COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX ROMAINS
Pères grecs :
Origène, ordinairement cité Orig.-int., cest-à-dire linterprétation latine par Rufin du grand commentaire dOrigène (Migne, P. G. t. XIV, c. 837-1292) sur l'Épître aux Romains en dix livres. On voit clairement Rufin intervenir dans l'attestation de certaines leçons latines ; on ne peut donc alléguer l'autorité du texte latin comme représentant les leçons d'Origène. D'ailleurs c'est bien Origène qui parle comme commentateur, quoique l'indiscrétion de Rufin comme traducteur puisse laisser planer des doutes. Le commentaire est littéral et allégorico-moral.
Saint Jean Chrysostome. Les trente-deux homélies (Migne, P. G. LX, c. 391-692) sur l'Épître aux Romains constituent un commentaire perpétuel, le plus beau que nous ait laissé l'antiquité. On sait cependant que la préoccupation de sauvegarder le libre arbitre a empêché le grand exégète-orateur de pénétrer toute la pensée de saint Paul. Lui-même ne s'exprime pas toujours très clairement, et l'on peut regarder ses disciples comme un précieux secours traditionnel pour l'interprétation de sa pensée.
Théodoret, sans s'éloigner beaucoup de Chrysostome, a sa valeur propre [P. G. LXXXII, 43-225).
EuTHYMius donne une forme très précise et souvent très heureuse à la pensée de Chrysostome et d'autres anciens. 11 est fâcheux que son commentaire ne se trouve pas dans la collection de Migne. Il comprend les quatorze épîtres de saint Paul et les sept épîtres catholiques (Ευθυμίου του Ζιγαβηνου έρμτ,νΕΐ'α εις τας ΙΔ επιστολας του αποστόλου Παύλου και εις τάς Ζ' καθολικάς... ε'ν Άθ/^ναις, 1887. deux volumes; Epître aux Romains, dans le t. I, p. 5-185).
ŒcuMENius, p. G. CXVIII.
Théophylacte, p. g. CXXIV.
A côté de ces commentaires complets on consultera :
Théodore de Mopsueste, fragments du commentaire [P. G. LXVI, 788- 876) qui ne sont guère dignes de sa grande réputation comme exégète, et qui gardent la trace de ses erreurs théologiques.
Saint Cyrille d'Alexandrie, fragments du commentaire {P. G. LXXIV).
BIBLIOGHAPHIE. IX
Catenae graecorum Patrum in novum Testamentum, edidit J. A. Cramer. T. IV in epistolam s. Pauli ad Piomanos, Oxonii, mdcccxhv.
Pères latins :
Ambrosiastkr, dans Migne, P. L. t. XVII, c. 45-184, comme Appendice aux œuvres de saint Ambroise, en attendant l'édition que prépare M. Henri Brewer pour le Corpus de Vienne. Ce commentaire est le plus important de beaucoup parmi les latins, aussi serait-on bien aise de connaître la personnalité de Fauteur. Dom Germain Morin avait proposé en 1890 d'y voir le juii' converti Isaac,puis, en 1903, l'homme dÉtat Decimius Ililarianus Ililarius. Il pense maintenant que l'inconnu est Evagrius d'Antioche, mort évèque de cette ville pour les Eustathiens, peu après 392. Les raisons qu'il en a données [Revue Bénédictine, janvier 1814, p. 1-34) sont plausibles, sans être décisives.
Pih>ACE est l'auteur d'un commentaire qui fut longtemps attribué à saint Jérôme, sous une forme qui contient encore son hérésie, mais qui cependant a été fortement retouchée [P. L. XXX, 645-718). M. Souter a cherché à retrouver le texte primitif, The Commentary of Pelogius on the Epistles of Paulusy London, 1907.
Saint Augustin : Inchoata expositio {P. L. XXXV, 2087-2106), qui ne traite que de la salutation. Expositio quarumdam propositionum ex epislola ad Romanos {P. L. XXXV, 2063-2088). Ces deux ouvrages n'empêchent pas qu'il ne soit infiniment regrettable que saint Augustin n'ait pas composé un commentaire complet de l'Épître aux Romains. Nous aurions eu le chefd'œuvre des commentaires anciens. Peut-être aussi, dans une étude qui eût dû suivre de très près l'enchaînement des pensées de l'Apôtre, Augustin aurait-il adouci certaines interprétations qui serrent de trop près des mots et des phrases isolés de leur contexte. 11 n'en est pas moins vrai qu'Augustin a pénétré plus à fond qu'aucun ancien dans la pensée de saint Paul dont il s'est assimilé la doctrine.
PniMAsius, évêque d'Adrumetum ou plutôt un anonyme du vi•^ (?) siècle {pseudo-Primasius), a composé des Conimentaria in epistolas S. Pauli [Epistola ad Romanos, P. L. LXVIII, 415-506).
Sedulius Scotus, collectanea, P. L. CIII.
Au
moyen âge
Saixt Thomas, éd. Vives, t. XX, 381-602. Il serait superflu de louer la vigueur intellectuelle et la précision théologique de ce com-
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mentaire. Personne n'a mieux saisi l'enchaînement des raisonnements et leur portée. On a moins remarqué la surprenante latitude que saint Thomas laisse à l'exégète, énonçant très souvent plusieurs opinions sans se prononcer.
La Réforme protestante :
Anfiinge reformatorischer Bibelauslegung, herausgegeben von lohannes Ficker : Erster Band. Lutheus Vorlesung iiber den Rômerbrief, 1515/1516. Erster Teil : Die Glosse; Zweiter Teil : Die Scholien, Leipzig, 1908. Très important parce qu'il inaugure l'exégèse protestante, surtout à propos de la justification.
Commentaires récents :
On se bornera à nommer ici les commentaires les plus récents, représentatifs d'une méthode, et qui sont souvent cités dans le commentaire.
Catholiques :
CoRXELY S. 1., Commentarius in s. Pauli Apostoli epistolas, I, Epistola ad Romanos, Parisiis, 189G.
Ce commentaire est non seulement le meilleur, le plus utile et le plus complet (806 pages) parmi les commentaires catholiques; on peut dire qu'il est le meilleur de tous pour le tact exégétique, très modéré et très sûr. C'est un des exemples les plus remarquables du progrès de l'exégèse dans l'Eglise. Cornely n'hésite pas à signaler toutes les défectuosités de la Vulgate. Il mentionne et élimine un nombre étonnant d'interprétations fausses qui se sont perpétuées dans le cours des âges, parfois sous le patronage des plus grands noms. Il laisse voir comment l'exégèse doctrinale s'est fixée parmi les dscteurs de la Renaisr sance catholique qui a suivi le Concile de Trente, et comment l'exégèse philologique s'est perfectionnée au xix* siècle. Si nous avons indiqué souvent nos divergences par rapport à cet excellent ouvrage, c'est qu'il mérite d'être dans toutes les mains. On pouvait seulement rapprocher davantage saint Paul de son temps, et c'est ce que nous avons essayé de faire.
Lemonnyer, Epilres de saint Paul, traduction et commentaire, Paris,
Toussaint, professeur à l'Université catholique de Lille, Epîlres de saint Paul, leçons d'exégèse. L'Épître aux Romains, Paris, 1913. Le commentaire expose sous une forme agréable la suite
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des idées, et les notes qui accompagnent la traduction sont utiles à l'intelligence du texte. Mais il était impossible de donner sous une forme aussi concise une analyse approfondie du texte.
Non catholiques :
Lipsius, dans le Hand-Commentav ziim neuen Testament^ dirigé par H. J. Ilollzmann, t. II (pp. 70-206), Freiburg i. B., 1802. Appartient à l'école protestante libérale. Excellent pour l'explication grammaticale, net et clair.
B. Weiss, Der Briefan die Rome?• (i-617 pp.), dans le Kritisch-e.vegetischer Kommentar nberdas Neue Testament, huitième édition, Gottingen, 1801. Plus développé et plus conservateur que Lipsius. Ces deux ouvrages ont été connus de Cornely.
Saxday et Headlam (SH.), A cridcal and exegetical conimentary on the epistle to the Romans^ second édition, Edinburgli, 1800 (cxii-450 pp.). Les auteurs, appartenant à l'église anglicane, se préoccupent beaucoup plus que les précédents du milieu ecclésiastique, et même du milieu littéraire. Les notes philologiques sont excellentes et sont assez souvent de véritables histoires des mots. Des notes détachées très nombreuses développent certains points particuliers. Ce commentaire serait parfait s'il joignait à ces qualités une analyse plus approfondie des doctrines, et s'il n'inclinait encore trop vers Tinterprétation protestante, surtout à propos de la justification.
LiETZMANN, dans le Handbuch ziini neuen Testament dont il est l'éditeur principal, An die Ramer (1-80), Tûbingen, 1006. Pas d'introduction. Ce sont plutôt des scholies qu'un commentaire, et qui ne peuvent, semble-t-il, que compléter un enseignement plus lié. Mais ces scholies s'inspirent du mouvement néohelléniste. Elles sont très riches en rapprochements avec les documents récemment découverts, inscriptions et papyrus, sans parler de Philon et des philosophes grecs. Lietzmann est trop porté à l'aire dépendre Paul de la mystique grecque, mais du moins il s'éloigne du préjuge protestant.
JuLicHER, dans Die Schriften des neuen Testaments, édités par J. Weiss, t. II, Der Briefan die Romer (pp. 217-327), Gottingen, 1008. Le plan général de la collection interdisait les discussions philologiques. Jiilicher a donc concentré toutes ses forces dans l'exposition de la doctrine, et il y a souvent très bien réussi. Peu de commentaires supposent une méditation aussi profonde des concepts pauliniens. Mais il a poussé
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à rextrême cerlaines expressions, sans tenir compte de ce qui les liarmonise avec rcnsemblc. Son Paul est excessif, et protestant militant.
Zahn, Der Brief des Paiilus an die Ruiner, 022 pages extrêmement denses, Leipzig, 1910. On sait que M. Théodore Zahn connaît dans tous leurs détails les documents anciens du christianisme; on sattend donc à trouver, et l'on trouve en effet dans son commentaire, les plus précieux renseignements sur l'usage des mots. Il s'est préoccupé aussi de la critique du texte, et il est impossible de pousser plus loin l'énumération des motifs qui le décident dans son exégèse. Malheureusement il a dans l'esprit je ne sais quoi d'original qui l'incline à pencher vers des solutions bizarres et paradoxales. Etant très conservateur, il se rapproche souvent de Cornely, mais son jugement est beaucoup moins sûr. Il aura beaucoup contribué à l'inielligence du texte, mais l'inlelligence qu'il en a ne peut être regardée comme un progrès. D'ailleurs il est touffu et souvent malaisé à suivre.
KiiHL, Deî' Brief des Paulus an die Ramer (xiii-511 pp.), Leipzig, 1913. Sans introduction historique, avec très peu de préoccupation du milieu, sans aucun égard pour la tradition exégétique, ce commentaire a l'aspect extérieur d'un retardataire. On dirait de l'exégèse protestante avant Deissmann et le néohellénisme. Cependant lauteur a vraiment repris l'étude de la pensée paulinienne sans négliger tout à fait les derniers travaux, et accompli de sérieux efforts pour déterminer le sens des phrases et l'enchaînement des idées. D'ailleurs il retombe le plus souvent dans l'exégèse libérale protestante, et n'a pas compris le réalisme de la mystique de saint Paul. 11 s'attaque surtout à réfuter Zahn.
Ραγ.πυ, The epistle of Paul the Apostle ίο ihe Romans, dans Cambridge greek Testament for schools and collèges, xlvii-243 pp., (Cambridge, 1912. Introduction et notes.