‹ Saint Paul [microform]Chapitre 18 sur 55 · I/EP1TRE AUX EPHESIENS · texte numérisé non relu

I/EP1TRE AUX EPHESIENS

du maitre, il pouvait Mre jete aux btes de Famphitheatre, mis en croix, brule vif dans la robe de poix que Neron mit a nos premiers martyrs 1 . Onesime, sans doute, n'avait rien de tel a redouter d'un chretien ; mais il ne s'appartenait pas, il avaitlese, par sa fuite, le droit de propriete que possedait sur lui Philemon : en reparation du dommage, la justice commandait qu'il se remit aux mains du maitre eta sa merci : que d'humiliations, que d'angoisses dans ce devoir !

La premiere intention de Paul n'avait point ete de rappeler et d'imposer de si lourdes obligations a Onesime ; trouvant> une aide precieuse dans son zele, il ne songea d'abord qu'a le garder pres de lui : le cosur de Philemon lui etait assez connu pour qu'il n'hesitat pas a user de ce qui appartenait a ce disciple comme de son propre bien. A la reflexion, toutefois, il crut plus conforme a la courtoisie, aux delicatesses de la charite, de ne rien faire sans son aveu. II decida done Onesime a retouraer vers son maitre et a profiter pour regagner 1'Asie du depart deTychique. La compagnie de ce disciple lui donnait pleine sauvegarde; neanmoms, pour lerassurer mieux encore, Paul dicta a Timothee les lignes suivantes qu'il remit aux mains du fugitif . Que pourrait

1 Aulu-Gelle, v, 14. Plaute, Casina, II, vn, 330; Miles gloriosus, II, iv, 361. Petrone, Satyricon, 53. Plaute, Captivi, III, iv, 531.

Philemon que s'emouvoir et ceder a cette touchante priere!

Paul, prisonnier de Jesus-Christ, etle frere Thimothee, a Philemon le "bien aime et notre cooper ateur, et a sa soeur Appia 1 , a Archippe, notre compagnon d'armes et a 1'Eglise qui est dans ta maison : grace et paix a vous tous, de la part de Dieu notre Pere et du Seigneur Jesus-Christ .

Me souvenant sans cesse de toi dans mes prieres, je rends grace a mon Dieu, car j'apprends quelle est ta foi envers le Seigneur Jesus, et ton amour pour tous les saints, comment la generosite qu'enfante cette foi eclate aux yeux de tous par tant de bonnes oeuvres accomplies dans ta maison 2 , pour 1' amour de Jesus-Christ. Ta charite m'a comble de joie et de consolation, parce que les entrailles des saints ont ete rejouies par toi, frere. Voila pourquoi, bien que j'eusse tout droit dans le Christ de for donner ce qui est de ton devoir, j'aime mieux, au nom de la charite, t'en supplier, moi, Paul vieux, et en plus, maintenant, prisonnier de Jesus-Christ.

a Je te prie done pour mon ills quej'ai engendre dans

1 Le nom d' Appia est si etroitement uni a celui de'Philemon qu'on en conclut avec grande vraisemblance qu'elle etait sa femme. II est plus douteux qu' Archippe soit leur fils. Nous avons TU que cefidele exercait un ministere dans 1'Eglise de Colosses ou dans celle de Laodicee(S. Paul, ses Missions, chap.x); les Constitutions apostoliques (vn, 46), le font m^rne eveque de cette derniere cite. Cette fonction ou- quelque autre de semblable importance etait un motif suffisant pour que Paul le nommat dans un salut adresse non seulementaux deux destinataires de la lettre, mais a toutelafraternite qui se reunissait dans leur maison.

2 Non dicit in te, sed in vobis. Per hoc signiflcat domesticam Philemonis ecclesiam, bonorum operum ejus adjutricem . Estius, in loco.

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les fers, pour Onesime qui, au temps passe, ne t'a guere-ete utile 1 , mais qui maintenant peut 1'etre a toi et a moi. Je te le renvoie, lui, mes propres entrailles. J'avais pense d'abord a le garder pres de moi, pour qu'il me seryit a ta place dans les chalnes de 1'Evangile, mais je n'ai rien voulu faire sans ton avis, afln que la bonne oeuvre que je te propose n'ait rien de contraint et vienne de ton plein gre. Peut-3tre Onesime n'a-t-il ete separe de toi pour un temps qu 1 afin que tulerecouvres ajamais, non plus comme un esclave, mais comme celui qui d'esclave est devenu un frere bien aime. II est cela pour moi; combien plus doit-il 1'^tre pour toi, et selon la chair et selon le Seigneur. Si done tu me tiens comme etroitement uni a toi, regois-le comme moi-mme. Que s'il t'a fait tort, s'ilte doit quelque chose, passe cela sur mon compte .

Paul entendait par la mettreune veritable creance aux mains d'Onesime : aussi ecrivit-il lui-mme ces quelques mots :

C'est moi, Paul, qui ecris ceci de ma main. Moi, je paierai, sans te rappeler tout ce que de ton c6te tu me dois .

Redormant la plume ^ Timothee, il acheva ainsi :

Oui, frere, puisse-je receyoir de toi cette joie dans le Seigneur. Rejouis mes entrailles dans le Christ. Jet'ecris ceci plein de confiance en ta soumission ; je sais que tu

1 L'apotre joue ici finement sur le nom OnJsime qui, en grec, signifie utile .

feras plus encore que je ne dis. Prepare-moi aussi un logement, car j'espere que, grace a vos prieres, je.vous serai rendu ..

Epaphras, mon compagnon de captivite dans le Christ Jesus, Marc, Aristarque, Demas, Luc, raes collaborateurs te saluent, Que la grace de Notre- Seigneur Jesus-Christ soit avec ton esprit !

Cette lettre et 1'Epitre aux Colossiens ne furent point les seules que Paul confia a Tychique. II en ecrivit une autre a 1'Eglise de Laodicee, en recommandant aux Colossiens de se la procurer pour la faire lire dans les assemblies 1 . Cette derniere est perdue,, mais, a son defaut, nous en possedons une de^grande importance, ecrite en ce m^me temps et remise aux me~mes messagers. Connue sous le nom d'Epitre aux Ephesiens , elle ne parait pas neanmoins avoir ete adressee exclusivement aux fideles de cette chretiente. 11 y faut voir plut6t une lettre circulaire que Tychique eut charge de remettre aux Eglises qu'il visiterait.

De nombreux indices revelent cette destination commune de 1'Epitre aux Ephesiens. L'ap6tre s'y exprime constaniment en termes generaux, sans saluer personne au debut et a la fin, comme il le faisait toujours ; aucun avis special dans le corps de 1'oeuvre; aucune allusion a 1'etat particulier d'une Eglise. Paul semble n'avoir ni vu, ni evan-

i Coloss., iv, 16.

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gelise les communautes auxquelles il ecrit 1 . Eut-il parle ainsi, s'il se fut adresse specialement a ces Ephesiens que durant trois ans il n'avait cesse, jour et nu.it, d'exhorter avec larmes 2 ; eiit-il omis de leur rappeler son long sejour dans leur ville, de nommer au moins Tirnothee si cOnnu parmi eux ? Sachant leur Eglise m61ee de gentils et de Juifs, n'aurait-il eu en pensee que des paiens convertis ? Seul, le titre dans cette lettre marque comme destinataires : les saints et fideles . . . qui sont (a Ephese) 3 . Or, ces derniers mots a Ephese ne se trouvent point en deux des plus anciens manuscrits 4 ; S. Basile atteste qu'il ne les voyait dans aucun de ceux qu'il a~vait en main 5 . Que conclure de ces notions, sinon que la suscription a Ephese ne fut point mise par S. Paul dans 1'original, copie a plusieurs exemplaires, qu'il confia a Tychique? L'adresse restait en blanc afin que ce disciple put inserer le nom del'Eglise qu'il visitait. Ephese, metropole de ces Eglises d'Asie,, etant plus qu'elles en commerce avec i'etranger, il advint, selon toute vraisemblance, que 1'exemplaire qui portait son nom se repandit davantage et perpetua le titre d'Epitre aux Ephesiens, sous lequel cette lettre est

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