‹ Saint Paul [microform]Chapitre 19 sur 55 · Ephes., i, 15; in, 2 et suiv., etc · texte numérisé non relu

Ephes., i, 15; in, 2 et suiv., etc

2 Act., xx, 31.

3 Ephes., i, 1.

4 Les manuscrits du Vatican et clu Sinai.

5 S. Basile, Contr. Eunom., n, 19.

connue. Ce n'est la, sans doute, qu'ime hypothese, mais qui cadre si justement avec les particularites de 1'Epitre, qu'a bon droit elle trouve credit de nos jours l . On nefait d'ailleurs que rehausser les enseignemeiits de cette lettre, en la presentant comme eucy clique.

Paul y visait la partie de 1'Eglise, alors la plus vivante et probablement la plus considerable, celle qui longtemps encore devait jeter le plus d'eclat dans la chretiente. Le point faible dans ce corps de fideles qui, croissant rapidement, ernbrassait deja toute la province d'Asie, c'etait de n' avoir point recu de 1'apotre lui-meme la vie surnaturelle. Engendres a la foi par ses disciples, ils ne possedaient point cette plenitude de grace et de verite qui pe'rmettait ailleurs aux nouveaux convertis de braver toute contagion d'erreur; par suite, ils prevalent plus ou moins 1'oreille aux reveries pliilosophiques qui avaient cours dans la region.

Paul, sachant sous quelle forme et jusqu'ou le mal sevissait a Colosses, avait pu y remedier dans le detail-, mais il n'etait pas aussi bien instruit pour

1 Nombre d'interpretes catlioliques et des plus ' notables 1'ont adoptee. Hug, Einleitung, n, p. 400 et suiv. Glaire, Introduction, t. VI, p. 103 et suiv. Valroger, Introduction ause livres du Nouveau Testament, t. II, p. 272 et suiv. A. Maier, Einleitung, p. 309 et suiv. Lamy, Introduct., n, p. 354. Bisping, Exeget. Handb., vi, 2, p. 8. Guillemon, Glef des Epitres de S. Paul, t. II, p. 9 et 10. Les exegetes protestants en grande majorite partageat cette opinion.

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les autres chretientes d'Asie. Tout ce qu'il avait appris par Epaphras, c'est que de semblables perils y raenacaient les fideles et que le principal venait de Juifs, habitants dupays. Cette ignorance des circonstances locales 1'amena a s'elever plus Jhaut que jamais dans la lettre qui nous oceupe, car, n'ayant point a suivre 1'erreur pas a pas et dans ses detours, il s'appliqua uniquement a lui opposer en tout son eclat le dogme qui de plus en plus 1'absorbait : Jesus vivant dans les ames et perpetuant cette vie" divine par Faction de 1'Eglise.

Nous avons deja fait connaitreles adversaires de Paul en cette lutte : ce n'etaient plus les judaisants de Syrie et de Galatie, au formalisme etroit, peu seduisant, mais des Israelites verses dans les subtilites philosophiques, habiles a eblouir par leur mysticisme, qu'ils mettaient bien au-dessus de la doctrine chretienne. Ge rabaissement de Jesus audessous de reveries humaines est un blaspheme insupportable a 1'apotre. II le repousse en niontrant dans la foi la plus haute revelation que Bieu ait faite au monde ; hors d'elle nul salut/et en elle tout ce que 1'honime peut souhaiter : justification, sanctification, beatitude, redemption universelle. Tout est dans le Verbe incarne et en telle abondance qiie le langage habituel ne suffit plus a decrire les ricnesses insondables du Christ l ; il y faut de

1 Ephes., in, 8.

nouveaux termes, les images inusitees que nous trouvons ici dans les ecrits de Paul 1 ; mais il y faudrait plus encore que son genie, une langue egale a la pensee divine; aussi dans 1' effort de 1'apotre pour peindre Jesus tel qu'il le voit, son style s'embarrasse : incidentes, digressions s'accumulent jusqu'a faire perdre de vue 1'idee premiere.

De la les obscurites de cette lettre provenant, on le voit, de la profondeur, de Tabondance inepuisable des pensees. Ces ombres se dissipent toutefois au regard qui les scrute humblement, et le dessein de 1'apotre se revele en son developpement majestueux : opposer aux speculations antichretiennes des Asiatiques le rnystere divin qui les confond, 1'Incarnation, Tamour du Christ, surpassant toute connaissance (toute gnose), nous donnant Dieu em plenitude 2 , rendant des lors superflue, impossible m^me, toute autre revelation.

La priere etait devenue chez Paul sa vie m6me, l'occupation continue de son ame, quand les sollicitudes pastorales. ne le rabaissaient pas aux choses de la terre. C'est 1'esprit tout a Dieu qu'il dicta la lettre a~ux Ephesiens, laquelle, a la bien prendre, n'est qu'une action de graces au Pere qui nous donne tout don par fait dans son Fils incarne.

1 De "Wette, Ephes. Einleit., p. 319.

2 rvwvai... TT,V <JTtep6a},'XouGav t% yvdiattoS ^rfdizr^ TOU XpioTou, "va

i<; Trav TO Tc^\-r\p^\i.a. TOU GEOU. Ephes., in, 19.

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Beni soit le Dieu et le Pere de Notre-Seigneur Jesus- Christ qui nous a combles dans le Christ de toutes sortes de benedictions spirituelles toutes celestes 1 .

Des 1'eternite il nous a choisis dans le Christ, et pour la plus noble fin, pour nous faire immacules, saints devant lui en amour 2 . II nous predestinait par la a devenir dans notre union au Christ ses enfaiits adoptifs, a obtenir par le sang de Jesus la redemption, la remission du peche 3 . Tel apparait aux yeux de 1'apotre le conseil eternel de Dieu, volonte demeuree mysterieuse jusqu'a 1'heure ou, les temps se trouvant accomplis, la revelation s'est faite : tout a ete reuni dans le Christ, tant les choses du ciel que celles de la terre 4 .

Quiconque embrasse par la foi cette parole de vie, evangile de notre salut 5 , est scelle dela main de Dieu du sceau de TEsprit promis 6 par Jesus.

1 Ephes., i, 3.

2 Devant lui , c'est-a-dire tellement penetres de saintete dans Tintime de notre tre que 1'oeil mSme de Dieu n'y voie riea que de pur; par] suite, tendrement uuis a lui dans 1'amour qui est Dieu (i Jean, iv, 8), et dans lequel comme dans un ocean de grace tout fidele prend vie et souffle : nulle perfection dans le Chretien que par cet amour.

3 Ephes., i, 5, 7.

4 Id., i, 10. Litte"ralement tout demeure en lui recapitule, resume, relie, co.mme a la tete unique de toute creation : 'AvaxecpaXaKiffauOan ti TtdcVTa Iv TU XpiffTt^.

5 Ephes., i, 13.

6 Id.

Or, cet Esprit repandu dans Tame fidele par la grace est a celle-ci 1111 gage assure qu'elle heritera du ciel 1 .

Paul, dans ce tableau de la redemption universelle, a un regard particulier de joie et de tendresse pour 1'Eglise d'Asie, car il sait quelle est sa foi an Seigneur Jesus et son amour pour tous les saints 2 .

Je ne cesse de rendre grace pour vous dans rues prieres, leur dit-il, afln que le Dieu de Notre-Seigneur Jesus-Christ, le Pere de gloire 3 , vous donne 1'esprit de sagesse et de lumiere pour le connaitre ; qu'il eclaire les yeux de votre coeur pour que vous sachiez quelle est 1'esperance a laquelle il vous a appeles, quelles sont les richesses de gloire destinees aux saints, quelle est la supreme grandeur du pouvoir qu'il exerce en nous qui croyons. L'efficace de cette force et de cette puissance, il la fait paraitre dans le Christ, le ressuscitant cles morts, le faisant asseoir a sadroite dans le ciel, au-dessus de toute principaute, puissance, vertu, domination, au-dessus de tout ce qui a nom, non settlement dans le siecle present, mais aussi dans celui qui est a venir; il a tout mis sous ses pieds, et 1'a donne pour chef sur toutes choses a 1'Eglise, qui est son corps, la plenitude de celui qui remplittouten tous 4 .

1 Ephes., i, 14.

2 Id., i, 15.

3 S. Paul appelle ici Pere de gloire le Dieu et Pere de Notre Seigneur Jesus-Christ, afin demarquer que la seulevraie gloire, qui est celle de la divinite, resplendit dans Fhumanite du Christ.

4 Ephes., i, 16-23.

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Morts par le peche, poursuit-il, vous marchiez dans les voies du monde, comine nous aussi Juifs, livres aux convoitises de la chair ; comme nous, par nature enfants de colere l .

Mais Dieu qui est riche en misericorde, pousse par le grand amour qu'il a pour nous, alors que nous etions morts par le peche, nous a rendu la vie dans le Christ...... ,

nous a ressuscites avec lui z , nous a fait asseoir dans le ciel en Jesus-Christ, -afin de montrer aux siecles avenir, dans sa bonte sur nous dans le Christ Jesus, les richesses surabondantes desa grace 3 .

Paul n'est pas tellement a la theologie du Christ en cette Epitre qu'il en perde de vue 1'objet de ses premieres luttes, 1'absolue gratuite de la grace. II prend soin de rappeler ce dogme fondamental aux Asiatiques sortis de la gentilite et de le leurinculquer aussi instamment qu'aux judai'sants de Syrie et de Galatie. Que sont-ils, eneffet, ces nouveauxvenus dans 1'ensemble du plan divin. au regard d'Israel qui, tout rebelle qu'il paraisse, n'en demeure pas moms la race elue ? Un peuple de chair , des etrangers aux alliances de la promesse, sans Messie, sans esperance, sans Dieu en ce monde 4 . Dans

1 Ephes., n, 1-3.

2 Paul parle ici principal ement dela resurrection a la vie del'esprit, car celle du corps n'est que secondaire a ses yeux ; elle suit la resurrection spirituelle, afin que le tout de 1'homme renaisse a la vie.

3 Ephes., n, 4-7.

4 id., n, 11, 12.

Jesus seul etpar la vertu de son sang, eloignes autrefois des choses divines, ils en sont proches maintenant 1 .

Car c'est lui qui est notre paix, dit-il, lui qui, des deux peuples, n'en a fait qu'un, qui, a detruit le mur de se'paration et aboli dans sa chair 1'inimitie qui les divisait, cette Loi chargee de tant de preceptes; afin de creer 2 en soi-

mSme, de ces deux peuples, un seul homme nouveau 3

Ainsi est-il venu annoncant la Bonne Nouvelle, paix a vous qui etiez loin, paix a ceux qui etaient pres : par lui, nous avons les uns et les autres acces aupres du Pere dans

un seul esprit 4 C'est pourquoi je flechis le genou de-

vant le Pere, principe et chef de toute famille, aux cieux et sur la terre, afln que, selon les richesses de sa gloire, il vousfortifie en puissance par son esprit, quant al'homme interieur, de sorte que le Christ habite par la foi dans vos coeurs et que vous soyez enracines et fondes 5 dans 1'amour.

1 Ephes., n, 13.

2 S. Paul revient a plusieurs reprises sur cette pensee, que notre redemption est une creation nouvelle, une totale regeneration, qui fait, de nous I'oauvre du Christ : Nous sommes son ouvrage, etant crees dans le Christ Jesus, pour les bonnes oauvres que Dieu a preparees d'avance, afin que nous y marchions . Ephes, n, 10. Vous avez appris.. . a vous revetir de 1'honime nouveau, cree selon Dieu en justice et saintete de la verite. Id., iv, 24.

3 Ephes., n, 14, 15.

4 Id., n, 17, 18.

5 Ces deux expressions figurees sont probablement un souvenir des images employees par le Sauveur pour depeindre son Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierreje batirai mon Eglise . Matt.,xvi, 13. Je suis le cep de la vigne, vous en etes les branches. Joan., xv, 5. Paul, nous le verrons bientot, preferait a ces images celle du corps humain.

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Puissiez-vous comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de ce mystere, connaltre 1'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin d'etre reinplis selon toute la plenitude de Dieu mtoie. A celui qui, par la puissance quiopere en nous *, peut inflniment plus que tout ce que nous demandons et pensons, a lui, gloire dans 1'Eglise, par le Christ Jesus, pour les siecles des siecles. Amen 2 .

Les derniers mots de cette priere, qui mettent en meme relief Jesus etl'Eglise, montrent quelle place celle-ciprenait alors dans les meditations de 1'apotre. Seule, en eflfet, la constitution definitive de lahierarchie pouvait obvier aux ecarts de doctrine qui 1'inquietaient. A la verite, la predication apostolique, et en 1'absence des Douze, 1'abondance des dons spirituels avaient suffi tout d'abord pour prevenir de tels egarements, mais deja la ferveur commencait a s'eteindre ; la grace, qui primitivement donnait aux ames pleine virilite, ne les trouvant plus assez vides d'elles-ine~mes pour y operer librement, ne parvenait qu'a former des enfants dans 1'ordre surnaturel : aussiles Asiatiquesflottaient-ils, comme on le fait a cet age, ballottes , emportes ca et la a tout vent de doctrine, cedant aux tromperies des homines, a leur habilete pour egarer en voies detournees 3 . II fallait une autorite visible, divine-

1 Cette puissance est manifestement celle de 1'Esprit saint repandu par la grace en nos cceurs.

2 Ephes., m,14-21.

3 Id., iv, U. . .

ment constitute, et s'exergant partout sans relache, il fallait 1'Eglise en un mot pour maintenir dans r unite de foi ces re~veurs, et leur repeter avec 1'apotre : Appeles tous a une mme esperance, vous n'etes tous qu'un corps et un esprit. II n'y a qu'un Seigneur, une foi, un bapte~me, un seul Dieu, Pere de tous, qui est au-dessus de tous et parmi tous et en nous tous l .

Cette Eglise, que Paula principalement en vue, dans 1'Epitre aux Ephesiens, n'est pas un &tre de raison, un fantome de pouvoir; elle vit, parle, agit: c'est Jesus, Jesus repandant, perpetuant sa vie dans les fideles. Tout ce qui se fait dans 1'Eglise, Jesus le fait, et Jesus Je fait par 1'Eglise. Les images se multiplient dans 1' esprit de 1'apotre pour exprimer cette union. Celle que le Maitre avait consacree s'offre naturellement a lui : 1'Eglise apparait comme un temple saint. . . la maison de Dieu edifice sur le fondementdes Ap6tres et des Prophetes , mais tirant toute sa solidite de Jesus, sapierre d' angle 2 . Une autre figure toutefois rendait plus completement a son gre cette unite divine, et c'est a celle-la qu'il revient de preference : le Christ est la te~te du monde regenere, 1'Eglise son corps, les fideles ses membres 3 , lesquels tirent de leur chef divin force et

1 Ephes., iv, 4-6.

2 Id., n, 20, 21.

3 I Cor., vi, 15; x, 17; xn, 12-27. Rom., xii, 4, 5.

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action, et les recoivent a profusion, car le Christ ne se reserve rien qu'il n'epanche en eux : son humaiiite glorifiee, son union avec-lePere, 1'abondance de son esprit, tout ce qu'il possede leur est donne.il fait de 1'Eglise un autre lui-rngme, prolonge et deyeloppe sa vie en elle si largement que Paul n'hesite pas a appeler ce corps mystique de Jesus la plenitude de celui qui remplit tout en tons l . Par cette union au Christ, 1'autorite, 1' operation de 1'Eglise s'etend a tout le domaine de celui qui voit sous ses pieds le monde entier, matiere, hommes, anges eux-me~mes 8 . ;

Ce n'etait pas assez de montrer 1'Eglise investie de cet empire, il importait surtout d'indiquer par quels organes le Christ parle et agit en elle. Nous avons expose ailleurs comment, dans le premier eclat des graces surnaturelles, 1'Esprit, s'emparant a son gre de 1'un ou de 1' autre des fideles, instruisait, conseillait, dirigeait m^me par ces inspires les fraternites chretiennes 3 . Mais le temps etaitvenude concentrer en quelques mains Fautorit^ ainsi diflfiise; 1'apotre, sans donner encore a la hierarchic la forme determinee que nous trouverons dans les let-^ tres a Timothee et a Tite, restreint deja a certains offices, nommement designes, le droit de parler an nom du Sauveur. La liste des dons spirituels, si

1 Ephes., i, 23.

Id., in, 10.

3 S. Paul, ses Missions, chap. vin.

etendue dans 1'Epitreaux Corinthiens se trouve bien diminuee dans le message aux Ephesiens 1 ; elle ne comprend plus, au-dessous de Tapostolat, centre et source de tout pouvoir, que les emplois allant a maintenir dans 1'Eglise lapurete de 1'enseignement etFordre dela discipline. Les prophetes, les evangelistes, les pasteurs etles docteurs travaillent seuls a 1'edification du corps de Jesus-Christ 2 , et ils ne 1'elevent a 1'etat d'homme fait, a la plenitude que le Christ doit avoir dans 1'Eglise, que par 1'unite de foi et d'action 3 . Pour que la charite d'oii vient cet accroissemeut opere dans le corps mystique du Christ, il faut que, les diverges parties de 1'organisme demeurant liees ensemble et bien ajustees,la vie circule librement par to us les vaisseaux 4 . Ce n'est qu'en cette harmonie, ce lien de paix 5 , qu'accomplissant la verite dans 1' amour, nous croissons en toutes choses dans le Christ qui est notre chef 6 .

Les conseils pratiques qui terminent cette lettre ne sont guere, commeil convenait a une ency clique, que des preceptes generaux de conduite. Probablement les avis sur Fimmoralite et les exces du vin 7

1 I Cor., xii, 6-11 ; 28. Ephes., iv, 11.

2 Ephes., iv, 11, 12.

3 El? T)\V svoTTi^a T% TrfffTswi;..... ek avSpa Ts)itov, el? [JieTpov 'fi^i-

ToO TcTaiptoixaTo; TOU Xpifftou. Ephes., iv, 13.

4 Epbes., iv, 16.

5 Id., iv, 3.

e id., iv, 15.

' Id., iv, 19; v, 3-12, 18.

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visent des penchants communs dans toute la province d'Asie, parmi les faux sages surtout qui ega- v raient les Eglises de la region. Paul met les fideles en garde contre leurs vains disco urs : N'ayez point de commerce avec eux, leur dit-il ; vous etiez autrefois tenebres, maintenant vous tes lumiere dans le Seigneur; marchez comme des enfants de lumiere ; or, le fruit de la lumiere consiste en toute bonte, justice, verite * Ne prenez point depart auxoeuvres infructueuses des tenebres, mais condamnez4es, carles choses que ces hommes font en secret, il est honteux me" me de le dire 2 . L'ap6tre indique ici a mots couverts 1'immoralite qu'il entrevoit clans ces novateurs et qu'il denoncera bientot ouvertemeut 3 : aussi les defie-t-il de se montrer tels qu'ils sont * a cette lumiere qui decouvre tout, en face des chretiens rev^tus de 1'homme nouveau, qui est cree selon Dieu dans la justice et la saintete de la verite 5 . Quant a leur chimere de perfection, de revelation superieure au christianisme, il se contente

* Ces expressions : tenebres, lumiere, enfants de lumiere, fruits de lumiere, familieres aux Gnostiques, 1'etaient probablement aussi aux theosophes d'Asie.

2 Ephes., v, 7-12.

3 I Tim., i, 19; iv, 1-3; vi, 3-5. II Tim., n, 17; m, 1-9. Tit., i, 11-16.

4 Ephes., v, 13.

5 La justice paralt designer ici 1'equilibre de toutes les parties, de toutes les facultes de Tame; la saintete , la perfection des vertus dans ces facultes.

d'y opposer la sublime vocation cles fideles : Soyez ,les imitateurs de Dieu, etant ses enfants bien-aimes, et marchez dans 1' amour, comme le Christ nous a aimes et s'est livre pour nous en oblation et sacrifice a Dieu, en parfum de bonne odeur l .

L' attention donnee aux devoirs de famille dans 1'Epitre aux Colossiens se retrouve en celle-ci : Fap6tre y expose les mutuelles obligations des enfants et des peres, des esclaves et des maitres 2 , des epoux chretiens; mais il le fait avec 1' elevation de pensee qui distingue la lettre aux Ephesiens. Au travers des plus hautes speculations, nous y avons vu dominer 1'idee de 1'Eglise dont Tesprit de Paul etait alors rempli. Rien d'etonnant si, passant aux applications morales, il ne trouve pas de plus parfait modele pour 1'union des epoux que 1'union de Jesus avec cette Eglise.

Le mari est le chef de la femme, dit-il, comme le Christ est le chef de 1'Eglise, en mSme temps que son Sauveur; comme done 1'Eglise est soumise au Christ, ainsi, que les femmes le soient aussi a leurs maris en toutes choses. Et vous, maris, aimez YOS femmes comme le Christ a aime 1'Eglise et s'est livre a la mort pour elle, afin de la sanctifier, la purifiant dans le baptgrne de 1'eau par la parole de vie 3 , de telle sorte qu'elle parut devant lui, sans tache,

1 Ephes., Y, 1, 2.

2 Id., vi, 1-9.

3 La parole sacramentelle qui, jointe a 1'effusion d'eau, matiere du bapteme, regenere le fidele. Detrahe verbutn et quid est aqua nisi

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ni ride, ni rien de semblable, rnais sainte et irreprochable.

La qualite d'epouse du Christ rend au mieux le libre choix que Jesus a fait de 1'Eglise, ses prevenances d'amour, sa tendresse pour elle : Paul s'y etend avec complaisance. Toutefois ce titre n'indiquant pas une union assez etroite, assez totale, il revient a son image favorite, il ajoute que le Christ, en epousantl'Eglise, en a fait a la lettre et pour toiljours son propre corps, 1'os de ses os, la chair de sa chair 1 deux dans une mme chair 2 . Cette parole prophetique ne s'etait verifiee qu'iraparfaitement en Adam et Eve, leur union n'allant pas jusqu'a la confusion des deux etres. Pour Jesus et 1'Eglise, ce grand sacrement, lemystered' amour, se consomme et va jusqu'a Tunite. Nulle personnalite dans 1'Eglise 3 , nulle vie distincte, nulle action, nulle parole, autre qae Jesus revivant en elle et par elle 4 .

aqua ? Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum. S. Augustin, In Joan., Tract. LXXX, 3.

1 Gen., n,23, 24.

2 Ephes., v, 31.

3 II s'agit ici de 1'Eglise consid6ree comme personne morale uuie au Christ, et non comme collection de jpersonnes humaines ayant chacune sa vie physique et son activite propre ; vie et acttvite qui ne peuvent 6tre rigoureusement attribuees a Jesus-Christ.

4 L'Eglise comme Epouse est a Jesus-Christ par son choix ; 1'Eglise comme corps est a Jesus-Christ par une operation tres intime du Saint-Esprit de Dieu. Le mystere de 1'election par 1'engagement des promesses parait dans le nom d'Epouse; et le mystere de 1' unite, con-

Paul, nous 1'avons vu, ne trouvant pas devant lui d'adversaires nettement designes, n'avait pas eu dans cette lettre, comme dans les precedentes, a descendre en lice pour saisir 1'ennemi au plus pres; par suite, sa pensee s'etait maintenue a ces hauteurs sereines oii, hors de la lutte, elle avait coutume de planer. En terminant, toutefois, il sentit 1'urgence de rappeler a ses Chretiens d'Asie que Fheure n'etait point a 1'indolence et a la securite: 1'esprit du mal, le prince des tenebres, Satan 1 , les enveloppait des folles reveries auxquelles ils prevalent une oreille trop complaisante ; il leur fallait s'arraer centre lui et combattre.

L'equipement du soldat qui veillait aux cotes de Paul lui fournit les details de 1'armure divine dont il entend revetir ses fideles : aux reins la ceinture

sommee par Tinfusioa de 1'Esprit, se voit dans le nom de corps. Le nora de corps nous fait voir combien I'Eglise est a Je*sus-Christ; le titre d'Epouse nous fait voir qu'eJle lui a ete etrangere et que c'est volontairement qu'il 1'a recherchee. Ainsi-le nom d'Epouse nous fait voir unite par amour et par volonte j et le nom de corps nous porte a entendre unite comme naturelle ; de sorte que dans 1'unite du corps il parait quelque chose de plus intime, et dans 1'unite de~l'Epouse quelque chose de plus sensible et de plus tendre. Au fond, ce n'est que la m^me chose; Jesus-Christ a aime TEglise et il J'a faite son Spouse; Jesus-Christ a accompli son mariage avec I'Eglise, et il 1'a

faite son corps Ainsi 1'unite de corps est le dernier seeau qui

confirme le titre d'Epouse. Louange a Dieu pour 1'enchainement de ces verites toujours adorables ! Bossuet, Lettre IV d une Demoiselle de Metz, xxxii.

i Ephes., vi, 11, 12.

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de verite *, comme cuirasse la justice 2 . Ayez le pied chausse 3 poursuit I'ap6tre, al'abri des asperites de la route, par la alerte et infatigable; au premier signe le legionnaire se trouvait debout, en marche; ce prompt elan du soldat pour les combats, le chretien doit 1'avoir pour FEvangile de la paix, pour les conqutes chantees par Isaie : Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds des porteurs de la Bonne Nouvelle, des messagers de la paix ! 4 Par dessus tout, ajoutePaul, prenez le bouclier de lafoi 5 surlequelviendront sebriser et s'eteindre les traits enflammes du mediant . Prenez pour casque 1'esperance du salut 6 / en d'autres termes ^assurance du triomphe. Rien ne vaut cette confiance inebranlable pour prevenir tout vertige et toute peur, pour laisser a la te~te la maitrise de soi, la justesse du regard, qui decident du succes.

Paul ne met que deux armes offensives aux mains de ses fideles, la parole deDieu en guise d'epee,

1 Ceindre ses reius pour demeurer ferme et vigoureux d'allure est le premier soin du soldat : se montrer en tout vrai, loyal, sincere, est le fond du christianisrne, sans lequel toute vertu n'est qu'illusion.

2 Cette piece de 1'armure protege les parties vitales du corps : ainsi 1'ensemble des vertus qui fait Tame juste dans le Christ 1'enveloppe d'une force divine et la garde de mortelles blessures.

3 Ephes., vi, 15.

4 Is., LII, 7.

5 Ephes., vi, 16.

. 6 L'image, sous cette forme, empruntee a la premiere lettre aux Thessaloniciens, v, .8, est plus claire que dans 1'expression concise de notre Epitre : Prenez le casque du salut .

FEpee de 1'Esprit , et- surtout la priere : Invoquez Dieu, conclut-il, par 1' Esprit eteri tout temps. . . veillant a cela en toute perseverance, priez pour tous les saints, et pour moi aussi, afin qu'il me soit donne de parler abouche ouverte, etde pre"cher hardirnent le mystere de 1'Evangile dont je suis 1'ambassadeur lie de chaines; (priez) pour que je parle librement, comme jele dois * .

Les derniers mots mis par Fapotre comme signature a la fin de sa lettre sont un supreme appel a 1' union dans la foi, une supreme adjuration contre ceux qui veulent la corrompre : Que la grace soit avec tous ceux qui aiment Notre-Seigneur Jesus- Christ, en se separant de toute corruption 2 .

1 Ephes., vi, 17-20.

2 Id., vi, 24.

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