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separadon d'aNoc .lésus-Chrisl ; mais (jiii nous séparera de la rJiarilc de JcsiLs-Chrisi ' ?
Non, non, ^espérance ne trompe pas ^ ! l'espérance, c'est l'ancre de l'àrac, a7iC7'e ferme et solide qui est jetée jusqu'à l'intérieur du voile, où, est entré comme notre précurseur Jésus fait pontife éternel selon le rite de Melchisédcch ^.
3. De tout ce qui précède il nous est facile de conclure quel rôle immense jouera l'espérance dans la vie chrétienne : rôle à ce point prépondérant et absolu, que l'Apôtre ne craint point d'attribuer à l'espérance l'œuvre de notre salut : c'est par l'espérance que nous sommes sauvés*. Sœur cadette de la foi, magnanime et active comme elle, l'espérance fait la gloire, la sainteté, l'élévation, la force, la joie du chrétien durant son exil.
Comme la foi, l'espérance est une immolation de l'àme, un holocauste spirituel à la gloire du Dieu de l'espérance^; immolation dont Dieu paye à l'homme le mérite par d'éternelles récompenses : spe salvi focli sumus. Ce qu'il esquissait dans les Patriarches, Dieu le réalise pour l'humanité chrétienne tout entière; il vient à elle, l'arrache à la terre : egrederc '', sors ! lui désigne une patrie inconnue, où elle doit se rendre par des chemins douloureux et au sein d'effrayantes ténèbres. La gloire comme le mérite de l'humanité sera de se mettre en marche à cet ordre de Dieu, pour l'éternité mystérieuse dont elle n'a nulle connaissance et nulle idée. Elle obéit, elle sort et se rend au pays qu'elle doit recevoir en héritage,
' Rom. VIII, 35. — - Rom. v. 5. — ^ Hebr. vi, 19, 20. — '• Rom. Yui, 24.— ' I Tim. i, 1. — "^ Gènes, .xii, i.
elle part, ne sachant où elle v(i\ Et ce terme inconnu n'est pas le seul mystère, la singularité même du voyage en referme d'autres aussi désespérants. Le bonheur lui est promis : la douleur seule l'enveloppe: elle est tille de Dieu, héritière d'une joie éternelle, et rien ne se montre ' à elle que le désolant cortège de tous les maux : le bien se dérobe dans le vague de l'éloignement, le mal est à ses pieds, devant sa face, dans sa réalité terrible. Elle
marche ne sachant où elle va^ elle meurt sans recevoir
l'effet des promesses '. Mais Dieu a parlé, Dieu a promis; il lui suffit, elle attend avec une imperturbable assurance, et « supporte avec une invincible longanimité'*.» Elle immole à son Dieu les révoltes de sa raison comme celles de sa volonté, et c'est là l'holocauste qui donne de la gloire à Dieu ^. C'est l'héroïsme qui lui vaut à ellemême le triomphe : après avoir patiemment attendu^ elle reçoit l'effet des promesses ^.
Et voyez avec quelle admirable sagesse est coordonnée l'épreuve de l'espérance. C'est un avenir inconnu, c'est une difficile conquête qui sont proposés à l'homme. Voilà l'épreuve, il faut d'abord qu'il marche à l'inconnu : si l'espérance s'apercevait, elle ne serait plus l'espérance, car ce que Von a sous les yeux, comment T espérer? Mais un terme invisible, nous l'espérons, nous y aspirons par la patience ''. Outre l'inconnu, il faut la tribulation, l'aspérité du chemin ; ce sera là le second élément de l'épreuve: Notre gloire c'est d'espérer en la glpire des fils de Dieu : bien plus, notre gloire est dans nos tribulations : car, nous le savons, la tribulation donne lieu à la patience, la patience à l'épreuve, l'épreuve à l'espérance, et l'espérance ne
1 Hebr. xi, 8. — ^ Hebr. xi, 8.-3 Hebr. xi, 13.— * Hebr. vi, 15. — 3 Rom. IV, 20. — 6 Hebr. vi, Ib. — ' Rom. vm, 24-26.
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trompe point*. Lorsqu'en face d'un lointain et obscur avenir, au milieu des douleurs de l'existence, le juste, sans jamais hésiter un instant, attendra tout de son Dieu, espérera contre toute espérance^, ne jettera à la promesse pas un seul regard d'indécision et de défiance^, — pleinement convaincu que tout ce que Dieu promet, il est assez puissant pour l'accomplir*; quand le juste montera, soutenu de la grâce jusqu'à cet héroïsme, l'épreuve sera faite : Dieu saura qu'il a un fils, et l'éternité avec son poids immense de gloire ^ sera la récompense d'un aussi magnanime courage.
Mais l'espérance n'attend pas la mort pour introduire l'ûme juste dans les cieux. Dès l'exil, elle emporte ses pensées et ses désirs, et les fixe par avance dans cette patrie qui l'attend. Aussi quelle grandeur l'espérance communique h l'âme chrétienne ! Quelle âme que cette âme du saint qu'emplissent des années éternelles^; qui ne vit plus sur la terre, mais dont toute la vie se passe dans les deux, d'où, aussi elle attend Notre Seigneur JésuS' Christ"^. Le monde ne lui est plus rien : il n'est pas digne d'elle », — c^est du fumier, c'est de l'ordure ^ : il lui faut l'immobile royaume ^^, et l'objet unique de son attente et de ses soupirs, c'est la demeure d'en haut., bâtie par Dieu même, et non par l'homme, demeure éternelle dans les deux**.
Ne cherchons pas ailleurs l'étonnante force du chrétien. Détaché de tout, dédaignant tout, quittant tout, que lui importe l'exil, à lui dont la seule patrie est le
» Rom. V, 2-5 — 2 Rom. iv, 18.— ^ Rom. iv, 20.— * Rom.iv, 21. - siICoriQth. IV, 17.— «.Psal. LXXVI, 6.- ' Philip, m, 20.— » Hebr. xi, 38.— » Philip, m, 8.— »<> Hebr. xii, 28.— n II Corinlh. v,l.
ciel? la prison, à lui dont l'âme « habite aux cieux*? » la mort, à lui dont le désir unique est de tomber en dissolution pour vivre avec le Christ^? — Aussi nous ne défaillons jamais ! mais bien qu'en nous l'homme du dehors tombe en pourriture, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour; car la rapide et légère tribulation du moment actuel nous enfante un poids éternel de gloire au delà de toute mesure et de toute sublimité ^.
Et là même où toute la force se brise, la force de l'espérance remporte son dernier triomphe : le triomphe sur la douleur. Autant que l'incrédule, le chrétien souffre, souvent même plus que lui; mais quelle différence! Où le premier ne voit qu'une stérile torture, l'autre contemple une moisson en fleurs. Chaque soupir de son cœur, chaque larme de ses yeux, chaque tressaillement douloureux de sa chair se transfigure sous le regard de son espérance en d'immortelles délices. La douleur est l'enfantement de la gloire, et la suprême douleur, la mort, n'est plus que la porte illuminée de la béatitude étepnelle. Aussi, mes frères bien-aimés, restez fermes et immobiles, soyez toujours remplis des œuvres de Dieu, sachant que votre travail n^est pas stérile dans le Sdgneu/r •*. — Pourquoi nous travaillons et supportons les malédictions? c'est que notre espérance est dans le Dieu vivant^. Aussi l'espérance vous fera contempler le plus merveilleux spectacle que puisse offrir la terre : l'homme donnant à la douleur un tranquille sourire et recevant l'étreinte de la mort comme l'embrassement d'une amie: dans l' espérance, -la joie*^ .
Et combien cette transfiguration de la douleur et de
1 Philip, m, 20. — « Philip, i, 23. — 3 II Cor. iv, 16, 17, — ^ I Gorinth. xv, 58. — s 1 Tim. iv, 10. — « Rom. xii, 12.
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la mort pnr ri^spéraiice olii'étieimo nous semblera plus inerveillcuse encore, si nous en rapprochons, comme l'ombre de la lumière, la vie et la mort de ces malheureux eniiiiiV espérance n'est plus*. Voici, tracée avec un calme qui la rend plus effrayante, l'horreur de leur position. Ils sont sans Christ.... étrangers aux testaments, sans Vespérance d'aucune promesse ^. Ils n'ont pas de promesse, partant pas d'espérance. Ah! qu'importent la pourpre et l'or qui les couvrent, les joies qui les enivrent durant l'espace d'un jour ! Demain, quand la tombe sera béante, quand le souffle de la mort les aura jetés dans l'éternité..., que deviendront- ils? qui les accueillera? Est-ce le néant? Est-ce une justice devenue implacable pour avoir été trop méprisée ? Ils ne savent, et voici les sinistres problèmes qu'ils se doivent poser. « Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses... Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue sans savoir pourquoi.... tout ce que je connais c'est que je dois bientôt mourir, mais ce que j'ignore le plus c'est cette mort même que je ne saurais éviter. Gomme je ne sais d'où je viens, aussi ne sais-je où je vas, et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais, ou dans le néant ou dans les mains d'un Dieu irrité... Voilà mon état de misère, de faiblesse, d'obscurité^. >> Frères, écrivait l'Apôtre, je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui meurent, afin que vous ne tombiez pas 4ans les désolations de ces autres hommes qui n'ont pas l'espérance*.
' ITliessal. iv, 12. — 2 Ephes. n, 12. — ^ Pascal, Pensées. ~ ♦ I Thessal. iv, 12.
282 CHAPITRE DIXIÉxME
Cette privation de l'espérance qui désole leur tombe, abandonne encore leur vie à des infamies sans nom. Privés d'espérance, ils se livrent eux-mêmes à l'impudicité ; ils se souillent de toutes sortes d'immondices, et se donnent à l'avarice*. Dieu et le ciel avec leurs inénarrables et infinies satiétés une fois enlevés à l'âme, il faut à sa faim délirante l'immonde pâture de la chair. Détaché des espérances divines, l'homme étreint alors avec frénésie les seules voluptés qui lui restent, les voluptés du vice: le pain de la maison paternelle ne lui vient plus, le prodigue réclame la pâture des pourceaux! «< Quand l'homme a refusé sa fin surnaturelle, il se passe quelque chose d'effrayant... l'âme a faim! que fera l'homme? Il essayera de tuer son âme, ne trouvant pour elle, là où il est, aucun aliment 2. . . » 0 triste, mais trop réelle histoire de ceux en qui l'espérance est éteinte ! Que restet-il quand l'espérance a fui emportant ses splendeurs et laissant après elle la solitude ? « 11 reste debout deux choses : il reste la matière, et il reste les sens par où nous pouvons entrer en rapport avec la matière. Voilà le dernier mot. Quand l'homme, à force de se séparer de Dieu en se concentrant en soi, a vu baisser et s'obscurcir la lumière qui l'éclairait : quand tout ce qui a nom. Dieu, âme, justice, vérité, temps futur, éternité, est devenu problème et ruine pour lui, il voit se dresser à la place de toutes ces choses balayées une réalité d'autant plus forte que rien ne lui fait ombre et contrepoids : il voit seul à seul, dans un duel implacable, la nature vivante; il la voit se faisant jour malgré lui dans tous les pores de sa chair, et s'y assurant un invincible empire. Dépouillé de tout le reste , nu et pauvre, il se
* Ephes. IV, 19. — > Lamennais»
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jette sur ce débris impur sauvé du naufrage universel, il s'y attache avec un enivrement désespéré, et dit à sou dme, s'il en a une encore : ceci est bon, mange ' ! »
Je vous le dis, je vous en adjure dans le Seigneur, ne marchez pas comme marchent les gentils^ dans la vanité de leurs sens... N'ayant pas l'espérance, ils se sont abandonnés à IHmpudicité, à des impuretés de toute sorte, à l'avarice^. Pour vous, attendez la bienheureuse espérance et la venue de la gloire du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ ^.
» Lacordaire, LXIII^ Confér. — 2 Ephes. iv, 19. — ^ xii. u, 13w