XXVIII INTRODUCTION
possible (il, 9-11). Même aux reproches les plus justes, même à l'indignation, il sait mêler des mots de tendresse comme àYaTrvjTot, « blen-aimés » (vu, 1). Il évite, aussi longtemps qu'il le peut, c'est-à-dire jusqu'à la dernière page de son épi'tre, de se poser en face de la communauté dans une attitude déjuge; et encore lorsque son devoir d'apôtre l'oblige enfin de le faire, il déclare très sincèrement qu'il aimerait mieux, s'il avait le choix, voir ignorée son énergie que de la prouver par des répressions (xiii, 7-9). Il est humble comme il ne serait jamais permis de l'être à un chef qui douterait tant soit peu de lui-même; il ne craint pas, ce père, de déclarer à ses fils combien l'équilibre et la sérénité de son âme (ii, 1-2), et même en partie la réussite de ses projets (x, 6, 15-16) dépendent de leur accueil; il va jusqu'à s'excuser des justes protestations de sa « lettre intermédiaire », à se plaindre, en termes touchants, de n'être pas assez aimé (vi, 11-13; xii, 16), car lui il les aime. Dieu le sait (xi, 11), au point de leur parler comme un jaloux (xi, 2) ; et c'est ainsi qu'ils doivent comprendre et supportergronderies et ironies, quand il lui en échappe. Mais jamais, au temps de ses griefs les plus fondés, il n'a perdu la foi en eux, toujours il a eu soin de les louer quand il parlait de leur caractère, soit à Tite (vu, 14), soit aux Macédoniens (ix, 2-3); et il continue à agir ainsi, il ne veut pas croire qu'il puisse aller à une déception. Dès qu'il voit la situation détendue sur le point qui avait été le plus critique, peu s'en faut qu'il ne s'enivre de leurs marques de bonne volonté, quoique ce ne soit après tout qu'une satisfaction partielle; oubliant tout le reste, il s'épanche en éloges qu'un froid observateur aurait trouvés un peu hyperboliques, il les remercie comme d'un bienfait presque immérité d'être revenus au sentiment de leur devoir élémentaire, — des convenances, dirions-nous, qui s'imposaient à son égard (vu, 4, 11, 12, 15).
Est-ce une attitude digne d'un chef, et d'un chef directement envoyé par Dieu lui-même? Oui, quand ce chef était Paul, et justement parce qu'il avait reçu sa mission du tout-puissant « Dieu d'amour ». Avec toute sa délicatesse et ses précautions, ses prières et sa « jalousie », ce grand homme nous paraît par endroits livré à une sensibilité presque féminine, et ce père ressemble à une mère passionnée. Mais lui il savait bien qu'il pouvait se permettre d'ouvrir tout son cœur, pour reconquérir le cœur des autres, et qu'on ne le prendrait pas en pitié comme un sentimental; car toutes ces effusions sortent d'un amour aussi fort que désintéressé, celui du Christ qui le presse (v, 14), qui supplie par la voix de son ambassadeur (v, 20); cet amour-là ne peut être soupçonné d'égoïsme ou de faiblesse. Quand il vient à en parler en termes directs, il entre « dans les transports » (v, 12), et l'œil plonge dans la pureté absolue deleur source invisible; le cœur d'apôtre où elle s'écoule ne sera jamais alangui, non plus que rétréci, par des sentiments trop humains.
De là vient le contraste qui fait la beauté dramatique de cette lettre. En. se laissant aller à la tendresse, même à une tendresse plaintive, Paul ne perd jamais la conscience de sa force et de sa dignité. Il sait quelles armes il tient en mains (x, 3-6) et qu'il possède l'art de s'en servir contre ceux-là qui se refuseraient à être réduits par d'autres moyens. Le ministre du Christ, que toute son affection n'empêche pas de proclamer noblement son indépendance à l'égard de ses plus chers enfants (xi, 7-12), ainsi que la grandeur de son pouvoir (x, 13-ss. ; xi, 4; xii, 19-ss; xiii), ne craint rien de ses adversaires.