KI'ITRE AUX ROMAINS, LA JUSTIFICATION
tcstablcment en cela une acceptation Ijienveillante de Dieu et un transfert initial de mérites, mais s'il y a manifestation de la justice de Dieu, activité de Dieu pour la justification des hommes, cette activité a un terme réel qui est la justice en eux. Si Paul a parlé en pareille matière de la justice de Dieu et non de sa miséricorde, c'est qu'il ne Tentendait .^^ pas d'un attribut purement divin. La justice qui juge, la miséricorde qui pardonne, sont des attributs divins. La justice qui sauve en pardonnant ne peut se nommer de ce nom que parce que son terme est la justice ne venant pas de l'homme, mais cependant pénétrant dans l'homme pour lui être acquise par la foi.
Cette justice a donc un double aspect, justice de Dieu, justice communiquée, — ni justice de Dieu seulement attribut, ni justice simplement '^ humaine, — et c'est pour cela que l'exégèse des textes est dilïicile. Mais il n'y a aucune raison de nier de la justice, — non pas vindicative, mais agissantpour le salut, — ce que Paul dit de l'amour de Dieu pour nous, qu'il a été « répandu dans nos cœurs » (v, 2).
Les textes prouvent que telle est bien sa pensée.
Mettons hors de cause Rom. m, δ où la δικαιοσύνη Θεοΰ doit s'entendre de la justice de Dieu au sens propre, comme l'attribut qu'il exerce au jugement. Dans les autres cas, la justice de Dieu, celle qui est révélée dans l'Evangile, est une activité de Dieu pour que les hommes soient justes et soient reconnus tels à son tribunal. C'est donc, en quelque manière, un attribut de Dieu. Dans Kom. i, 17, ce sens de justice appartenant à Dieu est suggéré par le parallélisme avec la colère de Dieu qui se révèle (i, 18), tout comme la justice. Des deux côtés il y a donc un attribut de Dieu, et la manifestation de cet attribut. Mais la manifestation de la colère n'est que le châtiment, tandis que la justice se manifeste par la foi. La foi des croyants est une marque que le salut est commencé; bien plus c'est un principe de vie. La justice de Dieu agit donc pour donner la vie.
Dans Rom. ni, 21 et 22, la justice de Dieu se manifeste de nouveau par la foi, par la foi en Jésus-Christ; elle est destinée à ceux qui croient. Si cette pensée était encore obscure, elle serait expliquée très clairement par l'épître aux Philippiens (m, U). S. Paul veut être trouvé dans le Christ, ne possédant point de justice propre, sa justice, celle qui vient de la Loi, mais la justice qu'on obtient par la foi au Christ, une justice qui vient de Dieu et qui est accordée à la foi. Des deux côtés nous avons cette même justice δια πίστεος Ίησοΰ Χρίστου iRom.) ou Χρίστου (Phil.), si dans un cas elle est qualihée θεού (Rom.) et dans l'autre ε\ θεοΰ, c'est donc que le génitif des Romains doit être entendu comme un génitif d'origine.
Dans les versets qui suivent, m, 25 et 26, la justice est assurément un attribut divin, puisque Dieu la montre. Mais en la montrant, il
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l'exerce, et cet exercice a pour terme la justication. Il n'y a point ici de brusque changement dans le sens. Et précisément si l'on veut éviter ce changement, il faudra interpréter les vv. 25 et 26 dans le sens du v. 22, d'une justice de Dieu qui ne demeure pas extérieure par rapport au croyant. S'il n'en était ainsi, cette justice ne serait pas la justice : elle déclarerait juste celui qu'elle n'aurait pas rendu juste, car elle ne pouvait, dans la pensée de Paul, reconnaître juste celui qui n'aurait eu que sa justice propre.
Dans Rom. x, 3, δικαιοσύνη θεού est répété deux fois, et, la seconde fois, Paul dit que les Juifs n'ont pas été soumis à la justice de Dieu. La justice de Dieu est donc un attribut. Sans doute, mais non pas un attribut qui constitue sa justice propre, le principe de ses jugements. C'est toujours la justice qui sauve, et qui pour cela vient de Dieu. Le texte de Philippiens (m, 9) explique aussi celui-ci. Dans Rom. la justice propre est opposée à la justice de Dieu, dans Phii. « ma justice » à la justice qui vient de Dieu (εκ θεού). Dire que les Juifs so sont opposés cà la justice de Dieu, c'est dire qu'ils n'ont pas voulu la recevoir, car le Christ est pour tout croyant la fin de la Loi en vue de la justice (x, 4), une justice qui n'est pas celle de l'homme, mais celle que Dieu communique.
En d'autres termes « les gentils qui ne poursuivaient pas la justice, ont atteint la justice, je dis la justice qui vient de la foi ; tandis qu'Israi'l poursuivant une loi de justice, n'est point parvenu à la Loi » (ix, 30 s.).
Si la justice de Dieu est communiquée au fidèle, il possède donc la justice, (^e n'est point « sa justice », ni une justice qui lui soit « propre «, en ce sens qu'il l'ait acquise, mais enfin elle est à lui puisque Dieu la lui adonnée. Elle lui vient du Christ. La comparaison entre Adam et le Christ (v, 15-19) est décisive. Adam a transmis son péché; ses descendants sont donc constitués péclieurs. Les fidèles de Jésus-Christ sont constitués justes. Or chacun de ces éléments doit être traité selon sa valeur propre. Le péché n'est point une réalité, c'est un défaut qui conduit à la mort. La justice au contraire est un principe de vie. C'est un don : « ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront dans la vie » (v, 17). C'est par ce don positif que les fidèles sont « constitués justes » (v, 19), de façon que la grâce règne au moyen de la justice (v, 21). Et en fait ce règne est déjà commencé. Lorsque Paul dit que le règne de Dieu c'est la justice et la paix et la joie dans l'I^sprit-Saint (xiv, 17), il suppose évidemment que la justice est l'apanage des chrétiens, comme la ])aix et la joie.