‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 66 sur 94 · ÉPITRE AUX ROMAINS : LA PREDESTINATION · texte numérisé non relu

ÉPITRE AUX ROMAINS : LA PREDESTINATION

La précaution la plus importante pour aboutir à une exégèse purement littérale et historique, c'est de noter avec M. Gore [The argument of Romans IX-XI, dans Studia hihlica^ ITI, 37 ss.) que s. Paul, à la différence de s. Jean, n'embrasse pas son sujet intuitivement sous sa forme propre. 11 abstrait, c'est-à-dire qu'il isole un des aspects de chaque question et il le traite selon ses principes propres, sans se soucier d'en rapprocher d'autres éléments qui compléteraient l'idée. Un aspect ainsi mis en relief peut faire naître dans l'esprit des objections; Paul les prévoit, mais il ne se soucie pas d'y répondre autrement qu'en posant fortement sa thèse d'après l'Ecriture. Le danger pour les commentateurs est alors : ou bien d'omettre, au lieu d'apprécier sa doctrine dans son ensemble, ce qu'il a dit ailleurs et qu'il n'avait sûrement par l'intention de rétracter, et c'est de là qu'est venue l'interprétation calviniste ou janséniste de ce passage; ou bien de faire pénétrer ces autres cléments dans l'exégèse du texte, et c'est de là qu'est venue une exégèse conforme à la doctrine catholique pour le fond, mais un peu atténuée; sans parler de ceux qui ont tiré des termes de l'Apôtre une doctrine étrangère ou même contraire à sa pensée. Au chap. VIII, Paul a tracé le plan que Dieu suit pour donner des frères à Jésus-Christ : ces frères, les vrais fils de Dieu, sont le groupe des chrétiens. Dieu les conduit de la prescience qui les discerne avec amour jusqu'à la gloire. Et l'on voit précisément par cet exemple que Paul n'a traité qu'un côté de son sujet. Du côté de Dieu, tout est bonté, action qui sauve et certitude. L'intention de Paul n'est pourtant pas de nier l'action de l'homme dans l'acceptation de l'évangile, ni les chutes possibles qui le détourneraient du but. Il avait en vue la nouvelle communauté des enfants de Dieu, destinée à la gloire.

Mais cet aspect glorieux avait son côté sombre. Les Juifs n'étaient donc plus le peuple de Dieu, les enfants de Dieu?... Paul ne le dit pas, mais c'est bien ce qui fait éclater sa douleur. Il fallait montrer aux gentils que ce n'était pas un échec pour le plan divin; mais il fallait aussi faire accepter ce nouvel ordre aux Juifs eux-mêmes, ou du moins le défendre contre leurs objections.

Le plan divin demeure, car ce fut toujours un plan d'élection. Dieu a choisi les enfants d'Abraham, il est vrai, mais non pas parce qu'ils descendaient d'Abraham. La preuve, c'est que son choix s'est fixé sur les seuls descendants d'Isaac et ensuite sur les seuls descendants de Jacob. Et comme ce choix fut antérieur à la naissance d'Isaac et à celle de Jacob, il ne fut donc pas déterminé par les mérites de l'un ou de l'autre.

Ici l'objection entre en scène. Est-ce de la justice de ne tenir compte ni du mérite ni du démérite?

Cette préoccupation de rémunération montre clairement que Paul,

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