‹ Saint PaulChapitre 8 sur 31 · LES. DEVOIRS DU PRÊTRE · texte numérisé non relu

LES. DEVOIRS DU PRÊTRE

Après avoir parlé des gloires et des fardeaux du sacerdoce, l'Apôtre s'écrie : Et qui est apte à cela* ? Grande parole qu'a retenue l'Eglise, dont le souvenir la suit partout, devient sans cesse le principe de ses anxiétés, après l'avoir été de ses luttes sanglantes soutenues durant des siècles pour l'honneur et la pureté de son sacerdoce.

Chaque fois que son sanctuaire se remplit de lévites, jetant sur eux un regard plein d'angoisses, elle pose à l'évêque, son mandataire, la solennelle question : « Savez- vous s'ils sont dignes 2 ? »

Ah ! si déjà, sous la loi ancienne, une garde si vigilante était faite à l'entrée du sanctuaire, afin que nul n'y entrât qu'appelé de Dieu et orné de vertus, que sera-ce sous la loi nouvelle et pour un sacerdoce infiniment plus haut, plus pur et plus ardu? Si un ministère de mort, gravé en lettres sur des pierres, s'illumina d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient fixer la face de Moïse, à cause de l'éclat dont elle étincelait, éclat qui devait avoir un terme ; combien rayonnera dans la- gloire le ministère de r Esprit, où tout est divin ? Si un ministère de condamnation, fut si glorieux, combien plus le sera un ministère de justice ? La gloire de la loi ancienne perd tout son éclat, comparée à la gloire surémînente de la noU'

» II Cor. II, 16. — « Pontifical.

vdle ; cor si un ministère transitoire fut couronnô de splendeurs, infiniment plus le sera un ministère éternel*.

Et qui sera apte à cela'^1 Aussi quelles recommandations pressantes aux évoques de ne choisir que de dignes sujets, de les éprouver longtemps, de ne les porter au faîte qu'après qu'ils auront franchi dignement les degrés inférieurs, de ne céder jamais aux sollicitations de la terre, mais de se préoccuper uniquement de la volonté des deux. Nul ne s'empare de soi-même des honneurs du sacerdoce, mais celui-là seul qui a été, comme Aaron, appelé par Dieu^. Toute l'attention de l'évéque sera donc de discerner ce choix de Dieu. Coîifie le dépôt à des hommes fidèles, capables eux-mêmes d'en instruire d'autres^. — Que, tout d'abord, ils soient éprouvés, et qii' ils parviennent au ministère purs de toute prévarication^. — N'admets pas de néophyte, de peur que venant à s'enorgueillir, il ne tombe dans la condamnation qui a frappé le diable^. — N'impose précipitamment les mains à personne, et ne te rends point complice des péchés d'autrui"^. Hélas ! c'est que l'Église, « la vierge fiancée du Christ », » est exposée aux sacrilèges violations d'ambitieux qui s'efforcent de ravir le sacerdoce à la faiblesse ou à l'inattention des prélats. Où les âmes saintes reculent épouvantées, ces téméraires avancent sans hésitation. Quels soins ! quelle vigilance ! quelles recherches attentives sont demandées à 1 evêque , pour que l'indignité des uns et la sainteté des autres soient mises à temps à découvert. La difficulté n'est ni pour les pécheurs publics, ni pour les justes appréciés de tous,

» II Cor. Tii, 7-12. — 2 II Cor. ii, 16. — « Hebr. v, 4. —MI Tim. u, 12. — s [ Tim. III, 10. — ^ I Tim. vi, 9. — " I Tim. i,22. — 8 U Cor. XI, 2.

mais pour ces hommes dont les vices ou les qualités éminentes restent cachés sous la garde de l'hypocrisie ou de l'humihté. Voici ceux dont un examen attentif doit briser l'audace ou raffermir la timidité. Il est des hommes dont les crimes sont notoires avant tout examen, d'autres sont découverts seulement après. De même, certaines vertus sont manifestes ;\d'' autres, cachées d'abord, sont nécessairement dévoilées à la fin^.

Entré « par la porte ^ » du bon pasteur, et non par la' brèche du mercenaire et du voleur, le prêtre doit ensuite, et pendant tout le cours d'une laborieuse existence, remplir saintement ses divines fonctions, pratiquer les vertus les plus hautes, déployer les plus rares capacités, garder intact le dépôt confié 3, fournir une irréprochable carrière, et préparé à toute bonne œuvre*, dans la manifestation de la vérité, se rendre recommandable à toute conscience humaine en face deDieu'^.

Pour cela, une législation toute céleste lui est promulguée par l'Apôtre ; législation qui le dirige dans ses fonctions extérieures et règle l'intime de son âme.

I. — Voici le prêtre dans son ministère extérieur, au milieu du monde quïl doit sanctifier. Ce qu'il y rencontre avant tout, c'est ce troupeau fidèle dont il est l'ange gardien et le père, qu'il doit nourrir, protéger, défendre et sanctifier.

1. C'est dire qu'il lui faut avant tout r amour des âmes; amour dévoué, amour véhément, amour martyr,

» I Tim. V, 24, 25. — 2 Joau. x, 2. — 3 1 Tim. vi, 20. — » II Tim. m, 17. —5 II Cor. IV, 2.

. Il est père. Écoutez-lc : Je vous ai engendrés*. — Petits enfants, que f enfante jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous^. —Comme la nourrice si tendre à ses fils^, je vous porte entre mes bras et sur mon cœur. Ah ! la mère n'est pas plus aimante que le bon Pasteur. Avec quelle ardeur il appelle ses fils ! comme leur absence lui pèse ! Comme leur froideur le torture, comme il a faim et soif de leur amour ! Ma bouche s^entr' ouvre, mon cœur se dilate : oh ! vous n'êtes pas à l'étroit dans ce cœur ^ ! Hélas ! c'est le vôtre qui se resserre! Rendez doîic comme vous recevez, c'est à des fils que je parle, dilatez vous aussi votre cœur^. Et ainsi, quand la réciprocité de l'amour se fait attendre, ce cœur maternel douloureusement blessé, mais non pas refroidi, se venge par ce reproche qui est un nouveau cri d'amour : plus je vous aime , moins je suis aimé^ ! Ses ouailles sont toute la pensée, toute l'ànie, toute la vie du bon prêtre ; jamais elles ne s'échappent de son regard, partout et toujours il les a devant lui. Là est sa gloire, sa joie, sa force. Leurs douleurs sont les siennes, leurs allégresses ses allégresses, leurs péchés lui arrachent des cris déchirants ; leur conversion fait couler ses plus délicieuses larmes ; et si l'affliction pèse sur lui, c'est dans leur pensée encore qu'il trouve l'allégement et la résignation. Écoutez Paul prisonnier de Néron. Je vous ai présents dans mon cœur, dans mes chaînes, qua^id je me défends, quand j'annonce l'Évangile; tous vous êtes les compagnons dema joie. Dieu m'est témoin combien je soupire après vous, dans le cœur de Jésus -Christ"^, — poussé vers vous par une telle ardeur

1 1 Cor. IV, 15 ; — Philem. 10. — 2 Galal. iv, 19. — s I Thess. 11, 7. — * Il Cor. VI. U. — « II Cor. vi. 11. — « II Cor. xii, 15. — 7 Philip. 1,7.

que fai voulu vous donner non-seulement l'Evangile, mais mon âme aussi : car vous m'êtes des fils très-chéris^. — Dieu m'est témoin, le Dieu que sert mon âme selon l'Évangile de son Fils, que sans cesse, sans fin, votre souvenir remplit toutes mes prières ^ ; — et je bénis Dieu dans ce perpétuel souvenir ; dans les incessantes prières que je fais pour vous, et que je fais avec bonheur ;je le bénis, de ce que vous avez reçu V Évangile... Je lui demande que votre charité croisse de plus en plus ainsi que votre science et toute votre instruction ^. Dieu dit quelque part à son peuple : « la jeurre fille oublie-t-elle les ornements dont elle se pare ; l'épouse oublie-t-elle l'écharpe qui orne son sein* ? » Ah ! les Joyaux de sa couronne, les parures de son ministère, ses enfants, son trésor, le prêtre non plus n'a garde de les oublier ! Quelle est notre espérance, ou notre joie, ou notre couronne de gloire ? n'est-ce pas vous qui le serez devant Notre Seigneur Jésus-Christ, au jour de son avènement? Oui, vous êtes notre gloire et notre joie ^. Aussi l'âme du prêtre connaît-elle comme Dieu lui-même* les jalousies ardentes de l'amour. Je suis jaloux de vous'' ! Ah! quand le monde et l'erreur s'en viennent avec leurs fascinations et leurs astucieuses promesses assiéger les âmes, les entraîner à l'apostasie de la foi et de la vertu, les arracher du bras du pasteur, et les livrer aux immondes embrassements du vice, quel cri de douleur s'échappe de la poitrine du prêtre I De quelles implacables haines, de quels ardents anathèmes il poursuit les ravisseurs, ces Satans transfigurés en anges de lumière^, — ces artisans de mal ', — ces faux

1 I Thessal. ii, 8. — ^ Rom. i, 8, 9. — 3 Philip, i, 8. — * Jérém. u, 32. — 5 I Thessal. ii, 19. — « Exode, xxxiv, 14. — ^ II Cor. XI, 2. — 8 n Cor. XI, 14. — 9 Philip, iii, 2.

apôtres*, ces ouvriers trompeurs^, qui s'en reviennent, comme leserpenl qui séduisit Eve par son astuce^, séduire et désiionorer les àraes, cliastcs vierges fiancées de Jésus- Clirist * !

Qui aime sans que l'inquiétude ne le morde au cœur, sans que l'angoisse ne lui soit un cruel martyre ? Ah ! que le prêtre connaît ce martyre de l'amour des âmes ! Ne parlez pas à l'Apôtre des mille douleurs qui fondent sur lui du dehors; son inénarrable martyre est au cœur : ^est l'angoisse de chaque jour, c'est la sollicitude de toutes les églises ^ ; c'est la pensée qui suit chaque âme ; c'est le regard qui interroge chaque danger ; c'est le poignant contre-coup qui revient de toute chute. Qui faiblity que je ne ressente cette faiblesse? qui est scandalisé, qu'un feu ne me brûlé ^'t feu caché, mais qui parfois fait violemment irruption. Invectives, supplications, cris de détresse, accents douloureux, tout alors jaillit de l'âme et des lèvres de l'Apôtre. 0 insensés, crie-t-il aux Galates, qui donc vous a fascinés pour que vous résistiez ainsi à la vérité, quand devant vos yeux le Christ vous a été dépeint crucifié au milieu de vous''! — Ainsi vous voilà assez sots, après avoir commencé par l'esprit, de finir par la chair ^ ! — Ainsi me voilà devenu votre ennemi, pour vous avoir dit la vérité^ l — 0 mes petits enfants, pour qui je souffre de nouveau les douleurs de l'enfantement jusqu'à ce quele Christ soit formé en vous^^ ! Ces douleurs vont jusqu'aux larmes ; voyez-les inonder des yeux du prêtre, quand réduit à l'impuissance par l'obstination de ses ouailles, il n'a plus qu'à constater les ravages du

1 II Cor. XI, 13. —'2 n Cor. xi, 13. — » jj Cor. xi, 3. — * II Cor. XI, 2. — 5 II Cor. xi, 28. — e H Cor. xi, 29. — ■? Galat. III, 1. — 8 Galat. III, 3. — 9 Galat. iv, 16. — i» Galat. iv. 19.

vice et les conquêtes de l'enfer. C'est au milieu d'une douleur profonde, c'est dans l'angoisse du cœur, c'est avec des torrents de larmes, que je vous ai écrit. — Je ne le vous dis pas pour vous contrister, mais pour que vous sachiez quel immense amour f ai pour vous^. Sa parole est-elle enfin écoutée, ses fils rentrés en eax-mêmes s'en reviennent-ils à son amour et à leur Dieu, ah ! alors le père n'y tient plus, il déborde de joie .4 cette heure je suis dans la joie.... le Dieu qui console les humbles m'a rempli de consolation.... A la vue de « vos désirs, de vos larmes, de votre amour jaloux, » « comme ma joie s'en est accrue ^ ! »

Mais le prêtre ne subit pas seulement le martyre des grandes douleurs, il doit encore, comme la mère au berceau de son enfant malade, supporter sans lassitude ni aigreur, jour par jour, heure par heure, les capricieuses volontés, les rebuts, les insultes, les froideurs de ceux-là mêmes qui restent ses enfants fidèles. « Il est blessé dans la maison même de ceux qui l'affectionnent 3; >) et certes ce n'est pas là le moindre des fardeaux qu'impose le zèle sacerdotal ! Tétais libre, s'écrie l'Apôtre, et me voilà dans les chaînes; autant j'ai de frères et d'enfants spirituels, autant j'ai de maîtres, autant de fois je suis esclave. Indépendant à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave detous pour faire la conquête d'un plus grand nombre. Avec les Juifs je me suis fait comme un Juif, pour gagner les Juifs. Avec ceux qui se soumettaient à la loi, tout dégagé que j'en sois, je m\ suis soumis moi-même, pour conquérir les âmes qui vivaient sous la loi. Avec ceux qui vivaient sans loi, j'ai vécu comme dégagé de toute loi (pourtant je ne vis point sans loi, ayant celle du Christ), pour gagner

1 II Cor. II, 4. — « Il Cor. vu. — ^ Zachar. xiii, 6.

ces peuples, qui étaient sans loi. Je me suis rendu faible avec les faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout, à to^is^. Courte parole, immense abnéj^ation, indicible martyre, et que peut seul au monde supporter longtemps l'amour sacerdotal. Pour parvenir à cet héroïsme, pour être patient à tous^, il faut s'être donné sans jamais se reprendre, il faut s'être immolé tout entier, il faut avoir dit avec l'Apôtre : de grand cœur je vous donnerai tout, et je me donnei'ai moi-même par-dessus pour vos dmes^.

2. Aimer les âmes, voilà le premier et essentiel fondement du ministère pastoral ; sans l'amour, le prêtre n'est plus que le mercenaire insouciant ou lâche qui conduit sans vigilance un troupeau qu'il abandonnera à la première annonce du danger. Mais l'amour ne suffit pas encore, il faut au prêtre la science qui illumine et règle l'amour. Que servirait d'aimer en aveugle , menant à l'abîme par mala dresse ceux qu'on aime ? « Qui se mêle jamais d'en.seigner un art, sans l'avoir appris d'abord sérieusement? Quelle témérité est-ce à des incapables de se charger du ministère pastoral, de la conduite des âmes, cet art des arts ! Ignore-t-on combien les plaies de l'âme sont d'une étude plus difficile que celles du corps'' Et pourtant des ignorants totalement étrangers à la science spirituelle, ont trop souvent l'audace de se faire les médecins de l'âme. Dans le monde, ignorer la vertu des remèdes et s'ériger en médecins, couvrirait de ridicule''. »

» I Cor. IX, 1, 18-23. — ^ II Tim. ii, 24. — » II Cor. xii, 15. — ♦ Greg. Pastoral, lib. I, cap. i,

S'il est déjà si difficile dans le traitement des maladies du corps dedistinguer le mal, le tempérament du malade, le moment d'agir, la nature des remèdes, ou doux ou violents, qu'il convient d'appliquer, que sera-ce de l'âme, ce malade infiniment plus délicat, plus difficile, plus rebelle à toute médication ; qui ajoute à l'action du mal dont il est dévoré l'opiniâtre refus de s'en laisser guérir ? Quel tact, quelle prudence, quelle habileté divine faudra-t-il pour appliquer à chaque âme le traitement qui seul convient à ses forces, à sa manière d'être, à ses rnaladies spéciales, aux situations où elle se trouve tour à. tour ? Le prêtre méditera beaucoup, étudiera toujours ; sans cesse absorbé dans la pensée de ses malades, cherchant dans les divines Écritures les divers remèdes proposés par Dieu lui-même pour les guérir.

Sans sortir des divines Epîtres, nous trouverons ces remèdes, et surtout nous en verrons l'application si variée.

L'âme est toute jeune encore, née d'hier à la grâce et à la vie divine. Ah ! prenez garde ! Ne la précipitez pas dans le bien ; menez-la doucement, lui apprenant peu à peu les austères sublimités des voies de Dieu. Une nourriture trop forte la tuerait ; donnez-lui le lait des enfants ; et quand elle sera fortifiée dans le service de Dieu, offrez-lui la nourriture solide, les pensées les plus hautes, les vérités les plus ardues, les sacrifices les plus durs. Celui qui en est encore au lait, est privé des paroles de la justice, c'est un petit enfant. La nourriture solide est pour les parfaits*. — Quant à moi^ frères, je n'ai pu encore vous parler comme aux âmes spirituelles,

1 Hebr. v, 13.

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ehamels comme vous êtes. Tout petits enfants dans le Christ, je vous ai fait boire le lait, vous refusant la nourriture solide que jusqu'à présent vous n'eussiez pu supporter '.

Ce serait peu encore si le directeur n'avait à prendre garde qu'aux différents ûges que parcourt l'âme, depuis sa naissance à la £?ràoe jusqu'au jour de sa perfection, jusqu'à (a mesure de l'âge du Christ dans sa plénitude ^, Mais quelle variété infinie d'états par où passe une âme, qui tous réclament une différente direction! L'âme est profondément endormie du sommeil de l'indifférence, plus rien ne l'impressionne, ni les dangers qu'elle court, ni les avances divines, ni les charitables avertissements d'un directeur. Que faire pour réveiller cette malheureuse endormie ? Une secousse violente, le bruit de la foudre. La douceur perdrait tout, l'énergie seule [peut tout sauver. A cette église de Corinthe demeurée sans voix, sans ^mouvement, sans vie au milieu des plus graves désordres et des plus imminents périls, l'Apôtre ne fait plus entendre que de sanglants reproches, et ne montre plus que la verge qui fouette au sang. Que prétendez-vous donc ? Est-ce la verge à la main que je viendrai à vous ^?... Je vous l'ai dit, je vous le redis maintenant, absent comme si j'étais au milieu de vous, pour ceux qui ont déjà péché, pour tous les autres avec eux, je n'aurai plus à mon retour aucune indulgence ■*. L'âme trioraphe-t-elle par son obstination de ces premières rigueurs ? la verge s^appesantit davantage, la répression se fait plus énergique; la plaie est mise entièrement à nu ; car l'heure des ménagements une

il Cor, III, 1-3. — 2 Epbes. iv, 13. — » I Cor, iv, 21. — ♦ IT Coi' XIII. 2.

fois passée, le coupable doit contempler son état dans toute son effrayante réalité. Uun d'eux, leur propre prophète, a dit : les Cretois, menteurs éternels, bêtes malfaisantes, mangeurs paresseux; ce témoignage est vrai. Aussi reprends-les durement^ Mais qu'un fer si acéré est d'un difficile usage ! qu'il pénètre vite, non plus pour guérir, mais pour tuer ! Comme il faut que la main qui le dirige soit libre de tout frémissement de la colère, contenue par une charité attentive ; et que le malade ne voie qu'un médecin dévoué dans celui qui l'ensanglante si douloureusement ! Ah ! s'écrie l'Apôtre : J'ai en vous des espérances bien meilleures, bien plus voisines du salut, malgré cette dureté de mes paroles 2. — Je demande à Dieu non pas de paraître fort, mais de ne trouver en vous aucun crime ; que vous fassiez le bien, et je ne sois pas mis à même de prouver ma force '. Et, l'âme émue des larmes qu'il a fait verser, Padmirable Paul en demande par le salut qu'elles ont produit, l'absolution et l'oubli. Bien que je vous aie contristés dans ma lettre, je ne m'en repens pas ; si je me suis repenti à la vue de la tristesse, même d'un instant, que ma lettre vous a causée, maintenant je me réjouis, non pas certes de votre tristesse, mais de ce que cette tristesse vous a convertis. Votre tristesse est de Dieu, et vous n'avez pas souffert de ma conduite*. La blessure faite, le médecin se retirera-t-il comme si sa tâche était achevée ? Mais mieux vaudrait mille fois ne point avoir ouvert ces chairs malades et enflammé mortellement cette plaie ! non, non, l'œil inquiet, la main remplie de ligaments- et de baumes, il cicatrisera la blessure d'où la corruption s'est échappée. Avec quelle

1 Tit. I, 12, 13. — 2 Hebr. vi, 9. — ' II Cor. xiii, 7. - MI Cor. VII, 8, 9.

attention rAp<:\tre suitdu regardl'incestueuxcleCorinthe qu'il venait de frapper sans merci! Il le voit abattu, et ceux qui l'entourent, assez inexpérimentés pour outrer la sévérité et porter le désespoir dans une âme déjà brisée '. Il accourt, aussi véhément à demander l'indulgence, qu'il l'avait été à réclamer le châtiment. Il suffit à cet homme d'avoir reçu cette correction du grand nombre. Vous devez tous au contraire user d'une grande indulgence., le consoler, dans la crainte qu'assailli par une trop immense douleur, ce malheureux n'y reste abîmé. Aussi je vous en conjure, comblez- le d'affection^. La raison dernière qu'il en donne est d'une admirable profondeur. Satan use aussi fructueusement du pasteur sans indulgence que du pasteur sans zèle. Si le second perd les ûmes par nonchalance ou pusillanimité, le premier les perd plus infailliblement et plus vite en leur faisant maudire, dans le père qui les devait aimer, le juge implacable qui n'a eu pour elles qu'une rigueur sans merci. Ah ! nous n'ignorons pas les pensées de Satan ^ ! — Pères^ ne provoquez pas vos fils à la colère'^.— Pères, ne poussez pas vos enfants à l'indignation^. — Ne nous laissons pas circonvenir par Satan ^.

Si l'âme humiliée trouve en l'Apôtre le père le plus tendre et le plus compatissant, l'âme orgueilleuse de ses mérites n'a plus devant elle qu'un contradicteur parfois armé d'une ironie sanglante, toujours de la parole dominatrice du maître. Aux esprits enflés de leur science, comme d'un bien qui leur est propre, comme d'un patrimoine réservé : Tous, écrit l'Apôtre, nous avons la science ! La science enfle ; mais la charité

1 I Cor. V, G-9 ; — II Cor. ii, 7. — ? II Cor. ii, 6-9. — s II Go II, 1 1. — * Ephos, VI, 4. — s Coloss. III, 21. — s II Cor. ii, II.

édifie. Si quelqu'un estime savoir quelque chose, il ignore jusqu'à la manière dont il, doit savoir \ A d'autres, fiers de leur éloquence: Ah ! je vais au plus t0t venir au milieu de vous ; je m'enquerrai alors, non pas de l'éloquence de ces orgueilleux, mais de leur vertu. Ce n^est pas en des discours que consiste le royaume de Dieu, mais dans la vertu ^. Si le rang, la fortune, la réputation, les bruits flatteurs de la popularité ont étouffé dans !es âmes l'humilité chrétienne, l'Apôtre se présente armé du fouet de l'ironie ; infligeant à ces faux mérites le sanglant contraste des héroïsmes de la vertu des Apôtres. Ah ! sans doute toute plénitude est en vous ! vous voilà riches ! vous voilà sur le trône et nous rejetés ! et, à ce qu'il me semble, Dieu nous montre, nous, les apôtres, comme les derniers des hommes et des condamnés à mort! Pour b

Christ nous sommes des fous; au service du Christ, vouh êtes des sages! nous les faibles, vous les forts! vous les nobles, nous les déshonorés ^ ! Et si, pour briser l'orgueil et la présomption d'adversaires qui se grandissent pour mieux dominer les âmes, il faut à l'Apôtre établir ses titres, raconter ses travaux et laisser entrevoir ses dons et ses vertus, Paul ne reculera pas devant ce martyre, le plus douloureux de tous. «Si un nouveau venu prêchait un autre Christ que le mien, si vous receviez un autre esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que l'évangile accepté par vous, vous auriez raison de le souffrir. Mais j'estime avoir fait autant que les grands

apôtres puisqu'un grand nombre se glorifient selon la

chair, eh bien! moi aussi je me glorifierai! ^Ils sont

ministres de Jésus-Christ? je le suis plus qu'eux: j'ai plus travaillé : j'ai plus été dans les chaînes : j'ai reçu des

» I Cor. vm, 1, 2. —• 2 I Cor. iv, 19, 20. — 3 I Cor. iv, 8-11.

coups hors de toute mesure : j'ai été à Chaque instant en

face (le la mort Mon apostolat au milieu de vous a été

marqué du sceau, des soufj'rances de toute sorte, des miracles, des prodiges, des vertus^. Mais si l'Apôtre humilie, c'est sans amertume, sans laisser jamais ceux qu'il frappe et corrige, sous l'impression do la douleur. Ce n'est pas pour vous couvrir de confusion que j'écris ceci, mais ce sont mes bien-aimés fils que j'admoneste... Je vous en prie, soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus-Christ ^. Ces derniers mots nous indiquent le mode de correction le plus cher à son humble charité, et le plus souvent sur ses lèvres et sous sa plume : la supplication. L'Apôtre suppliait sans cesse, se jetait à genoux 3, s'efforçait par ses prières et ses larmes d'obtenir ce qu'il eût pu commander. Et pour rendre sa supplication plus puissante, il l'appuyait sur les plus augustes titres. Je vous supplie, disait-il aux Romains, au nom de la miséricorde de Dieu ^ ; aux Corinthiens : je vous en supplie, mes frères, par le nom de Noire Seigneur Jésus-Christ^. D'autres fois, il faisait apparaître, non plus la gloire, mais la douce humilité du Seigneur : Moi, Paul, je vous supplie au nom de la mansuétude et de la modestie de Jésus-Christ ^. Quelquefois, il réclamait l'obéissance au nom des chaînes qu'il subissait pour l'Évangile, ou d'une vieillesse que courbait le poids des persécutions et qu'attendait le martjï^re. Je vous en slipplie, moi prisonnier pour la cause de Dieu''. — Bien que j'eusse en Jésus-Christ une entière liberté de vous commander ce qu'il vous convient de faire, j'aime mieux Vous supplier par charité ; c'est vous, tel que vous êtes, que

» II Cor. XI, 4. 5, 18 ; — xii, 12. -• 2 I Cor. iv, 14. — a Ephes. — * Rom. XII, t. —3 ICor, i, 10. — «H Cor. x, 1. — ^Ephes.iv. 1.

moi, Paul, vieillard et à cette heure prisonnier pour Jésus, je supplie- pour mon fils Onésime que fai engendré dans les fersK

0 profondeur nouvelle de la charité de Paul ! nouvelle et précieuse instruction au prêtre directeur des âmes! Qu'était donc cet Onésime, objet de l'humble supplication du grand Apôtre? c'était un esclave, un de ces êtres que la société romaine foulait aux pieds, n'y voulant pas voir même un homme. Mais les petits, les faibles, les déshérités, tout ce qui souffrait, tout ce que rejetait le monde, tout ce que brisait le choc des douleurs humaines, Paul les étreignait avec amour. Quelles douces paroles, quelles consolations, souvent quelles larmes il leur réservait ! Ah ! disait-il à ses disciples : Corrigez fortement les âmes querelleuses 2 et turbulentes, mais consolez les âmes timides ; accueillez les âmes souffrantes ^. A elles, toutes les tendresses : à elles, une invincible patience et de perpétuels secours. Nous devons, nous, les plus forts, supporter les faiblesses des infirmes, et ne pas chercher notre propre satisfaction. Que chacun de vous ait de la complaisance pour son prochain en ce qui est bien, en ce qui édifie. Car le Christ n'a pas cherché ce qui pouvait lui plaire : mais, comme il est écrit : les insultes de vos insulteurs sont tombées sur moi ^. Aux âmes abattues et fatiguées par l'épreuve, l'Apôtre offrait d'ordinaire trois sortes de consolations : le souvenir de leurs bonnes œuvres, la vue des récompenses à venir, la pensée délicieuse de l'amour dont le ciel et la terre les étreignent et des bénédictions paternelles dont sont couronnés leurs martyres. Rappelez-vous ces

1 Philem. 10, 11. — s I Thessal. y, 14. — » I Thessal. v. 14. — ♦ Rom. XV, 1-4.

LR TRÈTRE l i5

■jours écoulés où, à peine illuminés, vous avez soutenu contre les souffrances une lutte héroïque. Dans un premier combat, c'était vous qui, chargés d'opprobres et de tribulations, étiez donnés en spectacle. Dans un second, vous vous fîtes les compagnons de nouveaux confesseurs : Ainsi, vous assistâtes les prisonjiiers et souffrîtes avec joie la perte de vos biens, vous sachant possesseurs d'une fortune meilleure et éternelle. Ne perdez donc pas votre espérance à laquelle

sont attachés de si grands biens Encore un tout petit

peu, celui qui doit venir viendra *. Autant un sage directeur doit chercher à humilier l'âme que de grands succès et une pi-ospérité trop longue exposent à une présomptueuse sécurité et à l'orgueil, autant il doit sans crainte, presque sans ménagement, louer celle que la tribulation vient de jeter dans le découragement. Vous voilà devenus les imitateurs et de moi et du Seigneur, recevant l'Évangile, au sein d'innombrables souffrances, avec l'allégresse de V Esprit-Saint., Et cela au point qu'en Macédoine et en Achaie, vous êtes le modèle de tous ceux qui embrassent la foi. C'est par vous que la parole de Dieu a été répandue, non-seulement en Macédoine et en Achaie^ mais en tout lieu. Votre foi en Dieu s'est dilatée de telle sorte, qu'il nous est désormais inutile d'en rien dire ; ces peuples eux-mêmes racontent notre arrivée au milieu de vous et votre conversion des vaines idoles au Dieu vivant et véritable, dont vous vous êtes faits les serviteurs'^. Mais la consolation suprême, l'attente des couronnes à venir, l'Apôtre n'a garde de l'oublier, il ajoute : Et vous êtes dans Patiente du Fils de ce Dieu, qui l'a ressuscité d'entre les morts, Jésus qui descendra du ciel, qui nous a sauvés de la colère à venir ^, Sans cesse il déploie aux yeux rou-

1 Hebr. x 3-2-38. — - Thossal. i, tJ-10. — s I Thessal. i, 10,

gis de larmes ce splendide avenir de la vertu qu'aura purifiée la douleur, au jour ou Jésus-Christ "Oiendra glorieux aumilieu de ses saints, admirable dans la multitude de ceux qui auront cru K Enfin, comme Jésus à la cène, il offre à son disciple fatigué de souffrances le sein d'une Inépuisable charité. Il le prend dans ses bras, il le couvre, de caresses, il l'endort sur son cœur. Jamais lèvres maternelles n'ont laissé échapper de si douces paroles : Quelle est notre espérance, notre joie, n'est-ce pas vous?.... Aussi, quelle consolation, frères, j'ai trouvée en vous, dans votre foi, au milieu de mes détresses et de mes souffrances! Je vis, si vous demeurez fermes dans le Seigneur. Comment assez remercier dieu à votre sujet pour la joie dont votre conduite me comble devant Dieu^.

Quand le prêtre a ainsi étudié les situations différentes par lesquelles passent les âmes, il lui reste une troisième obligation de son ministère : varier sa conduite selon l'âge et la condition des fidèles qui lui sont confiés. Il ne parlera pas au vieillard comme au jeune homme; ni à la femme avancée en âge comme à la jeune fille ; ni au serviteur comme au maître ; ni au pauvre comme au riche. Il aura pour tous les paroles et les procédés que réclame leur condition respective. Recueillons les préceptes du divin Apôtre. N'usez point avec le vieillard de vertes réprimandes : suppliez-le comme un père ^. Il a d'abord la dignité de l'âge, et la couronne de ses cheveux blancs ; il a porté le poids de la vie ; les douleurs l'ont sacré ; la tombe dont il s'approche, l'éternité qui se montre laissent tomber sur lui un reflet qui l'ennoblit. Respect filial au vieillard. D'ailleurs, à cette dernière heure où, impuissant de nouveau, l'homme

»II Thessal.i. 10. — 2 IThessal. n, 19; — ui,7-10. — siTim.v, i.

subit les défaillances du premier ùge ; alors que tout son être frissonne comme la feuille touchée des premiers vents d'hiver, il ne pourrait plus supporter de rudes objurgations; les douces paroles ont seules l'entrée d'un cœur qu'aigrissent les déceptions passées et les caducités présentes. Le vieillard est d'autant plus susceptible qu'il voit ses honneurs comme ses jours lui échapper : il ne verrait dans la réprimande que l'oubli coupable de sa dignité. Le prêtre s'offrira donc à lui comme un fils, mettant sur le compte de l'amour filial les exhortations que l'incertitude et la rapidité du temps devront rendre plus pressantes : suppliez-le \ avertissez-le, pressez-le comme un père.

Les jeunes gens comme des frères ^. Ici la parole unira l'empire à la douceur et à l'amour. Le jeune homme a des vices; il subit des entraînements : il connaît les tristes naufrages de la vertu ; mais une chose sacrée survit à toutes les ruines, c'est le cœur, qui reste toujours ou redevient aisément généreux, payant vite et sans calculer les dettes* d'affection. Comme des frères ^. Ah ! aimons les jeunes gens; aimons-les comme ils doivent être aimés, de cet amour que définit si divinement l'Apôtre : cet amour qui supporte tout, croit tout, espère tout, attend tout*. Usons avec eux d'une invincible patience : espérons toujours, même alors que leurs saillies nous fa iguent, leurs rechutes nous désespèrent, leurs passions nous épouvantent. Sans doute la parole du prêtre doit être parfois pour eux un glaive à deux tranchants ^ : c'est avec force que nous les devons exhorter à être sobres ^, à se sevrer de leurs meurtrières

* 1 Tim. V, 1. — 2 I Tim. v, I. — 3 I Tim. v, 1. — ♦ I Cor. xm, 7.-5 Hebr. iv, 12. — « Tit. u, 6.

voluptés; mais restons toujours maîtres de leurs affection, traitons-les non pas en impitoyables dominateurs dont ils briseraient bien vite le sceptre avec colère, mais en frères \ dont ils pourront repousser momentanément le joug trop onéreux et fuir la réprimande, mais dont ils ne cesseront d'apprécier et de chérir le bon cœur. Les femmes âgées, exhortez-les doucement comme vos mères '-. Oh ! le sage ! oh ! le précieux avis de l'Apôtre ! Le prêtre lui aussi est enveloppé d'infirmités ^. Bien dangereuse pour lui peut devenir la direction des jeunes femmes. Tant que la nature, les goûts, les inclinations mondaines trouveront leur pehte, le prêtre sera tenté de se donner sans réserve aux âmes, sans s'apercevoir qu'il se reprend autant qu'il se donne. Mais ici plus rien des attraits qui captivent, ni des charmes qui dissimulent les peines, et ne font que trop oublier les labeurs. Les femmes âgées. Dirons-nous que leurs longueurs fatiguent ; leurs assiduités et leurs exigences sont à charge, leurs travers rebutent et impatientent? écoutons l'Apôtre : comme des mères '*.' Ah ! qui de nous s'est avisé de jeter un œil sévère et chagrin sur les défauts a'une mère ? Est-ce qu'une mère a des défauts pour son fils ? Est-ce que les splendeurs de l'amour et du dévouement maternels ne couvrent pas les défaillances et les travers de la nature ? « Comme des mères ^ : » l'Apôtre a tout dit dans cette seule parole. Soyez d'une inaltérable patience avec ces femmes : ayez pour elles une bonté que rien ne rebute ni ne lasse ; qu'elles vous soient ca qu'est une mère en qui n'apparaît qu'une longue carrière de souffrances, d'abnégation, de bienfaits.

» I Tim. V, 1. - 2 I ïim. v, 2. — 3 Hebr. v, 2. — * I Tira. v. — » I Tim. V. 2.

LK PRÈTRR IVJ

Les jnines femmes^ commodes sœurs, en toulr chasteU*. Ici s'ollVe tout d'abord à notre admiration un .^rand miracle de la puissance divine, et la gloire propre et exclusive de l'Eglise catholique. Les jeunes femmes. Dieu prend son prêtre : va ! entre dans ce brasier et restes-y froid ! précipite-toi dans ces flots et n'en sois pas submeugé ! Respire ces miasmes mortels et garde ta vigueur! Et le prêtre s'en va, recueillant ces âmes dans son âme, portant leurs secrets, soutenant leur vie ; calme, froid, inébranlable, ne gardant plus de son cœur que ce qu'il faut pour compatir et consoler ! En toute chasteté^ \ chasteté mtérienre: rien d'impur ne se remue dans ce cœur transformé par la grâce sacerdotale. Chasteté du dehors : ni sa langue n'a rien d'efféminé, ni son regard rien d'immodeste, ni ses manières rien de familier. Il a au front comme dans l'âme la virginale pudeur d'un ange descendu dans la chair de l'homme. Voilà le vrai prêtre. Malheur à celui qui, traître à la grâce, est abandonné de la grâce! Il se brise où les; autres trouvent la plus divine grandeur. « L'entretien du prêtre avec les femmes doit être rare et austère. Et ce n'est pas leur sainteté qui les rend moins à craindre : une sainteté plus éminente n'est là qu'un plus puissant attrait ; et sous ces paroles • qu'on se dit obligé de rendre douces, se glisse le venin de la plus sacrilège passion. Crois-moi, évêque, c'est à un évoque que je parle, et je le dis en toute vérité, les cèdres du Liban, je veux dire des hommes d'une contemplation éminente, les béliers du troupeau, j'entends les prélats de l'Église, je les ai vus tomber sous ce prétexte : chutes terribles, dont l'idée

1 1 Tiin. V, 2. — * I Tim. v, 2.

était aussi loin de moi que de celle d'un Jérôme ou d'un Ambroise '. »

Quant aux veuves plongées dans le double deuil de leur impuissance et de leur douleur, elles seront toujours l'objet le plus tendre du zèle sacerdotal, qui distribuera à leur cœur blessé tous les baumes des consolations divines, et à leur faiblesse ou leur indigence les secours dont elles auront besoin. Honore les veuves, qui sont vraiment veuves'^. Mais à ces veuves légères et mondainesqui trahissent avec leur premier amour les bienséances de leur deuil et ne cherchent dans une existence vouée à d'austères devoirs que l'occasion d'un plus libre dévergondage, le prêtre n'a plus à dire à ces malheureuses que ces foudroyantes paroles : 'plongées dans les délices elles sont mortes toutes vives ^ !

Le premier soin du prêtre dans la direction des domestiques sera de grandir, de transfigurer à leur regard étonné cet état où ils ne voyaient qu'humiliation, privations et dégoûts. Tues serviteur? n'en conçois aucune peine... le fidèle au service de Dieu, sHl est esclave, est V affranchi de Dieu; s'il est libre, il est esclave de Jésus- Christ. Rachetés à grand prix, ne vous faites pas esclaves des hommes'' . G'estdonc Dieu seul, Jésus-Christ seul qu'il faut voir et servir dans la personne des maîtres de la terre. Comme serviteur de Jésus-Christ, accomplissant la volonté de Dieu du fond de Vâme : servant de grand cœur Dieu et non pas les hommes ^.

Aux riches, le langage du prêtre sera tout différent. Sans les humilier, sans les aigrir, il leur déchirera le voile qui leur dissimule trop la vanité et la caducité des

1 Ex. Augustin. — « I Tim. v, 3. — 3 j xim. v, 6. — * I Cor. VII, 21-23. — s Ephes. vi, 5-8.

LE PRÊTRB 151

biens où ils se complaisent ; il leur montrera le sépulcre où ces biens s'engoufîrent, et le redoutable tribunal où ils seront juges. Aiix riches de ce siècle fais un précepte d'éviter l'orgueii ; de ne se point confier en l'incertitude des richesses^ mais dans le Dieu, vivant qui nous donne à prO' fusion le nécessaire d'être bienfaisants ; de s'enrichir de bonnes œuvres; d'être facilec à l'aumône; de dispenser leur fortune, d'acquérir un fonds solide pour l'avenir, et de gagner la vie éternelle \

3. Aimer les âmes avec force ; les diriger toutes avec sagacité, sagesse, maturité, semblerait les deux seules essentielles exigences du ministère sacerdotal : une troisième reste pourtant et plus essentielle encore, celle d'édifier. Ce proverbe est dans la pensée de tous : « La parole émeut, mais l'exemple entraîne. » Aimer et diriger, quand le mauvais exemple trahit l'amour et contredit le précepte, c'est bâtir en insensé sur le sable. Que nul ne méprise ta jeunesse : sois l'exemple des fidèles, dans tes paroles, dans ta conduite, dans ta charité, dans ta foi, dans ta chasteté'^. — En tout, offre en ta personne le modèle des bonnes œuvres : doctrine, intégrité, gravité '^. C'est la vraie gloire du prêtre : notre gloire, la voici : c'est le témoignage de notre conscience qui proclame notre loyauté, notre sincérité en Dieu '^. C'est le grand secret de sa puissance : vous savez, mes frères, quelle a été mon arrivée aumilieu de vous ; et combien fructueuse... . jamais je ne fus adulateur dans mes discours, vous le savez; jamais cupide. Dieu m'est témoin; jamais en quête de popularité auprès des hommes, ni chez vous ni chez d'autres... Il vous souvient, mes frères, de mes travaux.de mes

1 1 Tim. VI, 17-20. — 2 1 Tim. iv, 12. - s Tit. 11, 7. — * II Cor. i. 12.

fatigues ; alors que je travaillais nuit et jour... vous m'êtes témoins, et Dieu avec vous, combien ma conduite a été sainte, juste, inoffensive au milieu de vous, qui avez reçu lafoiK Oh ! qu'un prêtre est puissant quand il peut à son peuple répéter hardiment ces victorieuses paroles ! Le bon exemple chez le prêtre. Dieu le réclame, l'Église l'attend, la sublimité du sacerdoce en fait un impérieux devoir. Puis donc qu^une administration nous a été confiée par l'effet de la miséricorde que nous avons obtenue ; nous ne défaillons pas : nous rejetons les vices intérieurs, nous ne marchons point tortueusement, nous ne falsifions point la parole de Dieu; mais en prêchant la vérité, nous nous rendons irréprochables devant -la conscience des hommes et en face de Dieu^.

Voilà tout ce que l'Apôtre écrit au prêtre... afin qu'il sache comment se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'église du Dieu vivantK

n. — Mais cette « maison de Dieu* » est bâtie au milieu du monde. Le prêtre doit « dominer au milieu de ses ennemis^, » et il nous apparaît ici sous un aspect nouveau. Le voici en face d'ennemis déclarés qui l'assaillent, hôte obligé d'un monde malveillant et corrupteur dont il doit éviter les vices, déjouer les pièges, désespérer la calomnie.

Que sera-t-il au milieu des persécutions ? Que serat-il au milieu des vices du monde?

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