EXCURSUS IV. — LE CHANGEMENT DES PROJETS DE VOYAGE
Il existe une liaison évidente entre les versets i, 15-17, et i, 23-ii 4 : l'annonce d'un voyage, son défaut de réalisation, et son remplacement par une simple lettre. Nous savons désormais ce que tout cela signifie.
Mais cette question du voyage refusé ou différé est solidaire d'autres problèmes que nous n'avons pas encore tous scrutés à fond, celui de la « visite dans la peine » (Exe. ir), celui de « l'affront ■>■> à saint Paul (Exe. m), celui de la « lettre écrite en larmes ». (Exe. v, infra). De plus, ce n'est pas la seule fois que Paul parle d'un projet de voyage à Corinthe; il en avait annoncé encore un dans la précidente épître (1 Cor. xvi, 2-8). Il faut déterminer les rapports de ces deux annonces et de leur contenu, de leurs circonstances et de leurs époques respectives. Là-dessus ont été bâties des théories très diverses, que nous avons définies dans I'Introduction, ch. ï''^
11 faut maintenant choisir systématiquement en exposant toutes les raisons de ce choix.
Les textes.
Tout d'abord, voici les deux textes rapprochés; désignons le premier par A, le second par b.
A. I Cor. XVI, 2-8. « 2 que cène soit pas une fois que je serai venu qu'il faille
alors faire des collectes. 3. Mais quand une fois je serai là, ceux que vous aurez jugés qualifiés, j'enverrai ceux-là avec des lettres porter vos générosités à Jérusalem. ^1. Supposé qu'il vaille la peine que je fasse la route moi aussi, ils feront route avec moi, 5. Or, j'arriverai chez vous dès que j'aurai traversé la Macédoine, — car je [ne fais que] traverser la Macédoine. — 6. Mais chez vous, au besoin, je séjournerai, ou même je passerai l'hiver, pour que ce soit vous qui aidiez à mon voyage, où je pourrai me rendre. 7. Car je ne veux pas aller chez vous, dans ce temps-ci, [rien qu'] en passant; car j'espère prolonger mon séjour quelque temps chez vous, pourvu que le Seigneur le permette ».
B, II Cor. I, 15. « Et c'est dans cette assurance que je voulais venir d'abord chez vous, pour vous faire avoir une deuxième faveur, 16. et par chez vous passer en Macédoine, et venir de Macédoine chez vous encore une fois, et par vous être mis en route vers la Judée ».
Enfin, il est des auteurs qui trouvent encore des traces d'un troisième plan, exécuté ou non (1), dans le passage ci-dessus de i Cor., que certains rapprochent de IV, 18 dans le même épître :
c. I Cor. IV, 18. « Mais, comme si je n'allais pas venir chez vous, quelques-uns se sont boufTis. 19. Je viendrai pourtant chez vous bientôt, à condition que le Seigneur
ie veuille 21. Que voulez-vous? viendrai-je à vous avec la verge, ou en charité et
en esprit de douceur? »
....... XV!, 7. « Car je ne veux pas vous voir maintenant en passant (ap-i Iv Tzapdoto);
car j'espère prolonger mon séjour, etc. ».
Dans le plan a, Paul annonce qu'il viendra à Corinthe, mais seulement après qu'il aura visité les Macédoniens; et puis, qu'il demeurera un temps prolongé dans cette ville, si la chose est possible. Il pense de là partir pour Jérusalem, . avec les porteurs de la collecte, mais ne paraît pas avoir encore bien arrêté cette partie de son dessein.
Dans le plan b, il n'a plus aucun doute concernant le voyage à Jérusalem, et, ce qui est plus important pour notre matière, il compte voir Corinthe avant la Macédoine, pour y revenir 'ensuite; il présente cette préférence comme la marque d'un intérêt tout spécial. Dans notre commentaire, nous croyons avoir démontré qu'il s'agissait d'un seul itinéraire, en trois étapes, et non, contre Belser, de deux intentions dont l'une aurait chassé l'autre. Belser môme reconnaît que le touto du v. 17 (et non le pluriel raura) semblerait, en soi, indiquer un seul projet, et non pas deux; il esquive trop facilement cette difficulté. Et il y a pour nous des raisons encore plus fortes (v. supra, p. 26, al.).
11 va falloir comparer ces deux plans a et b, pour en fixer rigoureusement les rapports. Mais auparavant, il est bon de débarrasser le terrain de cet autre problématique plan c, qui ne s'est introduit dans le problème que pour compliquer inutilement les choses.
Nous avons montré dans notre comm. i Cor., pp. 459-s., qu'il était tout naturel d'interpréter xvi, 7 comme suit : « Je ne veux pas, étant données les circonstances présentes, ne vous voir qu'en passant », ou bien : « Je ne veux pas aller vous voir tout de suite (c'est-à-dire avant le temps qui suivra la Pentecôte, cfr xvi, 8), car je ne pourrais le faire qu'en passant »; et plutôt de la première façon que de la seconde. En tout cas, ce verset xvi, 7 n'indique point que l'intention notée iv, 19 (« je viendrai bientôt ») ait été changée, car « bientôt » n'indique pas nécessairement, à Pâques, un temps antérieur à la Pentecôte; (et il ne signifie pas davantage que Paul ait déjà fait une fois « une visite en passant», v. supra. Exe. ii). Nous ne pouvons non plus identifier ce prétendu plan c au plan b; car c n'envisage (pour la rejeter) que la perspective d'une courte visite qui ne serait qu'un simple passage, et rien à attendre ensuite, tandis que b parle d'un séjour considérable à Corinthe qui ne sera qu'interrompu par l'excursion en Macédoine, — signe d'une grande faveur, — et ne dit même pas que la première partie de ce séjour ne doive compter que pour un passage bref [Bachmann]. V. infra.
(l)Voir Exe II, à la question de savoir si la « visite dans la peine », distincte du séjour de fondation, a précédé I Cor.
Ainsi Paul avait peut-être pensé, avant d'écrire I Cor., à ne faire que traverser Corinthe, — afin, sans doute, de se réserver à la Macédoine; mais rien ne nous fait croire qu'il l'eût dit aux Corinthiens (à moins que ce ne soit dans la « première lettre perdue «). Et, quand il dicte la Première Epître canonique, ce qu'il exprime, tout au contraire, c'est la promesse d'une longue cohabitation après la visite de Macédoine (plan a) ; le séjour qu'il avait peut-être conçu d'abord comme bref, il veut maintenant le faire long [Bachmann). Le « plan c » n'a donc jamais existé, du moins bien net, ou a été rétracté, probablement avant toute communication; s'il a jamais été formé, il était antérieur et contraire au plan A et au plan b à la fois; en conséquence nous le laisserons là, et n'irons pas en embarrasser la discussion ardue qui va suivre.
Discussion des rapports entre les plans A et B.
Nous devons signaler d'abord ce que les plans A (I Cor. xvi) et B (II Cor. i) ont de commun. L'un et l'autre envisage le séjour futur à Corinthe sous l'aspect d'une chose de grande importance; dans tous les deux, la Macédoine paraît sacrifiée en quelque mesure à l'Achaïe. Nous n'insisterons point avec Bachmann sur l'irrésolution concernant le voyage en Judée qui s'exprime dans le plan A, et non plus dans B ; Paul était peut-être déjà, au temps de A, plus décidé qu'il ne le dit, et puis, quand il écrit II Cor., il pouvait avoir oublié sa légère hésitation d'autrefois.
Nous croyons aussi que B est un plan qui avait été manifesté aux Corinthiens avant que Paul en parle ici, non moins que l'avait été A, et que ce n'est donc pas sur ce point qu'ils peuvent se distinguer (contre Kennedy, Plummer, Bachmann, al.; et contre Gutjahr^ v. infra; avec I^m^/scA et d'autres). Autrement, pourquoi Paul prendrait-il tant de soin d'expliquer les raisons qui l'ont fait renoncer à ce projet, à ce projet-là précisément, si les Corinthiens n'avaient pas été déçus et portés aux murmures par sa non-exécution ?
C'était donc, ou bien le même que le plan A, ou un plan différent, mais également communiqué aux Corinthiens avant notre lettre. Et s'il était différent, il peut être soit antérieur au plan A (qui en aurait été justement la modification dont on se plaint à Corinthe), soit postérieur. Toutes ces hypothèses doivent être examinées.
A. Théorie de l'identité de A et de B. — Les deux énoncés de Paul, à ce qu'estiment un petit nombre d'exégètes avec Joh. Weiss (Urchrist, p. 263), se rapporteraient à un seul et même projet de voyage, exposé seulement avec quelques détails différents en chacune des deux lettres. Dans II Cor., dit W., Paul se contente d'ajouter un trait qu'il avait négligé d'indiquer I Cor., ou plutôt qu'il n'avait pas décidé encore « avant le retour de Tiinothée » (ceci d'après une supposition de J. Weiss que nous croyons sans fondement), c'est-àdire qu'il toucherait d'abord Corinthe avant même de se rendre en Macédoine ; en écrivant II Cor., il avait oublié ce très léger changement. Gutjahr admet aussi l'identité; les Corinthiens se plaignant, au su de Paul, qu'il ne fût pas venu aussi tôt que l'annonçait I Cor. xvi, l'Apôtre se défend en insistant sur sa bonne volonté; il avait même, leur confie-t-il, projeté un moment de venir, par une courte visite préliminaire, encore plus tôt qu'il ne leur avait promis.
Ces opinions, à notre avis, se heurtent au fait que le passage préalable à Corintlie paraît avoir beaucoup plus d'importance qu'on ne suppose dans la défense de Paul contre les murmures qu'il tient à apaiser. C'est donc que les Corinthiens s'y attendaient, et qu'ils étaient ou se prétendaient trompés du fait que Paul commençait par la Macédoine ; par conséquent l'itinéraire du plan B leur avait été manifesté avant notre lettre, par une communication nécessairement différente de celle de I Cor, xvi, où rieu n'était dit do cette visite préliminaire. On ne peut donc croire (cfr Gutiahr^ supra) que ce soit le seul retard apporté à l'exécution du plan A qui ait indisposé leurs esprits; — sans compter que, d'après notre chronologie, il s'était écoulé un temps considérable entre l'annonce faite I Cor. et l'envoi de notre lettre, beaucoup trop long pour qu'ils fussent toujours sous l'impression de la promesse faite I Cor. xvi, depuis laquelle tant d'événements étaient intervenus.
B. Théorie de l'antériorité de B sur A. — La plupart affirment, comme nous, que les deux plans doivent être distingués. Mais, d'une manière générale, les auteurs qui, dans l'affront, voient l'inceste [supra. Exe. m), et tiennent que la lettre dont il s'agit aux vv. 3 et 9, ainsi qu'au ch. vu, n'était autre que la Première canonique (v. infra, Exe. v), veulent en conclure que le plan B était antérieur à A. Ainsi Zahn, Belser, Sickenberger, al. Il aurait été formé, pense Belser, avant que Paul eût appris les dissensions et les désordres de Corinthe qui le firent écrire I Cor., et le déplaisir que ces choses lui causaient le lui aurait fait abandonner, pour envoyer sa lettre à la place, en annonçant le nouveau plan del Cor. xvi, qui abrogeait sans le dire sa première promesse. D'après Sickenberger (plus hésitant toutefois), Paul modifiait ainsi son dessein primitif afin de ménager les Corinthiens, pour leur laisser le temps de s'amender, et ne pas arriver chez eux « avec la verge », comme il les en menaçait I Cor. IV, 21.
Observons simplement que la Première Epître n'était pas écrite spécialement pour réprimer le scandale de l'inceste, ni même les autres manquements, mais comme réponse à une lettre de l'église de Corinthe (v. Exe. v). Dans cette épître, Paul ne dit aucunement qu'il remette à plus tard, afin d'épargner les délinquants, un projet annoncé antérieurement; et, jusqu'au bout, la menace d'user éventuellement de la verge n'est pas retirée ni atténuée par le moindre mot. Paul, à ce moment-là, compte bien venir dès qu'il le pourra, et l'époque de son arrivée, à en juger par ses paroles expresses (1 Cor. xvi, 8-9), sera déterminée non par les conditions intérieures de Corinthe, mais par les affaires dont il a le devoir de s'occuper à Éphèse (et ensuite en Macédoine). Enfin, nous ne voyons pas du tout quand il aurait fait cette promesse ancienne, désormais abrogée. De vive voix, par un messager? Dans la « première lettre perdue »? Pas un indice pour nous mettre sur la voie d'une réponse. Ainsi cette théorie de l'antériorité de B ne s'appuie que sur des suppositions ingénieuses, mais gratuites. Répétons d'ailleurs que l'époque de la Seconde Épître est trop distante de celle de la Première pour que les faits notés en celle-ci conditionnent l'interprétation de ceux qui sont notifiés en celle-là.
C. Théorie de la postériorité de B. — Le plus naturel, aux yeux de la majorité actuelle des interprètes, est donc de faire le plan B postérieur à celui qui était annoncé dans la Première Épître. Ainsi Plummer, Bachmann, Toussaint,
Lemonmjer, Windisch, etc. Il n'y a discussion entre ces auteurs que sur le point de savoir si B avait été communiqué ou non aux Corinthiens, et par quoi moyen (v. supra).
Nul doute que cette position soit la vraie. Il est assez superflu de multiplier en sa faveur les arguments positifs, puisque les autres se sont montrées insuffisantes, subjectives, ou incapables de bien se concilier avec toutes les particularités du texte des deux épîtres. Il n'en va pas de même de celle-ci, comme il nous reste à le montrer. Nous verrons, comme l'a démontré aussi Bachmamif qu'il n'y a pas de lien entre les deux projets décrits respectivement I Cor, ei II Cor.
Comment et pourquoi j en réalité, saint Paul changea ses projets de voyage.
On voit assez clairement par le texte lui-même, une fois que le terrain est déblayé d'hypothèses, les raisons de l'apparente inconstance de l'apôtre.
Au printemps de l'an 55 (voir I Cor. Introd. ch. vu), Paul se proposait bien, dès que l'Évangile serait suffisamment enraciné à Ephèse, — il escomptait alors pour ce résultat la date de la Pentecôte, — de visiter ses chrétientés plus anciennes de Macédoine, et surtout de Corinthe, où, comme le fait voir l'Épitre, tant d'affaires importantes réclamaient sa présence personnelle. Par sa lettre, il avait réglé le plus pressaut, le châtiment de l'incestueux, les désordres criants dans les assemblées de culte, etc., et répondu en gros aux questions principales posées par la lettre de l'église et par sa délégation. Se reposant là-dessus, il croyait avoir bien le temps de visiter la Macédoine en premier lieu. C'est le plan qu'il annonce 1 Cor. xvi. Mais ce projet ne put être exécuté, parce que son apostolat se mit à réussir si bien à Ephèse, l'Evangile prit dans cette ville et en Asie une telle extension^ que la présence de l'Apôtre en personne y demeura nécessaire bien au-delà du terme fixé de la Pentecôte 55, jusqu'à deux ans et davantage, tant que l'émeute de Démétrius ne vint pas le chasser [Act. xix). Ainsi le premier projet (le plan A) avait été abandonné, le« Corinthiens ne comptèrent plus sur une venue prochaine de Paul ni d'Apollos, et ils oublièrent môme si bien la promesse ancienne qu'ils se laissèrent aller peu à peu à subir les influences étrangères que l'on sait. Ce premier plan n'avait pas été fait si peu de temps avant la vraie visite qui suivit II Cor. (xiii, 1 : « Tertio hoc venio ad vos », cfr Act. xx, 2-3), qu'on doive considérer cette visite effective comme en étant la réalisation [Bachmann).
Cependant Paul, au milieu de ses travaux d'Asie, ne pouvait, lui, oublier Corinthe, si proche et si distante; il n'oubliait jamais aucune de ses églises, et cellelà lui tenait particulièrement au cœur. Il suivait de loin tout ce qui s'y passait, l'échange de messagers étant facile. Or, quelque incident, d'une nature qui nous reste ignorée, décida Paul, vers la fin du séjour d'Éphèse, à pousser tout do même une pointe jusqu'à Corinthe; ce fut la a visite intermédiaire » (v. Exe. n) qui eut, comme on sait, des côtés pénibles. L'Apôtre, sans en tenir compte plus qu'il ne le jugea prudent et raisonnable, et peut-être pour atténuer l'effet de quelques réprimandes ou menaces inévitables, et montrer aux Corinthiens qu'il était toujours aussi chaudement disposé à leur égard, annonça en partant (cette solution nous paraît le plus plausible) qu'il reviendrait les voir le plus tôt pos-
sible, et pour longtemps cette fois, subordonnant même la visite des communautés macédoniennes aux conditions de son séjour futur à Corinthe. C'est le plan B (Id. Bachmann). Ses fidèles disciples accueillirent cette communication avec beaucoup de joie; les autres, les intrus qui respiraient après ce premier contact, et ceux qu'ils avaient réussi à détacher de Paul, avec froideur et un peu d'ironie.
L'Apôtre une fois éloigné, ces disciples tièdes, et les intrus qui n'avaient été menacés qu'à mots couverts, s'enhardirent et crurent qu'ils pouvaient désormais assurer leur position. Alors eut lieu cet incident déplorable que nous avons étudié dans l'Exc. m. Paul, en l'apprenant, fut affligé et indigné; il se résigna à ne pas faire à Corinthe ce voyage promis qui, comme il le dit plus tard, lui aurait causé trop de peine en l'obligeant d'en faire aux autres ; et au lieu d'exécuter le projet annoncé dans sa visite, il envoya une lettre où il exposait ses plaintes. Nous en parlerons au suivant excursus.
La simultanéité du renoncement au voyage et de l'envoi d'une lettre qui y fut substituée est bien marquée, malgré Gutjahr (v. infra, Exe. v), par la coordination des deux aoristes Ixptva et Iyp*']"*) (^^® sépare seulement une parenthèse) et par le lien évident des versets ii, 1 et 3 où ils se trouvent (v. comm. ad loc). Paul écriçit pour ne pas venir.
Je ne sais s'il appuya dans sa lettre déjà sur cette substitution d'une missive à sa présence. Mais les faits parlaient d'eux-mêmes. Beaucoup de Corinthiens, même parmi les bons, même après avoir obéi fidèlement aux prescriptions de cette lettre, quand Titus vint y veiller à Corinthe, demeuraient au fond un peu surpris et peines, sans comprendre que Paul n'eût voulu traiter avec eux, tout repréhensibles qu'ils pussent être, qu'avec cette froideur distante. C'est pour eux, pour rétablir la familiarité et l'abandon d'autrefois, que Paul explique, avec tant de soin et d'humilité, l'intention délicate qui l'a porté à agir de cette façonlà dans ces circonstances critiques.