DE LA RÉVÉLATION
La même sainte Mère l'Eglise tient et enseigne que, par les choses créées, la lumière naturelle de la raison peut connaître avec certitude Dieu, principe et fin de toutes choses : car les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles depuis la création du monde, par la connaissance que ses ouvrages nous donnent de lui ; que cependant il a plu à sa sagesse et à sa bonté de révéler au genre humain, par une autre voie, par une voie surnaturelle, et lui-même et les décrets éternels de sa volonté. C'est ce que dit l'Apôtre dans ces paroles : Dieu qui avait parlé autrefois à nos pères en diverses manières et en diverses occasions par les prophètes, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils. Quant à celles des choses divines qui par elles-mêmes ne sont point inaccessibles à notre raison, c'est bien à la divine révélation que nous devons, dans l'état présent de l'humanité, de pouvoir tous facilement les connaître avec une certitude inébranlable et sans aucun mélange d'erreur. Toutefois, ce n'est^^pas là une raison pour affirmer que la révélation est nécessaire,
d'une nécessité absolue, mais elle est nécessaire parce que Dieu, dans son infinie bonté, a destine l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire à participer aux biens divins qui dépassent absolument la portée de l'intelligence humaine, car ni l'œil n'avu, ni l'oreille n'a entendu, ni le cœur de l'homme n'a senti ce queDieu a préparé à ceux qui l'aiment.
Or, cette révélation surnaturelle, selon la foi de l'Église universelle, foi déclarée par le saint Concile de Trente, est contenue dans des livres et dans les traditions non écrites que les apôtres ont reçues de la bouche de Jésus-Christ même, ou que les apôtres eux-mêmes, sous la dictée de l'Esprit-Saint, ont transmises comme de main en main, et q«i sont parvenues jusqu'à nous. Ces livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, tels qu'ils sont reconnus par les décrets du même Concile, et tels qu'ils se lisent dans l'ancienne édition de la Vulgate latine, doivent être reçus pour sacrés et pour canoniques. Et l'Église les tient pour sacrés et canoniques, non parce que,, fruits d'une conception purement humaine, elle les aurait approuvés dans la suite par son autorité, ni même seulement parce qu'ils contiennent la révélation sans aucune erreur, mais parce que, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour auteur, et parce qu'ils ont été comme tels confiés à l'Église.
Et parce que certains hommes exposent dans un mauvais sens les choses que le saint Concile de Trente, pour tenir en bride les esprits pétulants, a sainement décrétées sur l'interprétation des divines Écritures, nous, renouvelant le même décret, déclarons que sa pensée est que, dans les choses de la foi et des mœurs, qui regardent l'édification de la doctrine chrétienne, on
doit tenir pour le vrai sens de la sainte Écriture celui qu'a tenu et que tient la sainte Mère l'Église, à qui il appartient de juger du vrai sens et de l'interprétation des saintes Ééritures ; et qu'en conséquence, il n'est permis à personne d'interpréter la sainte Ecriture contrairement à ce sens, ni, non plus, contre le sentiment unanime des Pères.
Puisque l'homme dépend tout entier de Dieu comme son Créateur et maître, et puisque la raison créée est entièrement sujette de la vérité incréée, nous sommes tenus de donner par la foi à Dieu qui révèle, le plein assentiment de notre intelligence et de notre volonté. Et cette foi, qui est pour les hommes le commencement du salut, l'Église catholique professe qu'elle est une vertu surnaturelle par laquelle, au souffle de Dieu et aidés par sa grâce, nous croyons vrai ce qu'il nous révèle, non à cause que la lumière naturelle de notre raison nous découvre la vérité intrinsèque des choses, mais à cause de l'autorité de Dieu même, l'auteur de la révélation et qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper ; car, au témoignage de l'Apôtre, la foi est la substance (ou le fondement) des choses que nous devons espérer, et l'argument {ou la conviction) de celles que nous ne voyons pas.
Néanmoins, pour que la soumission de notre foi fût en parfaite conformité avec la raison, Dieu a voulu joindre aux secours intérieurs du Saint-Esprit l'es arguments extérieurs (ou les preuves extérieures) de sa révélation ; à savoir les faits divins, et principalement les miracles et lés prophéties qui, eu montrant avec évi-
dence la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont les signes de la divine révélation ; signes très-assurés et appropriés à toutcsles intelligences. C'est pourquoi Moïse et les'prophètes, et principalement Notrc-Seigneur Jésus-Christ, ont fait en grand nombre les miracles les plus manifestes et des prophéties ; et nous lisons des apôtres : « Eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux et confirmant leur parole par les miracles dont elle était accompagnée. » Et il est encore écrit : « Nous avons des oracles des prophètes, dont la certitude est encore mieux établie, sur lesquels vous faites bien d'arrêter les yeux comme sur un flambeau qui luit dans un lieu obscur. »
Mais, quoique l'assentiment de la foi ne soit point un mouvement aveugle de l'âme, nul cependant ne peut adhérer, comme il est nécessaire pour le salut, à la prédication de l'Évangile, s'il n'est éclairé et mû par le Saint-Esprit, qui nous fait trouver la douceur à consentir et à croire à la vérité.
Aussi la foi, considérée en elle-même et quand même elle n'opère point par la charité, est un don de Dieu, et son acte est une œuvre qui appartient au salut, acte par lequel l'homme rend à Dieu même une obéissance libre, en consentant et en coopérant à sa grâce, à laquelle il pourrait résister.
Or, par la loi divine et catholique, nous devons croire tout ce qui est contenu dans la parole écrite et traditionnelle de Dieu, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ou enseignement ordinaire et universel, propose à notre foi comme divinement révélé.
Mais parce que, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu et de parvenir à être compté dans le nombre de
ses enfants, personne sans la foi ne peut jamais être justifié, et personne, à moins qu'il ne persévère jusqu'à la fin dans la foi, n'obtiendra la vie éternelle; et afin de pouvoir satisfaire à l'obligation d'embrasser la foi véritable, comme aussi d'y persévérer constamment, Dieu, par son Fils unique, a institué l'Eglise, et ill'a marquée au front des marques visibles de son institution, afin que tous puissent reconnaître en elle la gardienne et la maîtresse de la parole révélée. Et, en effet, ce n'est qu'à la seule Église catholique qu'appartiennent tous ces caractères si nombreux et si admirables que la divine Providence a disposés pour rendre évidente la crédibilité de la foi chrétienne. Il y a plus : l'Église, grâce à sa prodigieuse propagation, à sa sainteté incomparable, à sa fécondité inépuisable par toutes sortes de biens, grâce à son unité catholique et à son invincible stabilité l'Église est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et un irréfragable témoignage de sa divine mission.
De là vient qu'elle est elle-même comme le signe élevé parmi les nations, et qu'elle invite à venir à elle ceux qui n'ont pas encore cru, et qu'elle rend ses enfants certains que la foi qu'ils professent repose sur le fondement le plus assuré. A ce témoignage se joint encore le secours efficace de la puissance d'en haut. Le Dieu très-bon, en effet, excite et aide par sa grâce ceux qui sont dans l'erreur, pour qu'ils puissent venir à la connaissance de la vérité ; et quant à ceux qu'il a transportés de leurs ténèbres dans son admirable lumière, il les confirme par sa grâce dans cette même lumière, afin qu'ils persévèrent : n'abandonnant jamais que ceux qui l'abandonnent. Il n'y a donc aucune parité entre la condition de ceux qui, par le don divin de la foi, adhè-
rcnt ;i lu vérité catholique, et la condition de ceux qui, conduits par des opinions humaines, suivent une fausse religion. Ceux, en cdet, qui, sous le magistère de l'Église, ont reçu la foi, ne peuvent jamais avoir une juste raison de changer ou de révoquer en doute cette morne foi. Les choses étant ainsi, rendons grâce à Dieu le Père, qui nous a faits dignes de partager, dans sa lumière, le sort des saints ; ne négligeons pas un salut d'une telle importance ; mais, tenant les yeux attachés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, soyons inébranlables dans la confession de notre espérance.
Le consentement perpétuel de l'Eglise a tenu aussi et tient qu'il y a deux ordres de connaissance, et que les deux ordres sont distincts, non-seulement par leur principe, mais par leur objet; par leur principe d'abord, parce que dans l'un c'est par la lumière naturelle de notre raison, et dans l'autre par la foi divine, que nous connaissons. Par leur objet ensuite, parce que indépendamment de ce que peut attemdre la raison naturelle, des mystères cachés en Dieu sont proposés à notre croyance, et ces mystères ne peuvent être connus à moins que Dieu ne daigne les révéler. C'est pourquoi l'Apôtre, qui assure que Dieu a été connu des Gentils par ses œuvres, lorsqu'il disserte sur la grâce et la vérité que nous a apportées Jésus-Christ, s'écrie : Nous prêchons la sagesse de Dieu dans son mystère, qui est restée cachée, que Dieu a prédestinée, préparée avant tous les siècles pour notre gloire, qu'aucun des princes de ce monde n'a connue, mais que Dieu nous a révélée par son Saint-Esprit, car l'Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. Et le Fils unique de Dieu rend à son Père ce témoignage qu'il a caché ces mystères
aux sages et aux prudents, et qu'il les a révélés aux petits.
Mais la raison, il est vrai, illuminée par la foi, lorsqu'elle cherche avec soin, avec piété et modération, acquiert à l'aide de Dieu une certaine intelligence des mystères, et cette intelligence est très-fructueuse. La raison acquiert cette intelligence, soit par analogie avec les choses qu'elle connaît naturellement, soit par le lien que les mystères ont entre eux et avec la fin dernière de l'homme; toutefois elle n'est jamais rendue capable de les voir à l'instar des vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins dépassent tellement par leur nature l'intelligence créée, que, même après qu'ils nous ont été transmis par la révélation et que nous les avons reçus par la foi, ils demeurent cependant couverts du voile de la foi et comme enveloppés d'un certain nuage, tant que nous voyageons dans cette vie mortelle loin du Seigneur ; car nous marchons vers lui par la foi et nous ne le voyons pas à découvert.
Mais quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir entre la foi et la raison une opposition véritable. Car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et infuse la foi, et qui a donné à l'esprit de l'homme la lumière de la raison. Nous définissons donc que toute assertion contraire |à la vérité connue par la foi est absolument fausse. L'Église, qui a reçu, avec la charge apostolique d'enseigner, l'ordre de garder le dépôt de la foi, a aussi la mission et le droit divin de proscrire toute fausse science, pour que personne ne soit trompé par la philosophie et les vaines subtilités. C'est pourquoi, quant à ces sortes d'opinions connues pour être contraires à la doctrine de la foi, surtout si elles ont été réprouvées par l'Église, non-seulement il
est interdite tous i les chrétiens fidèles de les soutenir comme des conclusions légitimes de la science, mais ils sont absolument obligés de les tenir poilr autant d'erreurs qui portent le masque trompeur de la vérité.
Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais se combattre, mais elles se portent un mutuel secours, puisque la droite raison démontre les fondements de la foi, qu'éclairée par sa lumière elle cultive la science des choses divines. Quant à la foi, elle délivre et préserve la raison des erreurs, et lui fournit d'amples connaissances. Tant s'en faut donc que l'Église s'oppose à la culture des arts et des sciences, qu'au contraire elle aide cette culture et la fait progresser de mille manières. Ni elle n'ignore, en effet, ni elle ne méprise les avantages qu'apportent aux hommes les sciedces et les arts; bien plus, elle avoue que, de même que ces grandes choses viennent de Dieu, qui est le Seigneur des sciences, de même elles doivent, si elles sont traitées ainsi qu'il ■ convient, avec le secours de la grâce, nous ramener à Dieu. La religion n'empêche certes pas que ces sortes de sciences n'usent dans leur domaine des principes et des méthodes qui leur sont propres ; mais, tout en reconnaissant cette juste liberté, elle est pleine de vigilance et prend garde que les sciences, dans leur opposition avec la doctrine divine, n'embrassent des erreurs, ou que, franchissant leurs propres frontières, elles ne se jettent, pour y porter la perturbation, sur le terrain de la foi.
Ce n'est pas, en effet, comme une découverte philosophique susceptible de recevoir les perfectionnements de l'esprit humain, que la doctrine de la foi révélée de Dieu nous a été proposée , mais c'est comme un dépôt divin confié à l'épouse de Jésus-Christ pour qu'elle le
garde et le pioclame infailliblement. Il suit de là qu'on doit retenir à jamais pour les dogmes saints le sens qu'a une ^is défini notre sainte Mère l'Eglise ; et jamais sous le faux prétexte de les mieux entendre, il ne faut s'écarter de ce sens. Qu'elles croissent donc et progressent magnifiquement et avec rapidité, avec le progrès des âges et des siècles, l'intelligence, la science, la Mgesse de chacun et celles de tous, celles d'un seul homme comme celles de toute l'Église, pourvu que ce soit seulement dans leur genre, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le même sens, dans le même sentiment!
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