CARACTÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE
La doctrine chrétienne est excellente , c'est-à-dire qu'elle atteint parfaitement son but, son objet ; en d'autres termes, est en parfaite harmonie avec les besoins qu'elle doit satisfaire.
Une doctrine religieuse a des rapports avec toutes les facilités humaines; à l'intelligence elle manifeste le vrai; à la volonté, en tant que faculté d'aimer, elle montre le bien ; à la volonté, en tant que capable d'action, conséquembaent aussi à l'activité extérieure, elle donne des motifs de vertu et trace les règles à suivre pour la pratiquer. Une doctrine est donc bonne quand elle atteint toutes ces fins d'une mamière satisfaisante ; elle est excellente quand elle les atteint parfaitement. Or la doctrine chrétienne offre satisfaction parfaite aux besoins de l'intelligence, aux besoins de la volonté eu tant que faculté d'aimer et en tant que faculté d'agir.
La doctrine catholique satisfait pleinement aux besoins de l'intelligence.
A rintelligencc de l'homme il raut une connaissance de Dieu certaine, complète, claire, éten^^'lle. — Donc il
il"
faut une doctrine religieuse qui, sans être démentie par les faits, s'attribue une valeur supérieure à toute discussion ; qui développe l'idée de Dieu d'une manière complète, claire, et qui promette la vision de Dieu pour l'éternité. — Or la doctrine chrétienne possède éminemment toutes ces propriétés.
1. — A l'intelligence de l'homme il faut une connaissance de Dieu résumant les caractères précités.
Il faut une connaissance de Dieu : L'homme a besoin de se connaître lui-même, de connaître les êtres avec desquels il soutient des rapports, ces rapports eux-mêmes et les conséquences qui en dérivent; or ces connaissances impliquent la notion de Dieu, on peut même dire qu'elles y sont toutes comprises. Donc — Que l'homme ait "Desoin de se connaître, de connaître les êtres, cela se déduit : 1° d'un désir invincible, inné, que l'homme a de posséder cette connaissance ; 2* du devoir imposé à l'intelligence d'éclairer et de diriger la volonté, devoir dont l'accomplissement suppose les connaissances précitées, puisque l'homme doit agir d'après sa propre nature et celle des êtres avec lesquels il soutient des îapports. — Ces connaissances impliquent la notion de Dieu , puisque les principaux rapports de l'homme sont ceux qu'il soutient avec Dieu. — Elles sont même toutes résumées dans la notion de Dieu ; car l'homme et les autres êtres n'ont telle nature, telle destination, tels rapports, telles lois, tels moyens, telle fin, que parce que Dieu les a créés tels. D'ailleurs l'exposé de la doctrine chrétienne donné précédemment prouve la vérité de cette affirmation. Donc il faut à l'intelligence de l'homme une connaissance de Dieu.
Cette connaissance doit réunir les caractères indiqués;
Aiitremont ello serait incjipable de satisfaire les désira de l'iiomme, qui, dans toutes ses connaissances, aspire à la vérité, il la certitude, ii la plénitude, à la clarté, et qui," surtout en matière religieuse, aspire à une connaissance éternelle. Autrement, en second lieu, elle serait incapable de fournir à l'intelligence les lumières nécessaires pour éclairer à son tour et diriger la volonté.
11 lui faut une doctrine religieuse réunissant les conditions que nous avons indiquées.
Il lui faut une doctrine religieuse : 1» Nous venons de voir qu'il faut à l'intelligence une connaissance de Dieu; mais l'intelligence humaine n'étant pas sur la terre en rapport immédiat avec Dieu, donc il lui faut un intermédiaire, ou une doctrine religieuse. 2° Tous les hommes ont l'idée de Dieu ; or il est impossible qu'ils possèdent la notion de Dieu sans exprimer sur son existence, sa nature, ses rapports, des jugements positifs ou négatifs, sans avoir par conséquent une doctrine religieuse. Les faits d'ailleurs confirment cette nécessité : chez tous -les peuples on a trouvé et on trouve une doctrine religieuse positive, plus ou moins vraie ou fausse. Les incrédules mêmes, peut-on dire, ont une doctrine religieuse, mais doctrine négative. Donc à l'intelligence de l'homme est nécessaire une doctrine religieuse.
Cette doctrine doit réunir les conditions précitées : \o Cette doctrine doit s'attribuer, sans être démentie par les faits, une valeur qui la mette au-dessus de toute discussion. Elle doit s'attribuer une valeur qui la mette au-dessus de toute discussion : autrement elle se reconnaîtrait incertaine, se livrerait à la discussion, par conséquent à l'altération, à la destruction. Sans être démentie par les faits : dans l'hypothèse contraire elle serait sans valeur.
2° Elle doit être complète. Cette qualité ne peut pas se prendre dans un sens absolu, mais dans un sens relatif, accommodé à l'état d'épreuve où l'homme se trouve placé sur la terre. La proposition signifie donc que l'homme doit avoir une doctrine religieuse qui lui enseigne tout ce qui lui est nécessaire pour obtenir sa fin : réduite à ces limites, la proposition est évidente.
2^ Elle doit être claire. Cette proposition encore ne peut se prendre que dans un sens relatif. La doctrine doit être claire dans ce sens : 1° que ses enseignements doivent être accessibles aux intelligences les moins cultivées; car autrement cette classe qui forme la masse du genre humain serait privée des connaissances nécessaires à l'obtention de sa fin ; 2° dans ce sens que la raison ne doit apercevoir aucune contradiction entre les termes de ses propositions, entre ses propositions ellesmêmes, entre ses propositions et les réalités extérieures constatées par la raison et l'expérience ; autrement la fausseté de cette doctrine serait prouvée.
4» Elle doit promettre la vision de Dieu pour l'éternité. Car la connaissance de la vérité est une des conditions essentielles du bonheur parfait auquel l'homme aspire pour l'éternité.
2. La doctrine chrétienne possède éminemment toutes ces qualités.
Elle s'attribue, sans être démentie par les faits, une valeur qui la place au dessus de toute'discussion.
Elle s'attribue une valeur.... : En effet ellç compte au nombre de ses dogmes les plus fondamentaux : celui de la divinité de son auteur, celui de l'institution divine et de l'indéfectibilité de l'Église qui la professe, celui de l'institution divine et de l'infailli-
bilité du ministère chargé de la traiisiiieUre. Sa valeur esl donc perniauerament celle d'une doctrine divine. Elle se place donc dans l'intelligence au-dessus de toute discussion.
Cette prétention n'est jamais démentie par les faits : — . Pour démentir par des faits son origine divine, il faudrait constater des erreurs dans son enseignement • pour démentir l'indéfectibilité de la société qui la professe et l'infaillibilité de l'autorité qui la transmet, il faudrait constater des variations dans son histoire : or l'incrédule n'a jamais pu constater ni erreur dans son enseignement, ni variation dans son histoire.
Elle est complète à un degré suffisant. — En effet, ses données primitives sur Dieu, sur l'homme, sur les autres êtres de la création, sur leurs rapports respectifs, sur les conséquences de ces rapports, sont assez explicites et développées pour donner à l'homme les connaissances nécessaires à l'obtention de sa tin.
Elle est complète à un degré plus que suffisant. — Car ses principes ont engendré par voie de conséquence, et sans rien perdre de leur fécondité, les vérités dogmatiques, morales et sociales, contenues soit dans les actes des Conciles, soit dans les codes des nations civilisées soit encore dans les écrits des SS. Pères, des Théologiens, des Philosophes, des Moralistes, des Jurisconsultes et des Publicistes.
La doctrine chrétienne est claire.
Elle est claire à un degré suffisant, — à un degré plus que suffisant.
'^vant d'entrer dans le développement de cette proposition, il est nécessaire de poser quelques observations sur la clarté.
Une doctrine vraie est un ensemble de propositions
réduites à l'unité par des rapports naturels. Sa clarté consiste dans sa visibilité pour l'intelligence. Elle peut varier quant à l'étendue, quant au mode, et quanta l'intensité. — Quant à l'étendue : L'intelligence peut voir les parties de la doctrine, leurs rapports ; et dans ces deux objets, trois choses peuvent être perceptibles : le sens des formules qui expriment la doctrine, leur possibilité ué^u'L;\ u uc positive. leur uiuté. — Quant au mode: La visibilité peut être directe ou intérieure, réflexe ou extérieure. Elle est directe ou intérieure, quand l'objet possède en lui-même une évidence immédiate ou déductive. Elle est réflexe ou extérieure, quand l'objet invisible en lui-même est rendu visible par ses rapports avec des réalités constatées par la raison ou l'expérience. — Quant au degré : La visibilité peut être plus ou moins éclatante, ce qui rend l'objet probable à difïérents degrés ou certain.
Cela posé, nous disons:
La doctrine chrétienne est daire à un degré suffisant.
Pour le prouver, il suffit de montrer : 1° qu'elle est accessible aux intelligences les moins cultivées ; 2° que les propositions qui la composent ont une possibilité négative, c'est-à-dire ne sont point en contradiction dans leurs termes, ne sont contradictoires ni les unes avec les autres, ni avec les réalités extérieures constatées par la raison et l'expérience.
La Doctrine chrétienne est accessible aux intelligences les moins cultivées: Car les vérités qu'elle enseigne, quoique sublimes en elles-mêmes, sont analogues aux vérités les plus généralement connues, aux faits les plus ordinaires. De plus, les termes dont elle les revêt appartiennent pour la plupart au langage commun ; et si quelquefois, pour s'exprimer d'une manière plus concise et nlus exacte.
elle e?t forcée d'employer des expressions scientifiques, CCS expressions peuvent encore ôtrc facilement ramenées à une forme accessible au vulgaire. Ces assertions, suffisamment claires par elles-mêmes, établissent notre proposition qui d'ailleurs est prouvée par la facilité avec laquelle les intelligences les moins cultivées, le peuple^ les enfants, les sauvages même conçoivent et admettent la doctrine chrétienne.
La Doctrine chrétienne ne renferme aucune contra-* diction intrinsèque ou extrinsèque : Pour voir des contradictions dans les Mystères du . Christianisme, il faut altérer ou les termes ou les rapports des termes des formules. Cette assertion est prouvée par l'examen des objections des incrédules . Les Mystères sont donc simplement incompréhensibles, et non contradictoires. Ces considérations générales, dont la justesse est démontrée dans les traités particuliers, seront confirmées plus bas par l'exposition des harmonies qui existent entre les Mystères chrétiens et les réalités constatées par la raison et l'expérience.
La docti'ine chrétienne est claire à un degré plus que suffisant.
Car : 1° sa partie rationnelle est évidente intrinsèquement; 2° l'obscurité de sa partie supra -rationnelle est atténuée par la lumière extrinsèque de la raison et l'expérience ; S" les rapports qui constituent l'unité de la doctrine chrétienne sont évidents.
La partie rationnelle de la doctrine chrétienne est évidente intrinsèquement.
Sont évidents immédiatement les premiers principes de la raison et les données immédiates de l'observation. Sont évidentes médiatement les conclusions clairement déduites de ces principes. Donc la partie rationnelle de
la doctrine chrétienne est évidente intrinsèquement, si elle se compose de principes rationnels, de faits constatés par l'observation immédiate, et de conclusions clairement déduites de ces deux sources. Or il en est ainsi; l'exposé suivant le prouve.
Cet exposé, pour être complet, devrait d'abord présenter toutes les vérités de la doctrine, puis les preuves de ces vérités fournies par la raison et l'observation. Mais les premières étant déjà posées précédemment, nous nous bornerons ici à leur mettre en regard, suivant l'ordre de leur exposition, les considérations déduites de la raison et de l'observation qui les établissent.
Sur Dieu considéré en Lin-même : la logique conclut qu'il existe un Être nécessaire, infini, ou un Dieu. Car. d'un côté, la raison affirme que le contingent et le fini supposent le nécessaire et l'infini ; de l'autre , l'observation et la raison attestent qu'il existe des êtres contingents et finis.
. Sur Dieu considéré dans ses Propriétés: la logique conclut de son asséité qu'il est Indépendant; car la raison affirme que l'être à se tient tout de lui-même. — De Vinfmité, la logique conclut : qu'il est Un, car la raison affirme que dans l'hypothèse contraire il ne serait point infini, étant composé de parties limitées en ellesmêmes; et quant à leur nombre, qu'il est Unique, car la raison affirme que si la plénitude de l'être est partagée par deux ou plusieurs individualités, aucune n'est infinie ; qu'il est Immuable dans ses perfections- et ses décrets : dans ses perfections, car la raison affirme qu'«n être qui acquiert ou perd des perfections ou des degrés de perfection ne possède pas éternellement la plénitude de l'être, n'est pas infini ; dans ses décrets, car la raison affirme qu'un être qui change de résolution n'est pas infini, puisqu'il
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est ignorant ou léger ; qu'il est Eternel cl Immense, car la raison aflirmc qu'un vivo limité ciuant au temps, quant à l'espace, n'(^st pas infmi.
Sur Dieu considéré dans ses Attributs : la logique con-. dut collectivement : qu'il possède intelUgencc, volonté, liberté, puissance et conséquemment personnalité. Car la raison affirme que l'infinité, caractère primitif de Dieu, implique toute perfection, et spécialement intelligence, volonté, etc. ; que la contingence et l'ordre du monde constatés par l'expérience, la mutabilité de ses lois prouvée par des miracles, supposent dans sa cause intelligence, volonté, liberté, puissance, personnalité ; que l'homme ne peut avoir reçu l'intelligence, la volonté, la liberté; la puissance, la personnalité que d'une cause possédant elle-même ces attributs. — En particulier elle conclut : que Dieu est Intelligent, car la raison affirme que les vérités spéculatives et pratiques, nécessaires, universelles, constatées par l'observation dans l'intelligence humaine supposent comme sujet primitif une intelligence nécessaire dont elles foient la modification ; que Dieu possède une' Volonté libr.e, car la raison affirme que la destination naturelle des vérités pratiques, dont l'existence dans l'intelligence divine a été constatée précédemment, est de diriger la volonté et la liberté ; que Dieu possède le Pouvoir législatif, car la raison affirme que la société est nécessaire à l'homme, que les lois sont nécessaires à la société, que les lois ne se peuvent expliquer que par un pouvoir législatif, que le pouvoir législatif ne se peut expliquer que par Dieu. Elle conclut à ï Infinité de tous ses attributs, car la raison affirme que Dieu étant essentiellement infini, toutes ses perfections doivent être elles-mêmes infinies.
Sur les attributs de Dieu considérés in actu ad intrà ,•
la logique conclut : que Dieu est, qu'il se connaît et s'aime infiniment de toute éternité; car la raison affirme qu'en Dieu l'asséité, l'intelligence, la volonté ne sont pas infinies, si elles sont à Tétat de simple puissance ; que, pour avoir ce caractère, elles doivent passer en acte. — Sur le bonheur de Dieu, la logique conclut qu'il est infini ; car la raison affirme que le bonheur n'étant que la satisfaction complète des facultés, il est nécessairement infini en Dieu dont l'intelligence infinie connaît infiniment la vérité infinie, dont la volonté infinie jouit infiniment du bien infini.
Des vérités établies jusqu'ici, la logique conclut avec la doctrine chrétienne que Dieu est l'Être, le Vrai, le Beau, le Bien absolu, infini; car la raison affirme que l'infini, caractère primitif de Dieu, n'est que la plénitude de l'être ; que le vrai n'est que l'être dans ses rapports avec l'intelligence; le beau, l'être dans ses rapports avec la sensibilité esthétique; le bien, l'être en tant que pouvant être possédé par la faculté d'aimer, réalisé par la faculté d'agir.
Sur les manifestations extrinsèques des attributs divins considérés en général : la raison affirme que la substance d s êtres physiques et de l'homme, dont l'existence et les propriétés sont constatées par l'observation, est réelle, distincte de la substance divine, contingente. — Elle est réelle : autrement il faudrait nier la valeur du témoignage des sens qui nous atteste les réalités physiques, la valeur de la raison qui de ces principes conclut nécessairement à l'existence de l'homme^ admettre le scepticisme universel, ce qui est absurde et répugne à la nature. — Elle est distincte.de la substance divine : autrement la substance divine est composée, divisible, limitée par conséquent, impersonnelle dans la portion
d'elle-même qui compose hi matière, entachée de désordre physique et moral ; il faudrait encore dire que l'homme est une portion de Dieu, sans personnalité propre, sans liberté, sans lois, sans avenir personnel ; toutes choses absurdes. —Elle est contingente: autrement tous les êtres de la création ne peuvent pas être conçus non existants, ils sont infinis, indépendants, uns, immuables, éternels, immenses; la création tout entière n'est qu'un seul être doué d'une intelligence, d'une volonté, d'une liberté, d'une puissance, d'une personnalité infinie : conséquences absurdes. De là, la logique conclut : lo que le monde a été créé par Dieu; car sa substance étant réelle, distincte de la substance divine, contingente, son existence ne peut s'expliquer que par la création.
Elle conclut : 2° que la création a été précédée d'un décret qui a déterminé toutes les œuvres que Dieu devait accomplir dans le temps et après le temps, car la raison affirme qu'il serait indigne de la sagesse de Dieu d'agir sans plan déterminé; que ce décret est éternel, parce que l'indétermination supposant ignorance ou faiblesse dans la volonté est incompatible avec la souveraine perfection ; 3" que Dieu dans ce plan s'est posé pour fin principale sa propre gloire, car la raison affirme qu'un acte dont la créature serait la fin dernière serait indigne de la sagesse divine; qu'il s'est proposé pour fin secondaire la perfection et le bonheur des créatures, car la raison affirme que la perfection et par conséquent le bonheur des créatures résulte de l'obtention de leur fin; 4° que dans ce décret éternel, Dieu a déterminé la destination spéciale, la nature, la fin, les secours qu'il destinait aux êtres qu'il se proposait de créer, car la raison affirme que la conduite contraire est indigne de sa sagesse.
Sur la manifestation extrinsèque des attributs divins considérée dans ses rapports avec les êtres particuliers.
Relativement aux Hr es physiques : l'observation scientifique constate dans ces êtres : une nature , des lois et des forces capables de produire le bien des individus qui composent le monde physique; des rapports au moyen desquels chaque individu peut concourir à la perfection du tout, au bien physique de l'homme; des perfections de détail et d'ensemble, qui manifestent la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu. De là, la logique conclut : 1» que la nature, les lois, les forces, les rapports du monde physique ont Dieu pour auteur, car la raison affirme, comme il a été dit plus haut, que Dieu est Créateur universel ; 2° que la nature, les lois, les forces et les rapports sont destinés à procurer le bien des individus, du tout, de l'homme sous le rapport physique et moral ; car la raison affirme que Dieu, sagesse infinie, proportionne toujours la fin au moyen.
Relativement à Vhomme : l'observation unie à la raison constate qu'il est intelligent, libre^ actif, immortel, social. La logique conclut : 1" qu'il tient toutes ces perfections de Dieu, son auteur; 2" qu'il est destiné de Dieu à connaître , aimer son créateur dans le temps et l'éternité, à travailler à son propre bien et à celui de ses semblables sous le rapport intellectuel, moral et physique; car la raison affirme que pour les intelligences comme pour les corps, Dieu proportionne les fins à la nature et aux facultés des êtres; 3" qu'il a reçu de Dieu le droit de 'disposer de lui-même et des choses créées; qu'il a reçu une loi qui lui prescrit : par rapport à Dieu, adhésion aux vérités qu'il lui manifeste, espérance du bien qu'il lui promet, amour souverain de se.'
perfections infinies, adoration manifestée par un culte intérieur, extérieur et public; par rapport à lui-même, un amour dirigé par la raison; par rapport à ses semblables, respect de leurs personnes et de leurs droits, amour et secours, soumission à l'ordre hiérarchique qui régit la société, et obéissance aux devoirs qui en résultent; car la raison affirme que ces droits et ces devoirs étant nécessaires pour conduire l'homme à sa fin, il répugnerait à la sagesse de Dieu, qui doit proportionner les moyens à la fin, de ne pas les lui donner; ï" qu'il sera récompensé ou puni dans une autre vie, proportionnellement à ses mérites ou à ses démérites ; car la raison unie à l'observation constate qu'on ne trouve point en ce monde la juste proportion entre la récompense et la vertu, la punition et le vice, proportion exigée cependant rigoureusement par la justice divine.
L'obscurité de la imrtic supra-rationnelle est atténuée par la lumière extrinsèque de la raison et de l'observation.
Cette proposition suppose que la partie supra-rationnelle est obscure intrinsèquement ; que l'obscurité intrinsèque d'une vérité peut être atténuée par les donnée? de l'observation et de la raison. Elle affirme qu'en fait l'obscurité de cette partie supra-rationnelle est atténuée par ces deux moyens. D'où trois propositions à prouver.
1" La partie supra-rationnelle est obscure intrinsèquement.
Nous appelons partie supra-rationnelle : les dogmes 1" de la Trinité; 2° de la Création en général; 3» spécialement de la Création des Anges ; ¥ les dogmes suivants relatifs à l'homme : la surnaturalité de son état primitif, son état de chute, son état de séparation, son état futur. Or tous ces dogmes sont obscurs intrinsèquement à différents degrés. En effet, pour qu'une vérité possède
une clarté intrinsèque complète, il faut qu'elle soit compréhensible dans sa nature, évidente ou démontrable quant à sa possibilité, à sa réalité. Donc sont obscurs intrinsèquement les dogmes susmentionnés, si aucun d'eux ne possède toutes ces conditions d'une parfaite clarté. Or aucun d'eux ne les possède complètement. Aucun d'eux n'est complètement et intrinsèquement compréhensible dans sa nature, aucun n'est évident intrinsèquement. La plupart sont indémontrables quant à leur possibilité ou quant à. leur réalité, ou sous ces deux rapports.
Ainsi la réalité, la possibilité même de la trinité de personnes dans l'unité de substance ne peut être déduite avec rigueur et clarté d'aucun principe dç la raison et de l'expérience. La création des Anges et les dogmes relatifs aux différents états de l'homme, étant des faits positifs en dehors de l'expérience, ne peuvent être constatés dans leur existence ni par la raison ni par l'observation. — La puissance de la raison se borne, relativement à ces dogmes, a constater indirectement la réalité, et par conséquent la possibilité de la création en général par les absurdités résultant de l'hypothèse contraire ; la possibilité de la création des Anges, à supposer que l'on attribue à Dieu la faculté créatrice ; la possibilité de quelques-uns des actes particuliers employés comme moyens pour la réparation de l'humanité.
2° L'obscurité intrinsèque d'une vérité peut être atténuée •par la lumière extrinsèque de l'observation et de la raison.
L'obscurité d'une vérité renferme trois degrés : elle peut être, comme nous avons vu, incompréhensible dans sa nature, indémontrable quant à sa possibilité, indémontrable quant à sa réalité. Or ces trois degrés d'obscurité peuvent être atténués.
L'incompréhensibilitc peut ôtre atténuée par les analogies de la vérité obscure avec les faits de l'observation. Car il est certain que les faits de l'observation considérés en eux-mêmes sont plus saisissables et plus clairs que les vérités de l'ordre purement rationnel; que le? vérités purement rationnelles ont leurs analogies dans l'ordre des faits; que par conséquent la vérité pure peut, quant à ses éléments et à leurs rapports, être représentée par les faits, incarnée dans les faits. Cette incarnation fixe la vérité pure, la rend plus facile à contempler, ajoute à la simple lumière de la raison la lumière plus saisissable de l'expérience, atténue par conséquent l'obscurité intrinsèque qui enveloppe la vérité pure.
L'obscurité qui enveloppe la possibilité, la réalité d'une proposition indémontrable peut être atténuée par les données de l'expérience et de la raison. Sous le rapport de la possibilité et de la réalité, il y a obscurité complète dans une proposition, lorsque ces deux points ne peuvent établis par aucun procédé. Il y a clarté complète, quand elle peut être rigoureusement démontrée. Il y a par conséquent demi-jour ou atténuation de l'obscurité complète, lorsque des données de l'observation et de la raison la logique peut tirer des preuves plus ou moins probables de la réalité ou de la possibilité. — Or il est des cas où la preuve probable est possible : celui où la raison et l'expérience ne fournissent pour établir la proposition que des principes privés de l'évidence rigoureuse exigée par la démonstration; celui où le principe étant évident, la conclusion n'a pas avec le principe un rapport assez clair pour participer pleinement à son évidence et à sa certitude,
3» De fait, l^obscurité intrinsèque des vérités smru-
rationnelles est atténuée par les données de la raison et de l'observation.
D'après ce qui précède, pour établir cette proposition il suffit de montrer que ces vérités ont des analogues dans les faits de l'observation, sont confirmées quant à leur possibilité et à leur réalité d'une manière plus ou moins probable par la raison et l'expérience. Or ces doux choses sont certaines quant aux vérités suprarationnelles considérées en général et e7i particulier .
Entrons dans le détail de ces vérités obscures, à demi éclairées par des analogues.
Analogies. — Ces vérités ont des analogies dans les faits de l'observation. En effet, les vérités supra-rationnelles sont marquées aux caractères suivants : elles sont incompréhensibles dans leur nature, certaines et en même temps inévidentes et indémontrables intrinsèquement. Or les caractères analogues se trouvent, séparés ou réunis, dans des vérités qui, de l'aveu de tout le monde, ne sont point supra-rationnelles. Ainsi l'existence de la matière, de la force, de la vie, de l'homme, de Dieu, n'est nullement douteuse pour l'intelligence ; cependant l'intelligence ignore profondément la nature intime de la matière, de la force, de la vie, de l'àme, du rapport qui unit l'âme au corps, de la substance et des perfections divines, de toute chose. Ainsi les faits de l'histoire possèdent, quand ils sont revêtus de toutes les conditions exigées par une critique sévère, la certitude la plus incontestable ; et cependant ils ne sont ni évidents en eux-mêmes, ni démontrables par l'observation et la raison. Ainsi une multitude de vérités scientifiques deviennent, par le témoignage des savants, certaines pour les ignorants; et cependant ceux-ci ne peuvent ni en comprendre la nature, ni en voir l'évidence, ni en
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saisir la démonstraliou. I.Miomine même le plus développé sons le rapport intellectuel est aux vérités suprarationnelles (le la doctrine chrétienne ce que l'ignora nt est aux vérités scientifiques, il les admet sans les comprendre, et ne les constate pas autrement que par le témoignage.
Preuves probables de la Possibilité. — La doctrine chrétienne peut contenir des éléments supra-rationnels ou incompréhensibles, indémontrables. Cette proposition, que nous avons prouvée précédemment d'une manière certaine, en montrant que Dieu peut révéler des mystères, faire des institutions positives, est confirmée par les faits que nous venons d'exposer. Car, si les connaissances profanes, qui ont le fini pour objet, contiennent des élément? incompréhensibles et indémontrables, à fortiori la doctrine religieuse qui a pour objet l'infini.
De la Réalité. — Il est probable que la doctrine religieuse renferme de fait des éléments supra-rationnels.
La doctrine religieuse doit enseigner à l'homme tout ce qui lui est moralement nécessaire de connaître pour diriger sa conduite. Pour diriger sa conduite, il faut qu'il connaisse non-seulement en général, mais encore en particulier sa fin, ses rapports avec Dieu, avec lui - môme , avec les autres hommes , avec la nature, ses moyens, son avenir. Or toutes ces choses dépendant dans ce qu'elles ont de spécial de la volonté positive de Dieu, ne peuvent être connues ni par l'évidence, ni par la démonstration, mais seulement par la révélation ou témoignage divin. Ainsi l'homme ne peut connaître que par la révélation si sa fin est simplement naturelle ou si elle est surnaturelle; si Dieu veut être honoré par tel moyen particulier ou par tel autre;
quel est le degré de ses obligations vis-à-vis du prochain et de lui-même, de ses droits sur la nature ; si Dieu veut lui accorder des secours pour accomplir ses obligations immédiatement ou médiatement, et, dans cette dernière hypothèse, quels sont ces moyens ; si ses péchés sont rémissibles ou non ; si la récompense et la punition de l'autre vie sont éternelles ou temporaires, etc. Donc il est au moins probable que la doctrine religieuse contient des éléments supra-rationnels.
La doctrine catholique satisfait pleinement aux besoins du cœur.
Deux sentiments dominent le cœur de l'homme : la crainte du mal, le désir du bonheur pour le temps et pour l'éternité. Donc il faut à l'homme une doctrine dont les enseignements préviennent ou atténuent l'impression du mal, et lui assurent la possession du véritable bien pour le temps et pour l'éternité. Or le Christianisme atteint parfaitement ces deux buts :
Il prévient ou atténue V impression du mal.
Le mal est la crainte de la privation ou la privation réelle d'un bien. Or il est pour l'homme en cette vie deux espèces de biens : ceux de l'ordre naturel, ceux de l'ordre surnaturel. A la première classe appartienent les richesses, la réputation, le commerce des personnes auxquelles l'homme tient par les liens dti sang ou de l'amitié, la santé, Ja vie. A la seconde classe- se rattachent l'espérance d'un bonheur éternel dans l'autre vie, la possession des moyens qui peuvent nous y conduire. Conséquemment pour l'homme deux espèces de maux :
maux de l'ordre naturel, pauvreté, dilTamation, séparation ou mort des personnes chères à son cœur, maladie, mort; maux de l'ordre surnaturel, crainte de perdre les biens éternels. Or la doctrine chrétienne oppose à ces différents maux des renaèdes capables de les prévenir ou d'en atténuer l'impression.
En effet, 1" Aux maux de Vordre naturel elle oppose : ses enseignements sur le néant des biens temporels, si capables de produire le détachement et par là de prévenir la crainte excessive de les perdre, d'atténuer la peine d'en être privé ou de les avoir perdus ; ses enseignements sur la sanctification, la divinisation même en Jésus-Christ de la pauvreté, de l'humiliation, de la souffrance et de la mort, dogmes si capables de transformer l'horreur naturelle de l'homme pour tous ces maux en noble émulation de les souffrir à l'imitation de Jésus- Christ, son Dieu et son chef; ses enseignements sur le mérite spécial attaché aux souffrances, dogme si capable de faire envisager les afflictions comme un bien inappréciable, puisque ces maux passagers peuvent nous obtenir, dans l'éternité, la participation au bonheur de Dieu même. — Pour calmer la douleur résultant de .la perte des personnes qui nous sont chères, aux dogmes précédents elle ajoute : celui de l'immortalité de l'âme, qui donne à l'homme l'espérance de se réunir bientôt dans une vie meilleure aux personnes qu'il regrette; celui de la communion des Saints, qui lui assure la possibilité de communiquer encore avec elles par des prières et par des services réciproques.
2° A la crainte de perdre les biens surnaturels par le péché, la doctrine catholique oppose : le dogme de la bonté de Dieu, si souvent répété et symbolisé d'une manière si touchante dans l'Écriture; celui de la grâce,
de la rémission des péchés dans le sacrement de Pénitence, dogmes bien capables de faire naître la confiance dans l'âme du pécheur, de la conserver et de lui donner une nouvelle intensité dans l'âme du juste.
Le Christianisme assure à l'homme la possession du véritable bonheur pour le temps et pour l'éternité.
Le bonheur pour l'âme est la jouissance résultant de son union avec le bien; il croît à proportion de la perfection du bien possédé, de la nature et de l'intimité du rapport qui unit l'âme à ce bien. De là il suit que le bonheur parfait consiste pour l'homme dans l'union immédiate avec Dieu par voie d'amour réciproque. — Il faut : lo union de l'âme avec Dieu ; puisque Dieu seul est le bien parfait et absolu, seul capable de rassasier le désir de bonheur infini qui tourmente le cœur de l'homme. — Il faut, 2" que cette union soit immédiate ; car plus les rapports sont étroits, plus la jouissance est grande. Ainsi ne suffirait pas au bonheur de Thomme son union avec un bien considéré d'une manière abstraite comme le bien infini. Il faut à son âme un bien réel et personnel ; ainsi encore ne suffirait pas à son cœur une union même personnelle avec un Dieu éloigné, il lui faut un Dieu présent, un Dieu intime avec lequel il puisse entrer en rapport réel. — Il faut : 3° que l'union de l'âme avec Dieu s'opère par voie d'amour réciproque. Il faut amour ; car de tous les modes d'union de l'âme avec une personne, l'amour est le plus béatifiant. Cette proposition prouvée par le fait est confirmée par la raison, surtout en ce qui concerne les rapports de l'âme avec Dieu ; car la personne qui aime, jouissant du bonheur de la personne aimée autant et plus que de son propre bonheur, l'union par "' voie d'amour entre l'âme et Dieu est le moyen de faire
participer le cœur do l'iiomme au bonheur infini de Dieu même. Il t'aul réciprocité : car l'amour sans réciprocité est pour le cœur de l'homme le tourment le plus cruel.
Or le Christianisme enseipjne relativement au temps et à l'éternité : la possibilité de l'union immédiate de l'âme avec Dieu ; la possibilité pour l'âme d'aimer Dieu, la réalité de l'amour infini de Dieu pour l'homme, la possibilité pour l'âme d'entrer en rapport réel avec Dieu.
Pour le temps. — 1° Possibilité de l'union immédiate de l'âme avec Dieu ; car, d'après la doctrine chrétienne, Dieu est personnellement présent dans la nature tout entière; il honore d'une présence spéciale l'âme de l'homme juste; le Saint-Esprit l'a choisie pour son temple ; le Verbe incarné se l'est unie de la manière la plus intime; il en a fait un de ses membres, il lui insuffle continuellement sa vie, et par là il l'élève à la filiation divine ; il veut être son compagnon sur la terre jusqu'à la consommation des siècles en demeurant sous les espèces eucharistiques; enfin sous cette forme, il veut être immolé chaque jour sous ses yeux au saint sacrifice de l'autel , et pénétrer dans le plus intime de sa substance par la communion.
2^ Possibilité pour l'âme d'aimer Dieu : L'amour de Dieu est non-seulement permis par le Christianisme, mais recommandé, encouragé par les motifs leg plus puissants, prescrit même sous les peines les plus terribles. Pour nous en faire produire les actes, Dieu, d'après le dogme chrétien, communique à l'âme norï-seulement la charité infuse, mais encore le secours puissant de la grâce actuelle.
3* Réalité de l'amour infini de Dieu pour l'homme ;
Le dogme de l'amour infini de Dieu pour l'homme enseigné explicitement par la religion chrétienne, est de plus la conséquence nécessaire des rapports du créateur avec sa créature ; c'est par amour que Dieu a créé l'homme, qu'il l'a surnaturalisé ; c'est par amour que Jésus-Christ l'a racheté après sa chute par l'ignominie et la souffrance, qu'il s'unit à lui de la manière la plus intime, comme nous l'avons dit précédemment.
4° Possibilité de rapport réel entre l'âme et Dieu : D'un côté l'homme se donne à Dieu par la pratique des devoirs spécialement par le culte ; il peut converser avec Dieu par la prière. De l'autre côté, Dieu à son tour se donne à l'homme par la grâce immédiate, par les sacrements, et spécialement par la communion.
Pendant l'éternité. — Les rapports d'amour de l'âme avec Dieu, si étroits pendant le temps, deviendront encore plus intimes pendant l'éternité où Dieu « sera tout en tous. »
ra
La doctrine catholique satisfait aux besoins de. l'activité humaine.
L'activité est une force destinée à réaliser l'ordre dans ses dispositions et dans ses actes. D'une part, la fin dernière de l'activité humaine étant d'honorer et de servir Dieu en lui-même et dans l'humanité, l'ordre considéré dans .ses lois les plus fondamentales -consiste dans les dispositions de renoncement à soi-même, de dévouement à Dieu et à l'homme, dirigées dans leur expression par des règles sûres. D'autre part, l'homme prouvant par sa conduite et par ses erreurs morales
qu'il ne possède point instinctivement le dejçré do renoncement, de dévouement, de connaissance morale qui lui est nécessaire pour agir toujours suivant les règles de l'ordre, il faut à son activité une doctrine qui lui inspire l'énergie suffisante pour élever ses dispositions à la hauteur de ce double sentiment de renoncement et de dévouement ; qui lui enseigne de plus une règle sûre et suffisamment détaillée pour diriger tous ses actes .
Or la doctrine chrétienne offre satisfaction parfaite h ces deux besoins de l'activité humaine.
1» Elle inspire le renoncement : En effet , le chrétien, sous peine de renoncer à ce titre, est obligé de croire avec la conviction la plus profonde quel'égoïsme est le plus grand mal de l'homme, parce qu'il est opposé à la fin que Dieu s'est proposée en le créant , parce qu'il a perdu le premier homme et dans le premier homme toute sa postérité, parce qu'il est la raison de tous les crimes et de toutes les fautes qui ont dû être expiés par les humiliations et les souffrances d'un Dieu , parce qu'il nous met en opposition avec l'esprit de Jésus- Christ, dont nous devons être animés cependant, puisque nous sommes ses membres, parce qu'il expose l'homme à des peines éternelles dans l'autre vie.— Elle inspire le dévouement envers Dieu : Car le chrétien doit croire en outre que le dévouement à Dieu est une vertu nécessaire à l'homme, parce qu'il a été créé pour travailler à la gloire de Dieu, parce qu'en devenant chrétien il a été incorporé à Jésus-Christ dont l'esprit manifesté par sa doctrine et ses exemples est dévouement et sacrifice, parce que cette disposition est la racine de toutes les vertus chrétiennes , parce que les actes qu'elle aura inspirés à l'homme seront récompensés dans
l'éternité par la participation au bonheur de Dieu même. — Elle inspire le dévouement envers l'homme : Car le fidèle doit croire encore que le dévouement qui le consacre à Dieu l'obhge de même vis-à-vis de l'humanité entière, parce que l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, parce que par son union avec Jésus-Christ, il est devenu le membre d'un Dieu-Homme, le fils adoptif de Dieu, le frère de tous ses semblables. Or il est évident que la foi à tous ces dogmes est capable d'inspirer à la volonté humaine l'esprit de renoncement et dévouement au degré le plus énergique. — Pour augmenter encore sa force morale, en l'appuyant sur la puissance divine elle-même, le chrétien doit croire que Jésus-Christ lui communique d'une manière infuse les vertus de foi, d'espérance et de charité; lui influe sa force divine par la communication incessante de la grâce, par la vertu infinie du sacrifice qu'il a institué, par les sacrements, spécialement par l'Eucharistie qui l'unit de la manière la plus intime à sa personne divine.
2° La doctrine chrétienne enseigne à l'homme une règle sûre et suffisamment détaillée pour diriger ses actes. En effet, la perfection des lois religieuses, morales et sociales du Christianisme, évidente pour tout esprit sérieux, est prouvée encore par les témoignages qui leur sont rendus par tous les hommes de bonne foi, par les ennemis même les plus acharnés de ses dogmes ^
* Ce travail est extrait des Lieux théologiques de Fraignier. -
il.ppend[ice O
Mp" Berteaud expose ainsi la nature et les excellences de la foi.
L'Église a reçu le dépôt de la doctrine. Elle n'y ajoute pas, elle n'en retranche rien. Elle n'est pas une cause agissant par sa force propre. Le génie, le raisonnement, l'arbitre humain n'inventent pas les choses divines. L'Eglise est un instrument imperturbable ; ce caractère est assez beau. Dieu a dit tout ce qui est nécessaire ; les trésors intellectuels laissés au monde furent composés de sa main. L'Église fidèle en tire la vérité, au fur et à mesure du besoin des âmes. Et par exemple, quand le successeur de Pierre dont la lèvre n'est jamais troublée, annoncera bientôt à l'univers, qu'il est bien vrai que Marie, mère de Jésus, a été conçue Immaculée, c'est que cela aura été dit, dès les commencements, par Dieu lui-même. Ce dogme suave, tant attendu, ne s'épanouira qu'à la condition d'avoir été un des rayons enfermés dans le soleil des révélations saintes.
Si Dieu avait laissé aux vérités surnaturelles leur splendeur native, il n'y aurait pas eu de place dans l'âme humaine pour le plus léger acte de liberté. Ea
face de ce vrai infini découvert, l'Intelligence et la volonté eussent été vaincues soudainement. La liberté ne se serait jamais redressée. II n'y aurait pas eu d'épreuve passible; par conséquent, pas démérite, aucune coopération, rien de notre part.
Il était donc de la bonté de Dieu et de notre dignité, que les révélations, objet de la foi, fussent obscures. Alors la carrière s'ouvrait devant la liberté ; la volonté libre était conviée à prendre parti, ses adhésions devenaient méritoires.
Voyez ce que nous serions, sans les heureuses obscurités de la foi. Nos facultés, si bien faites pour grandir dans une noble agitation, sont arrêtées court. Mis à l'état de terme, tous les esprits se trouvent posés sur les socles du paradis, comme des statues façonnées, par une main extérieure. Le perfectionnement surnaturel, cette propriété ineffable, nous prétendions, avec un légitime orgueil, y mettre nos concours. Nous disions notre opulence construite par la grâce de Dieu et par nous, en même temps. Deux ouvriers faisaient ce travail : Dieu et l'âme unis. Nous ne sommes plus que des sujets passifs; nous subissons la gloire, nous n'y aidons pas. L'histoire illustre des âmes, cette démonstration incomparable de splendeur divine, de beauté humaine , elle n'est qu'une chimère. Il y a des groupes étincelants d'hommes, comme il y a des masses d'étoiles dans le firmament. Dieu est seul dans toutes ces profusions. Nous n'avons d'intelligence que pour nous regarder, ébahis. La liberté, noble outil, est couchée au fond de notre être ; la rouille l'a gagnée à sa naissance. Ce drame, où avec l'aide d'en haut, nous apportions tant de vérité, de vaillance, d'éclat; la scène sur laquelle nous vivions de Dieu et de nous, en même temps, que sert d'y songer ?
La oonrnnnc no noub iiUcMid pas. Noua ne sommes plus les athlètes aux fati}i;uos illustres.
A quoi bon, désormais, le siècle présent? Que faisonsnous ici attardés dans ce monde des réalités grossières? En mettant à distance le terme auquel il nous appelle , Dieu avait dû étendre sous nos pieds un chemin, l'orner des choses nécessaires aux voyageurs. Qu'il en soit ainsi, puisque nous allons, puisque nous ne sommes pas arrivés, à la bonne heure. Mais si nous sommes dans le terme, si nous n'avons pas même un seuil à franchir, évidemment Dieu s'est trompé ; il étale un luxe gênant. Des êtres qui le contemplent face à face, ne s'accommodent pas d'une région semblable à celle-ci. La vue claire de Dieu met à néant mille besoins, mille usages des sens épais. Gela est si vrai que, quand nous aurons cette vue, ils recevront des transfigurations nécessaires; le monde physique lui-même sera changé. L'ordre de foi répond donc exactement à l'état de l'homme ici-bas. Il n'y avait, sa destination surnaturelle admise, d'autre ordre possible que celui-ci. Ce n'est pas pour nous crucifier, pour se délecter arbitrairement dans les abaissements de notre intelligence, que Dieu nous donne son vrai infini à croire et non à contempler. Il procède miséricordieusement selon la loi obligée de son être et du nôtre. Il nous assure la condition de la vraie grandeur.
S'il y a des ombres dans l'objet de la foi, il y a aussi de la lumière ; cette lumière d'un ordre tout surnaturel, dépasse en vigueur la lumière de simple raison. L'intelligence du chrétien est élevée par Dieu à la connaissance de vérités que le génie humain n'atteindrait jamais. Ces vérités ne sont rien moins que Dieu lui-^ même, en son essence infinie ; il faut donc à l'esprit de l'homme la lumière divine. Car quelle autre lumière que
celle même de Dieu, pourra le faire connaître ? Que nous le voyions en énigme, c'est vrai; mais nous le voyons. Et encore une fois, Dieu n'est visible qu'à son propre regard ou aux regards qu'il illumine de ses feux.
L'apôtre saint Paul dit expressément que, par la foi. Moïse soutenait avec Dieu, l'invisible souverain, des rapports tels qu'il semblait le voir. Il est parlé en mille lieux des écrits des Pères, du regard perçant, de l'œil ardent de la foi. Les patriarches placés dans le lointain des âges, armés de sa puissance, voyaient les promesses divines et les saluaient avec transport. Toute l'école affirme la réalité de la lumière de la foi. Le caractère de cette lumière , qui prend immédiatement ses origines au foyer immense de Dieu, lui assure une autorité incomparable.
La foi est maintenue dans l'intelligence par un acte de la volonté aidée de la grâce. Voilà un élément de certitude d'une grande énergie. L'objet sacré de la foi est vu par l'intelligence qu'éclaire une lumière divine : cela suffirait à élever en certitude la connaissance du chrétien au-dessus de toutes les certitudes attachées à des lumières d'un ordre subalterne. Mais la liberté fortifiée par la grâce, s'est passionnée pour les notions divines de la foi. Elle les garde vaillamment. Les chrétiens sont morts par millions pour soutenir la vérité de leur foi ; des millions mourraient encore.
La foi n'est pas issue de l'autorité créée ; elle n'est pas le produit de l'extase ou de l'enthousiasme; Elle ne vient pas davantage du bel entêtement d'un savant pour sa science, où de la naïve spontanéité de l'esprit, comme ils disent deçà et delà. Elle vient de Dieu immédiatement. Cette origine est meilleure. Dieu
APPENDICES il 3
aide notre intelligence et notre volonté aux heures de cette grande initiation. La foi correspond à la connaissance que Dieu a de lui-même. On conçoit qu'une telle connaissance n'est possible (lu'à l'heureuse créature qui aura été mise dans la lumière et dans la main de Dieu. Cependant, N. T. -G. F., nous ne voulons pas dire que rien ne précède la foi en l'esprit de l'homme ; il a de grands et sérieux motifs pour se déterminer; ce sont là les préliminaires naturels de sa croyance prochaine. Cette sorte d'arguments a une vigueur rare. Il était juste que Dieu ornât la foi désignes inimitables. Il devait lui donner les plus forts appuis. La foi divine s'élève au-dessus de toutes ses rivales, les éclipsant par la splendeur de ses preuves: le fidèle possède la plus grande certitude morale qui se puisse rencontrer ici-bas. Les arguments externes les plus nerveux appartiennent à sa croyance. Richard de Saint-Victor a pu dire : « Mon Dieu, si c'est une erreur, ce que nous croyons, vousmême, vous nous avez trompés. La doctrine de notre foi est fondée sur des démonstrations que vous seul étiez capable de fournir. » N'oublions pas, néanmoins, que ces démonstrations ne sauraient être considérées comme le principe de la foi en nous. Elles ne dépassent pas l'ordre de simple raison. La foi est surnaturelle; qu'elle n'aille pas lâchement convoiter des origines humaines.
Par la foi, l'intelligence brise donc ses barrières naturelles ; elle entre dans les espaces d'un vrai supérieur, où d'elle-même elle n'aurait jamais pénétré. Il n'est pas surprenant que l'évidence lui manque en ces hautes régions. L'évidence est le caractère des rapports qui supposent l'égalité entre les facultés et l'objet. Il n'y a pas à faire les dédaigneux, disant que l'évidence n'est
pas là. Cette lumière est de bas étage. Elle éclaire son humble monde : elle n'est pas de mise sur les hauteurs où Dieu nous mène. Si un objet nage dans ses flots, nous le déclarons de condition commune. Il n'est si saisissable que parce qu'il est prés de nos facultés et, par conséquent, très-peu grand. Remarquez-le : il y a plus d'évidence là où les objets sont petits. Elle est le signe de l'abaissement des êtres, et non le titre de leur grandeur. Nous avons plus d'évidence dans les sphères mathématiques que dans celles de la métaphysique. Cependant, les dernières sont plus nobles que les autres. Ne nous récrions pas parce qu'il faut croire. Nous sommes trop heureux; cela doit être ainsi; notre objet, c'est Tessence de Dieu lui-même. Je ne veux pas de l'évidence dans mon savoir divin ; si je l'avais, je deviendrais défiant. Que les vérités qui descendent de si haut, restent dans leur forme indomptée. Je ne les courbe pas âmes mesures; je salue et j'aime leur supériorité. Pourtant elles sont à moi. J'ai laissé les vains instruments que j'aurais agités dans le vide, qui seraient émoussés contre ces objets superbes. Le Ciel m'a vêtu d'une armure sacrée. Avec elle j'entreprends la lutte, j'emporte une proie sublime.
Croire, c'est faire l'œuvre de Dieu. La grande œuvre de Dieu, c'est de se connaître. Il se contemple. Il est un esprit attaché à ses perfections souveraines. Par la foi, nous le connaissons, nous aussi. Notre intelligence k tient. Elle s'exerce à cette heure sur l'objet même de l'intelligence infinie ; elle est son émule. Les ombres s'en iront; sans changer d'objet, sans recherche nouvelle, nous trouverons sous notre œil l'essence divine. Il sera démontré que nous avions Dieu pour terme de notre connaissance parla foi. Ce petit germe contenait l'infini.
Quelques-uns se plaignaient du peu de beauté et d'éclat des formules de la foi : on les disait minces et ternes. Cependant les splendeurs sans bornes y étaient contenues, non gênées, non amoindries. Une graine d'arbre est fort médiocre. Qui oserait dire, si l'expérience ne l'attestait, que là-dedans sont rangés à l'aise, selon une parfaite règle, le tronc, les rameaux, les feuilles, les fleurs, les fruits? Tout y est néanmoins; c'est de cet écrin obscur que l'arbre s'élance. L'objet infini s'est mis en son intégrité, dans de faibles syllabes. Il en jaillira un jour à nos yeux, étincelant. Ceux qui s'exercent à la foi, font un grand emploi de l'intelligence.
L'apôtre saint Paul définit la foi : La substance des choses que nous espérons ^ Entre tous les beaux sens que renferment ces paroles, nous retenons le plus frappant, substance, commencement des choses : cela se dit. La foi est donc le commencement de la gloire, puisque c'est la gloire que nous espérons. Celle-ci s'est laissé appréhender par ses racines. Elle plonge dans notre âme comme dans une terre. Au ciel, Dieu n'est pas vu dans des idées qui le représentent, par cette raison qu'aucune idée n'est de nature à exprimer la similitude exacte de l'essence divine. C'est donc l'essence divine elle-même qui est l'objet de la vision des bienheureux. Or, puisqu'ici-bas la foi est le rudiment de la gloire, puisque nous connaissons par la foi ce que nous verrons par la gloire un jour, nous avons donc plus que des idées représentatives, plus que des formes froides, simples vicaires de la divine réalité. Ces idées, ces formes ne contiennent pas l'objet de la foi,, elles sont le moyen par lequel nous tendons vers lui. Notre intel-
1 Rom. XI, l.
ligence et notre cœur touchent Dieu immédiatement. Il n'est pas à distance; il est en nous. Aussi nous ne sommes les justiciables de personne. Qui s'aviserait de juger les âmes dans lesquelles Dieu est commencée
La vérité de la connaissance que possède Dieu, vient de ce qu'elle a, pour objet premier et principal, sa propre essence incréée. En se connaissant, Dieu connaît tout. Car rien n'aura l'être, qu'en participant à l'essence de Dieu. Il n'y a donc pour la connaissance divine/ ni dissonances, ni contrariétés possibles. Tout dérive de Dieu comme d'une source. Dieu est le suprême modèle des êtres, leur principe originel, leur idée immanente ; les êtres n'ont de vérité qu'en lui et par lui. Eh bien i la foi élève l'homme à la connaissance divine ; par la foi, nous délaissons nos modes infirmes de connaître, nos objets restreints. Au moyen d'un saint et audacieux élan, nous atteignons l'immuable vérité de Dieu. Notre intelligence est affranchie désormais. Semblable à l'intelligence divine, elle plane sereine ; son objet contient tout éminemment. Qu'aurait-elle à craindre ? L'erreur seule, c'est-à-dire le néant véritable, jette des clameurs contre Dieu et contre ceux qui savent comme lui.
L'ordre de foi et l'ordre de raison sont donc liés étroitement. Nous pourrions invoquer, N. T.-C. F., les travaux que le génie a mis au service de la foi, nobles entreprises, se terminant toujours par des conclusions pieuses. La foi, reine et maîtresse de l'intelligence, ne ne l'a jamais désolée. Toute saisie qu'elle est de meilleures préoccupations, elle a souvent doté les terres stériles du savoir humain, de germes précieux: Sous sa tutelle, le génie a grandi. Cela devait être ; Dieu n'est
1 S. Joaa. Damasc, Indiilubilis et hijudicabilis spes.
APPIÎNDK ES 1 1 /
pas, en vain, mieux coimu de l'homme; la coiidiiion naturelle de celui-ci doit s'en ressentir.
Bien loin que la foi nuise aux progrès de l'intelligence, dans l'ordre de raison, elle l'y pousse éner^nquement. Ciêrtain, comme il l'est, que l'objet de sa croyance est inexpugnable, le chrétien est possédé du besoin de la glorifier, par les épreuves les plus hardies. Il est sur d'avance que tout en lui et hors de lui, est en accord parfait avec la foi. Cela lui sert d'aiguillon pour explorer les domaines de ces sciences disciplinées, de toute éternité. Chaque course qu'il y achève est un triomphe. Il le sait; pourquoi s'arrôterait-il? Ceux qui redoutent les •jougs splendides de la croyance, qui, sous couleur de liberté, ne veulent ressortir qu'à leur raison, prétendraient vainement à l'allure audacieuse du chrétien, en ce point de l'investigation scientiiique. Ce qui fait la force et l'impétuosité du génie chrétien, c'est sa complète certitude que rien ne lui est hostile dans l'univers créé. Les axiomes, les lois, les faits intellectuels, les faits de l'ordre physique, tout est un fragment d'hymne en l'honneur de son symbole. Il a donc hâte de ramasser ces notes éparses. L'homme de simple raison n'a pas cette forte quiétude, ni des espérances aussi vastes. Un système n'est pas le symbole catholique, formule infrangible et souveraine. Combien de systèmes brisés! C'est le sort qui les attend tous, un peu plus tôt un peu plus tard. Ils doivent craindre de marcher par peur des rencontres fâcheuses. Une idée inopportune va être leur signal de mort; que d'expédients pour ajourner le supplice! Le symbole catholique ne peut pas mourir. Il vit, lui, de la vie de Dieu dont il est la pensée, les idées humaines se réforment sur ses lignes sévères ; les faits incompris s'expliquent aux lueurs qu'il projette. La for-
mule de la foi est la législation immuable devant laquelle se prosterne la création tout entière. Elle redresse avec empire ; elle ne subit le contrôle de quoi que ce soit.
N'allez pas craindre pour le droit légitime des sciences. La foi, expression de la plus haute vérité, ne jalouse rien. Si elle a cette félicité incomparable de posséder le vrai souverain, pourquoi le vrai inférieur lui serait-il odieux? Loin de là : elle l'aime partout; il est partout un argument de sa gloire. La foi n'a donc garde de demander des ruines; elle n'entend pas régner sur le chaos.
La foi est si peu antipathique aux sciences, qu'elle les appelle toutes dans la citadelle où elle fait sa demeure. Elle prend leurs richesses pour en composer sa parure ; elle saisit leurs armes pour lutter. Aucune science ne peut se dispenser d'accourir. La plus étrangère, en apparence, n'est-elle pas marquée à l'avance du signe de la souveraineté de la foi ? Son objet, quel qu'il soit, n'est-ce pas Dieu qui le lui a assuré? certainement la foi n'a pas besoin de ces servantes pour démontrer son objet. Elle le reçoit d'en haut ; il vient de très-bon lieu et par un intermédiaire inimitable. Mais sa dignité lui commande de réclamer leur concours; à la souveraine il faut un cortège. D'ailleurs, sinon dansson intérêt propre, au moins dans celui des esprits pour qui elle est faite, il est bien que les sciences militent sous sa bannière.
L'ÉGLISE I. — Ce que c'est que l'Église.
i. — Idée générale. — Magnifique défiaitioa que l'Apôtre nous donne de l'Église -. elle est l'extension et la permanence de Jésus-Christ dans le monde, à travers tous les siècles. — L'apostolat du Verbe incarné en Judée, durant les années de sa vie mortelle, n'était qu'un faible commencement de son apostolat dans tous les siècles et au milieu du monde entier. — Ce que fut au Verbe incarné, pour agir dans la Judée, le corps auquel il s'était uni, l'Église catholique le lui est maintenant pour agir d'une extrémité à l'autre du monde. — En résumé, d'après saint Paul, l'Église est « le corps de Jésus-Christ, » et a sa
plénitude. » 1
Corollaires de cette doctrine. — L'Église est une société è la fois divine et humaine, composée qu'elle est d'un double élément, l'un divin, l'autre humain. — a Corps » organisé et harmonisé, l'Église aura à la fois la tête et les membres, les pouvoirs et les sujets, les pasteurs et les brebis, les princes et le peuple. — Tempérament admirable apporté par Dieu dans cette composition de l'Église : les laïques n'y sont frustrés d'aucune faveur : les petits privés d'aucun bien : tout au contraire, les plus faibles sont l'objet d'une sollicitude plus dévouée 5
II. — Les notes de l'Église de Jésds-Ghrist. — L'Apôtre poursuit sa même profonde idée de l'identification de Jésus-Christ et de l'Eglise, peur fixer à celle-ci les notes qui la feront reconnaître. — Les signes qui marquaient Jésus-Christ, marqueront l'Église, continuatioa et permanence de Jésus-Christ...., »........,,..,.,> ^l
i;0 TABLE DES MATIÈRES
1. Unité de l'Église. — Ce qu'est cette unité. — Ce qui brise cette umté -. l'hérésie et le schisme. — Comment l'Apôtre veut qu'on traite les hérétiques et les schismatiques ^ 12
2. Sainteté de l'Église. — Principe de cette sainteté. — Ses objets : ce que fait la sainteté de l'Église. — Quelle est
la manifestation extérieure de cette sainteté 15
3. Catholicité de l'Église. — Comme Jésus-Christ, l'Église est
« l'héritier de tout, » son domaine est le monde 17
4. Apostolicité de l'Église. — Jésus-Christ a fondé son Église sur les Apôtres. — Textes de saint Paul. — Succession légitime, transmission des pouvoirs, unité d'enseignement : conditions indisjiensables pour reposer véritablement sur
le fondement des Apôtres 18
jjl. — Merveilleuse existence de l'Église. — La vie du Christ résumée en un mot : faiblesse triomphante, mort pleine de force et de vie. — Continuation de ce miracle dans l'Église. — Tous les genres de faiblesse et de néant réunis dans l'Eglise ; ses folies divines, ses défaites, ses agonies. — Et dans cette faiblesse, foi'ce prodigieuse, où se sont heurtées et brisées toutes les puissances de ce monde 21
IV. — Indépendance et royauté de l'Église. — Sa céleste origine et l'héritage qu'elle a fait des droits du Christ, assurent à l'Église une indépendance que n'entameront jamais ses oppresseurs. — Elle est reine : nature, exercice, extension de cette royauté. — Pouvoir législatif. — Pouvoir coercitif : textes de l'Apôtre qui établissent ces deux pouvoirs. — Les diverses peines qu'inflige l'Église : un mot des peines temporelles.
Rapports de l'Église et de l'État. Ces deux puissances créées de Dieu — faites pour vivre ^ unies, et s'aider mutuellement. — Rôle et droits de l'Église par^ rapport à la puissance civile ; devoirs de celle-ci envers l'Église. — Bienfaits immenses de l'Église envers la puissance civile. — Le divorce des deux Sociétés, source des maux présents et des dangers à venir. 26-
V. — Enseignement de l'Église. — Ses caractères. — l. Certitude. — L'Église seule, organe de Dieu, donne ^u monde 1 la vérité pure, absolue, sans indécision, ni mécompte. j — Ridicules objections du rationalisme contre l'infaillibilité j de l'Église : l'Église de Dieu faillible serait le plus grand
des miracles > 3o
TAJiLK DKS MAriKlUvS i2l
2. Universalité ot profomleur. — L'onsoiyiiointjul do l'Église atlciul tous los iioinmos iiidisliiicteincul, ot les illuniiiio tons dos niômos splciidenrs. — II allciiit tontes li?s vri-ités, donnant seul lu solntion des pins redoutables problèmes. — Faiblesse de la raison hiiniaiup laissée à elle-même en face de ces abîmes. — Ma[,'[iili(jue si)ectacle que présente l'intelligence humaine illuminée par l'Église . . : 41
3. Inébranlable rermeté de la vérité catholique dans les âmes. — Partout ailleurs, doutes, indécisions, intolligences llottant à tout vent de doctrine. — Ici croyance lixe. irrévocable, sans l'ombre d'une hésitation ni d'un doute 43
4. Immutabilité. — Variations misérables de l'erreur. — Au contraire : Christus lieri et hodie, ipse e/. in sxcula. — Toujours immuable, le symbole développe néanmoins à travers les siècles ses inépuisables richesses 44
5. Fécondité. — Désolante stérilité de l'hérésie et de la ijhilosophie. Où sont leurs oeuvres? Ils disent, mais ne Ibut point. — Sublime puissance de l'Église! A chacune des paroles qui tombent des lèvres de l'Église correspond quelque venu, quelque héroïsme, quelque institution bienfaisante,
— L'Église vraie mère de l'humanité 46