‹ Saint PaulChapitre 13 sur 31 · L" ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

L" ESPÉRANCE

institué, dès l'origine même des chospx ^ Est-ce le repos de la terre promise ? Le repos, les puissances, la béatitude, ici-bas, dans une terre « coulanic de lait et de miel 2?» Et le bonheur de l'homme a-t-il ce monde pour patrie ? Non encore. La promesse d'un repos est bien postérieure à l'établissement d'Israël dans la terre promise**; et si Josué les avait introduils dans le vrai repos, jamais depuis lors il n'eût été question d'un autre*. Or c'est depuis, c'est de nouveau, que Dieu fixe un aujourd'hui en disant bien longtemps après David : Aujourd'hui, si vous entendez sa boix, si la promesse d'un repos frappe vos oreilles, gardez-vous d' endurcir vos cœurs^.O homme, lève donc au delà des mondes, au delà des puissances et des gloires de toute patrie inférieure, lève jusqu'à l'infini, jusqu'à l'éternel, jusqu'à Dieu, tes magnifiques espérances! On te parle d'une patrie, c'est la sienne; d'un royaume, c'est le sien ; d'une gloire, c'est sa gloire ; d'un poids étemel de gloire ^, c'est cet infini qui va t'engloutir : être déifié '^, reflet même de Dieu, son fils 8, son héritier ^, son éternel compagnon de béatitude, monter, monter toujours, « aie la volonté magnanime ^^ » de ne t'arrêter qu'aux pieds mêmes de Dieu. Navigateur dans l'océan de la gloire divine, ne reconnais aucun rivage, ne consens à aucune limite, avance sans cesse, et jette ton ancre folide et assurée jusqu'au delà du voile, dans l'intérieur ^<, dans l'inaccessible lumière qu'habite Dieu^H Voilà l'homme tel que le fait l'espérance : une autre

1 Hebr. iV: 3. — « Deut. vi, 3. — » Hebr. rv. — ♦ Hebr. iv. 8 — s îlebr. IV, 7. — ^ II Corinth. iv, 17. — ■? II Petr. i, 4. — 8 Rom. VIII, 15, 16. — 9 Rom. viii, 15, 16. — i» II Cor. v, 8. — 11 Heb ■. VI, 19. — 12 T Tim. vi. 16.

révélation toute mystérieuse achève d'en esquisser la grandeur. L'homme qui attend un Dieu est lui-même l'attente des mondes. Des germes d'espérance sont répandus partout dans la création, où ils produisent de secrets tressaillements et de mystérieux désirs. L'attente de la création c'est d'attendre la révélation des fils de Dieu. Car elle aussi sera alors délivrée de la corruption dont elle est esclave pour passer à la liberté de la gloire de Dieu. Aussi, nous le savons, toute la création gémit et souffre les douleurs de l'enfantement, soumise à la vanité, violentée ' sans cesse, et condamnée par Dieu à suivre l'homme dans ses douleurs et dans « son espérance 2. »

Si tel est le gémissement des mondes : si une mystérieuse tristesse, cette tristesse entrevue du poëte : Sunt lacrymx rerum ^, est déposée au fond des choses ; si l'espérance enveloppe pour ainsi parler la création matérielle tout entière d'un voile de douleur, que sera-ce de l'àme humaine 1? Si les serviteurs sont ainsi dans les gémissements de l'attente, que se passera-t-il dans l'âme de leur roi ? Ce n'est pas la création seulement, mais c'est nous-mêmes, nous qui avons reçu les prémices de l'Esprit, c'est nous qui au fond de l'âme poussons des gémissements dans Vattente du jour où se fera notre adoption comme fis de Dieu, et la rédemption de notre corps ^. Le fond de l'âme humaine, c'est la tristesse, le dégoût du présent, la lassitude des choses terrestres, l'aspiration vers quelque mystérieux idéal. On dit à l'homme : contente-toi de la terre, comme s'en contentent tous les êtres qui t'environnent et qui recevant de la terre leur quotidienne pâture, s'endorment contents ! On le dit, et voici qu'au-

1 Rom. VIII, 19-23. — ^Rom. viii, 20. — 3 Virgile. — * Rom. VIII, 23.

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cuno force au monde ne peut enchaîner !?es désirs; le monde entier ne remplit pas le vide de son âme et l'infini de SCS aspirations. Après qu'il a tout possédé, tout goûté, tout épuisé, il jette à ces ruines une malédiction, et à l'avenir un cri d'espérance et d'amour. « En réalité notre âme a le caractère d'une exilée \ » elle passe gémissante il travers les choses, plus grande que le monde qui n'est pas digne d'elle ^, — et saluant de loin la cité qui ne finit pas 3. Cette tristesse et ces dégoûts sont la suprême grandeur de l'homme, la marque de sa céleste origine et de ses grandes destinées. Nous osons toujours! sachant que tout le temps que nous sommes dans le corps, nous cheminons loin de Dieu {car nous marchons à travers la foi, et non dans la claire vision), nous osons et nous voulons ardemment sortir plus de nos corps, et nous aller présenter au Seigneur ^'. Car, hôtes d'un monde supérieur, citoyens ^ d'une patrie « céleste ^, » nous n'avons plus U7i regard pour les choses visibles; ce sont les invisibles que nùus contemplons, car ce qui se voit n'est qu'éphémère; ce qui ne se voit pas est éternel ^.

2. Quand nous déroulons devant le rationalisme contemporain les magnificences de notre divine élévation, il nous prend en pitié comme on fait d'un fiévreux qui dans une nuit de délire se voit maître d'une immense fortune, ou roi d'un vaste empire. Ah ! s'écrie l'Apôtre ; l'espérance ne trompe pas ^ ! notre avenir est aussi certain qu'il est brillant : de même que notre foi est infaillible, reposant sur la véracité de Dieu, notre espérance

1 Balmès. — ^ Hebr. xi, 38. — a Hebr. xi. — II Cor. v. — * II Gorinth.v, 6-9. — » Ephes. n, 19. - e Hebr.xi. — •? II Corinth. IV, iS. — ^ Rom. V, 5.

est assurée, ayant pour fondement la parole de Dieu,

son serment, sa promesse, son testament.

Merveilleuse condescendance de notre Dieu ! En face de la transformation, qui de pauvre le fait riche d'une « insondable richesse < ; » de condamné à mort le fait ami et familier d'un Dieu; de néant, d'être d'un jour, de frêle et chétive créature, le fait l'hôte d'une éternité; de fils de l'homme, le fait fils de Dieu : l'homme est demeuré interdit et stupéfait. Impossible de croire à une pareille fortune! Qu'a fait Dieu? Il a commencé par donner sa parole : l'humanité hésitait encore. Dieu a prêté serment. Puis, comme s'il eût fallu plus encore, Dieu a testé; et comme le testament n'a de force que quand la mort y a apposé son inviolable sceau, Dieu est mort! Promesse, serment, testament : triple anneau d'une chaîne que le ciel et la terre ne sauraient rompre et qui enferme nos espérances dans des liens à jamais indissolubles. Oui, notre espérance est inébranlable 2; oui, nous hériterons des promesses ^. Le premier fondement en est la parole de Dieu. Un Dieu nous en a donné sa parole : et comme si cette parole fût trouvée insuffisante, il y a ajouté le serment... Quand Dieu promit... voulant surabondamment montrer aux héritiers des promesses l'immobilité de sa résolution, il fit intervenir le serment, afin que fondés sur ces deux inébranlables choses, où, il est impossible que Dieu soit trouvé menteur, nous reçussions la consolation la plus puissante, nous autres dont le refuge est l'espérance qu'on nous propose et que nous devons garder. Et comme Dieu n'avait personne plus grand que lui par qui il pût jurer, il jura. par lui-même, disant : je V affirme, je te bénirai de ma bénédiction et te multiplierai à Vinfini,

1 1 Tim. VI, 16. — 2 Hebr. x, 23. — » Hebr. vi, 12,

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Ainsi (Abraham) sicpportant tout avec patience, a obtenu la promesse. L'homme jure par plus grand que soi, et dans tous SCS différends, la plus grande assdranc qu'il puisse donner, c'est le serment '. Si le serment de Thomme a cette puissance, que sera-ce du serment d'un Dieu?

Dieu, pour aflfermir notre espérance, fit plus encore, il daigna tester, puis mourir, pour donn'^r à son testament une force que rien au monde ne saurait plus

ébranler Le Christ est médiateur du testament nouveau,

de telle sorte que, lui mort, les prévarications commises sous le premier testament sont pardonnées, et les élus reçoivent la promesse d'un héritage éternel. Où il y a testament il faut qu'intervienne la mort du testateur : les testaments n'ont de force que par la mort ; ils ne valent pas, tant que vivent ceux qui ont testé 2. Quelques heures avant de mourir, ou plutôt quand il mourait déjà mystiquement à la cène, mon Dieu me remit le testament qui me faisait son légataire universel, l'héritier de toute sa fortune. Il est mort, son sang a scellé pour l'éternité sa donation, c'est fini, à jamais fini : « tout est consommé'. '> Me voilà devenu « Dieu » par participation et par héritage ; il ne me reste plus qu'à me rehre avec la plus inébranlable assurance mon testament divin. Voici le testament que j'ai fait après ces jours-là en faveur de la maison d^ Israël, dit le Seigneur; inscrivant mes lois dans leur âme, les gravant dans leur cœur, je leur serai leur Dieu, ils me seront mon peuple.... Je serai propice à leurs iniquités, et ne me souviendrai plus de leurs crimes *.

L'Apôtre appelle Jésus-Christ sponsor testamenti ^

iHebr. vi, 13-19. — - Hebr. ix, 15-19. — » Joan. xix, 30. -- ♦ Hebr. viii, 10, 12. — « Hebr. vu, 22.

Ce seul mot dénoue la plus insoluble des énigmes, celle que Job posait en ces termes : 0 mon Dieu, « qu'est-ce donc que l'homme pour que vous l'exaltiez ainsi ^ ? » Ah ! c'est que derrière l'homme il y a Jésus-Christ, il y a le fils bien-aimé du Père, s'incarnant pour l'homme, vivant pour l'homme, mourant pour l'homme, revêtant l'homme de tous ses mérites, devenant sa justice, sa sanctification, sa rédemption 2, le couvrant de sa prière, vivant toujours pour intercéder ^, le faisant son frère, son autre lui-même, l'inséparable compagnon de sa fortune, l'emmenant avec lui jusqu'aux pieds du Très-Haut. Cest par lui que nous avons accès près du Père '*. — Une pareille assurance 2Jrès de Dieu, & est par le Christ que nous l'avons'^. — C'est dans le sang du Christ que nous avons l'assurance de pénétrer dans le Saint des saints, par cette nouvelle et vivante route à travers le voile, c'est-àdire sa chair fi; cette chair expiatrice dont le sang nous couvre, nous lave, nous déifie, nous vaut les regards, l'amour, les embrassements du Très-Haut. Après nous avoir réconciliés par la croix''; nous ayant assez aimés pour nous donner son Fils, pour le livrer à la mort, comment supposer qu'il ne nous a pas, avec ce Fils, tout accordé^? Et le sang de ce Fils poussant une plus puissante clameur que celui d'Abel ^, comment n'obtiendraitil notre grâce ? Et un Dieu les justifiant, qui se portera accusateur des élus de Dieu ? qui les condamnera ? Void Jésus-Christ qui est mort, bien plus qui est ressuscité, qui siège à la droite de Dieu, et qui interpelle en notre faveur <" ! Une seule chose ébraiilerait notre espérance : notre

1 Job. VI, 17. — 2-1 Cor. I, 30, — 3 Hebr. vu, lô. — * II Cor m, 4. — ^11 Cor. III, 4. — '' Hebr. x, 19, 20. — ' Ephes. 11, IG. — 8 Rom. vui, 32. — "Hebr. xu, 24. — 10 Boni, viii, 33, 34.

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