‹ Saint PaulChapitre 10 sur 31 · LES DROITS OU PRÊTRE · texte numérisé non relu

LES DROITS OU PRÊTRE

Que les prêtres qui gouvernent bien soient jugés dignes d'un double honneur, surtout ceux qui travaillent à la prédication et à l'instruction^ : dette sacrée imposée au peuple fidèle et dont le payement généreux lui est une nouvelle source de grâces et de bénédictions. Le prêtre est sans réserve donné aux fidèles ; son corps s'use, sa vie se consume, ses journées s'absorbent dans son dur ministère : c'est à la fois à l'âme et au corps de son pasteur que le peuple chrétien payera la dette dont lui parle ici saint Paul. A son âme il donnera la consolation et l'assistance : à ses besoins matériels il procurera l'humble nécessaire d'une frugale vie. Le pain du cœur et le pain du corps.

I. — Le pain de l'âme c'est la prière, c'est l'amour, c'est la tendresse filiale, c'est l'obéissance, c'est la soumission dans la charité. Voilà ce qu'attend tout d'abord le prêtre de ses fils spirituels. Voilà la consolati on et la joie dont a besoin son zèle pour se soutenir. Quand Pierre était enfermé dans les cachots d'Hérode, l'assemblée des fidèles était en prières. Enveloppé de dangers, traversé d'obstacles, souvent assailli par la persécution, le prêtre doit trouver dans les prières des fidèles un continuel appui, aussi les réclame-t-il avec instance.

i I Tim. V, 17.

Frères, priez pour moi '! Priez quand vous me voyez dans les peines et les traverses, Aidez-moi vous aussi en priant pour moi 2 le Dieu puissant et bon qui déjà m'a arraché de tant de périls, le Dieu qui, j'en ai l' espérance , m'arrachera encore de ceux-ci ^. Priez quand vous me voyez élevé si haut, comblé de faveurs si divines et revêtu de si formidables pouvoirs : afin que, par tant de fidèles réunis, des actions de grâces, sorties de tant de lèvres, soient rendues à Dieu pour moi*. Ah! priez surtout pour les fruits de mon zèle, le succès de mes œuvres : Priez ensemble pour moi, afin que Dieu m'ouvre des entrées à ma parole ; qu'elle puisse enseigner le mystère de Jésus-Christ ^.

Les fidèles doivent vénérer et chérir leurs prêtres. Nous vous en prions, frères, reconnaissez ce que sont ces prêtres qui travaillent au milieu de vous, et sont à votre tète dans le Seigneur, et vous avertissent ^. Ce qu'ils vous sont ? Ah ! des hommes célestes et divins : des anges de Dieu: d'autres Jésus-Christ "^ : des ambassadeurs revêtus de la puissance d'en haut : des pères ^ qui portent au cœur toute la charité du Dieu qui vous les envoie. Ne les vénérez donc pas seulement, aimez-les aussi : ayez pour eucp la plus abondante charité à cause de l'œuvre qu'ils opèrent '. Ils se donnent à vous, ils. souffrent pour vous, ils vivent et meurent pour vos âmes : aimez-les donc du «< plus abondant amour ^o. » Le fidèle dira-t-il : ils sont durs, âpres, exigeants, grondeurs éternels, nos prêtres? Eh! quoi, chrétien, ignores-tu donc que la sévérité si aimante de tes prêtres fait leur supplice et

U Thessal. V, 25. — « II Cor. i. Il: — siICor. i, 10. — Ml Cor. 1, 11. — 5 Coloss. IV. 3. — 6 I Thessal. v, 12. — "^ Galat. iv. — » I Cor. IV, 13, — 9 I Thessal. v, 13. — »» II Cor, 11, 3, 4.

ta sûreté? Ifçnorcs-tu que s'ils sévissent c'est en versant bien des larmes *, en passant paî^ les angoisses du cœur 2? C'est un amour d'enfant et de disciple qu'on demande à la noblesse de ton cœur. Supporte tes prêtres. Ce n'est qu'ainsi que tu les aimeras du vrai amour. Supportezmoi: j'ai pour vous un amour jaloux, jaloux comme celui de Dieu!... je tremble que de même qu'Eve fut séduite par la malice du serpent, vos espiHts aussi ne se corrompent et ne déchoient de la simplicité qui est dans le Christ^, Voilà, la raison de réprimandes parfois sévères, toujours dictées par l'amour. Je vous en prie, mes frères, supportez ces paroles de consolation -*.

Aijez la paix avec eux ^. Si les fidèles doivent à leurs prêtres la vénération et l'amour, que dire de ceux qui leur versent l'amertume à pleines coupes? qui les accablent de leurs dédains, et les poursuivent peut-être de leurs haines? qui les minent sourdement de leurs calomnies, les noircissent des plus iniques accusations, et se font un jeu abominable de les torturer? C'est là, qu'ils le sachent, une impiété dangereuse, une injustice, une lâcheté. Une impiété; Dieu dit : « Gardez- vous bien de toucher à mes christs®! >> L'Apôtre criait à ses persécuteurs ; que personne ne me moleste, je porte les stigmates de Jésus-Christ'^ ! » Dieu venge ses prêtres : leurs larmes cachées, leurs plaintes solitaires montent au ciel, y forment des tonnerres de vengeances, et retombent en malédictions sur les coupables. « La plus terrible vengeance du prêtre sont ses pleurs et ses gémissements *. » Qu'ils ne gémissent pas ! cela ne vous est pas

' II Cor. 11,4. — 2 II Cor. ir, 4. — a il Cor. xi, 1-4. — - Hebr. XIII. n. — 5 1 Thessal. V, 13. - s Psal. GIV, 15. — " Galat. vi, 17. — s Sanct. Chrys. in llebr.

bon^. Car il y a là flagrante injustice. Quoi ! c'est parce que leur vie est plus dure, leurs vertus plus hautes, leur responsabilité plus terrible que l'ingratitude viendra ajouter à leur fardeau et envenimer leurs plaies! Us veillent comme devant rendre compte pour vos âmes ^ : c'est-à-dire qu'ils sont aux postes les plus pénibles et les plus dangereux; il faudrait donc alléger et non pas accabler ces âmes déjà trop brisées. Mais non, le prêtre se verra sans cesse, sans fin, exposé à la « morsure de l'aspic, » aux langues si légères, si promptes, si venimeuses ; et celui que l'Eglise recouvre de tant de respects, sera le jouet éternel de la calomnie. Ah ! venez donc, persécuteurs du prêtre, venez voir comment Dieu même entend que soient traités ses oints. -Voici leur maître, voici l'évêque. Il n'y touchera lui-même qu'avec les plus délicates précautions. Si la maturité doit marquer chacun des actes de son administration, cette maturité, quand il s'agit des prêtres, revêt toutes les formes de la plus excessive circonspection. Ne reçois pas d'accusation contre un prêtre, si ce n'est sur le témoignage de deux ou trois témoins. Sans doute, reprends devant tout le monde ceux qui pèchent publiquement, afin d'effrayer les autres. Mais je t'adjure en face de Dieu, du Christ Jésus, et des anges élus, d'observer toutes ces choses, sans préjugé, sans céder à une inclination particulière^.

1 Hebr. xiii, 17. — 2 Hebr. xiii, 17. — 3 I Tim. v, 19-22. - Un prélat émiaent fait sur ce passade de l'Apôtre les réflexions suivantes : « C'est là une' des règles des jugements ecclésiastiques... L'Apôlre, en la proclamant, veut faire entendre qu'elle doit surtout être observée dans les jugements des prêtres. Si dans quelques circonstances, et par rapport à certains crimes dont la preuve est très-difdcile, l'Église s'atfranchit de l'observation littérale de celte prescription, elle ne permet jamais que l'on s'ea

Quoi! les princes de i'Iîlgliso ont reçu de Dieu même l'ordre de traiter le prôtre avec les derniers égards, et le simple fidèle, sur un bruit léger et des rapports douteux, déchirera cette robe sacerdotale, et jettera le déshonneur à la face de cet oint de Dieu! Ah! si ce père trahissait publiquement la sainteté de son sacer-

tieane à un témoignage solitaire ; et il faut que des indices, des documents viennent le corroborer de telle sorte, qu'ils lui communiquent une valeur équivalente à deux témoignages légitimes et concordants.

« Et remarquons que l'Apôtre ne dit point qu'il ne faut pas prononcer de condamnation, mais qu'il ne faut même pas recevoir une accusation contre un prêtre, entamer une action criminelle contre lui en dehors de ces conditions. L'honneur dû au sacerdoce l'exige -, les épreuves si sages et si longues auxquelles ont été soumis ceux qui sont honorés de ce caractère sacré, leur en donnent le droit. La présomption est en leur faveur, tant qu'on ne peut pas produire contre eux des arguments péremptoires ou des témoignages irrécusables.

« On ne peut se dissimuler que la stricte observation de ces règles peut avoir, en certaines circonstances, de vrais inconvénients ; mais il y en a moins en général à se conformer religieusement à des prescriptions tracées aux évêques par le Saint- Esprit, qu'à suivre les inspirations du zèle et les conseils d'une sagesse purement humaine.

« L'Église qui a tant à cœur l'innocence du clergé n'a donc pas moins à cœur la protection du prêtre et l'honneur du sacerdoce...

« Ces règles, l'Apôtre recommande de les observer sans obéir à aucune prévention, sans se laisser gouverner par aucun préjugé, et surtout sans s'écarter des principes d'une parfaite impartialité.

« Se gouverner dans la dispensation des emplois et des honneurs ecclésiastiques par les principes d'une justice toujours exacte. » (Mp Génodi.hiag, ÉpU. pasior.)

doce, il faudrait encore voiler une nudité qui garde à travers le crime des droits à une pitié respectueuse. Que sera-ce donc de dépouiller tout gratuitement de son honneur, celui dont l'honneur fait la seule force au milieu du monde ? c'est là une suprême injustice, et c'est encore là une suprême lâcheté. Ah ! si cet homme avait à la bouche l'acerbe et violente réponse, si la représaille était son arme assurée, comme l'insulte se ferait prudente! comme l'accusation hésiterait à se produire, même dans l'ombre ! mais non, le prêtre est la brebis destinée à regorgement \ Thomme « qui n'a sur les lèvres aucune réplique 2 ; >> on est hardi, on est fort : voilà la lâcheté.

L'Apôtre en était victime à Corinthe. Les mêmes fidèles qui se laissaient tyranniser par les hérétiques hardis et impudents, abusaient, pour le maltraiter, de sa magnanime longanimité : vous souffrez qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous dépouille, qu'on vous traite avec hauteur : je le dis avec confusion, moi, en tout ceci j'ai été traité en être faible ^, qu'il était loisible à tous de fouler !

Un dernier devoir, le plus précieux de tous, reste aux fidèles, celui d'obéir sans résistance aux avis, aux prescriptions de leurs pasteurs ; de vivre, les yeux fixés sur leurs exemples ; de se former peu à peu à la vie chrétienne, au contact de leurs vertu» sacerdotales. Souvenez-vous des pasteurs qui sont à votre tête, qui vous ont prêché la parole de Dieu. Considérant quelle a été la fin de leur vie, imitez leur foi... Obéissez à vos pasteurs . soyez-leur soumis. Car ils veillent comme obligés de rendre compte pour vos âmes; quils puissent s'acquitter de cette

» Rom. VIII, 36, — 2 Psal. XXXV, 7. - 3 II Cor. xi, 20, 21.

charge avec joie et non eu ycmissanl, car cela ne vouo serait pas bon*.

IT. — Le même prêtre qui donne aux fidèles toute son ftme, leur donne aussi tous SCS moments; et retiré des clioses terrestres pour remplir un tout céleste ministère, il s'est mis dans l'impuissance de pourvoir à ses besoins. Après les longues années données aux études préparatoires et à la solitude que réclame la sublimité des vertus qu'il lui faudra pratiquer, à l'âge où ses compagnons d'autrefois sont tous sur la route de la fortune ou maîtres d'une honnête aisance, le prêtre est sans ressource. L'Église au temps de son opulence y pouvait pourvoir ; mais la persécution a dépouillé l'Eglise, et lui restitue à peine et de mauvaise grâce une parcelle des biens qu'elle lui a ravis. Le prêtre est pauvre comme ce roi déchu et indigent de la tragédie antique ^

« Il demande bien peu, mais obtient moins encore. » Quel est l'homme instruit qui, après quinze années d'études, voudrait la chaumière du curé de campagne, sa difficile existence, son pain rare et parfois si amer? Sans doute le prêtre, homme de Dieu et des âmes, habitant d'une autre patrie, ne réclame pas l'opulence. Qu'en ferait-il ? Il est prêt toujours aux privations et aux pénuries : il dit avec l'Apôtre : Ce n'est pas la vue de mon besoin qui me fait parler ; j'ai appris à me contente? de rétat où je me trouve ; je sais vivre pauvrement, et je sais vivre dans l'abondance ; partout et toujours formé à tout , au rassasiement comme à la faim , à l'abondance

1 Hebr. xin, 7, 17. — - Sophocle, Œdip. o Colon.

comme à la détresse. Je puis tout en celui qui me fortifie^.

Mais le comble de l'ingratitude c'est, après lui avoir ménagé le nécessaire d'une main si avare, de le lui reprocher. Quoi ! cet homme voué aux âmes, hôte obligé d'une vie céleste, qui ne touche ni à la charrue ni aux outils de l'ouvrier, ni au négoce de l'homme d'affaires, osera bien réclamer sa nourriture et son vêtement ! Oui, le prêtre entendra parfois l'expression insolente du plus injuste étonnement; et ce n'est pas le moins douloureux des traits que lui enfonce au cœur ce monde, au salut duquel il se sacrifie. Qu'il se console pourtant, ce martyr est ancien dans l'Église : l'Apôtre avant lui devait défendre contre la malignité ou l'irréflexion le morceau de pain reproché à sa volontaire indigence.

Il le défend d'abord au nom du droit naturel. Ainsi donc nous n''avons pas le droit de manger et de boire l Et nous qui donnons au monde la seule vie véritable, la vie éternelle et divine, nous n'avons pas à prétendre même à la vie du corps ! Nous voici en dehors de toute loi, et moins garantis que le ver qui rampe et l'insecte qui trouve sa place au soleil ! Nous n'avons pas le droit de manger et de boire ! Nous n'avons pas le droit de mener avec nous une sœur^ comme tous les autres apôtres, comme les frères du Seigneur et Céphas 2 ? comme tout ce qui travaille sur la terre, comme tout ce qui consacre sa vie au bien de la société ou de la famille, comme le mercenaire qui a vendu ses sueurs de chaque jour ? Moi seul et Barnabe i}ous n'avons pas le droit d^en user de la sorte ? Mais qui jamais fait la guerre à ses dépens ?

» Philip. IV, 11-14. — 2 I Cor. ix, 4-6.

Qui plante une vigne, et ne mange pas de son fruit ? Qui paU le troupeau, et n'a pas droit au lait du troupeau * ? Quoi ! tout homme vit de son travail depuis celui qui en retire Topnlence jusqu'au pauvre qui en obtient son pain de la journée ; et seules, parce qu'elles sont plus nobles et plus saintes, les sueurs du prêtre n'auront que la malédiction de la stérilité?

Cette loi de nature, si absolue déjà en faveur du prêtre contre ses persécuteurs, cette loi n'est pas unique. Un texte écrit émane de Dieu. Comment Dieu, qui vêt la fleur et nourrit l'oiseau, aurait-il laissé ses ambassadeurs à la merci de l'ingratitude et de l'insensibilité des hommes ? Dieu a parlé : en figure d'abord, puis clairement au jour de son incarnation. Est-ce lliommc seul qui parle en ce que je viens de dire, et la loi ne tient-elle pas le même langage ? Voici ce qui est écrit dans la loi de Moïse: Tune lieras pas sa bouche au bœuf qui foule les grains. Est-ce que la prévoyance de Dieu s'arrête à des bœufs ? N'est-ce pas bien plutôt pour nous-mêmes qu'il a fait cette prescription? Oui c'est pour nous qu'a été écrite cette parole. Car celui qui laboure, doit avoir V espérance de moissonner :

celui qui bat le grain, celle d'en obtenir sa part Ignores-

mus que ceux qui 'travaillent dans le sanctuaire doivent vivre des dons du sanctuaire? et ceux qui servent à l'autel participer aux offrandes de r autel? Ainsile Seigneur a ordonné lui-même a ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile'^. — Le laboureur qui a travaillé la terre doit tout le premier avoir part à la moisson».

L'avarice ou l'incurie des fidèles, en face des besoins de leurs prêtres, revêt un caractère plus odieux, quand on considère les biens immenses qu'ils en reçoivent sans

1 I Cor. IX, 6-8. - 2 I Cor. ix, 8, 9, 10, 13, U. — ^ II Tim, u, Q,

cesse. Qui leur a ouvert le Ciel? qui le leur ouvre encore tous les jours ? qui les réconcilie avec Dieu ? qui leur donne ce Dieu ? qui le dépose sur leurs lèvres et le fait entrer dans leur cœur ? qui les console ? qui les conseille ? qui leur dispense le trésor si rare de la vérité ? qui fut là pour apporter à leur berceau les splendeurs de la naissance divine? qui portera à leur tombe le dernier souvenir et la dernière prière ? Tous les trésors divins, ils les tiennent du prêtre, et à ce prêtre, ils refuseront l'humble subsistance qui lui suffit ! Si nous avons semé au milieu de vous les richesses spirituelles, c'est donc chose exorbitante que nous moissonnioîis de vos biens temporels ^ !

Ah ! il faudra que le prêtre boive jusqu'à la lie cette amertume, et que l'affront soit complet. Ces mains si avares à dispenser au prêtre de légères rétributions, le prêtre les verra s'ouvrir avec la plus folle prodigalité, au moindre désir d'un monde dont les amateurs ne recueillent que déceptions et stérilité. Ils ont eu, ces ingrats et ces insensés, de l'argent pour tous les caprices de la frivolité et les exigences insolentes du luxe ; mais qu'un pauvre prêtre s'adresse à eux dans son indigence : l'or a disparu et le solliciteur importune ! Mais quoi donc?5i d'autres participent à vos ressources, pourquoi pas plutôt nous-mêmes ^ ?

Si le prêtre était seul, il souffrirait en silence son dénûment ; peu lui suffit : ayant la nourriture et un vêtement pour nous couvrir, nous sommes satisfaits^. Le prêtre sait supporter l'indigence^. Mais le prêtre est père: toute la famille des pauvres est sa famille ! Et les visiter sans

t I Cor. IX, 11. — a I Cor. ix, 12. — 3 ï Tim. vi, 8. — ♦ Philipp. IV.

pouvoir soulager leur misère, est pour lui la suprême douleur. Ah ! vous jaitcs bien de venir en aide à sa tribulation * !

Enlin l'Apôtre touche un dernier motif où se révèle l'exquise délicatesse de son cœur/ D'où vient sa grande joie quand il voit ses fils reconnaissants soutenir généreusement son indigence? Est-ce du don même? Non certes : je ne cherche pas le don ! ce que je cherche, c'est vous-mêmes^, c'est votre cœur, c'est votre amour: ces dons me font voir en vous des fils dévoués, des cœurs remplis de gratitude et d'amour, voilà ma joie suprême ! J'ai reçu une joie immense dans le Seigneur en voyant qu'enfin vos sentiments pour moi ont poussé de nouvelles fleurs ^... : — J'ai tous vos do7is : je suis dans V abondance; je suis comblé depuis que j'ai reçu vos offrandes des mains d'Épaphrodite, parfum suave, sacrifice précieux que Dieu agrée. Que mon Dieu comble tous vos désirs, selon ses richesses et sa gloire dans le Christ Jésus *.

Aimer, bénir, sanctifier : voilà le premier comme le dernier mot du sacerdoce catholique.

» Philip.iv, 14. — ïirCor. ::::, li; — Philip; ..v, 17.- 'Philip, IV, 10. — 4 Philip. IV, 18.

Jésus-Christ, Verbe de Dieu fait chair, expie pour l'homrae, réconcilie l'homme à Dieu, élève l'homme jusqu'à la vie divine, jusqu'à la possession surnaturelle et béatifique de Dieu. Comment s'opère en l'homme cette transformation qui d'un pécheur fait un juste, et d'une faible créature un être déiforme ? La grâce, nous l'avons vu, jaillie de la rédemption, descend en l'homme, le pénètre, le transfigure. Mais cette grâce, où l'homme l'ira-t-il prendre ? Qù se conserve, au milieu des perversités de la terre et des dévastations du péché, ce ridie héritage de l'Homme-Dieu ? Jésus-Christ la confie à « une épous#, » une « sœur^» née de lui comme Eve du premier Adam : la sainte Eglise catholique, continuation, extension sur la terre de l'Homme-Dieu Rédempteur, possédera la grâce et la communiquera aux hommes. Mais dans cette Eglise, tous seront-ils indistinctement

* Gant, cant.

i< les dispensateurs des mystères de Dieu^, » de la vie surnaturelle, de la grâce ? Non, ce trésor est entre les mains d'un sacerdoce qui en a la garde et la dispensation. Rédemption, grâce, Église, sacerdoce : telle est donc la chaîne qu'il nous a fallu logiquement parcourir : chaîne splendide qui, unissant le ciel et la terre, élève la plus chétive créature jusqu'aux gloires de la vie même de Dieu.

Une question nouvelle se présente. Par quel agent mystérieux la grâce se transmet-elle à l'homme ? Par le sacrement. Qu'est-ce que le sacrement ?

L'homme est corps en même temps qu'il est âme. Il est dès lors de toute nécessité qu'il n'agisse pas par son âme seulement, mais que son âme agisse au moyen du corps, comme d'un instrument. Le signe, l'élément matériel, l'agent sensible sera la condition de sa vie et de son acte : l'âme ne donnera au dehors et ne recevra du dehors que par l'intermédiaire dès corps. Voici le geste, voici la parole : qu'est-ce que cela, sinon l'âme manifestée par le signe sensible, l'âme se communiquant au moyen d'un instrument matériel ? voici devant moi une lourde masse : je veux la soulever. Je veux : voilà l'âme ; la voilà aux prises avec ce corps inerte. Seule réussira-t-elle à le remuer ? non, elle appellera à son aide le bras, elle lui communiquera sa force, elle s'y incarnera pour ainsi parler , le bras mû par l'âme opérera ce que ni lui ni l'âme n'eussent pu faire isoli^ment. La puissance de ce sacrement naturel, c'est-à-dire de la force immatérielle .et invisible transmise par l'instrument matériel, cette puissance est incalculable. Que sont les grandes œuvres de l'homme, sinon son âme

U Cor. IV, 1,

LES SACREMENTS Ul'.j

remuant la matière, soulevant la nature? Qui niera l'efficaeilé du sacrement surnaturel s'il en veut considérer quelque image dans l'ordre de la nature ? Que des lèvres d'un roi un mot s'échappe, un son soit entendu : de vastes ébranlements, le choc formidable des armes vont suivre. Quelle proportion entre ces effets et le son d'une parole? Ah! c'est qu'en ce mot, en ce signe sensible, s'est cachée l'âme, la volonté, puissance d'un grand peuple. Quand Rome, dans son Colisée, levait ou abaissait sa main, ce geste si mince décidait de la vie ou de jla mort de milliers d'hommes : d'où venait à ce signe sa terrible puissance, sinon de ce que toute l'âme du colossal empire y était renfermée ?

De ce qui précède, il nous est facile de conclure, avec saint Thomas, que Dieu, quand il voudra nous communiquer les forces surnaturelles de la grâce, le fera sans briser l'harmonie de la création. Il suivra, dans l'ordre surnaturel, le mode fixé par lui dans Tordre naturel. Le signe sensible sera choisi, dans lequel il enfermera sa puissance, et duquel nous tirerons la force et la vie. « Telle est, dans l'ordre naturel, la condition de l'homme que, pour saisir l'immatériel et l'intelligible, il lui faut, comme instruments, les objets sensibles. Il importait donc que les remèdes spirituels lui fussent donnés par l'intermédiaire des signes sensibles • . » Le sacrement ne sera donc rien autre chose qu'un signe visible de la grâce invisible, institué pour notre justification. La vertu de Dieu pénétrera la goutte d'eau ou la goutte d'huile, vivifiera un geste, une parole et, de là, jaillira sur l'homme touché de cette eau ou de cette huile, la grâce et le salut. ^

1 D. Thom. Sum. contr. Gent. lib. IV, cap. lvi.

Élevons-nous à une sublime doctrine. Jésus-ChrJ?t, le Verbe dans la chair, Dieu agissant corporellement\ la Vertu invisible, manifestée au dehors par le signe sensible : voilà le prototype du sacrement ; voilà, dit l'Apôtre, le grand sacrement de piété manifesté dans la chair 2. C'était, en effet, la manifestation de l'invisible par le signe sensible. En Jésus-Christ, de l'Humanité toute pénétrée de Dieu jaillissaient à flots les puissances divines « dont tous se trouvaient guéris '. » Le signe opérait ainsi la vertu invisible. Or, dit saint Thomas, telle fut la rédemption, tels il convenait que fussent les moyens par lesquels nous est appliquée la rédemption. « La convenance réclamait que les remèdes qui communiquent à l'homme la vertu du Rédempteur retinssent la ressemblance du Rédempteur; c'est-à-dire que la vertu divine en eux opérât invisiblemer)t par l'intermédiaire de signes visibles^» Et si l'incrédulité s'étonne des choix divins, et comment la goutte d'eau devient le salut du monde, qu'elle entre avec le Docteur angélique dans de nouvelles profondeurs de la sagesse de Dieu.

L'homme se perd en jetant son âme aux objets sensibles. Interdit, effrayé de voir venir de là sa condamnation et sa perte, il se prend à les considérer comme mauvais essentiellement ; Dieu le détrompe admirablement bien par les sacrements, lui montrant les choses sensibles aussi propres au salut, pour qui en use selon l'ordre, qu'à la perdition, pour qui s'y attache désordonnément.

Ce n'est pas tout. L'homme a retiré de sa chute un

» Coloss. —21 Tim. m, 16. — ' Luc. vi, 19. — * Sumcont. Gent. lib. IV, cap. lvi.

inguérissable orgueil : Dieu brise cet orgueil avec une merveilleuse eflicacité par le sacrement. Cet orgueilleux, enivré de sa puissance et de ses conquêtes sur la nature, Dieu l'avait déjà laissé à la merci d'un grain de blé. Ahl maintenant qu'il le veut élever aux splendeurs de la vie divine, bien plus, redoutant sa superbe, le ferat-il tributaire du rien ? D'un peu d'eau, d'une goutte d'huile, d'un morceau de pain, de quelques gouttes de vin, dépendront la naissance, l'accroissement, la conservation de l'être divin en l'homme. Toujours le même plan : choisir le rien pour confondre la chair et l'empêcher de s'enorgueillir devant la face du Seigneur \

Voici maintenant, d'après saint Thomas, quel est le rôle de chaque sacrement, et dans quel ordre tous s'enchaînent. Ici encore une admirable harmonie unit ensemble les deux vies naturelle et surnaturelle de l'homme. Naître, atteindre par la croissance la perfection de l'être, entretenir cet être par la nourriture : voilà les trois choses indispensables à l'homme naturel, comme à l'homme surnaturalisé par la grâce. Pour celui-ci, le baptême le fait naître ; la confirmation fortifie et développe sa vie divine ; l'eucharistie, aliment divin, nourriture céleste, l'entretient.

Impeccable, l'homme aurait assez de ces trois sacrements ; mais aux maladies de son corps s'ajoutent les défaillances et les agonies plus terribles de son âme ; aux remèdes naturels qui lui rendent la santé du corps, s'ajouteront donc les remèdes surnaturels dont la merveilleuse efficacité retirera son âme des extrémités de la maladie et des horreurs de la mort. C'est la pénitence; c'est, après elle, l'extréme-onction, qui couronne l'œuvre

UCor.i, 28,

de la miséricorde, en cicatrisant nos plaies, en efïaçant les restes du péché, en dissipant les langueurs de l'âme déjà guérie, en lui communiquant une vigueur qui rejaillit même parfois sur le corps.

Si l'homme vivait seul, ces cinq sacrements suffiraient. Mais l'homme est membre d'une société, dont les deux, grands besoins réclament deux sacrements nouveaux. A cette société il faut une hiérarchie de pouvoirs, et la succession non interrompue des dispensateurs de la vie divine : le sacrement de l'Ordre les donnera sans cesse à l'Église. Mais cette Eglise elle-même ne peut subsister que dans des membres : ces membres, le sacrement de mariage est chargé par Dieu deleslui perpétuellement fournir. L'homme qui n'est plus l'hôte du temps et du monde, qu'une destinée sublime rattache à Dieu, l'homme ne naîtra plus de l'impure effervescence des passions, mais d'un acte élevé par Dieu jusqu'aux gloires du sacrement ^

I. — « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit- Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu '^. » Voilà la naissance divine de l'homme par le baptême. Comment naît-il ? « De l'eau et de l'Esprit. » L'Apôtre précise ces paroles du divin Maître, et achève de nous faire connaître la matière et la forme du sacrement de baptême. Dieu nous a sauvés par l'eau de la renaissance et du renouvellement dit Saint-Esprit, qu'il a répandu sur nous avec effusion par Jésus-Christ, notre Sauveur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers de la vieéternelle selon l'espérance ^. Dieu nous a lavés par

i D. Thom. Sum.conL Cent. 1. IV. — 2 Joan. m, 5.— 3 Til. m. 5-8.

le haptane de l'eau dans la parole de vie^. Comme le Saint-Esprit planait sur les eaux d'où devait surgir un mondo, ainsi sa vertu pénètre l'eau baptismale pour lui t'airo. produire une autre création l)ien autrement noble et belle. Ce qu'est le sein maternel à l'homme terrestre, l'eau vivifiée par l'Esprit l'est à l'homme spirituel. Les organes vivifiés par la puissance divine produisent l'homme de la nature ; l'eau fécondée par l'Esprit enfante l'homme de la grâce 2.

Et l'eau comme les paroles ont été choisies avec une merveilleuse sagesse. Le signe sensible, dit saint Thomas, doit être apte à représenter la grâce invisible qu'il confère. Or la grâce, ici, est le renouvellement d'un être couvert de souillures. Il faut le bain qui purifie,/«l'of/'um* ; qui rende à la créature hideusement défigurée par la fange du péché cet éclat qui ne connaît ni tache ni souillureK Quand l'eau coulera svir le front de l'homme, le regard intérieur pénétrera jusqu'à cette purification surnaturelle qui d'un être souillé fait un ange immaculé et radieux. Déplus, le baptême est à la fois une mort et une renaissance : il faut mourir pour renaître. Cette mort est celle de l'homme pécheur ; l'eau baptismale nous couvre, nous submerge : nous voilà morts : nous voilà ensevelis^. Et comme le baptême tire son efficacité de la mort de Jésus-Christ, dans cette eau qui ensevelit le baptisé, se peut contempler, comme en une auguste représentation, la sépulture de l'Homme- Dieu, livré pour nos crimes et ressuscité pour notre justification^. Là sont encore rappelés de grands souvenirs. Nos frères furent tous sous la nuée, et tous passèrent la

1 Ephes. V, 26. — » Sanct. Chrys. in Joan. hom. XXV, a» 2. ~m 8 Tit. m. 5. -- * Ephes. v. 27. - « Rom, vi, 1-15. — s Rom. iv, 25.

mer Rouge, et tous sous Moïse furent baptisés dans la nuée et dans la mer^. Depuis les siècles Dieu dramatisait magnifiquement les effets du baptême. Derrière nous l'Egypte, terre du crime et de l'oppression, dont nous brisons le joug ; autour de nous les flots miraculeux qui posent entre la captivité et nous une infranchissable barrière, flots de salut où nous retrouverons la liberté, la sainteté, la joie, l'espérance ; devant nous les splendeurs de la terre de promission, après les rapides douleurs du désert. Saint Thomas ajoute d'autres raisons encore du choix de l'eau comme matière du baptême. Le péché a allumé au cœur de l'homme les flammes dévorantes des passions : l'eau baptismale en tempère les ardeurs et en arrête les ravages. Enfin la même sagesse qui destinait l'eau à de si glorieux effets, en la répandant à profusion sur la terre, la mettait sous la main des hommes, et rendait toujours facile leur régénération 2,

La parole de vie dont parle l'Apôtre, c'est la forme l'invocation de la Sainte Trinité : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Pourquoi cette invocation expresse et distincte des trois Personnes divines ? Les raisons en sont aussi solides que belles. Le baptême tire toute sa vertu des trois Personnes divines : il les faut donc invoquer toutes trois. « Nous recevons du Père la puissance, du Fils la sagesse, du Saint-Esprit l'innocence. Le Père nous donne l'éternité, le Fils sa ressemblance, le Saint-Esprit l'intégrité et la liberté ^. >> Le baptême nous ouvre les magnificences du inonde surnaturel, nous introduit

1 I Cor. X, 12, — 2 Sum. III, q. lxvi. art. 4. — ' Sanct. Gyprian. de Bapt. Christi.

LES Sy^CREMENTS 199

dans la vie déiforme, nous unit à Pieu, fait descendre et résider dans notre âme transGgurOe les trois Personnes divine? : il est donc bien juste et bien naturel de les appeler toutes trois dans le sacrement qui nous vaut leur mystérieuse venue. « Nous sommes dans le Père, nous vivons dans le Fils, nous nous mouvons et nous opérons dans l'Esprit-Saint ^ » Enfin le baptême est le sacrement de la foi, et la foi a pour dogme principal le dogme d'un Dieu subsistant en trois Personnes distinctes. A ce dogme fondamental tous les autres viennent se rattacher. Aussi est-ce lui qui devait apparaître dans ce sacrement qui nous fait fils de la foi.

2. Le plus magnifique effet du baptême est de nous incorporer à Jésus-Christ, de telle sorte que devenus en lui un seul homme nouveau 2, — une nouvelle créature^ -/créés dans le Christ -^ devenus ses membres^, devenus son corps^, nous suivons sa fortune, nous reproduisons sa vie, nous perpétuons ses mystères.

Jésus-Christ est à la fois l'expiateur qui doit mourir et le triomphateur qui ressuscite ; une mort, une vie nouvelle, glorieuse, impérissable : voilà tout Jésus- Christ ; nous voilà nous-mêmes par l'effet de notre baptême. T OMS tous qui avez été baptisés dans le Christ, vou avez revêtu le Christ ''. — Il n'y a plus de Juif^ ni de Gentil^ ni d'esclave, ni de libre, il n'y a plus d'homme^ ni de femme, vous êtes tous une même chose dans le Christ Jésus 8. Quelle est cette chose ? Pour toujours, nous portons la mort de Jésus dans notre corps, afin que la vie de

Sanct. Cyprian. de Bapt. Christi. — ^ Ephes. 11, 15. — ^ li Cor. V, n. — * II Cor. V. 17. — s I Cor. vi, 15. — e Ephes. i, 23. — ■î Galat. ui, 27. - « Galat. m. 28.

Jésus se manifeste dans nos corps ^ . Quelle est cette mort ? quelle est cette vie de Jésus dont le baptême apporte en nous le double effet ? Ignorez^vous que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés '■^ ? Le baptême est l'incorporation à' Jésus-Christ ; et quel Jésus-Christ ? à Jésus- Christ mort, puis à Jésus-Christ ressuscité et vivant d'une nouvelle et immortelle vie. Par le baptême, nous avons été ensevelis avec lui dans la mort; afin que de même que le Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire du Père, nous de même nous marchions dans une nouvelle vie. Car si nous sommes entés en Jésus-Christ en similitude de sa mort, nous le serons aussi en sa résurrection 3. Mais que veut nous dire l'Apôtre par ces mots de mort et de résurrection? comment mourir? comment ressusciter? Sachons d'abord pourquoi Jésus-Christ mourait à la croix. Il y faisait mourir une chair portant en elle la similitude du péché ^ ; cette chair coupable était la nôtre qui est morte en Jésus-Christ. Il le faut comprendre : notre vieil homme a été crucifié en même temps, afin que soit détruit le corps de péché et que désormais nous ne soyons plus asservis au péché ^. La miséricorde nous vient prendre dans cette mort et cet « ensevehssement, » pour nous ramener à la vie. Car une fois morts avec le Christ, croyons-le, avec le Christ aussi nous vivrons ®.

Cette belle doctrine nous mène à un autre effet du baptême : notre sanctification. Nous sortons de l'eau baptismale purs de tout péché, lavés de la double fange du péché originel et de tous les péchés actuels, eh paix

* II Cor. IV, 10. — 2 Rom, yi^ 3. — 3 Rom. vi, 4. — * Kom.vm, 3. — s Rom. VI, 6. — 6 Rom. vi, 8.

LES SACUEMKNTS 2U1

avec Dieu ', ses amis, ses (ils 2, ç-icsbicii aimes ^; revcUis d'une merveilleuse beauté, la beauté même de Jésus- Christ'. Quelle transformation ! quel état et quel état ! couverts de toutes les hidcurs ; resplendissants de tous les éclats et de toutes les beautés. Vous fûtes tout cela, mais vous avez été lavés ^, — lavés dans une eau pure ^ t — mais vous avez été sanctifiés : mais vous avez été justifiés''. — Et alors que vous étiez morts dans vos voluptés et le prépuce âe votre chair, Dieu vous a rendu la vie avec Jésus-Christ, vous pardonnant tous vos péchés, effaçant la cédule qui nous était contraire^, et nous remettant tout en Jésus-Christ ". Et c'est pour nous faire de son sang ce bain purificateur que Jésus-Christ s'est livré — pour se faire une glorieuse Église, sans tache, sans ride, sa7is rien qui y ressemble, mais toute sainte et toute immaculée ^0.

La munificence divine ne s'arrêtera pas là. Avec la souillure, elle nous remet au baptême toute la peine temporelle et éternelle due à nos péchés. Ni en cette vie ni en l'autre, aucune dette ne nous reste à payer des fautes qu'a efifacées ce magnifique sacrement. Plus aucune matière à condamnation ne reste en ceux qui sont dans le Christ Jésus ^^.hetemps, comme l'éternité n'offrent

plus au baptême que paix, grâce et joie Nous entrons

par la foi dans cette grâce où nous vivons maintenant, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire future des fils de Dieu*'^. Et si cette grande amnistie ne comprend pas les douleurs de l'existence ^*, c'est que ces

> Rom. vin, I. — 5 Rom. viii, 14-18. — 3 Ephes. v, 1. — * Philip. ni, 21. - s I Cor. vi. 11. — « Hebr. x, il. — " I Cor. vi, 11. — 8C0I0SS. II, 13, li. — 3 Eph. :v, 22. — »» Ephes. v, 27, - 1» Rom. VIII. 1. — 12 Rom. V, 2. — 13 II Cor. iv, 8.

douleurs sont notre richesse, et que nous nous glorifions dans nos tribulations K

Un dernier effet du baptême, c'est de nous marquer d'un signe indélébile et éternel : Signe divin, livrée glorieuse, qui nous montre aux yeux du ciel et de la terre membres de la famille de Dieu^ ; signe protecteur qui nous défend contre nos ennemis actuels et nous doit préserver des colères du dernier jour. Dieu qui nous a oints, nous a aussi marqués d'un signe *. — Dès que vous avez cru^ vous avez été marqués d'un signe par le Saint-Esprit de la promesse * : — marqués pour le jour de la délivrance ^.

3. Gardons la paix avec Dieu ^ ! O touchante et énergique exhortation au baptisé ! Si généreusement pardonnés, si amoureusement relevés, si divinement transformés, comment pourrions-nous retourner aux hontes, à la félonie, aux désastres du péché? Nous sommes morts "^ : morts au péché, à la vie du monde, aux œuvres de Satan. Le mort est délivré du péché^. Nous sommes ressuscites avec Jésus-Christ à une vie nouvelle : mais, sachons-le, le Christ ressuscité d'entre les morts, ne meurt désormais plus, la mort n'aura plus sur lui d'empire ^. — Donc, considérez-vous comme morts au péché et vivant pour Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur ^^. — Mourant pour le péché, Jésus-Christ est mort une seule fois : vivant, il vit pour Dieu '<, d'une vie glorieuse et inaltérable, «sans ombre ni vicissitudes ^^. » Faisons de même : Teproduisons la vie de Jésus dans

i Rom. V, 3. — 2 Ephes. ii, 19. — ^ II Cor. i, 21, 22. — * Ephes. 1, 13. — 'Ephes. IV, 30. — e Rom. v, 1. — '^Cûloss.m, 3.— «Rom, VI, 7. — 9 Rom, VI, 9, — i" Rom. vi, U. — 'i Rom. vi, 10. — tï Jacob. I, 17.

notn. chair mortelle '. Arrière ces vicissitudes de vie et de mort; (;es retours îi la mort, après la résurrection à la vie. Lavés en notre corps d'une eau pure, gardons inébranlable la confession de notre espérance ^. —Nous voilà faits participants du Christ, à condition de conserver ferme j}isqu^à la fin son commencement d'être^. — Opérant donc la vérité dans la charité, croisso7is par tous les moyens en celui qui est notre chef, Jésus-Christ *.

II. — Ces derniers mots de l'Apôtre nous font entrevoir une nouvelle richesse de la grâce dans un nouveau sacrement. Par le baptême l'homme naît enfant de Dieu'^. Il est enfant : Vous voilà comme de petits enfants dans le Christ^ : Ainsi sommes-nous au sortir de l'eau sainte. « Le lait '' » convient seul à notre faiblesse : « la nourriture solide 8 nous doit être refusée : les hautes doctrines, les mâles vertus, nous seraient d'insupportables fardeaux. Cette enfance spirituelle, comme l'autre, doit avoir un terme. Ce sont « des hommes faits ^ » que réclament Jésus-Christ et l'Église, des hommes à la foi robuste, à la volonté énergique, au travail solide, des défenseurs, des athlètes, des soldats. L'homme spirituel dépouillera donc rapidement tout ce qui est de l'enfance ^^^ pour revêtir la maturité et la force de l'âge parfait ^* ; et sorti de l'obscurité où le retenait l'enfance, il paraîtra au grand jour pour confesser sa foi, combattre l'enfer et le monde et « saisir la vie éternelle ^^^ » Il aura la

» II Cor. IV, 10. — 2 Ilebr. x, 22. — s Hebr. ni, t4. — * Ephes. IV, 15. — s Joan. — c I Cor. m, 1. — ' I Cor. m, 1. — » I Cor. ai, I ; — ilehr. v, 12. — » Eph. iv, 14, 13. — lo I Cor.-xiii, 11. - Il Ephes. IV, li. — 12 1 Tim. vi, 12.

sagesse qui, forUfiêc par un long exercice, sait faire le discernement du bien et du mal ' : l'intelligence, qui illuminée de la foi, apprécie tout^ : le conseil qui sait découvrir ce qui est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait ^ ; la force, qui exécute à travers mille obstacles le bien aperçu de l'intelligence et voulu de la volonté ; la science, qui, dédaigneuse des questions inutiles ^, scrute la création pour découvrir derrière elle les invisibles perfections et aussi l'éternelle puissance et la divinité ^ du Créateur : enfin la crainte, sceau des âmes sages et leur perpétuelle sauvegarde.

Voilà l'homme parfait ^. Comment arrive-t-il à cette plénitude de ses forces spirituelles? L'év^êque prend le chrême, c'est-à-dire l'huile et le baume mélangés ensemble et qu'il a bénits. Il oint "^ le baptisé, le marquant au front du signe de la croix avec ces mots : « Je te marque du signe de la croix et je te confirme par le chrême du salut, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.» Cette onction^, cette main qui, étendue sur l'homme'', le marque au front du signe de la croix, ces paroles sacrées appellent et font descendre sur lui l'effusion des grâces de l'Esprit-Saint. Lui que le baptême avait fait naître et introduit dans la famille de Dieu, le voilà par la confirmation marqué du sceau de la virilité; en possession de la plénitude de la vie chrétienne, fait soldat, fait prince, fait dominateur. « Le sacrement qui communique à l'homme déjà régénéré la force spirituelle le constitue défenseur de la foi de Jésus-Christ. Comme les soldats engagés sous le dra-

1 Hebr. v, 14. — -' ICûr. ii, 15.-3 Rom. xii, 2. — * I Tim. vi, 4. — s Rom. I, 20. — " Ephes. — " II Cor. i, 21. — « II Cor. i; — Jacob. V, 14. — 5 Hebr. vi, 2 ; — Act.vui, 17.

Li:s SACREMENTS 205

peau d'un prince portent ses insignes, le confirmé reçoit au front le sip;no de Jésus-Christ, ce signe de la croix avec lequel Jésus-Christ a combattu et triomphé. Ce signe, il le reçoit au front, pour marquer qu'il doit en public et sans rougir confesser la foi de Jésus-Clirist. Ce signe lui est imprimé avec ce que l'on nomme le chrême, mélange d'huile et de baume : en voici la raison. Par l'huile est désignée la vertu de l'Esprit-Saint, dont l'efïusiona fait donner à Jésus le nom de Christ, et à nous-mêmes par Jésus-Christ et comme ses soldats le nom de chréliens. Le baume, par son parfum, apprend quelle renommée de vertu doivent répandre les fidèles au milieu des mondains, lorsque des retraites cachées de l'Eglise ils se produisent sur les champs de bataille pour y confesser publiquement la foi de Jésus-Christ. Le sacrement de la Confirmation n'est conféré que par les évêques qui sont les généraux de l'armée chrétienne : car même dans la milice séculière, c'est au général qu'il appartient de choisir et d'agréer des soldats à son armée. Une fois confirmé, le chrétien est agrégé à la milice spirituelle : la main est levée sur lui pour marquer l'écoulement de la vertu qui lui vient de Jésus- Christ». »

Voyons maintenant s'avancer au combat le soldat de Dieu. Quelle lutte ! quels ennemis ! quel enjeu ! Après que l'iiomme a écrasé sa nature désarmé et abattu sa chair, triomphé du monde, gardé « au milieu d'une nation perverse 2 » son esprit sans souillure, son âme et son corps sans péché ^] sorti couvert de meurtrissures" de ces premiers combats, des seconds plus terribles l'at-

» D. Thom. Sum. ad Gentil, lib. IV, cap. lx. — - Philip, ii. 15. — 8 1 Thessal. v. 23. — * Galat. v, 24.

tendent. Comme s'il n'avait rien fait encore, il se voit ramené au sein d'une mêlée plus affreuse, en face d'ennemis plus acharnés, plus nombreux et plus forts ; semblable à ces héros qui soutiennent le choc de troupes sans cesse renouvelées, sans pouvoir euxmêmes quitter un instant le champ de bataille et se refaire à l'écart. La lutte ne s'engage pas pour nous contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde, rois des ténèbres qui nous enveloppent ; contre les esprits de malice répandus dans l'air. Prenez donc toutes les armes de Dieu pour pouvoir résister au jour mauvais, et en tout demeurer inébranlables dans la perfection^- Tenez fermes : ceignez vos reins de la vérité, revêtez la cuirasse de la justice, chaussez vos pieds pour parcourir l'Évangile de la paix. Partout, élevez le bouclier de la foi, afin de pouvoir éteindre sur lui les traits enflammés du pervers. Prenez encore le casque du salut et le glaive spirituel, qui est la parole de DieuK

Comment s'étonner et se plaindre que Dieu ait ainsi placé ses justes entre le ciel et la terre, dans une vaste arène où les assaillent à la fois toutes les puissances du monde et de l'enfer ? Ah ! sans doute laissés à euxmêmes ils seraient écrasés! Mais dans ces atomes Dieu verse toute sa force, et son triomphe est de rendre leur faiblesse à jamais invincible. La puissance atteint sa perfectionpar la faiblesse ^.

Le chrétien se plaindrait de sa faiblesse et des forces terribles de l'ennemi ? Ah ! Dieu y a pourvu ! l'Eucharistie va maintenant réparer jour par jour les forces déîdii\\a.ntes des soldats de Jésus-Christ*. C'est au nom de

1 Ephes.vi, 12-18. — s Ephes. vi.. 12-17. — 3 lî Cor. xii, 9, — MITim. II, 3.

ces fils de Dieu, « pèlerins ^» en mnrche vers leur patrie au milieu d'ennemis innombrables, que le prophète s'écriait : « Vous avez dressé devant moi une table, » 6 mon Dieu, où je puise des forces « contre tous mes persécuteurs ^. »

IIL — L'Eucharistie ! merveille des merveilles, œuvre des œuvres, résumé, consommation, couronnement de tous les ouvrages de Dieu : le plus grand, le plus riche, le plus suave des sacrements. Là, comme dans un abîme immense, sont réunies les richesses inscrutables du Christ^. Dans l'Eucharistie, comme dans un océan infini, s'écoulent la bonté, la sagesse, la toute-puissance, la miséricorde, laraunificence de Dieu. Gentrede toutes les grandeurs, de toutes les destinées, de tous les devoirs et de toutes les forces du chrétien, l'Eucharistie est par excellence l'exercice de sa foi, le soutien de son espérance, le feu qui allume en son âme l'incendie de l'amour, l'incompréhensible abaissement ;qui confond son orgueil, la vision de mort, le mémorial des agonies divines qui le réveille de sa langueur et fortifie sa patience, le gage de la plus inénarrable tendresse qui excite sa piété et conserve toujours vives les flammes de sa dévotion.

Otez l'Eucharistie, que devient l'Église ? Firmament sans soleil, terre sans vie, solitude morne et glacée : plus de sacrifice, partant plus de sacerdoce, plus de sacrements, plus de culte : le christianisme entier avec ses dogmes, ses vertus, ses espérances, ses splendeurs, tombe lambeau par lambeau : l'Incarnation dont l'hostie

» Hebr. xi. — 2 Psal. XXII, 5. — 3 Ephes. ui, 8.

de l'autel ne perpétue plus le vivant souvenir, s'efface peu à peu des intelligences et des cœurs; elle n'est plus dans le lointain des âges, qu'une vague et froide apparition. Et, l'Emmanuel oublié de la terre, que reste-t-il de l'œuvre de Dieu ? Les relations entre le ciel et la terre si solennellement inaugurées, si puissamment nouées par l'immolation du calvaire, se détendent peu à peu, impuissantes bientôt à retenir l'humanité dans sa nouvelle et irrémédiable fuite.

Et comme le froid de la mort gagne partout ! Diea n'est plus au tabernacle : à quoi bon le concours des arts, les chefs-d'œuvre du génie? A quoi bon un sol couvert de basiliques splendides? etdansces basiliques, les merveilles de la sculpture et de la peinture rassemblées par une piété insatiable de dévouement et d'amour ? A quoi bon la pompe des cérémonies, la richesse des ornements, la beauté des chants, la ravissante harmonie de la musique religieuse?

Qu'est devenu le protestantisme pour avoir rejeté ce centre unique de toute vie ici-bas? Qu'est- il, qu'un cadavre sans mouvement et sans chaleur ? Et le monde lui-même, si inconscient des biens que l'autel fait jaillir sur lui, que deviendrait-il sans le Dieu mystiquement immolé pour le vivifiera son insu? Tertullien disait aux magistrats de l'Empire : « Si nous nous retirions du milieu de vos cités, vous resteriez épouvantés de votre solitude ^ > Ah! si le tabernacle catholique devenait vide tout à coup, quel affreux malaise gagnerait la société entière d'oii se retireraient ces secrètes influences, ces forces mystérieuse^, ce souffle, cette respiration, ce sang de la charité, qui seuls entretiennent en elle une

» Tertuli. Apolog.

lES SACRKMENTfi 209

vie dont elle jouit sans en reconnaître la source ! Eh bien ! si le monde ignore d'où lui naissent les vierges ({ui s'ininioient ii ses douleurs et ù ses détresses, qui pansent ses plaies vives, veillent à la couche de ses pauvres et à l'agonie de ses moribonds, s'enferment dans ses hôpitaux, et flétrissent avant l'âge au service des plus repoussantes infirmités une vie que la naissance et la fortune faisaient si brillante ; si le monde ignore d'où lui viennent ces apôtres, ces consolateurs, ces anges, qui par milliers, sous tous les noms et sous toutes les bures, font partout et à travers tous les siècles la même œuvré: soulager, bénir, sanctifier une société qui les foule, les méprise et les maudit; si le monde ignore d'où jaillissent ces courages, d'où vivent ces incompréhensibles amours... qu'il vienne, qu'il entre au cénacle où le mène l'Apôtre, et qu'il y regarde un Dieu opérer, avec une simplicité sublime, le plus grand de ses ouvrages.

1. J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné: le Seigneur Jésus, la nuit qu'on le livrait, prit du pain, et rendant grâce, le rompit et dit : prenez et mangez : Ceci EST MON CORPS qui Sera livré pour vous : faites ceci en mémoire de moi. De même après qu^il eut soupe, il prit le calice, disant : Ce calice est la nouvelle alliance en MON sang ; faites ceci, chaque fois que vous boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne^.

« Chrétien, te voilà instruit ; tu as vu toutes 'les paroles qui regardent l'établissement de ce mystère : quelle simplicité ! quelle netteté dans ces paroles ! 11 ne reste

* I Cor. XI, 23-27.

rien à deviner, à gloser.... Quelle simplicité, encore un coup ! quelle force dans ces paroles !.... Sans rien préparer, sans rien tempérer, sans rien expliquer, ni devant ni après, on nous dit tout court, Jésus dit Ceci est mon corps, ceci est mon sang, mon corps donné, mon sang répandu, voilà ce que je vous donnée » , Quoi, il y aurait ici méprise! Jésus dit : Ceci est mon corps, il faut entendre que ce n'est pas son corps! Jésus dit : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, il faut entendre que ce n'est pas son sang ! Jésus équivoque, Jésus trompe ! Il trompe en la personne de ses douze apôtres toute la suite des générations ! Il trompe sur le point fondamental et où l'erreur renverse son œuvre et rejette le monde dans la pire des idolâtries! Il trompe la veille de sa mort ! « la nuit qu'on le livrait! » et le cadeau du départ est le plus mortel des poisons ! Il trompe, quand sa disparition rendra la méprise irrémédiable ! Ce qu'il fait là, c'est son testament, et ce qu'il lègue à l'humanité attentive, c'est un leurre suprême et une suprême ironie! Manger ce pain, n'est pas manger son corps ; boire ce calice, n'est pas boire son sang. Mais alors, que signifient ces paroles : le calice de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas la communication du sang de Jésus-Christ ? Et le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps du Seigneur"^ ? Si ce que je mange est simplement du pain, si ce que je bois est simplement du vin, d'où vient que l'Apôtre dise : Donc, quiconque mangera ce pain ou boira ce calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur^; et pourquoi ? parce qu'il ne discerne

1 Bossuet. Méd. la Cène, XXni« jour. — « I Cor. x, 16.— 3 1 Cor. XI, 27.

pas le corps du Seigneur*. « Mon âme, arrôte-toi ici sans discourir : crois aussi simplement, aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission qu'il fait paraître d'autorité et de puissance. Encore un coup, il veut dans ta foi la même simplicité qu'il a mise dans

ses paroles Je me tais, je crois, j'adore, tout

est dit 2. »

« Mon âme, tu as établi le fondement : tu as cru en simplicité, par un simple acte. Épanche-toi maintenant dans la méditation d'un si grand bienfait ; développetoi il toi-même tout ce qu'il contient, tout ce que Jésus t'a donné par ce peu de mots ^. »

2. Partager la table du Seigneur : boire la coupe du Seigneur *. Voilà comment l'Eucharistie est le résumé de toutes les merveilles divines et le mémorial de toutes nos grandeurs. Dieu nous a créés à son image, intelligents, aimants, libres ; par la grâce de Jésus-Christ, il nous a élevés infiniment plus encore, et au delà des bornes de toute nature créée ; il nous a faits divins ; il nous a faits des fils ; il nous a rendus capables de le posséder lui-même sans voile, sans intermédiaire, directement. Nous disons à ce grand Dieu : Mon père ! que reste-t-il sinon qu'il nous retienne avec lui dans la maison paternelle, à sa table. 0 splendeur de notre divine naissance ! nous voici devenus si célestes, ; si divins, si dieux, s'il est permis de parler ainsi, que la table du Seigneur, la coupe du Seigneur ^ peuvent seules nous convenir, et seules sont dignes de nous. De quoi se peut nourrir notre Dieu sinon de soi ? Chrétien, voilà ta

1 I Cor, XI, 29. — 2 Boss. Méd. la Cène, XXIIP jour. -- s Boss. Méd la Cène, XXIIP jour. - * I Cor. x, 20, 21 , - s I Cor. x, 21 , 22.

nourriture à toi-même : toi aussi, on te convie, on t'oblige à te nourrir de Dieu ! Prends garde de te dégrader assez pour quitter ton royal banquet et t' aller asseoir à la table grossière des créatures, des pécheurs, des démons. Tu ne peux boire le calice du Seigneur et le calice des démons ; Tu ne peux partager la table du Seigneur et la table des démons*.

Prenez et mangez : ceci est mon corps qui sera livré pour vous, et selon le texte grec : mon corps rompu pour cous^. « Vous êtes donc ma victime, ô mon Sauveur! Mais si je ne faisais que vous voir sur votre autel, sur votre croix, je ne saurais pas assez que c'est à moi, que c'est pour moi que vous vous offrez. Mais aujourd'hui que je vousmangejesaiSjjc sens, pour ainsi parler, que c'est pour moi que vous vous êtes offert. Je suis participant de votre autel, de votre croix, du sang qui y purifie le ciel et la terre, de la victoire que vous y avez remportée sur notre ennemi, sur le démon, sur le monde.... Je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité, je le ressens tel qu'il est, je suis pénétré : vous venez vous-même me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d'un amour semblable au vôtre. Ah ! je vois maintenant et je connais que vous avez pris pour moi cette chair humaine, que vous en avez porté les infirmités pour moi, que c'est pour moi que vous

l'avez offerte, qu'elle est à moi En vous incarnant

dans la sainte Vierge, vous n'avez pris qu'une chair individuelle : maintenant vous prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier, vous vous l'appropriez, elle est à vous, vous la rendez comme la vôtre par le contact*. »

i I Cor. X. 21, 2%. — 2 1 Cor. xi, 24. — » Boss. Médit.

0 .Tt^sus, comme devantvotre autel, en face de l'hostie, jo comprends, je savoure ces paroles : (lui adhère au Scifineur rst. avec lui un même esprit* ; et ces autres ; je vous ai fiancée à un homme, chaste vierge destinée au Christ 3. — Et : ils seront deux dans une même chair ^ ; et ces autres encore : Je vis : mais déjà ce n^cst plus moi; ce qui vit en moi, c'est le Christ*. Vous dites: « Prenez : » c'est donc ici la consommation de mon

union avec vous. « Ame chrétienne qui l'avez choisi

pour votre époux par le baptême en foi et avec des promesses mutuelles, le voyez-vous, ce corps sacré de votre époux ? le voyez-vous sur la sainte table, où on vient de consacrer ? Il n'est plus en sa puissance, mais en la vôtre : « Prenez-le, « dit-il, il est à vous ; vous avez sur lui un droit réel.... Unissons-nous donc à Jésus corps à corps, esprit à esprit.... Prenons ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : si, dit-il, nous sommes t7'a7isportés en notre esprit et hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu^. « Je veux jouir de l'époux et de lui seul^. » « Venez, venez, chair de mon Sauveur, charbon ardent purifiez mes lèvres ; brùlez-moi de l'amour qui vous livre à la mort ; venez sang que l'amour a fait répandre : coulez dans mon sein, torrent de flammes "! » Mais écoute, âme chrétienne, épouse de Jésus-Christ : La couche nuptiale est pure^. Loin de toi toute impureté : conserve-toi chaste^ à l'amour et aux embrassements de ton époux qui est vierge et le roi des vierges. Loin de

» I Cor. VI, 17. — « II Cor. xi,2.'— 3 Gen. h, 24. — * Galat, ii, 20. — s II Cor. V, 13. — « Bossuet, Méd. la Cène, XXIV^ jour. — ' Bossuet, Méd. la Cène, XXIII» jour. — « Hebr. xiii, 4. — 9 1 Tim. V, 22.

nous aussi toute contrariété d'humeur, de goût, de volonté : qui adhère au Seigneur, est un même esprit avec luiK Ah! loin de nous surtout toute trahison, tout abandon, gardons-nous que nos âmes, après avoir goûté les délices dans le Christ, s'en aillent rechercher l'alliance des créatures, malheureuses condamnées pour avoir violé de premiers engagements^l Hélas ! que serait-ce que l'adultère, le délaissement de l'époux sacré pour l'impure union des créatures? Quoi! prenant les membres du Christ, j'en ferais les membres d'une impudique! à Dieu ne plaise^ ! — Le corps n'est pas à la fornication : le corps est au Seigneur et le Seigneur est au corps*.

3. A nous tous, nous ne faisons qu'un^seul pain, qu'un seul corps, nous tous qui participo7is à un même pain^. « Un seul pain : » quelle union des fidèles entre eux ! Que faut-il pour que tant de grains différents deviennent un même pain ? Qu'ils se fondent pour ainsi parler les uns dans les autres ; plus de personnalité, plus de séparation ; les voilà tous une même chose ; où l'œil n'aperçoit plus aucune trace de division. Chrétiens qui wan<7ez d'un mêmepain, voilà votre image: vous n'êtes à vous tous qu'un tout, qu'un ensemble, unpain^, —un corps''. Qu'il n'y ait donc entre vous aucune division, aucune aversion, aucune inimitié. Quoi ! vous méprisez vos frères, vous les rebutez, vous les calomniez, vous les injuriez ? Ou bien encore vous êtes si susceptible que la moindre parole vous aigrit ; la plus légère injure vous ferme pour jamais le cœur? Ah! ce n'est plus là

» I Cor. VI, 17. — 2 I Tim. v, 12. — ^ I Cor, vi, 15. — U Cor. VI, 13. — » I Cor. X, 17. — 6 I Cor. x, 17. — M Cor. x, 17; — î Cor. XII, 12, 13.

mnnqn- la cène du Seigneur * ! La cène du Seigneur est tOLilo do charité, elle unit, elle fond les âmes « en un seul tout^, » un cœur et une ûme. De tous les lldèles, elle fait » un seul pain » si lié, si compacte, que l'œil n'aperçoit plus entre les grains la moindre séparation. Mais pour cela, l'abnégation est nécessaire, il faut mourir soi-même, mourir à ses passions, mourir à sa volonté, à ses goûts, à ses intérêts propres. 0 Jésus, apprenez-moi donc à mourir.

4. Au Sacrement jenevois, je n'entends que mort : un voile de mort enveloppe l'Eucharistie tout entière. C'est, pour ainsi parler, en face de la mort qu'elle a été instituée.-La nuit qu'on le livrait''^. Tout se prépare pour la mort du Seigneur : il est vendu, le conseil arrête les dernières dispositions pour sa perte : les bourreaux sont tout prêts ; c'est alors, au milieu de tous ces apprêts de mort, que Jésus « prit du pain"*» et institua la divine Eucharistie. Voici encore l'image de la mort. Le calice est le testament nouveau en monsang^. Comme la mort apparaît ici de toutes parts ! Le premier testament îie/'wî pas confirmé sans effusion de sang. Des victimes avaient été égorgées, et c'est de leur sang dont Moïse arrosait pour ainsi parler la loi entière^. — Or tout cela amvait en figure. Le vrai testament, le testament nouveau, devait se produire tout ensanglanté du sang de bien plus excellentes victimes''. De plus, que serait un testament sans la mort du testateur ? Où il y a testament, il faut qu'il y ait la mort du testateur. Le testament n'a de force que par la mort :il ne vaut pas tout le temps que vit celui qui l'a fait^,

iICor.xi,'20. — 2ICor. x, 17.- » ICor. xi,23. — ^ I Cor.xi,24. — 3 1 Cor. XI, 25. — «i Hebr. ix, 18. — ' Hebr. ix, 23. — » Hebr. ix, lô.

Jésus, VOUS testez, donc vous allez mourir. Mais quoi ! vous mourez à l'heure même : vous dites : ceci est mon corps rompu pour vous * : c'est donc une première immolation, immolation mystique que vous continuerez à travers tous les temps. Car désormais tous les âges seront pleins de votre mort, la mémoire en couvrira toute la terre : partout 07i annoncera la mort du Seigneur 2. C'est votre commandement exprès et le grand fruit de vos mystères : « imprimer dans les âmes et sur les corps, la mort du Christ,^, y Faites ceci, chaque fois que vous boirez^ en mémoire de moi^. Quelle mémoire? quel souvenir ? Chaque fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ^.

« Mon Sauveur, j'écoute sans peine qu'il faut se souvenir de votre mort; qu'il faut contempler par la foi votre chair blessée et votre sang répandu ; et que c'est par là que vous m'avez racheté. C'est cequeje fais en effet dans la sainte Eucharistie, dont le fruit est de m'impriiiaer votre mort dans la pensée, d'y mettre mon espérance, de m'y conformer par la mortification de mes sens®. — Omon Sauveur, c'est donc ici votre corps; ce même corps percé de plaies : je m'unis à toutes : c'est par là, que tout votre sang s'est écoulé pour moi : vous languissez ; vous mourez ; vous passez, c'est ici votre passage : je passe, j'expire avec vous. Que m'est le monde ? Rien du tout : je suis crucifié au monde et le monde à moi. Il ne me plaît pas, et je ne veux pas lui

plaire Je suis attachée la croix avec Jésus-Christ : —

je vis : non plus moif mais Jésus-Christ en moi : — et ce

1 Cor. XI, 24, texte grec. — « I Cor. xi, 26. — » II Cor. iv, 10. — * I Cor. .XI, 25. — 5 I Cor. xi, 26. — « Bossuet, Méd. la Cène.

LKS SACKEMENTfe 217

que j'ai de vie dans la cliair, je l'ai eu la foi du- nis de Dieu quimhi aimé et s'est livré pour moi*.

Je me dirai cela à moi-même tous les jours de ma vie; tons les jours /rt/inoncf mi la mort du Sauveur^ : vivant dans le perpétuel souvenir de cette bienheureuse mort, en imprimant en moi tous les traits. Puis viendra le jour où en toute réalité je devrai unir ma mort à la mort de mon Sauveur. « Mes jours se dissipent comme une fumée, s'en vont comme une eau rapide dont on ne peut arrêter le cours, dans un moment on passera où j'étais, et l'on ne m'y trouvera plus : voilà sa chambre, voilà son lit, dira-t-on; et de tout cela il n'en reste plus que mon tombeau, où l'on dira que je suis, et je n'y serai pas : il n'y aura qu'un Teste de moi-même, et ce reste tel quel se diminuera à chaque moment et se perdra à la fin. Que cela est triste ! oui, si je n'avais pas votre

mort pour me redonner la vie ! C'est ici le temps de

se souvenir de votre mort : de cette mort par laquelle la mort a été vaincue : de cette mort qui nous a fait dire avec confiance : 0 mort, où est ton aiguillon ? 0 mort, où est ta victoire^ '!.... Mon Sauveur, on m'apporte votre corps, ce corps immortel, ce corps spiritualisé ; je le reçois dans le mien, «je ne mourrai pas, je vivrai *.» « Qui mange ma chair, dites-vous, aura la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Il restera dans ce corps mort un germe de vie que la pourriture ne pourra point altérer : il y restera une impression de vie que

rien ne peut effacer Ne parlons donc plus de mort,

il n'y a de mort que le péché ^. »

' Bossuei, Médit., la Cène, XXUb jour. — - I Cor. xi, 26. — ^ I Gûi'. XV, 55. — * Psal. GXVII, 17. — = Bossuet, la Cène, Lie jour.

5. Que l'homme s^ éprouve soi-même ^. Qu'il s'éprouve pour savoir s'il est en foi 2, en grâce, en charité : s'il vit de la divine .vie de Jésus-Christ, si vivant en apparence, en réalité il n'est pas mort 3. « Éprouvez-voas* ! » Et quand faut-il surtout « s'éprouver soi-même, » sinon avant de K s'approcher » de l'autel, de la victime, du Pontife suprême établi sur la maison de Dieu ° ? Car comment s'en ipprocher sinon avec un cœur sincère, une foi pleine, un corps lavé de toute souillure «,...? 0 Dieu, qui nous dira le crime et le malheur de s'approcher indignement des saints mystères ? Que l'homme s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation; ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur'^. Quel crime ! et quelles désastreuses suites d'un tel crime ! « Les Juifs outragèrent ce corps en lui-même et en sa propre substance lorsqu'ils le mirent en croix. Ils outragèrent ce sang en luimême et en sa propre substance, lorsqu'ils le firent couler sur la terre par un infâme supplice, comme si c'eût été le sang d'un coupable. Vous faites un semblable sacrilège, lorsque vous mangez et buvez indignement ce corps et ce sang : vous les profanez : vous les outragez en eux-mêmes^. » Vous tenez pour vil le sang de P alliance, et vous foulez aux pieds le Fils de Dieu... le <n'ucifiant en vous-mêmes... et vous en faisant un jouet ^. — // mange et il boit sa propre condamnation ^''. 0 étrange, ô effrayante suite de la communion indigne ! "Un malédiction universelle enveloppe oe coupable -ai/

» I Cor. XI, 28. — 2 II Cor. xiii, 5. — 3 Apoc. lu, 1. — * II Cor. xiii, 5. — 5 Hebr. x, 21. — e Hebr. x', 22. — " I Cor. xi, 27-30. — 8 Boss., la Cène, XLIVe jour. — 9 Hebr. x, 29.;— »<> I Cor. xi, 29.

dehors, et le pénètre au dedans jusqu'aux dernières profondeurs : il a« mangé', » il a « bu^ » la malédiction ! « Il a aimé la malédiction, elle lui viendra : il n'a pas voulu de la bénédiction, elle s'éloignera du lui. Il s'est vêtu de la malédiction comme d'un vêtement ! Elle est entrée comme l'eau dans ses entrailles, et comme l'huile dans ses os. Qu'elle lui soit le vêtement dont il se couvre : la ceinture dont il soit ceint toujours » ! » Malheur, malheur à cet homme ! « Maudit soit le jour de ma naissance ■♦ ! » disait Job, disait Jéréraie en la personne des méchants et des réprouvés ; « Ma mère, pourquoi m'avez-vous conçu ? Malheureux celui qui est venu annoncer à mon père : un fils vous est né ! Pourquoi le sein de ma mère n'a-t-il pas été mon tombeau ? Nuit affreuse, nuit malheureuse, où j'ai été conçu ! Que ce soit une nuit d'horreur, de tourbillon et de tempête !.,., Ah ! malheureux que je suis ! malheureux encore un coup : disons Sans cesse : malheureux ^ !

Et mille fois malheureux entre tous, ceux qui ayant bu au calice (Vassoupissemcnt'', n'ont plus retiré de la communion profanée qu'une insensibilité profonde, uoisvie delà malédiction définitive, et du « feu >• éternel. •Heureuxparmi ces grands coupables ceux qu'une justice, encore miséricordieuse, frappe durant la vie présente de coups terribles et redoublés ! Combien de ces victimes de leurs mauvaises communions ! Combien de fidèles rappelés à la pénitence par les châtiments corporels : punition de l'Eucharistie profanée! Voilà la rauon pour laquelle il y a parmi vous tant de malades et

I Cor. XI, 27. - 2 1 Cor. xi, 27. — » Psal. GVIIJ. - * Job. m, 3 ; — Jérem. xx, 14. — ^ Eoss., la Cène, XXe jour.— « Isaïe, u, 17- — 7 Hebr. vi, 8.

d'infirmes; 'pourquoi un si grand nombre dorment prématurément du sommeil de la mort. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas ainsi jugés. Mais quand ces jugements nous viennent, c'est le Seigneur qui nous châtie pour ne nous pas envelopper dans' la condat/ination du monde* ! — Donc que tout homme s'éprouve- ! N'oublions jamais que le même Jésus est aux uns une odeur de mort qui tue, pour les autres un parfum de vie qui vivifie ^.

IV. — Oii a abondé le péché, a surabondé la grâce ^ ; «L'abîme appelle l'abîme^;» et où l'on croyait voir le terme des miséricordes, elles commencent. Au Baptême nous recevons une vie divine : à la Confirmation nous atteignons d'un coup la virilité : enfin cette vie et ces forces «de l'homme parfait**, » un aliment divin, « un pain vivant ^, » un pain « descendu du ciel s, » le corps et le sang de l'Homme-Dieu les entretiendront et les fortifieront sans cesse. Est-ce tout ? Non. Une nouvelle et merveilleuse miséricorde apparaît : une puissance de résurrection est laissée dans l'Eglise : un sacrement nouveau est destiné à restaurer sans cesse, sans fin, cette vie divine que le péché détruit toujours. Le Calvaire avec ses flots de grâces, ses réconciliations et ses pardons se continue sur la terre à travers tous les siècles, et les morts ne cessent plus de sortir de leurs tombeaux. Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés à soi-même par Jésus- C hris t ; et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Dieu était dans le Christ se récon-

1 1 Cor. XI. 30-33. — 2 ICor. xii 28. — « II Cor, 11, 16. — * Rom. V, 20. — ^ Psal. XLI, 8. — '' Ephes. — ■ Jean. vi. — » Joan. vi.

LKS .SACUKMKNTS ^ii

vil'uinl le munilr, tir leur imputant plus leurs pèchh; il a dépose en nous la parole de la rêconcilialionK Ainsi Dieu ne se lassera pus plus de pardonner à l'homme, que l'honmie d'outraj^er cette immense et incompréliensible bonlt*. Ce n'est pas une fois seulement que « du rocher (qui est le Christ) l'eau divine ^ » de la grâce inondera sur le peuple : le rocher est partout au désert de ce monde : l'eau du salut «suif » partout le pécheur pour le régénérer. Quel sublime et délicieux mystère se déroule au tribunal de la Pénitence ! Comme autrefois au Calvaire, à mesure que l'humanité du Verbe était brisée sous la douleur, la miséricorde s'étendait sur le monde, la grande amnistie descendait du ciel; dieu était dans le Christ se réconciliant le monde, ne leur imputant plus leurs péchés '*. Ainsi tous les jours, à chaque heure, en tous les lieux qu'a conquis la Rédemption, une main se lève, une parole tombe sur une âme brisée par le repentir et suppliante comme le Dieu expiateur : et à cette grande parole : « Je t'absous,» l'âme reçoit une vie qu'elle avait perdue, et sort des flots du sang divin, comme elle sortit des eaux baptismales « sans tache, sans ride, sans souillure d'aucune sorte ^. »

Une différence profonde doit pourtant sous un autre rapport être remarquée entre le Baptême et la Pénitence. Au baptême, non-seulement la grâce ressuscite l'âme et efïace entièrement le péché, mais remet encore toutes les peines encourues. Le pardon est complet, la dette entière est payée. La pénitence est un second baptême, mais un baptême douloureux. La douleur le précède, l'humiUation l'accompagne, la mortification le

1 II Cor. V, 18-20. — 2 I Cor. x, 4. — s l Cor. x, i. — MI Cor. V 19. — » Euhes. v, 27.

222 CHAPITRE METJVI^IE

suit : trois amertunes y méritent le pardon : le repentir qui brise l'âme, l'aveu fait au prêtre mandataire de Dieu et qui couvre le front de rougeur, la satisfaction qui condamne le coupable pardonné à payer d'un labeur pénible la vie, l'espérance et la paix qui viennent de lui être rendues.

2. Le coupable avouera : inutile de* nous arrêter à la nécessité de l'aveu : tout la proclame, l'histoire divine comme les annales humaines, le commandement divin comme la voix de l'homme. L'aveu sera toujours et partout la première condition du pardon. Avouer : mais à qui ? Pourquoi pas à Dieu tout seul ? Non, dit saint Paul, c'est à nous^ prêtres du Seigneur Jésus-Christ, que Dieu a donné le ministère de la réconciliation^. C'est aux pieds de l'homme que le pécheur viendra s'agenouiller. Dans cet aveu fait au prêtre se trouve tout d'abord pour Dieu une réparation admirablement adaptée à l'injure Le fond de tout péché est l'orgueil, la revendication sacrilège d'une indépendance absolue que ne peut posséder la créature. Cet orgueil viendra se briser devant un homme: devant Dieu il se trouverait trop à l'aise et s'avancerait au haut du temple, avouant plus de vertus qu'il ne confesserait de péchés. .D'ailleurs tout péché blesse la iociété entière en grossissant le trésor de colère ^ d'où sortent ces vastes calamités, sinistre patrimoine de tous ; c'est donc justice que le coupable vienne faire amende honorable, non pas devant le trône des cieux, mais à un tribunal de la terre. Et qui ne voit encore quel frein puissant deviendra pour l'homme la perspective douloureuse de l'aveu ? De plus, puisque tout gouvernement

» II Cor. V, 18. — « Rom. ii, 5.

doit avoir un moyen quelconque de fouiller les retraites ténébreuses où le crime distille ses poisons et prépare SCS coups d(> main, quelle plus merveilleuse institution concevoir au service de l'Mglise, que celle où le coupable de lui-même vient avouer ses desseins pervers, recevoir dans un miséricordieux châtiment la force d'y renoncer, et sort ami de Dieu, de lui-même et de ses semblables? Les tribunaux de la terre arrachent des aveux pleins de haine; les régimes pénitenciers forment tous d'implacables ennemis ; seul, le tribunal des âmes institué par Jésus-Christ sait faire de l'aveu une réhabilitation, de la sentence une amnistie, de la peine une régénération.

Admirons, en effet, « dans ce ministère de réconciliation! * » confié aux prêtres , en même temps que l'efficacité de l'aveu, les douceurs et les facilités merveilleuses que Dieu y a mises. Dieu nous a donné à nous le minisleix de la réconciliation^. « A nous: » à des hommes infirmes et pécheurs enveloppés eux aussi de fai' blesse '. Pauvre âme toute confuse, toute troublée, viens sans crainte: tu tremblerais devant la chaste majesté d'un ange : ton Dieu s'est bien gardé d'en faire ton confesseur ! Voici un homme, fils de la déchéance commune, et qui pour comprendre ton cœur n'a qu'à descendre dans les secrets du sien : puissant à consoler, parce qu'il a tout éprouvé lui-même^. Mais si le prêtre est pécheur, d'où lui vient son trône de juge? Pécheur, oui, mais touché de l'huile sainte, purifié, ennobli, vierge, ange du ciel dans la chair intirme de l'homme. Homme, pour que l'âme pécheresse soit à l'aise, soit

1 II Cor. V, 18. — « II Cor. v, 18. — 8 Hebr. v, 2. — * Hebr. u, 18.

comprise: «ange » et « Difeu \ » pour que sa parole laisse tomber sur le pécheur avec la consolation, la paix et la joie, le conseil qui illumine, l'exhortation qui soutient, le grave et vénérable avertissement qui arrête. 0 délicates attentions de l'amour! L'homme devra faire l'aveu de son crime, c'est l'ordre infiniment sage de la justice : mais l'aveu se murmurera dans le secret, à l'oreille d'un homme tout céleste, qui n^ est pas du monde ^, et qui fera mourir en lui-même aussitôt après l'avoir reçue, la confidence dont il avait besoin pour pardonner et bénir au nom de Dieu.

L'aveu de son crime est sans doute indispensable au pécheur : il est toutefois quelque chose de plus indispensable encore: le repentir. Quand il est dit que Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde^, c'était le Christ couvert de honte, brisé de douleur et de contrition, poussant avec larmes des cris véhéments vers Dieu^ ; le Christ repentantpourle monde entier, et pleurant les crimes de tous ses frères. Le pardon ne put venir qu'à ce prix. Or ce qu'était le chef à Gethsémani, chaque membre coupable le doit être au saint tribunal de la Pénitence. Avouer sans se repentir, c'est ne pas trouver la route de la pénitence 5. Et quelle est l'âme sincèrement repentante ? En voici le portrait tracé par l'Apôtre : Vous avez eu une tristesse selon Dieu^ ; et l'on m'a rapporté vos pleurs ^. . — La tristesse selon Dieu p^^oduit la pénitence, qui donne elle-même un salut assuré. Mais la tristesse du siècle produit la mort. En vous cette tristesse selon Dieu, quelle vigilance elle a produite ! quelle défense! quelle indignation', quelles craintes! quels désirs! quel zèle! quelle vengeance^]

1 Galat.iv, 14. — « Joan. xvii, 16. — » II Cor. v, 19.— * Hebr. v, 7^ — 5 Hebr. xii, 17. — « II Cor. vu, 9. — ' II Cor. vir, 7. — » II Cor. vu. 1 1 !

LES SACRKMKNTS 225

Avant tout, dit saint Tliotiias commentant ce passage, il faut la tristesse^, \c regret des fautes commises : mais la « tristesse, >• la contrition selon Dieu, intérieure, surnaturelle, suprême, universelle; car si quelqu'une de ces quatre qualités manquait, comment la contrition pourrait-elle être « selon Dieu ? » Comment ne lui serait-elle pas plutôt une nouvelle injure? Une fois triste et tremblant, l'homme veille, et sa vigilance embrasse à la fois le mal à fuir et le bien à opérer. Le mal, premier objet de cette sollicitude, l'âme pénitente s'en défend et le combat à outrance : elle le poursuit en elle-même de son indignation et vit dans une crainte perpétuelle de squ retour. Le bien, elle l'appelle de ses désirs, et le poursuit de son zèle dans les bons qu'elle s'efforce d'imiter '. Un impérieux devoir lui reste encore : la vengeance. L'âme se vengera, elle et son Dieu, sur sa chair qui a reçu et . flatté l'ennemi, sur son orgueil qui a secoué le joug, sur sa sensualité qui a refusé la gêne et les sacrifices de la vertu -.

C'est ainsi qu'après la douleur, après l'aveu, doit venir pour le coupable la satisfaction. Comment satisfaire pour le péché remis ali saint tribunal ?

Une belle doctrine de l'Apôtre va répondre. L'homme ne peut se choisir que deux maîtres : Dieu ou ses vices. Pécheur, il s'use au service de tyrans cruels et avides qui, s/îus le nom de plaisirs, le dépouillent et l'exténuent. Régénéré par le pardon divin, que demande la simple justice et la plus vulgaire convenance, sinon qu'il dépense au service de son Dieu les forces qu'il sacrifiait au pécha ? Ne faites plus de vos membres des armes d'ini-

1 D. Tbom. in Paul. — II Cor. cap. vu, lec. III. — 2 Vid. Corn, à Lap. in iumc toc.

quité, au service du péché : mais donnez-vous à Dieu, comme des morts rendus à la vie. Donnez vos membres à Dieu pour opérer la justice... Ignorez-vous que, quel que soit le maître auquel vous vous êtes donnés pour lui obéir, vous êtes les esclaves de ce maître , soit du péché qui vous tue, soit de Vobéissance qui vous justifie ? Grâces soient rendues à Dieu de ce qu'ayant été les esclaves dû péché, vous voici du fond dû cœur dociles à cette forme de doctrine où vous avez été amenés. Affranchis du péché, vous voici devenus les esclaves de la justice. Mon langage est tout humain à cause de la faiblesse de votre chair : de même que vous avez donné vos membres au service de l'impudicité^ de crime en crime, de même maintenant donnez vos membres au service de la justice pour votre sanctification . Au temps où, vous étiez esclaves du péché, vous ne l'étiez pas de la justice. Et quel fruit recueilliez -vous alors de ce qui vo^s couvre aujourd'hui de confusion ? La fin de tout cela, c'est la mort, jlaintenant donc affranchis du péché, devenus esclaves de Dieu, vous recueillez pour fruit la sanctification, et pour fin la vie éternelle. Car la solde du péché, c'est la mort; mais la grâce de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Sauveur^

V. —Tels sont, avec l'Extrême- Onction qui couronne la Pénitence, et à laquelle l'Apôtre fait peut-être allusion -, les cinq sacrements d'où naît, se fortifie, s'entretient et se répare la vie déiforme de la grâce. La société chrétienne possède les deux derniers et en tire sa force et sa conservation : VOrdre lui donne ses princes, le Mariage lui donne ses enfants.

» Rom. VI, 13-23. — 2 II Corinth. j, 2!.

Nous n'avons plus à revenir sur ce que nous avons dit plus haut du sacerdoce. Nous nous bornerons à montrer comment les canons fondamentaux du Concile de Trente trouvent dans les passages de l'Apôtre le plus solide appui. « Si quelqu'un dit que l'Ordre ou l'ordination sacrée n'est pas vraiment et proprement un sacrement institué par notre Sauveur... qu'il soit anathème* ! » « Le témoignage de l'Kcriture et le consentement unanime des Pères démontrent avec évidence que la grâce est conférée par la sainte ordination qui s'accomplit par des paroles et par des signes extérieurs ^ »

« Le sacrement de l'Ordre constitue le sacerdoce, qui comprend l'épiscopat et la prêtrise. Outre le sacerdoce, il y a encore d'autres ordres dont le premier et le plus considérable est le diaconat. « Si quelqu'un dit que

les évèques ne sont pas supérieurs aux prêtres

qu'il soit anathème » » ; « si quelqu'un dit qu'il n'y a pas dans l'Eglise catholique, outre le sacerdoce, d'autres ordres.... par lesquels, comme par alitant de degrés, on arrive au sacerdoce, qu'il soit anathème*. » :■ Le ministère d'un sacerdoce si saint, étant une chose toute divine, il convenait, afin qu'il pût être exercé avec plus de dignité et de respect, qu'il y eût dans l'Église, .disposés d'après le plan le plus parfait, plusieurs et

divers ordres de ministres ^ »

Suivons maintenant pas à pas dans l'Apôtre chacune de ces souveraines décisions. L'imposition des mains, signe extérieur , confère la grâce de l'ordination '.

» Concil. Trid. Sess. XXIII, can. iit. — « Concil. Trid. — « Concii. Trid. — ^ Concil. Trid. Sess. XXIII, can. n. — ^ Concil. Trid. Sess. XXIII, can. ii. — Concil. Trid. — « II Tira, i, 6, 7. - I Tim. IV, H.

L'évêque seul choisit, ordonne, envoie, juge les simples prêtres. Il les choisit ^ : il les ordonne ^ ; il les envoie et leur communique leurs pouvoirs^; il les ju^^e '• : l'évêque règle tout dans son église, et doit veiller à la belle ordonnance de toutes choses ^ ; il ordonne les assemblées de prières et de dévotions ^ ; il porte toutes les défenses générales, et veille au maintien de la discipline ^ ; il est surtout le conservateur du dépôt de la foi s.

Après les évêques et les prêtres, voici les diacres ; il faut une épreuve *, et l'on ne doit parvenir que par degrés aux sublimités du sacerdoce ^*'. L'Apôtre fait des diacres une mention spéciale en leur envoyant en même temps qu'aux évêques un salut de charité " ; il pose les conditions auxquelles sont attachés l'accomplissement digne et méritoire de leur charge, et l'espérance d'être promus au sacerdoce ^2.

VI. — « Bien que régénérés à la vie de la grâce par les sacrements, les hommes ne le sont pas encore à la vie d'immortahté. Or tout ce qui est corruptible ne se perpétue que par la génération. Comme le peuple chrétien doit exister jusqu'à la fin du monde et que l'espèce humaine ne se perpétue que par la génération, c'est donc par la génération que se continuera le peuple

1 II Tim. II, 2. — I Tim. v, '22. — 2 II Tim. i. 6, 7. — » I Tit I, 5 ; — I Cor. IV, 17 ; — I Thessal. m, 2. — * I Tim. v, 20. - « I Cor. XIV. — c I Tim, «, 1-3. — " ICor. xiv ; — I Tira. "11, 8, 9, 11, 12; — I Tim. V, 9, 11. — 8 I Tim. vi, 20. — » I Tim. m, 13. - 10 I Tim. m, 13. — " Philipp. i, 12. — 12 j Tim. m, 8-12; - I Tim. III. 13

lidèle*. » Cette génération, Dieu la retire de ses fanges antiques et la fait resplendir des gloires du sacrement.

Nous ne nous arrêterons pas à ces impures hérésies qui prohibaient le mai'iage'^ comme mauvais en soi : hérésies contre lesquelles l'Apôtre affirmait avec tant d'énergie que le mariage était en tout honorable et le lit nuptial sans souillure^; et que le fidèle qui marie sa vierge fait bien^. Nous laisserons encore ces erreurs contemporaines qui, tout en exaltant \e mariage au détriment de la virginité volontaire, ne lui arrachent que plus impudemment son auréole divine en lui refusant la dignité et la grâce du sacrement. Scrutons de suite une magnifique parole de l'Apôtre.

Ce sacrement-là est grand, en Jésus-Christ, dis-je, et en l'Église^. La plus profonde doctrine se cache sous ces mots, qui répandent sur le mariage chrétien de toutes divines clartés.

En étudiant l'Incarnation, nous avons vu Dieu tout entier à un grand œuvre, dont il déroulait en Luimême, « dès les siècles éternels ^, « les développements successifs. L'Évangile rend ainsi compte de ce dessein où s'absorbait le Très-Haut : « Le royaume de Dieu est semblable à un roi qui fit les noces de son fils "^ : » noces mystérieuses ! noces sublimes ! Le Verbe s'est épris de la nature humaine, et déjà, avant même toute création, elle est dans la pensée divine la chaste Vierge qui lui est fiancée ^. L'univers sera la chambre nuptiale, ornée avec la délicatesse de l'amour et la splendeur de l'opulence :

1 D. Thom. ad gent. Mb. IV, cap. lxxviii. — « I Tira, iv, 3. — 8 Hebr, xin,'4. — * I Cor. vu, 38. — « Ephcs. v, 32. — « Rom. XVI, 25. — Voir au chapitre II, Y Incarnation. — '' Math, xxii, 2. - 8 II Cor. XI, 2.

tout désormais sera fait en vue « des noces futures du fils du roi. > Comme toujours, Dieu procédera par des figures et des images, qui laisseront entrevoir de loin au ciel et à la terre les magnificences de la réalité.

La première de ces figures est contemporaine de l'Éden. L'homme est créé et règne sur le vaste univers que Dieu a tiré du néant et orné pour lui. Ne l'oublions pas, Adam est là Vimage de V Adam future de Jésus- Christ ; cette première création n'est qu'une ébauche, une esquisse. « Or l'homme était seul : et Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul 2. » Ah ! sans doute ! car seul, il ne rendait rien encore du grand mystère « des noces du fils. » Il lui faut une épouse : la voici, et la figure devient saisissante. D'où Eve sera-t-elle tirée ? du néant ? Non. De la terre, comme Adam ? Non plus. Un des traits les plus saillants de l'union du Verbe avec la nature humaine, l'unité, devant être dès lors représentée au monde, Eve sera tirée de la substance même d'Adam. Ce premier Adam, ravi en extase et donnant naissance à sa compagne, « l'os de ses os et la chair de sa chair, » c'est Jésus- Christ dans le douloureux ravissement de la mort, laissant échapper de son côté entr'ouvert l'Église, sa divine et chaste épouse.

Telle fut la sublime institution du mariage primitif, destiné pendant six mille ans à préfigurer l'alliance promise entre le Verbe et la nature humaine. Ce mariage, inauguré dans l'Éden sous le regard de Dieu, n'a pas encore la plénitude de gloire et de grâce du mariage chrétien ; mais déjà, c'est Vunion pleine d'honneur et le lit nuptial^ sans souillure * ; c'est le mariage où les traits de l'union du Verbe et de la nature humaine

» Rom. V, 15. — 8 Geaes. — ' Hebr. xin, 4.

sont vivement imprimés ; mariage si grand, que Jésus- Christ, lorsqu'il instituera son sacrement, rappellera l'union de l'homme et de la femme à cette perfection primitive ^. L'unité en fait le fond : « Voici l'os de mes os et la cliair de ma chair : elle sera appelée virago parce qu'elle a été tirée de l'homme : » Aussi l'homme quittera son père et sa mère et adhérera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair 2. » La fécondité en est le but et fait en quelque sorte l'homme dépositaire des grandeurs du fiat divin. « Et Dieu xîréa l'homme à son image : h l'image de Dieu, il le créa : il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit, et dit : Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre 3. » Enfin, l'aide, le soutien et la consolation réciproques en sont la règle et la deuxième fin. « Le Seigneur Dieu dit aussi : il n'est pas bon que l'homme soit seul : faisons-lui une aide semblable à lui ^. » Ainsi furent figurés dès l'origine « ces noces du fils, ^> ce mystérieux mariage du Verbe de Dieu dont l'unité devait dépasser infiniment toute figure; dont la fécondité devait remplir le temps et l'éternité d'une postérité innombrable, et où le Verbe comme l'Église, l'Époux comme l'Épouse, devaient trouver un commun secours et de communes délices à jamais inexprimables.

Sortons maintenant de l'Éden, franchissons les siècles et contemplons dans le mariage chrétien, dans le mariage devenu Sacrement, la représentation plus divine de l'union de Jésus-Christ avec l'Église. Cette union, résolue dès l'éternité, préparée à travers les siècles, est enfin consommée. Les noces, commencées dans le sein de la Vierge comme en un divin sanctuaire, ont achevé

J Math. XIX, 8. — 2 Gènes. ; — Evang. — 3 Gènes. — * Genea,

d^ s'accomplir au Calvaire oîi l'Église, née de son sang, « os de ses os et chair de sa chair *, » est devenue son Épouse unique pour l'éternité : voilà le type sacré, le mariage d'un Dieu, qu'un grand sacrement ^, le sacrement de Mariage, i pour mission de représenter jusqu'à la fin des temps

Idée sublime, magnifique révélation, dont l'Apôtre va développer tout le sens et découvrir tous les mystères 3.

Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de l'Église, Jésus-Christ, le sauveur de son corps. Comme donc l'Église est soumise au Christ, ainsi les femmes doivent l'être en tout à leurs maris. Maris, aimez vos épouses comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, pour la sanctifier en la purifiant par le baptême de l'eau dans la parole de vie; pour la faire apparaître sous son regard, glorieuse Église, sans tache, sans ride, sans rien de semblable, mais sainte et immaculée. C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs épouses, comme leurs propres corps. Qui aime son épouse, c'est soimême qu'il aime. Nul n'a jamais hai sa propre chair, mais il la nourrit et la soigne, comme Jésus-Christ l'Église. Nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. L'homme abandonnera donc son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair. Ce sacrement-là est grand, oui, dis-je, en Jésus-Christ et en l'Église. Quant à chacun de vous, qu'il aime son épouse comme soi-même, et que l'épouse craigne son mari *.

Voilà le mariage chrétien : le voilà dans soji type

1 Ephes. V, 32. — ^ Ephes. v, 32. — ^ Voir la note A. — Ephes. V, 22-33

LES SACREMENTS i'Sô

divin ; le voilà clans sa perfection et ses devoirs. Ce que sont Jésus-Christ et l'Eglise l'un pour l'autre, les époux chrétiens le doivent être entre eux, Jésus-Christ est le chef de rÈglise*. Cest lui qui la dirige, qui y tient le sceptre du commandement, et l'Église lui voue une obéissance pleine d'amour. Le mari est le chef de la femme 2. — Que les femmes soient donc soumises à leurs maris ^. — Quelles aient pour lui une crainte* pleine de dilection. Si elles s'élèvent et prétendent dominer, elles usurpent un pouvoir que Dieu leur refuse, et que le modèle de toute union conjugale contredit.

Quand Dieu traçait l'esquisse de l'union future de son Verbe dans l'union d'Adam et d'Eve, l'idée de secours mutuels, d'aide et de consolation prédominait dans ses plans. « Faisons-lui une aide ^. » Profonde parole, dont Jésus-Christ et l'Eglise devaient magnifiquement épuiser tout le sens. L'Église devait être la plénitude du Christ ^, son organe, son moyen d'action, sa gloire et sa joie, du temps à Téternité : c'est elle qui devait achever son œuvre et compléter sa passion'^. Et que fut Jésus-Christ pour l'Église? quel dévouement! quelleaide ! quelle consolation ! Il se fit lui-même le sauveur de son corps ^. Il la secourut jusqu'à mourir ! Il la vit condamnée, traînée à la mort, perdue sans ressource : il se livra lui-mime^. Il la sauva au prix de son sang*^. Sauvée de la mort, quel soin il mit à la parer, à la rendre éclatante de beauté ! Comme toujours encore il la protège, la soutient, la console, vivant toujours pour intercéder ^\

1 Ephes. V, 23; — Ephes. i, 22.— 2 I Cor. xi,.3. — ^ Ephes. v, 22. — i Ephes. v, 33. — s Gènes. — s Ephes. i, 23. — - Coloss, i. 24.— « Ephes. V, 23. -sEphes. v,25.— »o Coloss. i, 14.— " Ilebr. vu, 25.

•et « demeurant avec elle jusqu'à la consommation des siècles \ » pour alléger ses souffrances et guérir ses infirmités !

Cette divine union repose sur l'amour. Aimez comme le Christ a aimé^. Comme Jésus-Christ «a aimé l'Église!» Ecoutez-le formuler en un mot l'incompréhensible « excès » de cet amour. « Personne n'a plus d'amour que celui qui meurt pour ceux qu'il aime^. » Et pour l'Église il s'est livré lui-même^. — Le Christ est mort ^ ï Dans cette victime sanglante tout ne respire-t-il pas l'amour^ ? le plus étrange, le plus incompréhensible amour?

L'amour veut l'union. Qu'elle est ineffable en Jésus- Christ et en l'Eglise ! Qu'elle atteint là une étonnante perfection ! L'Église est son corps '^, tant elle lui est unie, tdiïit ils sont deux en une seule chair s, tant il lui est tout, tout en toutes choses ^, tant elle lui est elle-même sa plénitude^^. — La femme n'a plus son corps en sa puissance, il est au mari^ de même le mari n'a plus son corps en sa puissance, il esta la femme**. Parleur contrat, ce contrat dont Dieu a fait un sacrement, ils se sont donnés l'un à l'autre : ils ne se possèdent plus : deux âmes, deux cœurs, deux vies, deux corps, unis et fondus ensemble : Ils seront deux dans une même chair*^. Est-ce à dire que la continence soit inévitablement chassée du toit nuptial, que deux anges terrestres ne pourront pas s'unir par le sacrement, et que le contrat qui les livre l'un à l'autre ne franchira jamais les limites de la chair et du

1 Math. 28, 20. — « Ephes. v, 25. — » Joan. xv, 13. — ♦ Ephes V, 25. — » II Cor. V, 15. — « Offic. passion. — " Ephes. i, 23. - 8 Ephes. V, 31. — 9 Ephes. i, 23. -^^o' Ephes. i, 23. — " I Cor vii, 4.— >*Ephes.v,31.

sang ? Oui certes, il les pourra franchir ! Et de suite le regard s'élève vers ce très-véritable mais tout angélique mariafîe qui unit sans les abaisser à la chair les deux virginités de Mario et do Joseph. « Ce sont deux virginités qui s'unissent pour se conserver éternellement l'une l'autre par une chaste correspondance de désirs pudiques, et il me semble que je vois deux astres qui tf entrent ensemble en conjonction qu'à cause que leurs lumières s'allient. Tel est le nœud de ce mariage, d'autant plus ferme, dit saint Augustin, que les promesses qu'ils se sont données doivent être plus inviolables en cela même qu'elles sont plus saintes * . »

Jésus, en épousant l'ÉgUse, l'a sanctifiée, se dévouant tout entier à l'œuvre de son salut, se livrant même pour cela à la mort'. Au prix de ses sueurs et de son sang, il s'est «donné une glorieuse Eglise s, » d'une pureté et d'une beauté merveilleuses, et c'est là encore l'une des plus sublimes fins du mariage chrétien. Les époux se doivent mutuellement sanctifier ; et telle est la puissance de la grâce sacramentelle, que de l'une des parties déjà sainte jaillissent sur l'autre encore dans l'infidélité ou le péché les plus sanctifiantes influences. 0 douce consolation aux épouses que désolent l'impiété et les désordres de leurs maris ! qu'elles travaillent, qu'elles mettent courageusement à profit les grâces du sacrement, qu'elles prient, qu'elles gémissent comme d'autres Marthe et Marie sur d'autres Lazare : « Seigneur, celui que vous aimez est malade'' ! » Des efforts continus et énergiques triompheront des plus effrayantes obstinations. Le mari infidèle est sanctifié par la

1 Bossuet, panégyr. ^aint Joseph. — - Ephes. v, 23. — ^ Ephes. V, 27. — * Joaa, xi, 3.

fçmne fidèle : et la femme infidèle est sanctifiée par le mari fidèle^ Mais que dire de ces épouses légères et mondaines qui peuvent sans épouvante contempler dans leurs époux de futurs réprouvés ! qui peuvent vivre tranquilles et gaies dans cette pensée effroyable que leur union sera éternellement brisée par l'enfer ! Savezvous, ô femme, si vous sauverez votre mari? et vous, ô époux, si vous sauverez votre épouse^ ? 0 anxiété! 0 doute terrible! qui devrait torturer tant d'âmes chrétiennes, hélas ! et qui les laisse, en si grand nombre, savourer sans tristesse des plaisirs d'un jour !

Enfin l'épouse sera sauvée par les enfants qu'elle mettra au mondes. Donner à Dieu des .enfants, dilater l'Église, peupler d'élus l'éternité bienheureuse, et, investi en quelque manière de la puissance créatrice, maître du fat divin, amener du néant à l'existence des êtres qui sans lui resteraient dans l'éternelle impuissance du rien : voilà la première et la plus sublime des fins du mariage. Fécondité vénérable, dont l'union de l'Eglise avec Jésus-Christ est encore le type mystérieux. David contemplait de loin cette fécondité de l'Église, quand il lui adressait ce chant nuptial : « Pour tes pères, voici des fils qui te sont nés : tu les établiras prince? sur toute la terre ■*. » « Sion ne dira-t-elle pas : un homme et un homme, >> et encore, et à l'infini, « sont nés en elle ! » Dieu seul « pourra, dans les annales des peuples et des rois, dire ceux qui ont été dans son sein 5 ! » Son œuvre et son triomphe est d'enfanter dan? le temps pour les gloires de l'éternité, la belle et radieuse famille des élus.

1 I Cor. VII, 14. — 2 I Cor. vu, 16. — 3 I Tim. ii, 15. — * Psal. XLÎV. — 5 Psal. LXXXYI.

m:s sacrements 237

L'un clos traits les plus saillants de runioa de Jésus- Christ avec l'Eglise, c'est son unité et son indissolubilité. ,)ésus-Christ, c'est-à-dire le Verbe uni à la nature humaine, époux de la nature humaine, Jésus-Clirist est pour l'éternité '. Il n'a jamais eu que cette épouse, et ses noces sont éternelles. Voilà la raison profonde de l'unité et de l'indissolubilité de l'union d'Adam et d'Eve « au commencement 2 ; » et pourquoi Dieu marquait de son sceau inviolable ' cette union destinée à figurer celle de son Fils. « Que ce que Dieu a uni, l'homme ne le sépare point ■'! » Assurément elles ont toutes une grande force, les raisons invoquées contre la polygamie et le divorce par les théologiens et les économistes. Le divorce est la plus monstrueuse des iniquités. C'est la spoliation d'une victime innocente et d'autant plus digne de protection qu'elle est plus impuissante. L'émancipation de la femme, comme ils disent, c'est l'ironie amère du bandit qui spolie sa victime pour l'alléger, qui la jette sur la rue pour la rendre plus libre, qui la tue pour la guérir de ses maux ! Ah ! ils ont bien souci de la femme, ces misérables qui lui prêchent l'émancipation ! Et la femme sera bien en sûreté sous la garde de leur luxure ! Ils l'ont reçue dans la fleur virginale de sa jeunesse, parée de cette auréole qui ne peut briller qu'une fois : et quand l'âge l'a flétrie, quand une passion, nouvelle, un calcul sordide, un caprice né d'hier, ont fermé pour elle le sanctuaire de l'amour, elle sortira, reine outragée et bannie, du foyer domestique où se sont dépensés sa vie, sa fraîcheur, tout son cœur, toute son âme ! Elle ira par le monde traînant

» Hebr. xiii, 8. — - Math, xix, 8.-3 MaUi. xix. 6. — ♦ Math. XIX, 6.

une existence brisée ! et d'universels dégoûts la condamneront à la solitude ou la pousseront à des prostitutions désespérées ! Et en attendant ce terme fatal, qu'édifiera le mariage, sur un sol toujours mouvant, en face d'un avenir incertain, à la veille d'une soudaine catastrophe? Que sera la fécondité, qu'une malédiction de plus, puisque les enfants délaissés n'auront pas même la pâture dont sont toujours assurés les petits des animaux ? Ah ! ne nous étonnons pas des luttes sanglantes qu'a soutenues l'Église contre tous les entraînements et toutes les puissances ; de ses eflforts séculaires pour arracher la femme aux brutalités de la luxure et aux iniquités du divorce. Il ne s'agissait de rien moins que de sauver la famille, la société, la civilisation tout entière. * Mais il faut monter plus haut, et chercher dans les splendeurs mêmes de Dieu la raison dernière et sublime de l'unité et de l'indissolubilité du mariage. Le mariage est indissoluble^ il est wn, et le divorce est impie, parce que le divorce est une contradiction et une insulte au mariage du Verbe Fils de Dieu qui n'a qu'une épouse, et qui l'a pour l'éternité. Voyez aussi avec quelle précision et quel absolu l'Apôtre proclame la législation chrétienne sur l'indissolubilité du mariage. A ceux qu'unissent les liens du mariage, je donne ce précepte, non pas de moi, mais c'est le Seigneur, que l'épouse ne se sépare point d'avec son mari. Que si elle se sépare, elle demeure sans se marier, ou se réconcilie avec son mari. Que le mari de son côté ne renvoie pas sa femme*. —La femme est liée à la loi conjugale tant que vit son mari : que si son mari vient à s'' endormir, elle est libre : quelle se marie à qui elle voudra ; mais seulement que ce soit dans

1 1 Cor. vu, 10-12.

le Seigneur*. — La femme qui est sous la puissance d'un mari, tant que vit son mari, est soumise aux liens du mariage : si son mari meurt, elle est dégagée des liens qui rattachent à lui. Donc, du vivant de son mari, elle sera tenue pour adultère, si elle s'u7iit à un autre homme : mais si son mari vient à mourir, elle est a/franchie de la loi du mari, et si elle s\mit à un autre homme elle n'est plus adultère^.

Rien ne fait mieux voir combien le mariage chrétien plonge toutes ses racines dans l'union mystique de Jésus-Christ avec l'Église, que la doctrine et les préceptes de l'Apôtre, touchant le mariage des infidèles. Cette union légitime est aussi la ligure du divin mariage du Verbe : à ce titre elle participera à ^'indissolubilité. Mais la figure est vague, la ressemblance a de graves défauts, les contractants^ sont des étrangers pour le Christ et l'Église : l'indissolubilité, moins absolue, sera susceptible d'une exception ^. Aux autres, ce n'est pas le Seigneur, c'est moi qui dis: si un frère a pour épouse une infidèle, et que cette femme consente à habiter avec lui, qu'il ne la renvoie pas. Si une femme chrétienne a pour mari un infidèle et que cet infidèle consente à habiter avec elle, sans préjudice pour sa foi, ni malaise, ni souffrance, ni persécutions, quelle ne renvoie point ce mari. Le mari iiifidèle reçoit de la femme fidèle une sanctification, et la femme infidèle reçoit du mari fidèle une sanctification : autrement vos enfants seraient impurs^ tandis que maintenant ils sont saints en quelque manière, par les saintes influences qui leur viendront d'une mère ou d'un père chrétien. Mais si la partie infidèle se

1 I Cor. VII, 39. — 2 Rom. vu, 1-4. — ^ Vid. Marlin, tom. I, p. 210, de Matrimonio.

sépare, qu'elle se sépare; dans ce cas, ni notre frère ni notre sœur ne sont plus asservis. C'est pour vivre en paix que Dieu nous a appelés.

A sa législation souveraine l'Apôtre joint des préceptes et des avis de direction.

Et d'abord, quels doivent être les sentiments du chrétien à l'égEtrd du mariage? L'état de son âme en reste juge. Lutte-t-il avec peine contre le torrent de la concupiscence? les flots soulevés de ses passions sont-ils trop violents pour sa barque trop faible ? qu'il quitte la haute mer, le champ de victoire des forts, qu'il recueille sa faiblesse daus ce port que lui ouvre le mariage. Pour éviter la fornication, que chaque homme ait son épouse, que chaque femme ait son époux *. Tous n'ont pas le don sublim'e de la continence, tous n'ont pas l'héroïsme de la virginité : Je voudrais que tous vous fussiez ce que je suis, mais chacun a son don particulier qui lui vient de Dieu : Vun d'une manière, l'autre d'une autre,. . SHls sont trop faibles pour garder la continence, qu'ils se marient. Mieux vaut le mariage, que le feu 2 impur dont l'âme et le corps sont à la fois dévorés. Et telle est, devant l'impétuosité de la chair, la charitable condescendance de la loi chrétienne, que les secondes noces, bien moins parfaites, sont tolérées toujours, quelquefois même conseillées. Je veux que les veuves encore jeunes se marient,' aient des enfants, se fassent mères de famille, pour ne donner à l'ennemi aucun sujet de blâme ^. C'est toujours, on le voit, la parole du divin Maître : quipotest capere capiat * !

Pourtant la Victime vierge du Calvaire a relevé l'humanité chrétienne, même dans ses membres les plus

1 I Cor. vji, 2. — - 1 Cor, vu, 7, 9. — » Tim. v. I i. — ^ MalJi. XIX. 12.

LUS SA( i!i;.mi;nts 2î1

faibles cl les i)lus jj;rossicrs. « La chair ne sert de rien ' : » la loi nouvelle est la loi de l'Esprit ^, et de ceux mêmes qui restent cngiij^és dans les liens de la chair, il est exii^c une âme plus pure, des aspirations plus hautes, une certaine indifférence magnanime en face de la vie et dos plaisirs des sens. Sans doute si vous vous êtes donné une épouse, vous n'avez commis aucun péché ; si la vierge s'est mariée, elle n'a point fait mal ^ : mais, hôtes d'un monde céleste, n'enlacez point dans une union de la terre votre âme, vos aspirations et vos espérances. Restez froids, restez insensibles. Etes-vous uni à une épouse ? ne cherchez pas à dénouer vos liens. Étes-vous libre de CCS liens ? ne cherchez pas d'épouse '*.

Dans le mariage même, comment se conduira le chrétien ? Trois vertus lui sont demandées et formeront sa couronne : il doit être fidèle, spirituel, patient. Fidèle : l^xori vir debitum reddat : similiter autem et uxor viro. Mulier sui corporis potestatcm non habet, sed vir : similiter autem et vir sui corporis potestatcm non habet, sed mulier. Nolite fraudareinvicem, nisi forte ex consensu, ad tempus, ut vacetis orationi : et iterum revertimini in idipsum... Hoc autem dico secundum indulgentiam, non secundum imperium ^. On voit dans ces derniers mots percer toute la pensée de l'Apôtre. Il a peur des sollicitudes, des voluptés, des attaches du mariage. Combien la continence est-elle plus favorable à la vie céleste que doit mener le chrétien ! Qu'au moins les époux ne se laissent pas engloutir dans la chair et le sang, et les soins, et les affaires, et les plaisirs. Qu'ils ne cessent pas, tout engagés qu'ils sont dans la vie présente, de res-

1 Joan VI. — - Rom. viii. 2.-3 Cor. vu, 1S. — * I Cor. vu, 27. — 3 1 Corinln. va, 3-7.

ter les hommes de l'éternité. Voici ce que j'ai à vous dire, mes frères ! Le temps est court : que reste-t-il, sinon que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas, et Ceux quipleurent comme ne fleurant pas, et ceux qui sont dans la joie comme n'y étant pas, et ceux qui achètent comme ne possédant pas ; et ceux qui usent de ce monde comme n'en usant point, car la figure de ce monde passe. Je veux, quant à vous, que vous soyez sans sollicitude *. Mais, hélas ! vivre absolument sans sollicitude, sans chagrins, sans angoisses, sans tribulations, n'est pas le patrimoine des mariés, mais des vierges ; aussi la troisième vertu demandée aux époux, c'est la patience, c'est le courage de porter sans murmure leurs fardeaux. Ceux qui sont engagés dans cet état souffriront les tribulations de la chair 2, et cela, à cause des nécessités pressantes de la vie ^. « Au mariage incombe un triple fardeau et une triple douleur, suite du péchç; d'origine et triste apanage de la condition présente : les forces de l'homme s'y épuisent; son repos s'y perd; sa liberté s'y enchaîne ^. »

Qu'une grande idée aide sans cesse les époux chrétiens à supporter leurs peines, comme à spiritualiser leurs plaisirs; ils sont les vivantes images d'un Dieu dans son union avec la nature humaine et l'Eglise : Ce sacrement-là est grand; bui, dis-je, dans le Christ et dans VÈglise ^.

1 I Cor. vil, 29-32. — « I Cor. vu, 28. — » I Cor. vn, 26. — ♦ MartiQ tom. I, p. 215. — s Ephes. v, 32.

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