‹ Saint Paul [microform]Chapitre 17 sur 55 · PHILEMON ET ONESIME. I/EPITRE AUX EPHESIENS · texte numérisé non relu

PHILEMON ET ONESIME. I/EPITRE AUX EPHESIENS

Nous savons par la lettre m&ne de S. Paul aux Colossiens quels etaient ses entours, quandil I'ecrivit. Dans la prison de Rome, comme partout ailleurs, on n'y comptait guere de Juifs devenus chretiens. Quatre seulenient sont designes par Tapotre : Timoth.ee, son secretaire; le Thessalonicien Aristarque; Marc, le cousin de Barnabe; un certain Jesus, surnomme le Juste. Ces seuls fideles circon^is, dit-il tristement, travaillent avec moi pour le royaume de Dieu et m'ont ete en consolation l . Trois d'entre eux etant d'anciens compagnons de Paul, que restait-il au compte des Israelites de Rome? En retour, I'mcirconcision avaitpres delui d'actifs et fideles ministres : Luc, medecin bienaime de 1'apotre; Demas; Tychique d'Asie; Epaphras de Colosses 2 . Ce dernier, nous 1'avons vu,

1 Coloss, i, 1 ; iv, 10, 11.

2 Id., iv, 7-12, 14.

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partageait alors la captivite de 1'apotre, par contrainte peut-4tre, plus vraisemblablement de son plein gre. Ne semble-t-il pas, en effet, gu'a la fin de 1'Epitre aux Colossiens, Paul s'excuse de ne point leur envoyer s'a lettre par Epaphras, tout libre et designe qu'il parut pour une telle mission? Si ce disciple demeure pres de lui, c'est par devoueinent, non par froideur pour ses concitoyens ; I'ap6tre leur en donne 1' assurance reiteree : << Epaphras, qm. est des v6tres, esclave du Christ Jesus, vous salue ; il combat toujours pour vous par ses prieres, afin que vous demeuriezparfaitsetferm.es a accomplir pleinement tout ce que Dieu veut de vous. Je lui rends ce temoignage qu'i] est en grand travail de coaur pour vous, et pour ceux de Laodicee et d'Hierapolis l . \

Tychique, egalemeiit originaire de la province d'Asie, eut charge de porter la lettre a Colosses. Paul faisait grand cas de ce disciple, depuis qu'il 1'avait vu a 1'oeuvre dans sa troisieme mission ; il avait trouve en lui, non seulement un frere bienaime , mais un fidele ministre du Seigneur, devoue comme lui an service 2 de Dieu et des ames. Aussi lui donna-t-il mission de visiter lesEglises de la contree, de s'enquerir de leur etat, et de consoler, de relever les coeurs defaillants 3 . Les sujets

1 Coloss., iv, 11, 12.

2 Id., iv, 7.

3 Id., iv, 7, 8.

<Tinquietu.de n'y manquaient pas pour 1'apotre ; dans Laodicee, la plus considerable des chretientes du Lycus, a cote de fraternites ferventes comme celles de la maison de Nymphas l , d'autres languissaient. Telle mme, dans Tune d'elles, etait la negligence d' ArcMppe, son pasteur, que Paul mandait a 1'Eglise voisine de Colosses,. de lui adresser ce grave avertissement : Prends garde au ministere que tu as recu dans le Seigneur et accomplis-le 2 . Tychique

portait a quelques-unes de ces Eglises des epitres particulieres de I'ap&tre 3 ; a toutes, il devait donner de ses nouvelles et communiquer de vive voix les details qu'il eut ete imprudent de mettre par ecrit, 1'etat de son affaire au tribunal de Cesar, ses esperances, ses vues d'avenir 4 .

Un compagnonlui fut adjoint, pour cette mission, que Paul avait tire des bas-fonds de Rome. 0' etait Tin esclave, nomme Onesime, appartenant a Philemon, 1'un des principaux de 1'Eglise de Colosses. II s'etait enfui de chez son maitre en le volant, et, comme tant d'autres, il se cachait dans la foule sans aveu qui encombrait la capitale. Soit remords desa faute, soit pressante detresse, il se fit reconnaitre d'Epapkras, qu'il avait maintes fois vu dans

1 Coloss., iv, 15,

2 Coloss., iv, 17.

3 Id., iv, 16.

4 Id., iv, 7.

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la demeure de Philemon ; ou trouver meilleur refuge que dans le cosur d'un chretien ?

Paul, a qui il fut amene, eut vite fait d'agir sur une ame que la servitude avait aigrie et egaree, sans la pervertir. II le gagna au Christ etle mit en disposition de ne plus rien refuser au devoir, a la justice. Mais pour les esclaves a 1'egard de leur maitre, quel etaitle devoir, d'apres la foi nouvelle? L'apotre, sur cette question, n'hesita jamais : il leur demandait de se ranger aux lois serviles, car s'il reconnaissait dans 1'esclavage un etat contraire a la perfection du christianisme et pr^tant aux pires exces, d'autre part il y voyait une institution inherente a 1'etat social de I'antiquite, qu'on n'en pouvait detacher sur 1'heure sans d'incalculables violences 1 . De son temps, en effet, les esclaves formaient la moitie, a tout le moins, de la population de Tempire, et leur nombre, dans la plupart des grandes villes, surpassait notablement celui des hommes libres 2 : a Rome, de riches proprietaires en possedaientjusqu'a vingt mille et au-dela 3 . Cette foule d'asservis, incapables pour la plupart d'ordre

1 Nous ne pouvons mieux faire sur ce sujet que de renvoyer DOS lecteurs au savant ouvrage de M. Paul Allard, sur les Esclaves Chretiens.

2 Voir Wallon, Histoirede I'Esclavage, Li II, ch. m : nu NOMBRE ET DE L'EMPLOI DES ESCLAVES.

3 Athenee, vi, p. 272. V. Marquardt, Das Privaileben der Romer, t. I, p. 156 et suiv.

et de liberte, avaient en main le travail industriel et agricole : leur p richer une soudaine emancipation, c'eiit ete bouleverser la societe entiere. Autre etait la mission de 1'Eglise ; deposant dans les coeurs cette parole de Jesus : Vous &tes tons freres l ; elle la laissait transformer doucement les moeurs et les lois, guerir le corps social du chancre qui le rongeait, non par le fer et le feu, mais par i'infusion d'un sang nouveau,

Paul ne pouvait rieri trouver de plus decisif contre 1'esclavage que cette fraternite; mais, pour la faire encore mieux saisir, il rappela que les fideles par leur incorporation au Christ ne sont plus seulement fils, egaux en droits et en graces, du me" me Pere celeste ; leur union va jusqu'a une sorte d'unite : II n'y a plus ni Juif, ni Grec, disait-il ; ni esclave, ni homme libre ; tous, vous tes un clans le Christ Jesus 2 . Le Christ est tout en tons 3 . Qu'iniportent au croyant eleve a de telles hauteurs les dehors de la vie? Sans doute, tout ayilissement est incompatible avec la profession de sa foi; mais le servage n'entraine pas necessairement une degradation morale, il peut n'e~tre qu'une dependance humiliante plus ou moins rigoureuse, et laisser Tame en pleine noblesse, libre, maitresse d'elle-

1 Matt., xxni, 8 3

2 Gal., in, 28.

3 Coloss, in, 11.

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me"me. Ses rudes contraintes ne vont dans ce cas qu'a 1'epurer, a 1'exalter au-dessus du monde qui passe. Rien done dans la condition servile qui, pour un temps, ne put e~trerespecte parl'Eglise; 1'essentiel, en attendant que 1'institution s'ecroula~t d'elle-mme an souffle de FEvangile, c'etait d'en prevenir les abus. Paul y pourvut, en rappelant, d'une part, que le travail est la loi de tout homme, sa dignite et sa force-, del'autre, enprechant le Christ venu, sous forme d'esclave 1 , po.ur servir, non pour frtre servi 2 et repandre dans les cceurs son humble et douce charite. C'est a cette divine flamme surtout que Paul se fiait pour amollir la durete du/code servile. Maitres, disait-il, ayez, vous aassi, del'affection pour vos serviteurs ; ne les traitez pas avec menaces, sachant que vous avez les uns et les autres un maitre commun dans les cieux, lequel n'a aucun egard a la condition des personnes 3 .

Ces garanties donnees a 1'esclave chretien, Tapotre ne lui conseillait meme pas d'essayer a sortir de servitude : As-tu ete appele etant esclave, disait-il, ne t'en mets pas en peine ; quand mme tu pourrais devenir libre, fais plutot bon usage de ta condition, car 1'esclave, qui est appele dans le Seigneur, est 1'affranchi du Seigneur, et de mme

1 Philip., n, 7.

2 Matt., xx, 28.

3 Ephes., vi, 9.

I'liomme lib re qui est appele est 1'esclave du Christ. . . Que chacun demeure aupres de Dieu dans I'etat ou il se trouvait quand il a ete appele l . Paul determine ainsi le devoir de 1'esclave : ce n'est pas la simple resignation a un sort inevitable, mais 1' acquiescement de la volonte, 1'obeissance de coeur prompte et consciencieuse, 1'attachement au maitre, m&le de crainte et de respect : Esclaves, obeissez a vos maitres ... en sirnplicite de cosur, comme au Clirist mme, ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme si vous ne vouliez que plaire aux hommes, mais-en esclaves du Christ; faites de coeur la volonte de Dieu ; servez de bon gre, comme asservis au Seigneur et non pas aux hommes 2 .

Ainsi Paul ne relevait Tesclave qu'en le maintenant sous le joug. Etait-ce done la cette liberte apportee par le Christ et promise en son nom 3 ! A ceux-la, surtout, de telles paroles semblerent dures qui se trouvaient, comme Onesime, sous le coupdes plus rudes lois de Pesclavage. Le fugitif les savait sans pitie pour lui; la marque au front par le fer rougi 4 etait le moindre de ses chatiments ; au gre

1 i Cor., vn, 21-24.

2 Ephes, vi, 5-7.

3 Vous connaitrez la verite, et la verite vous feralibres . Joan., vin, 32.

^ Inexpugnabili litterarum nota per summam oris contumeliam inustus . Valere Maxime, YI, vm, 7. Cf. Plaute, Casina, II, vi, 293. Martial, VIII, LXXV, 9. Ciceron, De Officiis, n, 7, etc.

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