Eph., I, '!<-14; II, 11 etsuiv. ; m, 1 etsuiv.; iv
INTRODUCTION. xiii
une vive surprise en le voyant, dans tout le cours d'une lettre adressée à ces mêmes Ephésiens, « que durant trois ans il n'a cessé d'exhorter jour et nuit avec larmes, » perdre toutes les occasions qui se présentent à lui de leur rappeler son séjour parmi eux, en le voyant, dis-je, se renfermer obstinément dans la philosophie abstraite, ou, ce qui est plus singulier, dans des formules émoussées pouvant convenir à la première Eglise venue ^ Combien il en est autrement dans les épîtres aux Corinthiens, aux Galates, aux Philippiens, aux Thessaloniciens, même dans l'épître à ces Ccflossiens que pourtant l'apôtre ne connaissait qu'indirectement ! L'épître aux Romains est la seule qui à cet égard ressemble un peu à la nôtre. Comme la nôtre, l'épître aux Romains est un exposé doctrinal complet, tandis que, dans les épîtres adressées à des lecteurs qui ont reçu de lui l'Évangile, Paul suppose toujours connues les bases de son enseignement, et se contente d'insister sur quelque point qui a de l'à-propos. Gomment se fait-il que les deux seules lettres impersonnelles de Paul soient, d'une part, une épître adressée à une Eglise qu'il n'avait jamais
1. Eph., I, 13, 15; II, 11 et suiv.; m, 1-13; iv, 20, etc. Notez surtout les passages m, 2; iv, 21, lesquels supposent que, parmi les gens à qui Paul s'adresse, il oeut s'en trouver qu'il ne connaisse pas.
Stiv SAINT PAUL.
vue s et de l'autre, une épître adressée à l'Eglise avec laquelle il avait eu les rapports les plus longs et les plus suivis ?
La lecture de l'épître dite aux Éphésiens suffirait donc pour faire soupçonner que le morceau en question n'a pas été adressé à l'Eglise d'Ephèse. Le témoignage des manuscrits transforme ces soupçons en certitude. Les mots èv 'EçéGO), dans le premier verset, ont été introduits vers la fin du iv"* siècle. Le manuscrit du Vatican et le Codex Siimiticus, tous deux du IV* siècle, et dont l'autorité, au moins quand ils sont d'accord, l'emporte sur celle de tous les autres manuscrits ensemble, n'offrent pas ces mots. Un manuscrit de Vienne, celui qu'on désigne dans les collations des épîtres de Paul par le chiffre 67, du xi* ou du XII* siècle, les présente biffés. Saint Basile nous atteste que les anciens manuscrits qu'il a pu consulter n'avaient pas ces mots^ Enfin des témoignages du m' siècle prouvent qu'à cette époque l'existence desdits mots au premier verset était in-
4. Si l'épître aux Romains a été circulaire (voir ci-dessous, p. Lxxii et suiv.), le raisonnement que nous faisons en ce moment n'en est que plus fort.
2. Contre Eanomius, II, 19. Ojtw y.al ol •repi r,u.â)v «apaJc^wxaoi y.x\. ïi|j.£l{ Èv Ttïç TraXaicîç twv àvTi-yfocwwv £Ùf Yij4a(Aêv . Ce traité a été btvA l'an 365 à peu près.
INTRODUCTION. iv
coniïue*. Si dès lors tout le monde croyait que l'épître dont il s'agit avait été adressée aux Ephésiens *, c'était en vertu du titre, non en vertu de la suscription. Un homme qui, malgré l'esprit d'à priori dogmatique qu'il porta souvent dans la correction des livres saints , eut souvent des éclairs de vraie critique, Marcion (vers 150), voulait que l'épître dite aux Ephésiens fût l'épître aux Laodicéens dont saint Paul parle dans l'épître aux Colossiens \ Ce qui paraît le plus vrai, c'est que l'épître dite aux Ephésiens n'a été adressée à aucune Eglise déterminée; que, si elle est de saint Paul, c'est une simple lettre circulaire destinée aux Eglises d'Asie composées de païens convertis. La suscription de ces lettres , copiées à plusieurs exemplaires, pouvait offrir, après les mots Toî"; oixyiv, un blanc destiné à recevoir le nom de
\. Origène, passage tiré d'une Chahie^ dans Tischendorf, Nov. Test., T édition (Leipzig, 1859), p. 441, note; TertuUien Contre Marcion, V., \\,M (passages qui supposent que ni Marcion ni TertuUien n'avaient les mots èv È^saw dans leurs manuscrits au verset 1. Sans cela, 1° on ne concevrait pas l'opinion de Marcion; 2° TertuUien l'accablerait avec ce texte; or, TertuUien combat Marcion seulement avec le titre Hpô; Ètpeaicu; et avec l'autorité de l'Église); saint Jérôme, In Eph., i, 1, où quidam se rapporte sans doute à Origène.