EXCURSUS V. LA LETTRE « ÉCRITE DANS LES LARMES
Malgré la clarté des termes, il n'y a pas plus d'accord entre les auteurs en ce qui concerne la lettre « in lacrymis », (comme on l'appelle souvent), qu'à propos de la visite, du délit, et des projets de voyage.
Les uns l'identifient purement et simplement avec la Première aux Corinthiens; d'autres y voient une « lettre intermédiaire » qui fut envoyée entre les deux Epîtres canoniques. Et parmi ces derniers, il y a encore dissentiment.
Il en est qui la croient totalement perdue, et il en est qui croient la retrouver, en partie du moins, dans les quatre derniers chapitres, x-xiii.
Ce dernier problème, les rapports de la « lettre intermédiaire » avec les derniers chapitres de II Cor., nous ne pourrons encore que l'effleurer ici; il fera l'objet d'un autre excursus important lorsque nous aurons atteint ces chapitres. Mais pour les autres, nous pouvons d'ores et déjà essayer de les résoudre.
Il faut encore rappeler les textes ; — exposer et discuter les théories ; — poser et justifier la nôtre.
Les Textes.
Il est question de cette lettre, d'abord au chapitre ii (cfr. cli i), puis au chapitre vn. Que ce soit la même dont il s'agit dans les deux, nul n'en saurait douter. Voici ce que Paul nous en dit :
[i, 13. « Car nous ne vous écrivons pas de choses autres que ce que vous pouvez lire, ou même reconnaître exact : ]
11, 1. « Mais j'ai décidé (è'/.piva) que cela valait mieux pour moi, de ne pas venir chez
vous dans la peine une fois encore. 2. ( ). 3. Et je vous ai écrit cela, justement)
pour ne pas recevoir, en venant, de la peine du côté de ceux dont il m'aurait fallu
recevoir de la joie 4. Oui, c'est du milieu d'une grande affliction, d'un serrement
de cœur que./e vous ai écrit, avec beaucoup de larmes, non afin que vous soyez jetés dans la peine, mais, etc. »
9. « Car c'est même à cette fin-là que je vous ai écrit, de connaître à l'épreuve si vous êtes en tous points obéissants ».
vu, 8. «... Si je vous ai fait peine en cette lettre, je ne le l'egrette pas; même si je l'ai regretté [d'abord], je considère que cette lettre-là, quoi qu'elle vous ait fait peine sur l'heure..., 9. maintenant je me réjouis ! etc. »
12. « Par conséquent, si je vous ai écrit, ce n'était pas à cause de celui qui a fait l'injure ni de celui qui a subi l'injure, mais à cette fin de faire se manifester à vousmêmes votre empressement, celui que vous avez pour nous devant Dieu «.
(Pour l'exégèse de ces deux derniers paragraphes, v. infra, ad loc.].
Extrayons encore de ces textes les données absolument certaines, que tout le monde prend — ou devrait prendre — comme base à la discussion.
1° Dans cette lettre, Paul traitait du délit (àStxi'a, vu, 12) que nous avons étudié à l'Excursus m.
2° Elle est en relation avec le renoncement au plan de voyage (v. Exe. iv).
3° Paul l'a écrite sous de très pénibles impressions, et en jugeant nécessaire de mettre à l'épreuve l'obéissance des Corinthiens,
4° Elle a causé des impressions pareilles à Corinthe.
5° Il semble enfin que quelques-uns en ont pris occasion [pour ergoter contre Paul (i, 13, et infra, passim).
Précisons seulement le 2^ point. Les termes de ii, 3, en soi, ne décideraient pas absolument si l'Apôtre a écrit seulement pour prévenir toute cause de chagrin dans une visite qu'il allait faire, ou s'il écrivait pour se dispenser de cette visite qui eût causé trop de chagrin (analyse de \i.y\ IXôrov xtX. v. ad loc.]; mais le rapprochement avec ii, 1, (ainsi que tout le contexte depuis i, 15, où il explique justement pourquoi il n'a pas fait une visite annoncée) montre assez que c'est la seconde interprétation qui convient. II faut (contre Gutjahr) maintenir qu'il y a simultanéité entre les deux actes « j'ai décidé » (exptva) et « j'ai écrit « (sYpa'^a), ce qu'exprime la coordination évidente des deux verbes, séparés seulement par la parenthèse du v. 2, qui explique la décision notifiée au v. 1. Certainement la confection de la lettre de 3 ne peut être antérieure, et d'assez longtemps, comme Gutjahr l'a cru, au changement de plan rappelé deux lignes plus haut (y. infra, à la théorie A) .
ThéoT'ies suj' la nature et l'époque de la lettre.
îl a été supposé — très rarement toutefois — à la suite de Chrysosiome^ que, au V. 3 (xal Eypa^l^a toïïto aôto), les pronoms conjugués toïïto aurô (« cela même ») (désignaient, non une lettre intermédiaire ni la Première Epîlre canonique, mais 11 Cor.j la lettre que Paul est en ce moment en train d'écrire; eYpa<]>a serait alors Tan « aoriste épislolaire « signifiant non pas « j'ai écrit », mais « je vous écris roaintenant ». La base de cette opinion, pour le docteur d'Antioche, c'est le dire fîe XII, 21, «.neilerum cum venero humilietmeDeus apud vos, etlugeam inultos 901- iis,qui antepeccaverunt,etc. » Cette opinion, comme le montrent bien jBe^ser %\ d'autres, est la moins défendable de toutes; surtout pour cette raison démonstrative que, au cli. vu, 8, 12-13 (v. ad loc.) où il s'agit certainement de la même Mire que ii, 3, Paul se réfère en toute évidence à des effets déjà produits à Korinthe par suite de la réception de cette missive. Nous n'avons donc à discuter que deux théories génériques : celle qui identifie la lettre en question avec M Cor., et celle qui la tient pour une « lettre intermédiaire », dont il faudra ulté- TÀeurement fixer le rapport avec les quatre derniers chapitres de II Cor.
A. Théorie de l'identification avec la Première lettre canonique. — L'opinion gue nous allons critiquer, et qui est solidaire des questions traitées dans les précédents excursus, surtout de celle du délit pour qui y voit l'inceste, est de beaucoup la plus fréquemment soutenue, au moins parmi les catholiques, &t elle était presque la seule autrefois. Pourtant nous devrons reconnaître qu'elle se heurte à des impossibilités.
Il ressort avec évidence de vu, 12 (rapproché de i, 23, ii, 1-3), que la lettre susdite fut occasionnée par un délit commis à Corinthe, et consécutive à l'abrogation d'un plan de voyage. 11 serait fatigant, ennuyeux et inutile de reprendre tout ce que nous avons dit dans le commentaire et l'Exc. m, contre l'identification de la faute dont il s'agit avec celle de l'incestueux, la seule qu'on découvre dans I Cor. à identifier à ce délit (1). Mais nous rappellerons encore que l'excommunication de ce grand coupable ne formait pas du tout l'objet principal de la Première aux Corinthiens, tandis que la « faute » dont s'occupe II Cor. paraît avoir été la cause, (peut-être unique) de l'envoi delà lettre en question (v. infra). Ensuite, qu'il ne s'agissait pas dans I Cor. d'abolition ou de retard d'un projet de voyage (v. supra, Exe. iv) ; rien n'empêchait alors Paul de retourner à Corinthe sans crainte de chagrin ou de mauvais accueil. Belser construit en l'air quand il explique que Paul, en écrivant I Cor., comptait réellement venir bientôt, mais que de mauvaises nouvelles (lesquelles?) reçues de Corinthe, après le départ de cette épître, l'avaient fait presque aussitôt changer de plan; ou que Titus, dont il va être tant question bientôt, était parti pour Corinthe afin de surveiller l'effet produit par la réception de
(1) Ajoutons, avec Bachmaiin, que les priacipaux points qui faisaient difTiculté dans I Co}'. (sagesse, laxisme, eucharistie, mariages, charismes, résurrection) ne reparaissent pas plus que l'incestueux dans la seconde Épître; et que des faits tout nouveaux, l'arrivée de nouveaux prédicateurs, l'opposition à Paul, la mission de Titus, etc., y attirent toute l'atten tion. La situation est donc si neuve que les données de I Cor. sont très insufïisantes pour en donner l'intelligence.
I Cor. Et peut-être aussi pour annoncer que Paul ne viendrait pas? Dans la Première Épitre, il n'y a pas le moindre mot concernant Tite, ou une mission à lui confiée; c'est Timothée seul qui est nommé. Ce ne sont donc là qu'hypothèses bâties de toutes pièces, sans aucun étai positif, pour les besoins de la cause.
Nous devons insister sur une autre considération. Le caractère de la Première aux Corinthiens ne concorde guère avec celui que les termes si frappants de ir, 4 nous obligent d'assigner à la lettre en cause, cette lettre « écrite dans les larmes ». Qu'on se reporte à notre commentaire de 1 Cor., Introd. chap. iv, pp. XLix-suiv. Cette épître est vivante et entraînante, émue souvent; elle contient de l'ironie, des sarcasmes, parfois même un peu de colère promptement refoulée; le passage iv, 9-13 surtout, l'énumération des souffrances apostoliques, est saisissant, et les larmes ont pu monter aux yeux de Paul quand il le dictait, comme sa voix frémir d'indignation quand il prononçait, au ch. v, la sentence contre l'incestueux; ses regards ont pu étinceler, mais d'enthousiasme cette fois, en parlant au ch. xiii de la grandeur de la charité, et au chap. xv de la victoire sur la mort; mais tous ces passages ne forment pas l'ensemble de l'épître, deux ou trois seulement d'entre eux ont pu « serrer le cœur » de l'Apôtre, et il ne faudrait pourtant pas se le figurer fondant en larmes toutes les fois qu'il s'animait un peu. De calmes savants, peu coutumiers des mouvements passionnés, sont peut-être trop facilement déroutés dès qu'ils en rencontrent un, et ne savent pas en apprécier très exactement le degré ou la nuance. En sens inverse, on ne peut s'en rapporter à des appréciations pareilles à celles de l'ardent TertulUen, quand il s'écrie [De Padicitia, xrv, 4) ; « Animadvertamus autem totam epistulam primam, ut ita dixorim, non atramento, sed felle conscriptam, tumentem, indignantem, dedignantem, comminantem, invidiosam, et per singulas causas in quosdam quasi mancipcs earum figuratam » (« Remarquons que toute la première Epître est éci-ite, pour ainsi dire, non pas avec de l'encre^ mais avec du fiel (/); elle est courroucée, indignée, dédaigneuse, menaçante, haineuse [!), et elle s'en prend pour chaque crime particulier à ceux qui en étaient devenus comme les adjudicateurs » (Labriolle). Le farouche Africain, dans ces lignes, a projeté sa frénésie propre dans une âme tout autre que la sienne, celle d'un père et d'un apôtre en qui vivait le Christ; avis aux critiques littéraires qui font de la psychologie, ils ne sont que trop portés à prêter la leur aux auteurs qu'ils admirent. Mais Paul sentait comme le Christ, et non pas comme l'orateur TertulUen. Sa Première Epitre, bien moins passionnée que la Deuxième, nous montre une âme vivante et noblement sensible, mais parfaitement maîtresse d'elle-même, et c'en est là un des caractères les plus admirables. Elle ne pouvait blesser les Corinthiens, car c'est l'accent de la confiance qui y domine; et Paul, chaque fois qu'il les y a réprimandés, les console par des encouragements qui sentent la tendresse. On ne peut donc dire que ce soit une lettre écrite « dans les larmes et le serrement de cœur » , ni que Paul l'ait composée « dans les nuages de la tristesse », pressé par une émotion « qu'il ne pouvait supporter davantage » (cfr Chrys., Belser), quand on se rappelle qu'il l'a écrite pour répondre à des demandes écrites et orales de l'église, (non pour éprouver son obéissance, cfr II Cor. ii, 9,) et cela d'une
façon fort éloquente sans doute, mais non moins habile et calculée. Insister donc sur quatre ou cinq passages émus et attristés, pour en étendre la couleur à toute l'épître, une épître d'un ton si varié, et souvent si calme, si réfléchi, si dialectique, comme le font Belser, Gutjahr et d'autres, c'est confondre toutes les nuances de l'intention et du sentiment, et faire fausse route. Sickenherger, qui ne s'est rangé à cette opinion qu'avec plus de difficulté, juge qu'elle a pourtant « un haut degré de vraisemblance », et veut la fortifier au moyen des expressions de la salutation finale, qui répondent directement, dit-il, au but de la « lettre en larmes ». Oui, sans doute, mais comme elles pouvaient répondre à celui de toute autre épître de Paul (voir comm. de I Cor. xvi, 22-24).
Il faut donc rejeter cette opinion, pour toute sorte de raisons internes, malgré les autorités qui la soutiennent, comme Chrys., Thèodoretj VAmh^, la plupart des anciens, puis Estius, Cornely, Sales, Heinrici, Belser, Gutjahr et d'autres encore. Chez plusieurs d'entre eux, Sickenherger ou Gutjahr par exemple, elle a l'air d'être quelque peu hésitante, et de ressembler à un expédient pour mettre de l'ordre dans leurs vues historiques sur ces passages complexes, en forçant leurs arguments, et parce que, comme dit Gutjahr ou Sales j « on ne peut prouver l'existence d'une lettre intermédiaire, ». Ne sontils pas trop exigeants d'un côté, et pas assez de l'autre ?
B. Théorie d'une « lettre intermédiaire ». — Si la « lettre dans les larmes » ne peut être ni la Seconde aux Corinthiens, ni la Première Epître canonique (ni, il va de soi, la « première lettre perdue »), il faut donc que ce soit une « lettre intermédiaire », écrite entre la Première et la Deuxième qui nous ont été conservées. Tel est aujourd'hui l'avis commun, celui de Lietzmann, Le Camus, Schmiedel, Toussaint, Lemonnyer, Lake, Kennedy, Rendait, Plummer, Bachmann, Windisch, etc., et le nôtre également.
Mais reste-t-il quelque part, dans l'œuvre de Paul, des traces de cette épître? Question difficile entre toutes à trancher.
Nous pouvons chercher cependant à en déterminer en gros le contenu, quoique des exégètes, par exemple Callan, tout en admettant qu'elle a existé, renoncent k faire cette enquête.
On sait ceci, qu'elle était toute remplie d'une émotion violente, et qu'elle a fortement contristé, à la première heure, l'église qui la reçut. Se basant principalement là-dessus, et sur le fait qu'elle était destinée à prévenir des explications et des l'éprimandes orales qui auraient été encore plus pénibles (cfr xiii, 2, « ideo haec absens scribo, ut non praesens durius agam », et les autres dires menaçants de xiii, 2, v. ad loc.), beaucoup de commentateurs voudraient l'identifier, en partie du moins, aux chapitres x-xiii qui, lors do la collection des épîtres de Paul, auraient été placés par erreur dans la même lettre que les chapitres i-ix, qui leur étaient postérieurs en réalité. (VoirÏNTR., ch. iv, ii). Ainsi Hausrath, Kennedy, Rendait, K. Lake, Ptummer, Schmiedel, al. Loisy y fait rentrer aussi, en taillant dans la chair vive de l'épître, tous les passages polémiques épars dans les premiers chapitres (Intr., p. lv et Exe. xiv, infra). Mais il y a bien des raisons, et très fortes, à invoquer contre celte thèse du « Vierkapitelbrief ». Lietzmann, Bachmann, Windisch, Sanday (« Encycl. biblica »), Lemonnyer, bien d'autres, la rejettent. Nous croyons qu'ils ont raison, et nous dirons en détail pourquoi, au cours de ce commentaire. Qu'il
nous sulïïse présentement d'observer avec Windisch (qui est spécialement à lire sur ce gros problème), qu'il serait bien étonnant de la part de Paul d'annoncer sa visite aussi catégoriquement que xiii, 2, 10 (ce qui est tout le contraire de la refuser ou de la remettre, comme ii, 1-4) pour ensuite ne pas la faire, s'excuser par des raisons de sensibilité, et encourir ainsi ce reproche de faiblesse qu'il repousse; et inexplicable que, dans les chapitres x-xiii qui sont censés représenter cette lettre, il ne dise rien du cas concret, principal, le délit qui, d'après le ch. II, l'avait provoquée ; et enfin, que c'est pure échappatoire de supposer avec Hausj'ath, Schmiedel, etc., que les parties de cette lettre où il en était question ont été perdues ou supprimées quand on l'a insérée au bout de la Deuxième aux Corinthiens.
Nous croyons donc que cette lettre mentionnée aux chapitres n et vu était une lettre intermédiaire entre 1 Cor. et II Cor., qui a été complètement perdue, comme celle dont il s'agit I Cor. v. Et nous la^ désignerons désormais à l'occasion comme « la deuxième lettre perdue ».
Nature et contenu de la « deuxième lettre perdue ».
C'était une lettre envoyée dans la tristesse et l'indignation (ce qui ne convient pas à I Cor.), écrite « dans les larmes » (ce qui ne va guère mieux à l'ensemble des ch. x-xiii, v. infra, Exe. xiv), une lettre qui contenait certainement (comme « les 4 chapitres » d'autre part) de vifs reproches et des menaces, étant donné l'effet qu'elle produisit. Pouvons-nous en savoir davantage?
Elle devait traiter, au moins principalement, du délit qui avait atteint et affligé Paul, et le faisait douter de l'obéissance des siens. Et il n'est pas contestable, d'après les suites qu'elle eut, qu'elle demandait une répression et une réparation (sans les déterminer).
Paul n'y disait peut-être pas expressément : « Je ne veux plus venir à Corinthe », puisque ce n'est que plus tard, dans notre lettre, qu'il explique ce changement ; mais il était clair que cette lettre dure, ne parlant sans doute plus de visite, arrivait à la place de sa personne. C'est Tite qui venait en mission, au lieu de son maître, probablement comme porteur de cette lettre (v. infra, Exe. vi). Mais enfin que contenait-elle au total?
Nous pensons que les mots toîîto aùtô du v. 3 («je vous ai écrit cela, justement afin... etc. ») donnent la clé du problème. Lietzmonn estime que ces pronoms ne se rapportent qu'à une « citation » de cette lettre, à un passage où Paul aurait expliqué pourquoi il ne pouvait venir; mais, comme il n'y a rien pour restreindre la portée de ces mots vagues — que les Corinthiens devaient rapporter à tout l'ensemble de leur différend avec Paul, puisque, dans les versets suivants et au ch. VII, 8. ss.,il s'agit bien de l'effet total produit par la lettre et qu'il n'y est parlé que de l'offense et de sa répression, — nous jugeons plus probable, comme Bachmann, que le cas du délinquant, et la demande d'une punition, était le but même de cette épître, qu'elle n'en avait pas d'autre, et ne traitait donc que de ce point particulier.
Paul, sans doute, avait bien d'autres griefs, et cette offense n'était que la révélation aiguë d'un état de choses compliqué qui exigeait son intervention. Mais il n'en connut sans doute le détail qu'au retour de Titus (v. Exe. suivant).
74 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, Cil, II.
EXCURSUS VI. LA. PREMIERE MISSION DE TITE ET LA PUNITION DE l'oKFENSEUR.
On ne peut concevoir la « lettre intermédiaire » comme une feuille simplement couverte des plaintes et des reproches d'une affection blessée. Puisque l'action du coupable avait atteint toute la communauté, dont elle compromettait au moins la discipline, qui est un bien commun, un homme de gouvernement comme était Paul ne pouvait manquer d'imposer ou d'exiger quelque sanction qui en réparât les effets fâcheux.
En nous reportant au ch. ii, v. 13 et anticipant sur le cli. vu, vv. 0-s., 13-15, nous voyons de plus que cette affaire est en relation étroite avec une mission confiée à Titus, ce disciple éprouvé que Paul avait déjà emmené avec lui au concile de Jérusalem (Ga/.^ II, 1,3) etquïl chargera plus tard de mettre de l'ordre dans les communautés troublées de l'île de Crète [Ep. ad Titum). Tito (généralement on francise son nom ainsi) paraît aVoir été l'homme des négociations difficiles et des affaires délicates ; c'est lui que la même lettre nous montrera chargé plus tard (ch. viii-ix, xii) de mener à bien, encore à Corinthe, la collecte levée pour Jérusalem. — Tous les auteurs relèvent ce lien, quand même ils se seraient mépris sur Tidentification de la lettre « in lacrymis » ; ainsi Belser est contraint d'imaginer que Titus était envoyé pour veiller à l'effet de la Première Epître, où il n'est pas cependant question de lui, mais de Timothée (v. supra, Exe. v).
Nous pouvons croire que Titus était lui-même porteur de la lettre intermédiaire, ou du moins qu'il arriva à Corinthe à peu près en même temps qu'elle, muni des pouvoirs que Paul lui avait donnés. Il agit, officiellement ou officieusement, au nom de Paul, au cours des débats qui furent institués pour la punition du délinquant, et il étudia de près la situation de l'église (1). Il s'en acquitta avec tine fermeté et un tact qui lui acquirent la confiance générale des Corinthiens {infra^ vu, 13, puis viii, 6, 23, al., v. ad toc.) — sauf quelques malheureuses exceptions parmi les rebelles. Lui-même se sentit attaché à cette communauté, et c'est avec grande joie qu'il revint trouver Paul en Macédoine pour lui annoncer l'heureuse solution de la crise, et le revirement général, sinon universel, de l'opinion publique concernant l'affaire fâcheuse qui avait le plus troublé l'harmonie. Ce n'était pas tout, il est vrai, mais c'était le plus urgent, l'objet propre de sa mission.
Touchant les résultats précis qu'eurent la lettre et l'action du mandataire, qu'on se reporte au commentaire du chapitre ii, versets 5-11. Contrairement à ce qui s'était passé pour le cas de l'incestueux, la communauté elle-même eut à instruire la cause, et une fois bien établi le degré de culpabilité du délinquant, à délibérer sur la peine qu'elle lui appliquerait. Les avis ne furent pas unanimes. Mais il est certain pour nous, et pour le grand nombre des commentateurs, que c'est pour la peine la plus grave que la majorité opina, et que cette peine fut réellement infligée (v. supra, ii, 7-8). Ainsi nous n'admettons point, contre Bachmann et quelques autres (sans parler de Hofmann, Zahn, al., qui pensent à l'incestueux, chose impossible dans le contexte), que Paul, en prêchant l'indulgence, refrène le zèle d'une minorité qui aurait voulu une peine plus
(t) Rien par contre ne fait supposer qu'il se soiL dès lors occupé de la collecte. Voir infra, aux chap. vui et xii.
rigoureuse, pensant entrer ainsi dans les intentions que la lettre manifestait; cette /wiVionVe est plutôt suspecte de comprendre ceux qui étaient sous l'inflaence des adversaires de l'Apôtre, et qui n'avaient été attristés de l'offense que ic jusqu'à un certain point », justifiant la curieuse réserve exprimée par les mots « pour ne pas exagérer », ïva av) ÈTriêapw (v. supra, à ii, 5). Paul reconnaît que la peine iofligée « par la majorité » est suffisante, et conseille de l'adoucir ou de la remettre tout à fait (ii, 7-8). Il lui avait été donné toute la satisfaction qu'il désirait; et, comme il n'avait pas voulu appuyer sur l'atteinte personnelle qu'il avait reçue (ii, 5), et avait recommandé sans doute à Tite, son représentant, de ne pas prendre l'affaire de ce biais, ou de proclamer même qu'il pardonnait pour sa part ce qui ne regardait que sa personne (ii, 10, /.s/apicruiai bis au passé), ne voulant prendre la chose que du point de vue de la discipline chrétienne et des intérêts de l'église, il déclara que, l'obéissance étant rétablie, sa lettre avait atteint son but ( Windisch; voir ii, 9). Cependant la communauté, dans la majorité de ses membres, n'avait pas voulu faire ainsi abstraction de la blessure intime infligée à son père; il l'a appris par Titus, il sait que cette considération n'a pas été sans jouer un rôle dans la mesure de la pénalité ; il en est touché, au point qu'il s'écriera [infra, vu, 11) : « Quel zèle! quelle vindicte ! », tout en se montrant d'autant plus, pour cette raison même, incliné à prôner une indulgence digne de son bon et grand cœur. Nous voyons donc qu'il n'est pas conforme à l'ensemble des textes de supposer que Paul prémunit la majorité contre l'avis excessif d'une minorité plus zélée. Et bien moins encore qu'il se range à contre-cœur, par une politique peu sincère, à une décision trop douce à son gré prise par la majorité, dont il feindrait d'être satisfait pour ne pas créer de conflit dans la communauté (contre Rûckert, Baur); la supposition est indigne de son caractère. Nous ne croirions même pas (contre Bleek, Weiss)^ que la majorité ait demandé elle-même la mitigation et la cessation de la peine, pour ménager des opposants qui murmuraient. Le texte indique plutôt que c'est Paul en personne qui prend l'initiative de l'incliner vers l'indulgence dont il avait donné lui-même l'exemple dès le début, par ses instructions désintéressées à Titus (supposé, bien entendu, qne le coupable montrât des signes de repentance); il l'avait fait sans doute pour le bien commun (v. 11), mais aussi, comme il l'a exprimé au v. 7, par une charité paternelle toute spontanée. Puisqu'il avait pour sa part atténué sa légitime plainte personnelle (si ti xe/apiau.ai, v, 10), la communauté pouvait à son exemple, pour le dommage commun dont elle avait spécialement à juger, pratiquer elle aussi, positis ponendis, l'indulgence (1).
(l) Le ya.ç[X,s.(s%z de 9, cette rémission au nom de la communauté, ne signifie pas un fait acquis, mais une évenlualilé, une mesure non prise encore (xupwaat àyâKTiv du v. S), que Paul engage la communauté à prendre, promettant de la ratifier.
Le motif de déjouer Salan (v. 11) ne peut être, contre la « théorie de l'inceste », celui de soustraire ce coupable à Satan, auquel il avait clé justement livré, — « afin que ce membre ne fût pas perdu pour la communauté », comme dit Belser; ce membre gangrené était perdu du premier coup pour l'église de parla nature même de la peine à lui infiigée; et s'il s'était repenti, — co que nous ignorons, — ce n'est pas pour la communauté, mais pour lui-même, qu'il aurait pu être réintégré dans la communauté. — Giiijahr cherclie à faire des distinctions subtiles et vaincs entre l'cc excommunicalion » inOigée par l'église et r« abandon à Salan » surajouté par l'Apotre; nous avons vu (comm. de I (lor., p. 12'i) que c'était une peine indivise.
Tout ici est donc net dans la conduite apostolique, tout est ferme et charitable à la fois, désintéressé, magnanime et prudent. Plût à Dieu qu'on en pût dire autant de celle de tous les Corinthiens! Mais, si la communauté, prise en bloc, méritait des éloges, si, dans les tendres confidences qui termineront cette partie de la lettre (ch. vu, 4-16), Paul veut chasser loin de sa vue tous les nuages, il y avait cependant dans le rapport de Titus bien des constatations moins consolantes. 11 restait beaucoup à faire pour guérir les maux de cette église, et rétablir la liberté confiante des rapports d'autrefois. C'était d'abord un mauvais signe qu'une minorité plus ou moins étendue n'eût pas voulu souscrire à la juste punition de l'insulteur de Paul, qui ne consistait pourtant qu'en une exclusion temporaire et révocable. L'instruction de l'affaire avait tiré au jour toutes les intrigues, les calomnies, les oppositions à son autorité dont Paul n'avait eu jusqu'alors, dans sa visite intermédiaire, que le soupçon, et, dans son éloignement, qu'un écho affaibli. Sa lettre passionnée, et la répression demandée par lui devenaient de nouvelles armes, de nouveaux prétextes dont quelques-uns savaient user sournoisement pour entretenir la froideur ou la méfiance d'une partie des convertis ; et la conduite d'un grand nombre, peut-être même leur doctrine, laissait à désirer; Titus l'avait bien perçu, sans être encore à même de réagir suffisamment sur ce point; car il n'avait pas été chargé, semble-t-il, d'une enquête débordant le fait peccamineux, ni d'une mission de réforme générale, qui aurait dépassé les forces d'un simple délégué, même les siennes. Il dit tout cela à son maître ; par là s'expliquent, au milieu des effusions de tendresse de ces chapitres, destinées à l'ensemble des fidèles qui venaient de montrer la bonne volonté ranimée au fond de leurs cœurs, ces réserves de plus en plus significatives, ce ton de plus en plus âpre où grondent des traits de polémique épars, qui se condenseront et fondront en ouragan à la fin de l'épitre, non contre l'église, mais contre des intrus et des membres indignes qu'elle n'a pas su elle-même démasquer.
Résumk des cinq OEnNiiiUS EXCURSUS. — Dans ces excarsus II à VI (à compléter par TExc. i), nous nous sommes efforcé de démêler, dans un aperçu large, mais aussi précis que possible pour les détails indispensables, la situation très complexe oii Paul se trouvait à l'égard de Corinthe quand il dicta cette seconde Epître, destinée à purifier l'église de tout ce qui avait pu altérer les bons rapjjorts primitifs, à partir de la Pentecôte 55.
Paul, malgré son projet notifié I Cor. xvi, n avait pu quitter l'Asie à l'époque prévue, retenu qu'il était par les nécessités de l'apostolat. Des nouveau-venus, insinuants et remuants^ s'étaient alors établis à Corinthe. Intrigué par l'écho de leurs menées, Paul, vers la fin des trois ans d'EpIièse, se décida à rendre aux Corinthiens une brave visite, qui ne l'instruisit pas à fond; il rentra en Asie avec des impressions mélangées^ oii la tristesse dominait, non cependant sans promettre un prompt retour et un séjour plus long. Bientôt après, il devait fuir la capitale asiatique. C'est alors sans doute qu'il apprit qu'un acte de grave indiscipline, attaquant son autorité ou son honneur, s'était produit à Corinthe, du fait de l'un de ceux qu'avait enhardis contre lui la m.odération incomprise de son attitude aux jours de la visite intermédiaire. Violemment ému, il renonça à faire le voyage annoncé qui, en de telles conjonctures, n'aurait pu que l'exposer à de nouveaux déboires, et il écrivit cette troisième lettre qui a été perdue, pour obtenir réparation d'un outrage qui atteignait la discipline chrétienne en même
SECONDE ÉPITnE AUX COIIINTHIENS, CH. II. 77
temps que sa personne. C'est alors, ou un peu auparavant, qu'un grave accès de sa maladie chronique vint meltre sa vie en danger, et combiné avec ses soucis extérieurs, le plonger dans une grave dépression. Titus dut en être témoin. Quand Paul eut recouvré quelques forces, il remit à Titus sa lettre — si elle n'était partie déjà — ou le c/iargea en tout cas d'aller à Corinthe surveiller l' exécution des ordres qu'elle contenait, en lui mandant de le rejoindre à Troas (ou en Troade) pour lui en faire connaître les résultats, et le renseigner sur les dispositions générales de la communauté. L'absence de Titus dura plus qu'il n'était prévu. Aussi, tourmenté d'inquiétudes à propos de cette affaire, et n'y pouvant plus tenir, l'Apôtre se résolut à partir à la rencontre de son disciple. Il le trouva enfin en Macédoine, chargé d'une part de bonnes nouvelles pour tout ce qui avait trait au récent orage, mais aussi de constatations préoccupantes sur l'activité funeste et continue d'un certain parti qui n'était pas encore suffisamment réprimé, et qui, dans l'ombre, abusait de tout contre l'autorité de l'Apôtre, du délai de son voyage, de la lettre, des conditions du procès et même du désintéressement que Paul avait montré dans l'occurrence.
C'est alors que, toujours retenu en Macédoine, l'Apôtre se résolut à composer notre Epître, pour manifester d'une part sa joie de l'attitude soumise dès Corinthiens pendant la mission de Tite, mais, d'une autre, afin d'exclure autant que possible toutes les causes subsistantes de troubles, avant de faire lui-même à Corinthe ce séjour plusieurs fois annoncé et remis, pendant lequel il mettrait la dernière main à la l'estauration chrétienne de cette communauté qui lui était si chère, dont la fondation était sa gloire, et de laquelle il attendait tant pour l'avenir.
B. Cn. iii-vii, 4. Salm Paui, sk ukclamk ok sa mission d'Apôtiu;.
I:<T. — Cette nouvelle i^randc section sort, en jaillissement, de l'élan imprime à la dictée dès u, 14, au moment oie Paul a été pris à la fois d'enthousiasme à la considération des grandes choses que Dieu accomplit au moyen d'un faible instrument comme lui, et de répulsion contre les altérations d'un si divin Evangile. C'est qu'il cn a de telles sous les yeux, et les derniers événements, hélas! ainsi que le rapport de Titus, les lui ont fait découvrir rongeant la vie chrétienne à Corinthe même. Il va donc opposer au cours de ces chapitres la vérité du ministère évangélique, du ministère de l'esprit que Dieu lui donne de remplir malgré la faiblesse de son humanité, à certaine prédication de chrétiens qui n'ont pas su dégager suffisamment !'« esprit qui vivifie » de « la lettre qui tue ». // va le faire dans une alternance de passion guerrière, d'élévations doctrinales et mystiques pleines de haute sérénité, d'humbles confessions, de reproches non voilés, d'adjurations aussi attendries que fières aux fils de son cœur, alternance qui met ca pages, malgré l'obscurité qu'elles gardent pour nous qui avons de la peine à nous représenter la situation concrète, au nombre des plus beaux et des plus attachants témoignages de la psychologie humaine, — mais d'une psychologie divinisée par l'Esprit inspirateur.
C'est donc bien ici qu'il faut faire commencer V a apologie » de Paul; les explications à tournure d'excuses qu'il a déjà fournies aux Corinthiens dans les deux premiers chapitres ne faisaient que déblayer le terrain d'un double malentendu, celui du voyage et celui de la lettre. Maintenant il aborde la grande discussion d'ensemble, il engage la bataille pour assurer sa victoire sur Satan qui s'est mis à lui disputer Corinthe. Son but, nous l'avons dit, était de fortifier et de rétablir totalement dans cette église son autorité un peu ébranlée; il l'a fixé dès le ch. i, v. 14, en souhaitant que ses convertis reconnaissent pleinement que son apostolat, à lui Paul, est leur grand sujet de gloire; et il va le redire plus nettement au ch. iv, v. 15 : « Je veux vous donner occasion de vous glorifier à notre sujet, pour que vous ayez de quoi répondre à ceux qui ont leur gloire sur la face, et non dans le cœur ». Suivant la méthode instinctive qui le dirige si habituellement, il part des principes suprêmes avant de descendre à la discussion de faits contingents; ainsi tout ce qui ensuite paraîtrait, considéré en soi, trop personnel, prendra sa vraie valeur sous cet éclairage d'en haut. Dans la présente section, il exalte la grandeur du ministère apostolique, dont il est, lui, authentiquem ent chargé, et qu'il exerce en sa pureté (èÇ eUixQiveiaç, ètc 6eov y.uTévayTi Oeov, II, 17), à la différence des « brocanteurs » (ibid.) qui juda'isent toujours; il ne les désigne encore que comme « certaines gens » {Tiveg, m, 1), qui ne comprennent pas la transcendance de V Evangile ; plus tard, ayant ainsi bien établi la supériorité de son enseignement sur le leur, il descendra, puisqu'il le faut, ait balayage de leurs pratiques et de toutes leurs calomnies, le terrible lutteur attaquera ses ennemis corps à corps; il n'y aura plus risque d'attribuer à des sentiments de combativité trop humaine les véhémentes personnalités des chapitres x-xiii, où le véritable Apôtre démasquera la mentalité des faux apôtres, pour leur porter le coup de grâce et débarrasser l'église, avant sa venue, de leur autorité usurpée. {Nous montrerons plus tard comme le fait de cette progression s'oppose à la théorie de la « Lettre des Quatre Chapitres »).
Le contenu de notre section iii-vii, 4, peut se répartir comme il suit :
I. Paul a été pour Corinthe le ministre de l'esprit, non de la lettre (m, 1-11) ;
IL Assurance des ministres du Nouveau l^estament, qui prêchent à visage découvert. Allégorie du voile de Mo'ise (m, 12-iv, 6);
III. Contraste de cette gloire de leur action surnaturelle avec leur misère naturelle; Cela les fortifie contre toutes les peines de cette vie et l'attente de la mort. Escha
tologie des élus individuels (iv, 7-v, 10).
IV. Tableau de l'existence des apôtres, sous son double aspect (v, ll-vi, 10).
V. Paul adjure les Corinthiens de s'amender, et de répondre à sa confiance (vi; 11- VII, 4).
I. Paul a été pour Gorinthe ministre de l'esprit, et non de la lettre
liVT. — La péricope s'ajuste très exactement aux derniers versets du c/tap. ii. Les: trois premiers versets répondent au reproche que des malveillants auraient pu adresser à Paul en l'entendant déclarer de sa propre bouche (ii, 17), que lui, à la différence de certains autres, prêchait l'Evangile en toute sa pureté. — Les suivants^ 4-11, disent magnifiquement d'oîi lui vient celte assurance de n'avoir d'autre besoin de recommandation que l'œuvre même accomplie à Corinthe : c'est Dieu, et non ses propres forces, qui l'a mis à la hauteur de sa tâche [vv. 5 et 6 : Ixâvtoaer, lxav6Tt}Çy réponse à la question de ii, 16 ; nqoç ravra rCç txavoç); tâclie encore plus haute et glorieuse que celle de Moïse, puisque l'Apôtre est l'annonciateur d'une « nouvelle alliance » scellée par l'esprit qui transforme les cœurs, et non par la simple lettre extérieure d'un contrat qui, tout seul, ne mène pas au salut. — Ce qui fait deux: paragraphes à analyser à part.
1° Paul peut bien se passer de recommandations étrangères, après l'œuvre qu'il a accomplie à Corinthe (m, 1-3).
Intu. : — S'il existe des instructeurs (l'Apôtre sait bien de qui il parle, les Corinthiens aussi) qui ne peuvent faire valoir leur autorité qu'en quémandant partout des lettres de recommandation, lui, Paul, n'a besoin, comme témoignage intérieur et extérieur, pour lui et pour les autres, de sa mission divine, que de la conscience quHl a de son succès apostolique à Corinthe, et de la renommée qui s'en est répandue partout. C'est par la seule manifestation de la vérité, dira-t-il plus bas (iv, 2), dans cette église et combien d'autres, qu'il se recommande à toute conscience humaine non obscurcie.
Nous voyons combien, malgré tous les sujets de plainte, Paul était fier de la communauté corinthienne et comptait sur elle. De pareils traits abonderont jusque dans les reproches si vifs des derniers chapitres.
A. III, 1. — Lapremière phrase, (îpx... auvta-âveiv est interrogative. ouvta-cavw, hcllén. pour CTuv(a-crip.t, « placer avec «, « composer », d'où « rendre solide «, et le sens dérivé : « recommander », Platon, Xénophon, papyrus, etc. — d [xif (« à moins que ») au lieu de r\ [xr}, dans A, K, L, P, arm. — rive? dédaigneux, cfr x, 2; I Cor. IV, 18, XV, 12; Cal. i, 7; I Tim, iv, 1, — auata-cr/.T) £j:[ctoX7{, expression technique pour « lettre de recommandation », ou cucr-attzà ypi^fiiiaxa, v. Deismann, lo.
B. III, 1. Cette vive question, en vrai stylo de polémique, est une riposte à des reproches qui reviennent subitement à l'esprit de Paul, probablement ceux des mauvais évangélistes qu'il a signalés n, 17. Ces gens, comme il a dû l'apprendre par Titus, l'accusaient de se donner trop d'importance dans sa parole et ses procédés, mais surtout en ses écrits, tels que ses épîtres antérieures, la Première aux Corinthiens et particulier ment, je pense, « la lettre intermédiaire ». —Soit! dit Paul;
Cil. III, 1. 'Apx^l^-Oa xaXiv sauToù; c'JVKjtavsiv ; *'i] [x-}) ^p-/jÇo[xev wç Ttveç c-uaTaTiy.ft)V stckttoXwv "Âpoç 0[;.aç, — -i] è^ ûjj.wv; 2. 'H . 'eTctcrtoX-rj Y)[j.(;iv ùi^.sïç
-«jàvTWV àvOpwTvwv, 3. *cpav£po6[/.£Voi oti âo-tè £7îiaToXY) Xpiatou *Stay.ov'/30£Ïaa ûç '/i[j.wv, ^ÏY^ïP^t''l^'-^''î ''^ [Ji-sXavt àXXà TrvsûiJ.aii ©soO^Çcovtoç, oi)% èv -jûXa^iv XtOivatç àXX' iv TcXa^lv y.apBiaiç orapxivatç.
nous pavions de nous quand il faut, et comme nous croyons devoir le faire. Est-ce que nous n'en avons pas le droit, et n'aurions-nous, pour nous appuyer, que des « lettres de recommandation », comme ces gens-là vont en mendier partout, eux qui n'ont pas, dans leurs personnes et leurs travaux, de quoi faire valoir leur autorité? Faudrait-il, pour m'altirer votre confiance, que je vous exhibe des « satisfecit » accoi'dés par d'autres églises? ou bien, quand je vais prêcher aux autres, aurais-je besoin de solliciter de vous un certificat de bon service? Menzies dit ingénieusement : Paul, préparant une nouvelle visite à Corinthe, demande ironiquement s'il a besoin d'une nouvelle commission pour le faire.
Cette ironie nous apprend beaucoup. Les « quelques-uns » dont l'Apôtre parle avec ce dédain, ne sont pas encore identifiés ni démasqués; cela se fera, et comment! dans l'apologie finale. On voit seulement que c'étaient des étrangers à Coi'inthe, arrivant peut-être, arrivant sans doute, avec leurs papiers, de Palestine ou de Syrie, peut-être encore d'Asie Mineure, si quelques-uns appartenaient à cette clique de perturbateurs qui agitaient alors les Galates. Leurs lettres ne devaient pas leur être données par les anciens apôtres, mais par des groupes de chrétiens (comme Apollos en avait reçu d'Éphèse pour Corinthe, Aet. xviii, 27), car cette pratique était très usuelle. Leurs garants étaient sans doute des judéo-chrétiens qui n'aimaient point Paul ; car il serait difficile d'y voir les anciens Apôtres, ou aloi's ceux-ci ne savaient pas l'usage abusif qu'on allait faire de ces lettres. Fbi> m/ra. Exe. xv.
Il est possible que l'un ou l'autre d'entre ces personnages fît des tournées, et eût demandé un bon témoignage écrit des Corinthiens pour s'en aller opérer plus loin. Mais, contre les tenants des « Quatre chapitres », rien ne dit que tous fussent déjà, avec leurs lettres en poche, partis de Corinthe (ce qui serait en faveur de l'antériorité de x-xui). Au reste, leèÇ Gti.5)v (des lettres « de vous ») n'a peut-être que la valeur d'un cas hypothétique, pour faire la transition aux versets qui vont suivre {Schmiedel, Bachmann, Belser, Windisch).
——m A. 3. èy^eYp. èv ratç xapB. -/iixtov n'est pas une glose, contre van Manen, Schmiedel ou /. Weiss (« Aufgabe der neutest. Wissenschaft », p. 32); on lit ui^iGiv au lieu de %wv dans x, 17 ; Lietzmann et Bousset admettent cette leçon comme plus facile; elle donnerait un sens excellent, qui serait déjà celui du v. 3, anticipé; mais y)[j.t3v est bien mieux attesté, et cette leçon augmente la richesse de la pensée ; v. à B — Comparer I Cor. \\, 2. — yiv. za\ àvayiv,, une de ces allitérations aimées de Paul.
A. 3. oavEpou[j.£vot 8ti èctté : le participe est en apposition à ujjleÎç du verset précédent, et le sens est = oTiçavepdv èativ Sn ÏQ-zi, « parce qu'il est manifeste que vous êtes... ». ou « manifeste comme il l'est que vous êtes... », changement d'une tournure impersonnelle en personnelle, assez classique, cfr I Cor. xv, 12, al., ou mieux encore Xénophon (« Anabase » v, 2, 26) : ofjXot ^aav Bit èntx.staovrai Ivt^ IÇoSoj, « il était manifeste qu'il inquiéteraient (les Grecs) dans leur retraite » (Voir Abel, p. 278) — èrctat. XpiCTToO : nous voyons dans Xptatou, avec Gutjalir et d'autres (cfr Plummer) un « génitif d'auteur » ; C/irys, comprenait cependant « une lettre qui parle du Christ », gén. objectif. — BtaxovrjOeïaa : le verbe Stay.ovÉto peut-être transitif, cfr vni, 19-s.; II Thess. I, 18; I Pet. i, 12, iv, 10; Marc x, 45. Clirys. l'entend ici de la préparation
Ch. III, 1. Est-ce que nous nous mettons de nouveau à [ne] nous recommander [que de] nous-mêmes? Ou bien aurions-nous besoin, comme quelques-uns, de lettres de recommandation pour vous? — ou de vous? 2, Notre lettre à nous, c'est vous qui l'êtes; [elle est] inscrite dans nos cœurs, [elle est] connue et lue de tous les hommes, 3. manifeste comme il est que vous êtes une lettre du Christ remise à nos soins, tracée non avec de l'encre, mais avec l'Esprit de Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables [qui sont] des cœurs de chair.
des cœurs par le ministère de Paul, en s'attachant non au terme figuré do « lettre », mais à la réalité humaine qu'il représente; mais comme Siaxoviw transitif peut signifier, par exemple, classiquement « servir [des plats sur une table] » ou généralement « procurer », n fournir », « apporter » quelque chose à quelqu'un, nous pourrions aussi bien l'entendre ici du service métaphorique de la lettre métaphorique, que Paul se dit en mesure de présenter à tous les hommes ; l'expression de la pensée en deviendrait moins complexe. — ■ ÈYysYp., vulg.: « et scripta ». — tîv. OeouÇfiivTos; le 7:veu[i.a est sûrement ici le Saint-Esprit [Belser, al.) ; la belle expression « Dieu vivant » se trouve ailleurs chez Paul, vi, 16, Rom. ix, 26 (cit. d'Osée d'après LXX, héb. ''n"SN), I Thess. I, 9, I Tim. \\\, 15, iv, 10, peut-être vi, 17 ; et surtout dans VEp. aux
Hébreux, 4 fois. — îtXoîÇiv^ serait une interpolation pour Lachmann, Holsten, Westcott- Hort, Heinrici, Schnedermann, P. Wendland, Wlndisch; c'est au contraire xapSfatç (ou xapBtaç) qui serait suspect (s'il n'est cari'ément supprimé) pour Baljon, Schmiedel, J. Weiss, Bachmann, Belser. Faut-il lire /.apSiaiç, ou /.ap8(aç qui serait plus facile, et que lisent F, K, les latins, pes., copt., éth., arm,, got., Irénée, al.? On peut croire, avec Plummer, que ce génitif n'est qu'une correction. Toutes ces fluctuations s'expliquent, car la phrase est difficile; mais vu la majorité des manuscrits, il est très licite de conserver tous les mots, et tous au datif, en faisant de xap. aapxivatç (sur le mot capxivoç, v. comm. de I Cor. p. 52) une apposition à TcXaÇc'v : « sur des tables \ciui sont des"] cœurs de chair » {H. D. Wendland, al.), ou moins vraisemblablement : « sur des tables de chair, qui sont les cœurs »; nous trouvons un cas semblable infra, m, 18, àîtb xupi'ou 7ïveûp.aToç, v. ad loc.
Les « tables de pierre » rappellent Exode, xxiv, 12, al. ; l'inscription sur les cœurs. Proverbes, vu, 3; Jérémie,xxx\in (héb. xxxi), 33; et Paul, à propos des « tables de pierre », pense aux « cœurs de pierre » et aux « cœurs de chair » d'Ezéchiel, xi, 19, xxxvi, 26,
B. 2-3. Que d'autres se fassent remettre des certificats par qui ils voudront. Paul n'a pas besoin de ces recommandations humaines. Il porte avec lui partout, dit-il on une hardie métaphore, une lettre que le Christ a écrite de sa main, et qui suffit à l'accréditer en tous lieux. Ce n'est pas à tel personnage ou à telle communauté qu'il pi'ésonte cette lettre, mais à l'univei's entier; tout le monde la voit, tout le monde la lit. Elle n'est pas faite pour le dehors seulement, mais elle exerce son effet sur luimême et ses collaborateurs fidèles {Plummer, Bachmann, etc.); car il la portent dans leurs cœurs (xapSt'at? ripiûv, v. 2 ; et le pluriel montre qu'il s'agit do plusieurs, Plummer); aux heures d'abattement, ils n'ont qu'à la relire pour reprendre confiance. Et cette lettre ouverte, à destination universelle, ce sont les Corinthiens eux-mêmes, c'est-à-dire, pour les apôtres, le souvenir de ce que leur ministère a produit pai-mi eux; pour les fidèles de cette ville eux-mêmes, et pour tout le monde extérieur, les l'ésultats et la renommée de l'évangélisation de Corinthe. Nous sentons là quelle profonde affection Paul portait toujours ù cette église troublée {Chrys.), et comme
82 SECONDE ÉPITHE AUX COMNTHIBNS, III, 1-3.
la croissance du jeune christianisme était déjà un fait éclatant, occupant l'opinion publique. Paul avait pu déjà le constater, plusieurs années auparavant, à propos de son succès chez les Thessaloniciens (I T/iess., i, 8-9); caries chrétiens n'étaient pas encore obligés de se cacher; mais la fondation d'une vaste communauté à Corinthe, la grande cité internationale, et la capitale de la dissolution païenne, c'était là, a déjà écrit l'Apôtre, « le sceau de son apostolat » (I Cor. ix, 2). Et il ne se dédit pas; il pouvait s'en glorilîer encore plus que de ses triomphes d'Ephèse ou de Macédoine. Dans cette population païenne qui passait pour la plus légère et la plus corrompue de toutes, l'Evangile apporté par Paul et ses compagnons Silas et Timothée a touché des centaines, peut-être des milliers de cœurs sur lesquels l'Esprit vivant du Dieu vivant a gravé le nom du Christ et la loi nouvelle. La seule existence de la communauté de Corinthe vaut donc incommensurablement plus, pour accréditer l'œuvre apostolique, que toutes les lettres de recommandation de qui que ce soit. En entendant lire ce passage, les Corinthiens s'apercevaient bien que Paul, même en leur faisant de rudes reproches, n'était pas refroidi à leur égard. Ne les invitait-il pas ainsi à se glorifier avec lui en Dieu, même ceux-là qui tendaient à oublier ce qu'ils devaient au dévouement de leur père?
Et ce n'est pas tout ce que nous enseignent ces lignes splendides de conviction, d'assurance et de magnanimité. Plummer a remarqué que la gloire de la Trinité irradie à l'arrière-plan : en effet le « Dieu vivant », le Père, a envoyé sou Saint- Esprit graver dans le cœur de ces gentils des croyances et des mœurs nouvelles qui, pour tous ceux qui les constatent, ont la valeur d'une lettre du Christ proclamant que Paul est bien son envoyé authentique. Et quelle densité dans l'expression !
Des souvenirs de prophètes qui annonçaient lé changement des cœurs, Jérémie, Ezéc/tiel, inspirent ces grandes images. Et devant les yeux de l'Apôtre flotte déjà sans doute l'opposition de r« esprit » et de la « lettre », sujet des beaux développements qui arrivent [Windisch), Le v. 3 donne donc déjà une clé pour l'interprétation des pages difficiles que nous allons aborder.
2° Ministère de la « lettre » et ministère de l'a esprit » (m, 4-11)..
Int. — Si Paul ose se réclamer d'une action tellement haute et efficace, c'est qice, dans les fruits de son apostolat, il ne doit rien à lui-même^ mais tout à Dieu, Cependant il lui faut, contre ceux qui altèrent la parole de l'Evangile en la mêlant aux ombres d'une économie périmée et ainsi en obscurcissent l'éclat, montrer que le ministère de l'esprit, celui qu'il exei'ce, brille d'une gloire auprès de laquelle celle du. ministère de la lettre s''est réduite pour ainsi dire à rien.
Ici commence à apparaître la grande antithèse de la lettre et de l'esprit, qui va fournir encore, par le traitement allégorique d'un récit de l'Exode sur Moïse, la matière de la péricope suivante. C'est l'inspiration des Épîtres aux Romains et aux Galates, et comme le noyau doctrinal de la future Epître aux Hébreux.
Gh. III, k. nsTCOiOYjaiv âè touût'/jv 'é-/p\is^ âià toD Xpiatou *'7upbç tov ôeôv. 5. Ohy^ OTi à©' èauTWV îxavoi £(7[;-îV* XoYicraaGat Tt wç è^ éaurwv, àXX' •/; txavôtr^ç rjl^iwv ex, xoX> Gsou, 6. oç *%al f.7.avw(7ev *^[J-5ç *Sia>t6vouç y.atvvjç SiaO-^vt'/jç, où Ypa[ji,[;.aToç àXXà
TCVsûiz-aTOç.
Gh. III, k. Uae telle assurance, nous [la] possédons par le Christ, en regard de Dieu. 5. Ce n'est point que par nous-mêmes nous soyons de suffisante capacité pour rien mettre à notre compte comme [sortant] de nous-mêmes, mais notre suffisance [nous vient] de Dieu, 6. qui réellement nous a fait suffire [à être] ministres d'une alliance nouvelle, non delà lettre., mais de l'esprit.
A. 4-5. IIetoiO. cfr n, 15; le mot apparaît seulement chez Paul, six fois, dans le N. T.; ::pôç tov Oidv, « envers Dieu », ou « [tournés] vers Dieu », de qui cette confiance nous vient, cfr Rom. v, 1. — ix.avo(. plus loin îxavdTTjç, cfr le dernier membre de II, 16; Plummer rappelle que 'Ixavdç (pour « El Shaddai »), est parfois employé comme nom divin dans les LXX, Job, xxi, 15, xxxi, 2, xxxix, 32 : « Celui qui se suffît à lui-même, et qui est la source de toute suffisance ». 'Af' lauTôîv est placé après Xoy. ttdaus A, D, E, al.,latt., après Exavoî èar[/.ev K, L, %/•'», et omis 17, pes. Répétition oratoire, à ce verset et au suivant, des mots îxav6ç et dérivés ( Windisch). — XoYîcraaOat xt (le présent 'Ko-^'îC.zq^oli G, D, E, F, G) ne signifie pas « cogitare » (cfr vulg., Bachmann, al.), comme pour dire que Dieu est la source de toute pensée ou jugement, mais il a ici un de ses sens premiers, « porter en compte », autrement dit mettre à son actif la transformation des cœurs dont il a été question m, 3; aussi (î>.: n'est-il pas pléonastique, comme le croit Lietzmann. Paul dit qu'il ne peut rien s'attribuer du bien qu'il fait, comme s'il en était la cause principale; cfr I Cor. xv, 10 [Sickenb.); « [nous ne sommes pas] aptes à revendiquer quoi que ce soit comme venant de. nous-mêmes » {Lemonnyer). Les mots « a nobis quasi ex nobis » sauvegardent, dit s. Thomas, et d'autres après lui, le libre arbitre.
B. 4-5. Cette assurance (mTcotO.) si grande (Tota)JTr)v) à laquelle Paul vient de donner une sublime expression, elle porte sur la solidité de l'œuvre qu'il a accomplie au profit des Corinthiens {supra, 3), sur la permanence de leurs sentiments réci-
7. El,o£ •/) Siay,ov{a xou Gava-ou *£V Yp^^l^f-^caiv £VT£TUT:(i)|ji.iVY3 XfGotç *kys.vfi^r} iv Bô^Tj, ô)a":£ iX'?] SuvacrOat àT£Vt(rai toùç uIo'jç 'IffpaY)X eIç to zpoawTCOv Mo)'J(Ti(i)ç ôtà T-r^v oô^av TOJ ^pocrôù-ou a'j-roiJ rJjv vcaTapYOUi^iV/jv, 8. tcw; *oùxi (xaXXov -/) âtx/.ovîa
proques (supra, i, 15, ii, 3, al.) et, par dessus tout, sur l'inspiration et le secours de Dieu qui ne lui manqueront jamais. S'il ne considérait que sa naturelle faiblesse d'homme, qu'il décrira impitoyablement bientôt (m/'/'a, iv, 7-suivants), ce serait chez lui présomption; il sait bien, en toute humilité et vérité, qu'il n'est humainement qu'insuffisance (cfr ii, 17, c), et 'ne saurait inscrire à son actif, comme auteur propre, aucun des travaux évangéliques qu'il a entrepris et réussis ; mais c'est Dieu, l'Etre qui suffît à tout, qui l'a choisi et mis à la hauteur de la tâche imposée. Modestement Paul parle toujours au pluriel, se regardant comme une simple unité dans le nombre des évangélistes.
~— . A. 6. Kai' paraît ne servir ici qu'à accentuer txivtoaev [Lietzmann) ; c'est pourquoi nous l'avons rendu par « réellement » ; (xav. cfr supra v. 5. — Tjixaç Staxdvouç est à la fois régime direct et prédicat de îxav. : « [qui] nous [a rendus suffisants pour être] ministres ». — Kaiv% SiaOrjxr]? : cfr les paroles de consécration du calice dans les Synoptiques et I Cor. xi, 25; encore Heb. viii, 8, ix, 15, et xii, 24, xin, 20, al., des expressions équivalentes. Les termes sont ceux de la prophétie de Jérémie (LXX, XXXI, 31), ntyin r^'yi. Plus bas, au v. 14, Paul emploiera l'expression contraire,
unique dans l'Ecriture, t^ç îtaXaiaç SiaOrjxr);. L'adjectif xatvo?, « neuf », diffère de \io%, « nouveau », en ce qu'il implique toujours une supériorité sur l'ancien, qui est usé (Plummer). AiaOrixY), mot qui apparaît 9 fois chez Paul, 17 fois Heb., 33 fois en tout dans le N. T., signifie, plutôt qu'en général « alliance », un engagement unilatéral (d'après Deissmann), sauf des cas comme celui qu'évoque Lietzmann, dans Aristophane « Oiseaux » 440; aussi Paul, dans Gai. m, 15-17, insiste-t-il sur le sens de « testament » ; il n'y a pas lieu de presser ici la nuance, le mot équivaut à ri^13 de
Jérémie.
Le cod. 17 porte, au lieu de YpajAjm-coç, 7tv,. oç, les datifs -^pd^Lua-ci, weujj.a-ct, cfr les mss. de la Vulg. (« non littera, sedspiritu ») sauf Vamiatinus (« non litterae, sed spiritus »). Il faut sûrement garder les deux génitifs, et il n'y a guère de différence pour le sens, suivant qu'on les rattache à SiaO. [Menzies, Windisc/i, al.), ou à Staxdvouç (Hofmann, Ileinrici, Plummer, al.). Pour l'antithèse Ypajxfjia-nveujjLa, cfr Bom. II, 29; vu, 6 (et rapprocher peut-être l'opposition 7i:veu[xa-a2pÇ de Joh. vi, 63, avec Windisch entre autres).
B. 6. Paul s'était demandé (ii, 16 c), en considérant les redoutables pouvoirs d'un apôtre du Christ : « Qui peut y suffire? », et il avait pensé avec étonnement et dédain à ceux qui endossent légèrement d'eux-mêmes les responsabilités d'un tel ministère. La réponse, maintenant, il la donne : lui-même, et ses vrais collaborateurs, ils sont bien ceux que Dieu a désignés pour le remplir, en comblant par sa grâce le vide de leur insuffisance. Dieu les a envoyés porter le message d'une alliance nouvelle, dégagée du poids des vieilleries et des ignorances d'autrefois, celle qu'avait prédite Jérémie, et que le Christ avait promulguée à la Dernière Cène. Ils sont devenus les ministres de cette alliance, chargés d'en faire une réalité vivante dans les cœurs et les intelligences maintenant pénétrés d'un « esprit » qui les transforme, c'est-à dire de la connaissance vécue du sens profond de la révélation, expliqué intérieurement par l'Esprit de Dieu qui devient l'hôte des croyants, et les conforme (comme il va être dit m, 18) à l'image du Christ. Leur tâche n'est donc point de faire des commentaires et des gloses d'une simple « lettre », de textes
Car la lettre tue, mais l'esprit vivifie.
7, Or sile ministère de la mort [institué] en lettres, gravésur des pierres, s'est tourné en gloire, au point que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse, à cause de la gloire de son visage, [gloire] qui allait s'évanouissant, 8. ah! combien davantage le ministère de l'esprit ne
gravés sur la pierre, comme était le Décalogue, centre de la loi mosaïque, car, malgré leur origine divine, ces textes peuvent demeurer froidement étrangers aux profondeurs de l'âme, qui obéit à leurs prescriptions extérieures comme à une consigne dont le but et la plénitude de sens lui échappent.
Sûrement, d'après tout le contexte antérieur et ultérieur, Paul veut opposer son attitude à celle d'autres pi'édicateurs qui s'agitent dans Corinthe. Il ne faut pas voir en ceux-là, à cause de la nature du développement qui suit, et contre l'opinion de LUtgert et de Schlatter, des « gnostiques » qui auraient reproché à l'Apôtre de s'en tenir encore trop à la « lettre », et dévoiler la liberté du Christ; ce sont bien plutôt (sans nier leur collusion possible avec de faux spirituels, v. infra, aux chap. x-xui) des gens qui judaïsent, ne comprennent pas la nouveauté de l'Évangile, et n'en introduisent que timidement les données matérielles, à l'ombre de l'Ancienne Loi, comme s'il n'en était qu'un supplément. Ceux-là accusaient Paul de ne pas faire à Moïse la place d'honneur qui revient à ce maître des prophètes {Bachmann, Belser, etc., voir à la péricope suivante).
Or il leur est répondu que ce n'est plus Moïse et sa lettre qu'il faut prêcher. Dieu a fait Paul et ses auxiliaires capables de servir d'intermédiaires à la communication de r « esprit » même, sans lequel la « lettre » de Moïse, réduite à sa teneur matérielle (comme toute loi purement extérieure, du reste) ne servirait à rien, ne pourrait empêcher la mort, et, bien plus, ne serait bonne qu'à « tuer » pour l'éternité ceux qui ne l'observent que par crainte ou intérêt, et qui, éclairés par elle sans être fortifiés, con tinuent malgré elle à commettre le mal avec moins d'excuses que s'ils étaient ignorants {Gai., Rom. vu). Il appartient à Paul de prêcher et répandre l'esprit de la Loi, épanoui dans une Loi meilleure qui abroge ou dépasse les prescriptions littérales de l'autre, lesquelles ont été seulement pi'éparation et ont fini leur temps. Tel est yon ministère, dont Dieu même a montré l'efficacité par le changement des cœurs, et la vitalité de tant d'existences qui se sont conformées à « l'esprit »; car [v> yà ç Ypajj.(j,a), « si la lettre tue, l'esprit vivifie ». Et on l'a bien vu; sa prédication n'a pas tué, elle a vivine.
L'expression est saisissante, paradoxale, elle se gravera à jamais dans la conscience et la mémoire de la société nouvelle. C'est comme un résumé en deux mots de VEpitre aux Galates et de VEpitre aux Romains. Puisque Paul l'émet sans aucune explication, nous devons conclure (comme à bien d'autres indices) que sa théologie de la justification avait été prêchée par lui oralement en cette église [Guijahr, al.; voir notre comm. de I Cor., pp. xxxi, li-s., 436-s., al).
(Celte antithèse est si importante que nous devrons y consacrer une petite dissertation, après l'allégorie du « voile de Moïse » ; v. Exe. vu, infra).
I A, 7. Ici, jusqu'au y. 11, commencent de ces phrases elliptiques, à la concision obscure, n'empêchant d'ailleurs pas l'idée d'être tournée et retournée sans nécessité apparente, ce qui, dans certains passages de Paul, cause de grandes difficultés au traducteur, et l'oblige à user par ci par là de paraphrases, s'il veut faire saisir la pensée en ses nuances exactes. Pourquoi un bon écrivain comme l'Apôtre a-t-il procédé de la sorte? Voir infra, à B.
Il faut probablement joindre les mots Iv Ypa[i.(xaatv au nom Staxovt'a xou Oav. (Plummer)
86 SECONDE Él'ITRE AUX CORINTHIENS, III, 4-11.
ToD Tcveûj^.axoç eaxai èv So^y] ; 9, El yàp '0 oia/,ovta tvjç y.axa/.ptcrsw? SÔ;a, tïoXXo) 5«àcXXov Tiîpiaffe^st -r] oiaxovia vTiq 5ia/,aioc7iJv/]ç Bô^y]- 10. Kat yàp oj osoi^aatai to â£3o^aa-i;.évov *£V toÙto) tô {j^spei *£ÏV£y,£V *xf,q ÛTCEp^aXXoûa'/jç ôô^yjç. 11. El yocp ■xh xaTapYo6[Ji.£Vov *oià o6^y)ç, tuoXXw p-aXXov ib [j,£Vov âv o6|y).
^plutôt qu'au participe suivant Ivtetu;:. [Bac/imann, Wlndisch); ce « ministère de la înort » consiste « en lettres ei est gravé sur des pierres » ; Stax... èv YP<i[X[i.. est elliptique, il faut sous-entendre quelque participe, comme « institué » mais, l'expression est encore moins étrange que par exemple, xô xaO' rjixôjv y^sipo'Ypapov totç SdyiAaatv, « l'acte |établi en forme de] préceptes qui était contre nous » (trad. Lemonnyer) de Col. ii, 14.
— ÈYÊVTJOr) èv 8dÇr) n'est pas très clair; les uns donnent au verbe le sens fréquent de m commencer », « naître », et ce ministère aurait été « inauguré dans la gloire » par 3a théophanie du Sinaï {Plummer, al.); mais, comme il ne s'agit, dans tout le reste <âe la péricope et dans la suivante, que du reflet de la gloire de Dieu snr le visage de Moïse, et non de cette grande théophanie totale, nous comprenons plutôt, avec Baclimann, Gutjahr et d'autres, que la mission de publier le Décalogue, reçue par Moïse sur la montagne, devenait gloire, se changeait sensiblement en un éclat lumineux, SôÇa, répandu sur sa face; Bachmann (p. 155, n. 1) donne de nombreux spécimens, ftirés de II Macc. vu, 8, vni, 5, de B G U, des P. Oxyr,, et particulièrement de Galien, h> Toaauiïj yeYovojs So'Çïj) pour cet emploi hellénistique de y^v. èv signifiant le passage à un état. — Tïiv xaTapYou[j.èvYiv n est pas à prendre au sens de l'abolition future de la loi mosaïque, (contre vulg. « quae evacuatur », et les médiévaux, Bèze, l'ancienne version anglicane, peu d'autres), puisque ce trait appartient encore au récit concernant la personne de Moïse {Belser); c'est un participe présent au sens d'imparfait : « qui s'évanouissait ». Sur les sens de /.aTapYsco, v. notre comm. de I Cor., pp. 39, 142, al.
Tout ce verset est inspiré d'E.vode xxxiv, 29-35, avec des nuances d'interprétation que dans Philon aussi on y trouve jointes. Voir vv. suivants et Exe. vu, pour l'idée ajoutée au texte à'Ex., que le l'eflet sur le visage de Moïse s'évanouissait peu à peu.
A. 8. o\i-/[{. : la légère emphase qu'imprime au verset celte forme de négation, nous avons cherché à la rendre en ajoutant l'interjection « ah », — Eorat : ce futur signifie « est et restera », à cause du présent 7t£ptaa£i5et du v. suivant, qui montre que le ministère du N. T. possède déjà la gloire.
A. 9. Ellipse. — t^ oLaxovia au lieu du nominatif dans K, A, C, D*, F, G, al., e, syr.
— Remarquer reptaneuEi présent [supra). — Stx.aioaiivrjç opposé à -/.aTax.piasaj; signifie « [communication de la] justice », et équivaut à Sf/.aiWiç. Glr VEpitre au.v Romains et VEpitre aux Galates, en bloc.
A. 10. Ka\ Y^p, pour intensifier l'affirmation (Lietzmann) ; c'est pourquoi nous le rendons par « oui ». — èv touto) xû [/.Ipei : les uns joignent cette locution à où SsSoÇaaxai [Hofmann, Meyer-IIeinrici, Godet, Plummer, Belser, Menzies, Gutjahr, Lemonnyer, Windisch, al.; Escius : « in hac comparationis materia »; déjà Chrys : èv t. t. ^içzi, tout' èaT\v xKTà tôvtïî; auYx.p(a£ws Xo'yov); et cela donne un sens très raisonnable : « n'a pas été glorifié sous ce rapport, sous cet aspect, dans ce cas [Lietzmann), ainsi considéré, à ce point de vue » de la comparaison avec la gloire du ministère de justice. Mais d'autres, par exemple Bachmann, relient ces mots au participe tô SsSoÇaafisvov qui les précède immédiatement; et cela nous plaît mieux. Bachm. traduit : « ce qui a été glorifié dans cette mesure partielle »; nous préférons « dans ce cas » (cfr ix, 3 : Act. XIX, 27, auxquels renvoie aussi Lietzm.) ou « dans cette matière » ou « dans ce rôle, cette fonction » (de Moïse). Le mot [j.Épo? signifie à l'époque soit la portion assignée dans un partage, soit la partie d'un tout, — ce qui est le sens habituel chez Paul, — soit, souvent dans les papyrus, « genre d'occupation, d'afiaires », ou « matière » dont
sera-t-il pas en gloire? 9. Car si le ministère de la condamnation [était] une gloire, le ministère de la justice l'emporte en gloire, à bien plus forte raison. 10. Oui, cela n'a pas été glorifié, ce qu'il y a eu de glorifié en ce rôle-lA, par rapport à cette gloire suréminente. il. Car si l'évanescent [a passé] par la gloire, le permanent — à bien plus forte raison — [est fixé] dans la gloire.
il s'agit (voir Moulton-MUligan, Voc), et le sens de « fonction » ou « rôle » est fréquent chez les classiques. Il convient parfaitement ici, tandis que dans la première traduction, préférée des critiques, l'expression h t. t. [iépec n'est guère qu'une redondance. — EÏvsxsv, forme exceptionnelle fréquente dans les LXX,et apparaissant aussi Luc^ iv, 18; ?vr/cev est la seule usitée dans les papyrus ptolémaïques (Abel, p. 10); l'vsxa = « à cause de », ou « par rapport à « comme dans les « Mémorables » de Xénophon, iv, 3, 3, ou l'expression classique £[xou y' é'vexa; ici il équivaut à « en comparaison de », « à côté de », « auprès de ». — xî]; U7:ep6. SoÇ/is : l'article équivaut ici à un démonstratif : « cette gloire suréminente » ; ump6., cfr ix, 14, Eph. i, 19, ii, 7, m, 19, l'adverbe ujtspSaX- XdvTtos II Cor. XI, 23, et le substantif ûnspSoXTJ quatre fois dans cette épîfcre, une fois respectivement Rom., I Cor. et Gai.; Paul est le seul auteur du N. T. à user de ces mots, en des passages emphatiques.
A. 11. Stà 8d?ïjç,.,. èv SoÇt). Faufc-il voir une différence de sens marquée par cette différence des prépositions? Disons que c'est au moins très probable, avec Plumnier, tandis que d'autres, comme Gutjahr, le jugent au moins possible. Il est vrai que Paul aime à varier ses prépositions (Lietzm.), mais il ne le fait guère d'ordinaire sans de bonnes raisons, pour marquer des nuances ; tandis que le style sémitique s'efforce de changer les substantifs, adjectifs ou verbes pour dire toujours la même chose, et ne s'occupe guère des particules, Paul le dialecticien s'inquiète peu de répéter les mêmes substantifs, etc., mais fait grande attention aux petits mots qui expriment les relations entre ses idées. Ici il faut bien que la graduation exprimée dans tous les versets précédents soit maintenue au verset conclusif; donc — certainement pour nous — Sta signifie ici le simple passage, et èv la permanence. La phrase, elliptique et très concise, exige encore l'insertion de plusieurs mots en français pour la clarté du sens.
B. 7-11. Paul, qui ne voudrait certes point sous-estimer, comme on l'en accuse, le rôle important et glorieux de l'Ancien Testament dans l'économie du salut, a pourtant charge de montrer combien le ministère du Nouveau, qu'il exerce, est supérieur à celui de l'Ancien, qu'on voudrait lui donner comme idéal ou comme régulateur.
Il le fait par une argumentation a fortiori. U Exode rapporte que le visage de Moïse, quand il descendit du Sinaï porteur des tables de la loi, effraya par son éclat Aaron et tous les fils d'Israël. Aussi, quand il leur eut parlé, il le couvrit d'un voile, qu'il n'ôtait que pour retourner en présence de Yahvveh. Saint Paul ajoute à ce récit un trait (qui lui servira pour l'allégorie do m, 12-18, v. infra), c'est que, sous le couvert de ce voile, l'éclat disparaissait graduellement, jusqu'à la prochaine entrevue avec Dieu (v. infra, 13 et Exe. vu). Ainsi la mission spirituelle confiée au législateur des Hébreux était déjà si glorieuse qu'elle tournait physiquement en une oôÇa, une illumination matérielle sur les traits de sa figure (lysvTÎOr) èv 8d?7), v. 7) : mais pareil éclat n'était que transitoire (parce que la mission, expliquera-t-il, était transitoire elle-même).
Si Dieu a ainsi marqué la gloire d'un ministère qui n'était fait que pour un temps, d'un ministère qui, considéré à part de l'alliance future qu'il préparait, n'aurait été qu'un ministère de mort(v. supra) et de condamnation, durement et froidement signifiée en « lettres » inertes creusées dans la pierre, qu'en sera-t-il alors d'un ministère
88 SECONDE ÉPITnB AUX CORINTHIENS, III, 4-11.
bien plus élevé, qui doit, pour la durée du temps et de l'éternité, graver son effet dans les cœurs et mener les hommes à l'état de justice et de vie éternelle? L'Apôtre, dit Sickenherger, énonce une triple antithèse : la « mort », et 1' « Esprit » vivifiant; — la condamnation, et la justification ; — la caducité, et l'éternité. A la dernière phrase (v. 11), il passe implicitement de la figure au figuré : 1' « évanescent », le transitoire (Tb-/'.a-capYO'i[Aevov) n'est plus seulement l'éclat passager de la face de Moïse, mais tout le système de l'Ancienne Loi et sa gloire dont les rayons étaient l'emblème; le « permanent » (to jjiivov), c'est l'Evangile et sa gloire, qui n'est plus un reflet matériel emblématique, mais consiste, comme dit Bachmann, en toutes les manifestations de puissance extérieure et intérieure que Dieu accorde aux évangélistes et aux croyants. Gela n'est plus une préparation, c'est le définitif; les effets en dureront aux siècles des siècles, — comme la charité qui est toute cette loi et cette économie nouvelle, cfr I Cor. xm, 8-13, notre commentaire.
Cette mise en contraste des deux alliances n'est pas seulement la doctrine de Rom, et de Gai.; elle est, dans son ampleur, et sa comparaison des « gloires » respectives, ainsi que Belser en fait la juste- observation, comme un sommaire de VEpître aux Hébreux.
Si le fond de ce passage est lumineux, la forme reste cependant un peu enchevêtréç et obscure. Paul se répète, se reprend, sans nul souci de bon style, comme un impro- A'isateur à qui vient une grande idée dont il n'a pas mûri l'expression. Rappelonsnous qu'il dictait, — et du premier jet dictait un texte définitif, sans faire de brouillon au préalable. Nous n'avons pas ici un « style oral » artistique, au parallélisme varié et équilibré; c'est un « style parlé » sans élaboration, où les phrases se poussent et grimpent l'une sur l'autre pour se fournir de preuves ou d'instances. Toute intention oratoire n'est cependant pas absente; voulant magnifier le ministère apostolique, Paul répète sans cesse le mot « gloire » pour l'enfoncer dans l'oreille et dans l'esprit de ses auditeurs.
II. La hardiesse est le devoir des ministres de l'Évangile, qui ne peuvent donc se voiler comme Moïse (in, 12-iv, 6).
Intr. — La conscience d'être agents d'une œuvre dont la gloire durera toute l'éternité donne aux vrais évangélistes l'audace de n'enseigner et de n'agir qu'à visage découvert, sans compromis, sans marchandage avec un passé aboli ou des intérêts humains inférieurs. Saint Paul s'en explique au moyen d'une allégorie sur le visage voilé de Moïse, représentant en cet état la « lettre >^ et dont il a parlé déjà ; maintenant il l'oppose au visage découvert du Christ, qui est l'<.< esprit ». Ce morceau est plein de sens, et d'une très h»ute poésie, mais l'interprétation n'en est pas sans difficulté. Dans les six premiers versets du chapitre IV, Paul tirera de sa méditation les conclusions pratiques concernant l'attitude des ministres de l'Évangile, et la liberté, la sincérité parfaites de leur prédication ; ainsi il revient à l'idée qu'il a exprimée d'abord au v. m, 12.
Cil. m, 12. "ExovT£ç ouv 'coia6TY;v èXiutâa tcoXXy) Tcappifjafa *^pw|xe6a'
13. f.cà où xaOaîîrep Mwua^ç èttOct x.àXi)[;.;a,a ï-kX to TcpàciWTCOV aÙTOÏÏ, *xpbç xo [xy]
Gn. m, 12. Donc, possédant une telle espérance, nous usons d'une grande hardiesse.
13. Et [ce n'est] pas comme Moïse, qui mettait un voile sur son visage,
A. 13. xP^^F^aest indicatif plutôt que subjonctif; cependant d, g, Ambr''. traduisent « utamur ». — îtappYici'a (de rav et pYifds) fréquent chez Jean surtout, huit fois chez Paul, signifie « hardiesse, liberté de langage, franchise ».
B. 13. L'espérance de produire des fruits éternels, en gloire éternelle, par un si grand ministère, doit inspirer nécessairement aux ministres de l'Évangile une grande confiance, une grande hardiesse dans leur manière de traiter avec Dieu (Windisch), mais surtout de parler aux hommes. C'est pourquoi ils n'ont pas besoin de s'appuyer de recommandations autres que leurs œuvres (supra, 1-3) et dédaignent toute demi-mesure, tout opportunisme de mauvais aloi dans la présentation de leurs doctrines et dans toutes leurs allures. Il y a toujours dans ces paroles un arrière-son de polémique, comme il ressort du développement qui leur sera donné iv, 1-6, infra,
■ A. 13. Phrase elliptique; sous-entendre « nous ne faisons pas » (comme Moïse), « qui, etc. » — Lire aùrou plutôt que laj-cou de N, D, E, K. — àxsvi'Çui = « fixer le regard », comme v. 7 supra, très fréquent dans les Actes. — Tîpo; xb et l'infinitif, quatre fois dans les épîtres de Paul, signifie toujours le dessein de l'agent (v. infra, à B). — téXoç remplacé par :zpôa(iir.o^ (« faciem ») dans A, f, vulg., Ambi"^, — -cou xarapYou[A£vou est rendu dans la cu/g", par le présent « quod evacuatur », et le pronom neutre « quod » le rapporte à « velamen »; voir infra, B. — Paul utilise Y Exode, XXXIV, 33-35.
B. 13. A partir de ce verset jusqu'à la fin du chapitre (et même aux allusions disséminées iv, 3-6, v. infra), saint Paul affirme la liberté et l'intégrité de son message en l'opposant à l'attitude de Moïse décrite au ch. xxxiv de l'Exode, ce dont il fait une allégorie. Il est libre dans sa parole et ses attitudes parce qu'il prêche l'esprit même de la révélation, qui est la doctrine du Christ illuminateur et déificateur, tandis
ÎK) SECONDE ÉPITRE AUX COniNTHIENS, III, 12-IV, 6,
*à"£Vtjai Toùç uloùç 'lapaYjX dq xb réXoç toù y.aTapYOUjxsvou. 14. 'AXXa èTCwpwOr^ Ta ■voi^ixaia a'JTcoV a)^pt y^p t^; c7-/}[;.îpov '/ijJ.£pccç tb aùxo 'Aà\u\j.[).7. e%\ ty] âvayvwaei t-?;ç
que Moïse, en tant que porteur d'un voile, symbolisait la lettre qui devait être abrogée, laquelle est encore la seule chose que voient les Juifs incrédules, avec l'illusion qu'elle dure toujours dans son éclat, et qu'elle les sauve. Il y a là un reproche implicite à ceux quijudaïsent et ne comprennent pas la liberté évangélique. Il ne faut pas perdre de vue ce but essentiel si l'on veut faire une exégèse exacte de ces versets, qui sont aussi difficiles que beaux. L'opposition de la « lettre » et de r« esprit », exprimée dès le v. 6 (v. supra), au moment où Paul allait commencer à parler de Moïse, doit commander toute l'interprétation. La pensée de Paul, très riche et très nuancée dans son unité prégnante, poursuit son chemin sans aucun écart ni digression depuis le verset 6, où ont été prononcés les deux mots essentiels, les •deux mots-clés, lettre-esprit.
Notre verset 13 ouvre donc l'exposé allégorique d'un très haut enseignement, gros de conséquences apologétiques contre certains détracteurs judaïsants. Il est dit dans l'Exode (voir les textes Exe. vu) que Moïse, une fois ses messages communiqués, mettait un voile sur sa face pour que l'éclat n'en éblouît pas les yeux du peuple. Son intention n'était pas autre; il voulait cacher la glorieuse irradiation divine; mais ce qui se trouvait être dissimulé en réalité aux regards d'Israël, c'était l'extinction graduelle de ces rayons [Bachniann). Nous pouvons voir dans la tournure de la phrase une sorte d'ironie, non certes contre Moïse, qui ne cherchait pas à tromper les Hébreux, mais contre la surestime de la Loi, dont la gloire était représentée par celle de Moïse, et nous pourrions ainsi paraphraser le texte : « pour cacher aux yeux des fils d'Israël ce qui n'était pourtant, à leur insu, -que la cessation d'une chose évanescente ». Il ne s'agit directement que des rayons •de Moïse (v. supra v. 7) ; seulement les versets suivants montrei'ont que l'Apôtre «n a fait un symbole : cette lumière que les témoins croient durable, mais qui s'atténue et meurt sous l'abri du voile, elle représente la gloire même de la Loi, dont cet éclat était le signe matériel, et qui sera transitoire comme son rellet. Ainsi Plummer, Bachniann qui a le mieux saisi ces nuances, Menzies, Sickenberger, H. D. Wendland, al. Ce n'est pas l'intention directe et explicite du récit de l'Exode ^v. Exe. vu), mais une interprétation de Paul [Lietzmann, al.) qui voit dans l'action de Moïse et l'ignorance des Israélites concernant l'extinction de la lumière de sa face, comme une prophétie en acte {Belser) de ce qui devait être le sort des Juifs qui croyaient et croient encore leur loi définitive.
L'interprétation que nous donnons est loin d'être unanime. Beaucoup de commentateurs ont pris le participe xarapYouaévou comme se rapportant directement à l'ancienne économie et non aux rayons de Moïse qui en étaient le symbole (1); ainsi Clirys., Augustin, Théodoret, al., Luther qui fait le participe masculin et se rapportant à Moïse, Gutjahr, Toussaint, Belser, al.; pour eux le substantif téXo;, « fin », signifie «oit l'abolition de la Loi par le Christ, soit le Christ comme « cause finale » de la Loi (cl'v Bom, x, 4), ainsi Theodt., Luther, Estius, Corn, a Lap., Cornely, Toussaint al., comme si Dieu avait voulu cacher aux yeux des Hébreux la gloire future du Christ dont celle de Moïse était un symbole. Ces dernières opinions mettent d'abord dans l'Exode un sens qui n'y est pas explicitement et que Paul ne peut lui prêter (Dieu au contraire voulait que les vrais Israélites vissent r« esprit » sous la
(1) La Vulgale (« quod evacuatur ») et les auteurs qui la suivent le rapportent plutôt au voile emblématique; s. Thomas et d'autres parlent du voile du Temple déchiré à la mort du Christ (Mat.).
pour que les regards des fils d'Israël ne fussent pas fixés sur la fin de l'évanescent. 14. iMais leurs pensées se figèrent; car jusqu'au jour d'à présent le même voile, à la lecture de l'alliance ancienne, demeure; [cela] ne
« lettre »), et toutes transportent explicitement dans l'image du v. 13 l'application spirituelle qui n'en sera faite qu'aux versets suivants, détruisant ainsi la savante progression de l'allégorie paulinienne. — Notre interprétation à nous a pour solide base le rapport évident et harmonique de ce verset 13 avec le v. 7 (v. supra).
— — — A. 14. 'iUXcc réfère probablement la phrase et au verset précédent, et à Tiapprioi'a du V. 12, V. infra à B. — sTjtopwOr) : le verbe Ttojpdw signifie d'abord « endurcir », « pétrifier »; s'il s'agit d'yeux, comme Joh, xvii, 7, sens dérivé : « aveugler ». — Irtî -zrj àvaYvoSuEi peut signifier soit « pendant la lecture » (dans la Koinè), soit (' sur la lecture », c'est-à-dire « sur le sens de ce qui est lu »; pour le sens général, la différence n'est pas grande. — t% -aXaia; ûia97{y.Y]; ; c'est le seul passage de la Bible où l'épithète de naXatoc soit appliquée à l'économie mosaïque, quoiqu'on en trouve plus d'une fois l'équivalent, jrptÔTr) Ileb. viu, 13, ix, 15, et que l'adjectif xaivr} l'implique toujours comme contre-partie. C'est peut-être Paul qui a créé l'expression; le sens en est donné expressément Heb. vin, 13.
Les mots difficiles de ce verset sont [lti àvai'.aXun-cd[xevov oit Iv X. •/.aTapYeî'Tai.
jAT] àvaxaXujtT. est pour les uns un participe épithète ou explicatif se rapportant à •/.âXu[i.[xa, y.âXu[xi/,a [xlvet (Grecs; Ephrem., v. lat., d : « non revelatur quoniam... », g : « non revelatum quoniam... » i>ulg., pes, Ambr'' : « non revelatur; quia in Ghristo evacuatur»; id. Pelage, etc., Meyer-Heinrici, Hofmann, Schmiedel, Lietzmann, Plummer comme probable, Gutjahr, Menzies, Toussaint, Windisc/i, H. D. Wendland etc.); Luther fait de [xr; dva/.aX. le prédicat de [lÉvet. Alors oxi serait causal et signifierait « parce que » (« [le voile]... pas levé, parce que c'est dans le Christ que... etc. », vulg., Ambr^, al., s. Thomas, Estius, Cornely, B. Weiss, Lemonnyer 1922, Bousset, Schmiedel^ Schnederniann Lietzmann, Plummer, Menzies, le plus grand nombre) ; OU bien, comme Guijahr, on trouve une construction prégnante où on est déclaratif : « sans qu'il (le voile) soit levé, [et qu'il soit révélé ainsi] qu'il (l'Ancien Testament) est abrogé dans le Christ », construction pénible. — D'autres considèrent (xrj àvaxaXuTTTo'pLsvov comme un accusatif absolu [Weizsàcker, Godet, Bisping, Schaefer, Moffatt, Meyer, Stanley, Bachmann, Lenionnyer 1905, Belser, Sickenberger, al.) : « vu qu'il ne leur est pas dévoilé que c'est dans le Christ etc. ».
Au verbe xaTapysixat tous ne donnent pas non plus le même sujet. La plupart croient tout naturellement que c'est « V Ancien Testament » (t; TcaXatà SiaOT^xT)), mais quelques-uns croient que c'est le coile (Menzies semble-t-il, Lemonnyer 1922, Loisy, Windisch), quoique le verbe -/.aTapy., comme dit Gutjahr, soit difliicilement applicable à un voile.
Celte variété d'opinions est assez embarrassante. Cependant nous n'hésitons point, d'abord à faire de r.yX. otaG. le sujet de xaxapy., puis à prendre [aï] àvx/.aXu7:id[j.evov pour un participe absolu, avec Sti déclaratif; car, bien que la tournure soit assez rare toujoui's, et unique dans le Nouveau Testament, elle est parfaitement admissible dans la Koinè comme en classique (voir Kûhncr-Gcrth, ii, 2, pp. 88-89, les nombreux participes de fondement ou de déclaration d'un fait ou d'une idée, ainsi SsSoyiJLévov, EÎpYjaévov, YEypajJiijLlvov, yp/iaOév, rpocra^/^ÔÉv, chez Thucydide, Platon, al.), et elle donne un sens très limpide, le troisième membre du verset expliquant le deuxième : « le même voile demeure à la lecture de V Ancienne Alliance, cela ne leur étant pas dévoilé qu'elle est abolie dans le Christ ».
A. 15. rjvi'xa av (èàv), classique, ne se trouve dans le N. T. qu'ici et au verset
*'î:aXaiaç Siaô^^xv)? [xÉVci^ *}J^yJ «vaxaX'J-To.aevov oxi âv XpiuxM * "/.ccvaip^eiiai' 15. «XX' 16. 'Hvîy.a Sa* ààv èxiaTpétj^Y] wpbç xupwv, TCsptatpsfTai tb y.aXu[X[j,a. 17. '0 8à
suivant. — Remarquer que, du visage de Moïse, le voile passe ici sur « le cœur » des Juifs; dans cette psychologie le « cœur » est le siège de l'entendement comme des aftections; clr la « lettre » de 2-3, écrite dans le cœur de Paul et sur les cœ-urs des fidèles, même flottement du symbole.
B. 14-15. On peut relier 14» non seulement au verset précédent, mais aussi, avec Godet, B. Weiss, Plummer, au y. 12. Malgré le franc et clair langage (nappïjcta) des évangélistes, la masse des Juifs du temps de Paul continue à ne pas voir, comme elle l'a fait au cours de toute son existence nationale, que l'économie du Sinaï n'était que transitoire et préparatoire, — tout comme ils n'apercevaient pas la fin du rayonnement sur le visage de leur législateur. C'est un fait permanent, sans distinction d'époques. Comme leur regard était arrêté par le voile, ainsi leurs pensées sont restées figées dans l'illusion. (Peu importe si Windisch objecte que le vei'be est l'aoriste èjtwpoiOr), qui marque un fait transitoire, et non 7:E7itopt6-cat, marquant la permanence ; l'ignorance a commencé [aor.'] symboliquement dès le Sinaï). Il n'y a pas du reste à insister ici, comme le font beaucoup d'auteurs, sur le rapprochement avec haïe, vi, 9, le jugement divin d'aveuglement porté contre Israël coupable, car rien n'indique que Paul y pense dans ce passage ; il constate simplement un lait affligeant, et n'en donnera d'autre cause que la négligence des Juifs à chercher « l'esprit » de leur loi (implicitement au v. 16, infra).
Voici maintenant que Paul transporte ses lecteurs dans les assemblées des synagogues. Moïse est toujours là, parlant aux Juifs par ses livres. Ce n'est plus que l'ancien Testament, une alliance périmée (cette épithète d'« ancien », ■Ko.Xaii, est d'une portée immense, cfr ffeb. viii, 13 : l'alliance du Sinaï, avec toute l'économie qu'elle instituait, est vieillie, usée, mourante ou morte, puisqu'il y en a une nouvelle). Cependant les Juifs ne le voient pas, parce que le même voile — pris ici au sens moral et spirituel — pend toujours entre leurs yeux et le vrai visage de Moïse, ou le vrai sens de sa révélation, qui enseignait elle-même son caractère transitoire (cf. Rom., Gai., Héb. passim). Par une hardie transposition, qui n'a rien d'illicite ni d'obscur, puisque l'idée d'obstacle apporté à la vision reste toujours la même, Paul tait voir maintenant ce voile tendu sur les cœurs, sur les yeux spirituels des Israélites; et en ell'et, ce n'est pas la faute de Moïse ni de l'Ancien Testament, qui fut inspiré de Dieu et i-ellète aussi la gloire divine, si l'on ne voit pas que ce n'est plus qu'une vieillerie, une lumière ayant perdu toute raison d'être pour elle-même, qui a été réduite à rien, abolie (-/.a-capYsiiai) en se perdant dans l'éclat du Christ qu'elle prédisait et qui est venu avec une révélation et toute une économie définitives; ce qui empêche les Juifs de le comprendre, c'est l'endurcissement (èrtoptj&Or]), l'aveuglement volontaire de leurs cœurs (Belser, al., cfr infra, iv, 3-ss).
.. . A. 16. On ne peut dire que ce verset soit une citation biblique expresse, mais c'est à coup sûr une adaptation au présent sujet d'Exode, xxxiv, 34 (LXX), dont il s'inspire et pour la construction et pour pi-esque tous les termes ; voici le texte : fj'iîvia S' av EtçTîopeiiexo Mto'Jar); ïvavTi x.'jpfou XaXêTv aùiw, j;£ptY]pEtTo to y.àXu(j.[ia é'coç xou ây.ropEÛîoOat. Le sujet inexprimé de èmn-cpi'^ri npoz xûptov (substitué îutonop. M. ev. xup. XaX. a.) est, selon les divers auteurs, soit « un homme » en général, -ciç [Origèné], ou Moïse pris comme type {Calvin, al.), ou Israël {H. D. f'Vendland, al.), ou rj zapBia aùtôiv du verset précédent; c'est cette dernière opinion qui paraît être la plus simple, et le mieux aller au contexte, v. infra, B. On discute aussi pour savoir si xuptoç désigne
SECONDE ÉPITnE AUX COniNTHIBNS, III, 15-17. 93
leur étant pas dévoilé que clans le Christ elle s'évanouit. 15. Mais jusqu'aujourd'hui, chaque fois qu'on lit Moïse, un voile est tendu sur leur cœur. 16. Chaque fois pourtant qu'il se tourne vers le Seigneur, le voile est enlevé. 17. Mais le Seigneur est l'esprit; or, où est l'esprit du Seigneur,
Yahwoh (Clirys., Theod. Mops.) ou le Seigneur Christ, v. ibidem.; fuld. porte « ad Deum ».
A. 17. Sur le sens de 8s. v. infra, B. — L'interprétation de 17^ est très variable; mais il faut au moins tenir pour indiscutable que tô nvsufia (malgré l'article, qui sert à déterminer le sens, v. infra B) est le prédicat, et 6 /.ùptos le sujet. — Cfr m, 6, où Ttveujjia s'oppose à Ypoc[ji[jLa.
B. 16-17. Ces versets sont au cœur de tout l'enseignement, direct ou allégorique, qui s'étend de m, 4 à iv, 6, et de toute l'apologie de Paul contre les judaïsants, pour défendre sa liberté de vrai ministre du Nouveau Testament, n'ayant rien de commun avec les opportunistes et les « brocanteurs » d'évangile. Mais leur vraie portée échappe à beaucoup.
L'Apôtre vient donc de parler de l'aveuglement des Juifs. Durera-t-il indéfiniment? C'est encore l'exemple de Moïse qui sert pour la réponse. Chaque fois, dit l'Exode, que le législateur remontait prendre les ordres de Yahweh (xiiptov dans les LXX), il ôtait de sa face le voile qui la cachait aux Israélites. Ainsi en sera-t-il de ses adeptes. Lorsque leur cœur (Godet, Lietzmann, GutjaJir, al.), ou le peuple mosaïque que son chef figurait (6'c/»zec?ermann, Covssen, Bachmann, Windisch. Toussaint, H. D. Wendland, al.), se tournera vers la Source et l'Auteur de sa Loi, ou chaque fois que n'importe qui en général {Orîgène, S. Thomas, Heinrici, Schmiedel, Boiser, Plummer, Lemonnyer, Loisy, Menzies, al.) se retourne vers Dieu, alors tout voile est enlevé, l'inintelligence s'en va. Ici le nom -/.upio?, pour les uns, repi'ésente Dieu, le Dieu qui parlait sur le Sinaï (ainsi des Pères, Gutjahr, Belser), mais pour la généralité, le Christ. Une discussion sur ce point n'a pas grande portée, puisque, pour saint Paul, le Christ est certainement Dieu; et quand les Israélites se tournaient vers Dieu du fond du cœur, que ce fût avant ou après l'Incarnation, c'est toujours, dans la doctrine paulinienne, le Christ, le Christ déjà annoncé avant son existence historique, qu'ils reconnaissaient sous la lettre de leurs Écritures, dont il est « l'esprit » (voir verset 17); pour eux alors Moïse, c'est-à-dire son enseignement, se dégageait du voile qui masquait son vrai rôle, ils reconnaissaient que ce rôle avait été de les préparer à connaître le Christ.
Si Paul énonce dans ce verset une vérité applicable à toute conversion, il n'en pense pas moins en premier lieu aux fils de sa race ; il avait vu beaucoup de conversions parmi eux, il était Juif lui-même. Ici brille donc une lueur des grandes espérances qu'il devait exprimer Rom. xi sur la conversion d'Israël.
Jusqu'à présent, les difficultés ne sont pas grandes. Mais nous voici arrivé au fameux verset 17, qui donne lieu à tant de discussions parmi les commentateurs.
Disons d'abord comment nous concevons son lien organique avec le contexte (car ce n'est nullement une parenthèse, quoi qu'on en ait dit) : Celui qui s est tourné vers le Seigneur a vu tomber le voile (v. 16) et par conséquent il contemple le Seigneur à découvert. Mais, voyant le Seigneur, il voit le véritable objet, il voit l'esprit de toute la révélation, l'esprit qui vivifie [supra, v. 6) et non plus la lettre qui tue après avoir condamné et asservi {voir aux \v. 6, 7, 9); par conséquent il devient libre (17"^), car nul ne peut entrer en contact avec l'esprit qui donne la vie sajis trouver la liberté, — cette liberté que Paul possède en grand et qu'il veut, en tout ce passage. Justifier contre ceux qui la lui reprochent (voir v. 12, supra, et IV, 1-ss., infra).
%6pioq To *%')eu\i(x èaTtV oZ Se xh xveufAa */,upbu, èXeuOspîa. 18. 'H[X£tç os TCavxec àvay,exaXu[ji,[;,£vq) lupoawrca) t-Jjv Sc^av y.jpiou xaTOTCTptÇo[j.evoi ty]V aùrr^v etxova [;.£Ta- [;.op(pot>,a£Ôa czTûb Sô^'/jÇ sîç âo^av, y.xOaTïsp à'Tub "/tupiou *ii:veû[^.aTOç.
Le tout est de bien comprendre et traduire, en ne nég'ligeant aucune ressource du contexte, la proposition ô 8è x>jptoç to nveu(j.à èctiv. Sur cette question si discutée, nous ne connaissons point d'exposé meilleur ni plus clair que celui du P. Prat, dans « \(^ théologie de Saint Paul », II, note T. Nous le suivons pour l'ensemble, et nous faisons nôtres ses conclusions.
Tout d'abord, le texte est assuré, et il ne faut pas, comme Baljon ou d'autres, chercher à corriger ô os xup. en oS 81 v.<Sp'.o; ou ou 8' ô xôptoç (ce qui répondrait d'ailleurs assez bien au sens, mais serait moins expressif, moins frappé, v. infra)..
Les deux substantifs étant accompagnés de l'article (6, to'). on ne peut déterminer en toute rigueur grammaticale lequel est le sujet et lequel est le prédicat. Aussi les Pères grecs, Athanase (« De Trinitate et Sp. sancto ». PG, xxvi, c. 545), Chrys., Théodore de Mopsueste et T/iéodoret (ces deux derniers en insistant), s. Basile, Œcumenius, ont-ils pu faii'e de Pneuma le sujet; la phrase signifierait que l'Esprit, le Saint- Esprit vers lequel se tourne le chrétien comme Moïse vers Yahweh, est le Seigneur, c'est-à-dire Dieu (voir Prai, loc. laud., ii). Chez les Latins, la Glose ordinaire atûrme : « Ordo verborum est : Spiritus sanctus est dominas », et Haymon, Hervé^ Lombard^, Thom.^, Lyr., al. disent la même chose; eux, ils comprennent : « le Saint-Esprit est seigneur, maître » (ibid.). Une suggestion de Jlort (voir Menzies, p. 25), qui propose de substituer y,ipiov à xupt'ou dans l'J^, et de comprendre ; « Là où l'Esprit est maître (xiipiov neutre, pris adjectivement), est la liberté », reviendrait à la même exégèse. Mais tous les autres modernes, et avec raison, sont d'avis que, dans cette proposition à double article, il y aurait une équivoque inadmissible si la fonction de sujet n'appartenait pas au premier nom : « Le Seigneur est l'esprit ». Rien, dit Prat, ne justifierait l'inversion si xô w^bu^lix était sujet.
Il faut donc traduire : « Le Seigneur est l'esprit ». Mais « le Seigneur », qui est-ce? Et comment devons-nous comprendre : « l'espi'it » ?
Le Seigneur, étant donné l'usage invariable de saint Paul, est certainement Jésus- Clirist. Nous avons vu que, même dans son adaptation du texte de l'Exode au v. 16 (et souvent ailleurs dans ses citations bibliques, où apparaît xiSpioç), Paul applique ce nom au Christ, au moins dans son acception dernière.
Maintenant, « l'esprit »?
Grande divei'gence entre les auteurs. Nous discuterons leurs opinions variées à l'Exc. VII. Voici celles quil ne faut pas admettre :
1° « Pneuma » n'est pas ici un concept à' espèce, « esprit » au sens de « possesseur d'une nature spirituelle », comme dans I Jean, « Dieu est esprit ». L'article mis devant le prédicat (chose significative surtout en grec) montre qu'il a la même extension que le sujet, qu'il désigne donc une grandeur individuelle [Bachmann) . Contre tous les syncrétistes qui veulent faire dire à Paul que le Christ (glorieux) est d'une substance éthérée ou fluidique, d'après la philosophie ou la mystique de l'hellénisme. Pareille assertion, même si elle n'était pas, comme elle est, pure fantaisie, n'aurait aucun rapport avec le contexte. — Ce serait du reste également un hors-d'œuvre inutile à l'argumentation que d'affirmer ici que le Christ est d'essence divine (contre Eusèbe, al. et beaucoup de modernes), ce dont aucun fidèle ne doutait, ou qu'il est, en tant que Dieu, de môme essence que le St-Esprit, la doctrine de la Trinité n'étant pas ici en cause (contre Meyer-Heinrici, Toussaint, Holzmeister, Sickenberger, al.).
2° La phrase ne signifie pas l'identité personnelle du Christ et de l'Esprit-Saint, ce qui serait contraire à tout le Nouveau Testament, et à Paul lui-même, qui exprime
[est] la liberté. 18. Quant à nous, reflétant tous sur un visage sans voile la gloire du Seigneur, nous sommes métamorphosés à la même ressemblance^ de gloire en gloire, comme par l'action du Seigneur, [qui est] l'esprit.
très souvent la distinction. Contre tous ces hétérodoxes modernes pour qui TEsprit- Saint opérant dans l'Eglise n'est que le Christ ressuscité et glorieux.
3° Le texte ne signifie pas non plus — au moins premièrement et in recto — une identité « dynamique » entre le Christ et l'Esprit-Saint, comme formant une source commune des opérations de la grâce. Coxvive Bisping, Plummer, Holzmeinter^ Gnijahr,. Fillion, Windisch, al. Car les mots disent plus que : « le Seigneur et l'Esprit sont intimement unis dans leur opération » ; ils expiûment une identité.
4° Enfin, il ne me paraît pas non plus entièrement satisfaisant d'entendre, avec 1& catholique Belser et d'autres, que (sans qu'il soit fait mention expresse du Saint- Esprit), « le Christ est l'esprit », en tant qu'il est « le principe de la vie plus haute^ surnaturelle, l'unique fondement de la vie en esprit, etc. », comme Jésus dit dans 1& 4« Evangile : « Je suis la Lumière », « Je suis la Vie », Plusieurs fois, assurément,. Paul joint dans ce sens le mot nveui^a, pris comme nom d'essence (voir Comm. I Cor, Exe. v), au nom du Christ, par exemple I Cor. xv : eîç 7ïveufi.a Çwotocouv, Mais, dans notrepassage présent, il y a rà jîv£u[j.a, donc nveuf^a n'est pas pris dans un sens appellatif,: ni d'extension plus grande que le sujet auquel il est attribué. D'ailleurs encore, 1& rapport au contexte n'aurait pas ainsi toute la précision qu'on peut lui donner.
Voici donc notre interprétation, celle qui tend à se généraliser parmi les exégètes orthodoxes, et qui était déjà indiquée ou pressentie autrefois par Origène, par scdnt Thomas (après mention de celle de la Glose), et d'autres :
Pour avoir le sens exact de x6 r,^tu\i.a. « l'esprit », il n'y a pas à chercher hors de notre épître, ni du contexte le plus proche. Au v. 6, qui commande tous ces développements sur Moïse et l'Ancien Testament, Paul l'a suffisamment précisé : c'est l'opposé de « la lettre », Ypà(x|j.a. La « lettre », ou ce que voit dans les Écritures l'intelligence obscurcie, matérielle, des Juifs non éclairés, c'est Moïse couvert du voile, et mal compris; !'« esprit », ou le profond sens divin de l'Ancien Testament, c'est le Christ, — le Christ annoncé comme futur au temps de Moïse, maintenant présent et dévoilé tout à fait (v. 18, infra), mais qui était toujours le but de l'enseignement des saintes Lettres, le principe qui les inspirait, l'objet qui les animait, bien que seulement entrevu, d'un sens sauveur. Dès que cet « esprit » est aperçu la gloire transitoire de Moïse ne risque plus d'empiéter sur la sienne, puisque le voile a disparu, que Moïse reste toujours tourné vers la Divinité et brillant de son reflet, que la lettre n'est plus « lettre », lettre qui tue, puisqu'elle n'arrête plus les regards, et sert tout entière à mener à l'esprit.
Cette opposition « lettre-esprit » est une antithèse constante chez Paul; elle reparaît Rom. Il, 29, cfr ii, 27, et vu, 6. Nous y reviendrons plus bas. Pourquoi ne serait-elle pas déjà exprimée dans notre verset, que seule elle sufiît à mettre en parfaite harmonie avec tout le morceau qui le contient? On objectera bien que le v. 6 est éloigné du v. 17, et que le motYpau-[j.a n'est pas répété dans l'intervalle; mais, répond Bachmann, tous les versets intermédiaires en ont maintenu l'idée présente au lecteur, puisqu'il n'y était question que de loi écrite sur des pierres, de lecture de Moïse ou de l'Ancien Testament. Depuis le v. 6, il n'y a ou aucune rupture, aucune digression dans la pensée de l'Apôtre.
Voilà donc le sens essentiel d'« esprit » en notre passage. Mais, virtuellement et nécessairement, le même mot évoque, en plus de l'idée de « vrai sens », « sens profond », celle de puissance, puisque « l'esprit vivifie »; une fois qu'il est saisi, il
Gu. IV, 1. Aià xo!)to, £)jovt£ç tyjv Staxoviav -raûr^v, xaGwç '^X£-/^,0y){i,£v, oùy. Ivy,axoujxsv, 2, àXXà à';i:ct7ca[->.îOa xà y.pUTCxà xvji; aîar^iivvjç, *sj,y) TiepiTcaToDvTâç ev 'Ko.voopyioc
opère dans les Ames, et ainsi sont connotées toutes les opérations de la grâce qui procèdent de la foi et de la charité qui l'accompagne. Par là même le Saint-Esprit, leur principe eiïicient, est, peut-on dire, noté aussi in obliqua. Et lorsque Paul continue sa phrase ainsi : » Mais là oie est l'esprit da Seigneur, est la liberté » (17'^), le mot « esprit » désigne, en plus de la véritable intelligence de la révélation, tout entière concentrée dans la connaissance du Christ, l'ensemble des forces illuminatives, opérantes, transformatrices qui sont dans le Christ ; par conséquent on peut voir directement, si l'on veut, le îSaint-Esprit en ce second membre de phrase, puisque c'est le Christ rédempteur et triomphant qui l'envoie (Act. i, 5, 8, ii, 33, cfr Jeanxï\-x\i, al.) et qui gouverne par lui l'église et les âmes rachetées. Le passage se fait sans heurt de l'acception formelle à l'autre, du Christ-objet qui « est l'esprit » au Christ qui possède et distribue l'esprit, ou qui envoie le Saint-Esprit. — Cette intelligence de l'esprit des saintes Lettres et cette communication de l'esprit du Christ donnent la liberté, cette liberté chrétienne exaltée I Cor., Rom. et Gai. et que les apôtres doivent manifester à un degré supérieur.
Les derniers mots du v. 18 (v. infra) confirmeront cette interprétation. Les éclaircissements qu'elle demande encore seront donnés à I'Excursus vii.
' A. 18. Marcion a pour ce verset un texte particulier : yjixeïç ^dij (pour ôè)
(îîavxEç manque) àva-/.exaXu[Ji[i.|vt{) izpoaiÔKM ràv ^qiarov (pourxrjv 8dÇ. xup.) xaxoTzxptÇo'pvot
k-m 86Çï]ç xvqiov (addition exégétique) sfç 86Çav, x.xOârcsp ànb y.uptou nvevfxârtav (pour rvsiS- \i-o.-zo(;), cfr Intr., p. LXii.
xaxoTîTpiÇdfj.svoi : le sens de ce verbe pourrait être « voir », « contempler » dans un miroir comme dans Philon, « Legis AUegor. » ni, 33, où Moïse dit à Dieu : « Ne te dévoile pas à moi par le ciel... ou simplement par quelque objet de la création, u.Tr]8è y.aT0XTpiaa({Jiriv Iv aXXw xtvt x^jv orjv iSlav, r\ h col xûS GetS, « et puissé-je ne contempler ton idée en rien autre chose qu'en toi. Dieu ! » C'est le sens adopté par les Latins, vulg. (« spéculantes »), Ambr^., Pelage, Aug., puis Lap., Cornely^B. Weiss, Toussaint, Lemonnyer 1905, Windisch. al. Mais le sens de « réfléchir » comme un miroir [Plutarque, « Morales », 894 d) est celui de Chrys., Théodoret, Estius, Schaefer, Lietzmann, Plummer, Bachmann, Belser, Menzies, Lemonnyer X^^'i, Sickenberger, etc., et il est préférable (v. infra, à B).
xï]v aùx^v sczdva [jLexa[JLop(i)oij[j.sOa. Pour le verbe [xexa(jL., cfr iîom. xii, 2, et Mat. xvn, 2, Marc IX, 2, dans la scène de la Transfiguration. L'accusatif sans préposition, ttjv aux. Etxdva, est « accusatif de l'objet interne » [Bachmann) . ou bien il marque, à la façon usitée surtout chez les poètes, le but du mouvement [Abel, p. 175). — àw So'Çtiî eiç 86Çav. L'addition de Marcion (supra) est explicative, et, d'une manière analogue, Chrys. et Théodoret l'entendent ainsi : « de la gloire (de l'Esprit) en (notre) gloire » ; id. Bengel, Belser, al. ; mais il est mieux de le comprendre d'un simple accroissement continu de la gloire reçue, dans la métamorphose progressive, cfr supra, ii, 16, « de mort en mort, de vie en vie », et Rom. i, 17. V. infra, B. — Après -/.aôàwp, Belser, Windisch, beaucoup d'autres, voudraient sous-entendre quelque chose comme etxdç èffTtv = « ainsi qu'il convient )> (de la part du Seigneur); ce n'est pas nécessaire, V. B. infra.
Le plus difficile est de comprendre les derniers mots, h.-Ko xupi'ou TivEup-atoç, car grammaticalement ces génitifs pourraient se rendre de diverses manières : 1° on peut faire dépendre nv. de xup. : « par le Seigneur de l'esprit » (ainsi Erasme, Rilckert, Lietzmann, Sickenberger, Windisch, H. D. Wendland, al.; cfr Marcion, kiio zuptou TcvEUjxaxojv) ; 2° dépendre xupt'ou de 7tv£ui;.atoç : « par l'esprit du Seigneur «
SECONDE ÉPITRIÎ AUX COniNTHIENS, IV, 1-2. 97
Cil. IV, 1. Pour cette raison, puisque nous avons ce ministère, selon la miséricorde qui nous fut faite, nous ne défaillons point, 2. mais nous avons mis de côté les dissimulations de la honte, nous qui ne marchons pas dans
(ainsi s. Ephrem, Âmbi"'., Calvin, Lemonnxjer, Toussaint, Gulj'ahr, Callan, Sales, al.); 3° faire de xup. une apposition à 7:v. : « par l'Esprit [qui est] Seigneur » (ainsi Ilort qui a proposé de faire -/.upiou adjectif, v. supra); 4° de TivEu^aa une apposition à xupîou : « par le Seigneur [qui est] l'Esprit » (ainsi pes., C/iri/s., Thèodoret, De Wette, Bachmann, Plammer, Menzics, Loisy, Belser génitif de qualité. Delà fosse, Prai; \oiv celui-ci, loc. laucL, V). Pareille apposition s'est déjà rencontrée ni, 3 : èv TcXaf'tv xapoiatç cap/.t'vatç. Nous adoptons cette quatrième interprétation, voir nos raisons plus bas.
B. 18. La conclusion de l'ailégorie est exultante. Nous tous — c'est-à-dire tous les croyants — nous n'avons pas de voile (puisque nous avons percé la « lettre » et possédons la révélation directe de l'Evangile), pas dévoile qui nous empêche de voir « l'esprit », le Christ; et c'est comme Moïse quand il se tenait devant Dieu au Sinax. Mais nous n'en portons pas davantage, à la différence de Moïse, qui nous cache au regard des hommes (à cause de notre « liberté » èXsuÔEpia, v. 17). Qu'en résulte-t-il? C'est que nous voyons toujours la gloire du Christ, gardant nos visages tournés vers lui, et, comme Moïse reflétait temporairement la gloire de Yahweh qu'il avait vu, nos visages réfléchissent continuellement l'éclat du Christ-Dieu (vrai sens de /.aïo;:- TptÇd[j.£voi, d'après tout le contexte si l'on n'oublie pas la comparaison avec Moïse) (1). Et cet éclat (au sens spirituel, bien entendu), dépasse l'illumination de Moïse, tant en durée qu'en intensité [Windisch). Cette illumination continue fait que l'éclat de notre visage spirituel va grandissant toujours; « de gloire en gloire », marque le progrès, plutôt que le simple fait d'être éclairés « par la gloire du Seigneur » devenant « notre gloire » (v. supra. A.). Par là tout notre être subit une métamorphose graduelle (« de gloire en gloire ») et nous nous transformons de façon à reproduire de mieux en mieux l'image du Christ, qui est l'image parfaite de Dieu (t})v aùr/iv eixôva; cfr iv, 4; Col. \, 15). Cette assimilation du croyant au Christ est la grande idée fondamentale du « paulinisme », cfr Rom. viii, 18, I Cor. xv, 44-suivants, Pldl. III, 21, et bien d'autres passages. Merveilleux elfet qui ne peut manquer de s'accomplir, puisque nous sommes sous l'action du Seigneur, notre intelligence se portant toujours directement sur I'k esprit », non sur une lettre, c'est-à-dire sur « le Seigneur, [qui est] l'esprit », àTïb y.upt'ou 7:v£u[j.aToç, voir au v. 17. Il s'agit donc de {'efficience de cette présence spirituelle du Christ réverbérée dans nos âmes {Plummer, al.) et pas seulement de la convenance qu'il y a pour la générosité du Seigneur à illuminer ses fidèles (cfr Ambr'-' : « lalem gloriarn dari quae sublimitati congruat dantis »).
Une idée complémentaire, que suggère toute l'allégorie, et qui inspirera d'ailleurs le début du chapitre suivant, c'est que les vrais chrétiens, et tout spécialement les apôtres, qui ont fonction d'instruire et d'édifier, illuminent par l'éclat de leur doctrine et de leur vie les autres hommes qui ont des yeux pour voir. De toutes façons, les évangélistcs (et chaque croyant doit l'être dans sa mesure) sont donc dans une condition passive et active supérieure à celle de Moïse et des croyants de l'Ancienne Loi (Voir infra, à iv, 6).
(1) Ce sens est impliqué également dans l'autre interprétation (« spéculantes »), car, dit s. Thomas, ad lac, la connaissance est une assimilation à l'objet vu. Et si Ton regarde le soleil, la face est illuminée. — Giitjahr qui, au v. 16, a voulu voir dans x'jpiov non Jésus- Christ, mais la Divinité, doit soutenir alors pour xaTOTtr. le sens de « regarder dans un miroir », ce miroir étant l'humanité du Christ, sa vie terrestre, qui est le miroir des perfections divines. Explication cohérente, mais pas avec tout le contexte,
SECONDE ÉPITRE AUX GOniNTIIIENS. 7
98 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, III, 12-lV, 6.
It.Tf^k SoXouVTcÇ Tov AÔyov Tou Gsou, àXXà t^ çavspworet xîjç àX'/jOsiaç *(Juviori;avovT£ç èay-oùç 7:phq TCaaav auveîSvjatv àvGpwirwv Ivwxiov toÏÏ Geou.
3. El Se y,«l EŒTtv y,£xaXu{^-[J.£Vov xb eb(x-Y^éXio') '^\).m , èv xotç *àTCoXXu[;,évoiç IgtIv
On voit que nous avons choisi, pour l'interprétation de ànb xupt'ou Trvs'jjjLaioç, la traduction qui niet le mieux ces mots en harmonie avec le verset précédent, et qui d'ailleurs, au présent passage, est autorisée par l'exégèse des Pères grecs.
Que la « métamorphose » des croyants qui s'assimilent au Christ soit d'ordre spirituel, et ne consiste pas, contre certaines théories de syncrétistes modernes (v. Exe. VII, infra), dans la germination et le développement secret de je ne sais quel corps éthéré, nous en avons une preuve (s'il était besoin d'en chercher contre ces fantaisies érudites) dans un texte clair de Paul, Rom. xii, 2, où il est dit que la « métamorphose » consiste en une rénovation de l'intellect, vouç ; « [xeTaji.opoooaOai Tr} àvaxaiviôoEt -cou vodç ».
Le V, 18, à cause de ce mot [xexa[j.opç., reporte l'esprit de beaucoup d'exégètes vers le récit de la Transfiguration dans les Synoptiques. L'analogie est assez fortuite, et ne donne pas droit d'inférer, ni avec Feine (« Jésus Ghristus und Paulus », pp. 144-149) que Paul se soit inspiré ici de ce souvenir évangélique, ni encore bien moins, avec des théologiens libéraux qui vont de Pfleiderer (« Urchristentum ») à Goguel (RHR, 1920), que le récit synoptique dépende de II Cor. ni, 18.
■ A. IV, 1-2. Les témoins se partagent entre èY(v)-/.oi/.oî5[j.Ev et èy.xa>ioî5[j.sv,
mais les deux ont le même sens, « se décourager », « se laisser aller à la négligence ». — xaG. èXsr^O. cfr I Cor. vu, 25. — àneiTcàfAsGa, une dé ces formes en a au lieu de o qui se rencontrent dans la zotvrj, Polybe, LXX, N. T. — xà xpujtrà xî); abx,tivïiç. Le mot de « honte » est-il à prendre en un sens objectif (de choses qui sont véritablement honteuses, comme PItil. m, 19, al.) ou subjectif (d'un sentiment de honte qui peut ne pas être justifié, de fausse honte, comme Ro?n. i, 16 et II Tî/n. I, 8)? Pour le premier sens se prononcent Lietzmann, Toussaint, Windisch, al., mais pour le second le plus grand nombre, Plummer, Bachmann, Belser, Gutjahr, etc., et nous croyons que c'est l'interprétation la mieux fondée, puisque le but de Paul est de défendre sa liberté et sa franchise (nasprjata, v. 12, supra). Naturellement il faut écarter des opinions isolées comme celle de Théodoret, qui pense ici à la circoncision, et de Calvin qui parle des ornements philosophiques que Paul rejette; elles n'ont aucun appui dans le texte présent. L'aoriste ccTzznzdtxz^a. signifie que Paul a mis toute fausse honte de côté, d'un seul coup, une bonne fois pour toutes, quand il est entré dans l'apostolat [Bachmann, Gutjahr). On pourrait rendre familièrement les mots en français par « les cachotteries de la timidité, ou de la fausse honte ». — jïavoupyt'a, cfr infra, xin, 3. — SoXouvxsç xôv Xdyov xou Ôsou, cfr ii, 17, y.anTiXeûovTsç ; le verbe SoXdoj, ici « falsifier » ou aussi bien « déguiser », n'apparaît pas ailleurs dans le N. T. — oruviaxi^vovre;, cfr m, 1, et plus bas v, 12, vi, 4; la répétition de ce mot montre comme toute la section se tient.
B. IV, 1-3. Après celte haute « digression » doctrinale et mystique, Paul reprend le fil de la pensée exprimée au v. 12, concernant la franchise de la prédication évangélique, fruit de cette liberté (v. 17) que donne la connaissance de l'esprit de la révélation. Ces versets se joindi'aient aussi bien, pour le contenu et pour le style, à m, 6 ( Windisch), sans qu'il y ait cependant aucun lieu de soupçonner le passage intermédiaire d'interpolation ou de déplacement, puisque c'est cette allégorie du voile qui contient la justification de l'attitude des apôtres.
Donc, charges qu'ils sont du ministère de l'alliance nouvelle et définitive [supra, m, 6-suivants), non à cause de leur mérite mais par la miséricorde de Dieu [supra,
l'astuce ni ne dégaisons la parole de Dieu, mais qui, par la manifestation de la vérité, nous recommandons nous-mêmes à j^oute conscience humaine, à la face de Dieu.
3. Si pourtant il est encore voilé, notre évangile, c'est chez ceux qui se
m, 4-6=»), celte miséricorde à laquelle Paul attribue tout ce qu'il peut réaliser comme apôtre, et môme simplement d'être dig-ne de foi (I Cor. vu, 25), les évangélistes se remplissent de courage et sont mis au-dessus de toute défaillance {où-A. Iy/.a-/.,). Ils ont rejeté toute fausse honte, toute ruse de prudence humaine dans la proclamation de l'Évangile [supra, ii, 17). Ce ne sont pas gens à chuchoter dans le secret de petits lambeaux de leur doctrine accommodés au goût de quelques auditeurs, des progagandistes qui dissimulent en partie leurs vraies intentions, des « VVinkelapostel », comme les Allemands disent. Il y en a peut-être de tels à Gorinthe; mais Paul ne leur ressemble en rien. Si on l'accuse d'astuce (reavoupY^*; cfr infra, xi, 3), pareille calomnie ne peut l'atteindre, lui qui prend garde de rien dissimuler ou altérer de la pure parole de Dieu (ii, 17), et qui, agissant en pleine lumière sous le regard divin (âvcî)-. t. Osoîî), ne compte que sur la manifestation de la vérité sans voile, mais y compte fermement, pour oser se recommander lui-même, non pas aux seuls Corinthiens, mais à tous les hommes (v. supra, m, 1-3), en faisant fond sur les lumières que leur donne leur conscience morale (auv£(8Y)(jtg) pour leur faire reconnaître sa droiture et l'autorité de sa mission (cfr i, 14).
C'est le Ion d'apologie qui reprend, et va toujours s'accentuant. Nous sentons que Paul repousse des accusations, qui demeurent encore pour nous assez imprécises, mais devront certainement se préciser par la suite. Et, à sa manière de polémiste redoutable, il se défend en portant la guerre chez ceux qui l'ont attaqué. Non, assuret-il, ce n'est pas lui qui aurait besoin d'user d'astuce,... comme d'autres, qu'il ne désigne pas encore; car, lui, il n'a pas à cacher de petites manoeuvres pour falsifier l'évangile, etc. (cfr ii, 17 et m, 1).
Il est clair qu'il vise quelqu'un, — et de telle façon qu'il ne pourra manquer plus tard de le démasquer. C'est aux chapitres x-xni que la chose sera faite. Ces premiers grondements de polémique, encore vagues et étoufTés, ont certainement bien plutôt l'air de préparer une explication décisive que d'en rappeler une qui aurait été déjà donnée. Là-dessus, je pense qu'aucun bon'psychologue ne me contredira, et il faudra s'en souvenir quand viendra le « problème des Quatre Chapitres » (voir Exe. xiv).
Notons pour l'instant que Paul prend déjà ses positions pour assui'cr sa victoire ; la plus forte, l'essentielle, il la prend dans la transcendance môme de l'Evangile qu'il a mission de prêcher. Dans sa défense belliqueuse, il passe insensiblement d'une allégorie où ne paraissaient visés que les Juifs purement incrédules, à l'attaque contre des Juifs mal convertis, des judaïsants, — et d'autres avec eux.
■ A. 3. êv Toiç (ijcoXXu[jL., cfr I Cor. i, 18, pour le mot et le sens, et supra, u, 15. — 'écTtv xExaX. : la tournure avec le participe parfait signifie que l'évangile ?'este voilé. Cfr supra, 14-16, 18.
A. 4. ô Oeo; tou atwvoç toutou. Par crainte de favoriser gnosticisme et manichéisme, beaucoup de Pères grecs et latins, //-cTiée (« Adv. haer. », ni, 7, d), Origàne, Tertullien, Hilaire, Chrys., Aug., Tficodt.. ont disloqué cette expression, pour entendre Oedç du vrai Dieu, et faire de t. afûvo? t. un génitif dépendant du mot éloigné tCjv àTitcîTtov : « Dieu a aveuglé les pensées des infidèles do ce siècle ». S. Augustin {contra Fausium, xxi, 2) dit que la plupart des catholiques l'entendent ainsi de son temps. Évidemment pai*eille opinion n'a plus qu'un intérêt historique. S. Paul parle du « dieu de ce siècle », de Satan, qu'il appelle ailleurs {Eph. ii, 2) « le prince de la puissance
tou Ôeou.
5. Où Y^P éauTO'jç */,Yjpucr(ro[;-sv, àXXà XpicTOV 'Ivjaoïïv y,ijpi.ov, éauToùç Se SouXouç
de l'air «, tov ap)(^ovca Trjç èÇouaiaç tou àspoç, et qui est nommé trois fois chez Jean, par la bouche du Seigneur, « le prince, ap7.wv, du monde » {Joli., xii, 31, xiv, 30, xvi, 11); cfr le sens de tô3v dtpyovTwv toîj aîôivoç dans I Cor. ii. 6, 8, voir notre commentaire. Il n'y a rien là de manichéen; le diable, comme un usurpateur, domine le monde infidèle par la corruption morale, et prétend en être prince (voir la Tentation dans les Synopt.). Aucun sens gnostico-marcionite non plus, comme le reconnaît Wlndisch; naturellement Delafosse, avec sa marotte de Marcion, découvre ici le Dieu des Juifs. Voir sur cette question la bonne dissertation de Plummer, pp. 114-116. — rà vorfi^axa Tôiv àrtfattov est une construction assez irrégulière; l'adjectif a7c. se réfère à un aùtwv pensé par saint Paul {Lietzmann) , et cela se rend très bien ainsi en français : « a aveuglé leurs pensées d'infidèles », des infidèles qu'ils sont.
:ïpbç TO [XY] aiyaoat : le verbe aùyaÇto (de aùyTJ, « éclat », « vive lueur »), très littéraire, ne se rencontre qu'ici dans le N, T., très rarement dans les LXX, et nulle part dans les papyrus (cependant BtïiuyaÇev Pap, Lond. 130'°, du i^"" ou n° siècle, M.-MilL). Il peut être intransitif et signifier « briller », ou transitif soit dans le sens d' « éclairer », {Euripide) soit en celui de « voir clairement », « fixer les yeux sur » quelque chose. Nâgeli (« Wortschatz », p. 25), lui accorde ce dernier sens qui se trouve chez Sophocle, « Philoctète » 217. C'est celui que nous choisirons, à la différence de D^-3. E, K, L, P (qui ajoutent aÙToTç après aûy.), i^ulg. (« ut non fulgeat illis), sxjr., got., éih., les anciens tels que Chrys., Eplirem, al. et Bachmann, Belser, Gutjahr, al., mais avec Lietzmann, Lemonnyer, Loisy, Delafosse, Windisch, al., parce qu'il est très bien en situation et rappelle àTevîaai de m, 13, où le sens est analogue, et à cause de l'absence de aÙToïç. Le livre de la Sagesse (vn, 26), qui est très littéraire aussi, emploie le nom composé à7;auYaCTtj.a.
TOV cpa)Tca(j.ov tou EÙayYeXtou Tr)ç odÇrjç toî3 XpioToij, accumulation de génitifs qui nous montre l'esprit de Paul gêné sous la pression d'idées qui l'enthousiasment. Cet état lyrique est signalé par l'emploi de mots très recherchés, comme tout à l'heure aùyaaat, et maintenant «ptoT;tcr|j.o'ç. Ce dernier, également absent des papyrus, et trouvé six fois seulement dans les LXX, reparaîtra au v. 6, et nulle part ailleurs dans le N. T. (On sait que le langage ecclésiastique l'a appliqué plus tard au baptême). Il peut signifier l^illumination au sens transitif, ou au sens passif de « lumière reçue » ; le sens actif nous semble préférable ici, à cause du v. 6, v. infra; il est d'ailleurs de beaucoup le plus courant.
eixwv Toû OeovS, dit encore du Christ Col, i, 15; cfr supra, m, 18; tou àopxTou Osou L F syr^., glose explicative, empruntée à Col.
B.3-4. Grande est donc la sincérité des prédicateurs authentiques de l'Évangile la clarté illuminatrice qui sort de leur enseignement ((pwTia[;.Qv actif, effet de l'apostolat), qui met sous les yeux de tous la gloire du Christ, dans sa réalité non atténuée, autant du moins qu'elle peut être vue ici-bas. La parole qui fait connaître la vie du Sauveur et son message — (c'est cela l'Évangile) — dévoile en lui la parfaite expres- .sion humaine des perfections divines, vu qu'il est l'image du Père et Dieu lui-même, comme Paul renseigne, d'une manière explicite ou implicite, en tant de passages de ses lettres. Déjà la doctrine du Logos se prépare [Plummer), ou plutôt elle existe dans son essence, et cherche son expression dernière.
Pourtant à certains yeux, dans le champ môme où est prêché l'Évangile, cette
perdent qu'il est voilé, 4. ceux chez qui le dieu de ce siècle a rendu aveugles leurs pensées d'infidèles, pour qu'ils ne fixent pas les yeux sur l'illumination de l'évangile de la gloire du Christ, qui est l'image de Dieu, 5. Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais le Christ Jésus., comme Seigneur, et nous-mêmes [nous nous déclarons] vos serviteurs à
clarté n'apparaît pas. Un voile reste tendu entre eux et la lumière. Mais ce voile n'est qu'une taie dans leurs yeux eux-mêmes, et c'est l'action de Satan, régnant sur le monde par les erreurs et les passions coupables des hommes, qui a produit et maintient cet aveuglement. La cause de leur ignorance, c'est qu'ils ne veulent pas voir, qu'ils ont des pensées et des goûts d' « infidèles » (^Tcfaicov, dit par prolepse, Beher) tels que si l'Évangile leur est présenté, sa lumière les blesse, et ils ne veulent ni ne peuvent, par là môme, distinguer ce qu'il est; il leur reste « voilé », parce qu'ils sont, par leur faute, sur le chemin de la perdition, et ne cherchent pas à en sortir (aTcoXXu- (j.évoiç) .
Ce passage rappelle l'enseignement des premiers chapitres de I Cor., sur les « psychiques », Juifs ou Grecs. ïl est dit que la « gloire du Christ » leur demeure cachée, comme il l'était là de la « Sagesse de Dieu ». Quels sont ici ces hommes « qui se perdent »? Tous ceux qui résistent à l'Evangile connu, c'est-à-dire les aKKjroi, ceux qui refusent d'y croire; les deux expressions sont certainement de même extension, et il n'y a pas à chercher de nuances distinctives, comme certains commentateurs. Ce sont d'abord des Juifs et des païens réfractaires de mauvaise foi, ceux pour qui le « parfum du Christ » crucifié est « une odeur de mort » (v. supra, ii, 16); mais n'y a-t-il pas aussi dans ces paroles de Paul, comme Giujahr et d'autres l'observent, un sérieux avertissement contre des hommes qui professent bien le christianisme, — des judaïsants d'après tout le chapitre, — et qui pourtant ne veulent pas comprendre l'Evangile tel qu'il est et que les vrais apôtres le présentent, accusant Paul de prêcher une doctrine trop abstruse, incompréhensible ou destinée à flatter les païens, qui n'est pas d'accord avec l'authentique parole de Dieu révélée à Moïse? Ainsi, à côté du reproche d'une liberté trop audacieuse, on en aurait lancé contre lui un autre inconciliable en apparence, celui de petites roueries d'opportuniste dans son ministère d'enseignement. Toutes ces insinuations, ces feux croisés de la calomnie, dans la complexe réalité des situations historiques, peuvent très bien se coni biner, en des bouches diverses et parfois dans les mêmes bouches. Que Paul les mêle ici, dans ce morceau apologétique dicté d'une seule haleine et avec un certain emportement, cela montre que le moment n'était pas encore venu pour luid'éclaircir et de séparer les divers aspects d'une défense qui lui tenait tant à cœur. Tout sera démêlé dans les chapitres finaux (qui doivent donc être postérieurs, voir l'Exc. xiv), Pour l'instant, l'Apôtre demeure dans les principes, et avertit seulement ses contradicteurs sournois, opposés à la pureté de la prédication évangélique, qu'ils prennent garde d'être ou de se mettre, égarés par Satan (dont vraiment il parle beaucoup en cette épître), sur les voies de la perdition! Au chap. xi, 13-15 (v. inféra, ad /oc), il. parlera des mêmes personnages, et cette fois-là il sera net à souhait! Ici il ne fait que se préparer incidemment à la bataille, avec quelques allusions fugitives à l'adversaire actuel, absorbé et transporté qu'il est à la pensée de la grandeur de l'Evangile dont le Christ lui a confié la mission.
■ A. 5. yâp montre que ce verset a une valeur explicative par rapport à ce qui précède. — Avec Lemonnyer, Plummer, Belser, Gutjalir (contre Bachmann, al.), je considère xupiov comme étant « prédicatif » d'un attribut de Xpiatov 'Iriaouv à cause du ooûXouç qui suit et avec lequel il fait antithèse. — lauroùç 8è SoûXou? u[j.ôiv dépend, comme
102 SECONDE ÉPITRE AUX COHINTHIENS, IIF, 12-IV, 6.
û.aôv §ià 'lyjacuv, 6. ort ô Gebç 6 s'itûwV « èx o'âotcuç (pwç XaiJ<i|^£t », *oç £Xa[/.(];ev èv Xpiaxou.
X. I. wp., de •/'.Y)pûcjcjo[j.Ev (xY]p\jcc;a) = proclamer), par manière de parler hardie, très possible en grec, mais qui n'est bien saisissable en français que si l'on fait varier le verbe. C'est le seul passage où Paul se dise expressément « serviteur » de ses converlis; mais, pour le sens, on peut comparer 1 Co?\ m, 22 : « Tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, etc. » Pour Sià 'Irjaouv is*. A**, des mins., Marclon, vulg. (« per Jesum ») ont lu Sià 'IriaoïJ ce qui signifie que Jésus est celui qui donne à l'Apôtre cette humilité; sens également très admissible, mais moins bien appuyé.
A. 6. Phrase elliptique, ou anacoluthe ; il faut au moins suppléer ècuv, oûi6ç ionv, devant o; llaL\x']jzv ; à moins que 8ç ne soit supprimé, comme en D*, F, G, 36, e, vulg. (« ipse »), C/trys., Tert., Ambr^. — On lit l'aor. infin. Xa^i'^ai (1) au lieu de Xatjni^si, dans N^ G, D, E, F, G, H, K, L, F, Latt., Got., arm., ce qui fait une proposition iniinitive, sans rien altérer du sens ; peut-être est-ce une correction apportée pour ne pas mettre en style direct dans la bouche de Dieu une phrase qui n'est pas rapportée en ces termes dans les Écritures (cfr Gen. i, 3). Le verbe Xà;j.rtw, poétique, qui ne se trouve qu'ici chez Paul (et cinq fois ailleurs, Ma«., Luc, Act.) est presque toujours intransitif, et il l'est ici certainement pour 'éXa|jLi];£v aussi bien que pour Xa(jn{»£t ; il ne faut donc pas traduire (comme Menzies, al.) : « Dieu... qui [!'] a fait briller (cette lumière) dans nos cœurs », mais : « qui a brillé (Dieu lui-même) dans nos cœurs ». — (ptonCT[i.dv au sens actif, comme ci-dessus (v. àB; avec Menzies, al., contre Lietzmann, Bachmann, Lcmonnyer, H. D. Wendland, al.); encore une cascade de génitifs, comme au v. 4. — t% 8d|r)s t. Oeoî3 èv TtpoatiTro) XptoToîS : sous-entendre quelque chose comme XaijiuoiSaYiç entre x. 0. et èv jîp. : « de la gloire de Dieu [qui resplendit] sur le visaTfe du Chi'ist ».
B. 5-6. Pourquoi l'Apôtre a-t-il affirmé si hardiment qu'il faut être aveuglé par Satan pour refuser de voir la lumière de son évangile? C'est qu'il est l'évangile de la gloire du Christ, éclairant par elle-même, et non celui d'un Paul ou d'un homme quelconque. Si c'était Paul ou ses collaborateurs qui mettaient en avant leui'S personnes, leurs idées, leurs désirs, s' « ils se prêchaient eux-mêmes » (comme des malveillanls l'en accusent, et comme, assurément, « certains » autres le font), alors ceux qui ne croient pas à leur prédication, ou qui la blâment, seraient excusables. Mais eux qui ont reçu la vraie mission évangélique ne se comiDortent pas ainsi; ils présentent Jésus-Christ, lui seul, en le proclamant unique Seigneur et maître; pour eux, qui prétendent-il être? Les serviteurs de ceux à qui ils portent la bonne nouvelle, et au salut de qui toute leur activité et leurs peines sont consacrées (cfr I Cor. m, 22, et IX, 19-22). L'humilité de ce rôle, ils s'y cantonnent « à cause de Jésus », pour lui attirer les cœurs, et pour l'imiter, lui qui s'est fait « esclave » {Pliil. ii, 7). Ainsi, en pratique, pour l'amour du Christ et le succès de l'Evangile, Paul tempère-t-il à l'occasion (jamais au détriment de la vérité, bien entendu), la fièi-e revendication de liberté qu'il vient de proférer {y. supra, y. 12); il se rappelle peut-êti-e ici la modération voulue qu'il a montrée dans la « visite intermédiaire », et qui l'a fait prendre en dédain par des orgueilleux (v. supra, Exe. ii et m).
Los prédicateurs ne sont rien, ce n'est pas leur personne ou leurs idées qu'il faut voir dans l'Evangile, pour trouver un prétexte à en décliner l'appel; parce que (oti
(I) là\i<\icii, (admis de Merle), dans cette phrase et à cette époque de la langue, ne peut guère être l'aoriste optatif.
cause de Jésus. 6. Parce que le Dieu qui a dit : « La lumière resplendira du milieu des ténèbres », [c'est lui] qui a resplendi dans nos cœurs pour illuminer par la science de la gloire de Dieu, [brillant] sur le visage du Christ.
du V. 6) ce ne sont pas eux proprement qui prêchent, c'est Dieu, dontils ne sont que les instruments, les porte-voix (v. infra, v 20). En effet, le Dieu qui, au premier jour du monde, a fait par sa parole la lumière sortir des ténèbres, c'est le même Créateur qui, dans les ténèbres de leurs cœurs (Paul pense à ce qu'il était avant le chemin de Damas, Estius, Schmiedel, Bachmann, Belser, Gutjahr, al., et à son ignorance naturelle), a fait jaillir sa propre lumière. Les termes sont formels : Dieu en personne, l'hôte des âmes dont il fait son temple (1 Cor., passim, al.), a resplendi (£Xa[jnj»Êv) dans leurs cœurs. C'est sur le visage de Moïse que son reflet avait brillé, tout extérieurement; mais c'est dans le cœur des apôtres qu'invisiblement Lui-même resplendit, pour l'instruction et le salut de tous. Leur humanité avec ses ignorances et ses faiblesses n'est pas un voile qui puisse cacher l'illuminateur; car par leurs œuvres et leurs paroles que dirige et qu'inspire ce Maître intérieur qui est Lumière, cette illumination passe et agit au dehors (npb; çwTta[j.6v actif) pour produire en d'autres âmes qui les écoutent la connaissance (Menzies : « to light up the knowledge »), la science, la vue spirituelle de « la gloire de Dieu », telle qu'elle brille en sa perfection « sur le visage du Christ », du Christ qui est « l'esprit », le sens, le but de toute révélation divine, gloire stable et complète qui éclipse et absorbe totalement ce reflet passager qui éclaira autrefois les traits de l'ancien Législateur (v. supra, in, vv. 10, 11, 13).
Ainsi se termine, par l'application à l'apostolat de Paul, cette comparaison allégorique avec Moïse dont certains exaltaient les faveurs et la révélation commençante contre celles des Apôtres, c'est-à-dire au détriment du Christ. C'est le cœur, le sommet doctrinal, dominant toute contingence personnelle, de la grande apologie que contient cette épître. La plénitude et le lyrisme des dernières phrases, où l'émotion embarrasse la dictée, ont quelque chose de sublime.
Nous traitons dans un excursus des données complémentaires qui contribuent à éclaircir entièrement cette allégorie, en face de diverses théories contemporaines.
EXCURSUS VII. LE RAPPORT DES DEUX ALLIANCES SOUS l'aLLÉGORIE
DU VOILE DE MOÏSE. LA LETTRE ET l'eSPRIT.
Bien que les années passées aux pieds de Gamalicl aient certainement familiarisé Paul avec la haggada et les midraschim, l'allégorie n'est pas un mode d'enseignement qui soit habituel à l'orateur « direct » qu'il était, et il faut reconnaître que, lorsqu'il l'aborde, il ne sait pas en écarter toute espèce d'obscurité. Cela ne lui arrive d'ailleurs, de construire des allégories au propre sens, que lorsqu'il parle de l'Ancien Testament, en des passages destinés évidemment à faire impression sur les Juifs ou sur des Judéo-chrétiens, amateurs de cette forme d'exposition, qui entendraient ou liraient ses lettres. A part notre passage, il ne s'en rencontre qu'un autre exemple bien strict, dans VÉpitre aux Galates iv, 21-31, où les deux épouses d'Abraham, Sara et Agar, la femme libre et l'esclave, figurent les deux Testaments. Ainsi c'est encore dans l'une des « Grandes Epîtres », à cette époque de la vie de l'Apôtre
104 SECONDE ÉPITUE AUX CORINÏJIIEXS, III, 12-IV, 6.
OÙ il devait abattre l'agitation judaïsantc, et convaincre tous les baptisés de la « justification par la foi », doctrine qui n'est pas, comme nous l'avons dit ailleurs, le centre môme du paulinisme, mais qui découle immédiatement de la vérité centrale, « l'union des croyants au Christ » en communauté de vie, et devait être inculquée fortement à ceux qui ne comprenaient pas quelle est l'unique et pure manière d'entrer dans une pareille communion.
Op, nous l'avons dit, et nous le verrons bien plus clairement par la suite, une invasion d'erreurs judaïsantes menaçait alors Corintlie, et constituait le principal dang-er pour l'église, la principale cause (non la seule pourtant) du refroidissement survenu entre Paul et certains groupes des fidèles. Il était donc essentiel, tant pour la pureté de la foi que pour défendre l'autorité apostolique, d'insister sur la vraie nature des rapports entre l'ancienne et la nouvelle économie. C'est pourquoi Paul a recours à ce procédé rare, mais qu'il jugeait très efficace avec des Juifs, de l'allégorie.
Plus tard VEpître aux Hébreux, s'inspirant de sa doctrine, proposera aussi aux Juifs convertis la fameuse allégorie de Melcliisédech [Heb. vu) et celle du Tabernacle [Heb. ix).
Paul a trouvé sa matière allégorisable dans le « f>oile de Moïse », symbole du caractère incomplet, obscur et transitoire de la révélation ancienne, d'une « lettre » qui peut mettre obstacle à la pleine intelligence des voies du salut, mais obstacle que la venue du Christ a supprimé pour tous, qu'ils soient Juifs ou Gentils, pourvu que leurs coeurs se laissent toucher et mouvoir par l'esprit de Dieu.
Voici le texte de l'Exode sur lequel il s'appuie :
ExooE, XXXIV, 29. Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant dans sa main les deux tables du témoignage, et il ne savait pas que la peau âe son ç'isage était devenue rayonnante pendant qu'il parlait avec Jéhovah. 30 Aaron et tous les enfants d'Israël virent Moïse, et, comme la peau de son visage rayonnait, ils craignirent de s'approcher de lui. "ai. Moïse les appela, et Aaron et les princes de rassemblée revinrent auprès de lui, et il leur parla. 32. Ensuite tous les enfants d'Israël s'approchèrent, et il leur donna tous les ordres qu'il avait reçus de Jéhovah sur le mont Sinaï. 33. Lorsque Moïse eut achevé de parler, il mit un voile sur son visage. 34. Quand Moïse entrait devant Jéhovah pour parler avec lui. Hâtait le voile Jusqu'à ce qu'il sortît ; puis il sortait et disait aux enfants d'Israël ce qui avait été ordonné. 35. Les enfants d'Israël voyaient le visage de Moïse qui était rayonnant; et Moïse remettait le voile sur son visage, jusqu'à ce qu'il entrât pour parler avec Jéhovah (tr. Crampon).
Les mots "ii^s 113? pp, (v. 29) que la Vulgatc a rendus par la traduction
« cornuta esset faciès » (les « cornes de Moïse », cfr Aquila], signifient (cfr Heh. m, 4, al.) que des rayons lumineux émanaient de son visage; LXX : « -ÀjV Seo'jÇaçaÉv/] (glorifiée) % o'Jik; too i^wj.ixni toj TrpoTWTCou «ùroj ». Ainsi le Targuin d'Onkelos, et le Tai-gum de Jérusalem I. La Bible dit seulement, il est vrai, qu'Aaron et les Hébreux eurent d'abord peur d'approcher; mais saint Paul commente très légitimement ce trait à la manière de Philon (« Vie do
SECONDE lîPITRE AUX CORINTIUENS, III, 12-IV, 6. 105
Moïse », I, 2) : «• xoctepaive woXù xctXXiojv rriv o'|>iv -^ éfre àv/^'et, wç touç ôptovraç T£6r]7i£V*t aou xaTâTceTrXyi^Oat, xa\ avjSsv eTutTrXeov àvr/j^eiv toïç 6'X)0aXiy.oïç SuvaaOxi xaT7. Tr,v 7:po(7J3oXr,v yjXtoEtSoïïç cpÉyyo'jç àTTaorTpaTTTovTOî ». « // descendait avec un visage beaucoup plus beau que lorsqu'il était monté, en sorte que ceux qui le voyaient furent saisis de stupeur et si frappés, qu'aucun regard ne pouvait tenir contre le jet de celte lumière étincelante comme celle du soleil ». Les rabbins expliquaient que cet éclat était un reflet de la magnificence de Yahweh, ou d& la Torah que Moïse avait écrite en encre de feu, ou des Tables de la Loi, ou une récompense de l'humilité de Moïse qui n'avait pas voulu repaître se& yeux de la gloire de la Shekinah (voir Slrack-Billerbeck, pp. 513-515). Ce qui est plus important à noter, comme contraire à saint Paul, c'est qu'il n'est pas dit dans cette littérature que l'éclat fût passager; le Targ. Onk., à Deut. XXXIV, 7, dit même qu'il ne s'était pas altéré lorsque Moïse mourut à 120 ans, et Simeon hen Jochaï [Pesikia rabba, 21, 102") prétend qu'il brillait encore perpétuellement dans le secret de son tombeau. Mais, dans le texte du Pentateuque, il n'est fait mention de cette « gloire » de Moïse que là où il est montré dans le rôle de promulgateur de la loi sinaïtique, et Paul a compris — ce qui devait être une interprétation reçue à son époque, puisqu'il ne l'a pas justifiée d'un seul mot — que le rayonnement allumé au voisinage de Yahweh dépendait de ce voisinage, et ne subsistait pas si Moïse s'en tenait trop longtemps éloigné. Mais la chose est plutôt présupposée que dite en termes clairs; on s'explique donc comment beaucoup de commentateurs ont partout directement rapporté le participe xaTapYou[ji.îvyiv, — jxsvov, — u.5vou (vv. 7, 11, 13),. à la mission de Moïse qui finissait à l'arrivée du Christ, et non à l'éclat matériel lui-même, Ce concept de « gloire », SoÇa (~i33 hébr.), remplit l'Ancien Testament, et
il est donc bien arbitraire de chercher, avec l'école d'histoire des religions, l'origine des applications qu'en fait Paul dans la mystique païenne (iranienne ou non) de la Lumière à l'époque de Paul et après, comme Reitzenstein H. M., G. P. Wetler Phos, Bôhlig, pp. 97-ss., Windisc/i, etc. Paul a pu étendre l'usage de ce mot au-delà des habitudes des LXX, mais toujours dans la même ligne; la gloire de Dieu, et chez lui celle du Christ, s'étend aux hommes rachetés, d'après sa doctrine fonda.mcntale do l'union vitale du Christ et des fidèles. Il n'y avait nul besoin pour cela de recourir à une mystique étrangère. (Pour TCVcïïixa, v. infra).
L'Exode n'explique pas pourquoi Moïse se mettait un voile, mais le contexte explique assez qu'il le faisait pour ne pas éblouir plus longtemps qu'il n'était nécessaire les regards des Hébreux. Penser que c'était aux yeux de Panl une occultation symbolique, et calculée de la part de Moïse, de la gloire du Christ futur reflétée par avance sur son visage, ce n'est qu'une interprétation théologique de commentateurs chrétiens. Le rabbinisme n'a pas spéculé sur le voile de Moïse; d'après Strack-BilL, il faut descendre jusqu'à Raschi[\i^ s.) pour entendre exprimer l'idée que le voile élait tendu sur les rayons de la gloire, afin que tous ne pussent s'en repaître; il ne dit pas suivre en cela une ancienne tradition.
Il est dit dans l'A. T. que Moïse mettait le voile seulement après avoir achevé do parler au peuple. Saint Augustin^ qu'ont suivi beaucoup d'autres, a donc
une interprétation forcée et inexacte, quand il dit [Serm. lxxiv, 5) : « La voix de Moïse résonnait à travers le voile, mais la face de Moïse n'apparaissait pas ; ainsi de nos jours la voix du Christ retentit aux oreilles des Juifs par la voix des anciennes écritures; ils entendent leur voix, mais n'aperçoivent pas la face de Celui qui la fait retentir ». S'il en avait été ainsi, tous les détails de la scène-type trouveraient une correspondance plus facile dans l'application que fait l'Apôtre; mais l'allégorie, nous l'avons vu, n'est pas tout à fait si équilibrée, et elle porte sur un point un peu plus difficile à saisir : de même que les Hébreux ne voyaient pas sur la face de leur Législateur, à cause du voile, mis après qu'il leur avait parlé, l'effacement progressif de la ,lueur divine, ainsi les Juifs contemporains, quand ils sont en face de Moïse leur parlant par les Ecritures, ne s'aperçoivent pas que la « lettre » de cette parole n'est qu'un son du passé ; c'est seulement quand ils se tournent vers le Seigneur qu'ils comprennent, comme les chrétiens l'ont compris déjà, que sous la lettre il y a « l'esprit », que Moïse, au sens vrai et profond, leur parlait en réalité du Christ, ou, pourrait-on dire, que le Christ déjà s'adressait à eux sous la lettre de Moïse.
Le changement que subit l'image au v. 14 complique encore un peu l'allégorie : le voile, qui était un voile matériel placé devant la face de Moïse, devient un voile spirituel tendu devant l'intelligence des auditeurs de sa Loi. Mais cette transposition s'explique d'elle-même, puisque c'est toujours un voile, un obstacle à la vision, là de la lueur divine qui annonçait quelque chose de plus brillant et de plus stable, ici de l'esprit qui est la lumière à la fois voilée et annoncée par la lettre. S. Thomas explique avec une précision très exacte le jeu des figures : « Il faut savoir qu'un voile est dit placé sur quelque chose d'une double manière : ou il est placé sur l'objet de la vision, pour qu'il ne soit pas vu, ou sur celui qui voit, pour qu'il ne voie pas. Au temps de l'ancienne loi, le voile était mis sur les Juifs de l'une et de l'autre façon. Car leurs cœurs étaient aveuglés..., à cause de leur dureté, et rAnciea Testament n'avait pas encore été accompli, car la vérité n'était pas encore venue. En signe de quoi le voile était sur la face de Moïse, et non sur leurs faces à eux. Mais, à la venue du Christ, le voile a été enlevé de la face de Moïse, c'est-à-dire de l'Ancien Testament, car il est déjà accompli, et cependant il n'a pas été enlevé de leurs cœurs ».
Quelques auteurs ont cru faciliter l'intelligence de ce passage en supposant que Paul, parlant du voile qui arrête la vue des Juifs, allégorisait un objet matériel : soit le voile rituel, ou tallith, que portent les fidèles de la Synagogue, soit les étoffes de soie ou de velours brodé dont sont entourés les rouleaux de la Torah quand ils reposent dans « l'arche », voilée elle-même d'une tenture. Mais il n'y a pas lieu de s'arrêter à de pareilles précisions. D'abord le « tallith » n'empêche pas de lire, et l'usage ne s'en est probablement pas répandu avant le iv" siècle de notre ère [voit comm. de I Cor., intr. au ch. xi); et, pour que les rouleaux de l'Ecriture soient déployés et lus, il faut bien les dégager de leur enveloppe.
Prenons donc l'allégorie telle qu'elle est, en reconnaissant à la fois sa justesse profonde, saisissante, et sa concision un peu obscure, qui oblige à donner au lecteur moderne tant d'explications, dont sans doute les Corinthiens, habitués au style vivant et elliptique de leur Apôtre, avaient moins besoin que nous.
Il faudrait essayer maintenant, pour la clarté, de synthétiser cette page remarquable. Rappelons-nous en le but : Paul veut défendre la liberté et la franchise entière de son apostolat de la nouvelle Alliance contre des adversaires qui craignent de présenter l'Évangile à l'état pur, mais, pour mieux assurer leur influence ou leurs profits, font des mixtures de l'enseignement du Christ avec des vieilleries du judaïsme périmé, présentant le vin nouveau dans de vieilles outres. Rappelons-nous ensuite le moyen de défense : c'est l'antithèse entre I'Esphit qui vivifie, et la Lettre qui tue; l'Apôtre met les fidèles en face du premier, et les adversaires visés le cachent encore sous la seconde, restant ainsi dans une condition qui n'a que trop de ressemblances avec celle des Juifs incrédules. Ce contraste Esprit-Lettre domine toute l'argumentation, allégorie comprise.
Saint Paul est lui-même, très probablement, le créateur de cette fameuse antithèse qui n'apparaît pas chez les écrivains antérieurs, mais qu'il a rendue classique jusque dans le langage profane. On la trouve trois fois dans ses écrits :
ici, III, 6 his; cfr m, 7 et m, 17, où elle est latente;
Rom. II, 29 (cfr 27) : « àXX' ô êvtw xpuTTTW 'louSxîoç, xat Tt£ptTo;ji->, xapota; Iv TCVSUf/.XTt où YpasjLixKTi » (ce n'est pas celui qui l'est visiblement qui est [le vraij Juif, ni la circoncision visible dans la chair) ; « mais [c'est] celui [qui l'est] dans le secret [qui est le vrai] Juif, et la circoncision du cœur en esprit, non en lettre ».
Rom. VII, 6 : « offre SouXeuEtv f,[Jiaç Iv xaivoTY]Ti -reveû^aatoç kki ou TraXatoTïiTt YP'^!-*-"
[xaroç » (nous avons été délivrés de la Loi ) « en sorte que nous servions dans
la nouveauté de l'esprit, et non dans la vétusté de la lettre ».
Les deux passages de Rom., qui offrent tant de rapport dans le sujet traité, et pareille identité dans les termes, avec II Cor. m, 6, montrent comment il faut interpréter ce dernier verset : de part et d'autre il s'agit de l'opposition entre un signe extérieur, visible, qui a perdu sa valeur, et une réalité intérieure qui garde la sienne (qu'elle soit visible ou invisible, selon le sujet et les temps). Or, nous avons vu que, dans II Cor. m, il faut maintenir partout l'identité de sens du mot « esprit », uveujxa, qui est partout déterminé par le contraste avec l'autre terme, exprimé ou non, de ypajijxa, « lettre », dont le sens est invariable. Il le faut pour maintenir quelque équilibre dans l'allégorie, un équilibre qui par ailleurs reste un peu chancelant au point de vue de la pure logique littéraire. C'est pourquoi, avec beaucoup de modernes, nous avons compris le V. 17 au sens que « le Seigneur est l'esprit (des Ecritures) », tandis que IMoïsc (en tant que caché sous son voile) n'en est que la l(3ttre. En d'autres termes, la connaissance du Christ et de son alliance future a toujours été l'intelligence vraie et profonde de l'Ancien Testament, qui ne vaut que par sa relation avec le Christ, son objet dernier; tout comme le précepte de « charité », qu'il a publié dans le monde, était le but auquel tendaient toutes les prescriptions de la Loi mosaïque (voiriîow. xiii, 10).
Ainsi a esprit » (qui ailleurs s'oppose à « chair », v. comm. I Cor., Exe. v) voulant dire « principe vital » ou vivifiant, d'une façon générale, signifie, lorsqu'il s'agit d'un texte écrit, comme ici, le sens vivant, profond, « existentiel » comme on dirait de nos jours, de cette lettre. Lorsque ce sens, ainsi qu'au cas
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présent, est. la révélation d'un objet spirituel qui est une personne, il est instinctivement naturel do passer, même sans le dire, aux qualités opératives de cette personne avec qui l'intelligence du texte vous met en contact de connaissance, pour que sa vertu opère en vous. Cela se produira surtout en un style d'intuitif comme était celui de Paul; car Paul est intuitif et contemplatif avant d'être dialecticien, et toute sa dialectique, ses «discours de gnose », est mise sans cesse au service de ses intuitions, qu'il ne pouvait communiquer directement à des intelligences moins contemplatives. Voilà pourquoi, à l?*", après avoir nommé le Seigneur « esprit », il parle de l'« Esprit du Seigneur », cet Esprit-Saint qu'il envoie dans les âmes pour les libérer et les transformer. Pour elles, avoir compris que le Seigneur était « l'esprit » de la Révélation, au sens d'objet, c'était ouvrir leur intelligence et leur activité à l'action du Saint-Esprit, consécutive à la connaissance vraie de Celui qui l'envoie.
Nous devons donc écarter toutes les interprétations — qu'elles expriment en elles-mêmes des vérités ou des erreurs — d'après lesquelles il s'agirait immédiatement, dans la phrase « ô Ss xupioç to 7îveu(A« lativ », de la nature du Seigneur, ou de celle du Saint-Esprit; car il n'est pas question.de définition substantielle, mais de montrer à 17 "* quel est V objet d'une connaissance, et, à 17'', V efficience d'un principe d'opération avec lequel cette connaissance a mis en contact.
Saint Paul n'ouvrait donc pas à cette place de parenthèse inutile pour rappeler que le Seigneur est, ou a, une nature spirituelle. Il n'entendait pas proprement faire ici de christologie, mais parler du but des Ecritures, et il aurait peu servi à cela de déclarer que « le Seigneur est un esprit ». Pas même en ce sens orthodoxe qu'il est de substance divine (d'autant plus que Paul dit « /'esprit »), avec Lietzmann, Menzies (qui s'imagine cette idée propre à Paul contre les églises d'Orient), et (d'autres. Quant aux conceptions très hérétiques des théologiens libéraux qui veulent faire penser à Paul que le Christ, par sa /glorification, est devenu le Saint-Esprit, un être purement divin et spirituel /. Weiss, « Studien und Kriliken », 1896, p. 10, sorte de panthéisme impersonnel; cfr Giinkel, « Wirkangeii des heil. Geistes », Wernle « Die Anfànge unserer Religion », après Baur, Pfleidever. H. lioltzmann^ Schmiedel, etc.), ou même, avec les syncrétistes modernes, une substance matérielle éthérée, comme le Pneuma hellénistique (déjà autrefois Baur et Holsteti, iu.sqn'' a Bousset « Kyrios Ghristos », Rettzenstein, etc.), toutes ces conceptions cherchent bien vainement un appui dans notre passage; et le recours au ch. m, v. 16 : « Si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi » ne les fortifiera aucunement (v. itifra, ad loc). Bref, il faut rejeter toute identification personnelle, comme en voient les théologiens libéraux ou syncrétistes ci-dessus nommés, on ancorc Deissmann « In Christo Jesu », Goguel « La notion johannique de l'Esprit », etc., entre le Christ et l'Esprlt-Saint. Quant à l'identification « dynamique » [Beychlag, B. Weiss, Bisping, etc., v. supra), elle est en soi justifiable, mais elle ne répond pas directement au sens de notre verset 17.
Si nous considérons l'ancienne exégèse, nous savons qu'elle a été très variable, mais n'a guère su toucher le point formel de l'allégorie.
Ainsi il est étranger au contexte de voir dans « le Seigneur » Dieu le Père, qui serait « esprit », comme I Joh. iv, 24; contre s. Hilaire « De Trinitate »
II, 32, Cajetati et. très peu d'autres, (opinion reprise par des théologiens modernes, Franzeliiiy Chv. Pesch, al.).
Nous avons vu encore qu'on ne peut retourner la proposition, de façon à comprendre : « L'Esprit (-Saint) est le Seigneur » (c'est-à-dire Dieu). Ce fut là, en dépit de la difficulté grammaticale, l'interprétation de beaucoup des Pères grecs et latins, parce qu'ils croyaient trouver là, contre les hérétiques, un texte scripturaire de plus affirmant la divinité du Saint-Esprit. Ainsi s. Athanase, s. Basile, s. Grégoire de Nysse, s. Epiphane, s. Chrysostome, s. Cyrille Alex., s. Ambroise, s. Aiigusti?i, Théodoret, al. (le P. Lehreton, « Origines », note F, donne toutes leurs références). Ce sont certes de hautes autorités, auxquelles se sont rangés Cornely et le P. Holzmeister , S. J. « Dominus autem Spiritus est », 1908; mais ils sont allés contre le courant presque universel de l'exégèse actuelle, qui voit bien que xupioç doit être le sujet, et Trvsuijia l'attribut.
Il faut donc tenir pour entièrement certain que « le Seigneur », sujet, est le Christ. Ce n'est pas seulement l'opinion moralement unanime des plus récents, mais elle se rencontre déjà, parfois juxtaposée à d'autres, chez les anciens et les médiévaux, avec des nuances dans l'interpétation du mot « esprit ». Ainsi chez Origène, s. Jérôme, (« In Is. 1. IV, PL., XXIV, c. 148), Didyme, s. Ambroise, s. Thomas (v. Lebreton, op. laud., ibidem). Voici des textes significatifs d'Origène et de s. Thomas.
Origène, Contra Celsiun, 1. vi, 70 {PC, XI, c. d404-s.) : « to y«P YP^f*!^* àrcoxTeiVEi, to SI Tcvstîaa C^otcoieT » •^f^hpt.'i. ixàv ty-jV atîOyjr/iv (î)vo;jiaGev IxSo^yjv twv Oeitov YpajxuLotTwv, TTveïïjxx Sa x-^v vo-/]tviv ». Et plus bas, après avoir interprété I Joh. « Dieu est esprit » (on comprendra qu'il est esprit, puisqu'il convient de l'adorer en esprit et par l'intelligence), le docteur ajoute : f,vtxa Ss, làv iTticrTpl- (j;o)[;i.£V Trpbç Kupiov (ô Si xûpioç to 7rve^[Jia lativ) uspiaipeirai xo.. xaXufjiuia, Tjvi'xa àv àvayivcoffxvjTKi Mojuoviç » et Jésus-Christ a été nommé deux lignes plus haut. Nous traduisons : « La lettre tue, mais l'esprit vivifie ; il (Paul) a nommé « lettre » l'interprétation des divines Ecritures faite selon les sens, et « esprit » celle qui est faite selon l'intelligence ». — « Car lorsque nous nous tournons vers le Seigneur (mais le Seigneur est l'esprit) le voile... est enlevé... à |la lecture de Moïse ». Id. In Exodum hom. XII, 4, PC, 12, c. 385-s, int. latina : « Considerandum quid ei (Apostolo) visum sit, cum dixisset : « Si autem conversus quis l'uerit ad Dominum, auferetur velamen », ut adderet : « Domînus autem spiritus est », per quod quasi interpretari videtur quid est Dominus... Sed numquid hoc loco de Domini vel natara vel substantia traclabatur, ut diceret quia Dominus spiritus est?... Puto quod Verbum Dei pro eo quod auditoribus interest... nunc via, nunc veritas... nunc etiam caro, nunc vero spiritus dicitur... Quia ergo et nunc sermo ejus ad subtiliorem et spiritalem intelligeniiam provocat auditores, et vult eos nihil carnale in lege sentire, dicitur : Qui vult auferri velamen de corde suo, convertatur ad Dominum, non quasi ad carnem Dominum... sed quasi ad spiritum Dominum ». — Origène est sur la bonne voie, à cela près que, parlant seulement pour des chrétiens, il fait du passage une application qui leur est restreinte, et n'envisage pas ici que Paul, s'occupant de Juifs, pensait, non pas seulement à la nature spirituelle du Christ- Verbe, mais à l'intégrité du Dieu-Homme en ses deux natures,
qu'ils n'aperçoivent pas sous la « lettre » de Moïse. Cfr encore, d'Origène : In Mat., t. X, 14; In Joan.^ t. xiii, 52.
S. Thomas, bi Epistolam H ad Corinthios, Lectio 111 : Le Docteur Angélique, après avoir donné en premier lieu l'interprétation courante, celle de la Glose ordinaire (v. supra), continue : « [Dominas autem spiritus est, quod potest dupliciter legi : uno modo etc...]. Alio modo, ut per « Dominum » intelligatur Christus, et tune legitur sic ; « Dominus », id est Christus, « est spiritus », id est spiritualis potestatis, et ideo « ubi est spiritus Domini », id est lex Christi spiritualiter intellecta, non scripta lltteris, sed per fidem cordibus impressa, « ibi est libertas », ab omni impedimento velaminis ». Saint Thomas montre donc qu'il a très bien entrevu que l'antithèse « lettreesprit » s'étendait jusqu'au verset 17, quoiqu'il n'indique pas expressément en ces lignes que la « loi du Christ » dont il s'agit est d'abord, dans l'esprit de saint Paul, l'Ancien Testament qui contenait le Christ sous ses figures.
Aujourd'hui cette interprétation, après avoir d'abord été suggérée en des commentaires français comme ceux de Lenionnyer et de Toussaint, s'est imposée assez généralement. Le P. Prat (« Th. de s. Paul », lac. laud.) l'a très bien expliquée et défendue. Le P. Lebreton (« Orig. », loc. laud.) l'admet aussi comme exacte, en suggérant de plus que « peut-être cependant cet emploi de l'article, à l'attribut, (to uveufi,»), est motivé ici moins par le rappel d'un terme déjà connu, que par le sens emphatique donné à irveujAa : Le Seigneur, c'est l'Esprit même ». Nous avons reconnu aussi que saint Paul passait, dans la suite du verset, du sens objectif de 7rvEû}x« au sens dynamique ; mais au sens propre, formel, dans ce verset 17" comme dans toute la page, c'est « l'esprit » opposé à la « lettre », les deux termes étant corrélatifs, et devant trouver logiquement leur explication dans un seul et même ordre d'idées, très homogène dans son ensemble.
Le texte de saint Paul présente des analogies lointaines avec quelques dires fameux d'anciens, tels que Sophocle dans « Antigone » sur la différence entre les lois des cités et les « lois non écrites » . La « liberté » donnée par l'intelligence de l'esprit et par l'Esprit-Saint rappelle aussi de loin la liberté stoïcienne trouvée dans la connaissance de la vérité, et Windisch (p. 127) note même des rapports de construction entre 17** et Epictète. Mais l'idée propre est essentiellement chrétienne, et non juive ni hellénistique.
Toute la doctrine de Paul en ce chapitre m pourrait donc être ainsi présentée schématiquement.
Dans l'Ancien Testament, lettre et esprit;
Parmi ceux qui l'entendent, juifs incrédules (avec application
proportionnelle aux judaïsants), lesquels ne comprennent
que la lettre, et croyants chrétiens (avec application
Antithèse proportionnelle implicite aux vrais fidèles de l'A. T.), qui en
double saisissent V esprit (ce qui peut s'appliquer aussi aux auditeurs
de l'Evangile, suivant qu'il est saisi dans son essence pure,
ou non saisi, parce qu'on le mélange encore à des choses
périmées). — Ou bien, sous une autre forme :
Juifs — Voile' — Moïse voilé =: « Lettre » qui tue = Saintes Ecritures matériellement et mal comprises.
Croyants — pas de voile — Le Christ enseigné dans l'A. T. bien compris (Moïse sans voile), sans aucun voile dans l'Evangile = V«. esprit » qui vivifie, (dont la connaissance amène la transformation déifiante des âmes, par l'Esprit-Saint).
Le commentaire (catholique) de Toussaint résumait le tout dans une belle page :
« Paul trouve dans l'Écriture les éléments de son parallèle allégorique. Alors que les Apôtres représentent l'alliance nouvelle, les émissaires judaïsants sont identifiés tour à tour (?) soit avec l'ancienne alliance, soit avec Moïse qui se couvre d'un voile pour cacher au peuple hébreu l'abrogation de la loi par le Christ, soit avec les Juifs obstinés qui se refusent actuellement à reconnaître, dans le Christ, l'accomplissement et la fin des institutions mosaïques, comme si un voile leur cachait le sens évident des oracles prophétiques qu'ils entendent lire dans leurs synagogues (1). On a ainsi, d'une part, le ministère de la lettre, de la servitude, de la condamnation, de la mort; de l'autre, le ministère de l'Esprit, de la liberté, de la justice, de la vie; ici, une gloire relative, intermittente, passagère; là une gloire sans ombre, continue, éternelle... On s'explique qu'avec de pareilles convictions, les Apôtres n'aient pas eu un instant l'idée de rougir de leur mandat ou d'en dissimuler le contenu. L'ancienne économie pouvait s'accommoder des voiles du symbole... mais l'économie nouvelle supprime... ces liens qui tenaient la vérité captive... Les fidèles contemplent, dans l'Évangile, la gloire de leur Maître, et, par l'action de l'Esprit qui habite en eux, cette gloire les transforme à leur tour... En effet, par l'initiation chrétienne, on devient membre du Christ qui est l'Esprit (2), par conséquent l'antithèse vivante de la lettre et de tous les esclavages... Dans le Pentateuque, et, en général, dans tout l'Ancien Testament, le fidèle régénéré aperçoit en même temps et la figure rayonnante du Christ et la cessation des observances mosaïques. Israël lui-même arrivera à ce résultat quand il se convertira au Seigneur ».
Paul sera justement sévère pour les prétendus prédicateurs de l'Évangile qui ne voulaient pas saisir la force de cette antithèse, et lui reprochaient, à lui, de l'accentuer.
(1) En réalité, tout cela est présenté dans une unité très organique.
(2) Plutôt, r« esprit », avec une minuscule, comme nous l'avons expliqué.
III. Contraste entre la misère naturelle des Apôtres, et la puissance
de leur mission surnaturelle, qui les met au-dessus de toute crainte,
fût-ce celle de la mort (iv, 7-v, 10).
Int. — La digression allégorique et doctrinale est terminée ; Paul est ramené à ce double sentiment qui l'a saisi quand il dictait u, 16^, puis m, 3, 4-6, iv, 1, 6 {voir tous ces passages). C'est d'une part celui de son insuffisance humaine, de l'autre la conscience de la suffisance pleine et triomphale que lui donne sa jnissioji d'apôtre, son rôle de représentant et d'instrument de Jésus-Christ {cfr u, 14-16 a, lU, 8-12, IV, 6).
Et il nous présente d'abord un tableau de son apostolat qui peut rivaliser avec les beaux accents de I Cor. iv, 9-13, et la description encore plus éloquente que nous admirerons plus bas, au eh. vi, 3-10 (p. infra). La vie de V Apôtre montre une double face, comme celle de Jésus sur la terre : un aspect de mort continue, par lequel elle représente et contribue à réaliser dans les liommes l'œuvre de la Passion rédemptrice, un autre de résistance à tous les maux, et de succès spirituels continus, qui manifeste l'efficacité de la Rédemption, pour V épanouissement de la grâce et celui de la gloire de Dieu parmi les hommes, jusqu'à la consommation dans la résurrection bienheureuse qui attend l'Apôtre et tous les vrais croyants, aux côtés du Sauveur ressuscité (iv, 7-15) Affirmation, de plus en plus haute et claire, de la communion des saints, déjà évoquée d'une façon si belle à la première page, i, 3-7 [v. supra), qui met toujours en plus vive lumière — que Paul l'ait calculé ou non — cette solidarité dont l'Apôtre veut rendre la pleine conscience à ses disciples refroidis.
Mais l'évocation des souffrances de l'apostolat, qui épuisent lentement la vie physique, <i réveillé chez Paul la mémoire de ce pressant danger de mort auquel il vient d'échapper (c. supra, i, 8-11 et Exe. i). Il en prend occasion pour dire quelle doit être l'attitude du croyant en face de la mort corporelle (iv, 16-v, 10). Ce sera l'une de ses pages les plus profondes comme les plus belles, qui complétera son enseignement ■eschatologique pour ce qui regarde le sort des âmes séparées, avant la Parousie.
Puis V apologie personnelle fera effort pour recommencer au chapitre V, verset 11.
Et ces pages-là, «m Delafosse veut les attribuer à son fantôme de « marcionite »/
Nous divisons donc cette section ainsi :
1° Reproduction de la mort et de la vie active et triomphante du Christ dans l'existence de ses apôtres (iv, 7-15) ;
2° Cette assimilation leur fait surmonter, et doit faire surmonter aux chrétiens, toute crainte liumaine de la mort (iv, 16-v, 10).
1° IV, 7-15 — Reproduction chez les Apôtres de la mort et de la vie du Christ,
en leurs effets sauveurs.
Ijsjt. — Nous délimitons cette péricope autrement que Gutjalir, par exemple, qui la fait cesser avec le v. 12 (v. infra). C'est que les versets 12 et 13 se tiennent étroitement , et que 13-15, qui ramènent la pensée à la franchise de prédication de saint Paul (cfr. supra, m, 12, iv, 2), ont bien valeur de conclusion par rapport au développement qui précède.
Le lecteur verra sans difficulté comment cette page d'une admirable profondeur doctrinale et spirituelle (union au Christ dans son activité rédemptrice, et communion des saints) rentre dans le plan général d'apologie et de réconciliation.
Cu. IV, 7. "E/ojj.sv §è xbv Ovjo-aupbv toutov èv *ôaTpa7,ivotç axêùsaiv, l'va fj *uTC£p- SoX'Jj TYjç ôuvâ,a£o)ç '^ toO Gôou xal |j/J] è^ '^p-ôiv 8. èv TCavtl GXi8ô[j.£Vot «XX' oi *ûtcvoy(opoy[X£Vot, *àTCcpou[;-£Voi àX7s' oi*/. *£^aTCopo6iJ.£vot, 9. 5tw/,6[^4£Vot àXX' où/. *£Y'/,a-
Ch. IV, 7. Cependant nous portons ce trésor dans des vases de terre, pour que le débordement de la puissance soit [bien] de Dieu, et non pas de nous; 8. pressés [que nous sommes] de toute part mais non traqués, voyant nos voies coupées, mais non sans échappée, 9. pourchassés mais
A. 7. ôarpax., cfr II Tim. ii, 20; mais ici Paul met l'accent encore plus sur la fragilité de la matière que sur son caractère vil; l'image est probablement inspirée de la création du corps de l'homme dans la Genèse. — ÔTcepSoXT}, comme i, 8, xri, 7, cfr Rom. vu, 13, I Cor. xii, 31, Gai. i, 13; les composés en uTcsp- font une des caractéristiques du style enthousiaste de Paul. — Pour l'idée, comparer d'une part I Cor. II, 4-5, de l'autre Eph. m, 20, comme l'ont noté Pères et commentateurs. — Trésors conservés dans des pots, image juive, et aussi hellénistique [Wettstein, Plummer, Windisch). Le « trésor » est évidemment la lumière divine, opérante du V, 6 (v. ad loc., cfr les lampes de Gédéon), et Vôlter a. donc tort de trouver que ce verset se rattachait mieux à ir, 15-16 (v. ad loc).
B. 7. Paul, après l'exultation du v. 6, fait un i-etour bien naturel chez lui sur sa faiblesse propre, comme nous l'avons dit dans l'Introd. à iv, 7-v, 10. Les fragiles « vases de terre » où lui et ses émules portent le trésor divin qui se répand sur ceux qui les écoutent, ce n'est pas seulement le corps que la mort doit détruire, comme l'interprétaient des anciens et des médiévaux, c'est toute la nature humaine, corps et âme, si disproportionnée avec la faiblesse de ses capacités à l'œuvre pour laquelle Dieu s'en sert comme d'un instrument. Elle est de plus soumise à tant d'épreuves (versets suivants) que c'est déjà miracle si elle ne se brise point, et bien plus encore qu'elle puisse agir efficacement pour le succès de l'Évangile. Paul y voit, et pense que tout le monde peut l'y voir aussi bien, une marque insigne de la puissance de Dieu, dont les œuvres ne sauraient lui être attribuées, à lui pauvre homme indigent, tenté, malade, persécuté. Dieu en effet permet, comme dit Sickenberger, que les conditions extérieures de l'apostolat n'aient rien de brillant ni de triomphal.
' A. 8-9. Paul décrit, avec une grande vivacité de style, ces conditions-là.
Les versets 8-10 sont (instinctivement) rythmés. — Quatre couples de participes, dont les deux membres doivent avoir des sens corrélatifs; le second est toujours précédé de où, et non de ^r\ (huit autres exemples du fait chez s. Paul), sans doute pour appuyer plus fort sur la négation. La difficulté est d'en rendre exactement la force. — Il nous semble qu'ils forment pris tous ensemble une métaphore continuée, se l'apportant aux contradictions extérieures auxquelles se heurte l'apostolat. C'est, l'image d'une poursuite ou d'une chasse dont Paul devrait être la proie; 6X(6w, au sens propre, veut dire en effet « presser «, et aTrevoxtopéw, « cerner )y« traquer »; àCTpoufjLevot et è?a7i:opou[j.Evoi sont pris habituellement au sens moral, « etnbarrassé » et « ne pouvant sortir de l'embarras », mais leur premier sens étymologique (a^opoç) est « privé tle chemin » et « n'ayant plus d'issue » ; nous avons donc risqué notre traduction concrète, trop concrète peut-être, pour mettre en relief l'homogénéité de la description. Le même motif nous a fait rendre Stw/.. aXÀ' oùx èY/.a-caXi-tTî. non par « persécutés, mais non abandonnés sans recours », mais parles mots « poursuivis (ou « pourchassés », pour l'assonance) et non « dépassés », attendu que èy/.aTaXEt7:w, si d'ordinaire, dans le N. T. ot ailleurs, il veut dire « abandonner », signifie aussi, d'après des prosateurs classi-
SECONDE ÉPITRli; AUX GOllINïHIENS. 8
TaX£tx5(/£Vct, *y.aTa6ocXXo[j.£Voi ocW oùy, à:roXXu[Ji.£Voi, 10. Tcàvrote tïjv v£/,pa)(jiv xoû *'Ir((TOu £V Tw (7W[;<aTi xEpKpipovTS^, l'va xal "^ Çwv] toQ 'Ivjcrou èv tw cTWjJLaxi '^,uwv çavEpwOïî. 11. 'Aet yàp '^[j-sîç *ol Çwvteç e\q Gavatov irapaSioo^j-sOa 3ià 'Ivjorouv, hoc y.at */) ^wlj -coj 'I-r)Œou çavEpwO^ âv x-Tj Ovvjxvi aapy.l 'i\[).S)'). 12. "Qœte ô Gavatoç Iv '/ji^.îv *£V£pY£ÎTai, '/j Bè Ço)yj èv ûixTv.
ques, Hérodote, Démosthène, « dépasser » dans une course (éventuellement pour couper la route à quelqu'un), et, dans une citation d'/sa/e, chez Paul, Rom. ix, 29, on lo trouve au sens analogue (au moral) de « laisser après son passage ». Enfin, -mxx- SdsXXto veut dire certainement « renverser », « terrasser », comme le fait un poursuiveur qui finit par atteindre sa victime. Il nous semble que ce dernier participe, qui s'accorde si bien avec le premier, 6Xi56ixsvoi, « pressés », peut commander la nuance exacte pour l'interprétation de tous ceux qui s'interposent. Ainsi il y a d'un couple à l'autz'e progression très vivante, du début d'une poursuite à son terme. Et Paul était certes capable de s'exprimer de la sorte.
A. 10. XptaToî» pour 'Irjaou' dans D*, F, G, d, e, f, g; x.uptou inséré entre -cou et 'lïja,, dans K, L, syH».
B. 8-10. Paul, voulant décrire fortement ce côté humain misérable de sa vie d'apôtre, se représente bien moins comme un lutteur (ainsi que le veut Heinrici), que comme un pauvre être qu'on pourchasse et qu'on traque [Windisch) ; il n'y a que la dernière de ses fortes antithèses [Y.a.xc>.^aXk6^zvoi-kr.oXk!i]i.tw\.) qui pût aussi bien convenir à un guerrier. Il est comme pourchassé par la meute des événements et des adversaires; mais s'il est enfin (nous avons ajouté ce mot, pour mieux marquer la progression qui est dans l'esprit de Paul) atteint dans sa course et terrassé, il n'est pas /je/'cJu, il se relève; l'Apôtre ne pensait-il pas au terme de sa carrière, quand les ennemis et les malheurs auraient enfin, en apparence, eu raison de lui, et qu'il serait pourtant, moins que jamais, « perdu », puisqu'il entrerait dans le repos de la gloire? Ce serait bien dans l'esprit du morceau.
Le verset 10 donne l'explication d'une pareille vie : toutes les embûches sont vaines, parce que tout ce qui peut assaillir les apôtres se heurte, non pas à leur faible humanité toute seule, mais à Dieu; c'est un miracle qu'ils échappent, mais un miracle nécessaire, la puissance divine étant en jeu. Soulîrir toutes ces épreuves dans leur corps est leur vocation, puisqu'ils ont à représenter aux yeux du monde, partout où ils vont, comme un spectacle d'une merveilleuse efficacité, la « mise à mort » de Jésus; par là il faut entendre non pas seulement le supplice du Calvaire, mais toutes les épreuves qui y ont acheminé le Sauveur, et c'est un nouvel indice du fait que Paul prêchait les péripéties de l'histoire du Nazaréen, avant sa mort et sa résurrection (Pliunmer, al.). En effet, cette reproduction de ITIomme-Dieu en ses souffrances rédemptrices entraîne la manifestation simultanée et continue de sa puissance, puisqu'il sauve toujours ses envoyés comme II se sauvait lui-même jusqu'à ce que l'heure fixée fût venue. Dans leur corps, c'est-à-dire dans les conditions de leur vie extérieure, les Apôtres manifestent eux aussi l'intei'vention indéfectible d'un pouvoir souverain qui intervient toujours pour qu'ils puissent accomplir leur mission jusqu'au bout, et c'est celui du Christ qui vit glorieusement à jamais, maître de tous les événements du monde et donnant à ses disciples la puissance de les surmonter.
A. 11. oî swvreç, c'est-à-dire nous qui vivons malgré tout ce qui devrait nous
faire mourir; antithèse entre la mort qui les menace quotidiennement et leur vie qui dure cependant toujours (Belser).
B. 11. Les fatigues de l'apostolat, la maladie, les persécutions (cfr i et xti), tout cela devrait mener Paul à la mort, ne fût-ce que par épuisement, et chaque jour, pour
non dépassés, [enfin] abattus, mais non perdus, 10. portant de çà de là, toujours, le supplice mortel de Jésus dans le corps, afin que, aussi, la vie de Jésus, en notre corps, soit manifestée. 11. Car toujours nous, qui continuons à vivre, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que, aussi, la vie de Jésus soit manifestée en notre chair mortelle. 12. De la sorte, la mort travaille en nous, et la vie en vous.
ainsi dire, il sent qu'il en est menacé. On voit quelles peines il éprouvait, même sm milieu de ses succès en Macédoine. Or non seulement, par un secours d'en haut qui rôvèle l'intervention inaniCeste du Christ vivant, il échappe à la mort (interprétation de ChrysK, Cyr. Alex., Estius, Bisping, Cornely, Belser), mais il continue à vivi*e d'une vie active et ardente, et cette chair mortelle harassée, qui sert toujours d'instrument à tant de conquêtes spirituelles, participe et sert de moyen de manifestation à la puissance salvifique de Jésus dans sa mort et dans sa vie ressuscitée (Bachmann, Gutja/ir, al.). Cette manifestation de la vie de Jésus dans la « chair mortelle » de l'Apôtre est du présent,- de l'actualité quotidienne ; il ne faut donc pas l'entendre exclusivement ou en premier lieu d'un effet futur et éloigné, de la résurrection bienheureuse, pareille à cellor de Jésus, qui sera la récompense des labeurs apostoliques (avec Clirys'., T/ieodt., Amhr^., Thomas, Lietzmann, al.) ; ni, comme l'a fait Schaefer^ rapporter 10 !> à la résurrection, et 11'' au présent actuel, car les deux versets sont parallèles et ont la même compréhension [Gutjahr); ni rêver, comme Lietzmann (qui suit Reitzensiein), de la formation, sous la chair mortelle, d'un « corps pneumatique » latent, pareil à celui de Jésus glorieux, qui apparaîtra épanoui dans la manifestation eschatologique. Quoique Paul envisage toujours, à l'horizon dernier, la parfaite assimilation de son corps, et de tous ceux des vrais fidèles, à celui du Sauveur ressuscité, il ne parle expressément ici que de réalités spirituelles qui se manifestent par leurs effets extérieurs dans la vie terrestre.
Cette vie qui sort de la mort, il en a perçu la réalité dans l'histoire de Jésus, et ne l'a pas prise dans la mystique hellénistique pour l'insérer dans le « mythe du Christ » et la « mystique du Christ », en dépit de Windisch et autres syncrétistes de la môme école.
A. 13. ûcrrs indique que ce verset conclut et résume tout ce qui précède ; —
IvspYsiTai moyen, non passif.
B. 13. Le résultat de ce spectacle que donne au monde l'existence des Apôtres (voir à 10, supra), est celui-ci : tandis que la tnort travaille les acteurs, — affinant et agrandissant toujours, du x'este, leur assimilation au Christ, et leur puissance d'intermédiaires spirituels, — la i>ie, la vie du Christ qu'ils reproduisent, etdansses aspects douloureux et dans ses aspects de puissance, difllue toujours plus large et plus intense chez les spectateurs. Antithèse et paradoxe sublimes, où il ne faut voir, contre quelques anciens ou modernes, aucun roproclio ni aucune ironie; Paul regarde maintenant de trop haut pour cela.
Cette phrase prouve bien qu'il ne s'agissait pas uniquement dans les versets précédents d'une manifestation de la puissance du Christ par la simple prolongation de la vie des Apôtres, mais par l'efficacité soutenue et grandissante de leur action spirituelle malgré tous les obstacles qui devraient l'arrêter ou la restreindre. Autrement, dit fort bien Gutjahr, ces mots « et la vie en vous » introduiraient une idée toute nouvelle, étrangère au contexte (ce qui n'est guère admissible ne fût-ce qu'à cause du Ihaxt qui donne à ce verset en entier forme de conclusion et de résumé du tout).
Déjà Paul a parlé en grand langage de la communion des saints, au ch. i, 4-7, 11 (v. ad lac,; Windisch, al.); mais il s'agissait là de « consolation », ici c'est de toute
13. "E^fovTSç o£ *Tb «Ùto *zv£î3[;.a t-^ç TrîcTSWç, '/.aià xb Y^YpaP'lJi'ÉvoV « $7:1aTEuaa, Sib èXaX'/jŒa », %al '/jjj-eï; tïkttsuoij-îv, Stb xal XaXou[j.2V, l'i-. e'.Sôxeç ott ô EYEipaç Tbv -/.ûpiov 'Iyjœouv 7.3:1 'r,\)'Xç, aùv 'Iy3j;u àyipsi v.al *'7uapaoT*/îaet cùv û[;iv. 15. Ta Y^p Tvivxa St' û[;.aç, tva '^ *Î('^?'Ç *T:X£Ova(Ta(ra où tôv TcXeiovwv ty;v * ehyjxpiCTxiav Trepiaorsûav) e'.ç x'}]V Sc^av xou Oecu.
l'ampleur de la vie surnaturelle. Les chrétiens vivent de la mort de Jésus et do la « mort » des saints qu'il associe à son œuvre.
■' A. 13. xb aùrd : la similitude porte sur les sentiments du Psalmiste, plutôt
qu'il ne faille y voir l'affirmation de l'unanimité des apôtres dans la foi ; il ne s'agit point, en tout cas, des sentiments des Corinthiens [cîv Ambr^, Esdus, Bousset, al.); c'est « le même esprit qui a fait écrire, etc. ». — Tïvsufjia z=: inspiration (voir comm. de I Co}\, Exe. v), et non le Saint-Esprit (cfr Guijahr), sinon comme source, indirectement. — xaTàio Y£YpatJLij.£vov (cfr ô Xo'yos ô ysYpaji. Joh. xv, 25, I Cor. xv, 54, et quelques expressions similaires avec le participe Luc, Act., Gai. m, 10, Apoc.) remplace ici la formule habituelle de Paul r.aOtbç ylypavtxai.
Le passage cité est du Psaume cxv, 1 (= cxvi, 10) selon les LXX [Vulg. cnivcxv, 10); le texte hébreu porte laix 13 InJONH, ce que le Targum rend par « J'ai confiance que je parlerai dans l'assemblée des justes » {Strack-Bill, p. 517.) et les mots qui suivent sont INfi ^V^y^ "i^K; v. m/>'a, àB.
B. 13. La déclaration qui précède était hardie, et l'on voit bien d'ici le haut-Iecorps de certains adversaires de Paul, quand ils l'entendent afficher cette prétention d'exercer, par des misères qu'il mérite ou s'attire lui-même, pensent-ils, ou qui du moins ne sont que des misères humaines, une telle influence sur la sanctification des croyants. Mais l'Apôtre croit; il croit de toute son âme à l'action divine du Christ en lui et par lui; et voilà pourquoi il ne craint pas de parler, de parler avec cette ouverture et cette hardiesse qui scandalise ces demi-chrétiens, ces demicroyants timorés. Rappelons-nous que son but, depuis la fin du chapitre 11, est de défendre sa façon sans compromis de prêcher l'Évangile.
Le texte qu'il invoque signifîe-t-il bien, dans sa teneur originale, ce qu'il lui fait dire? Il est assez obscur, et prête à des divergences de traduction et d'interprétation. Mais il avait le droit de. s'appuyer sur les LXX, dont l'autorité était reçue de ses auditeurs comme de lui. L'hébreu (Ps. cxvi, 10) veut peut-être dire : « J'ai confiance, alors même que je dis : Je suis mallieureux à l'e.xcès », tandis que les LXX ont fait de la dernière proposition une phrase indépendante; mais, ainsi que le notent Bacltmann, Gutjahr^ et d'autres, il y a un vrai parallélisme entre le sentiment général du Psaume et celui qu'exprime Paul en ce verset et au suivant : le psalmiste rend grâce à Dieu de ce qu'il conserve son assurance malgré une situation désespérée, et, à partir des versets 12, et surtout 15, sa crainte de la mort se change, après qu'il a invoqué Yahweh, en certitude de vie. De même Paul va recourir à l'attente de la résurrection.
Il A. 14. EÏBoTes se rapporte au sujet de XaXoî3u.£y. — napaaTrlaei auv u(j.tv est un
peu elliptique; il faut sous-entendre avant auv u. un complément comme sauxw, ou aùxô), ou 'l'^aoîJ, nom que Paul a omis de répéter, se permettant ainsi une légère irrégularité grammaticale. — Le texte qu'on compare souvent, Pliil. i, 23, n'a pas tout à fait le môme sens; car ici Paul parle de la résurrection, à la Parousie, et, dans Phil. il affirme l'espoir de rejoindre le Christ aussitôt après sa mort, ce qui est plutôt identique à v, 8 (v. infra, ad /oc).
B 14. De la foi, dit Plummer, Paul passe à l'espérance. Il sait, il a constaté, que
13. Mais, possédant ce même esprit de foi qui répond à ce qui est écrit : u fai cru, c'est, pourquoi j'ai parlé », nous aussi nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons, 14, sachant bien que Celui qui ressuscita le Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus, et nous placera près [de lui] en votre compagnie. 15. Car toutes [ces choses arrivent] à cause de vous, afin que la grâce répandue à profusion fasse, par [votre] multiplication, surabonder les accents de reconnaissance, à la gloire de Dieu.
le Christ est avec lui, travaille avec lui au milieu de toutes ses souffrances, et qu'ainsi il participe à la puissance de la vie divine. Cette union commencée ira jusqu'à la consommation; son corps tourmenté, ce « vase de terre » toujours en péril de se briser, n'était le trésor intérieur qui le rend solide, il deviendra impassible et glorieux à la l'ésurrection, comme celui de son Hôte. Et l'Apôtre veut fixer ses auditeurs dans la même confiance, les encourager en les faisant souvenir que le même sort, eux aussi, les attend (s. Thomas), qu'ils seront tous unis un jour entre eux dans la compagnie du Christ, à jamais. Ainsi la pensée de l'Apôtre se porte sur la mort effective, que tant de fatigues et de peines rapprochent, et qu'il vient d'ailleurs de voir d'assez près (v. ch. i). Il se prépare à prémunir déjà ses fidèles contre la naturelle appréhension qu'une perspective semblable, commune à tous les mortels, peut soulever chez eux; il le fera dans la péricope suivante.
Paul, au fond de sa pensée, ne fait donc nullement « abstraction de la Parousie » qui amènera la résurrection des morts, comme le voudrait Windlsch qui, par devoir de syncrétiste, amène ici des thèmes égyptiens d'Osiris, d'Unas, et je ne sais quoi encore. Le verbe èysipEtv, malgré Tillmann [Wiederkunft , pp. 81, 85), n'a jamais voulu dire autre chose que « éveiller », « ressusciter ». On ne pourra jamais prouver, nous l'avons souvent dit, que Paul se soit attendu, en d'autres circonstances, à être encore vivant, ainsi que les fidèles ses contemporains, au jour du Second Avènement (cfr Sickenb. et d'autres). Que des expériences douloureuses récentes lui aient fait perdre cet espoir peu avant la composition de notre lettre, nous tenons cette thèse pour du roman; le passage suivant v, 1-10, n'a pas cette portée, comme nous allons le voir bientôt. Ce qui est vrai, c'est que la recrudescence de son mal en Asie (v. ch. i, supra et Exe. i) le faisait penser à la mort bien plus souvent qu'il ne l'avait fait jusque-là.
A 15. Ce verset, pour le sens, la structure, et -aussi pour la difficulté à le
traduire, rappelle le v. 11 du ch. i (v. ad loc). La Vulgate l'a rendu ainsi : « ut gratia abundans, per multos in gradarum actione, abundet in graliam Dei rt, sans tenir compte de la différence des verbes, et en supposant quelque leçon comme [èv] T^ eù-/apia-ctx au lieu de T7)v eùy., ce qui n'est pas attesté par ailleurs. L'Ambrosiasler traduit « per multo/'um gratiarum actionem », joignant Sia à x/jv eùy. Il faudrait savoir si jrXeovàcjxaa et Ttîptffffcuayi sont transitifs ou intransitifs, car tous deux peuvent être l'un ou l'autre, et à quoi rattacher 8ià tô5v Tzliio^ta^.
nXeovâ^etv n'est employé dans le N. T. que par Paul et une fois II PeL U est intransitif chez Pierre QiRom. v, 20 (bis), vi, 1, II Cor, vin, 15, Pldl. iv, 17, II Thess. I, 3, transitif seulement I Thess. m, 12.
Ilspicjaeijsiv, bien plus fréquent [Mat., Marc, Luc, Jean, AcL, Paul), et affectionné surtout de Paul (26 fois, dont 10 en notre épître) est lu plupart du temps inlransitif également, sauf i¥a^, xni, 12, et xxv, 29 (passif), II Cor. ix, 8 (v. ad loc), Eph. i, 8 et I Thess. m, 12.
Il faut cependant, à cause de l'accusatif tyiv £Ù-/^api(iTÎav, que l'un ou l'autre de ces verbes, celui dont l'accusatif dépend, soit transitif en notre verset.
Îl8 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, IV, 7-V, 10.
Les traducteurs ne s'accordent pas. Cependant, avec Chrys., la majorité joint 8ià tiSv ttX. au participe nXeovaaaaa (intrans.) : « afin que la grâce, en abondant par [votre] nombre accru, fasse surabonder (7:£piaa, trans.) l'action de grâces ». Ainsi Plummer, (après Alford, Bernard, al.), Meyer, Heinrici, Bachmann, Bousset, Gutjahr, Belser, Menzies, Windisch (à cause de la paronomase TîXeovdédacra Btà Tâ5v rXetdvwv), Lemonnyer 1905, etc. C'est très soutenable; pourtant on peut objecter que ce n'est pas l'accroissement du nombre des convertis qui fait abonder la grâce, mais bien l'inverse, (si on prend « grâce n au sens le plus obvie, celui de « faveur de Dieu » cause du salut, et non au sens de « gratitude », qui ferait une tautologie avec sùyapiaiîav). — Luther, Bèze, Ben gel, Grolius, faisant les deux verbes jntransitifs, comprennent : « afin que la grâce, ayant abondé, puisse, par l'action de grâces du nombre accru, surabonder » (voir Plummer), ce qui nous semble une expression bien « surabondante », et fait invraisemblablement (comme Ambros^) de xûSv TtX. le régime de t7)v i^x^?- — Nous préférons donc une traduction qui est assez rare, mais est pourtant celle de De Wette, Lietzmann, Toussaint, Lemonnyer 1922, Loisy, Delafosse et quelques autres. Elle laisse tîXsov. intransitif, fait jteptacr. transitif, et rattache 8tà: -cwv izk. à ce second verbe, ce qui donne un sens excellent qui n'est sujet à aucune objection, ne fait aucune violence à Tordre des mots dans une phrase grecque, et évite toute tautologie (1).
B 15. Paul, au verset pi'écédent, a fait briller aux yeux des Corinthiens l'espoir de la résurrection, pour eux comme pour lui. Tout ce qu'il vient de décrire en fait de souffrances et d'enseignement efficace, et de hardiesse de langage, et d'espérance contagieuse, est ordonné à cela (ta TîdEvxa, qui ne se rapporte pas immédiatement à la mort et à la résurrection du Christ, cfr Chrysostome). Tous ces paradoxes vécus de l'existence des apôtres ont pour but de multiplier leur succès et le nombre des croyants, et, en fin de compte, c'est un débordement de la grâce d'En Haut, qui étend sans cesse la gloire de Dieu sur terre, — but dernier, — en faisant grossir l'hymne continu des actions de grâces que lui rendent les hommes.
Paul avait exprimé une idée et un souhait semblables, au ch. i, v. 11 à propos de îa reconnaissance que la protection divine contre le danger de mort qui le menaçait toujours d&vait inspirer à ses fils dans la foi. Ici la vue devient beaucoup plus saïîjfîle',, re> spectacle plus majestueux; ce sont toutes les passions du Christ communiquées aux apôtres — et aux fidèles qui doivent les imiter, — qui sont présentées comme un bienfait ineffable de Dieu, dont le monde ne saurait rendre assez de grâces..
Gîàaniïaeiit alors lui, — et les autres Croyants, — pourraient-ils craindre les peines éfe cette vie, et même la dernière et la plus effrayante de toutes, la mort corporelle? C'est le sujet du magnifique passage qui va suivre.
(1) II serait possible encore à la rigueur de faire TiXeov. transitif, et ueptaff. intransitif : « afin que la grâce, ayant accru l'action de grâces par le moyen d'un plus grand nombre, surabonde à la gloire de Dieu ». C'est la traduction la moins soutenue, et elle aurait l'air un peu aussi de mettre la cause après l'effet.
2° IV, 16-v, 10. — Ni les apôtres, ni les fidèles n'ont à s'effrayer
de la mort corporelle.
Int. — Ce morceau est l'un des plus élevés, des plus pénétrants, des plus importants au point de vue doctrinal et spirituel, mais aussi des plus difficiles dans toute l'œuvre de saint Paul.
Sa valeur doctrinale consiste en ce quHl complète l'eschatologie, nous apprenant quel sera le sort des âmes élues entre la mort et la Parousie ; sa valeur morale et spirituelle, en ce qu'il fixe l'attitude du vrai chrétien en face de ce qui fait la terreur du commun des, hommes, du « roi des épouvantements »; il n'est donc pas besoin de l'exalter. Mais pour les difficultés, elles sont grandes en elles-mêmes, et les critiques les ont aggravées, en cherchant à le tirer dans le sens de leurs théories.
La seule analyse détaillée de chaque verset et presque de chaque mot pourra rendre compte de ces caractères.
Ch. IV, 16. Atb où/, i-^v.OL'AoXi]}.v)'
oC/ùC eî v.7.1 *ô ê^o) "^[jt-tov avôpWTroç *otaçpOïip£Tai, «XX' *é e'aco '^[j-ûv *o:va7-atvouTat *ri\)dp<x 'Aod "fwi'épci. 17. To Y^p * 'Kotpo^wziv.oc *£Xa(ppbv t^ç OXî'iewç •r)[;.o)V *y,aO' UTcep-
Ch. IV, 16. Voilà pourquoi nous ne défaillons point;
mais, quoique notre homme du deiiors aille se détruisant, cependant celui du dedans en nous se rénove jour par jour. 17. Car la [charge] légère de notre affliction du moment forme, pour nous, sans mesure, pour dépasser
A, IV, 16. oùx èYxa7.ou[i.ev, cfr iv, 1. — ô è'Çw y)[x. av0p., rien qu'ici, mais, pour le corrélatif ô law t)[j.. [avOp.], cfr Rom. vu, 22 et Eph. m, 16; — D«, E, K, L portent Ëaco0ev; rjjiGiv manque pes., boh. — StaaOsfpsTai présent, mouvement de destruction continu. — àvaxatvoîjTat : hapax légomène absolu, ici et Col. m, 10, àva/.atvoij(i.£vov ; le mot grec usuel est àvaxatvîÇw; cfr le substantif àvaxaîvwai?, (pour àvaxaiviai?) qui ne se rencontre lui-même que chez Paul, Rom. xii, 2, Tit. ii, 5, et Hermas (Vis. m, 8). mais n'est pas inconnu des lexicographes. — %£p? "*' ^^^P? pourrait être un hébraïsme (□11T D*Ti), mais on le trouve dans le grec populaire {Thumb, « Hellenismus », 128).
B. IV, 16. Gomme la conscience d'être les annonciateurs de r« esprit » empêche les apôtres de rien dissimuler de la vérité évangélique (iv, 1, v. supra), de même le sentiment de contribuer par leur « mort » quotidienne au salut des hommes et à la gloire de Dieu, ainsi que l'espoir de la résurrection bienheureuse, les rendent inaccessibles à tout découragement devant les périls et au milieu des labeurs.
Ils sentent bien que leur « homme extérieur », c'est-à-dire leur corps avec tout ce qui tient à la vie de ce corps « psychique » (v. I Cor. xv), va s'affaiblissant, et finira par périr à la tâche (v. supra, 7-11); mais leur « homme intérieur », c'est-àdire leur personnalité invisible vue par le sommet, du haut du Tzveuixa (v. comm. I Cor. Exe. v), que vivifie la grâce de l'Esprit qui l'habite, va se fortifiant (se rajeunissant, àvaxxtvouTat, sens de xaivoç, supra, au ch. m, 6), et cela du fait même de leurs peines, puisqu'elles sont une participation à la Passion du Sauveur, et l'élargissent sans cesse pour un afilux progressif de la vie du Christ, qui de leur intérieur se répand même en dehors d'eux sous forme d'activité efiicace.
•/j[j<(3v xoc 3^£7:6p-£va àXXà xà [;/J] (âXsTcôj^.îva' ta y»? pX£TC5[j-Eva TCp5cr*/.atj3a, xà âà [a-}; (3X£7:ô[;.Eva acwvia.
Cii. V, 1. OtSap.EV Y^p oTi Èàv */) sTCiYsioç y]îj-wv oIySoc tou *(Ty.v5Vouç 7,aTa7\U0-^,
(Ces notions très importantes (i'« homme extérieur » et d'à homme intérieur » seront précisées et approfondies à l'Excunsus vin, infra).
A. 17. Les premiers mots sont du plus pur classique. L'adverbe îïapauTtxa employé comme adjectif {Hérodote, Thucydide, Platon, Plutarque) qualifie xb sXacppbv 1:% OXtiî»sto; rj[j.wv, tournure très hellénique encore avec l'adjectif neutre èXao. pris comme substantif. L'élégant ii:apaux(y.a n'apparaît dans le Nouveau Testament qu'ici, et, dans la Bible grecque, Ps. lxix (lxx), 4, et, Tob. iv, 14. — D*, E, G, latt., pes., got., arm. insèrent T:pdoy.aipov -/.aà (d'après le v. 18) devant èXaippdv, — Ce dernier mot n'apparaît qu'ici chez Paul, et Mat. xi, 30; il est également de la meilleure langue; èXaï)p(a, supra, i, 17. — xaO' OnepSoX^v et? î»rtsp6oX;^v paraît au premier abord un pléonasme un peu lourd, aussi beaucoup de traductions, après a*, G*, K, omettent-elles st; {)7tEp6. Cette expression superlative convient pourtant bien au style de Paul (Windisch), et l'on peut entendre sans pléonasme xaO' u;c. de la norme et sîj un. du but {Bachmann), ou le premier du mode et le second du degré [Belser). Saint Augustin (In Ps. xciii, 23) a compris « Juxta incredibilem modum et in incredibilem modum ». Paul parle avec la même ferveur enthousiaste que Rom. viii, 18. Sur l'utilité des souffrances que, Dieu impose, cfr Sap. Sal. m, 5.
A. 18. Le génitif absolu, au lieu du datif qui serait appelé régulièi-ement par ^[xtv précédent, est une tournure fréquente dans les papyrus et la langue hellénistique. Plutôt que d'avoir une signification conditionnelle (« pourvu que nous ne considérions pas ce qui se voit )■>, cfr Belser), il pourrait être causal (« parce que nous ne considérons pas », etc.), ou expliquer comment notre « homme intérieur » se x'enouvelle dans la joie (Gutja/ir), ou bien marquer la conséquence (« wobei u. s. w^. », Bachmann) de la conviction exprimée au v. 17.
B. 17-18. Pareille magnanimité d'espérance est humiliante pour nous, dit Windisch, pour notre froideur. Mais, puisque saint Paul parle ici pour nous tous, nous le croyons autant que nous l'admirons. Toutes les peines de la vie, et la mort inéluctable, lui paraissaient peser comme rien (èXa^pdv, px?os, image d'une balance, Gutjahr) à côté de l'accumulation de gloire (cfr Rom. vin, 18) qu'elles produisent pour l'éternité chez les apôtres, et aussi chez tous ceux qui les considèrent et les acceptent dans l'esprit du Christ. L'expression est dense d'enthousiasme : d'une manière indicible, hyperbolique, paradoxale, parce que le Dieu de gloire est à l'œuvre en cela, elles nous façonnent un bonheur au-dessus de toute expression que fabriquerait la langue humaine. L'invisible et l'éternel qui nous sont réservés, et que les regards de la foi ardente entrevoient déjà en une petits mesure, c'est un avenir, déjà virtuellement commencé dans l'expérience des apôtres et des chrétiens fervents, qui suffirait, et pai'fois suffît, à clore nos regards à toutes les choses déprimantes, et à toute misère visible, puisque celles-ci ne sont rien à côté, et que nous savons bien qu'elles passeront comme une ombre.
-I ' ■■ A. Gh. V, 1. èâv (pas plus que Stav) ne marque pas toujours un doute sous la plume de Paul (v. comm. I Cor., p. 367, al.), mais peut ne se rapporter qu'à l'éventualité du moment inconnu. — -:ou oxtîvou; : génitif d'apposition, « notre demeure terrestre qui n'est qu'une tente », et sera enlevée comme une tente. Cette métaphore était alors courante, cfr Sap. Sal. ix, 15, et bien d'autres textes, voir Exe. ix. — D, E, F, G, latt,, got., insèrent un deuxième Br: devant o?/.o8otjLv5v. — è/. Oeoïj n'est pas à joindre
toute mesure, uq poids éternel de gloire, 18. à nous qui ne regardons pas aux choses qui se voient, mais à celles qui ne se voient pas; car celles qui se voient sont passagères, et celles qui ne se voient pas éternelles.
Cii. V, 1. Nous savons certainement en effet que, si notre demeure terrestre sous la tente vient à se dissoudre, nous avons un édifice [qui pro-
à 'éx.o[Aev, mais à otxoB. : « un édifice [qui vient] de Dieu » comme origine. — ^^Jf^ev est un présent qui marque ici non l'actualité absolue, ni un futur imminent, mais la certitude du futur, « nous tenons », « nous possédons en droit assuré », v. Exe. ix. — ày etpoîtoiTiTov exclut l'intervention de toute « main » créée, cette demeure est de la main de Dieu seul. — atcuviov, non qu'elle n'ait point commencé d'être, mais parce qu'ellene sera jamais détruite, à la différence du cx^voç.
B. Gh. V, 1. Saint Paul développe ici l'assertion de l'espérance qu'il a manifestée, pour lui-même et pour tous les fidèles, au v. 14 du chapitre précédent, celle de la résurrection bienheureuse. Nous constatons tous que notre corps d'à présent, le « corps psychique » qui pâtit de la vie, s'affaiblit et se dissout peu à peu; un jour il disparaîtra, comme une tente qu'on a dressée en caravane, pour un séjour de quelques heures, et qu'on lève pour continuer la marche. Mais nous savons aussi, de science certaine (ol'SajjiEv), que nous — notre personnalité durable — nous occuperons une autre demeure, qui, elle, ne sera jamais détruite, une fois que nous serons au terme du voyage; c'est le « corps pneumatique », dont il a été parlé I Cor. xv (v. notre comment.), que la toute-puissance de Dieu nous prépare pour l'existence céleste, et que nous possédons déjà (ey^ojAïv) en droit et en espérance (v. Exe. ix).
Cette métaphore de la « tente » et de la « demeure stable » vase prolonger à travers le développement suivant, mais en se mêlant à une autre métaphore (ce qui n'est pas sans exemple chez Paul), à une autre image, celle du vêtement.
[2-9. — Ces versets contiennent mille difficultés; afin que le lecteur ne se pei'de pas dans les discussions qui vont suivre, et qui seront complétées dans les Excursus, nous on donnons dès à présent une abondante paraphrase, exprimant en termes aussi clairs que possible les interprétations auxquelles la discussion grammaticale et exégétique nous mènera.
2. C'est sur cette perspective, de posséder pour V éternité un corps indestructible et bienheureux, que doit se fixer notre pensée de croyants. Elle est certaine pour la foi, qui regarde les choses invisibles; mais, pour que cette conviction agisse sur nous en toute circonstance, un effort est nécessaire. C'est que, à la vérité, si nous sommes sûrs que pareille habitation nous est promise au ciel, nous ne pouvons oublier qu'il y a la mort entre nous et elle; et la mort épouvante la nature; nous aspirons sans doute à occuper cette demeure céleste, mais la condition nous paraît dure, le passage effrayant; nous voudrions entrer en possession du corps céleste sans être obligés de renoncer Jamais au présent corps terrestre, comme s'il était possible {ce qui le sera seulement pour ceux qui vivront encore au Dernier Jour) d'endosser les qualités qui rendront notre corps « pneumatique » sans nous dépouiller auparavant de notre corps psychique, à la façon dont on passe un vêtement par-dessus un autre; et, regrettant que les choses ne puissent arriver ainsi pour nous, nous gémissons devant la vie qui nous oppresse et sa cessation qui iious effraie. — 3. Nous sommes, si nous nous abandonnons à la nature, dans cette hésitation de sentiments, qui n'est cependant pas Justifiée, puisque cette « nudité » de notre âme privée de son corps sera chose trop transitoire pour qu'elle dût nous faire peur; en effet, dès que nous aurons revêtu le corps de gloire, ce que nous espérons bien qu'il nous ctrrlvera, il ne pourra plus être question d'être « nus )i, désincorporés, de toute l'éternité. Alors pourquoi tant de répugnance?
ciy.oBo[j/r,v *£■/. Ç)eou*'é'/^o\Ltv, cly.iav *à;(£tpoTCo(YjTOV *atcoviov ev zoîç cùpavoîç. 2. *Kai 7àp *£V TOiJTw arsvaÇoasv, xo oa-^-ïv^piov '/j|J-îov to è^ cùpavou *è7cevSûaa(70at *k%i'KO-'
— 4, Pourtant, à la vérité, tant que nous vivons cette vie de voyageurs sous la tente, nous gémissons d'une part sous le poids des vicissitudes qui nous oppressent, et cependant nous restons dans l'appréliension de voir venir la mort qu'elles accélèrent et qui leur mettra un terme; car nous sommes quand même attachés à ce misérable corps souffrant, assez pour ne pas vouloir nous en séparer fut-ce un instant, et pour n'envier spontanément que cette combinaison susdite d'où la mort serait exclue : voir venir un jour oie la spiritualisation tomberait sur notre corps imparfait, pour en supprimer d'un coup toutes les imperfections, faire disparaître dans le plein afflux de la vie toutes les déficiences de sa mortalité, à la façon d'un bon manteau, pour parler familièrement, jeté par-dessus une tunique qui ne suffisait pas à le garantir comme il faut de la pluie et de la froidure.
5. Voilà comme nous sentons quand nous ne vivons pas assez de notre foi et de notre espérance. Faut-il nous désoler outre mesure de cette inconséquence pusillanime ? Non, mais supporter, tant que nous ne sommes pas plus forts, cette faiblesse naturelle, puisque c'est Dieu même qui a mis dans notre nature ce besoin de posséder un corps qui ne meure point; cependant il faut travailler à réformer ce sentiment, car nous savons bien que Dieu ne nous a pas créés avec un pareil attac/iement pour le décevoir; nous en aurons un, un corps qui ne périra jamais, c'est Lui qui nous l'a promis et nous pouvons bien en arriver à attendre toujours d'un cœur ferme, sans nous laisser agiter par ces inquiétudes, la réalisation de Sa promesse; n'en avons-nous pas déjà la garantie dans cette vie spirituelle qu'il nous a donnée, dans l'habitation intime de l'Esprit qui restera en nous pour nous ressusciter, au j'our voulu, de l'état de mort intermédiaire ?
6. Aussi, enhardissons-nous! Ce n'est pas une pure résignation devant la mort corporelle inévitable qu'il faut vous prêcher, c'est un sentiment de désir pour celte séparation qui semble aux autres épouvantable, mais que nous savons n'être que temporaire. Voyez en effet la vraie réalité des choses. Nous sommes domiciliés dans ce pauvre corps, nous y sommes chez nous, c'est bien; mais il faut songer que c'est un assez triste domicile pour des âmes déjà unies au Christ, puisque c'est une maison d'exil, où nous ne voyons pas le Seigneur, qui n'est en nous que d'une présence invisible, souvent insensible : — 7. en effet, nous avons bien la foi, mais la foi ne nous donne qu'une vision en énigme (I Cor. xiii, 9, 12), elle ne peut satisfaire notre intelligence et notre cœur, à qui il faut le contact senti, laj'ouissance du visage de l'Etre aimé. — 8. Examinons, pesons tout cela; et alors, nous aurons plutôt envie de mourir, car si la mort est un exil temporaire de notre âme hors de sa demeure naturelle, qui est notre corps, elle nous transporte cependant où est notre vraie patrie, qui ne saurait être que là où habite le Seigneur, et oit on le voit à visage découvert comme le Maître du lieu et notre compagnon d'habitation; près de Lui, on peut attendre sans impatience que notre corps aussi vienne prendre sa part au bonheur de cette société, et s'installe, rejoignant notre âme, dans sa patrie éternelle.
9. Une pareille conviction ne peut manquer d'avoir des conséquences pratiques. Une fois que nous serons domiciliés près du Christ, nous n'aurons pas à craindre de cesser jamais d'être ses amis ; mais aujourd'hui que nous sommes encore en exil, nous pouvons courir, par notre faute, et dans les ombres vacillantes de notrç demi-vision, le risque de lui déplaire. Aussi, énergiquement, devons-nous prendre à cœur de faire tout pour lui plaire ici-bas d'une manière aussi constante que nous attendons de le faire quand nous serons à ses côtés dans le domicile céleste. {10. Car II nous jugera d'après ce que nous aurons fait ici-bas).
-vient] de Dieu, une demeure non faite de main d'homme, éternelle, dans ]es cieux. 2. Et, à la vérité, dans l'état présent nous gémissons; notre lieu d'habitation qui est du ciel, [c'est] par-dessus [l'autre que] nous désirerions
On voit donc que dans toute cette fameuse page, si on l'interprète ainsi, on peut découvrir, malgré la concision, les ellipses, les anacoluthes, une idée qui se développe •sans aucune saute ni incohérence. L'essentiel, à qui veut la comprendre, est de ne pas oublier, d'un bout à l'autre, que le but de Paul n'est pas de détruire la crainte de rester toujours « nus », c'est-à-dire privés d'un corps pour toujours, après la mort corporelle, ■ — les croyants n'ont pas de telle frayeur, ils savent qu'ils ressusciteront [supra, V. 1), — mais de calmer le regret, bien conforme à l'instinct naturel, qu'ils ont de ne point passer à l'état glorieux de plain-pied, pour ainsi dire, en évitant l'escalier de la mort, et de ne pas revêtir cet état tout uniment comme « un vêtement de dessus », par une évolution sans interruption ni catastrophe de leur vie présente dans le « corps psychique ». Le préfixe etii du verbe InêvSûaaoOat a une valeur essentielle : ce « revêtir par dessus » s'oppose en même temps à ê/.8iSffaoOat, «être dévêtus », et au simple ivSjjaaGat, « revêtir », mais non « par dessus ». Toutes les interprétations qui ne tiennent pas compte, ou pas assez, de ce trait fondamental, seront donc à rejeter. Et il faudra de plus nous montrer méfiants à l'égard des exégèses qui recourent à des notions non exprimées dans le contexte (comme celle d'une comparaison entre le sort des morts et celui des vivants au jour de la Parousie) ; car tout le morceau est Susoeptible d'une explication entièrement claire et cohérente sans qu'il soit besoin d'y irrtroduire des allusions qui resteraient au moins obscures et douteuses, chei'chées danî5 laiPremière aux Corinthiens ou dans toute autre épi tre où le but d'enseignement de l'Apôtre était différent.
C'est ce que nous allons essayer de démontrer en passant à l'interprétation des versets. Les Excursus achèveront, j'espère, de faire de la clarté].
A. 2. Kai yap = « et en effet », « et, en fait », « et, à la vérité ». Kal yitp est usuel pour annoncer un développement de preuves. Il faut bien remarquer que le v. 4 ^{infifa) commencera par un autre xai yap exactement parallèle ; les deux phrases qui suivent respectivement le sont aussi et devi'ont s'interpréter l'une par l'autre dans le même fiens. Toutes deux introduisent une objection, une restriction à la plénitude de •sécurité et à la paix intime que devrait produire en nous l'assurance du v. 1 sur la •résurrection.; toutes deux aussi trouveront leur contre-partie, la réponse qui doit nous remettre en pleine paix, dans les versets 5 et 8 (v. ad loc).
'Ev Toiixto : les uns traduisent : « en ceci » (que), préparant le participe èTitjtoO. : « [nous gémissons] en ceci, à savoir que nous désirons, etc. » (Menzies, Sickenberger, al., Bachmdnn le rapportent même à eî... eupeGrjad[jL£Oa du v. 3, v. infra); mais d'autres comprennent plutôt : « dans cette [tente] ou « dans ce [corps] » [Plummer, Lietzniaïln. Godet, Gutjahr, Windiscli, al.), et ils ont raison, à cause du parallélisme bien établi kvec le v. 4 (v. supra) ^ où nous lirons : ol 6'vt£? èv tw axïi'vet oTeyaÇo[xev. La relation du verbe « nous gémissons » avec le participe I^ïcxoOoîjvtsç n'est pas claire, faute de pakicule; est-ce que le « désir » est la cause du gémissement [Belser, al., 'V. sùpra), où bien ce désir d'un corps glorieux accompagne-t-il les gémissements que •causeraient les peines de la vie, surexcité qu'il est d'ailleurs par ces peines? Notre traduction n'a pas voulu décider ce point ; v. infraj au v. 4, sur le sens de papou[ievot. Cette nuance importe d'ailleurs assez peu au sens général de la pcricope.
EK£v8\5CTaa(]lat (hap. leg.) signifie « endosser un vêtement par-dessus un autre » ; si l'on veut comprendre quelque chose à ce morceau, il faut absolument éviter d'en faire le synonyme pur et simple de èvSucraaOat, qui veut dire simplement « revêtir », et i^ implique l'idée que d'un vêtement, tandis que â7:£vS. en implique deux.
Gcuvxeç, 3. *£Ï Y^ "^^ *£vSuaa[X£voi *0'j Y^H-vot eûpeGvjaôfxeGa. 4. *Koà yocç) ol Svtsç.
'EjtiTcoOouvTEs : il est encore important de bien saisir la nuance. Le verbe èntTcoOsio (et les dérivés ir.ir.6f)i\xoi, èr.irM-(\Gii^ Inir.oOlct) ne signifie pas un désir quelconque, réalisable ou non, mais il connote chez Paul, toujours ou presque toujours, le regret accusé d'un éloignement ou d'une absence {Rom. i, 11, II Cor. ix, 14, P/iil. i, 8, ii, 26, I T/iess. III, 6, II Tim.i, 4; P/til. iv, 1; II Cor. vu, 7, 11; Rom. xv, 23; sens plus faible Jac. iv, 5 et I Pet. ii, 2) ; dans l'usage littéraire courant, ce sens peut être aussi bien <f regretter » quelque chose où l'on ne peut mais, que « désirer avec force «, et cela selon l'acception première des mots simples toOo; et twoOéco. Voilà pourquoi une traduction, dût-elle paraître trop explicite ou forcée, pourrait appuyer sur ce regrci de ne pouvoir satisfaire le désir : èTriTtoOéw = « regretter de ne pas... »
A. 3. Voici la « crux inlerpretum » !
Établissons a) d'abord les vrais mots du texte ; — puis b) leur sens.
a) el' YE x.at : la leçon commune, et la bonne, porte si' y^. de X, C, K, L, P, al., et non el'rtep de B, D, F, G, 17.
èySuaafAEvoi, de X, B, G, D^, E, K, L, p, vulg., syr, copt., got., arm., éih., est à préférer à la leçon « occidentale », admise de quelques commentateurs (v. infra), èxBuffdfJLEvot de D", F, G, d, e, g, m, Marcion, TertulUen, Ambr^, Eplirem, puis Godet.. Reitzenstein, al. (avec el'îcep).
è) Il y a d'abord divergence sur la construction grammaticale. Un certain nombre d'auteurs veulent prendre ensemble les mots IvBujâijLïvot où -^^j^x-iol comme prédicat : « [si toutefois ou si assurément nous devons être trouvés] vêtus, non nus ». La tournure aurait quelque chose d'insolite, car régulièrement il faudrait la copule xa(, « et », entre les deux attributs; on peut, à la vérité, répondre que Paul fait parfois de telles coordinations sans copule d'un positif et d'un négatif, ainsi plus bas, au V. 7, 3ià rtoTEtu; Y^P nsptîîaToujxEv, où 8ià sl'ôouç, ou Rom. ii, 29, èv «vEÙfiaxt où Ypâ[i.[J.aTi,
I Cor. m, 2, -^âXa. uaa; ÈTïo'naa, où Ppwixa, encore, si l'on veut, Rom. ix, 1, àXriOEiav Xéyw EV Xpiaiw, où t}/£Û8op.at, I Tliess. ii, 17, jrpoatÔTzw où xapSt'a. Cependant l'habitude de Paul est d'interposer xat en de pareilles coordinations (onze fois, v. Bachmann, p. 226), et d'ailleurs, dans les exemples ci-dessus, les termes ne sont pas des participes ou dos adjectifs, et il ne saurait y avoir aucune obscurité ou équivoque. De plus, on a remarqué [Windisch, al.) que l'aoriste ÈvSuaajisvot marque un acte, et où yupoJ un état, ce qui ne s'accorde pas bien pour une coordination; il aurait fallu plutôt le parfait £v8Ê8u[jL£vot, à moins d'admettre ici, comme Belser, une licence du style de Paul, ce qui est peu vraisemblable. — ; Aussi, avec d'autres exégètes (tous ceux qui admettent èxou(7a;j.£voi et beaucoup qui admettent èyoua.), nous prenons le participe aoriste comme se rapportant (avec un sens de futur antérieur, v. infra), au sujet de la proposition, qu'il qualifie, et où Yupoi seul comme prédicat de EupEÔïiaô[A£6a : « ayant été vêtus, nous ne serons pas trouvés nus ».
Plus difficile est de déterminer le sens de eI' y^ >'.«'■. Nous avons vu que el' ye était beaucoup mieux attesté que eI'jcep (le sens de £l':îEp n'offrirait pas de difficulté : « si, comme il est certain »). Les suppositions concernant el' y^ xa£ sont très nombreuses; pour y mettre un peu d'ordre, décomposons cette locution.
El, en outre du sens conditionnel, peut, dans certains [contextes, prendre celui d une interrogation ([se demander] si\ en allemand ob ou ob nic/it); v. Kûhner-Gerth,
II 2, p. 396, 9 b. — Après des verbes qui marquent un sentiment, comme « s'étonner », « avoir honte », « s'indigner », etc., au nombre desquels on pourrait mettre nos deux mots aTêvâÇo[j.£v et ÈTtiTcoOouvTE;, il peut marquer la raison de ce mouvement de l'âme {Kiihner-Gertli, ii 2, p. 369 s., 8). L'interprétation de Bacltmann.{\. infra) s'appuiera sur cette possibilité.
tant le revêtir, — 3. quoique, assurément, [une fois que] nous l'aurons revêtu, nous ne devions pas nbus trouver nus. k. Oui, à la vérité, nous
Mais il n'y a pas seulement sî, il y a d ye ^-x^ Or, si' ye, assez commun, peut avoir divers sens : tantôt ys restreint la possibilité de réalisation de l'idée qui suit eî (el' ys équivaut alors à si tamen iàlm), et l'on pourrait alors comprendre : « si toutefois », ,( pourvu que », sens adopté dans notre passage par bien des traducteurs; mais il peut aussi, au contraire, avoir un sens confirmatif, {si quidem) et si' ye signifie alors : « si, comme il est certain », ou « même si », « môme dans l'hypothèse que... » (v, Kiihner-Gerth, n, 2, p. 177, 9 a). Notre s" ye donc, s'il était seul, pourrait donner quelque sens admissible.
Mais ce n'est pas el' ye tout court, c'est e'' ys xaî, expression qui no se retrouve que Gai. ni, 4 (1). Les partisans de la variante £xBuoa[Aevo[ peuvent sans peine détacher xat de el' ye pour] l'attacher au mot suivant [comme peut-être Gai. m, 4, à et'zfj [voir la note ci-dessous] ou, en des passages d'auteurs classiques comme Xénophon, « Mémorables » III, VI, 13, ... 7:a(Jiu.£'yeOe; 7:pâyjj.a, et' yê y.a\ twv Totoiirwv l;ri[j.eX6ÏaOat Be^îasi =- « ... grosse affaire, s'il faut s'occuper même de pareilles choses! » Mais cette ressoui'ce manque si on lit èv8ucià[xevot, v. infra. Il est des traducteurs qui semblent ne pas attacher trop d'importance à cette dernière particule -/m, et la jugeraient volontiers redondante, ou destinée simplement à souligner le lien des diverses pai-ties du contexte (ainsi Bac/imann). Il nous est difficile de juger ainsi, d'après les habitudes de grande précision maintes fois notées dans le style de Paul, et spécialement pour l'emploi des particules ; car, en fait, ce xai serait alors bien inutile. Après avoir longtemps réfléchi, et appelé à notre secours tous les grammairiens et dictionnaires, sans avoir pu y trouver un sens spécial pour une locution toute formée ei-ye-xat, nous avons fini par nous fixer à cette décision (qui n'est pas seulement la nôtre) que le mot qu'on pourrait supprimer sans trop d'inconvénient n'est pas -mi, mais bien ye; les deux particules qui font une unité, c'est cî xai, dont le sens est bien connu, et vérifié à chaque page des auteurs grecs; c'est le sens concessif : « quoique » (2). Paul aurait ajouté ye (après le premier des deux mots, ce qui est sa place nécessaire) pour affirmer la nécessité de cette proposition concessive, et il a voulu dire : « quoique, assureraient,.. ». Qu'une troisième particule puisse s'intercaler entre eî et xa( sans altérer la signification fondamentale de eî -/.ai, c'est ce qu'on peut au moins conjecturer d'après l'emploi, qui n'est pas si rare, de eî jj.ti -/.at au lieu de l'ordinaire si y.oà fxr{, voir des exemples KiUmer-Gertli, ii 2, p. 489, Anm. 1. — Analogies beaucoup plus proches encore de notre cas, avec 8e, I Cor. iv, 7, et oè xal ëXa6eç, et, avec le même sens probable de « quoique », dans notre épître même xi, 6, e? oè /.ai îotoS-cY); (v. ad /oc), et une très proche avec yap. Col. ii, 5, et yàp xat ttj aapxl à/:et[j.t, dont le sens est très certainement : « Car, quoique je sois absent dans la chair »,
Voyons donc les interprétations que donnent les divers auteurs, suivant la cous- Iruction grammaticale qu'ils choisissent, et les sens variables qu'ils attribuent à eV ye xat, et au participe èvSuaafAevoi (ou èxou(jâ[;.syoi).
(1) Ce passage de Gai. est lui-même assez obsour, et ne peut donc guère servir à éclairer notre discussion. Il est possible que, là, il faille disjoindre xat de et ye et comprendre : « [avez-vous éprouvé de telles choses en vain?] si, réellement, c'est aussi (aussi = comme notre prédication du Christ, au v, 1.) en vain? »; mais peut-être peut-on aussi garder à £ï ye xaî le même sens que celui que nous allons établir pour II Coj'. v, 2, et comprendre : « quoique ce doive être sûrement en vain » (que vous enduriez souffrances, etc.). Gfr LiglUfoot et Lagrange.
(2) Pour attribuer un sens confirmatif à et ye xat, on fait des rapprochements avec Eph. 'Il, 2, IV, 21, Col. I, 23; mais là, précisément, il n'y a point de xat.
126 SKCONDIJ ÉPITUE AUX COniNTIUENS, IV, IG-V, 10.
D'abord avec la leçon lnSuaâaâvoi (que nous avons rejetéo) :
lîciizenslein (u Iranische Epliisnngsmysterium », p. 147 s.) transcrit ainsi le grec : xal Y^tp £V Toûrto <JT£vâ^o;a.£v to oîxrjxijp'.ov ^[;.cov to èÇ o'jpavoû èjîSvSiiaaoOai è^ttrtoOouvceç, sïnej} x^t èxJvocé/ifvoi oj YusJ-vo\ eOpcOïiao'tjiEOa, xtX., par OÙ il entend que, môme dépouillés du corps par la mort physique, nous ne serons pas « nus », à cause de l'embryon de « corps pneumatique » que nous aurions déjà. Voir Exe. ix.
Giitjn/ir : « 3. in der Voraussetzung dass wir wirklicU (s" ys) auch in dem Fall dass wir unseren gegeawiirtig-en Leib ausgegozen habon (-/.al èxBucj.), nicht nackt werden erfuuden werden » (Nous soupirons pleins du désir ci-dessus mentionné), dans la présupposition que réellement, même au cas où nous seriojis dépouillés du coi'ps présent, nous ne serons pas trouvés nus. — Abstraction faite de la question du mot èx8uaâtjL£voi, nous n'aurions donc d'aspiration à ressusciter glorieusement que pour n'être pas « nus », pour être munis d'un corps quelconque? C'est rabaisser l'idée.
S. Ephrem, qui comprend la phrase comme un souhait : « Uiinani autem, quum istud exuamus, non nudi inveniamur !
Autres traductions, qui coordonnent IvouaafXEvoi et où y",u-voi :
Vulgate : « si tamen vestiti, non nudi inveniamur ».
Belser : « (was nur geschehen kann), 3. v^oiern wir wirklich als bekleidet, nicht aïs nackt werden angetroffen werden », c'est-à-dire : « ce qui ne pourra arriver [d'être vêtus « par dessus », grâce au vêtement de gloire], 3. que pour autant que véritablement (sV yi xat) nous serons trouvés vêtus et non pas nus ». 11 croit qu'il s'agit de la perspective d'être encore vivant à la Parousie, voir Exe. ix.
Prat {« Théol. de saint Paul », II, liv. VI, ch. ii^, n, 3) : « si toutefois nous sommes trouvés vêtus et non pas nus ». Même sens que Belser.
Toussaint : comme Prat ci-dessus. (Il ne tient pas compte du sens spécial de è7:£v8ÛCTaa9at).
Sales : « se perô siamo trovati non ignudi, ma vestiti ». Idem; mais il s'agirait de l'état général après la résurrection, non des vivants à la Parousie.
Callan : « j'et so that (= « if only », « if indeed ») we be found clothed, not naked ».
Delafosse : « [revêtir notre domicile céleste par dessus], ce qui aura lieu si nous sommes trouvés vêtus de notre corps et non nus ». Explication qu'il attribue d'ailleurs, comme le v. 2, à r« interpolateur catholique ».
Ajouter les commentateurs latins qui ont suivi la Vulgate.
Bachmann (il rattache eV ye /.tX. à a-c£vdtÇo;ji£v, comme exprimant l'objet du désir et de l'incertitude qui nous fait soupirer) : Und darob (èv xoûxw) ja stossen wir, sehnsûchtig danach verlangend, unsere vom Himmel stammende Behausung (I Cor. XV, 49) driiber anzichen (à-svo.) zu diirfen, Seufzer aus, ob wir doch wirklich (e" y^ y.aî, v. supra) werden als bekleidet [und] nicht als nackt erfunden werden » (« Et nous poussons, dans l'ardent désir de pouvoir revêtir notre habitation descendue du ciel par-dessus l'autre, des soupirs, [incertains] si bien véritablement nous serons trouvés vêtus, et non pas nus »). — Ainsi (malgré l'assurance du v. 1, v. ad loc), Paul, ou le chrétien, ne sachant pas dans quel état les trouvera la conclusion de l'existence terrestre, s'ils seront toujours en possession de leur corps actuel ou si la mort les en aura déjà dépouillés quand le jour décisif (de la Parousie, du jugement) viendra les trouver (BupsO-q'jô^zQx), aspirei'aient ardemment, douloureusement, à ce que ce fût la première partie de l'alternative qui se réalisât, c'est-à-dire qu'ils n'eussent pas abandonné leur « vêtement » premier que la gloire, comme un second vêtement, viendrait seulement recouvrir. — - Cette interprétation nous avait un
SECONDE ÉI'ITIIE AUX CORINTHIENS, V, 4. 127
qui sommes en ceKe tente, nous gémissons sous nos charg-es, du fait que nous voudrions non pas être dévêtus, mais revêtus par-dessus, pour que
moment séduit; mais, outre qu'elle fait nécessairement appel à ce sentiment de l'attente de la Parousie prochaine comme d'une chose possible (ce que nous ne croyons pas justifié par le texte, voir Exe, ix), il y a encore ceci contre elle, que zî ys est trop éloigné du ax£va!^oii.£v auquel B. le rattache, que le /a-! après eV -j-e n'aurait vraiment alors rien de sérieux à faire, que l'explication de la forme aoristique Ivôuo-âiiÊvot n'est pas claire chez lui, enfin et surtout que la coordination do ce participe avec où ^[ivoi, sans copule encore pour les joindre, est à peine possible, les parallèles prétendus ne valant guère (v. supra). — Nous rejetons donc finalement cette opinion de eV ys interrogatif ou dubitatif, même si on la modifiait en rattachant e? ye ^i InLTToOoîSvxss (au sens de « désirant avec anxiété ») qui est plus proche que axevaÇ., et si l'on voulait faire de èvoucaasvot non plus un simple coordonné superflu de où yu[j!.vo{, mais l'expression de la cause pour laquelle on n'est « pas nu », ainsi qu'en d'autres traductions que nous allons voir.
Dernier genre d'interprétations : celles qui font de où yujjivoî seul un prédicat, et rapportent Ivôuaajievoc au sujet de la proposition. Sur ce point-là elles sont justes; pourtant toutes ne sont pas également bonnes, et la différence vient de la manière dont elles rendent eV ys 7.0.1.
Les unes, ne considérant que ei' ye, et s'arrangeant avec xai comme elles peuvent, donnent à la proposition un sens conditionnel, yj ayant une valeur confirmative, et changeant ainsi la conditionnelle en affirmation.
Menzies : « assured that when \ve hâve put it on, we shall not be found naked ». — ■ Ainsi l'aspiration ardente à posséder un corps de gloire paraîtrait réduite au seul désir de n'être jamais , sans un vêtement quelconque; on penserait à le prendre un jour comme on enfile un paletot, sans réfléchir à la grande différence qu'il y a entre lui et le vêtement de dessous !
Lemonmjer (1905) : « Si vraiment, après l'avoir revêtue (l'habitation céleste), nous ne devons pas nous trouver en état de nudité ». Loisy : « puisque c'est en le revêtant que nous ne serons pas trouvés nus ». Lietz-mann : « da wir ja [nur dann] wenn wir sie angezogen haben, nicht werden nackt erfunden werden » (« puisque assurément, si nous l'avons revêtue [c'est alors seulement que'\ nous ne serons pas trouvés nus ». Id. //. D. Wendland. — Même observation qu'à Menzies, supra.
Sckmiedel (avec hésitation), n'arrive qu'à cette tautologie : après que nous aurons revêtu la nouvelle corporéité, nous ne serons pas trouvés nus.
Weizsdcker et Meyer-Heinrici : « da wir ja freilich, wenn wir die erst einmal eingezogen, keine Elusse mehr zu befahrcn haben werden » (« puisque sûrement, si une fois nous l'avons d'abord revêtue [la demeure du ciel], nous n'aurons plus à traverser d'état de nudité »). — Bachmann objecte que « ?ne/ir », « plus », est étranger au texte; ce n'est pas à cela que nous nous arrêterons, mais à « da wir da freilich », « puisque etc. », qui selon nous ne rend pas comme il faut el' ys -/.m.
Plummer (dans sa paraphrase, p. 124) : « Sure Lhat this putling on of it will securo us from being found at Christ's coming without any house at ail » ((c assurés que ce revêtement nous garantira d'être trouvés, à l'avéncmant du C/irist, dépourvus de toute espèce do demeure ». Gfr Menzies, supra, avec en plus une opinion spéciale de Plummer sur le moment où nous recevrons le corps do gloire, v. Exe. ix). E? ye -/.af signifierait : « naturellement, sous la supposition qui va de soi », /.at raffermissant ce qu'il pourrait y avoir do doute dans zî ys.
Windiscli : le v. 3 serait une concession pour le cas où le désir exposé au v. 2 ne
cûaaaOai, ïva "/.axaTucO^ to Ovyjtov û-âb tyJç Cwvjç. 5, '0 oè y.aTepYao'at''EVOç "rjjj-aç elç
serait pas accompli. Le ton porte sur où Y^poî, Paul voulant par-dessus tout écarter la perspective d'un état de nudité; èvSu(ja[j.evoi où Y^pot a un air de trivialité qui a causé la correction occidentale en èx.5uaau.evot. Mais le participe aoriste èvBuo. marque l'instant où le péril de nudité a été écarté. Car Paul attend ce revêtement par le corps spirituel aussitôt après la mort (comme Pluinmer; yoiv Exe. ix). — Explications assez embrouillées, somme toute, que nous critiquerons plus loin.
Sickenberger « wenn wir doch einst, nachdem wir (sie) v^irklich anzegogen haben, nicht als nackt erfunden werden ». (« Si c'est pourtant bien au jour oîi nous {l') aurons réellement revêtue que nous ne serons pas trouvés nus »). — Ce serait une simple explication du désir du v. 2, qui serait de ne jamais paraître nus devant le Seigneur (voir Exe. ix).
Toutes les interprétations de cette dernière série ont pour elles de mieux s'accorder que les précédentes avec la grammaire, et de rapporter lv8uaa(jLEvot, comme il se doit, au vêtement de gloire, mais il n'en est pas une qui échappe complètement au reproche, soit de prêter à Paul des tautologies ou des sentences de La Palisse, soit d'être solidaire de théories qui sont étrangères, comme nous le verrons, à l'Apôtre.
Il n'en reste qu'une qui nous paraisse pouvoir défier toutes ces critiques, — au moins si on l'entend avec la nuance délicate qu'elle devait avoir dans l'esprit de Paul; et c'est celle qui prend el' (ye) •/.a\ pour un concessif =: « quoique », et qui peut s'exprimer ainsi :
[Nous désirerions être vêtus de notre corps glorieux par dessus le corps présent], quoique nous soyons bien sûrs (une fois établis dans notre état définitif), après que nous l'aurons revêtu (d'une manière ou de l'autre, soit sans mourir, soit après la mort), de n'être (plus jamais, en aucun temps) trouvés dans cet état de nudité (qui nous épouvante, mais dont nous devrions penser, pour échapper au trouble et à la répugnance, qu'il ne sera que temporaire). Voir infra, à B.
L'adjectif yupd? signifie, pour l'âme, être privée de corps, selon une acception qui se trouve déjà dans Platon; il ne s'agit point d'une « nudité » au sens éthique ou spirituel, d'un dénuement de grâces ou de mérites. (Voir Exe. ix).
B. 3-3. Voir ci-dessus notre paraphrase.
Si ferme que soit l'espoir du croyant de posséder, après la destruction du corps présent, non seulement la gloire éternelle (voir Exe. ix), mais une nouvelle demeure corporelle parfaitement adaptée à cette gloire (le « corps pneumatique »), cette attente ne suffit pas à calmer la révolte de son instinct humain devant la mort qui le menace et finira par le saisir un jour. Saint Paul reconnaît bien que pareil sentiment est naturel et général; il se place dans la condition de ceux que nous pourrions appeler « les fidèles moyens », c'est-à-dire de presque tous ses lecteurs, — comme il le fait souvent dans sa correspondance. Qu'il ait partagé lui-même autrefois ces répugnances, môme depuis sa conversion, la chose est fort possible; mais la suite, aux versets 5-9, montrera assez qu'il les a surmontées, — car les craintes qu'il avoue avoir lui-même éprouvées en Asie résultaient d'un sentiment bien plus noble et plus désintéressé, voir l'Exc. i. Et, puisqu'il a triomphé de cette faiblesse naturelle, il veut ici, doucement, paternellement, inviter ses disciples à monter au même niveau de désir surnaturel.
Saint Thomas a parfaitement exposé la distinction entre le « désir naturel » et le (' désir de grâce » qui peut partager l'âme la meilleure en face de cette troublante perspective du trépas.
Donc, il est trop vrai que nous sommes dans cette situation : l'attente de la résurrection bienheureuse a beau ravir les âmes rachetées, elles n'en craignent pas moins,
le mortel fût englouti par la vie. 5. Mais celui qui nous a conformés pour cette fin môme, [c'est] Dieu, lui qui nous a donné les arrhes de l'esprit.
dans une mesure plus ou moins grande suivant leur impressionnabilité et leur per feclion de détachement (leur degré de « pneumatisme »), le passage douloureux qui mène à l'Autre monde, et elles appréhendent cette situation d'âme sans corps, si contraire à leur nature qu'elles ne peuvent nullement se la figurer. Nous sommes loin du spiritualisme à la Platon; mais comme c'est plus humain! Alors on soupire ou on gémit, plus encore que devant les peines de la vie, devant l'image de la mort quand elle se présente trop clairement à l'esprit. C'est l'attitude commune, et je ne .sais pas du tout pourquoi Menzies vient penser (ici et Rom. viii, 26) aux gémissements des charismatiques dans leurs réunions; l'idée est bien plus simple et universelle. On soupire parce que l'on souiïre, mais encore plus, à certains moments du moins, parce qu'on ne voit, dans l'ordre naturel, que la mort au bout de ces souffrances. Ce ne sera qu'un mauvais moment à passer, suivi d'une période mystérieuse; la résurrection brille à l'horizon de la foi, avec le bonheur éternel et complet, pour le corps et pour l'âme, qui la suivra. Oui! mais si nous pouvions y arinver sans passer par cette destruction dont l'appréhension est terrible! Si ce corps glorieux, ou la gloii*e, pouvait simplement venir s'ajouter à cette vie que nous ne voudrions jamais perdre !
L'Apôtre connaît ce sentiment, puisqu'il est homme et sait comprendre les hommes. Mais il voudrait qii' un vrai chrétien n'y demeurât pas absorbé et surmontât vite ce trouble instinctif, jusqu'à ne plus l'éprouver du tout un jour. Et, avec ce sourire de bonhomie compatissante dont un homme comme lui garde l'art secret, pour encourager les faibles, môme au milieu de ses instructions les plus graves et les plus émues, il leur dit ; a Oui, je sais bien que vous éprouvez, que nous éprouvons cela, malgré notre foi; — et pourtant, si vous réfléchissez et êtes conséquents avec votre conviction, dites-moi si l'essentiel, ce qui devrait bien plus occuper et fixer notre pensée, n'est pas notre assurance d'être soustraits un jour éternellement à ces menaces de « nudité » qui vous font peur; puisque, de toute manière, une fois que nous aurons revêtu ce corps glorieux, après n'importe quel intervalle qui ne peut passer pour chose qui compte (il va le montrer au v. 8), nous ne nous trouverons pourtant pas nus! ». Ce dernier mot est une litote qui est bien dans sa manière : « pas nus, certes, et songez même un peu à ce que sera le nouveau vêtement éternel!» — Ainsi la pensée de ce v. 3, qui désespère tant de commentateurs, est la simplicité même, mais n'a rien assurément qui sente la banalité ou la tautologie. Elle rappelle et promet la pleine satisfaction naturelle et surnaturelle réservée à tous ceux qui auront vécu unis au Christ, et pas seulement à ce groupe d'inconnus futurs qui seront, au jour de la Parousie, « revêtus par-dessus » sans s'être dépouillés, c'est-àdire qui seront « transformes » sans passer par la mort (voir Exe. ix).
- A. 4. VM yap au commencement, tout comme au v. 2, indique que Paul,
parlant oratoirement, reprend exactement la môme pensée qu'à ce verset. — Aussi tv tG CTx.r)V£i arev. montre ce que signifiait indubitablement le h toutio du v. 2, d'après le V. 1. — Par contre, aucune raison de grammaire ou d'analyse du contenu ne porte à mettre en parallèle papou[;.£vot avec atevàÇouEv IninoGouvcs; du v. 2, d'autant plus que £7117100. avait son régime dans ÈTîsvouaaaOat, qui est ici bien séparé grammaticalement de pap., et que d ye x.al ztX. ne peut servir, comme nous l'avons vu, de régime à atevaCojxev ; il faut donc (contre la plupart) prendre en un sens absolu aTsvâÇotAev. — « chargés », de n'importe quelle manière. — i«p' tî) veut dire, comme presque toujours dans le N. T., « en ce qui », « du fait que » (plutôt que « parce que » cfr Rom. v, ^2), et non « à condition que », et il se relie, non à papoûjAsvot, mais à cT£vàÇo[j.ev. —
SECONDE ÉPITRB AUX GOUINTHIENS. 9
aÙTO TOUTO *0eoç, b Soùç 'fWfX") xbv *0!ppa6à)va xot) 7uv£Û[j,aT.oç. 6. *0appoOvT£^ ciïy *7:avT0Te y.ai *£ÎS6t£ç oti £vS'/jf<ouVT£ç èv tw (jw[j<aTi £y.S'^[Xoui;.£V «tuo tou y.upbu, — . 7. Sià 7î;iaT£Wç yàp Ti;£pi7caT0U[j<£V, où 5ià *£'fôouç — — ; 8. Oappou(;,ev Se xat £Ù5c7.<3o[;-îv ;xaXXov £7,3v)[j.vîaai èv, tou (jd)\mxoq y.a\*£V§*/ît>.^aai Tcpbç xbv y.ùpiov.
0£Xo[j.£v : sens de « désirer », « aimer à », cfr I Cor., vu, 7, al. — s:ï£v8\Saac0at, même mot et môme sens précis, ici très bien explicité, qu'au v. 2. — fva -/.aTanoO^, xtX., cfr I Cor. XV, 54 et 55.
B. 4, C'est une répétition du verset 2; on se répète quand on médite, ou qu'on veut faii-e méditer; mais cette fois c'est pour aboutir, avec lesvv. 5-ss., aune solution complète de la douloureuse question, qui rassurera aussi les croyants concernant le cliemin, tandis que le v. 3, cette sorte de parenthèse, n'était qu'une réconfortante allusion au terme. Plummer, Bachmann et d'autres se trompent en mettant -une opposition entre un « gémissement de désir » (atev. èmTïoGouvTe?, supra) et un « gémissement de dépression intense » (Papoû[j,evot). Le sens est :
« Tant que nous sommes dans cotte habitation temporaire, nous gémissons sous les charges de cette vie (papoûjjisvot), qui en accélèrent la ruine, au lieu de nous réjouir d'être par elles rapprochés du terme; du fait que, malgré tous ses accablements, nous ne voudrions pas la perdre (èxBûaaaOat), mais la voir, sans interruption ni brisure, soustraite aux peines de la mortalité, par l'addition pure et simple (ÈTcevStia). de ces glorieuses qualités qui nous sont promises seulement pour un lointain avenir, et . qu'il nous serait si bon de voir s'épanouir dès à présent, pour changer notre misérable existence en vie pleine et indéfectible j) .
Il ne s'agit en tout cela, — la suite achèvera de le démontrer, — ni d'un espoir d'être encore vivant à la Parousie, ni d'un « corps intermédiaii'e » dont on jouirait entre la mort et le jour de la Résurrection, ni de l'entrée en possession du corps glorieux immédiatement après la mort.
— A. 5. 060; est le prédicat d'une proposition sans copule. — dtppaSôJva, cfr supra, I, 22. — Le présent xaTcpyaÇdfj.evos D, G, d, g, vulg.
B. 5. Voici enfin la considération qui doit suffire à apaiser toute agitation et tout scrupule : il n'est pas étonnant que nous ayons cette horreur instinctive de la mort, car c'est Dieu lui-même qui a mis en nous le désir de vivre toujours (s. Thomas, Cornely, Belser) (1); mais ce désir, puisqu'il en est l'auteur, ne peut être trompeur et inefficace; il sera satisfait par l'octroi d'une vie indéfectible, où « le mortel sera englouti par la vie », et déjà Dieu nous en a donné le gage et l'avant-goût dans cette habitation intime de l'Esprit qui nous glorifiera, cette spiritualisation de notre âme qui doit s'étendre un jour à notre corps. Paul revient à l'affirmation esquissée au verset 3.
Peu importe, va-t-il dire maintenant, s'il y a un intervalle. La promesse de Dieu n'en est pas afTaiblie, notre bonheur n'en sera nullement diminué.
A. 6. La phrase qui commence par le participe OappoîivTsç, sera interrompue
par la parenthèse du v. 7, et puis l'idée reprendra au v. 8, mais avec une construction différente; c'est une de ces anacoluthes fréquentes chez l'Apôtre, quand il se sentait ému en dictant. — ©appety, mot favori des stoïciens; — TjâvToxs, toujours, c'est-à-dire en toute situation, circonstance, état de cause, — etôdreç, de oTSk, science éprouvée. — Noter déjà que èvSïipiéw et lxoY)[jiéto (cfr infra, v. 8, v. 9) sont des verbes signifiant un état stable, « être à domicile » et « être hors de son domicile », et que (d'après l'usage régulier et habituel, même pour êv3Y|[jL=w), pour qu'ils prennent le sens de
(1) Sickenberger l'entend, moins naturellement, de ce que c'est Dieu qui nous a destinés à la mort, comme le Christ.
G. Prenant doTiQ courage en toute circonstance, et sachant trop que, domiciliés dans le corps, nous restons en exil loin du Seigneur, — 7. car c'est dans la foi que nous marchons, non dans la réalité vue... — 8. mais nous prenons courage, et nous aimons encore mieux nous exiler du corps et aller prendre domicile près du Seigneur.
« élire domicile » et « s'exiler •», il faut les mettre à I'aouiste ingressif, IvSrjjjLrjorat, èy.BrijAÎiaat. — D, G, lisent ljît5ï)çj.ouv:Eç et àTcoSïjaoijvxEç, et à;:() toS Oeou.
A. 7. 7:e,otjraToujj.£v, mot aiïectionné de Paul. — 8tà siSoviç : le mot sl'Soç signifie « forme », « forme réelle », et ne s'oppose donc pas spécifiquement à Tziaxiç. L'auteur met bien en contraste l'obscurité de la foi avec la clarté de la vision béatifique, mais le sens propre de sVBoç n'est pas « vision », mais « réalité vue ». Gela revient au même. Cfr I Cor. xiii, 12, « per spéculum in aenigmate » et « facie ad faciem ».
A. 8. Pieprise de l'idée de 6, avec le même verbe Oappw, mais brisure de la consti'uction; oi oppose l'attitude ici prescrite à l'hésitation qui pourrait résulter de l'obscurité de la foi, et qui a été décrite aux versets 2-4. — Ici les aoristes èxSriix^aac et £vSr][jLîî(îai. — Cfr Pltil. i, 23-25. — i7.Z-r\\j.. èx to3 acu(jLaT05 : on cite en parallèle Testament d' Abraham, 15, où l'Ange Michel dit au patriarche : [j.ÉXX£t; è/. -cou ciajjAxros r/'.Sr)[j.eïv y.al ëii SrcaÇ j:pà; tov xiip'.ov ep"/£aOai.
B. 6-8. Non seulement l'appréhension de la mort peut être surmontée par notre raison que la foi éclaire, mais l'idée peut en devenir douce à l'instinct spiritualisé. Tel était certainement le cas chez Paul, qui exposera ses sentiments personnels dans le beau passage d'une épître postérieure, PInlippiens i, 21 et 23 : « 21. Pour moi,
vivre, c'est le Christ, et mourir m'est un gain; .... 23 ayant mon désir tendu vers
la dissolution, pour être avec le Christ; car ce serait le meilleur, et de beaucoup ». Pourra-t-il faire partager une telle aspiration à ses fidèles? Il n'en désespère pas, et, les invitant à méditer sur le présent et sur l'avenir, il leur dit maintenant, comme une chose toute logique, toute naturelle, de si haut qu'elle dépasse l'instinct de la nature : « Prenons courage, j'aime à croire que vous le faites, au milieu de tout ce qui nous détruit. Car vous devez bien sentir que, vivant ici-bas, nous sommes en exil; notre vraie pati-ie est aux côtés du Christ, et nous n'y sommes pas comme nous voudrions y être, puisque nous n'avons contact avec Lui que par la foi. Oui, certainement, nous prenons courage pour regarder la mort en face et ne plus la craindre, -^ que dis-je? nous sommes satisfaits (£Ù5o/couij.£v, c'est le vrai sens (1), et non pas « nous nous résignons »), nous sommes satisfaits bien davantage de laisser ce corps, où nous sommes en exil, et de trouver notre vraie patrie, près du Seigneur »,
L'Apôtre est enfin arrive à ce qu'il voulait dire en entamant cette digression apparente qui commence au v. 2. La joie que doit causer l'assurance du v. 1, celle de la résurrection, ne doit pas, ne peut pas, pour de vrais « spirituels », être assombrie du fait que cette perspective est lointaine, et qu'il faut d'abord franchir le passage de la mort. C'est la mort qui nous délivrera do notre véritable exil. Saluons-la donc comme une délivrance, aussitôt que Dieu voudra qu'elle nous atteigne. Elle nous transportera déjà près du Seigneur, là seulement où il fait bon vivre (Paul fait abstraction ici d'un « purgatoire », qui ne sera toujours qu'un délai sur une route assurée; voir comm, de I Cor., Bxc, m). Et, dans cette bienheureuse société, nous attendrons sans douleur ni impatience que le corps nous soit rendu. Il ne s'agit donc
(1) Contre Windisch, qui trouverait quelque contradiction entre ce terme modeste et la vigueur de eap?où[/.£v. Le verbe eùÎoxéo), en un sens très fréquent, qu'on peut transporter ici, signifie « se déclarer satisfait » d'une transaction légale, que ce soit ou non après des hésitations qui ont passé.
132 SECONDE ÉPlXnE AUX CORINTHIENS, IV, 16-V, 10.
eîvotu 10. Toùç Y'^P '^<^VTaç Yii;,aç *çav£pa)OYivai oeî 'i[>.'KpO(jOtv tou (B-^fAXTOç xou XpiffTcu, tva * y,o\i.iar,T:<xi l'xaaTOç là *ctà tcu awtJ.axcç *T:pbç a eirpa^ev, *£ÏT£ àyaObv £Ïts (paùXov.
pliis de s'attrister de ne pouvoir le « revêtir par dessus » le support de nos misères. Le désir d'être avec le Christ doit l'emporter de beaucoup sur celui de conserver la vie terrestre. Telle est la conclusion doctrinale et spirituelle.
On en voit toute l'importance. L'Apôlre enseigne expressément que l'on verra le Christ, et qu'on en jouira en pleine conscience, entre la mort et la résurrection. h' « âme séparée » vivra déjà dans le bonheur essentiel, non dans un sommeil de Shéol. Nul besoin, pour exclure tout motif de trouble et de regret, de compter qu'on vivra encore à la Parousie, pour y être seulement « transformé «, « revêtu pardessus » (cfr I Cor, XV, 51, suiv.), sort dont Paul ne dit d'ailleurs pas un seul mot dans toute notre épître, — au moins pas un mot qui puisse passer pour y faire une sûre allusion (voir Exe. ix).
I A. 9. Ce verset et le suivant sont une conclusion morale de tout ce qui précède (8to); il ne faut donc pas les en séparer, avec Calvin et Bachmann, comme si une nouvelle section commençait avec eux, — oiXoTt[i.eîaOat, cfr Rom. xv, 20 et I Thess, IV, 11 (toujours avec l'infinitif, comme chez Diodore de Sicile, v. Bachmann), ne se trouve que chez saint Paul dans le N. T. ; ce verbe dit plus que TcpoOujAsî'crOat (cfr Théodorei), il joint à l'idée de bonne volonté celle qu'on se fait de la poursuite de quelque chose une question d'honneur et d'ambition. — A quel « domicile » rapporter les deux participes présents £xoï)[jLouv-ce; et £vSi^[j(.o3vtsï? Les avis divergent beaucoup ; Chrijs., Â}nbr^,Estius, etc., puis Lietzmann, Plummer, Menzies, Toussaint, Bachmann, Windisch, Lemonnyer, Sickenberger, Callan, etc., en un mot presque tous, croient qu'il s'agit du domicile qui est le corps présent. Nous croyons bieu plutôt que l'ordre du développement invite à rapporter cette idée d'exil ou de domicile aux mots qui en sont les plus proches, aù-Ci (= au Christ) dans la même phrase, et tbv xuptov qui clôt la précédente (£vor)ij.9)cai îzpb; -bv ■/.•j^iov); le sens ainsi obtenu est très satisfaisant (v, infra), quoiqu'il pût sembler au premier abord plus naturel de mettre è/.5Yi;j.ouv-îç (s'il se rapporte alors aux conditions de la vie présente), avant èvorjjj.. (s'il se rapporte alors au futur) ; mais Paul a dû prendre cet ordre parce qu'il venait de dicter en dernier lieu le mot èv8Yiu.9iaat, à la fin du v. 8; il aura repris tout naturellement ce verbe avant l'autre. En tout cas, puisque ces deux participes présents désignent des états continus, on ne peut entendre èjcBtiijlouvteç du changement instantané qui se produit à l'instant de la mort (« plaire dans cette vie et à la mort », cfr Toussaint, Menzies) ; ni rapporter non plus les deux respectivement à la Parousie, puisque, au jour où le Sauveur apparaîtra, tous les élus, d'après I Thess. et I Cor., sôi'ont vivants et présents devant le Christ, et aucun ne se trouA'era plus « en état d'exil » (hhrj^&v) et séparé soit de son propre corps, soit de la vue du Christ. (Voir Exe. ix). — eùapEOTot, huit fois chez Paul, cfr Sap. Sal. iv, 10; ix, 10.
A. 10. favepwO^vai : ce verbe cpavspow, cfr le v. suivant 11, et I Cor. iv, 5, se trouve neuf fois en cette épître, treize autres fois ailleurs chez Paul. — zojj.i'cjYiTai, cfr Eph. VI, 8, Col. III, 25; le verbe en tous ces passages signifie « recevoir la due rétribution )'. — xà 3ià Tou CTtjjjj.aTo;; la leçon dc vulg., « propria corporis » (cfr d, e, î, g, Gyprien, Ambros^, got., arm.) fait présupposer une lecture : xà l'Sia toî3 a.; dans la leçon ordinaire, qu'il faut conserver, le sens de otdt peut être instrumental (« les choses faites par le moyen du corps ») ; ainsi Heinrici, Schmiedel, Lietzmann, Sickenberger, Bachmann, Windisch, etc.) ; et Marcion, D, G, f, portent : « 5tà xou a-o5[j.axo? e;tpaÇ£v; ou
9. Voilà pourquoi nous avons h cœui', soit [pour lo temps où] nous aurons [ce] domicile, soit [tant que] nous sommes dans l'exil, d'être établis dans ses bonnes grâces. 10, Car tous il faut que nous soyons exposés à découvert devant le tribunal du Christ, pour emporter chacun ce qu'[il aura gagné] étant daas le corps, suivant ce qu'il aura accompli, soit de bon soit de vil.
bien, ce qui n'est pas sans exemple, le sons de oïd est temporel (= a les choses faites durant la vie corporelle »), ainsi Lenionnyer?, Menzies, al. Cela revient au même. Beaucoup d'anciens ont compris que la rétribution se fera dans le corps; ce qui est vrai, mais non explicite, — Tipô; a sTipaÇev = « proportionnellement à ce qu'il aum fait », cfr Gai. ii. 14, Tipo? Trjv àXrJOsiav, « selon la vérité », voir Abel, p. 231-s., 4°. — Au lieu de çaOXov, on trouve x.ax.dv, le contraire spécifique d'àYxOdv, dans beaucoup de témoins, B, D, E, F, G, K, L, P, al., ce qui fait que B. Weiss admet cette variante (Id. Gutjahr); être ày. z'ixz cp. doit se rattacher à ïyrpaÇsv, non à y.o\i.<.QT{zcn.
B. 9-10. Paul complète cette parénèse, qui renfermait un si haut enseignement doctrinal, par les recommandations éthiques qui conviennent. Puisque la réunion avec le Christ peut être si proche, dès le départ de cette existence qui n'est jamais bien longue, pareille attente doit inspirer toutes les actions de notre vie mortelle; ce sont elles qui fixeront notre sort, le degré de noti'e union au Christ, et même l'existence de cette réunion, puisque, par nos péchés, nous pouvons la manquer (sans parler des délais possibles du « purgatoire », v. comm. de I Cor., Exe. III), Car tout cela sera déterminé selon ce que nous aurons fait dans cette vie corporelle; après la séparation de l'âme et du corps, le temps ne sera plus de chercher à plaire au Christ (cfr Lietzmann, sur les vv. 6-suiv.) plus que nous ne l'aurons mérité en cette vie. Nons devons donc prendre à cœur de faire tout notre possible ici-bas ; il faut gagner la faveur du Christ tandis que nous sommes encore exilés de lui (£/.8/)tjL.) pour qu'il nous regarde du même œil, au cours de notre vie et à l'heure de sa fin, que nous espérons qu'il nous regardera quand nous serons parvenus à Sa société. Il faut être les amis du Seigneur en cette existence pour l'être dans l'autre {Chrys., Âmbr', etc.); « contendimus ut.,., seu vivi seu mortui, Christo Domino placcamus. Nam si, dum in corpore sumus, ei placuerimus, haud dubio post mortem non solum placebimus eî, sed et praesentes eierimus, etcum eo regnabimus » (Estais), ou, comme dit Windisch^ il faut « être à la pleine disposition du Seigneur » (ejcépsaxoi, comme de bons serviteurs à l'égard de leur maître) « déjà en celte vie, clans la mesure même où, en l'autre vie, ce sera naturellement notre gloire la plus haute de l'être ». Yo'w supra, A. 9, comment il faut comprendre et'-cs èv3y)jx. el'ts Èy.8ri;j.. = « aussi bien que pour cette heure où nou^ habitei'ons avec Lui, déjà pour ce temps-ci où nous en sommes encore exilés t>.
En effet, nous devons « comparaître à découvert devant son tribunal », pour qu?îi nous juge selon nos œuvres. Menzies et d'autres protestants trouvent que ce jugement d'après les œuvres est peu conciliable avec le « salut par la foi » ; Paul, lui, n'y voyait pas de contradiction, et il n'y en a que pour leur théologie. Nous trouvons donc ici l'assertion capitale du. jugement particulier porté par le Christ, sur chaque àmc individuelle, au moment où elle quitte le corps, donc avant le grand jugement de la Parousie; car il faut bien que ce jugement ait eu lieu pour l'admission de telle âme, et non de telle autre, à la familiarité du Christ, et pour l'élévation des âmes séparées des élus à tel degré plutôt qu'à tel autre d'intimité avec leur Seigneur, ce qui déterminera la gloire proportionnelle de leur corps à la résurrection (Cf. Guntcrmann).
Avec cette belle page, la doctrine eschatologique de l'Apôtre reçoit son derniei* complément, sur ce point essentiel pour chaque individu que les passages eschatolagiques des autres épîtros n'envisagent point à part (voir Exe, x).
Excunsus VIII. — l'homme extérieur ET l'homme INTÉIUEUU.
Nul passage des épîtres de Paul, croyons-nous, n'a été aussi tiraillé, — cl aussi mal compris — que ce morceau dont nous venons d'achever le commentaire. Il est vrai que plusieurs versets y sont en eux-mêmes obscurs; mais les critiques, par leurs interprétations divergentes, en ont épaissi l'obscurité à l'envi. Comme c'est dans l'eau troublée qu'on pêche le mieux, chaque théoricien a bien prétendu en extraire une confirmation de son système général sur le caractère du panlinisme, et spécialement pour l'eschatologie.
L'ingéniosité moderne commence à se donner du champ dès les premiers versets, ch. iv, 16 et 17. Là apparaissent ces expressions d'à homme extérieur » et d'« homme îniérieiir » qui seraient un indice de la pénétration d'idées gnostico-hellénistiques dans l'anthropologie et l'eschatologie pauliniennes, influence qui se trouverait confirmée par toute la suite du morceau. Windischy par exemple, y reconnaîtra une méditation hellénistique qui n'a rien « de spécifiquement chrétien », et dont la philosophie religieuse n'entrerait qu'accidentellement en combinaison avec ce qu'il appelle « le Mythe du Christ », s'opposerait même à la « mystique du Christ » qui recherche l'union au Christ dès la vie présente; son parti pris de syncrétisme, stimulé par le présent passage, ira si loin que le « renouvellement de jour en jour », /juipa x«i •?iw£pa, celte innocente expression, le fera penser à l'Egypte et à lia barque du Dieu-soleil qui reprend sa course à l'Orient chaque matin.
La part qu'on doit faire à l'hellénisme est pourtant assez restreinte. Elle n^est que de terminologie. Pour exposer ses idées spécifiquement chrétiennes sur le sujet, Paul trouvait peu de choses dans l'Ancien Testament et dans la théologie judaïque; par contre, la philosophie spiritualiste des Grecs lai fournissait des termes courants qu'il a bien pu, ici comme ailleurs, emprunter, quitte à en surnaturaliser et transformer au besoin le sens, précisément par s,a « mystique du Christ » et sa doctrine de l'Esprit.
Il nous faut, au moyen de rapprochements pris chez l'autour lui-même, fixer le sens qu'il a donné à « homme intérieur » ô êco) f.ij,wv av6pw;ro;, et au corrélatif 6 Içt» av6p., « l'homme extérieur ».
•La deuxième expression, qui ne sj retrouve guère nulle part (à la lettre du moins) ailleurs qu'ici, a été évidemment calquée, en élégant contraste, sur la première. Elle ne provient pas de l'A. T. ni du rabbinisme; le seul parallèle approximatif que certains auteurs [Bachmann, Windisch) aient trouvé à y apporter, est cette phrase du tardif Jalkut Ruben, 10, 3 : « caro est vestis interior hominis (par opposition au véritable vêtement d'étoffe), sed spiritus est homo interior (cfr ô eaw avOp.), citjus vestis corpus est ». Ce rapprochement a. sa valeur pour la comparaison, qui suivra aux vv. 2-4, du corps avec un vêlement, en montrant qu'elle n'était pas étrangère aux Juifs; mais c'est surtout avec ce lieu commun de l'hellénisme, l'opposition du corps et 'de l'âme, qu'elle a du rapport. Cet « homme du dehors » qui se corrompt a un sens clairement déterminé par ce qui précède, vv. 7-11; il est la môme chose que le fragile « vase de terre » de 7, soumis à tant de chocs qui, grâce au secours de Dieu, ne le détruisent pourtant pas avant l'heure, tant qu'il sert à
manifester la puissance de la: vie du Christ. Ce n'est donc pas « le vieil homme » [Rom. vi, 6, Eph. iv, 22, Col. m,- 9), « le corps de cette mort » [Rom. vu, 24), « le corps du péché-» [Rom. vi, 6), lesquels sont l'être humain en tant que captif du péclié ou de la concupiscence; ce n'est pas non plus « la chair », aûpl (ou « la chair et le sang », dàpÇ xal aTu.a) qui désigne proprement le principe intérieur de faiblesse, tant physique qu'intellectuelle et morale, du composé humain; ce n'est même pas le « corps » tout court et la vie corporelle (1). C'est tout notre être et notre personnalité, avec ses faiblesses et grandeurs éventuelles, mais en tant que çus du dehors, et pénétrables à l'intelligence des « psychiques », dans toutes les manifestations de l'activité extérieure. Tout cela est sujet à la peine, à toutes les misères, péché compris, à la caducité, et à la mort où finalement il ^aboutira.
Par contre, « l'homme du dedans », ô eow àvOfwjroç, c'est celui qui n'est pas vu, sinon de Dieu et confusément de nous-même, c'est, comme dit heureusement Belser, « notre personnalité invisible ».
L'expression n'est pas isolée chez Paul; on la trouve encore Rom. vu, 22 et Eph. m, 16, ce qui permet d'en bien fixer la signification. Au premier de ces passages, elle désigne l'homme en tant que jugeant droitement par l'intellect des choses morales, et par l'instinct qui porte vers le bien, c'est-à-dire par la conscience éclairée; au second, c'est l'homme pris par la partie la plus haute de l'âme, que le Christ peut habiter par la foi pour nous assimiler à Lui. On voit donc que ce n'est pas tout à fait la même chose en soi que tt l'homme nouveau », ô xaivo; àvOpwTioç, [Eph. ii, 15, iv, 24, cfr xaivi?) xTiatç II Cor. V, 17, Gai. vi, 15), ce qui est une notion spécifiquement chrétienne, désignant la personne en tant que régénérée par la grâce du Christ. « Homme intérieur » a un sens plus large et, en soi, plus neutre, puisqu'il désigne l'homme d'après une réalité qui est actuelle même chez le pécheur [Rom. vu, 22) ; la notion s'accorde avec certaines acceptions psychologiques de Tcveufxa (2), c'est l'homme en tant qu'opérant par son Tuveùf^a (voir notre comm. de I Cor. y Exe. v). Mais, lorsqu'il est « renouvelé » et va se rajeunissant chaque jour, c'est que l'Esprit divin y est descendu, et que la grâce du Christ le transforme progressivement (cfr supra, m, 18, [jLETotijiop'.p. aTrb SoÇï); sîç SôÇav). Paul parle donc encore là de notre personnalité, non plus en tant qu'elle est exposée aux accidents de la vie et de la mort, mais en tant qu'elle est régénérée et transformée par le contact surnaturel de Dieu, — chose qui ne se voit pas du dehors. Dans le cas présent, « homme du dedans » renouvelé équivaut donc pleinement à « homme nouveau ».
C'est pourtant bien le même sujet, suivant les actions qu'il subit et l'aspect sous lequel on le prend, qui est « l'homme extérieur » et « l'homme intérieur » , Cet « homme intérieur » est bien la personne, il ne suffit pas de le définir, avec Lietzmann, comme l'ensemble des qualités pneumatiques (les « arrhes de l'Esprit ») qui viennent l'investir, et qui deviennent bien quelque chose
(1) Sextus Empii'icns (« Adversus physicos », p. 353-s.) par à èxto; avôpwno;, expression presque identique, entend le corps matériel; cfr infra, dans le même sens, rb eÇw iXuxpov tle Platon.
(2) Mais, à la différence de îtv£u(Aa, c'est toujours l'homme intégral considéré sous une modalité : xatà tbv è'awâvOp. = selon l'homme jugeant parce qu'il a de plus intime.
d'une personne, mais qui ne sont pas « la personne ». Bref, c'est (une fois « renouvelé ») la personne avec les qualités nouvelles, tout intimes, invisibles et en partie inconnues du sujet lui-même, dont elle est munie par l'union au Christ. Si Paul dit ailleurs : Soyez « revêtus de r[liomme] nouveau », lvSu(jaiji.Evoi Tov véov [Col, m, 9), c'est par une figure de langage analogue au verset tout proche [Col. m, 12) : « revêtez-vous... d'entrailles de miséricorde » EvSuff«ffOe... QTzKà^yyoL olxTip[Aou (les entrailles font bien partie du composé); il prend métaphoriquement les transformations et enrichissements du sujet permanent et identique comme l'accession d'une nouvelle personne, ou d'un nouveau corps, ou d'un vêtement tout confectionné qu'endosserait le sujet (voir aux versets 2-4, comm. et prochain Excursus). Ailleurs il dira bien : « se revêlir du Christ » [Rom. xiii, 14, Gai. iir, 27) pour signifier cette fois l'union à une autre personne d'où résulte en nous le vêtement nouveau de qualités nouvelles pareilles à celles de cette personne. On voit quel large emploi il faisait de cette métaphore de « revêtir », comme nous le constaterons au suivant Excursus.
Il n'y a donc point de différence substantielle entre « l'homme extérieur » et « l'homme intérieur ». C'est le même, vu en des relations différentes, les unes transitoires, les autres perpétuelles, ou vu par des yeux différents. Seulement Paul personnifie ces deux aspects, dont l'un est visible et caduc, l'autre actuellement invisible, mais en voie de perfectionnement, et permanent. Par conséquent, la doctrine de Paul sur ces deux hommes n'a, comme l'a démontré saint Augustin [contra F austum, xxiv, 2) , rien de commun avec le dualisme manichéen, la division de l'homme en deux parties substantielles contraires et absolument hétérogènes, qui seraient d'une part le composé humain, œuvre des ténèbres, et de l'autre les parcelles captives de lumière divine qui y sont enfermées. On ne peut découvrir de rapport spécifique entre notre passage et la Gnose orientale; celui que signale Reitzenstein [i], et que rappelle Lietzmann (2), entre « le poids do gloire », papoç SdÇïjçetle « pur fardeau » que, dans le « Livre do Jean » mandéen, les Uthras imposent à l'homme juste, n'a rien de significatif. — L'hermétisme ne fournit pas mieux, avec son oùaiwSr,(; àv6p., Iwoui; àvOp., ou èvoidtôaxoç àvôptoTToç [Corp. herm. i, 15, 18, 21; xiii, 7-s., al.), qui est toujours un élément divin étranger à la nature même de l'homme terrestre, tandis que « l'homme intérieur » de Paul préexiste déjà, en soi, à l'acquisition de la grâce, d'après Rom. VII (3).
Bien plus fondés paraissent les rapprochements avec une conception courante de la philosophie hellénistique, d'origine platonicienne; chez Platon
(1) HellenisUche Mystcrietireligionen, et Dus iranische Erlôsungsmysterium, p. 54. — Chez Paul, c'est l'idée du « poids » de la tribulation qui amène tout naturellement celle du « poids » de la gloire. — On pourrait admettre plutôt, à la rigueur, avec Godet, qu'il s'est fait dans son esprit un rapprochement entre le verbe hébreu 133, « peser », et Ti^D, « gloire».
(2) On sait que Lietzmann (à partir de « Ein Beitrag zur Mandiierfrage », 1930) en est arrivé à cette ferme opinion que le mandaïsme n'est que la christianisalion d'une gnose orientale, et pas du tout une base gnoslique du christianisme primitif.
(3) Nous tenons pour assuré, en effot, contre l'interprétation augustinienne, que la fin de Rom. vu décrit l'état de l'homme non régénéré, en antithèse avec celui du régénéré, viir, 1, suivants.
(« Rep. » IX, 588-3) ô Ivtoç avOpwTroç, et, dans le contexte, xo l^w sXuTpov, « l'enveloppe extérieure » ; chez Philon, les deux hommes ; chez Epictète, la mise en opposition fréquente dertçoôev et del'IcïwOsv dans l'homme, comparer d'autres stoïciens, Sénèque, Mavc-Aurèle (t6v ïv5ov Sat[xova, xh £v5ov ty*'-^''?^."'!*^'^^'') î ^^^^^ Plotin (« Ennéades » i, 1, 10) ô h^o^ àvOp., ou ô siaw avôp. d'après Platon; chez Zosiine (influencé par le christianisme), ô sso) «urou àvOpojTtoç, ô TrveufAanxo'i; ; et bien d'autres encore {voir Bachmann, Windisch, adloc. ; Reitzenstein, Poimandres 104; al.). De tous ces exemples il semble ressortir que Paul s'est bien inspiré dans ses termes d'une distinction courante en philosophie grecque et hellénistique. Seulement il en a changé le sens, pour l'adapter à la doctrine chrétienne; il a transporté dans le domaine spirituel la distinction, pour opposer, à ce que l'homme en état de grâce paraît être et devenir dans le monde sensible, ce que vraiment il est et devient dans sa réalité profonde et durable. Chez les Grecs, il ne s'agissait que d'une distinction psychologique; ainsi chez Platon, « l'homme intérieur » esiloi partie rationnelle de l'âme, opposée à ses parties animales. Cela donnait lieu accidentellement, par exemple chez les stoïciens, à de belles sentences éthiques; mais chez Paul, nous l'avons dit, il s'agit, non point de parties ou de fonctions diverses, mais d'une personnalité indivisible, vue du dehors ou ç>ue du dedans, après que la régénération est intervenue.
Nous pouvons donc conclure avec Bachmann, que ces versets, loin de prouver une action profonde de l'hellénisme sur Paul, font ressortir son indépendance à l'égard de cet hellénisme, — quand même il en aurait adopté (disons mieux : adapté) la terminologie.