‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 62 sur 94 · Les gémissements de l'Esprit · texte numérisé non relu

Les gémissements de l'Esprit

23) ήρ.εϊ'ξ a été placé soit au début : άλλα και ήμεϊς αυτοί Vg., soit après Ι/οντες, soit après ε/οντες καί, soit omis. Cela n'importe que si on tirait de la première leçon le sens de Zahn : « mais nous aussi, ayant reçu en nous-mêmes les prémices de l'Esprit-Saint, nous gémissons ». Mais ce sens est exclu par le rythme d'opposition avec ce qui précède : au gémissement de la créature en dehors de nous, se joint celui que nous éprouvons en nous-mêmes. Le sens de Zahn exclu, la leçon qui le permet, sans l'exiger, pourrait être préférée comme plus facile, mais outre que ce n'est pas une garantie, elle est trop restreinte aux Latins pour être admise. Entre les autres on peut choisir sans changement sensible de sens, ήμιείς après έχοντες paraît le plus appuyé [Soden, Nestlé). Il faut d'ailleurs éliminer toute insistance sur ήμεΪς comme si Paul faisait des apôtres, dont il était, une catégorie distincte des fidèles (avec Corn, contre certains anciens). — αυτοί... έχοντες non pas « quoique nous ayons », mais simplement « nous qui avons », puisque l'Esprit est plutôt une raison de gémir, en nous unissant à lui. — άπαρχήν, non pas une première communication de l'Esprit, en attendant une autre plus abondante, mais l'Esprit qui est un gage du don de la gloire, selon le concept de II Cor. V, 5.

— υιοθεσία serait en contradiction avec v. 15, s'il ne signifiait ici la plénitude de l'adoption, l'adoption par Dieu s'étendant jusqu'à notre corps. La délivrance du corps ne s'entend pas de l'âme délivrée du corps, mais du corps délivré de ses éléments charnels au sens paulinien, ut sicut spiritus noster redemptus est a peccato, ita corpus nostrum redimatur a corruptione et morte (T/iorn.).

La Vg. a ajouté illa (la créature) pour la clarté, mais sans raison suffisante. Dei est à retrancher (ÎFIK). Si l'on voulait conformer le latin au texte qui nous paraît le plus sûr, on aurait : sed et ipsi primitias... nos et ipsi in nobis ipsis gemimus...

24 et 25) Les variantes n'ont pas d'importance pour le sens. On choisira entre 3 γαρ βλέπει, τίς Ιλπίζει; la plus élégante, mais appuyée seulement par B,

ÉPITRE AUX nOMAINS, VIII, 26. 211

patience. -^De même aussi l'Esprit vient en aide à notre faiblesse. En effet nous ne savons comment demander pour prier comme il faudrait, mais l'Esprit lui-même intercède souverainement par des

et la leçon la plus chargée, ci γ«ρ βλέπει τις, τί /.αΙ ελπίζει; (Soden; Nestlé oni. καί).

Le datif ττ) έλπίδι n'est pas instrumental, car nous n'avons pas été sauvés par l'espérance, mais, dans la doctrine de Paul, par la foi. II n'est pas non plus un datif commodi, « en vue de l'espérance », c'est-à-dire en vue de la chose espérée, ce qui serait peu naturel. C'est plutôt un datif modal, comme Ιφ' Ιλπ(δι, « en espérance » ; c'est-à-dire que nous savons très bien que notre salut ne sera complet que plus tard. C'est une loi de la foi que nous avons acceptée. Dès lors nous n'avons qu'à attendre avec patience. C'est ainsi que l'idée se termine au v. 25. Cependant Paul explique auparavant qu'ayant accepté cette condition de l'espérance, nous ne pouvions avoir la prétention de voir. Car la chose espérée (Ιλπίς), si on la voit déjà, on n'a plus à l'espérer. Loin donc que notre situation présente nous décourage, nous attendons, et les désirs que nous éprouvons nous sont une certitude que notre espoir ne sera pas confondu.

On voit que l'interprétation par le datif commodi donnerait plus rigoureusement toujours le môme sens à Ιλπίς, mais, en revenant à l'espérance subjective, ελπίζο[Αεν, Paul nous autorise à la prendre aussi pour point de départ. C'est parce que nous espérons que les biens futurs peuvent être qualifiés έλπίς.

26) ωσαύτως^ comme la créature et comme nous-mêmes. Le rapprochement se fait sur l'idée des gémissements, quoique le parallélisme, et avec raison, ne soit pas exprimé trop strictement. Ce n'est pas tout à fait un troisième personnage qui entre en scène; l'Esprit est en nous et nous aide.

— το πνΐΰ[Αα d'après le contexte est évidemment Γ Esprit-Saint, distinct de nous, qui habite en nous. Si quelques Pères l'ont méconnu, c'est que les adversaires de la divinité du S. -Esprit avaient abusé de ce passage où il prie et intercède. C'est peut-être pour mieux résoudre cette objection assez vaine que quelques mss. ont ajouté υπέρ ή[λά)ν (Vg. pro nobis) après υπερεντυγ^άνει.

— άντιλαμβάνεσθαι signifie soutenir, venir au secours et συν indique encore mieux la collaboration. En quoi consiste notre faiblesse? Quelques anciens l'ont reconnue en deux points : on ne sait que demander, ni comment demander; cf. Orig. De orat. II, 1 περί τοΰ τίνα τρόπον εΰχεσθαι δει, κα"ι τίνα Ιπ\ τη; εύχΐίς λέγειν προς θεόν, mais Zahn note bien que ce serait : το τί καί πώς προσευξώμεθα. D'autres ne \Oient qu'un point : nous ne savons pas ce que nous devons demander [Corn.). Mais, d'après ce qui précède, nous savons très bien que nous devons demander l'adoption; et en fait nous l'attendons en gémissant. Il n'est point ici question de ces chrétiens qui demandent ce qui leur serait nuisible. Pour éviter toute difficulté, on a joint καθο δεί à ουκ οίδαμεν : « nous ne savons pas, dans la mesure où nous devrions le savoir, ce que nous devons demander » [Zahn, Kufil), mais c'est peu naturel et trop subtil. Donc le sens est plutôt : « nous ne savons comment demander ».

τό gouverne toute la phrase (cf. xiii, 9; Gai. v, 14; Eph. iv, 9; I Thess. iv,

gémissements ineffaLles, 27 et celui qui sonde les cœurs sait quels sont les vœux de l'Esprit, qu'il intercède pour les saints selon Dieu.

1) et τί signifie plutôt la manière de prier que l'objet de la demande {SU.). Il s'agit d'une prière impuissante (τΐ) άσθ^νεία), et qui sent son impuissance sans ignorer le but, prière qui est déjà celle du chrétien conscient de sa fin, comme l'exige le contexte. Mais que dire à Dieu pour toucher son cœur, comment l'aborder, dans quelles dispositions? Jésus l'avait enseigné par le Pater, qui est la prière officielle des fidèles, mais cela ne dissipe pas toujours l'angoisse de la prière mentale. Fatiguée de ses efforts, mécontente de ce qu'elle trouve à dire, l'àme ne dit plus rien de précis et c'est TEsprit qui prie en elle. — υπερεντυγχάνει : comme έντυγχάνειν signifie déjà intercéder (pour quelqu'un), on peut se demander si Paul n'a pas ajouté υπέρ pour marquer le surnaturel, une surintercession, plutôt qu'une intercession pour d'autres; on s'expliquerait ainsi que le mot ne se trouve pas ailleurs. Le résultat, ce sont des gémissements indicibles, άλαλητοις, non pas muets, mais qui ne sauraient s'exprimer par des paroles et qui par conséquent ne correspondent pas à des idées claires de Tordre naturel. On voit bien ici que l'intervention de l'Esprit a rapport au mode de la prière plutôt qu'à son objet. S. Antoine disait : Non est perfecta oratio in qua se monaclius vel hoc ipswn quod orat intelligit (Cassien, Collât. IX, 31, cité par Corn.). L'action de l'Esprit- Saint dans l'àme fidèle répond à la parole de Jésus : « ce n'est pas vous qui parlez, c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous » (Mt. x, 20). S. Augustin a expliqué comment elle se concilie avec notre liberté : Sed dictum est interpellai, quia interpellare nos facit nobisque interpellandi et gemendi inspirât affectum, etc. (ad Sij:t. ep. CXCIV, n. 16). Mais ce serait affaiblir le sens des paroles de l'Apôtre que de nier une véritable action de l'Esprit-Saint présent dans l'âme. Quoi de plus consolant et de plus propre à donner l'assurance du salut? On a vu [Orig., Chrys.) et on voit encore [Zahn, Kûhl etc.) ici une allusion à la glossolalie (I Cor. xiv, 2-39). Mais il n'y a pas parité complète. Le don des langues a disparu de nos jours, tandis que l'Esprit inspire toujours la prière dont Paul parle aux Romains.

Dans la Vg. il y aurait lieu d'effacer pro nobis qui ne répond à rien dans le grec.

27) Sonder les cœurs, formule de ΓΛ. T. pour caractériser la science de Dieu (I Sam. xvi, 7; I Reg. vni, 39; Ps. vu, 10 etc. Lips.), admirablement placée ici où il fallait deviner les soupirs d'un cœur impuissant à traduire en formules humaines ses désirs surnaturels. — οΤδεν, Dieu « sait », répond à la situation, et il est tout à fait inutile d'y ajouter l'idée « et approuve » [Kûhl). — το φρονη[Αα un goût, une aspiration, des désirs qui ne sont même pas exprimés d'une façon intelligible pour d'autres; ce sont ceux de l'Esprit, en tant qu'ils sont inspirés par l'Esprit. L'union de l'Esprit-Saint à notre esprit est si intime, que Chrysostome a cru qu'il s'agissait ici de l'esprit de l'homme. C'e.st bien toujours l'Esprit-Saint, dont Faction nous met en branle. — δτι pourrait signifier « parce que » , mais seulement dans le cas où οΤδεν serait « approuver » ; autrement la phrase n'aurait pas de sens, car Dieu sait, sans

28 Or nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux

que ce soit pour une cause quelconque. Donc δη est simplement explicatif (Corn., Zahn etc.). — χατά Οεο'ν, non pas « devant Dieu » (encore Lielz.), ce qui ne serait pas grammatical, ni parce que l'Esprit s'exprime en Dieu, à la manière divine (Kil/il), ce qui n'ajouterait rien de précis, mais parce qu'il demande ce qui est « selon Dieu » (cf. II Cor. vu, 9-11), conforme à ses desseins (Corn., Zahn etc.). C'est une preuve, non pas que le fidèle ignorait ce qu'il fallait demander (Corn.), mais simplement que ses soupirs inexprimables étaient bien en réalité dirigés vers l'accomplissement de la volonté de Dieu. La prière qui demande ce que Dieu veut est sûrement exaucée; elle est pour les saints, terme qui renferme déjà l'assurance du salut promis.

Cette fois la Vg. a rendu το φρόνη[α.α par quid desideret., aussi bon que quid sapiat (Aug. II, 393).

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