Conira Gdudrntiiini
RELATIONS DE ^lARTYRE 43
eut plus guère qu'un moyen élégant d'arriver vite au Paradis : c'était de se brûler vif.
Pour le vulgaire, peu importait la façon dont on était devenu martyr. Les foules ne distinguaient pas entre les genres de mort, pas plus qu'entre les causes ou les circonstances. Quiconque avait succombé pour la défense ou la gloire du parti, avait droit à un culte. Augustin nous dit que « l'on Amènerait les cadavres de ceux qui s'étaient eux-mêmes jetés dans des précipices •^ ». C'est par milliers que se comptaient les martyrs donatistes. Eu Numidie, toute communauté, tout village, toute bande de Circoncellions, avait les siens.
Le culte commençait aussitôt après la mort, avec la veillée sainte et les funérailles. Tout d'abord, on se pi'éoccupait de soustraire aux profanes les nouvelles reliques. D'où l'institution de la veillée [excubailo, excuhiœ). A Cartilage, dans les derniers jours d'août 347, le bruit se répand tout à coup que la secte compte un martyr de plus. Aussitôt, de tous les points de la ville, les Donatistes accourent. Malgré les gardes, ils entourent le corps, craiguant qu'on ne le jette à la voirie ou à la mei'. Pendant tout un jour et toute une nuit, la foule veille : une foule énoi'me, hommes et femmes, gens de tout âge. On chante des psaumes, des hymnes, des cantif[ues. C'est la nuit du samedi au dimanche: on eût dit la veillée de Pà(|ues, s'écrie un témoin^. Ijc lendemain, quand le proconsul ordonne d'emporter le corps, il faut écarter les déA^ots à coups de bâton. Et la foule reste sur le rivage, attendant le miracle qui lui rendra le cadavre^. Quelque temps après, dans les montagnes de Numidie, un matin, on apprend que pendant la nuit un martyr a disparu au fond d'uu gouffre. Alors, toute affaire cessant, la population S(; précipite dans la direction d'un nuage lumineux, qui doit indi([uer la présence du saint. On explore tous les coins des gorges. On finit par retrouver le corps, on l'emporte en triomphe, on le veille avec une piété jalouse, on célèbre des funérailles solennelles au milieu des chants et des cris d'ailéo-resse"'.
Dans bien des régions d(i l'Afrique, notamment en Numidie, les blancs tombeaux des saints du Donatisme égayaient partout la campagne, l'ombre des bois ou les fauboui-gs dos villes, comme aujourd'hui les koubbas des saints de l'Islam. Certains martyrs de la secte avaient obtenu l'honneur d'une sépulture
1) Coiilra (jatidriiliuin, I, 2'J, ;5;$ ; S) l'ansio Muxiiiiiaiii cl l.fiiac, |). 772 Srriii. 1H8, 2. aligne.
2) EpiKl. 4:-i, S, 24. — Cl'. Conlra lit- ^) Ihid., p. 778.
Icrus l'elUiaiii, 1, 2-1, 26. ô) l'in^sio Murciili, \i. 7()(i Migiie.
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dans une église. Les Donatistes furent môme les premiers, en Afrique, qui aménagèrent des tombes dans les sanctuaires. Dès 317, ils ensevelirent dans une basilique de Carthage ceux des leurs qui y avaient été tués ; des épitaphes et des inscriptions commémoratives y rappelaient les circonstances du martyre'. Cependant, cet usage ne s'établit pas sans résistance. En 340, lors d'un grand massacre de Circoncellions, un certain Glarus, prêtre schismatique du Locus Subbulensis, avait fait transporter dans son église les corps de plusieurs victimes. Son évéque s'y opposa, et un concile donatiste interdit les sépultures dans les basiliques-. La dévotion populaire finit par l'emporter, même chez les Catholiques : depuis le début du cinquième siècle, les sanctuaires se peuplèrent de tombes. Mais les martyrs donatistes étaient trop nombreux ; le plus souvent, on les enterrait sur leurs champs de bataille, près des lieux du supplice ou. du suicide. Des tables funéraires [mensœ) et des autels {arœ) marquaient les sépultures -K D'ailleurs, la tombe elle-même devenait un autel. Fréquemment, on y bâtissait un sanctuaire, plus ou moins important selon la gloire du confesseur ou les ressources des dévots. Partout, dans les cités ou les bourgs, dans les nécropoles, le long des routes, en pleine campagne, dans les gorges désertes, partout s'élevaient des chapelles de martyrs. Et le rêve des fidèles de la secte était d'obtenir un jour le môme honneur, ou, du moins, de dormir près du saint leur dernier sommeil.
En attendant, les pèlerins affluaient autour de ces tombeaux vénérés. Certains de ces pèlerinages étaient célèbres dans toute l'Afrique; par exemple, celui de Marculus à Nova Petra'^ On visitait aussi les lieux saints où s'étaient multipliés les suicides : « On voit, dit Augustin, on voit des rochers gigantesques, des montagnes aux horribles gouffres, qui ont été illustrés par les suicides innombrables de vos martyrs volontaires... Ces précipices les ont engloutis par troupeaux. Je parle là de choses bien connues des hommes de notre temps ''. » Le spectacle de ces lieux sacrés exaspérait encore la dévotion donatiste. Après de longues et ardentes prières, après des extases et des éclats de fanatisme, les pèlerins rapportaient chez eux le récit des miracles qui se produisaient périodiquement sur les tombeaux de leurs saints''.
Bon gré malgré, le clergé de l'Eglise dissidente dut suivre les
1) Paasio Donuli, 8. 5) Augustin, Coiilra Gaudenllnm, I, 28,
2) 0|)tat, III, 4. 32.
3) JOid., III, 4. 6) Ad Calholicos Epislula contra Dona-
4) Collai. Carihag., 1, 187. lislas, 19, 49.
foules, et instituer un culte régulier des martyrs de la secte.. Dans les prières, jusque dans la liturgie traditionnelle, on ■ajouta leurs noms à ceux des saints dûment canonisés. Augustin nous dit que les scliismatiques de son temps « lisaient devant l'autel les noms des apôtres de leur folle erreur », et qu'ils les joignaient à la liste des « saints mart^TS ' ». Cette liturgie panachée consacrait l'apotliéose des héros du parti de Donat.
Chaque année, l'on célébrait religieusement Tanniversaire du martyre [natalliiaY-. Outre les cérémonies rituelles, la fête comportait ordinairement la lecture édifiante de relations martyrologiques, des sermons où l'on commentait ces récits, enfin des banquets, suivis de danses et d'orgies. Le repas funéraire avait lieu, soit sur la tombe elle-même, soit dans une chapelle de la nécropole, soit dans une salle d'agapes ou dans un coin du sanctuaire. Ces jours-là, les plus scrupuleux et les plus sobres s'accordaient toute licence : les martja^s donatistes aimaient qu'on s'enivrât en leur honneur. A Hippone, par exemple, la fête de Leontius était célébrée le môme jour par les deux partis : de l'église catholique, où Ton priait, on entendait un tapage infernal dans l'église des scliismatiques'^. Ces joyeux anniversaires ne suffisaient pas encore à la piété des Girconcellions, qui multipliaient les occasions d'honorer leurs saints : « Près des tombeaux de ces martyrs, nous dit-on, on voit souvent se réunir des troupes ivres de vagabonds, hommes et femmes, pôle-méle, nuit et jour ensevelis dans le vin et la débauche '-K » Les lieux saci'és où l'on se rencontrait pour ces grandes buveries funéraires, étaient les centres de ralliement de la secte. Là se retrempait le l'anatisme; là s'organisaient les expéditions contre les fermes des Catholiques. Là, aussi, s'éveillaient les vocations macabres : l'ivresse aidant, bien des dévots ne s'éloignaient de la tombe du saint, que pour aller chercher la même gloire au fond d'un gouffre •'.
Ces superstitions d'ivrognes fanatiques indignaient naturellement les évêques catholiques. En tout ce qui touchait aux martyrs, un double malentendu séparait les deux Eglises : elles ne s'accordaient ni sur la légitimité ni sur les caractères du culte. L'Eglise officielle, de plus en plus, s'efforçait de le restreindre et de le purifier en le réglementant, en subordonnant les saints
1) Contra Eptslulain Par/ncniaiii, ïll, (î, 4) Ad Catliolicos Kpislnla conlra Doua- 29. <(s/f(s, 11), 5(1.
2) Passio Doiiali, 1 cl9; Angiistin, Cou- .'J) Cunlni JipistiiUun Punncniain, il, 8, Ira EpisUilam Parineniaiii, lll, 0, 29. G.
3) Augusliu, Epist. 29, 11.
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au Christ; en outre, elle réservait presque exclusivement le titi-e (le martyr aux victimes des persécutions païennes. Au contraire, les cliels de l'Église dissidente laissaient ouvert le martyrologe, au profit des héros de la secte ; généralement, ils accordaient toute liberté à la dévotion des l'ouïes, qui vénéraient aveuglément tous les soi-disant champions du Christ, et (fui par un détour, en adorant des saints de ])acotille, en renouvelant sur leurs tombeaux les orgies païennes, semblaient retourner au polythéisme le plus vulgaire.
D'où une complète divergence d'opinion sur les hommages rendus à leurs saints par les schismati([ues. A propos de Marculns et d'autres, Optât de Milev conteste formellement la légitimité du titre donné aux prétendus martyrs donatistes ; il n'admet, d'ailleurs, au martyrologe que les victimes des païens '. La théorie d'Augustin est plus complexe., Il reconnaît que la liste des saints n'est pas close; mais il en écarte résolument, à cause de leur indignité, tous les soi-disant saints de l'Église schismatique, qu'il considère comme des scélérats ou des fous : « Nous pouvons dire en toute vérité que même les Catholiques tués de notre temps par les Donatistes méritent de figurer au nombre des martyrs... Mais comment pourraient-ils prétendre à ce titre, ces gens qui se font leurs propres bourreaux et les bourreaux d'autrui ? Comment osent-ils soutenir que les prédictions relatives aux saints martyrs s'accomplissent en eux aujourd'hui"-? » Poui- Augustin, la plupart des héros du Donatisme sont de A'-ulgairos criminels de droit commun ; « Si ces gens-là, dit-il, sont mis à mort, ou se tuent eux-mêmes, ou sont tués par des adversaires capables de résister à leur violence sanguinaire, si ces gens-là meurent, ce n'est pas pour la communion du parti de Donat ni pour l'erreur de leur schisme sacrilège, c'est pour leurs forfaits, pour les crimes qu'ils commettent ouvertement, à la façon de brigands, dans le déchaînement de leur folie et de leur cruauté''. » Plus brièvement, et plus criïment, l'évoque d'Ilippone dit aux admirateurs des héros du Donatisme : <( Vous A-ivez comme des brigands, et vous prétendez mourir en martyrs^. » .Antithèsos pittoresifue, qu'il a souvent répétée avec des variantes, et qui traduit bien son mépris pour les saints de l'autre Eglise.
Los conciles catholiques, à plusieurs reprises, ont essayé de réprimer, au moins chez les convertis, les abus du culte des
]) Oplnl, II), 8. :-5) Ad Ditiialislus pn^l Collai., 17, 22.
2} Auj;iisliii, Coiilra <'aiuli'nliLUii,\/27 , 4) Coiilni lillcras Prliliuiii, ll,8;5, 184.
ai. — Cl'. /i/)/.s/. 88, S-!) ; 1U5, 2, û.
martyrs. Aussitôt après la persécution de Macarius, où tant de scliismatiques avaient succombé, la question fut portée devant des synodes provinciaux. En 348, le concile de Cartliag'c proscrivit tous les pseudo-martyrs. 11 menaça de châtiments sévères tous les promoteurs, clercs ou laïques, de canonisations téméraires. Il défendit « de conférer la dignité de martyr à des cadavres quelconques, inliumés seulement grâce à la charité de l'Eglise ». Dans un article qui visait nettement les saints du Donatisme, il interdit « de donner le nom de martyrs à des gens qui se sont précipités d'un rocher dans un accès de folie, ou qui se sont tués d'une façon analogue en commettant le môme péché 1 ». En 397, un autre concile de Carthage recommanda encore aux clercs de mettre les fidèles en q;arde contre les superstitions de ce genre ; il ordonna môme de détruire, dans les campagnes et le long des routes, les autels et les chapelles de martyrs qui ne contenaient pas de vraies reliques-. D'autres conciles clierchèrent à supprimer, dans les fôtes des saints, le scandale des banquets et des danses-'^. Directement ou non, toutes ces décisions visaient les superstitions tenaces des schismatiques couver lis.
Parfois môme, des assemblées d'évcques donatistes osèrent blâmer les excès de la dévotion populaire. Vers 340, un synode de schismati(|ues interdit d'honorer comme martyrs les Circoncellions tués dans les batailles contre les troupes romaines ''. Plus tard, des conciles donatistes ne craignirent pas de condamner le martyre volontaire"'. Nous ne savons comment les Girconcellions accueillirent cette injure faite à leurs saints, aux héros du suicide.
En tout cas, l'épidémie de suicides continua ses ravages. Le martyrologe de l'Eglise dissidente ne cessa de s'cnrichii-. Le culte des martyrs y devint de plus en plus popukiire. De là est née toute une littérature, dont il reste des œuvres curieuses : littérature de relations ou de lettres, de sermons ou de pamphlets.
Cliissificaliou dos docamoiils littérau'cs qui se rupporlcut aux Saints du Donalisiuc. — Récits et lettres, sei-mons et pauiplilels inarlyrologiques. - • Mai'tyrs communs antérieurs au schisme, et martyrs particuliers aux
1) Conril. Curlhau. aiin. :54S, caii. 2. i) OpliU,, IIF, 1.
2) C(j(lex canon. Ecclcs. afric, c;>n. S'ô. 5) AugusLia, Coiilra (Jirscoinuin, III.
3) Jbid., caii. GO. 49, ô4.
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schismatiques. — Remaniements d'anciennes relations africaines. — Editions et adaptations donatistcs d'Acles 'des marlyrs du temps de DiocJctien. — Recension des.'ic/a Crispiinv.. — Recension de la Passio Ma.r'unx, Secaitdse ei DonalUlx. — Adaptations donatistcs des Aclcs des martyrs d'Abltina. — Première recension. — Le préambule et les interpolations. — Seconde recension. — U Appendice et le pamphlet. — Caractère, de ces recensions.
Le souvenir des martyrs donatistcs ne vivait pas seulement dans les calendriers et dans la liturgie, dans la tradition orale et dans l'imagination des foules. 11 se fixait encore dans des ouvrages qu'on se transmettait de communauté en communauté, et que conservaient pieusement les archives des Eglises. Ces ouvrages naissaient des besoins du culte. Au jour anniversaire [anniversalis elles ^ natalllla) , on lisait publiquement aux fidèles une relation du martyre; puis l'évoque prenait la parole, commentant le récit, en dégageant des leçons'. En apparence, les choses se passaient là comme chez les Catholiques; mais, chez ces sectaires, l'objet, l'esprit et le ton de l'orateur ou de l'écrivain étaient tout autres. On édifiait les fidèles en rappelant les griefs et les souffrances du parti, en réveillant les rancunes, en justifiant la haine. Le panégyrique du saint était surtout un prétexte à récriminations ou invectives.
On se souvient que les Donatistcs honoraient deux classes de saints : les martyrs antérieurs au schisme, également chers aux Catholiques, et les martyrs particuliers à la secte. Les éléments du panég^'^rique variaient naturellement, suivant que le saint du jour appartenait à l'une ou l'autre catégorie. Dans le premier cas, on se contentait de lire et de commenter un vieux récit traditionnel, agrémenté seulement d'interpolations sectaires et de déclamations haineuses-. Mais, quand il s'agissait d'un schismatique mort pour son parti, l'imagination du chroniqueur et la verve dusermonnaire pouvaient se donner carrière. On commençait par expliquer aux fidèles pourquoi les victimes des Catholiques devaient être assimilées aux Adctimes des persécutions païennes''; et c'était une belle occasion de partir en guerre contre l'éternel ennemi. Dans le récit même du martyre, on pouvait se permettre bien des embellissements. Ce n'est pas que la légende eût altéré complètement la réalité des faits. Au contraire, toutes les relations conservées sont l'œuvre de contemporains,
1) Paasio Doiiaii, 1 cl U; AugiisLiii, 2) A du Salnniiiii, 1-2; l(!-20 iJaluzc;
CoiiLra Epislidain Parmcniuiii, 111, (>, Avia Cri^ipinac, 1-2. 2y. iî) Pa.;,s/o /Joniili, 1 ; Pus^io Murculi, 1.
même de témoins oculaires ; et quelquefois, par scrupule dévot d'exactitude, si le témoin le plus qualifié avait quitté le pays, on le priait de consigner dans une lettre le récit détaillé de ce qu'il avait vu'. Mais tous ces fanatiques étaient gens crédules et d'imagination ardente ; dès le jour du martyre, l'enthousiasme mystique des témoins les plus sincères commençait à transfigurer les événements. De copie en copie, d'édition en édition, d'homélie en homélie, la relation s'enrichissait de détails merveilleux, de surnaturel, de miracles. Et tous, chroniqueurs ou orateurs, y découvraient de nouvelles raisons de maudire les Catholiques.
De ce qui précède, on peut tirer une double classification des documents littéraires qui se rapportent aux saints du Donatisme.
Si l'on considère le cadre des ouvrages, on y distingue quatre groupes, qui tous sont représentés encore par des pièces intactes : 1° la relation proprement dite, sous forme de récit, comme la Passio Marculi ou la première recension donatiste des Acta Saturnini ; 2" la relation sous forme de lettre, comme la Passio Ma.zimiani et Isaac ; 3" le sermon martja^ologique, comme le Sernio de Passione Donati\ 4» le pamphlet martyrologique, où le récit du mart^^re n'est qu'un thème à invectives, comme le pamplilet qui termine la dernière recension des Actes des martyrs d'Abitina. — D'ailleurs, malgré les différences de forme, tous ces ouvrages sont étroitement apparentés, animés du même esprit, composés à peu près des mêmes éléments, qui s'y combinent selon le genre dans des proportions diA^erses. La variété des cadres ne doit pas l'aire illusion sur les analogies fondamentales.
Plus rationnelle est l'autre classification, fondée simplement sur la distinction entre les deux classes de mai-tyrs. Ici, plusieurs éléments et les conditions mêmes du récit diffèr(!nt l^eaucoup d'une catégorie à l'autre. Gênés par une tradition écrite en face dos saints antérieurs au schisme, les hagiographcs de l'Eglise scliismatique recouvrent toute leur liberté en face des saints particuliers à la secte. C'est pourquoi nous adopterons de préférence cette seconde classification : nous étudierons successivement les œuvres qui se rapportent aux martyrs communs d'avant 312, puis les œuvres qui concernent les martyrs donatistes proprement dits.
Les ouvrages de la première catégorie sont des remaniements,
1) PaAAÏn Maxlinianl cl Isaac, 1.
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des éditions revues, plus ou moins interpolées, d'Acles et de Passions qui, avant le schisme, étaienten usage dans l'Eglise africaine. Pour les victimes des persécutions du deuxième et du troisième siècle, nous ne connaissons pas d'adaptations donatistes : d'ailleurs, il est possible cjue, pour ces martyrs anciens, laissés en dehors des polémiques, les dissidents aient conservé sans changement les vieilles relations. Le cas était différent pour les héros africains de la persécution de Dioclétien. Ces martyrs-là étaient chers à l'Eglise schismatique, qui, dès le début, avait revendiqué leur héritage. Elle les considérait comme des modèles, des précurseurs, les premiers héros du parti. Elle voj^ait môme, dans leur héroïsme, la justification du schisme. Bref, elle prétendait confisquer leur gloire à son profit. Cette prétention s'affirme ou se trahit dans des éditions ou adaptations donatistes de plusieurs relations où figurent des mart3^rs africains du temps de Dioclétien : édition des Acta Crispinœ, édition de la Passio Maximx^ Secundœ et Donaiillœ^ adaptation et double recension des Actes des martyrs d'Abitina.
Crispina de Thagora, martyrisée à ThcA^este le 5 décembre 304, était également populaire dans les deux iiiglisos ai'ricaines. A llippone, par exemple, Augustin a prononcé plusieurs sermons pour l'anniversaire de la sainte^, anniversaire que devaient célébrer le même jour les Donatistes de la ville. Ce jourlà, dans les basiliques des deux partis, on lisait une relation du martyre. .Mais chaque parti avait ia sienne : à la rivalité du culte correspondait la rivalité des récits. Les deux rédactions dérivaient probablement d'une source commune : un procèsverbal de l'interrogatoire, tiré des archiA^es proconsulairos. A ce document primitif se rattachaient deux recensions distinctes, indépendantes l'une de l'autre, dont la première était en usagt; chez les Catholiques dcNumidie, l'autre chez les Donatistes. La relation catholique, qui contenait des indications curieuses sur la famille de Crispiha et sur les circonstances du martyre, nous est connue seulement par les citations et les analyses d'Augustin-. La relation donatiste nous est parvenue; c'est le texte traditionnel des Acta Crisplnœ.
Cette recension parait dater delà seconde moitié du quatrième siècle. Elle est l'œuvre d'un schismatique, qui a remanié le procès-verbal authentique. Au début, l'auteur s'est contenté de
1) AugutiUu, 7i//flrr. in Psalrti. 120 el 1)Serm.28Ç),2;?>ïi\:,b;Enan'.in Psalm,