ΕΡΙΤΓ,Ε AUX ROMAIXS, LA JUSTIFICATION
que rentendaient les Juifs. L'épître aux Romains elle-même développe rantithèse de la Loi et de l'Évangile. Et cependant s. Paul a employé pour caractériser l'Évangile le terme de justice qui était un terme juif. Il a donc eu l'intention de s'emparer de ce qui faisait la force de ses adversaires. Toute la question est de savoir en quoi sa justice diffère de celle des Juifs et si l'antithèse va jusqu'à ne laisser aucun point commun.
1) Les Juifs regardaient comme justes ceux qui observaient la Loi. Dieu aussi les regardait comme justes et inscrivait leurs actions comme telles dans son livre, en attendant de reconnaître leur justice au dernier jour. Cette justice résultait donc des œuvres de la Loi. — Sur ce point l'antithèse est formelle. La justice de l'Évangile ne vient point des œuvres de la Loi.
2) Ayant acquis lui-même sa justice par des œuvres, le Juif pouvait dire « ma justice «. Sa justice était son bien propre, une justice humaine. — Antithèse de Paul : la justice de l'Évangile est la justice de Dieu, le chrétien ne peut pas dire : ma justice, issue de mes œuvres.
En résulte-l-il que la justice est complètement extérieure au chrétien, qu'il ne possède aucune justice?
C'est l'interprétation de Luther. L'homme est pécheur, il le demeure jusqu'au dernier jour, en dépit du baptême. Et cependant Dieu le déclare juste et le déclarera juste au dernier jour. Ce ne peut donc être qu'en vertu d'une tiction juridique. Dieu déclare juste le pécheur — sans cela il ne pourrait lui accorder de récompense — pourvu qu'il ait conflance que la justice du Christ lui sera imputée.
11 va sans dire que c'est un paradoxe de parler de justice dans ce cas. Paul a-t-il vraiment soutenu ce paradoxe? De cette façon l'antithèse serait absolue : au Juif fier de montrer à Dieu sa justice, Paul ojîposerait le chrétien dépourvu de toute justice. Mais alors le terme de juste devenait tout à fait impropre. Le Juif aurait pu se plaindre que Paul jouait sur les mots et prétait au souverain Juge un subterfuge indigne de lui. Dans l'hypothèse luthérienne il suffirait que Dieu accorde le pardon à celui qui se confie au Christ. Pourquoi cette déclaration qu'il est juste, alors qu'il ne l'est pas? Est-ce pour tromperie diable ou pour répondre à ses accusations? Aucun moderne n'aurait songé à cette justice imputée s'il n'avait fallu expliquer et tirer à soi des termes de Paul. Mais Paul n'a-t-il pas considéré la justice de l'Évangile comme une réalité? Il faut bien avouer qu'il y a quelque chose de paradoxal à nommer justice un don de Dieu. Si s. Paul s'y est décidé, pour maintenir le grand principe du juste jugement, il devait du moins s'arrêter avant le point où la justice n'aurait été qu'une pure fiction. La justice vient de Dieu, elle est donnée gratuitement, mais elle est réelle. Elle est justice, parce que quelqu'un, et c'est Jésus-Christ, a répandu son sang, et que de cette façon Dieu se montre juste, môme en pardonnant. Il y a incon-