‹ Saint PaulChapitre 20 sur 47 · TROISIÈME MISSION. LA PROVINCE D'ASIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME MISSION. LA PROVINCE D'ASIE

en leurs cités les instruisaient. Ce fut par eux que « toute l'Asie ouït la parole du Seigneur* ».

La province romaine désignée sous ce nom au tenaps de saint Luc ne ^e bornait pas à l'Ionie proprement dite, c'est-à-dire aux trois bassins du Méandre, du Caystre et de l'Hermus : elle comprenait la Mysie jusqu'au mont Olympe, la Lydie, la Carie, une portion de laPhrygie'. En de nombreuses villes de ces régions, des chrétientés s'établirent, formées seulement de quelques membres à l'origine, mais ferventes, actives, et par suite destinées à une extension dont la rapidité fut sans égale dans tout le monde romain. Cinquante ans plus tard, quand Pline le Jeune prit le gouvernement de la province voisine de Bithynie, il trouva le paganisme en pleine décadence, « les temples abandonnés, les fêtes religieuses depuis longtemps interrompues, les prêtres ayant cessé de vendre les viandes des sacrifices que personne n'achetait plus ' ». Le pays presque entier était devenu chrétien, « non seulement les villes, mais les bourgades et toute la campagne"* ». Des gens interrogés depuis combien de temps ils étaient chrétiens répondirent que, depuis plus de vingt ans, ils

1 Act., XIX, 10. Si étroite était l'union de ces missionnaires avec l'apôtre, que celui-ci regarde à bon droit l'Asie entière comme ayant i'ié alors le théûlre de son ministère. II Cor., i, 8. Rom., xvi, 5. Dans la lettre écrite d'Éphèse aux Corinthiens, il les salue au nom des églises d'Asie. 'AffitiÇovtai û[jiâ; at èxxXriffi'ai ty;; 'Affîa;. I Cor.,

XTI, 19.

' Marquardt, Rômische Staatsverwaltung, t. I, p. 333 et sq. 3 Pline, Epistolx, x, 97.

^ M Neque civitates taatum, sed vicos etiamatque agros supersti* tionit istius contagio pervagata est. ■ Id.

avaient cessé de l'être. Ces faits, relevés dans un do cum'ent officiel, supposent qu'en ces régions la foi nouvelle avait jeté dès le début des racines étendues et que bientôt môme elle y pénétra tous les rangs dé la société « sans distinction d'âge, de sexe, de condition * ». Toutefois ce mouvement universel de conversion ne se produisit vraisemblablement qu'après la mort de Paul, car sa première prédication, nous l'avons vu, ne gagna à Éphèse, comme ailleurs, que les petit et les humbles.

La plus importante moisson se fit alors du côtéj de la Phrygie. Paul, dans la mission précédente, avaiî évangélisé la majeure partie de cette région, celle de plateaux; plus récemment il en avait visité les chré tientés, avant de descendre aux rivages d'ionie, et les avait éclairées , confirmées dans la foi. En ces dea: conjonctures, sa prédication ne s'était pas étendue' aux villes phrygiennes comprises dans la province romaine d'Asie , notamment à celles qui occupaient le haut des bassins de l'IIermus et du Méandre. La foi leur fut apportée par ses disciples pendant le séjour de l'apôtre à Éphése, et sur l'heure elle brilla d'un éclat particulier en un point de cette région, la vallée du Lycus.

Trois villes s'y élevaient qui demeurent célèbre», dans l'histoire de ï'Église : Colosses, Laodicée, Hiérapolis. L'Épître de Paul aux habitants de la première nous a rendu son nom plus familier; c'était cependant

1 « Hulti omnis œtati», otnni$ ordinis, «triusqae sexus etiain... » Pline, b'pistola:, i, 97.

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la moins considérable à cette époque. Slrabon en parle comme d'une petite ville '. Son importance était dan* le passé , au temps où « grande cité de Phrygie » elle servit d'étape à l'armée de Xerxès dans sa marche vers la Grèce*. Xénophon la vit encore « populeuse et florissante '. » Sa situation au pied du Cadmus, dont elle ferme un des passages, la route de l'Orient à l'Arcliipel qui la traverse, son antique célébrité, tout semblait lui assurer l'avenir. Peu à peu néanmoins lliérapolis et Laodicée, situées quatre lieues plus bas dans la val et proches du Méandre, attirèrent à elles le mouvement et la vie; le déclin de Colosses, déjà sensi ble au temps des apôtres, fut tel, que tout en péril, même les ruines, même les souvenirs; de nos jour» seulement ses débris ont été retrouvés stir les rives du fleuve qui les traverse *. Une particularité notée par Hérodote semblait pourtant rendre ce site facilement reconnaissable : de son temps, le Lycus s'engouffrait prés de la ville pour ne reparaître que cinq stades (un quart de lieue) plus loin ^. Nulle trace d'un pareil souterrain ne demeure en ces lieux : partout le fleuve coule à air libre. Ce changement est l'œuvre des sources incrustantes qui jaillissent par centaines sur les , bords du Lycus et en changent constamment la face '^.

> II6Xtff|jLa. Strabon, XII, tiii, 13.

9 Hvrodote, vu, 30.

' Xénophon, Anabas., 1, n, 6.

* Hannlton, Research es in Asia Minor. Les ruines de la «ilé se trouvent sur la rive gauche du Lycus, sa nécropole sur ia droite

* Hérodote, th, 30.

* Les anciens tiraient grand parti des propriétéâ pétrifiante* du

Ù~éQ SAINT HALL.

Leur puissance, étonnante dans toute la vallée, est surtout remarquable à Hiérapolis.

Cette ville, située sur la rive droite du Lycus, faisait face à Laodicée et aux sommets neigeux du Cadrans. Elle se dressait aux flancs d'une montagne, sur une large terrasse élevée de trois cents pieds au-dessus de la vallée. Les fontaines pétrifiantes y coulent encore , si abondantes , qu'elles ont revêtu le sol entier d'une couche de travertin; mais c'est aux degrés de la rampe rocheuse que les incrustations déploient toute leur magnificence. Des cataractes de pierres y descendent vers la plaine , ici en vastes nappes , là en minces fuseaux. Leurs ondes rigides revêtent à chaque gradin des formes diverses , longs pendentifs , vasques aux larges flancs, dentelles finement ouvrées; nulle part les eaux elles-mêmes n'étalent, en se jouant, plus de richesse et de variété. On dirait la chute d'un fleuve tout à coup suspendue, ses flots saisis, figés dans l'action même de bondir. Le bruit majestueux des cascades manque seul à l'illusion; mais en retour une lumière éclatante teint de pourpre et d'azur les blanches stalactites : vue en pur éther, sous le soleil d'Orient, Hiérapolis éblouit. Dès l'antiquité, elle atti rait à elle de nombreux visiteurs, moins toutefois

Lycus. Sirabon parle de canaux creusés dans le soi mouvant et transformés en lits de pierie par les eaux qu'on y déversait (Strabon, VIII, IV, 14); Vitruve, de murs élevés de même sorte autour des champs (Vitruve, De Architectura, lib. VIII, c*p. m). Ces sources n'ont rien perdu de leur vertu; aujourd'hui encore les flots de l'Ak- Sou (l'antique Lycus) changent en pierre tout ce qu'ils touchent, plantes et arbres; sur ses bords, les rouos des moulins se couvrent rapidement d'une enveloppe pierreuse.

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pour la splendeur fantastique de ses eaux qu'à cause de leurs vertus curatives. La ville était pleine de sources thermales * auxquelles on venait demander la santé; une inscription, lisible encore sur les murs écroulés, atteste que l'attente des malades n'étai point toujours déçue :

« Salut à toi , la plus belle terre de la vaste Asie , ville d'or, ville sainte (Hiérapolis), nymphe divine, rien n'égale les fontaines qui font ta gloire ^ 1 »

Mais Hiérapolis elle-même cédait à Laodicée, sa rivale sur l'autre rive du Lycus. Les grandes fortunes de la région s'y trouvaient amassées et croissaient rapidement, car en ce coin de Phrygie les sources de richesse abondaient : fertiles prairies, belles toisons, teintures célèbres dans le monde entier. Les eaux y donnaient le plus vif éclat à la pourpre et à l'écaiiate ^. Le noir brillant pour lequel Laodicée avait grand renom, s'obtenait plus aisément encore, les pâturages qui l'environnent donnant naturellement cette teinte à la laine des brebis *. De telles ressources habilement exploitées procurèrent à Laodicée une opulence, et par suite des largesses princières. Ses citoyens la dotèrent de monuments, d'oeuvres d'art, l'enrichirent à envi'. Loin d'arrêter ce déploiement d'activité, la iomination romaine lui communiqua un nouvel élan. iu début de l'occupation, Gybira, vieille cité phry-

1 Slrabon, XIII, iv, 14.

* Bœtkh, Corp. Inscript., 3909.

* Strabon, XIII, iv, 14.

* Id., XII, VIII, 16.

♦Bœtkh, Corpus Inscript., W 3935. — Strabon, XII, viii, 16.

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gienne, avait été désignée comme capitale du district;' mais les proconsuls reconnurent bientôt que Laodicéa était la vraie métropole : ils en firent le siège de leu administration et y tinrent leur cour de justice; grâc à eux, Laodicée devint non seulement la principal ville de la région, mais le centre politique des ving-i cinq cités qui formaient le district, le diocèse d Gybira^.

Telle se montrait la vallée du Lycus au temps oi l'Évangile y fut annoncé. Paul, dans son Epître aux, Colossiens, témoigne clairement que cette prédicatio: ne fut point son œuvre personnelle, puisque Colosse; et Laodicée ne l'avaient jamais vu ^. Il rappelle « 1 jour où, pour la première fois, il entendit parler d leur foi en Jésus-Christ, de leur charité pour tous le» saints^. » « La parole évangélique, qioi croissait et portait fruit par tout le monde , » avait en même fécondité parmi eux, « dès l'heure où ils avaient en» tendu et connu la grâce de Dieu selon la vérité*. » « Vous en avez été instruits, disait l'apôtre en cett» lettre, par Épaphras, notre bien-aimé compagnon daB% le service de Dieu, qui est un fidèle ministre du Chri^ pour le bien de vos âmes , et qui nous a fait eonaaitré votre amour dans l'Esprit ^. » Les relations entre Ici^ cités du Lycus et Éphése étaient constantes. Ce fut es cette dernière ville qu'Épaphras entendit Paul, daiiui — -|.

' Pline, Historia naturalis, v, 29. — Cicéron, arf Attic, v, U.

» Colos., II, I.

* Id., i, 4-6.

» Id., I, 7, «

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i'école de Tyrannus, d'où les Actes nous montrent la foi se répandant par toute l'Asie '. Gagné au ('hrist, il le prêcha non seulement à Colosses, sa patrie, mais dans la vallée entière. De xélés collaborateurs l'entourèrent bientôt. A Laodicée, Nymphas réunissait les frères dans sa demeure'. Un riche Colossien, Philémon, agissait de même, secondé par Appia, sa femme. Archippe, ami ou parent de Pbilémon, avait également part au ministère évangélique^. Épaphras, placé audessus d'eux, étendait sa sollicitude à toutes les chrétientés du Lycus. « Esclave du Christ Jésus, écrivait Paul aux Golossiens, il combat sans cesse pour vous dans ses prières , aûn que vous demeuriez parfaits et fermes dans toutes les volontés de Dieu. Je lui rends ce témoignage, qu'il travaille beaucoup pour vous et pour ceux de Laodicée, et pour ceux d'IIiérapolis ■•. » Ce langage de l'apôtre met hors de doute qu'Épaphrus exerçait une sorte d'épiscopat sur la région que le premier il avait évangélisée.

Le zèle actif de ce pasteur, son autorité consacrée par l'apôtre, ne suffirent pas toutefois à écarter l'ivraie de cette belle moisson. A peine Paul se fut-il éloigné des côtes d'Asie, qu'une hérésie s'y forma de rêveries orientales et d'observances judaïques. Ce mélange indique la présence et l'action de fils d'Israël parmi les convertis; ce qui n'étonnera point si Ton considère €pjte le pays était rempli de communautés juives. Lao-

> Act., XIX, 9, 10, 20.

* Colos., IV, 15.

> Philem., 1, 2.

♦ Colos., IV, 12, 13.

dicée nourrissait onze mille adultes de cette nation, sans compter les femmes, les enfants et les serviteurs; Apamée Kibotos, cinq fois autant ^ Nous avons vu ailleurs, à Damas, à Antioche de Syrie quel sol propre à l'Évangile offraient les juiveries de la Dispersion; nous en pouvons conclure qu'en celles de Phry gie la Bonne Nouvelle germa aussi promptement.

On excéderait toutefois en attribuant uniquement cette cause la rapide conversion du pays. Les païens dans ce canton étaient de même sang que les Phrygiens des hauts plateaux. Si , au commerce de la Grèce asiatique, ils avaient dépouillé la rudesse de leur race, ils en avaient gardé les qualités morales, la probité, le sérieux de la vie, l'esprit religieux. Le christianisme,, en bien des points , répondait à leurs sentiments ; il : trouva chez eux plus d'accueil encore peut-être que parmi les fils d'Israël. Ce fut de ces néophytes païens que les Églises de Phrygie reçurent l'empreinte aus-

' Lightfoot se fonde, pour établir ces chiffres, sur le Iribuï' annuel destiné au temple, et saisi par le propréteur Flaccus dans' les villes de Laodicée etd'Apamée (Colossiaiis, p. 20, note 3 et 4) L'arche (y.tSwTÔ;) dont le nom est joint à celui d'Apamée et que | nous trouvons sur les monnaies de cette ville est, selon toute apparence, un symbole biblique. Des monnaies d'Apamée, frappée» au temps de Sévère et de Macrin, nous montrent, en effet, une «robe portant le nom de NQE sur le toit de laquelle un oiseau repose; un autre vole vers elle, tenant un rameau d'olivier; ui homme et une femme se tiennent à l'extérieur, les mains levées au ciel, dans l'altitude de la prière. L'allusion au récit mosaïque est évidente et indique l'influence qu'exerçaient en ces lieux les Juifs. Voir Eckhel, Doctr. Num. Vet., m, p. 132-139. — Madden, Numismatic Chronicle, nouvelle série, vol. VI, p. 173 et suiv. — E. Ba* belon, Mélanges nutnismaiiqves, I, p. 165 et suiv.

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tère qui les distinguait, et les hérésies du pays, leur sombre et farouche aspect. En ces dernières surtout, l'influence du paganisme phrygien est sensible. Le Gnosticisme ', s'amalgamant aux rites et aux mystères au vieux culte , y accréditera bientôt une de ses plus folles imaginations, l'adoration du serpent, identifié avec le Fils de Dieu ^ ; Montan et ses prophétesses y renouvelleront les transports des Galles dans leurs fêtes de Gybèle et d'Attis '. Ces formes de religion, à la fois rudes et sensuelles, renaissaient spontanément en Phrygie et semblaient enfantées par son sol étrange, d'une morne tristesse sur les plateaux, brûlé au penchant des monts, constamment secoué par les feux souterrrains *.

Si le christianisme , par les aspects que nous venons d'indiquer, attirait cette contrée , il lui répugnait cer-

Quelques traits du gnosticisme sont connus de nos lecteurs par l'exposé que nous avons fait des erreurs de Simon le Magicien (Saint Pierre, chap. v, g i), et un plus long détail en sera donné dans l'histoire des dernières années de S. Paul. Ces rêveries, qui varièrent à l'iaQni, ont pour fonds commun d'imaginer Dieu comme une pure abstraction, comme l'être ineffable, inaccessible, qui ne crée le monde extérieur et n'agit sur lui que par l'intermédiaire l'étres inférieurs, émanant l'un de l'autre.

* Les rites et les mystères phrygiens eurent une part considérable Uns les folles pratiques et les rêveries, dont l'ensemble monstrueux 'orma le gnosticisme des Ophites, ainsi nommés du serpent qu'ils tdoraient. Les détails donnés par Hippoljte, Hxres., v. 7 et sq., nettent ce fait hors de doute.

* Le nom « de secte des Phrygiens « servait communément, dans antiquité, A désigner les Montanistes. Clément d'Alexandrie, 'iromata, vu, 17. Cf. Eusèbe, Historia ecclesiastica, iv, 27: r, 16. — Hippolyle, Ilccres., vin, 19; x,25.

* Strabon, XII, viii, 18; XIII, iv, 11.

tainement sous l'enveloppe que Paul donnait à ses enseignements. La théologie de l'apôtre, dogmatique et spirituelle, était peu faite pour séduire de tels €sprils«" Recueillie pieusement par ses principaux disciples, elle ne fut jamais ni goûtée, ni même bien saisie de la foule, qui n'en garda guère de vestiges. Mais on se tromperait à voir dans cette doctrine toute la prédication de Paul; pour lui, comme pour les Douze, l'essentiel était d'annoncer les discours et le s, actes du Maître, l'Évangile oral, qu'il exposait sans cesse à ses catéchumènes. Ce fut là surtout ce qu'Épaphras recueillit à Éphèse et propagea dans les chrétientés du Lycus. La parole du Seigneur, par ses profondeurs mystérieuses autant que par ses clartés , fournissait au mysticisme de ces régions un aliment précieux. Les visions de vie,x de gloire, de vérité, de lumière, qui flottaient dani^ leurs rêves, prenaient corps en Jésus pour devenir une réalité divine. Saint Jean, dans ses Épîtres et son Évan? gile, parle évidemment le langage de la province d'Asiei, sa dernière résidence et son propre domaine; nousjl' surprenons le travail du milieu et du temps sur la forme des idées chrétiennes ; il est aisé de constater à quel point cette forme différait du style de Paul en ses Épîtres. C'est à tort que dans cette diversité l'on cherche uD indice de prétendues divisions au premier âge de l'É^, glise. Que Paul n'ajustât ni son génie, ni sa langue , ni w doctrine aux instincts des Grecs d'Asie; que par suite ses écrits et son nom y soient demeurés en moindre éclat que ceux de Jean, son successeur, nous l'accordons; mais en tirer que la foi prêchée par lui fit place "i un enseignement contraire, c'est là une exagération

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que les faits démentent * . Les doux apôtres que l'on veut mettre en lutte avec Paul, Pierre et Jean, « lui avaient tendu la main à Jérusalem », « en si^e de communion' » ; ils donnèrent à son œuvre dans l'Ej^'llse d'Asie les mêmes témoignages d'adhésion. Nul doute à l'égard de Pierre, car la lettre qu'il écrivit de Rome aux chrétientés de cette région ne fait, pour ainsi dire, que répéter la théologie, les paroles mêmes de Paul. Il en va de même pour S. Jean ; son accord avec l'apôtre des gentils paraît évident à qui considère non le dehors, mais le fond de SOS écrits : mêmes idées, mêmes principes, mais pré- .«-tntés par S. Jean dans les termes mystiques qui plaisaient aux hommes de l'Asie ; d'où la faveur prédominante et en apparence exclusive qu'obtinrent dans les Églises asiatiquesles enseignements de ce demierapôtre. Paul n'y était point pour cela oublié, ni surtout rejeté, comme on le prétend. Si Papias d'Hiérapolis, tout entier à recueillir les paroles évangéliques, ne fait aucune mention de ses Épîtres', un évêque de Smyrne, S. Polycarpe, les connaît^, et S. Irénée, son disciple,

' Voir Baur, Christliche Kirche der drei ersten Jahrhimderte. — Schwegler, Nachaposiolisckes Zeitaltcr. Le fond de ces théories de l'école de Tubingue est que l'Eglise d'Asie, après le dépal-t de Paul, passa au judaïsme. « S. Philippe et Papias. gloire de l'église d'Hiérapolis, Mélitoa, gloire de celle de Sardes, furent des judéochrétiens. ?ii Papias, ni Polycrate d'Éphèse, ne citent Paul : lautorité de Jean a tout absorbé, et Jean est pour ces églises un grand prêtre juif. » Renan, Saint Paul, p. 366-370.

» Galal., II, 9.

* L'ouyrage en ciaq livres auquel il doit sa célébrité avait pou: litre : Exposition des paroles du Seigneur, Ao-fîwv xupiaxûv èîrjyyiffEi;.

* Sa lettre aux Philippiens fait de nombreux emprunts aux fipitres de S. Paul etnomme^ en termes exprès, l'Epitre aux Phi-

les nomme presque toutes \ A la fin du second siècle, la doctrine de l'apôtre demeurait donc dans ces chrétientés, et y était tenue pour divine au même degxé que celle de Jean. Le peu de faveur que lui témoignait le commun des fidèles ne lui enlevait rien de son empire sur les esprits d'élite, sur les pasteurs et les docteurs. Elle les transforma peu à peu, et leur communiqua cette vigueur dogmatique qui parut dans les luttes de l'Église contre les hérésies des iv* et v* siècles. Les grands conciles qui condamnèrent ces erreurs et formulèrent le dogme de l'Incarnation se réunirent en ces régions. Or, l'on sait quelle autorité y eurent les Lettres de Paul. Constantin les montrait aux Pères de Nicée en même rang que les Évangiles et les oraclesl des anciens prophètes 2, A Ephèse, au cœur même desj pays qu'on nous dépeint hostiles à l'apôtre des gentils, leur témoignage n'était pas de moindre poids. S. Cyrille, l'âme du concile rassemblé en cette ville contre iXestorius, recourt à Paul plus qu'à tout autre des écri-; vains sacrés; il l'appelle « l'homme en qui Dieu parle, l'interprète des mystères sacrés^ ».

llpp^lens. « Ni moi, dit-il, ni aucun de ceux qui ipe ressemblent ne peut atteindre à la sagesse du bienheureux et glorieux Paul ; pendant son séjour parmi tous il a enseigné aux hommes d'alors la parole de vérité avec autant de perfection que de fermeté ; éloigné de vous , il vous a écrit des lettres qu'il vous suffit de regarder pour être édifiés dans la foi ». S. Polycarpe, Episi. III.

i Voir les Prolégomènes et l'Index d"Harvey, dans son édition de S. Irénée.

* Gélase de Cyziqne, Hislor. Conc. Nie, 11, 7.

' 'O OcffTiiffio; riaO/.o;, tûv Ôeîwv (AUffTTipîwv lepoupyô;. S. Cyrille d'Alex'indrie, Explicatio Duodeclm Capitum, Patrologie grecque. t. LXXVI, p. 297.

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