L'exercice de la chauiti
Les avis qui suivent ne sont pas rangés selon un ordre très déterminé ; on peut cependant distinguer l'exercice de la charilé entre chrétiens (9-16), et envers tous les hommes, spécialement les ennemis (17-21).
9) La preuve que Paul ne parlait jusqu'ici ni de fonctions déterminées strictement, ni de grâces gratuites classant ceux qui les reçoivent dans une catégorie à part, c'est qu'il continue par des avis qui sont évidemment applicables à tous. Entre la charité de miséricorde exercée par quelques-uns, et la charité que tous se doivent les uns aux autres, il n'y a de différence en faveur des premiers qu'un attrait spécial de grâce. C'est de la même manière que la charité vient après les charismes dans I Cor. xiii, 1. Cette charité doit être άνυτΐο'κριτος, cf. II Cor. vi, 6 έν άγάπ/) άνυ-οζρίτω. Ici Paul semble donner l'explication de cette épithètc par ce qui suit. Si on isolait complètemant ή αγά-η ανυπόκριτος {Nestlé, Sodcn, Lietz. etc.), la fin du verset ne serait plus qu'une maxime trop générale, entre deux avis sur la charité. Les participes sont donc, sinon l'explication de l'épithète, du moins un complément de l'idée (cf. II Cor. I, 7). ανυπόκριτος exclut les sentiments feints, tels que ceux des acteurs sur la scène. Le mot ne paraît qu'avec Marc-Aurèle [Adverbe, VIII, 5, cité par Sfl.), grand apôtre de la sincérité et ennemi de la déclamation. Toute affectation feinte d'amitié est odieuse, cela va sans dire; mais la charité chrétienne suppose la vertu et se propose la vertu. Comme telle, elle déteste le mal de la personne aimée et ne s'unit à elle que dans le bien; τω άγαθω en opposition avec το πονηρο'ν ne peut être que neutre et désigner le bien, mais d'autre part χολλώ[Αενοι se dit plutôt d'une personne [Zahn cite Mt. xix, 5; Le. xv, 15; Actes V, 13; IX, 26; Clem. I Cor. xv, 1; xxx, 3; Barn. x, 5) que d'une chose; donc ici l'union au bien qui est dans la personne. Celui qui est dans ces sentiments et ne les dissimule pas exerce la charité la plus sincère; cf. I Cor. xiii, 6.
Dans la Vg. Cornely préférerait turpitudinem à malum; pourquoi? D'après l'explication donnée, nous ne mettrions qu'une virgule après si/nulationc.
10) La construction au moyen de participes (un adjectif) se continue jusqu'à la fin du v. 13, supposant l'impératif 'έσ-ε sous-entendu, préludant aux impératifs exprimés au v. 14.
— φιλαδελίοία « amour fraternel », parce que les chrétiens sont des frères (I Thess. IV, 9; Heb. xiii, 1; I Pet. i, 22; II Pet. i, 7), et qui par conséquent doit être très tendre (φιλόστοργο-.). Cette tendresse distingue le christianisme.
méritants. ^^ Point de négligence dans le zèle! Soyez fervents
Les initiés de Mithra se nommaient frères, mais, d'après M. Cumont : « La fraternité de ces initiés qui prenaient le nom de « soldats » eut sans doute des aiTinités avec la camaraderie d'un régiment, non exempte d'esprit de corps, plutôt qu'avec l'amour du prochain qui inspire les œuvres de miséricorde en\'ers tous » {Les religions orientales dans le paganisme romain, 2<^ éd. p. 231). Il n'est pas non plus certain que cette fraternité mithriaque ait compris des soeurs. Les cultes syriens connaissaient aussi la fraternité; cf. CIL. VI, 30758, Dessau 4316 : fratres carissimos et collegas //cin(estissimos), dans le culte du Zeus de Dolichè. En Egypte les membres d'une corporation religieuse, et peut-être du clergé d'une ville, se nommaient frères; cf. P. Tor. I, I, 1.20 (ii^ s. av. J.-C), P. Par. XLII, 1 (ii« s. av.J.-C), P. Tebt. I, 12 (118 av. J.-C), cités par Moulton et [Milligan. On ne peut douter que le terme de frères n'eût été imposé aux chrétiens par l'usage oriental et spécialement juif, s'il n'était sorti naturellement de leurs sentiments. D'ailleurs cet usage ne garantissait pas la tendre affection que demande saint Paul et qui s'étendait à tous les hommes, tous appelés à la foi.
Quelques-uns ont compris τ^ τψτ^ ί. πρ. comme si τιαί) signifiait « marque d'honneur », et προηγού;α3νοι « se prévenant », « allant au-devant les uns des autres » [Corn.], ou « se dépassant » [Preuschen], dans une sorte de lutte courtoise. Mais ce sens de -οοηγείσΟαι avec l'ace, ne se rencontre pas ailleurs, et il semble que l'apôtre parle ici des sentiments intérieurs comme dans les autres cas, ce qui est plus important que les démonstrations extérieures. Donc προηγεϊσθαι a plutôt le sens de προτιμ,αν [SH., Lietz., Za/in, Kûlil); comme Phil. II, 3 : αλλήλους ήγούαΕνοι Ο-ερΙ/οντας εαυτών. Paul ajoute ici ττ) τιαί], « en Λ'raie valeur ». Il eût pu écrire /.ατά την τι,αη'ν (cf. Phil. m, 6, Field), « pour la valeur ».
Λ cliarilate WW. préfèrent caritatem, ce qui n'est guère intelligible. Caritate fraterna vaudrait mieux que caritate fraternitatis. Gomme diligentes estun peu faible, on peut préférer adfectuosi (Tert. Adv. Marc. V, 14); quant à la seconde partie du verset, la traduction de la Vg. conserve sa probabilité. Le sens que nous avons préféré serait : quoad mcritum invicem sibi siiperiores arbitrantes.
11) La série des datifs continue sur le même rythme, mais non toujours avec le même sens, τf^ σπουδή = κατά -ήν σπουδην. Le soin actif et diligent a été mentionné (v. 8) comme la qualité de ceux qui sont chargés des œuvres; il convient aux plus modestes emplois; c'est l'opposé d'une lenteur paresseuse à laquelle tout est à charge (οκνηροί).
— ζέων τω πνεύιχατι était la qualité d'Apollo (Act. xviii, 25). Cette fois le datif indique le principe qui rend fervent, litt. bouillant. Les anciens n'ont pas su se servir de la Λ-apeur, mais ils ont compris qu'elle était une source d'énergie. Le principe de cette activité n'est pas l'Esprit-Saint immédiatement, mais l'esprit de l'homme animé par l'Esprit-Saint et participant de son ardeur, car l'Esprit est brûlant (Is. iv, 4), symbolisé par des langues comme de feu (Act. ii, 3j; l'Eglise le nomme ignis. Paul eût sans doute pensé des
d'esprit, c'est le Seigneur que vous servez. ^-Que l'espérance vous tienne en joie; soyez patients dans raiïliction, persévérants dans
tièdes comme s. Jean (Ap. m, 15 s.). — Dans -o~j y.jpit.) δουλεύοντε;, le datif est simplement le complément du verbe. Isolée, la maxime serait trop générale. Si elle prend une nuance du contexte, ce doit être que, servant le Seigneur (Jésus), on doit le servir avec ferveur ou qu'on doit ôtre fervent, i)récisémcnt parce qu'on prétend être au service du Seigneur. Si l'on se donne tant de peine pour des intérêts temporels, celui qui sert le Seigneur ne doit être ni paresseux ni tiède. D'autre part le service du Seigneur est une raison d'espérer (v. 12). La liaison des idées est donc satisfaisante.
Au lieu de κυρίω l'ancienne tradition occidentale lisait καιρώ : D G F d g Ambrosiasler, quelques mss. latins d'après la traduction d'Origène, les Latins en général d'après s. Jér. Ep. XXVII ad Mnrcellain : illi (ceux qui lui reprochent de corriger latinoruni codicum viiiositatem) levant spe gaudentes, tempori servientes; nos legemus spe gaudentes, domino servientes; il existe un capitidum (WW. p. 56 et 57) de tempore serviendo. S. Gyprien [Ep. V, 2) a écrit : circa omnia eniin mites et liumiles, ut servis dei coi}<^ruil temporibus servire ei, quietï prospicere et plebi providere debemus, mais rien ne prouve que ce soit une citation. Dans ces conditions, les éditions critiques fondées sur les mss. ne peuvent que préféi*er κυρίω, mais pourquoi aurait-on remplacé une leçon aussi facile par καιρώ? tandis que la leçon καιρώ, étant facilement suspecte d'opportunisme (cf. Ant/iol. palnt. IX, 441, καφω δουλεύίΐν et Cic. Ep. ad fani. IX, 17 : nos enini illi servinius, ipse temporibus), les copistes devaient être tentés de la remplacer par κυρίου, δουλεύειν καφω pourrait s'expliquer; Ambrosiaster : quoniam autem dixerat spirilu ferventes, ne hoc sic acciperent ut passini et inoportitne i'erba religionis ingérèrent tempore inimico, per cjuod forte scandalnm excitarent, statim subiecit tempori servientes ut modeste et cum lionestale aptis et locis et personis et apto tempore religionis /idem loquerentur(cL• Za/m, Kii/d); la même idée dans Polybe, XXVIII, 7 (éd. Biittner IV, 217) : ό δ' "Αρ/ων ακολουθεΐ'ν εφη δεΓν τοίς καιροΓς και μη διδο'ναι τοΓ; έ/θροΓς άφορμήν είς διαβολην. Zahn note aussi que cette nécessité de se soumettre aux circonstances, correctif de la ferveur, est à son tour adoucie par l'espérance. Le contexte est donc aussi satisfaisant ^\ec cette leçon. S. Thomas donne les deux sans se prononcer.
12) Dans τ^ έλπίδί le datif indique le motif de la joie, dans ττ] θλίψει l'objet au sujet duquel s'exerce la patience (ΖαΛ«, Kiihl, et non le datif temporis Zi'e/s.), pressurant sustinentes [Ίεκύ. Adv. Marc.Y ,li); dans ττίπροσευ/ΐί (orationi\ïl est régime. — L'espérance qui rend joyeux est le désir confiant des biens célestes, qui touche à la certitude : facit autem spes hominem gaudentem ratione certitudinis {T/iom.) et cette joie n'est pas détruite par les tribulations, auxquelles le chrétien oppose la patience, puisque la patience elle-même conduit à l'espérance (v, 4). Après toutes ces exhortations, Paul indique aux chrétiens où ils puiseront l'énergie nécessaire ; c'est dans un attachement constant à la prière (cf. I Thess. v, 17) : per orationem enim in nobis solici-
304 ÉPITRE AUX lîOMAINS, XII, 13.
la prière ; ^^ prenez votre part des nécessités des saints, pratiquez
tudo excilatur, fervor accenditur, ad Dei serviliiim incitamur, gaudiitm spei in nobis augetur, et auxilium in tribulatione promeremur [Tliom.].
13) μνείαις (au lieu de /.ρεία'.ς) a quelque appui dans les textes grecs : D F G, quelques mss., dans Théodore deMops., Eusèbe [Hist. Mart. Pal. traduction syriaque). Acta Pionii c. I : ταΤς μνείαι; των αγίων -/.ο'.νωνίΓν ό ά-όστολος -αραινεΤ, sans parler des Latins, d g i Ambrst., Opt., Hilar., le traducteur d'Orig. : memini in laiinis exemplaribus magis haberi : memoriis sanctorum communicantes. Aug. et Sedulius ont les deux leçons. Memoriis a persévéré dans le cod. Amiat. ; cf. les capitula (AVW. p. 56 et 57) : de communicalione sanctorum memoriis. Zahn (suivi par Kiihli a soutenu la leçon μνείαι;, mais en la ramenant au sens de γ,ρεί^Ί?, entendant la mémoire que l'on faisait des saints de Palestine dans le but de les secourir. De cette façon μνείαις serait l'original difficile remplacé par /ρείαις qui en serait l'explication. Mais il ne peut fournir aucune justification de ce sens de ανείαις. Si Théod. de Mops. a dit que les deux leçons avaient le même sens, c'est en les fusionnant : λέγει γαρ δτι δίκαιον OaSç ανημονεύειν -άντοτε των άγί'JJv, κοινάς τε αύτό5ν τα; '/^''•'•^'- νοαίΓειν. Ceux qui ont suivi la leçon memoriis l'ont entendu du souvenir des saints en connexion plus ou moins étroite avec la prière dont il est question avant, ou comme encouragement à une vie meilleure. Hilaire [Contra Const. 27) : apostolus communicare nos sanctorum memoriis docuit... oui nunc sanctorum memoriae communicabitur?... inlellige te divinae religionis liostem et inimicum memoriis sanctorum. Rufin, traducteur d'Origène, après le passage déjà cité : verum nos nec consuetudinem turbamus, nec veritati praeiudicamus, maxime cum utrumque conveniat aedificationi. iYam usibus sanctorum honeste et decenter, non quasi stipem indigentibus praebere, sed censum nostrorum cum ipsis quodammodo liabere communem, et meminisse sanctorum sive in colleclis solemnibus, sii'e pro co, ut ex recordatione eorum proficiamus, aptum et conveniens l'idetur. Le passage de s. Augustin cité, s'il fait allusion à notre texte, l'entend dans le sens du culte des martyrs : communicatis membris apostolorum, communicatis memoriis sanctorum martyrum diffusorum per orbem terrarum, et pertinetis ad curam nostram ut rationem de vobis bonani reddamus. Zahn reconnaît que dans les Acta Pionii il s'agit des fêtes en souvenir des martyrs (Rufin : in collectis solemnibus). Il eût pu trouver une confirmation de sa thèse dans le texte de Sedulius Scotus tel qu"il est cité par WW. : aliter memoriis sanctorum communicantes, hoc est ministrantes eis. Mais il est clair que dans ce passage il faut intervertir le texte commenté : necessitatibus sanctorum communicantes. Manifestum est quia qui preces suas exaudiri vult, aemulus débet esse vitae sanctorum, ut hoc sit memorem esse et communicatorem, imitari actus illorum. Aliter memores {sic) sanctorum communicantes : hoc est ministrantes eis qui, propter Cliristirn omnia contemnentes, alienis ad lempus indigent ministeriis (Μιολέ,Ρ. L. cm, c. 113). Il est évident que Sedulius commente d'abord μνείαις, puis ensuite /ΐ,ύΐ'.',.
L'interprétation de Zahn n'a donc aucun appui, et il faut choisir entre la
avec empressement l'hospitalité, i'* Bénissez les persécuteurs, bénissez et ne maudissez pas. *'' Réjouissez-vous avec ceux qui sont
leçon [Ανείαις qui rentre dans l'ordre de la prière et du culte des saints et la leçon χρείαις qui vise les aumônes faites aux saints. Dès lors la seconde leçon assurée par les mss. et les versions est aussi la plus vraisemblable. Elle se lie sans diificulté à l'hospitalité, tandis que μνείαις ne se lie qu'en apparence à la prière : qu'est-ce que participer aux souvenirs des saints? On pensera avec Weiss, SH. etc. que /ρείαις a été remplacé par μνείαις lorsque la pensée des besoins temporels des saints a fait place au souci très légitime de s'inspirer de leur vie.
— χοινωνεΓν « s'associer à » (cf. II lo. 11; I Pet. iv, 13), terme délicat très bien expliqué par Orig.-lat. : si vraiment on fait siennes les souffrances d'autrui par la charité, on est bien près d'y porter remède par l'aumône. Quand on s'est trouvé sans gîte, on comprend mieux l'obligation d'accueillir des frères. L'hospitalité est une forme spéciale de ces bons offices. Le mot διώχοντες est très énergique : il faut pour ainsi dire s'arracher les hôtes ; alors seulement ils ne craindront point d'être à charge. L'hospitalité est un devoir très pressant en Orient, surtout chez les nomades. Les premiers chrétiens l'avaient fort à cœur : I Tim. m, 2; Tit. i, 8; Heb. xiii, 2; I Pet. iv, 9. Le mot ne se trouvait pas dans ΓΑ. T. mais bien la chose (cf. I Glem. x, 7; xi, 1; XII, 1).
14) On serait tenté de dire avec Kûhl qu'ici l'horizon s'élargit et que déjà Paul passe aux rapports des chrétiens avec les étrangers ou les ennemis. Mais le v. 16 parle encore des rapports des chrétiens entre eux. L'allusion aux persécuteurs vient peut-être ici de ce que Paul ayant écrit διωκο'ντων (au v. 13), ce mot lui a remis en mémoire la parole du Seigneur : προσεύχεσθε υπίρ των δ"ιωκοντων ίι^λας (Mt. ν, 44), ou bien, à propos d'hospitalité, a-t-il pensé à ceux qui fuyaient la persécution et à leurs persécuteurs [Corn.]? Dans ce cas il faudrait supprimer υμάς après διώκοντας (avec B), d'autant que ce mot s'imposait presque aux copistes par le souvenir de Mt. v, 44, et le mouvement naturel du discours. Bénir signifie ici souhaiter du bien, comme le prouve l'opposition avec le précepte négatif, « ne maudissez pas », χαί μη χαταρασθε. Le précepte négatif n'est point oiseux quand on songe que les Juifs n'allaient pas tarder à introduire dans leurs prières officielles la malédiction des Nazaréens ou chrétiens (cf. Le Messianisme... p. 294). On mesure ici la différence des deux esprits.
Thom. a proposé une partition très ingénieuse des offices de la charité dont il est question à partir de ce verset : considerandum est quod ad caritatem tria pertinent : Primo quidem benevolentia, quae consistit in hoc quod aliquis velit bonum alteri, et malum eius nolit; secundo concordia, quae consistit in hoc quod amicorum sit idem nolle et velle ; tertio beneficentia, quae consistit in hoc quod aliquis benefaciat ei quem amat, et eum non laedat.
WW. suppriment vos après persequentibus (avec Nestlé, contre Soden).
15) La construction change, mais le ton demeure impératif, avec une nuance adoucie ; sur cet infinitif pour l'impératif ou l'optatif, cf. Kî'ihxer-
dans la joie; pleurez avec ceux qui pleurent. ^'^ Ayez entre vous les mêmes sentiments, n'ayant pas le goût des grandeurs, mais sympathisant avec les humbles. Ne soyez pas sages à vos propres
Gerth, II, 2 p. 19 ss. Chrys. a remarqué finement qu'il est beaucoup plus rare de se réjouir avec ceux qui sont dans la joie que de pleurer avec ceux qui pleurent. Le malheur excite naturellement la compassion, et le bonheur, en élevant les autres au-dessus de nous, fait plutôt germer l'envie. On emploie souvent le mot de sympathie; congratulation est à peine usité. Paul aime cette communion des joies, d'autant que les meilleures joies des chrétiens viennent des biens spirituels : χαίρω καΐ συνχα(ρω πασιν υ[χΓν... χαίρετε χαΐ συνχαίρετε [ΐ.οι (Phil. ιι, 17 s.). Α cause du ν. 16 il semble qu'il a en vue les rapports entre chrétiens ; mais il n'eût évidemment pas exclu les Juifs ni les païens de ces démonstrations charitables venant du cœur. — καί devant κλαίειν (Soden) n'est pas suffisamment attesté par les mss. et ne fait qu'alourdir la phrase.
16) Les participes reparaissent, ce qui suppose un temps d'arrêt avant le verset 16; c'est donc avec raison que Nestlé et Soden mettent un point après κλαιόντων. En effet le début du v. 16 est une phrase de transition. Quelquesuns [Orig., Corn., Ji'iL, Zahn), il est vrai, le rapportent à ce qui précède et entendent το αύτο ε?ς άλλί^λους φρονοΰντες du précepte de la charité : « ayez des autres la même opinion que de vous-mêmes et par conséquent traitez-les bien ». Mais dans Paul το αύτο φρονεΓν semble signifier être d'accord, avoir les mêmes opinions, les mêmes sentiments (cf. xv, 5; II Cor. xiii, 11; Phil. ii, 2 : τό αύτο φρονητε... το 'εν φρονοΰντες; Phil. IV, 2), et εις αλλήλους indique seulement que cette concorde dans les sentiments doit se manifester à l'extérieur [Thom., Lips., SH.,Lietz.,KUhl). Les chrétiens ne doivent pas seulement être unis dans la même foi; il y a comme un ensemble de jugements, de sentiments, d'attraits qui constituent l'esprit chrétien et qui fait qu'on tombe d'accord dans les occasions, et que l'exercice de la charité est plus facile. C'est du moins ce que demandait l'Apôtre avec insistance (cf. pour le sens I Cor. I, 10). Le signe le plus sûr de cet esprit chrétien et en même temps le meilleur moyen de maintenir cette concorde, c'est l'humilité. D'ordinaire les hommes regardent en haut et ne songent qu'à s'élever; les relations qu'ils recherchent sont celles qui peuvent les faire monter; ils estiment singulièrement ceux qui ont su gravir les sommets : ils sont τα υψηλά φρονοΰντες. Mais le chrétien, à l'exemple du Christ {Orig.), doit rechercher ce qui est bas, non pas certes dans l'ordre intellectuel ou moral, mais dans l'ordre social {Jiilicher) ; il estime tout ce qui est chétif, humble, méprisé. — La seule difficulté est de savoir si τοΐς ταπεινοίς est au neutre ou au masc. On dit ordinairement neutre, à cause du parallélisme avec τα 6ψηλά, d'autant que le verbe συναπαγόμενοι peut avoir pour complément une chose (cf. Gai. ii, 13; II Pet. m, 17), dans le sens de « se laisser séduire par », aussi bien qu'une personne, de même que συμπεριφέρεσΟαί τινι « condescendre » peut se dire des choses (Épict. I, IX, 12) aussi bien que des personnes (Épict. I, xxix, 64. 66). —
yeux. 1^ Ne rendez à personne le mal pour le mal, agissant ho-
Mais le parallélisme n'est pas toujours rigoureux, et l'on admettra plutôt le maso, parce qu'on ne trouve τα ταπεινά qu'une fois dans la Bible, Ps. cxxxvii, 6 : δτι ύψηλο; δ κύριος, κα"ΐ τα ταπεινά έφορα, καΐ τα υψηλά àπb μακρόθεν γινώσκει (où l'hébreu a d'ailleurs le masculin), tandis que ol ταπεινοί revient constamment (Fielcl). Dans ce sens Chrys. : « Abaisse-toi vers leur vulgarité, condescends, va avec eux de compagnie. Et ne te contente pas de partager leur bassesse par la pensée, aide-les, tends la main, non par l'intermédiaire d'un autre, mais en personne... » Un vrai chrétien trouve mieux sa place dans les mansardes que dans les palais. Quelle perfection demande Paul!
— A cette facilité d'adaptation aux personnes de condition modeste et à toute adaptation complaisante s'oppose la prétention d'être fort sage : d'avance on se donne raison. C'est ce que Paul condamne en revenant à l'impératif parce qu'il cite Prov. m, 4 : μή ?σθι φρο'νιυ,ος παρά σεαυτω, « ne sois pas sage à tes propres yeux », peu disposé à céder, — sens légèrement différent de celui que nous aA'ons reconnu (plus haut xi, 25), en suivant une leçon différente.
Je ne vois rien à changer à la Vg. D'après la première opinion indiquée {Corn, etc.), le début devrait se traduire : eodem animo alii in alios affecti [Érasme). l*our le reste, cf. Tert. (Adv. Marc. V, 14) : non altuni sapientes, sed Jiumilibus adsectantes (Migne : assentantes).
17) C'est ici que Paul envisage les rapports avec les étrangers. Au v. 14 on bénissait les persécuteurs, mais on le faisait au sein de la communauté. Ici se pose la question des relations. Si elles étaient bonnes, la situation serait résolue d'avance d'après les principes mêmes des païens (Mt. v, 46). Mais trop souvent le milieu, composé de païens ou de Juifs, était hostile. Rendre le mal pour le mal était déjà réprouvé par le psalmiste (vu, 5), malgré la loi du talion, et par la saine morale des anciens; Paul l'avait interdit aux Thessaloniciens (v, 15; cf. I Pet. m, 9). — Le verset se continue par un texte des Proverbes (ui, 4) : κα\ προνόου καλά Ινώπιον Κυρίου κα\ ανθρώπων, cité très librement. Paul a sûrement retranché la mention du Seigneur, qui a pénétré dans quelques textes d'après II Cor. viii, 21, et il a ajouté πάντων, pour donner un pendant à μηδενί, parce qu'il pense désormais à l'attitude des chrétiens dans le monde. Ne pas rendre le mal pour le mal est noble et généreux, de nature à concilier aux chrétiens l'estime de tous ; s'il ne faut pas la rechercher pour elle-même, il ne convient pas de la dédaigner, dans l'intérêt des âmes, et pour l'honneur du christianisme (Tit. ii, 10 etc.). — Jiilicher et Kuhl ont pensé que la citation n'était qu'une réminiscence, et qu'il ne fallait pas tenir grand compte du mot Ινώπιον amené par ce souvenir. Le texte ne serait pas à expliquer au sens de Prov. m, 4, et tous les hommes seraient les objets plutôt que les témoins de l'attitude chrétienne. Mais alors il faudrait aller jusqu'au bout et entendre καλά de la bienfaisance, selon l'enseignement de Jésus de rendre le bien pour le mal (Mt. v, 43 s.). Or cela est impossible, car καλά signifie bien des actions bonnes, mais dans le sens de probes, honnêtes, nobles, non dans le sens de charitables.
norablement devant tout le monde. '^ S'il est possible, autant qu'il est en vous, soyez en paix avec tous les hommes, i^ Ne vous faites pas justice à vous-mêmes, [mes] bien-aimés, mais laissez agir la colère [de Dieu], car il est écrit : «A moi la vengeance; c'est moi qui rétribuerai», dit le Seigneur. 20 Mais [plutôt] si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire ; car en agis-
Dans la Vg. il faudrait retrancher non tantiim coram Deo sed edam.
18) ει δυνατόν, τό Ιξ υιχών, cf. ΜίΝ. Fel, Oct. ΧΛα : Dicam equidem, ut potero, pro viribus (cité par Field). Dans l'auteur latin ce n'est guère qu'une affectation de modestie. La pensée de Paul poursuit les excuses possibles. Être en paix avec tout le monde, mais il faudrait d'abord qu'on ne m'attaque pas ! — Soit, peut-être est-ce en effet impossible; mais avez-vous fait tout ce qui dépendait de vous ?
19) Le secret le plus sûr pour garder cette paix, c'est de ne point vous venger des hostilités qu'on a commencées contre vous, de ne pas vous faire justice à vous-mêmes. Conduite héroïque peut-être, Paul le sait, aussi témoigne-t-il plus de tendresse, αγαπητοί. Que faire? laisser à Dieu le soin de punir. Sur δοτέ το'πον, cf. Eph. iv, 27 [ΐηδε δίδατε το'πον. — ôpyrj est la colère divine, comme le prou\'^e la citation.
Le chrétien disposé à venger ses propres injures, prétextera qu'il fait œuvre de justice. Qu'il se souvienne que Dieu seul est juste juge et qu'il devra lui aussi comparaître devant son tribunal. Le monde comprendra qu'il accomplit par sentiment religieux ce que le stoïcien jugeait convenable à sa dignité : Semper et infintii est animi exiguique voluptas ultio (Juv. Sat. XIII, 190 s.), et pusilli hominis et miseri est répétera mordentem (Sen. De ira, II, 34).
— La citation (cf. Heb. x, 30 sous la même forme) est de Dt. xxxii, 35; elle ne suit ni l'hébreu : « à moi la vengeance et la rétribution », ni les LXX : Iv ή[λέρα Ικδιχ.η'σεως ανταποδώσω, mais le Targum d'Onqelos : i^nlJÏ/ns imp DlbuJ\S NJKT « devant moi (c'est-à-dire à moi) la vengeance et je rétribuerai ». C'est ainsi que l'on expliquait le texte dans les écoles que Paul avait suivies. Il ajoute pour la clarté λίγει Κύριος.
— La Vg. vosmetipsos defendentes doit être entendue dans le sens de vindicantes {Or.-lat., Ambrst.) ou de ulciscentes [Tert., Jér.)\ c'est déjà le sens de defendere dans Caes. Civ. I, vu, 7 : sese (milites) paratos esse imperatoris sui tribiinorumque plebis iniurias defendere; Tert. [Adv. Marc. II, 18) a cité Deut. xxxM, 35 sous cette forme : mihi defensam et ego défendant. WW. écrivent vindictam.
20) αλλά (authentique, contre Zahn) est parallèle à άλλα ν. 19, mais marque un crescendo. Il ne suffit pas de demeurer passif, il faut exercer la charité envers ses ennemis s'ils en ont besoin. C'était le principe du Seigneur (Mt. V, '44) ; mais Paul l'exprime en termes empruntés aux Proverbes (xxv, 21 s. exactement selon le texte de B). Deux choses sont certaines : soulager la détresse de son ennemi dans l'intention d'amasser sur sa tête la colère de
sant ainsi tu amasseras des charbons de feu sur sa tête. ^' Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien.
Dieu, ce serait exercer la charité avec une intention haineuse, sentiment aussi étranger à ΓΛ. T. qu'à Paul lui-même. D'autre part, « avoir des charbons sur la tète » constitue une situation des plus douloureuses et dont il paraît facile de sortir si on le veut. L'idée est donc que l'ennemi devra se sentir vaincu par tant de générosité, et disposé à de meilleurs sentiments. C'est précisément la morale du v. 21. — Le même contexte dans Sénèque : Irascetur aliquis? Tu contra δβηββΰϊΪΒ provoca; cadit statiin simultas ah altéra parte déserta... ille est melior qui prior pcdem rettulit, i'ictus est qui vicit {l. L).
21) Le mal ne triomphe que par la contagion du mal. L'ennemi a commis une mauvaise action; ce mal grandit au lieu d'être réprimé, si l'on se venge, et le chrétien est donc vaincu, non par le mal qu'il a enduré, mais par celui qu'il a commis. Au contraire, s'il pardonne, le mal est vaincu, puisqu'il est impuissant à se propager, et l'on peut espérer qu'il sera même expulsé du cœur qu'il a entraîné. Que le chrétien ne pense plus à son adversaire; son véritable adversaire, c'est le mal. Et puisqu'il est trop dur de demeurer vaincu, qu'il s'anime par la pensée d'une victoire plus glorieuse.
Le discours s'adresse à tous les chrétiens; il est à la seconde personne du singulier pour s'harmoniser avec la citation du v. précédent.