CHAPITRE I. XI
land etc. Drescher et Braston la placeraient cependant (v, infra) entre la
composition des premiers chapitres de II Cor. et celle des derniers, et Windisch admet la possibilité de cette hypothèse (parce qu'une deuxième visite se trouve en effet affirmée plus clairement à xiii, 1, que dans les premiers chapitres). Elle est liée au problème beaucoup plus grave de l'unité de notre épître, que nous discuterons plus tard.
Après la « seconde visite », c'est le problème de la « lettre » dont il est question aux chap. ii et vu. Tout le monde y voyait la Première aux Corinthiens, et identifiait l'a offense » dont elle traitait avec le cas de « l'incestueux » de I Cor. V, jusqu'à Bleek qui, en 1830, a bien compris le premier que ce ■devait être plutôt une « lettre perdue y), occasionnée peut-être par un délit autre que l'inceste (plus tard il revint à l'explication courante par ce scandale charnel). Cette découverte fut admise par Credner, Olshausen, Neander, Reuss, Hilgenfeld (depuis 1869), et elle s'est aujourd'hui assez généralement imposée; mais contre elle se dressèrent De Wette, Rïickert^ Baur, Meyer, Hofinann, Scholten, Schnederinann^V éd.; F. C. Bavr la repoussa très vivement, parce qu'il voulait ramener tout le débat que cette lettre produisit à Corinthe, d'après notre épître, à la « livraison à Satan « de l'incestueux, qui aurait échoué, le diable n'ayant pas exécuté la commission que Paul lui donnait. Jusqu'à nos jours encore (pour des raisons moins tendancieuses), la thèse de «ette lettre indépendante a été rejetée (ou mise fortement en doute) par B. Weiss, Alfordj Heinricij Zahn, Conyheare, Bernard, Meyer, et un bon nombre de catholiques, Cornely, Belser, Sickenberger, Golla, al. ; d'autres la <îroient au moins indémontrable. Sickenberger notamment (dans son commentaire, sur VII, 12) et Golla ont fort bien condensé tout ce qu'on peut dire contre la probabilité de cette thèse; mais leurs arguments à eux ne sont pas non plus inattaquables. — Holsten, Klôpper, admettaient bien l'existence de cette « lettre intermédiaire », mais en la rapportant à l'affaire de l'incestueux, ou à d'autres scandales en même temps {Kl.) (1) et d'autres, Hilgenfeld, Vôlter, Schmiedel (v. infra) l'admirent aussi, mais en la dégageant de tout rapport avec une « seconde visite », position que nous montrerons être bien difficile à défendre. — Pour ceux qui la croient identique à lï Cor., x-xiii, nous en parlerons plus tard.
Aux questions de la « visite » et de la « lettre » se joint celle de « l'offense ». //. Ewald le premier (1849, 1859), distingua nettement ce délit (signalé aux ■ch. II et vu) de l'inceste de I Cor. V, et se livra làrdessus à une âpre polémique contre Baur (v. supra). Il plaçait d'ailleurs (en quoi nous croyons qu'il eut raison) cette faute grave après la « visite intermédiaire », l'attitude de Paul durant ce voyage y ayant donné occasion lorsqu'il fut parti; — Weizsàcker, par contre, fit coïncider l'offense avec cette visite, et son opinion a été adoptée par un grand nombre d'exégètes de toute croyance ou école, Bachmann, Lietzmann^ Plummer, Menzies, Bousset, Mahintosh, Rohr, Le
{1) Sickenberger et GoZ/a croient de môme façon que l'agitation des Gorinlliiens, en plus du cas de l'incestueux, tenait encore à beaucoup d'injustices commises dans la communauté, 'les mots àSix/îo-a; et à5ixy)8eîç du chap. vu devant être pris selon eux dans un sens collectif (v. comm. ad loc).
XII INTRODUCTION
Camus, Toussaint, J. Weiss, Steinmann, H. D. Wendland, etc. Rohr, entre autres, croit que Paul fut alors empêché de se défendre par son état de santé. Nous aurions grand peine à l'admettre, car nous ne voyons guère le grand Apôtre, comme un enfant battu, s'en allant bouder à Éplièse, pour ne se ressaisir et protester que là; c'eût été s'enlever le droit d'affirmer, comme il devait plus tard le faire, qu'il était aussi énergique de près que de loin (voir comm. de x, 11). — D'autres ont pensé de même, et Beyschlag (1865) a présenté r« offense » comme n'étant faite directement qn^k une tierce personne, ce que Pfleidever (ce Urchr. »-, 1) reconnut possible. Dans ce tiers, on a voulu voir Timothée, mais cela ne s'impose pas. Avec notre regretté confrère le P. Lemonnyer, et d'autres, nous croyons aussi que l'offense n'atteignait Paul qu'indirectement, dans la personne d'un de ses mandataires, et cela après son retour a Eplièse (1). — Kvenkel a avancé l'opinion que ce délit aurait été une faute d'injustice, commise en affaires de biens matériels, et que le coupable se serait rebellé quand la partie lésée eut fait intervenir Paul ; cela nous l'examinerons plus tard, en son lieu.
Resterait la question, relativement secondaire, des plans de voyage, qui est du reste celle que nous trouvons la plus obscure. D'après Joh. Weiss, et plus tard H. D. Wendland, il n'y en aurait eu qu'un (I Cor, xvi, 3-ss. = II Cor. i, 15-ss), exposé avec plus ou moins de détail, et ce voyage eût déjà été en cours quand Paul, recevant l'offense, l'aurait brusquement interrompu pour rentrer à Ephèse (v. supra). Mais la plupart tiennent avec raison pour deux projets distincts; ils sont seulement en désaccord sur leur ordre. Bisping, Cornely, Zahn^ Gôbel, Belser, etc., en général ceux qui ne croient pas à la « deuxième visite », ou qui en doutent, ou qui la placent avant l'envoi de I Cor., croient que le projet de II Cor. i, 15-ss. aurait été formé avant celui de I Cor. xvi, 3-s., et remplacé par celui-ci, ce qui aurait motivé les plaintes des Corinthiens; mais d'autres, avec qui nous nous rangeons, pensent au contraire que c'est le plan de la première épître qui n'avait pu être exécuté, et que Paul avait remplacé par celui de II Cor.; ce fut par suite du hasard, à cause de r« offense », que Paul revint de fait au plan annoncé le premier (voir Exe. iv).
On voit combien la situation de l'exégèse est confuse. Nous estimons toutefois que ceux qui rejettent tous les « événements intermédiaires », et les traitent de romans ou de complications inutiles, sont portés à cette négation moins par la valeur des arguments qu'ils leur opposent que par le respect d'une vieille tradition qui ne fait pas loi, ou par leur aversion, laquelle pourrait être^ louable en d'autres cas, contre l'usage d'hypothèses longtemps ignorées. Pour nous, il nous a semblé que l'admission s'impose d'une « visite intermédiaire », d'une offense qui n'est pas le crime de l'incestueux, et d'une « lettre intermédiaire » n'ayant rien à faire avec la première Épître canonique. La reconstruction des événements que nous avons esquissée, et qui est dans les lignes û'Ewald et de Beyschlag (v. supra), ne peut se prétendre démontrée ahsolu-
(1) Schmiedel, sans y mêlei- la question des voyages, croit que Paul avait été insulté par des calomnies contre sa moralité, ou à propos de sa vision de Damas; ce qui est d'une probabilité bien faible.