‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 59 sur 94 · Les fils et les héritiers de Dieu · texte numérisé non relu

Les fils et les héritiers de Dieu

14) ούτοι] Sodcn : \>io\ Θεοΰ εισιν. Nestlc : υιοί ΐίσιν &εοΰ. Texte reçu : εΐσιν υίο\ Θεοΰ. Vg.-Glém. : ii sunt filii Dei, mais WW. : /li /ilii su7}t Dei. La leçon de Nestlé qui a l'Egypte avec B, l'occident avec V<j:. (WW.)et l'orient avec Pes., ne doit pas être rejetée parce que Gai. m, 7 a la même construction. Elle est plus significative en mettant en relief le mot fils : ceux-là sont vraiment fils de Dieu, au lieu du simple énoncé : ceux-là sont fils de Dieu. δσοι... ούτοι tous ceux-là, mais ceux-là seulement (opinion commune, contre Kuhl), car la phrase se rattache à la situation du v. 13 qui contenait deux sortes de personnes. La qualité de fils de Dieu ne s'applique qu'à ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu. En qualifiant πνεύαατι par Θεού, Paul ne laisse aucun doute sur la nature do l'Esprit; c'est l'Esprit de Dieu. Mais on le comprendrait déjà à son action qui est extérieure à l'homme, tandis qu'au v. 13 chacun se servait de la force spirituelle qu'il avait à sa disposition. — άγονται indique bien qu'on est mené, mais l'inlluence exercée dépend naturellement de la nature de l'objet : on ne mène pas un homme comme un animal ou comme une chose. La liberté a été constatée au v. 13; il fallait indiquer aussi l'action de l'Esprit de Dieu. Le v, ne dit pas que la qualité de fils de Dieu soit acquise par le don de l'Esprit, ce qui serait contraire à Gai. iv, 6, mais seulement que les vrais fils de Dieu sont ceux qui suivent la direction de son Esprit. La phrase continue au v. 17.

Dans Vg. lire avec WW. : hi filii sunt Dei.

15 et 16 sont une sorte de parenthèse pour confirmer les fidèles dans l'idée qu'ils sont fils de Dieu. On voit plus clairement ici le rapport de cette filiation et de l'Esprit : c'est une filiation adoptive dont l'Esprit nous donne le sentiment.

15) La phrase est construite un peu comme le v. 10. La partie négative ne signifie pas que les chrétiens ont reçu autrefois de Dieu l'esprit de servitude et qu'ils reçoivent maintenant un esprit d'adoption , mais seulement que l'esprit qu'ils ont reçu n'est pas un esprit semblable à celui qu'ils avaient jadis, πάλιν ne doit pas se joindre à έλάβετε, mais avec ε?ς φοβον = ε?ς το πάλιν οοβίϊσΟΛί ημάς [Lips.]. Autrefois, les gentils comme les Juifs éprouvaient envers la divinité les sentiments qu'ont les esclaves envers leurs maîtres; agissant sans affection, ils n'étaient mus que par la crainte du châtiment (cf. Gai. iv). πνεύμα est donc ici une disposition d'esprit naturelle comme souvent dans ΓΛ. T., πνευιχα ζηλώσεως Num. v, 14. 30; ά/.ηδιας Is. lxi, 3; πορνεία; Os. IV, 12. L'esprit qu'ont reçu les chrétiens n'est pas ici l'Esprit-

d'adoption, en qui nous crions : Abba! le Père! ^'^ L'Esprit luimême témoigne avec notre esprit que nous sommes enfants de

Saint [Zalin], qui ne peut ni être un esprit de servitude, ni être en parallèle avec une disposition humaine avec le même verbe έλάβετε. Ce n'est pas non plus l'esprit comme principe surnaturel ordinaire d'actions, puisque c'est un esprit spécial. C'est donc encore une disposition d'esprit, mais donnée par Dieu, donc surnaturelle, en relation avec Γ Esprit-Saint, comme dans l'A. T. l'esprit de sagesse etc. Is. xi, 2, communiqué par l'Esprit de Dieu : έιχπλήσει αυτόν πνεΰ[χ« φόβου Θεοΰ (Is. XI, 3); le -νεΰιχα /ρίσεως (Is. χχνίΐΐ, 6); le πν. •/άριτος καΐ οίκτφ[χου (Zacli. XII, 10) qui inspire des sentiments de componction. Il inspire un sentiment filial, υιοθεσία (dans les inscriptions aussi υοθεσια) est l'adoption, institution qui d'après Isée était connue des barbares comme des Grecs [De Menecl. her. 24) ; cependant les Juifs ne la pratiquaient pas. Paul l'a donc empruntée aux idées courantes chez les gentils. Le gén. est de qualité; l'esprit est celui qui convient aux adoptés vis-à-vis de leur père adoptif. Paul éprouve si bien cet esprit qu'il se joint à ceux auxquels il parle (έλάβετε... ■/.ράζο;α.εν) dans le terme énergique de l'appel à Dieu : nous crions : Άββα, ό -arrjp, encore Me. xiv, 36 et Gai. iv, 6. Le second terme est l'explication du premier (cf. Comni. de Me), explication qui fut spontanée sur les lèvres du SauA'eur. Zahn croit qu'il s'agit de la prière du Pater, qu'on récita d'abord en araméen. Mais nous y voyons moins un renvoi à une prière oiTicielle qu'une explosion de tendresse envers le Père, c'est-à-dire envers Dieu : Père, vous qui êtes le Père! ce que nous nommerions une oraison jaculatoire traditionnelle.

Dans la Vg. in timoré devrait être remplacé par in timorem.

16) Ce V. est joint au précédent qu'il complète (Vg.-Clém. enim). Il montre plus clairement encore que la qualité d'enfants de Dieu ne vient pas do l'Esprit, qui en donne plutôt l'assurance. Le mot τεκνον n'est pas employé dans un autre sens que υϊο; (ν. 14); même alternance vv. 19 et 21. IMais cette alternance même prouve que la filiation n'est pas purement juridique, puis- ([ue τέκνον signifie plus rigoureusement que υίός la filiation naturelle [Zahn). Elle a sa raison très réelle, mais surnaturelle, dans l'union au Christ. Ici aùtb τα πνεύμα, ipse Spiritus indique clairement l'Esprit de Dieu ; notre esprit (τω πνεύματι ήμων) n'est pas (contre Corn.) le don de piété du v. 15 mais plutôt un don plus complet, cette seconde nature spirituelle, l'amour répandu par l'Esprit-Saint (v, 5), qui est devenue le principe de nos bonnes actions (viii, 4. 5. 13).

Au témoignage que rend notre esprit quand nous disons à Dieu : Père! se joint le témoignage de lEsprit. Résidant en nous, inspirant nos actes, il a sa part à ce cri. Dans Gai. iv, 6, c'est même lui qui crie. L'affirmation lui appartient en même temps qu'à nous ; elle est donc certaine. — Le pluriel έσμέν doit s'entendre du grou^îc des fidèles; c'est leur situation normale; ce qui n'empêche pas que chacun puisse éprouver en soi des motifs de craindre, ne sachant pas d'une certitude de loi s'il a reçu la grâce (Co.\c. Trid. Sess. VI, cap. ix).

ÊPITRE AUX UOMAIXS, VIII, 17-18. 203

Dieu. l'Or si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers; héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, s'il est vrai que nous souffrons avec kii pour être glorifiés avec lui. '^Car j'eslime que

Dans la Vg.-Clcin. supprimer enim avec ΛΥΛΥ. La traduction tesUmonium rcddit spiritui nostro pourrait faire croire que l'Esprit atteste à notre esprit. Il faudrait traduire teslatur ima cum spivitu nostro (lirasine).

17) Étant fils, nous avons droit à partager la vie de famille et les biens de notre père. Dans Gai. iv, 1 ss. l'idée d'hérÎtage est plus accusée parce que la comparaison avec les choses humaines est poursuivie dans le détail. Ici où le Père est Dieu, il ne peut être question d'un héritage proprement dit qui supposerait la mort du Père. Comme ses enfants, nous participons à sa vie et à sa gloire. Mais, étant devenus ses enfants par l'union au Christ, c'est comme associés que nous avons droit à des biens qui lui appartiennent en propre. L'emploi de κληρονοιχεΓν, ■/.ληρονο;Λία, κληρονόμος, assez étrange en parlant des biens conférés par le Dieu éternel, s'explique parce que le même mot hébreu idrac/i, « prendre possession de », signifiait aussi « hériter ». C'est ainsi que la Terre Promise fut la possession ou l'héritage d'Israël, que les biens messianiques furent aussi un héritage (Is. lx, 21; lxi, 7) et de même la vie éternelle (Mt. xix, 29; I Cor. vi, 9 etc.), tous termes où le sens de possession est plus naturel que celui d'héritage en français.

Mais si nous avons dès maintenant un droit à ce qui appartient en propre à Dieu et à son Christ, pourquoi ne jouissons-nous pas de ces biens? C'est que les souifrances en union avec le Christ sont une condition pour être glorifiés avec lui. On est d'accord sur ce point. Mais εΓ-ερ peut s'entendre de deux manières. Avec la Vg. si tamen, la condition est proposée à la bonne volonté; à vous de voir si vous voulez souffrir avec le Christ pour être glorifiés avec lui {Corn.)\ Les modernes (7»/., Τ,αΙιη, Lielz., Kiihl) prennent εϊπερ dans le sens presque aifirmatif du v. 9, de m, 30; II Tliess. i, 6, et ce sens était sùrenient celui de l'ancienne latine, si quidem (Tert. Scovp. 13 ; De res. carn. 40; Cypr. [quatre fois], Lucif.) ; le sens est : « si d'ailleurs, comme c'est le cas, tant que nous sommes ici-bas, nous souffrons etc. ». Le sens est à peu près le même, sauf pour l'interprétation de "va. D'après Corn, nous prenons parti de souffrir avec le Christ dans le but (eo.fine ut) d'être glorifiés avec lui (causalité subjective), et il voit ici la confirmation de cette doctrine catholique : si qiiis dixerit, iuslificatum peccare, dum intaitu aeternae mercedis bene operatur, a. s. (Coxc. Trio. Sess. VI, can. 31). Mais ί'να indique plutôt le lien mis par Dieu entre les souffrances avec le Christ et la glorification. Ce lien est dans la nature des choses. Λ prendre en toute rigueur le système de Cornely, Paul aurait exclu ceux qui souffrent avec le Christ sans se proposer expressément de régner avec lui, ce qui serait étrange. Paul s'est préoccupé plutôt de la finalité intrinsèque voulue de Dieu comme à son ordinaire (v, 20; viii, 4). Quant au canon de Trente, il se justifie assez sans qu'on lui cherche un appui dans notre verset.

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