CHAPITRE II. XXI
renseignement intéressant que la prière publique devait faire régulièrement appel à la médiation de Jésus-Christ, et se clore par : « Amen » (i, 20). Mais nous trouvons au ch. ii des renseignements assez explicites sur la manière dont l'église de Corinthe exerçait son pouvoir judiciaire, depuis la réception de I Cor. et l'excommunication de l'incestueux ainsi que la répression des pécheurs publics qui y avaient été prescrites (voir comm. de ii, 6-8); c'est probablement un spécimen de ce qui était établi dans toutes les communautés pauliniennes, et peut-être les autres. Si Paul en personne (et sans doute aussi ses délégués), avait à exercer des répressions graves, il procédait lui-même selon des formes juridiques, avec appel de témoins (xiii, 1) (1).
En dernier lieu, quand il s'agissait d'entreprises communes comme celle de la collecte pour Jérusalem, les églises pouvaient, — au moins sur la demande de Paul, — nommer chacune à part, ou bien par groupes, des commissaires chargés de l'exécution (voir au ch. viii), comme ces « àTOcrtoXoi » chargés de parcourir les synagogues par le sanhédrin, ou les « patriarches » juifs de la fin du !<='■ siècle jusqu'au iv«. L'église chrétienne nous apparaît donc comme une société pleinement autonome, une personne morale bien émancipée en face do la nation juive, et une organisation qui mérite déjà le nom de « catholique », — de même qu'il y avait universalité dans les croyances approuvées et dans les œuvres.
Doctrines. — La Seconde Épître, non moins que la Première, apporte son témoignage à cette universalité de la foi primitive, sur tous les points essentiels.
1° Jésus-Christ. — Comme l'autre lettre aux Corinthiens, et toutes les lettres de l'Apôtre, notre épitre est totalement « christo-centrique ». Et le Christ qui la remplit n'est pas seulement un « Christ pneumatique », ou considéré rien que dans sa Passion et sa Résurrection. La « mise à mort de Jésus » (iv, 10), dont les Apôtres transportent partout le spectacle par leur propre manière de vivre et de souffrir, reproduit autre chose encore que le drame du Golgolha : ce sont toutes les peines du ministère de Jésus avec lesquelles les épreuves apostoliques offrent de l'analogie; comme cette « vie » de Jésus, dont la manifestation accompagne leurs épreuves, désigne, en plus de la vie glorieuse du Ressuscité, cette puissance sur les âmes, les corps, et les démons que le Sauveur exerçait en Galilée et en Judée (voir comm. de i, 5- 7; IV, 11-12). C'est là une preuve nouvelle du fait que la vie historique du Christ était la base de tout l'enseignement. Paul invoque au ch. x, 1, les vertus du Sauveur, parce qu'il les prenait et les donnait comme modèle; la grande parole « Il s'est fait pauvre pour nous » du ch. viii, 9, vise certainement (comme dans VEp. aux Philippiens] toute l'existence d'humilité qu'une Personne divine a embrassée par l'Incarnation. Il faut beaucoup de parti-pris pour éluder de pareils textes (voir d'ailleurs notre comm. de I Cor., liNTR. pp. Lxix-Lxxi). Au V. 16 du ch. iv, les mots « ne plus connaître le Christ selon la chair » n'ont nullement le sens de néfflierer les événements de sa vie
(1) Il y a des contestations sur plusieurs de ces points; mais le commentaire y répondra.
i:XII INTRODUCTION.
Iiumaine, mais de ne plus les apprécier d'un simple point de vue humain (v. ad hc).
Le Sauveur a accompli une œuvre dont le caractère est parfait et définitif : « Toutes les promesses de Dieu » (pour l'existence présente et future), « se sont réalisées en Lui « (i, 18-20) ; il n'a donc point cette figure de « roi intérimaire ■>•) inventée par Teschatologisme d'Albert Schweitzer. Cette œuvre est eelle de Dieu, parce que Lui-même est Dieu, une personne de la Trinité divine (v. infra). Le titre divin de xupioç lui est appliqué partout (v., entre autres passages, comm. de iv, 5), et, (en outre de son association à Dieu aux premières comme aux dernières lignes [i, 2; xiii, 13], de ce qui est dit de son « appauvrissement » par l'Incarnation [viii, 9J, de l'appellation d'(c image de Dieu » au sens le plus fort, de la « gloire » de Dieu qui éclate pleinement en Lui, de son rôle d'« illumination » [voir iv, 3-4], de son attribut de « lumière » opposée aux « ténèbres » [vi, 15J qui paraît déjà être un germe, [sinon un T«flet] de la mystique que développera le Quatrième Evangile [cîr Eph. v, 8]), Vunion hypostatique est incluse dans le beau passage iv, 14, 19, 21 (v. ad. loc.) où elle se joint à celle du « sacrifice vicaire « de la Rédemption; partout se rencontrent les indices d'une christologie déjà parfaitement formée en substance. Ceux dont Satan a obscurci les yeux sont les seuls à ne pas voir rayonner celte gloire quand elle leur est présentée dans l'Evangile (iv, 4), comme les « psychiques » de I Cor. qu'offusque la Sagesse de Dieu. La doctrine de la Rédemption par un Dieu-Homme trouve même en cette Épître un exposé plus topique que dans la Première (v. infra).
Et partout nous rencontrons, exprimée ou sous-jacente, l'idée que nous avons reconnue comme formant le cœur de I Cor.^ celle de l'union des hommes rachetés, soit les Apôtres, soit les fidèles, au Christ et dans le Christ. Elle est déjà exprimée par les expressions qui surabondent de Iv XpidTw, ei; XpiuTov, Sià Xpicr-cou; tous sont morts en Lui (iv, 14-ss.), ce qui fournit une équivalence indubitable pour la notion de « corps du Christ » mystique de l'Épître antérieure. Le Christ est la source, le modèle, le moteur de toute vie spirituelle; et c'est parce que la Divinité est apparue dans notre Rédempteur, que Dieu &s% appelé du nom saisissant, au son si « johannique », de « Dieu d'amour » (:fciii', 11, cfr V, 14, -^ à^é.'îa\ xou XptffToû).
2° Le Saint-Esprit. — Au tout dernier verset (xiii, 13), l'Esprit-Saint est associé au Christ et à « Dieu » comme également personnel. C'est Lui iol'rE&pri/t du Dieu vivant » qui grave son empreinte dans les cœurs (m, 3), ^•'iiî conforme les croyants à l'image du Clirist (m, 18). Il est le principe transcendant et immanent de toute vie intérieure. Grâce à Lui, les fidèles sont devenus « le temple de Dieu » (vi, 16), où il n'y a point de place pour les idoles ; Paul dit même quelque part en termes exprès que Dieu « brille dans les cœurs » (iv, 5-6), ce qui implique qu'il en est l'habitant. Il n'y a d'ailleurs aucune confusion entre l'Esprit et le Christ glorieux, comme nous le prouverons au commentaire de m, 17.
3° La Trinité. — Ce n'est pas seulement au fameux passage classique xni, 13, que la croyance à la Trinité apparaît, mais encore i, 21-22, et, d'une certaine manière, m, 2-3 (v. ad loc). Le « Fils » est toujours nommé Christ, parce que l'Apôtre pense toujours et d'abord à la nature humaine sous laquelle