CHAPITRE II. XXVn
(v, 1), r« homme intérieur », et quelques autres; mais il y met sa marque toute nouvelle (v. supra). Le mot « chair », crapÇ, et le mot « esprit », irvEujxa, sont bibliques; et puisque l'a esprit » lui-même peut-être « souillé » ([xoXu(7|xq<;, vu, 1), il est assez clair que Paul n'admet pas de dualisme métaphysico-éthique dans l'être humain. L'image de la « fiancée » du Christ (xi, 2) est d'origine biblique aussi, et n'a certainement rien à faire avec les kpot yatAoi, ou « mariages sacrés » des dieux de mystères. Paul, quoi qu'en pensent Windisch ou d'autres syncrétistes, inspirait son enseignement et toute sa vie des souvenirs du Christ et de sa prédication et non pas d'un « mythe du Christ ».
Quant à l'inspiration rabbinique, elle nous paraît entièrement absente de cette lettre. L'auteur prend de ses termes à la Bible grecque, il va sans dire, mais rien à la théologie judaïque. Car ces traces de « haggada » qu'ont voulu relever quelques auteurs dans l'allusion à Eve et au Serpent (xi, 3) ou à Satan transformé en « ange de lumière » (xi, 14), elles sont purement imaginaires. La Seconde aux Corinthiens est encore plus visiblement indemne de ce genre d'influences que la Première.
La psychologie de l'auteur. — Le caractère de Paul, tel qu'il se révèle en cette épître, ferait un merveilleux et intarissable sujet d'étude, — que dis-je? de poème. C'est sa manifestation, en grande partie, qui donne aux pages de notre lettre une si haute valeur de spiritualité. A ce point de vue on peut dire que nulle des autres ne l'égale, pas même l'Épître aux Philippiens.
L'Apôtre y fait bien, à notre grand profit, son « examen de conscience » ;'il nous révèle le fond de son cœur, si vaste que rien ni personne ne peut y être logé à l'étroit (vi, 11-12). Est-ce la fierté ou l'humilité, la tendresse ou la vigueur qui y domine? Tout cela y est porté à un degré intense, mais tout cela ne fait qu'un chez saint Paul. Il doit se défendre contre des ennemis venimeux, ranimer l'affection d'oublieux et d'ingrats, apaiser des susceptibilités pointilleuses, et, bien à contre-cœur, menacer parfois. Une tâche comme celle-là l'excite au dernier point, car il est fort sensible; il n'a plus ce beau calme qu'il gardait habituellement en dictant sa Première Épître. Mais c'est tant mieux; sans cela quelques-uns des plus beaux traits de son caractère nous seraient moins connus.
Indomptable quand il faut revendiquer ses droits d'apôtre, qui sont les droits du Christ, il reste attentif à prendre tous les moyens de toucher ceux qu'il réprimande, et il ressent tant de peine à affliger ceux qu'il devrait punir ! Avec tous les pauvres chrétiens nouveaux qui ne sont devenus repréhensibles que par légèreté ou faiblesse humaine, il prend — sans calcul ni affectation — le moyen le plus sûr de les ramener : leur montrer que sa confiance en eux et toute son ardeur d'alïection restent les mêmes, qu'il les aime encore plus parce qu'il les sent malades et en péril, et pense qu'il lui suffît, pour les reconquérir, de les forcer à regarder au fond de leurs propres sentiments (voir, par exemple le comm. de vu, 12, d'après le texte véritable). Un grave coupable, l'a insulteur », qu'il a fallu frapper, il ne veut pas dicter son nom par délicatesse, et, puisqu'il se repent, Paul ne recommande à son égard que toute l'indulgence