CHAPITRE II. XXIIl
il s'est manifesté, mais il est très évident que c'est comme personne divine qu'il est nommé à côté du « Père » (ô 6ed;).
4" L'Église et la communion des saints. — La catholicité de la société des croyants est mise surtout en relief à la fin du ch. ix (à propos de la collecte pour Jérusalem), qui parle de la confession de foi commune aux deux classes des judéo-chrétiens et des ethnico-chrétiens (r^ç ôjxoXoY^aç ujacov eîç to eôaYy. Toïï XpwToî!), ainsi que de l'union de charité, effective comme affective, qui doit exister entre elles (t9)ç xoivojvt'aç eiç «ùtoùç xai bIç Tcavraç). La « communion des saints », comme nous disons, forme pour ainsi dire l'atmosphère de toute l'Epître, qui est bien la sœur de I 6b/\ Paul y fait appel dès la première page (i, 1-11) ; elle résulte de ce que tous participent à la mort et à la vie du Christ. L'absence des termes de l'autre lettre, « corps du Christ », « membres du Christ », n'y fait rien; car la doctrine y est, elle inspire tout; et même une note nouvelle, qui l'illustre encore davantage, résonne au ch. xi, v. 2, où la communauté est comparée à une « fiancée » du Christ. C'est un aspect non encore aussi bien souligné de cette union, ici l'union d'amour, entraînant bien entendu, comme un mariage, la communauté de vie; et l'image ne convient pas seulement à la personne morale de la collectivité, nous verrons qu'elle s'applique à toute âme purifiée, qui est le « temple de Dieu ».
Comme l'Epître ne traite pas de questions ecclésiastiques, on ne peut être étonné du silence qu'elle garde sur la hiérarchie, le culte, etc. Quant aux sacrements, il est un passage (i, 21-22), où la plupart des exégètes voient une allusion au baptême et quelques-uns, ce qui serait à peu près unique, à la confirmation comme rite distinct; nous croirions cette opinion bien fondée (v. adloc).
Voilà certes assez de doctrine pour une épître qui avait si peu de prétention à être doctrinale. Mais il y a plus remarquable encore : les enseignements spéciaux qui jaillissent à l'improviste sous une poussée de sentiment, et ne tombent pas d'une chaire, mais d'un cœur.
Ils sont relatifs à quelques-uns des points les plus essentiels du dogme chrétien, justification, fins dernières, voie delà Croix.
5° L'Ancienne Alliance et la Nouvelle. — Sur cette question capitale, notre épître présente un rapport très étroit, inconnu de I Cor., avec les épîtres aux Romains et aux Galates, et, de plus, avec VEpitre aux Hébreux.
La controverse judaïsante, hors de Corinthe, battait alors son plein, et des intrus se préparaient, dans Corinthe môme, à en troubler les esprits. Dans la lettre canonique antérieure, Paul avait bien rappelé, par allusion, l'impuissance delà Loi (I Cor. xv, 56), et mentionné en passant les néophytes à qui pourrait venir l'idée bien vaine de se faire circoncire (I Cor. vu, 18-19); il ne paraissait pas y attacher d'importance. Maintenant, au contraire, la dévotion mosaïque des faux prédicateurs le porte, pour se défendre d'eux et revendiquer la liberté de son évangile, à déterminer l'essence des rapports entre l'ancienne et la nouvelle économie de la Révélation. C'est le but de la fameuse allésrorie du voile de Moïse (ch. m et iv), ou de la « lettre » qui doit faire place à !'« esprit » qui brille maintenant directement aux yeux des hommes; de la « lettre » à la fois
XXIV INTRODUCTION
symbole et écran, qui ne pourrait que mener à la mort si on la prenait pour la réalité dernière. L'ancien peuple choisi ne peut espérer le salut que dans le Christ, et le rôle de Moïse est fini, sa loi vieillie et usée (TraÀaià) n'est plus qu'un instrument du passé. Il est vrai qu'ici le nom de « Loi » n'est pas écrit, pas plus que les termes «juste », «justifier » ou «justification », expressions techniques de Rom. et de Gai. ; et ceux mêmes de « foi » (îciff-riç) ou de « croire » (TriaxÊuav) n'arrivent que pour désigner la vertu de foi en l'ensemble de ses opérations, sans la mettre en rapport explicite avec l'entrée dans l'état de justice. Mais cela ne prouve qu'une chose, c'est que cette « technicité » des termes n'était pas pour l'Apôtre d'une importance si primordiale que les Réformateurs l'ont cru, et que le « paulinisme » vrai n'est pas enfermé en des formules raides et des points de vue trop restreints dont ils ont fait des hérésies. Pourtant le sens y est, dans toute son ampleur : le croyant, quand il contemple à visage découvert la face découverte du Christ et tout ce qui concerne le Christ, — c'est-à-dire l'a esprit » de la révélation, autrefois caché sous la lettre, — ne peut le faire évidemment que par la foi; mais cette foi est transformatrice, elle change réellement le pécheur en juste, puisque Paul dit qu'il se « métamorphose » alors glorieusement à l'image du Christ qu'il contemple (m, 18), devenant ainsi comme un autre Christ, qui ne doit plus être jugé et traité « selon la chair » (v, 16). Toute la société des croyants forme dès lors une « création nouvelle » (v, 17), parce que «les vieilles choses ont passé ». C'est donc bien la quintessence des épitres qui traitent de la « Justification par la foi », mais les mêmes idées y sont présentées sans distinctions analytiques, avec une ampleur plus oratoire que scolaire, en grandes images qui comprennent tout, et qui rappellent plutôt la façon d'enseigner de l'Epître aux Hébreux.
C'est ainsi encore que, au ch. v, 14 ss., 18 ss., apparaît en raccourci toute une philosophie de la Rédemption^ qui condense en quelques lignes les plus hauts enseignements de l'Epître aux Romains. La mort du Christ a fait mourir à la vie « selon la chair » toute l'humanité qu'il représentait, et sa résurrection a conféré à la même humanité une vie nouvelle, qui est la vie participée du même Christ, militante autrefois, glorieuse maintenant. Par les mêmes combats les hommes arriveront à la môme gloire, car ils en ont les « arrhes » déjà. La foi, qui regarde l'invisible, est évidemment la première condition requise pour participer à cette vie divine ; elle se développe en espérance, une espérance qui fait mépriser tous les maux d'ici-bas, jusqu'à la mort corporelle; elle s'épanouit et se maintient par la charité, cet amour du Christ qui presse les apôtres, passe dans les convertis, et tient tous les fidèles unis entre eux et à Dieu (voir iv, fin; v, 1-10; passim). Nous reconnaissons et la doctrine fondamentale de I Cor., et les conclusions pleinement clarifiées des épîtres aux Galates et aux Romains.
6" L'Eschatologie. — En liaison avec cette doctrine de la vivification dans le Christ, V eschatologie reçoit dans notre épître, à propos de l'espérance qui soutient le croyant dans les épreuves, la dernière note essentielle qui lui manquait encore après les épîtres aux Thessaloniciens et le sublime chapitre xv de l'autre lettre aux Corinthiens. Il ne s'agit plus de la certitude de la Résurrection, qui est désormais prouvée; mais Paul n'avait encore rien dit en ses