Ô. LE SENS ESCHATOLOGIQUE DE JUSTIFIER, JUSTIFICATION
Tandis que M. Iloltzmann (1) ne reconnaissait aux chrétiens qu'une justice dépourvue de réalité, la réalité étant réservée au jour du jugement, M. Titius (2), prenant une position diamétralement opposée, prétend que la sentence judiciaire de justification est déjà rendue en faveur de celui qui se convertit au christianisme. Au lieu que la justice soit renvoyée, c'est la déclaration qui est avancée; et la justification étant essentiellement une déclaration, est donc une notion empruntée aux fins dernières. Telle était déjà, d'après M. Tobac (3), la préoccupation de Paul quand il était encore pharisien : quel est donc « le moyen d'arriver à la justice et de s'attirer un jugement favorable du Messie? » (p. 2); et encore : « cette justification dans la théologie juive apparaît donc bien comme forensique et eschatologique; c'est le décret d'acquittement, d'admission à la vie dans le royaume messianique au jour du jugement final » (p. 14).
Assurément, le messianisme, d'après quelques Juifs, devait s'ouvrir par un certain jugement. C'est encore ce que suggèrent les images employées par saint Jean-Baptiste. Mais était-ce l'opinion des Pharisiens et delà majorité des Juifs? Dès le temps des Psaumes de Salomon (environ 40 ans avant Jésus-Christ) on distinguait le messianisme temporel et les fins dernières. Les apocalypses d'Esdras et de Baruch supposent cette distinction fondamentale. Le jugement de Dieu, après les temps messianiques, était dès lors vraiment le jugement final. C'est alors que serait rendue pour chacun la sentence de justification ou de condamnation. Et c'est cette conception qui avait déjà prévalu, qui allait prévaloir de plus en plus. Personne ne songeait à nier le jugement final, comprenant la déclaration de justice, la répartition du sort des justes et des méchants. On ne pouvait le transporter tout entier à l'entrée de la période messianique. A-t-on eu l'idée de le dédoubler pour ainsi dire, de placer à l'arrivée du Messie une ombre, une répétition du jugement général, une sentence d'admission aux biens messianiques? C'est ce dont je ne vois pas trace dans les textes. Le Messie devait faire régner la justice et donner aux justes un traitement de faveur, combattre les méchants et les exterminer. INIais son règne devait être bien plutôt une époque de rénovation et de restauration que la consécration d'un état antérieur. L'ancienne vue qui mettait sur la même perspective l'avènement du Messie et la consommation finale niait en réalité toute période
(1) Lehrbuch der neideslamentlichen T/icologie, II, 1897, p. 121-143.
(2) Der Pdulinismus nnter tJem Gesichlsjmnhl der SeUgkeit, 1900, p• 153-218.
(3) Le problème de la jiislificaUon dans sainf Paul, Lou\3.\î\, 1908.