etc
DONAT DE GARTHAGE 105
portants, Antioche ou Alexandrie, Nicomédie ou Gonstantinople. D'ailleurs, dans l'Église donatiste, nous connaissons un exemple très significatif de transfert : quand les schismatiques africains organisèrent leur communauté de Rome, ils lui envoyèrent comme évoque un certain Victor, précédemment évêque de Garbe, en Numidie'.
On s'explique aisément que les Donatistes, à la mort de Majorinus, aient voulu avoir pour primat un Numide, et qu'ils aient choisi Donat des Cases-Noires. Ce sont les évêques numides, qui, dans leur concile de Carthage, avaient consommé le schisme. Ils dominaient alors le parti; et leur pays était, ce qu'il resta jusqu'au bout, le centre de la secte. On ne peut s'étonner qu'ils aient fait élire un des leurs comme évêque de Carthage. D'autant mieux qu'ils avaient un candidat tout désigné : un compatriote devenu Carthaginois. Qu'il ait été ou non évêque des Cases-Noires, en Numidie, Donat avait depuis longtemps, de gré ou de force, abandonné son poste ou sa patrie ; il s'était fixé à Carthage, où il avait groupé autour de lui les mécontents. Les dissidents de Numidie, pour le siège de Carthage et la direction du parti, ne pouvaient trouver un meilleur candidat que cet ancien évêque ou prêtre numide, devenu le chef des dissidents de Carthage. Ce qui est surprenant, ce n'est pas que Donat des Cases-Noires soit devenu Donat de Carthaore ; c'est qu'il ne le soit pas devenu plus tôt, dès la première élection, celle de 312, où l'emporta Majorinus.
Vie do Donat. — Son rôle clans les origines du schisme. — Son élection comme évoque de Carthage et chef du parti. — Son rôle aux couciles de Rome et d'Arles. — Donat à la cour de Constantin. — Son retour en Afrique. — Son action comme chef du parti. — Ses démêlés avec le pouvoir séculier. — Son exil en 3A1. — Sa mort vers 355. — Caractère de Donat. — Son intégrité. — Son intransigeance et son habileté. — Son ambition et son orgueil démesuré. — Son autorité extraordinaire sur les évoques de son parti.
Ces données nouvelles permettent de combler l'importante et singulière lacune que nous constations dès l'abord dans la biographie de Donat le Grand : c'est toute sa jeunesse qui nous est rendue, et qui éclaire ses destinées ultérieures. Il ne sort plus du vide, brusquement, comme un météore, pour illuminer le ciel
1) Optât, II, i. —Cf. I, 14.
106 LITTÉRATURE DONATISTE
donatiste. Sa carrière n'a plus rien de mystérieux ni d'énigmatique. Elle se déroule, sinon avec une parfaite harmonie, du moins avec une logique très humaine. Donat de Garthage est de la race de ces ambitieux, dont l'ambition croit et s'épure avec le succès. Avant de passer grand homme, il avait grandi par l'intrigue, comme tel autre chef d'Eglise ou tel prophète, comme tel politique célèbre.
Il était né en Numidie, probablement dans cette cité des Cases- Noires {Casœ Nigrse^)^ dont le nom resta longtemps attaché au sien, d'abord comme un signe distinctif, puis comme un stigmate. On peut déterminer approximativement la date de sa naissance. Quand il mourut, vers 355, il était très vieux ^. Dans ses dernières années, il donne l'impression d'un vigoureux octogénaire : ses fidèles, qui toujours gardèrent le souvenir de sa verte vieillesse, aimaient à jurer par ses cheveux blancs^; jusqu'au moment où il fut exilé hors d'Afrique, vers la fin de 347, il avait conservé, avec le gouvernement direct de son Eglise, la plénitude de ses facultés^. D'autre part, c'est vers 306 qu'il avait commencé d'intriguer à Garthage ; l'activité brouillonne qu'il y déployait alors, est d'un homme jeune encore, et qui prépare sa vie ; cependant, lors de son arrivée dans la capitale de l'Afrique, il n'était plus un adolescent, puisqu'il avait eu déjà toute une carrière ecclésiastique et des aventures en Numidie. Son élection comme primat, en 313, marque à peu près le milieu de sa vie. Ainsi, par des voies différentes, on arrive toujours à cette conclusion, qu'il a dû naître vers l'année 270.
Sa jeunesse fut celle d'un ambitieux, habile à tirer parti de tout, même de ses fautes, et, d'ailleurs, bien servi par les circonstances. 11 appartenait à une bonne famille de la bourgeoisie locale ; car il reçut une instruction très complète, approfondit l'étude des lettres profanes comme des lettres sacrées, s'initia à tous les secrets de l'éloquence ^. Chrétien dès son enfance, semble-t-il, il entra de bonne heure dans le clergé. Dans sa petite communauté de Numidie, il attira vite l'attention par ses dons variés, par son éloquence et son autorité précoce : jeune encore, il fut probablement élu prêtre, puis évoque, dans sa^âlle des Cases-Noires. C'était un peu avant la persécution de Dio-
1) Anguslin, De haeres., 69; Serin. 4(5, 5)0|otal,III, 3, p. 79 Ziwsa ; Augustin, 15, 39. De haeres., 69; Conlra Crcsconium, I, 2,
2) Jérôme, Chron. ad ann. 355. — Cf. 3; Serin. 37, 3; Enarr. in Psalin. 124, 5; Oplat, III, 3. Jn lohannis Evamjeliuin, VI, 20; Jérôme,
3) Augustin, Enarr. in Psalin. 10, 5. De vir. ill., 93.
4) Optât, III, 3.
clétien. Une f aventure malheureuse, d'ailleurs très banale dans r]^]glise africaine de ce temps-là, allait bouleverser sa vie, mais lui ouvrir de plus vastes horizons. Tout porte à croire que Douât, comme tant d'autres clercs du pays, fut compromis de façon ou d'autre dans la persécution. 11 fut contraint ou jugea prudent de s'éloigner, peut-être en résignant ses fonctions. Il partit sans esprit de retour : depuis qu'il apparaît dans l'histoire, on ne le rencontre jamais dans cette cité des Cases-Noires, dont il ne garda que le nom.
Suivant l'exemple de tous les ambitieux et de tous les déclassés d'Afrique, il alla s'établira Garthage. Il y fut, naturellement, un homme d'opposition. 11 y devint vite un adversaire redoutable ; et, de l'opposition, peu à peu, il glissa au schisme. Il aurait même été un schismatique avant le schisme. Là-dessus, les témoignages africains sont multiples et paraissent décisifs '. Le point délicat, c'est de marquer les causes et la date de cette rupture avec le clergé carthaginois, le rapport exact entre ce premier schisme de Donat et le grand schisme de 312, d'où sortit le i3onatisme proprement dit.
Augustin écrit, vers 428, dans une notice sur l'Eglise dissidente : « Le premier auteur de cette hérésie fat, nous dit-on, Donat. Il vint de Numidie, combattit Crecilianus, et divisa contre lui le peuple des chrétiens. Puis, il s'adjoignit des évêques de la même faction, et il ordonna Majorinus à Garthage comme évoque'^ .» Augustin n'a jamais varié sur ce point : il a toujours considéré que le schisme personnel de Donat était antérieur au schisme de 312. Vers 397, il appelle Donat « le premier auteur de tout le maP ». En 405, il l'accuse « d'avoir le premier, dans la cité de Garthage, élevé autel contre autel -^w ; en 427, « d'avoir le premier, à Garthage, consommé le schisme sacrilège'' ». De fait, Donat fut condamné par le concile de Rome, en 313, pour avoir fomenté un schisme à Garthage avant l'ordination épiscopale de Gajcilianus, et pour avoir manqué aux règles de la discipline dans la réconciliation des apostats^. D'après cela, on ne saurait mettre en doute la réalité d'un schisme personnel de Donat.
Mais à quel moment crut-il devoir rompre avec l'Eglise de Garthage ? Ge n'est certainement pas en 306, comme on l'a sou-
1) Optât, r, 18-26; Augustin, Coitlra 4) Coiilra Cresconiiim, II, I, 2. Crcxconiiiin, II, 1, 2; 2, 3; Bclracl., 1,20, 5) BcdracL, I, 20, 4.
4; De kaeirs., (îi); Epi^l. 105, 2, 8. 6) Oplut, I, 2t ; Auf^uslin, Brème. Col-
2) Augiisliu, De luierca., 69. Int., III, 12, 24; Ei)i^l. 48, ô, 15-16 ;1U5,
3) Zi'/;/,sL 43, 5, 10. 2, 8.
vent répété ; c'est seulement vers la fin de l'année 311. Augustin déclare formellement que l'unité religieuse n'a pas été rompue en Afrique avant la mort de Mensurius^. Il dit ailleurs que Donat, au concile de Rome, « fut convaincu d'avoir fait schisme à Cartilage, alors que Cœcilianus était encore diacre ». Et il ajoute : « En effet, c'est du schisme de Garthage qu'est sorti, contre l'Eglise catholique, le parti de Donat'-. » C'est donc après la mort de Mensurius (311), mais avant l'élection épiscopale de GiBcilianus^ c'est-à-dire vers la fin de 311, que Donat aurait brisé ses derniers liens avec la communauté de Carthage ; et ce schisme carthaginois aurait précédé seulement de quelques mois le schisme donatiste proprement dit, déchaîné en 312 par le concile des dissidents.
Pourquoi cette rupture de Donat avec le clergé carthaginois ? N'y aurait-il pas eu, dès lors, une entente plus ou moins étroite, plus ou moins secrète, entre l'auteur du premier schisme et les mécontents de Numidie qui allaient couper en deux l'Afrique chrétienne? C'est fort probable. Quelques indices permettent de supposer que Donat, dès son arrivée à Carthage, fut un agent de son ancien chef Secundus, primat de Numidie, son futur complice, et futur président du concile de 312. Vers le milieu de 410, Augustin disait dans un sermon : « C'est de Numidie qu'est sorti le parti de Donat. Une première mission a été envoyée à Carthage, pour y semer la dissension, le tumulte et le scandale, pour chercher à y faire une grande blessure. Ce sont les Numides qui ont envoyé ces agents de désordre. C'est Secundus de Tigisi qui les a envoyés: où est située Tigisi, on le sait. Les clercs envoyés ont ouvert un conciliabule à part, hors de l'Eglise ; ils n'ont pas voulu entrer en relations avec les clercs de Carthage ; ils ont établi un administrateur du diocèse ; ils ont été reçus par Lucilla. L'auteur de tout ce mal a été un Numide hérétique 3, » Ce curieux passage s'applique fort bien à Donat, et semble viser ses intrigues, qui aboutirent au schisme et préparèrent l'intervention des Numides. Donat, leur compatriote et leur ancien collègue, aurait donc été à Carthage l'agent des évêques numides, délégué parleur primat; il aurait été chargé d'y surveiller l'évêque Mensurius, devenu suspect depuis la persécution, et d'y contrecarrer l'archidiacre Cajcilianus, le prétendu bourreau des martyrs. Tout cela s'accorde bien avec la méfiance hostile que trahit la lettre de Secundus à Men-
1) Augustin, De unico baptismo, 16, 29. 2) Augustin, Brevic. Collai., IH, 12, 21.
- Cf. Opliit, I, 15 et 17. , 3) Scnn. 4G, 1.5, 39.
surius^, et, aussi, avec les événements qui suivirent : on s'explique, dès lors, pourquoi Secundus répondit plus tard avec tant d'empressement à l'appel de Donaf^, et comment Donatput 'escompter l'appui de ses complices pour se pousser au premier rang.
Voici donc, semble-t-il, quel a été le rôle de Donat dans la période de troubles qui précéda la rupture de 312. Au lendemain de la persécution de Dioclétièn, vers 306, Donat vint se fixer à Cartilage. Il y apportait ses préjugés de Numide contre le chef de l'Église africaine, un parti-pris hostile contre l'évoque Mensurius, qu'on soupçonnait d'avoir capitulé devant les païens, une haine aveugle contre l'archidiacre Gœcilianus, qu'on accusait tout haut d'avoir laissé mourir de faim les confesseurs emprisonnés 3, En outre, il était probablement chargé d'une mission secrète par son ancien chef Secundus, primat de Numidie : il devait surveiller Mensurius et son clergé, dénoncer les infamies de Gœcilianus, rallier contre l'évêque et son archidiacre, ou en dehors d'eux, les vrais chrétiens de Garthage, les défenseurs des martyrs contre les traîtres. Gomme au temps de Gyprien, comme au lendemain de presque toutes les persécutions, c'est donc sur la question des lapsi qu'allait s'engager la lutte. G'est de là, d'ailleurs, que sortit tout le Donatisme. Dans cette campagne de récriminations, Donat montra d'autant plus de passion et d'intransigeance, que lui-môme, selon toute apparence, n'avait pas la conscience tranquille : comme ses amis de Numidie, il l^ensait que le plus sûr moyen de prévenir les accusations, c'était d'accuser autrui. Il avait donc le beau rôle à Garthage. Il réussit à séduire les chrétiens scrupuleux et sincères qu'inquiétaient les bruits répandus contre l'évêque et son entourage. Il entra en relations avec Lucilla et les autres ennemis de l'archidiacre. Bref, il devint le chef du parti des mécontents '■'-. Gependant, jusqu'au milieu de l'année 311, il ne se sépara pas ouvertement de la communauté carthaginoise.
La crise éclata après la mort de Mensurius. Soutenu par la majorité du clergé, Gœcilianus briguait la succession ; en attendant l'élection, il gouvernait, comme archidiacre, l'Église de Garthage. Exaspérés, Donat et les chrétiens intransigeants re fusèrent de s'incliner devant l'autorité de l'homme qu'ils appelaient le bourreau des martyrs. Piompant tout rapport avec lui^
1) Brcvic. Collai., III, 13, 25. ieras PeliUani, 11, 32, 202; Brcvic. Collai.,
2) Oplat, I, 19. III, 14, 20.
3) Acla Saluriiini, 17 et 20 Baluze; 4) Optât, I, 1^-26 ; Augustin, Episl. 4:'â, JPassio Donali, 2; Augustin, Conlra Ul- 6, 17; Scna, 46, 15, 39.
110 LITTÉRATURE DONATISTE
ils abandonnèrent du même coup la communauté catholique, et entraînèrent à leur suite tous les ennemis de l'archidiacre. C'est là ce premier schisme dont parle Augustin '. Cependant, les événements se précipitaient. Pour couper court aux intrigues, le clergé de Carthage brusquait les choses : bientôt, Céecilianus était élu, puis ordonné-. Dans ce triomphe de leur ennemi, les schismatiques de la veille et autres mécontents ne virent qu'une provocation, une nouvelle infamie ; le parti se grossit encore des candidats déçus, et de certains notables qui avaient prévariqué dans l'administration de l'Eglise '\ Les protestations éclatèrent. Donat se hâta de prévenir Secundus, et fit adresser un appel en règle aux évoques de Namidie. Ceux-ci accoururent avec leur primat. Dans leur concile de Carthage, en 312, ils prononcèrent la déposition de Cœcilianus ^. Puis ils procédèrent ou firent procéder à l'élection d'un nouvel évêque. Donat, qu'on jugea sans doute trop compromis, dut s'effacer devant un pro tégé de Lucilla. Il s'inclina, d'ailleurs, de bonne grâce, puisque lui-même prit part, nous dit-on, à la consécration de Majo rinus ^. Il n'en était pas moins le vrai triomphateur : de son schisme personnel, de son petit schisme carthaginois, sortait un grand schisme africain, une Eglise.
Dès l'année suivante, ce grand schisme africain devenait le « parti de Donat ». En effet, c'est sûrement en 313 que Donat fut élu évêque de Carthage ; ce qui faisait de lui le primat de la nouvelle Eglise. Majorinus, simple fantoche, eut l'esprit de disparaître au bout de quelques mois. Après son ordination, il n'est plus mentionné dans le récit d'Optat. Suivant Augustin, la requête à Constantin, du 15 avril 313, aurait été signée par des évêques « du parti de Majorinus » {partis Majoruii^) ; mais, suivant Optât, les signataires de cette pièce se donnaient comme étant du « parti de Donat » {partis Donati "'). En réalité, ces deux indications contradictoires sont éo-alement des additions postérieures : les dissidents, qui prétendaient défendre la véritable Eglise, ont présenté leur requête {preces), comme leur réquisitoire {libellas), au nom de leur soi-disant « Eglise catholique^ ». Donc, nous ne savons pas si Majorinus vivait encore
1) Augustin, Contra Cresconinm, 11,1, coniiim, 111,28-29,32-33; Brcvic. Collai., 2; 2, 3; Brcvic. Collai., ill, 12, 24; lie- Ilf, 14, 26; Ad Donatislas post Collai., IracL, I, 20, 4; De haerex., (5i). 22, 38.
2) OpL;it, 1, 18; Augustin, Ad Donalla- B) Augustin, De haeres., 69.
lax pont Collai., 22, 38. 6) Epbl. 88, 1-2; 93, 4, 13; Brevic. Col-
3) Optât, I, 18-19. lai., 111, 12, 24.
4) Optât, I, 19-20; Gei>la apnd Zeno- 7) Optai, I, 22; TU, 3, p. 78 ZiAvsn. phiUun,p. 189 et 194-196 Ziwsa; Augus- 8) Augustin, Epht. 88, 2; 93, 4, 13. tin, Epist. 43, 2, 4; 43, 6, 17 ; Contra Créa-
le 15 avril 313. Mais, le 2 octobre de cette même année, Donat était déjà évêque de Garthage : c'est à ce titre qu'il comparut devant le concile de Rome, où il dirigeait la délégation de son parti, et où l'on mit en cause, non pas Majorinus, mais Donat et «les évoques ordonnés par Majorinus^ y). C'est donc bien en 313, avant le mois d'octobre, que Donat remplaça Majorinus comme évêque de Garthage.
Pour ses débuts dans le gouvernement de l'Église dissidente, il eut à lutter sans trêve, contre vents et marées. Cette vie de luttes ardentes, et au grand jour, n'était pas pour l'effrayer, ni pour lui déplaire : son tempérament d'ambitieux, de prophète batailleur, et de conducteur d'hommes, trouvait enfin un champ d'action digne de lui. Pendant plusieurs années, il combattit vaillamment pour son parti, en dépit des obstacles et des déceptions, sans reculer ni se lasser : à Rome, en Gaule, à la cour de Milan, dans l'espoir d'obtenir la condamnation de Cœcilianus et de faire reconnaître sa secte comme la véritable Eglise catholique; en Afrique, pour organiser les communautés nouvelles, pour gagner des âmes, pour fortifier ses fidèles contre les menaces ou les coups des persécuteurs.
Hors d'Afrique, cependant, son parti allait d'échec en échec : tous les efforts des dissidents se brisèrent contre la force des choses, qui assura la victoire de leurs adversaires. Au concile de Rome, en octobre 313, Donat et ses amis échouèrent piteusement. Ils étaient arrivés menaçants, sûrs d'eux-mêmes, annonçant à grand fracas qu'ils produiraient des témoins irrécusables et emporteraient de haute lutte la condamnation de Cœcilianus, En fait, les témoins se dérobèrent, les accusateurs eux-mêmes durent battre en retraite, Gœcilianus fut proclamé évêque légitime de Garthage ; Donat, seul, fut condamné, comme premier auteur du schisme, et pour différentes infractions à la discipline ~. En vain, les dissidents en appelèrent à l'empereur, protestant contre l'irrégularité de la procédure, et réclamant de nouveaux juges •^. Le concile d'Arles, en 314, confirma les décisions de Rome'^. Donat en appela encore, et demanda que la question fût portée devant le tribunal de l'empereur lui-même"'. Pendant deux ans, de la fin de 314 à la fin de 316, il passa
1) Epkt. «, 5, 16. 4) Appendix d'Optat, n. 3-5, p. 20-J-210
2) Optât, I, 2i; Augustin, EpisL. 43, 5, Zivvsa; Augustin, Epiai. 43, 2, 4; 53, 2, 15-16;]05,2,8;B/'t'i)/(;.Coi!«<.,IIl,12,24. 5 ; 88, 3.
3) Optât, I, 25; Augustin, De unico 5) yi/ipcnd/cc d'Optat, n. 5, p. 209; Auhaplismo, W, 28; Epi^t.i'd, 7, 20; 53, 2, gustiu, Episl. 43, 7, 20; etc.
112 LITTÉRATURE DONATISTE
maintes fois la mer, allant de Cartilage à Rome ou à Milan, puis revenant d'Italie à Cartilage, selon les nouvelles qui arrivaient soit de la cour, où Constantin se perdait en résolutions contradictoires, soit d'Afrique, où les dissidents s'agitaient, prompts à compromettre leur cause par le désordre'. Dans l'été de 316, l'empereur voulut en finir: il manda près de lui, dans la Haute-Italie, les deux évêques rivaux de Cartilage, tandis ■qu'il envoyait en Afrique, pour une dernière enquête, les évêques Eunomius et Olympius-. Ca3cilianus, qui avait manqué à un rendez-vous précédent, fut retenu sous bonne garde à Brescia : ce qui permit plus tard aux Donatistes de prétendre que leur grand primat l'avait fait condamner par Constantin ^. En réalité, Donat était également gardé à vue, « pour le bien de la paix » [bono pacis'^). Il dut renoncer bientôt à tout espoir de •convaincre et de gagner à son parti le pouvoir civil : après les excommunications successives lancées par les conciles et les évêques d'outre-mer, il vit son Eglise condamnée à Milan par l'empereur, qui, le 10 novembre 316, notifia sa sentence au vicaire d'Afrique Eumelius-^.
Le sort en était jeté : l'Eglise de Donat ne serait pas reconnue officiellement comme étant la véritable Eglise, elle devait se résigner au rôle ingrat d'une Ji^glise scliismatique, suspecte au pouvoir. Le primat refusa de s'incliner devant la sentence, mais ne perdit pas son temps à récriminer. Qu'il ait échappé à ses gardes ou ait été relâché, il s'embarqua vite pour Cartilage, où il arriva avant son adversaire'^. C'est de là que, pendant trente années, il allait gouverner son Eglise. Pour commencer, il dut tenir tête à l'orage que présageait la sentence impériale, et qui ne tarda pas à se déchaîner sur ses troupes. Une loi ordonna aux gouverneurs de faii-e rendre aux Catholiques tous les sanctuaires et autres immeubles occupés par les schismatiques^. Les dissidents résistèrent; la police et l'armée durent intervenir. D'où bien des violences, batailles dans les basiliques, émeutes, exils, meurtres, condamnations de tout genre: une véritable persécution, qui fut pour la nouvelle Eglise le
1) Appcndix d'OpUd,n. (j-7, ]}. 210-212. 5) Augustin, Conlra Crcxconinm, III,
2) OpUit, l,2i};Appciidix d'Oi^ia.n. 6, 71,82; Brcvic. Collai., JII, 19, 87; Ad |). 210; Augustin, Epiai. 18, 7, 20. Donal'iAlas poxl Collai., 33, 56; Episl. 43,
3) Augustin, Episl. 13, 7, 20; Conlra 2, ô; 53, 2, 5; 141, 10-11. Crcsr.on'mm, III, 69, 80; 71, 83; Brcvic. G) Optât, I, 26.
Collai., m, 20, 38 ot suiv.; Ad Donalis- 7) Augustin, Epist. 88, 3; 93, 4, 14;
tas po:il Collai., 16, 20 cl suiv. 105, 2, 9; Conlra lillcras Pcliliuni, II,
4) Optât, I, 26; Augustin, Epiil. 43, 92, 205. J, 20.
baptême du sang, et qui ouvrit pour elle le livre d'or des martyrs ^ Dans ces circonstances critiques, Donat paraît avoir rempli, avec autant d'adresse et de dignité que d'énergie, son rôle délicat de chef jd'une Eglise proscrite. Tout en approuvant la résistance, il évita les provocations inutiles, ne se mêla pas aux bagarres. Il se contenta d'encourager ses fidèles, et d'honorer les victimes ; il prononça probablement l'un des premiers sermons pour l'anniversaire des premiers martyrs de la secte-. Quand il crut voir que la persécution, en durant, menaçait d'anéantir son Eglise, il eut le courage et le bon sens, malgré son intransigeance et son orgueil, de s'incliner devant une inéluctable nécessité : il rédigea, ou laissa rédiger par les siens, une supplique à l'empereur 3, Après avoir lassé les persécuteurs par sa résistance, il comprit que le meilleur moyen de sauver l'Eglise persécutée, c'était de leur faciliter le rétablissement de la paix en leur laissant les apparences de la victoire. Le calcul était juste. Un édit impérial de tolérance, notifié le 5 mai 321 au vicaire d'Afrique Verinus, consacra le statu quo : c'est-à-dire que les dissidents conservèrent beaucDup de basiliques, et que tacitement on leur reconnut, avec le droit d'exister, le droit de poursuivre leur propagande 'k
Alors, pendant vingt-cinq ans, Donat put déployer librement tout son génie d'organisateur et de chef spirituel. Tranquille désormais du côté des pouvoirs civils, dont il pouvait escompter l'infinie mansuétude, tranquille également du côté des Catholiques africains, dont il avait découragé les velléités belliqueuses, et qu'il pouvait harceler maintenant sans crainte d'un retour offensif, il acheva de constituer et de développer son Eglise, dont il étendit peu à peu les ramifications sur toute l'Afrique latine, depuis les frontières de la Cyrénaïque jusqu'à l'Atlantique. Par son enseignement doctrinal, par sa prédication et ses ouvrages, surtout par son action continue et son autorité personnelle, il donna le branle à cette propagande donatiste, très ferme en apparence, et même intransigeante, sur les principes, mais accommodante pour les personnes, et très souple dans les moyens, qui gagna la moitié des chrétiens de Proconsulaire, de Byzacène, de Maurétanie, do Tripolitaine, et
1) Pasxio Donali, 2-14; OpLat, III, 4 et IcU., III, 21, BO; Ad Doiialiala^ posl. CuL- 10; AugusUn, Conlra Ephlulam Panne- lai.', 31, 54.
iiiaiii, [, 8, 13; 11, 18; Collai. Carlhay., -1) Drcvic. Collai., IH, 22, 10; 24, 42 ;
tf f. 258. Ad iJonalislus [Kjsl Collai., 31, 54 ; 33, oG ;
2) Le Hc.vino de Paa^ionc Donali. Ejiisl. 141, y.
3) Augusliii, Episl. 141, 9;B;ru/c. Co'.-
presque toutes les populations de Numidie. Les résultats furent extraordinaires. L'Église dissidente, qui semblait aux abois lors de l'édit de 321, put réunir à Garthage, en 336, un concile de deux cent soixante-dix évêques^ Nul doute que ce progrès merveilleux ait été, en grande partie, l'œuvre personnelle de Douât. Il sacrifiait tout- à l'intérêt de son Eglise, et, au besoin,, jusqu'à ses convictions personnelles: au concile de 336, il céda aux réclamations des évoques schismatiques de Maurétanie, qui demandaient l'autorisation de ne pas imposer un nouveau baptême aux Catholiques ralliés ~, et cependant, vers le même temps, dans sa lettre Sur le baptême^ il maintenait énergiquement sa théorie intransigeante des sacrements'^. Rien n'est plus significatif que cette concession faite par le doctrinaire au politique. Donat n'existait plus que pour son Eglise. Non seulement, i! en avait été le vrai fondateur ; mais encore, comme l'ont bien vu Optât et Augustin, c'est lui qui l'a fait vivre, grandir et durer''.
Cependant, le jour vint où Donat put désespérer du succès final. Ses dernières années furent troublées, puis assombries, par de nouveaux démêlés avec le pouvoir civil. Déjà, vers 337, il avait eu à se défendre contre les menées ou les menaces de Gregorius, un préfet du prétoire: il l'aA^ait fait aA^ec une violence de mauvais ton, qui semblait trahir une secrète inquiétude^. II prévo3^ait éAddemment que de ce côté, c'est-à-dire du pouvoir central, viendrait le véritable danger pour son Eglise. Aussi, quand il vit les Ariens l'emporter en Occident, il crut dcA^oir les ménager, pour s'assurer un appui. On le sut en Europe, puisque le concile semi-arien de Sardique, vers 343, lui envoya sa lettre synodale f^: peu de temps après, dans son \\yY& Sur la Trinité, Donat, qui pourtant se piquait d'orthodoxie,, parut faire des concessions à l'Arianisme^, II en fut pour ses frais : l'orage, qu'il redoutait, éclata soudain, et, en quehjuesmois, anéantit à peu près l'œuvre de sa vie.
Un jour, à Garthage, au printemps do 347, Donat reçut la visite de Macarius et de Paulus, commissaires de l'empereur Constant. Ces personnages étaient chargés, en apparence, d'une mission inoffensive et bienfaisante : une distribution de secours-
1) Eiiixl. 03, 10, 43. 5) Oplat, III, 3, p. 73 Ziwsa.
2) Ibid. (5) Mansi, CoHciL, tome 111, p. 120-140.
3) Augustin, Bclracl., I, 20. — Cf. Augustin, EpL^i. 44, 3, 0; CoiUra
4) Optai, IH, 3; Collai. Carlliag., Il, Creaconiim, III, 34, 38; IV, 44, 52.
10; Augustin, Conlm Crcsconiuin, II, 1, 7) Augustin, De liaeres., 09; Jérôme,
2. Ad DuiiuUsUis posl Collai., 10, 20; De De vir. ilL, 93. Jiacres , 09.
aux Eglises de la région. En réalité, ils devaient préparer les voies au rétablissement de l'unité religieuse, autrement dit, à la suppression du schisme. Donat le savait ou s'en doutait. Aussi accueillit-il sans empressement, même sans égards, les envoyés de l'empereur. Il les reçut comme des intrus, d'un air très hautain, et leur déclara tout net que l'empereur n'avait pas à se. mêler des affaires de l'iiiglise. Il ajouta qu'il avait déjà pris-. ses mesures, que tous les évêques de son parti avaient été invités par lui à refuser les présents perfides des artisans del'unité'. Emporté parla colère, il adressa une lettre arrogante* à l'empereur lui-môme '^. Les commissaires s'aperçurent viteque Donat était obéi en Afrique, Partout, ils se heurtaient au mauvais vouloir des évêques schismatiques. Souvent, leur arrivée donnait le signal d'une désertion en masse de la population,, ou d'émeutes, ou d'insurrections locales ; ils se virent même en danger, et durent requérir les troupes '^. A toutes ces ma:nifestations, le gouvernement central répondit par le célèbre édit d'union, arrêt de mort contre l'Église dissidente ^^
Si l'on en croit Optât, une terrible responsabilité aurait pesé, alors sur Donat : c'est lui qui, par ses provocations maladroites,, aurait exaspéré l'empereur, et décidé le gouvernement à supprimer par la force le schisme africain. « Donat de Garthage,. dit Optât, fit si bien par ses provocations, que l'on entreprit aussitôt d'établir l'unité religieuse^. » Et ailleurs: « C'est l'action malfaisante de Donat de Garthage, qui a mis en branle: l'affaire de l'unité... Les artisans de l'unité ont agi, non sur notre désir, ni par méchanceté personnelle, mais provoqués et poussés par des causes et des personnes que Donat de Garthage-: a suscitées dans son orgueil frivole, dans son ambition de paraître grande» Si formelle que soit l'accusation, on ne petit accepter sans réserve le jugement d'Optat. N'oublions pas qice^ ce jugement est d'un adversaire, d'un évêque numide, un contemporain, habitué à personnifier l'Eglise maudite dans le célèbre primat, et peut-être à exagérer ses méfaits. Notons, d'ailleurs, qu'Augustin n'a jamais présenté ainsi les choses. Il faut donc, dans le récit d'Optat, distinguer des faits les appréciations de l'auteur. Sans doute, l'attitude de Donat a été provocante en face des commissaires impériaux. Mais nous croirions
1) Optât, Ilf, 3, p. 73-71. ConcU.CarUwij. ann.348, Exord. ; Oplaî„
2) Jhid., III, 3, p. 80. ni, I et 3; Augustin, Epist. lOô, 2, 9.
3) Jbid., m, 1 et 3-4. 5) Optât, 111, 1.
4) Passio Marculi, p. 761 Mignc; Passio 0) Ibid., III, 3, p. 73. Maxiiniani cl Isaac, j}. 768-769 Migne;
volontiers que, dans cette circonstance, le primat avait ses raisons de prendre cette attitude. Autant qu'un sectaire, c'était un chef habile et avisé, toujours bien renseigné. Il connaissait toute la portée de la mission confiée à Macarius et à Paulus : il savait que l'histoire des secours aux Eglises africaines était un prétexte pour entrer en relations avec les communautés, que les commissaires avaient des instructions secrètes, qu'ils venaient pour rétablir l'unité religieuse, et qu'ils étaient autorisés à employer tous les moyens, même la force. Dans ces conditions, Donat pensa que le mieux était d'arracher les masques. A une guerre sournoise, il préférait une guerre franche, qui pouvait faire hésiter le gouvernement central. L'intimidation lui avait réussi, trente ans plus tôt, en face de Constantin : à cette tactique, il devait cet édit de tolérance, et ces trente années de paix relative, qui lui avaient permis de constituer et de fortifier son Eglise. Sans doute, en 347, les événements postérieurs lui ont donné tort ; mais la tactique adoptée était peut-être alors, pour son parti, la seule chance de salut.
Quoi qu'il en soit, il fut la première victime de l'édit d'union, le premier confesseur de la persécution qui suivit. Le 15 août 347, quand fut affiché à Garthage un second édit relatif à l'union, un édit proconsulaire, l'unité religieuse était déjà rétablie dans la capitale de l'Afrique au profit de Gratus, l'évêque catholique 1. G'est dire que le primat schismatique n'était plus là. Donat avait-il, de lui-même, quitté la ville pour se cacher ? Avait-il été arrêté immédiatement ? Nous ne savons. Toujours est-il qu'il fut exilé vers la fin de 347, comme tous les évêques dissidents qui refusèrent de se rallier 2. H fut probablement relégué en Gaule ou en Espagne. G'est là qu'il mourut, toujours proscrit, vers 355, et que ses compagnons d'exil élurent à sa place, comme évoque titulaire de Garthage et comme primat, l'étranger Parmenianus, Espagnol ou Gaulois 3", La fin de Donat dut être fort triste. De son exil, il voyait son œuvre anéantie : la situation du Donatisme semblait alors désespérée, et rien ne faisait prévoir la résurrection miraculeuse que rendrait possible la théologie paradoxale de l'empereur Julien.
D'un bout à l'autre de sa vie, et de plus en plus, à mesure que se déroule sa carrière, Donat s'est montré un grand conducteur d'hommes, un vrai chef. Pour l'Eglise qui porte son nom, il a été plus encore : non seulement le précurseur, puis le
1) Passio Maxiinianl cl Isaac, p. 7ù8 ' 3) Jérôme, Chron. ad ann. 35ô; OpîMigne. tat, III, 8; Aiiguslin, Bclracl., II, 43;
2) Optât, 11, 15; U\, 1 et 3-1. Sonn. 46, 8, 17.
DONAT DE CARTIIAGE 117
fondateur et l'organisateur, mais le prophète, le saint, le dieu. C'est une figure originale, et, malgré les travers ou les fautes, un assez beau caractère. S'il avait débuté comme un intrigant et continué comme un ambitieux, il finit presque comme un Saint : un Saint donatiste. Ses adversaires catholiques ont rendu hommage, non pas seulement à ses talents, mais à ses vertus. Ils lui reconnaissaient une ardente piété, un dévouement héroïque à son parti, la fidélité à ses principes, l'intégrité, la tempérance, le désintéressement. Un demi-siècle après la mort du primat, Augustin disait aux schismatiques : « Vous vous enorgueillissez apparemment du nom de Donat... Mais à quoi vous sert la tempérance de Donat ?... A quoi vous sert ce désintéressement de Donat ^ ? »
D'ailleurs, ce grand Saint des schismatiques n'était pas d'abord facile, ni de relations agréables. Dur pour ses ennemis, sans complaisance pour personne, il se montrait exigeant, hautain, cassant, avec les siens. Il poussait jusqu'au paradoxe l'intolérance du sectaire : non content de détester les Catholiques, il les méprisait d'un mépris superbe, voyant en eux des traîtres, des idolâtres, des suppôts du Diable. Intransigeant de nature, il s'était fait de l'intransigeance un devoir, môme une vertu. Mante par son idéal de perfection, il maintenait, envers et contj-e tous, les droits de la doctrine, de la discipline, de la dignité chrétienne, et du parti. Hors de sa secte, i[ n'apercevait que des coquins. Depuis que les maîtres de l'Empire avaient méconnu ou renié la véritable Eglise, il considérait la cour impériale et les prétoires des magistrats comme des succursales de l'Enfer. D'où ses attitudes de défi envers le pouvoir civil. Suivant Optât, il ne craignait pas, « contrairement aux préceptes de l'apôtre Paul, de faire injure aux puissances et aux rois'- ». 11 outragea tour à tour le préfet Gregorius, les commissaires Paulus et Macarius, jusqu'à l'empereur Constant •^. Il refusa de s'incliner, même en apparence, devant l'édit d'union ; plutôt que de paraître céder, il se laissa déporter, et mourut en terre étrangère.
On dirait donc un homme tout d'une pièce. Et pourtant, ce n'est qu'un des aspects du personnage. Cet ennemi des puissances, cet intransigeant, ce sectaire intolérant, ce chef hautain, devenait au besoin un habile homme, un bon diplomate. Quand l'exigeait l'intérêt du parti, il était capable de concessions oppor-
1) Augustin, Contra lillcras Peliliani, 2) Optât, III, 3, p. 7^ Zinsii.