CHAPITRE II. XXV
écrits sur ce qu'il advient des âmes élues entre l'heure de la mort corporelle et celle de la Parousie et du jugement général. Il le fait au cli. v, 1-10, passage très profond et précis (quoique d'interprétation laborieuse), et nous apprend là que les âmes jouiront du Christ dès avant d'être mises en possession de leur corps glorieux; un degré de bonheur correspondant à leurs mérites leur sera assigné dès l'heure de la mort, par un jugement particulier rendu au « tribunal du Christ ». C'est là l'enseignement doctrinal le plus spécial à notre épître.
L'église militante, qui envoie ainsi continuellement ses membres rejoindre leur Sauveur, vit sur terre dans l'attente, en un état de foi obscure (v, 7, cfr 1 Cor. XIII, 12) qu'animent l'espérance et la charité (ces vertus ne sont pas ici nommées en triade comme I Cor.). Elle poursuit sa marche dans un monde transitoire où elle est exposée à toutes les embûches de l'adversaire, Satan, Bélial, le « dieu de ce siècle », le Serpent (ii, 11; vi, 15; xi, 3; xi, 14) qui règne sur les infidèles, et que Paul semble voir à l'œuvre, en cette épitre, plus à découvert encore que dans les autres (cfr Eph. vi, 11-12; et II Thess. ii, 7, le « mystère d'iniquité »); il attaque, directement ou indirectement, le corps même de l'Apôtre (xii, 7). Il faut lui tenir tête, et prendre garde d'être vaincu ou dupé par lui. Pour livrer victorieusement cette lutte sont venus les « temps favorables », les «jours du salut » (vi, 2), c'est-à-dire les « novissima tempora » (du règne messianique) ; Paul ne dit pas d'ailleurs un seul mot qui ait rapport à leur durée (voir comm. de v, 2, 9). Seulement chaque baptisé doit s'efforcer de plaire au Christ dès la vie présente, s'il veut entrer dans son amitié après la mort (v, 10) ; car ceux qui n'y parviendront pas s'exposent à la ruine éternelle, qui menace en particulier les ministres de Satan, les faux apôtres (xi, 15).
7" Anthropologie; morale; spiritualité. — Sur quel sujet s'exerce le travail transformateur de la foi? Les notes ^anthropologie ont aussi, dans cette épître, leur originalité. Deux termes antithétiques qui frappent d'abord sont ; « homme extérieur » (ô eçoj àvôpwTuoç) et « homme intérieur » (ô edw à., V. lit, 16); c'est ici — à la différence de Rom. vu, 22, où 6 eato à. signifie la partie supérieure de l'âme, le uveùixa éclairé — le même homme vu dans les conditions tangibles et souvent troublées de son existence d'ici-bas, et vu dans l'état secret de sa conformité au Christ, cfr Eph. ni, 16; le premier n'est donc pas péjoratif comme « vieil homme », il signifie l'aspect de notre vie que le regard des hommes peut saisir. L'un et l'autre peuvent être empruntés à la terminologie hellénistique, mais non à l'anthropologie qu'elle couvrait, et qui en faisait deux parties de l'être humain (v. infra). C'est muq adaptation propre à Paul.
Le progrès de « l'homme intérieur » se fait justement par les épreuves qui consument l'autre. Paul insiste beaucoup dans la présente lettre sur une idée qui lui est chère, mais qui devenait pour lui particulièrement actuelle, Vutilité des souffrances qui assimilent le chrétien au Christ dans sa Passion, lui préparent « vm poids immense » de gloire (m, 20), et donnent aux apôtres le meilleur de leur puissance. Deux mouvements conjugués de vie et de mort assurent la vie qui doit durer toujours. Paul en fait un tableau grandiose dans la merveilleuse péricope vi, 1-10, qui illustre la morale des Béatitudes : « Bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux
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qui souffrent persécution, etc. » — nouveau signe qu'il s'en inspirait, et la prêchait, avec la vie de Jésus, à ses fidèles (v, supra).
Pour les autres mots relatifs à l'anthropologie, tels que Tcveufjia et orap?, le premier — quand il ne désigne pas le Saint-Esprit ou ne s'oppose pas à •^^â\x.[i.ix, « lettre » — équivaut simplement à « ame » (ii, 13; vu, 1, 13) ou à disposition de l'àme et inspiration de la conduite (iv, 13; xi, 14; xii, 18). Quant au mot c«pi « chair », il n'est pas de soi péjoratif, désignant habituellement le corps, ou la vie corporelle et extérieure (iv, 11; vu, 1, 5; xii, 7); ce n'est que dans la locution xaià capxa qu'il prend un sens moral, pour désigner les façons de penser ou d'agir inférieures qui ne dépassent pas les intérêts de cette vie (v. infra; on peut aussi se reporter à notre comm. de I Cor., INTR. et Exe. v).
Pour le détail de la morale en II Cor., après avoir remarqué la réprobation sommaire des péchés charnels et des discordes (xn, 20 ss. ; cfr aussi vi, 14 ss.), notons qu'elle englobe la plus franche, noble et sympathique morale naturelle. La sincérité et la décision (i, 17) doivent être les vertus caractéristiques d'un apôtre et de tout chrétien, à qui elles donneront les allures du Christ. Ce que Paul tient à défendre pour commencer, c'est sa simplicité loyale, et on sait que rien ne lui tient tant à cœur que la réputation de désintéressement (viii, XI, xii). Les exemples du Christ sont là pour nous inspirer générosité et abnégation (viii, 9). Un beau trait apostolique encore, c'est l'optimisme résultant de la foi en Dieu, contre la « tristesse du monde » qui produit la mort (vu, 8-10). Intransigeante, la morale de Paul l'est assurément, mais elle entend rester aimable; la bienfaisance doit s'accompagner de spontanéité et de bonne humeur (ix, 7). Tout imprégnée, comme on dirait iaïquement aujourd'hui, d'« altruisme », et aussi de largeur de vues, elle porte à désirer le bien de l'indépendance, môme temporelle et a financière » (aùtâpxeia, ix, 8), mais pour être mieux à même de bien remplir tous les devoirs d'un homme et d'un chrétien, et avant tout soulager ses frères moins heureux. Rien de fanatique ou d'étroit, mais rien qui puisse non plus favoriser les recherches d'intérêt égoïste.
Les influences présumées. — Par cette morale d'indépendance et de désintéressement, l'Apôtre se rapproche souvent, nous le savons, des stoïciens. Il use volontiers de plusieurs de leurs termes, âOTc'pxsia, OappeTv, d'autres, recommandation d'obéir à la conscience, crovst'STicriç, mais il n'a pas eu besoin de rien Apprendre d'eux; tout est chez lui d'inspiration évangélique. Il a tout transporté dans une sphère plus élevée, surhumaine. Ce que les stoïciens n'auraient jamais conçu, c'est la simplicité de Paul à montrer ses émotions et ses troubles, et cette magnanimité qui se complaît tout spontanément dans le sentiment intime de l'humiliation et de la faiblesse, parce qu'elles font ressortir davantage la gloire de Dieu dans la pauvreté de ses instruments humains (ch. xu, Rn; passim).
Encore bien moins peut-on parler d'emprunts doctrinaux à la mystique païenne ou aux Mystères. Nous répétons ce que nous avons écrit dans le commentaire de I Cor., p. xlvi et passim. En anthropologie, il peut emprunter ■des expressions au milieu intellectuel grec, la métaphore de la « tente », (7xr,voc;