op- 11) Auguslia, Epixl. 89, 3; 185, 2, 8. tat, m, 6; Augusllii, Conlra lillrras Pc- 12) Collul. Carlluuj., III, 258.

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les tracUteurs » en 434, quand les Vandales occupaient déjà la plus grande partie du pa3^s '. Durant plus d'un siècle, c'est par des tombes de martyrs que l'hglise dissidente a marqué les étapes de ses tragiques destinées. Elle eut d'autant plus de tombes à honorer, que son martyrologe s'allongeait encore, jusqu'à des milliers de noms, par la manie autorisée ou tolérée du suicide dévot.

L« trait le plus singulier de la dévotion dbnatiste, c'est la popularité persistante, la séduction théâtrale et morbide, du martyre volontaire. La foule ne concevait guère qu'un moyen de gagner le Paradis : c'était de mourir pour la foi. L'occasion ne se présentant pas toujours, même en ces temps-là, on imagina de la provoquer par les méthodes les plus étranges. On poussa l'appétit du martyre jusqu'au suicide. On vit des clercs, môme des évéques, hantés de cette conception farouche du devoir chrétien : un prêtre de Mutugenna se jeta dans un puits', .un évoque de Thamugadi rêvait de se brûler vif'', j\larculus s'est peut-être lancé lui-même dans son précipice''. Cependant, cet état d'esprit paraît avoir été exceptionnel chez les Donatistes d'un certain rang et d'une certaine culture. Pour le vulgaire, l'ambition suprême était de s'illustrer à jamais et de se sanctifier par un suicide d'apparat. Dans le monde des Girconcellions, la préparation ou la mise en scène de la mort volontaire fut une préoccupation dominante, comme le pillage des fermes catholiques ; ce fut presque une carrière.

Cette déformation du sens religieux paraît Fort ancienne chez les adeptes de l'Eglise dissidente. Elle est déjà mentionnée à propos des persécutions de 347. L'évêque de Bagaï, organisant la ]'ésistance contre les commissaires impériaux, appelait à lui les Circoncellions de la contrée, des fanatiques aspirant au martyre, rêvant d'un assassin qui voudrait bien les frapper ou d'un abîme qui les engloutirait: « Des^ gens de cette espèce, nous dit-on, les uns, égarés par le désir d*un martyre imaginaire, payaient des assassins pour les tuer. D'autres, pour consommer le sacrifice de leurs âmes viles^ se précipitaient du sommet de hautes montagnes. Voilà dans quel monde un évoque, un autre Donat, avait recruté ses cohortes''. » Ce n'était pas là une aberration passagère. Un demi-siècle plus tard, chez les schismatiques de Numidie, on signale une véritable épidé-

• 1) Gsell, Fouilles de Denian, p. 25. 4) Conirn Utleras PetlUani, II, 20, 4'6 ;

2) Augiisliii, Episl. 173, 4. Contra Cresconinm, 111, 49, 54.

3) (Jouira Guudcitlium, I, 1; Rclracl., 5) Optât, lif , 4. II, 85.

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mie de suicides. D'après Gaudentiiis de Thamugadi, qui était assurément bien renseigné, des milliers de Donatistes s'étaient tués eux-mêmes, soit pour échapper à la persécution, soit, tout simplement, par ambition du mart3n^e'. Vers l'année 420, bien des dissidents, à l'exemple de leurs devanciers, se donnaient volontairement la mort- ; l'évéque Gaudontius lui-môme parlait de se brûler dans son église avec tous les fidèles de bonne volonté 3. Donc, pendant près d'un siècle, nous suivons la traditioii du martyre volontaire chez les Donatistes. Cette persistance seule suffirait à prouver que l'épidémie séculaire de suicides a eu pour cause principale, non le désespoir ou le dégoût de la vie, mais l'aspiration dévote au Paradis et à la gloire posthume des saints.

Dans cette course à l'abîme, au Paradis et à la gloire, on vit souvent des femmes rivaliser avec les hommes*''. C'étaient ordinairement des religieuses [sanctlmonialcs] : de ces vierges folles qui suivaient les bandes de Girconcellions et s'associaient volontiers à leurs orgies. Si l'on en croit Augustin, quelquesunes de ces religieuses avaient une raison spéciale de chercher la mort au fond d'un gouffre. Elles avaient manqué au vœu de chasteté, et craignaient le scandale; « elles pensaient que, si elles-mêmes se punissaient ainsi. Dieu ne les punirait pas ». Les malheureuses n'en étaient pas moins imprudentes de se lancer clans le vide pour s'écraser sur les rocs : parfois — c'est encore Augustin qui nous l'apprend, et avec des détails réalistes — parfois leur cadavre révélait la faute qu'elles avaient voulu cacher en l'expiant^.

Selon les temps, et suiA'^ant le caprice des individus, le martyre volontaire a pris des formes assez diverses. A la liberté (hi choix, le scrupule dévot n'imposait qu'un frein : oa ne devait pas se tuer d'un coup d'épée ou de poignard. Respectueux du précepte de l'Evangile, les Girconcellions s'interdisaient de se frapper eux-mêmes avec le fer, de même qu'ils s'interdirent longtemps de frapper leurs adversaires avec une arme de métal, se contentant de les assommer à coups de bâtons''. Cette réserve faite, on pouvait s'assurer le martyre comme on l'entendait. Au milieu du quatrième siècle, nous ne voyons mcntion-

1) Augustin, Conlra Gaudenluun, I, 28, 5) Conlra GuudeiUiuin, I, 36, 46.

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