ET LEUR VALEUR
Les versets 1-10 du chapitre v étant d'intelligence difficile, il n'est pas étonnant que commentateurs et critiques y aient apporté une multiplicité incroyable d'interprétations, et qu'aucune d'entre elles, jusqu'ici, ne soit parvenue à s'imposer.
Au moins ne devrait-il pas y avoir divergence sur l'intention du premier verset. Paul y affirme, d'une manière aussi nelte que possible, que la certitude d'une résurrection bienheureuse, pour tous les fidèles persévérants, est la raison qui doit écarter tout découragement devant les peines de la vie et la perspective de la mort (iv, 16... oùx Êyxaxoûfxev.... v, 1, ofôafjisv yàç..].
Il le proclame comme une vérité bien connue, faisant partie de l'enseignement commun; et rien, absolument rien, n'autorise la singulière opinion de Bousset, qui, à cause du solennel oïoay.sv, avance que Paul parlerait d'une révélation spéciale àlui faite, (Id. Menzies), ou se référerait, ici et jusqu'au v. 5, à une tradition apocalyptique perdue. Non, il veut uniquement revivifier chez les auditeurs de son message l'espoir qu'ils possèdent tous théoriquement; il ne s'occupe plus des doutes sur le fait de la résurrection générale qu'il avait combattus I Cor. xv (Id. Windisch); d'où nous pouvons conclure que ces doutes avaient disparu grâce à ses explications; en effet, ils touchaient bien à un point de foi, et l'Apôlre a déclaré presque dès le début, au ch. i, v. 24 : xr^ yàp utatei é!TTrV.aTe : « car, pour ce qui est de la foi, vous restez debout » (v. ad loc).
Une espérance si ferme devrait suffire à dissiper les troubles qu'éveillent en nous la vue de notre caducité et l'attente de la mort. Car l'Apôtre présuppose bien que tous ses fidèles envisagent cette issue comme le sort normal [Windisck); des auteurs mêmes qui leur attribuent la croyance à une Parousie assez rapprochée, accordent que Paul parle ici de quelque chose de plus qu'une « possibilité » de dissolution (contre Gutjahr^ Belser, al., qui insistent trop sur le choix de la particule ih) ; ainsi Plammer, qui remarque (comme Windisch), que le texte ne porte pas làvxcc/ (= « si même »)^ mais làv simplement (qui chez Paul n'indique pas toujours le doute, v. Intr., ch. m); et nous démontrerons à leur [encontre (v. Exe. x, infra), qu'il n'y a là aucune contradiction à l'égard de la doctrine de I Thess. iv et I Cor. xv. Paul a dit oioa^asv (« nous savons [tous] », conive Boiiss et ou Meiizies) ; \\ ne faut donc pas croire qu'il parle d'un sort réservé à lui et à quelques autres seulement comme exceptionnel (cfr Pliimmer, al.).
Les termes de sa phrase sont tous assez intelligibles pour n'avoir excité aucune surprise ni produit aucune équivoque dans l'esprit des Corinthiens. « Notre habitation terrestre », t) Itti'ysioç ■^aCiv okia, cela s'entend tout seul, du corps actuel et de son entourage. La métaphore de la « tente », crxîîvoç, pour en exprimer la caducité, n'était pas, à ce qu'il paraît, familière aux Juifs, et celle d' « habitation » non plus; cependant nos corps, dans Joh iv, 19, sont qualifiés de « maisons d'argile » (cfr h. xxxviii, 12), et on trouverait un exemple approchant Berakh. 44'* [Str.-Bill. p. 517). Mais dans la Bible grecque, on rencontre l'expression de Sap. Sal. ix, 15 : to y^wSeç ax^vo; et ii Pet. i, 13, 14, axiivwiJia, en parallèle exact avec notre passage de II Cor. C'est que, depuis les pythagoriciens (voir Wettstein et d'autres), la littérature grecque s'était emparée de cette image de la « tente » pour désigner nos corps qui abritent l'âme si peu d'années ; on cite Hlppocrate, Dèmocrite, Platon (d'après Clem. Alex., « Stromates » v, xiv, 94, 3) le Corp. herm. xiii, 15, Maxime de Tyr et bien d'autres (voir Plummer ad loc, Leisegang « Pneuma Hagion », p. 30, n. 2, Windisch, Heinrici &à loc, P. Wendland « Kultur »^, p. 182, al.); et le contraste de cette « aliéna domus », « hospitium », « diversorium » avec la demeure astrale définitive était un lieu commun pythagoricien qui a passé à Cicéron (« Tusculanes », I, xi, xxii, « De Senectute », xxin) et à d'autres. Ici donc Paul parle à des Grecs comme un Grec, et cette image est entrée par lui dans toute la littérature chrétienne.
L'antithèse est belle et expressive entre cette demeure d'un jour ou d'une nuit et l'habitation définitive que Dieu nous réserve. Pour qu'elle ait toute la valeur que saint Paul voulait certainement lui donner, lui qui enseignait la doctrine chrétienne de la résurrection corporelle, il faut majorer le second terme de l'antithèse grecque; chez l'Apôtre, il s'agit, non plus seulement d'un entourage céleste pour l'âme des morts, mais du corps pneumatique, d'un corps réel (v. 1 Cor. XV, Phil. m, 21) qui remplacera notre corps de misère, comme habitation éternelle, préparée par Dieu, pour notre âme glorifiée. C'est plus que les « vêtements blancs », simple image delà gloire, qui sont donnés aux âmes des martyrs [Apocalypse, vi, 11, v. notre comm.) en attendant la résurrection. Le présent £x;of^ev ne signifie pas (contre A. Sabatier, Lietzinann, Bousset, al.) que -ce corps existe déjà actuellement dans le ciel, d'où il nous serait peut-être apporté par des Anges lors de la descente du Seigneur, comme dans V Ascension
d'Jsaïej IX, 9, 16, 17 ; xi, 40 (1) ; cet indicatif présent « nous avons » n'est, comme on l'a dit, qu'un « présent de certitude », signifiant une possession assurée (mais pas nécessairement immédiate, v. infra). Une interprétation littérale et matérielle ne trouverait aucun appui ni dans saint Paul, ni dans le Nouveau Testament, — ni même en pleine certitude dans les Apocryphes (tels que Asc. Is., Hénoch, Esdras, etc.) où le sens des « vêtements » peut être allégorique. Le passage de I Pet. i, 4, qui est invoqué parfois en faveur de cette interprétation littéralistc (elç xXvjpovojxiav àïOxprov... Ter/jpyifXï'vviv Iv oOpavoTi; etç&ijiSfç), vaut moins que tout autre à cet effet, puisque là ce qui est « conservé » ou « réservé « pour nous, c'est tout un « héritage » céleste, c'est-à-dire tout le bonheur de l'autre vie, qui existait pour l'humanité avant que nos individualités, viennent en prendre leur part; ce n'est pas du tout une collection de corps individuels, qui attendraient chacun leur âme (cfr Windîsch).
Celte demeure qui ne s'écroulera jamais (alwviov) sera à/etpoTCoi'yiToç, « non faite de main d'homme ». Cet adjectif apparaît encore Marc xiv, 58, Col. ii, 11, cfr l'équivalent [(rjtr,vî)ç] où /sipoTtotiqTou Heb. ix, 11. Choisi pour sa convenance avec l'image de « maison », et non pas avec la réalité figurée de « corps » organique et vivant [Belser], il signifie, en un sens large, dans tous les passages indiqués, « ce qui n'est pas de cette création » [Heb.), ce qui n'est l'œuvre ni des hommes ni de la nature (corps ressuscité du Christ avec sa gloire, circoncision spirituelle, tabernacle céleste). Mais il s'applique toujours à une chose créée — quoique surnaturelle; — il serait assez extraordinaire de l'appliquer à Dieu (v. infra). Pour comprendre l'épithète, il n'est nullement besoin de recourir à des rapprochements syncrétistes, et de dire, par e.Kemple, que ce corps sera fait « d'une matière éternelle des choses, préexistante au ciel », comme le voudrait Windisch.
Ainsi presque tout le monde, tant anciens que médiévaux [Glose, al.) et surtout les modernes et contemporains, interprète à bon droit la maison céleste du corps ressuscité. S'il n'en était pas ainsi, la beauté de l'antithèse y perdrait beaucoup [Belser), et aussi l'unité serrée du développement, puisqu'il n'y aurait plus qu'un lien moins précis, et réduit à n'être que générique, avec le verset iv, 14 (v. supra) où Paul a parlé en termes exprès de la résurrection, comme grand motif de patience et d'espérance. Cependant toute une série de commentateurs de premier rang a laissé lui échapper celte nécessité; c'est A'. Ephrem, Photius, Hervé, s. Thomas, al.; Cornélius a Lapide juge leur interprétation admissible, et le P. Prat (« Tliéol. de s. Paul, ii, pp. 445-suivantes de la 7" éd.) a encore l'air de la préférer, (comme harmonisant mieux Tallégorie, pour des raisons solidaires de l'allusion aux chrétiens vivant lors de la Parousie, qu'il croit voir au v. 2, v. infra). Ces auteurs voient dans « l'habitation céleste » non pas le corps glorieux, mais la béatitude du ciel en général; ce qui les a le plus induits à cette exégèse, c'est le temps présent du verbe 7.0(AEv; car, argumente s. Thomas contre la Glose (v. supra), nous n'avons pas le corps glorieux avant la Résurrection, tandis que l'habitation dont il s'agit, nous la tenons réellement à l'heure de la mort, « non in spe, sed in re » ; c'est
(•) On invoque surtout flénoch slave, xxii, 8. s. (v. Bousset, dans « Texte und Unters. », '^«, 2, p. 21).
la gloire, correspondant à Tune dos « demeures » dont parle Jean, xiv, 2; elle est dite « non manufxcta », parce cette gloire où notre âme peut entrer dès sa séparation d'avec le corps, c'est Dieu même (v. supra) ; telle est la récompense du ministère apostolique, dont Paul parle depuis le chapitre précédent. — Pareille interprétation ne blesse sans doute pas la logique (sauf la surprise que cause l'exégèse de « non manufacta »); pourtant malgré le poids des autorités, elle ne peut satisfaire, et ne satisfait plus à peu près personne. Car nous savons que Paul parle pour tout le monde, et que c'est sur la résurrection (voir à IV, 14) qu'il a attiré l'attention de ses lecteurs; ensuite, que exoiaev, « habemus », n'a pas ici le sens de possession immédiate; et enfin que l'antithèse, certainement voulue et soulignée, doit être entre coi'ps et corps (s'il y a moyen de l'entendre ainsi, or c'est bien le cas), plutôt qu'entre corps mortel (■^ liriy. oîxi'a xoïï (txvivou;) et état de béatitude.
C'est donc bien on faisant briller à leurs yeux la perspective certaine de la Résurrection que Paul veut réconforter ses fidèles, comme il s'y réconforte le premier ; le « vase de terre » deviendra un corps de gloire. Il aurait pu s'en tenir là. Mais, pour ressusciter, il faut avoir passé par la mort; et l'Apôtre sait trop bien que, malgré les plus hautes espérances surnaturelles pour l'avenir, des croyants de spiritualité moyenne redoutent la mort comme le plus grand des maux d'ici-bas. C'est à eux qu'il va désormais s'adresser, du verset 5 au verset 8 (et suivants). Or, ce passage où il reconnaît l'existence de cette crainte, pour s'eiïorcer ensuite de la dissiper, est l'un des plus ardus pour l'exégèse, qui multiplie ses explications hypothétiques, admissibles ou non pour l'orthodoxie, au point d'être plus embrouillée de nos jours qu'elle ne l'a jamais été.
Avant de se risquer à interpré terrées versets 2-8, il faut tenir pour absolument établi que Paul n'éprouve plus aucun besoin de convaincre ses fidèles du fait de la résurrection, et, qu'il aborde un autre sujet, pour résoudre une difficulté — ici une difficulté psychologique et morale, nullement dogmatique, — dont il n'avait pas encore dit mot. C'est ne pas le comprendre du tout que de croire qu'il tourne et retourne sans cesse sur la même pensée, et qu'il ne s'agisse, comme le prétend Lietzmann, que d'expliquer l'espoir de iv, 14 s., et de réception d'un corps de gloire (à la Parousie), sans considération de cet intervalle qui sera « l'état de mort » pour l'âme séparée, comme si la « transformation » à la Parousie devait être le sort normal. Et se contenter comme Lyder Brun (u Zur Auslegung von II Kor. v, 1-10 » ZNTW, 1929) d'une telle banalité que de faire dire à Paul qu'il aimerait mieux voir son corps se changer tout de suite en corps glorieux que de rester exposé aux misères de cette vie, c'est vraiment là ne pas faire justice à la hauteur de la pensée apostolique.
Non, il est indubitable que, en ces versets, l'Apôtre se met à parler, — et pour la première fois, — d'un désir pressant qui trouble le cœur humain relativement au passage dans l'état définitif, et qu'il entreprend de dissiper ce trouble.
Mais quel est ce désir? et quel en est l'apaisement?
Là-dessus, « tôt capita, tôt sensus ».
SECONDE ÉPITUE AUX COIUNTHIENS, IV, 16-V, 10. 141
Pour répondre à ces deux questions, il faut :
d'abord, répétons-le, ne pas oublier que ce désir ne comporte aucun doute sur la possession éternelle de « l'habitation céleste » promise à tout croyant fidèle, — comme il a été affirmé une fois pour toutes, aux versets iv, 14, et v, 1 ;
ensuite, bien fixer la valeur des verbes iTirevôueffôai, IvtJûeaOai, IxSusffOai (et, plus bas, de y^i-t-'^ôq, de IvSyitAsïv et I>c5ïiu,£ïv, v. infra).
ènevSûeoOat — ce verbe, composé de i-ni (« sur », « par dessus »), et de IvSuEffOai, est extrêmement rare. On ne le trouve qu'ici (vv. 2 et 4) dans toute la Bible et l'ancienne littérature chrétienne, et c'est à peine si on peut en citer quelque exemple profane, chez Hérodote et Platarque (voir Wîndisch, p. 161, n. 1). Chez Jean (xxi, 7j, apparaît le nom eTCevSuxviç, hap. leg. encore dans le N. T., mais qu'on retrouve deux fois dans les LXX, ainsi que chez Sophocle et chez le comique du iv'' siècle Nicocharès, comme synonyme de l7r£vSujjt,a plus fréquent et signifiant : « vêtement de dessus » [Moeris le donne comme équivalent hellénistique de l'attique yjxM-^^ et, chez Jean, c'est le sarrau de travail que Pierre, pour pêcher, s'était mis directement sur la peau, voir comra. de Lagrange, ad loc). 'EKevSusuôai veut dire « porter un vêtement par-dessus un autre vêtement », et pas autre chose. Si Paul s'est servi de ce terme exceptionnel, il n'a pas dû le faire sans intention, mais bien pour signifier, non la prise d'un vêtement après un autre, mais par dessus [Plu/nmeT'), car ÈTrevâ. signifie toujours cela. Il ne faut donc pas, comme par exemple Gutjahr, négliger la nuance apportée par le préfixe Ittî, et faire du verbe un synonyme du simple lvSu£ff9ai, comme s'il voulait dire porter un vêtement d'une façon quelconque sans indiquer de relation avec le reste du costume.
èvôOeoOat (v. 3), mot très ordinaire, a ce sens purement générique : « se vêtir do », sans indiquer si l'on porte d'autre vêtement que celui dont il s'agit.
èïiSùeaOat (v. 4) est très ordinaire aussi : « se dévêtir », « être dévêtu ».
Il est manifeste que Paul, en rapprochant tous ces mots du même ordre dans l'espace de trois versets consécutifs, les emploie avec des significations homogènes, et ne peut les rapporter, sous peine de créer des confusions indignes d'un styliste si précis, jusqu'à en devenir inintelligible, tantôt à un genre de vêtement, tantôt à un autre qu'il ne désigne pas. Cette nécessité nous dictera l'interprétation qu'il faut donner au mot '/-upoç = « sans vêtement » du v. 3 (v. infra]. Et il est non moins manifeste que èirevS. s'oppose aux deux autres verbes : à IxSuaaijOat très expressément au v. 4, mais aussi, implicitement, à evSu<ja[Aevoi du v. 3. En effet, iTrevSuaaaôxi doit avoir le même sens, avec la même nuance, aux deux endroits où il est employé, v. 2 et v. 4; or, au second, où il signifie assurément autre chose que le simple IvSuo-adOat (car ce serait, étant donné la matière, une plate tautologie dans la forme et un truisme intolérable pour le sens, que de dire : « Nous ne voulons pas nous dépouiller, mais nous vêtir »), il veut dire : « Nous ne voulons pas être dépouillés [du vêtement actuel], mais [le garder et] en mettre un autre pardessus » ; donc, dans le premier passage, au v. 2, il serait étrange et de bien înauvais style que cette modification du sens générique due au préfixe stt- ne fût pas prise dans toute sa force, pour distinguer le sens d'sTCvS. de celui du Simple lv5uffà[jievoi qui suit (d'autant plus qu'on tomberait encore, au cas contraire, dans une vérité de La Palisse au v. 3, v. infra).
142 SECONDE Épnniî aux coiunthiens, iv, 16-v, 10.
Ces considérations devraient être acceptées de tout le monde, et de fait elles le sont, à très peu d'exceptions près. Mais (sans parler de la varianlo ixSuïxuEvoi pour tvSuffâexEvoi, question que nous avons tranchée dans le commentaire), il survient maintenant de très grandes divergences entre les auteurs, selon la manière dont ils comprennent Vobjet du désir, la nudité (v. 3), le mode et Vèpoque dM « «///--revêtement ».
Avant de passer en revue tant de théories, il sera juste de poser en principe qu'il faut toujours choisir, — si l'on n'a pas de raison positive d'agir autrement, — l'interprétation qui maintient le mieux l'unité des vues de l'auteur (surtout chez un auteur à grandes vues universelles comme était Paul), et à cet effet expliquer autant qu'on peut chaque texte par Je contexte le plus proche, par conséquent ne lire entre les lignes, ne recourir à des enseignements éloignés auxquels on croirait voir des allusions (non exprimées, mais implicites), que si la chose est nécessaire pour donner au passage que l'on étudie un sens cohérent en soi et avec tout le grand contexte des épîtres. Si celte règle avait été mieux observée, il n'y aurait pas eu, croyons-nous, tant de disputes sur le sens de II Co7\ v, 1-10.
Les deux difficultés, ou défauts, qu'on est bien obligé d'y reconnaître, ne sont pas graves, car elles se bornent à une pure affaire de style. C'est d'abord le mélange de deux métaphores, celle de r« habitation » et celle du « vêtement « pour désigner une même réalité; il peut parfaitement s'excuser en logique, puisque les deux ont de commun d'être un entourage, une enveloppe, et cela n'outrepasse pas les licences qu'il faut bien accorder à Paul, improvisateur qui ne s'attachait qu'à l'idée et ne s'inquiétait guère de suivre une métaphore pour elle-même, fût-ce quand il voulait bâtir des allégories (v. supra, au commentaire de m, 7-11, 13, 17, al.). — L'autre difficulté, à laquelle nous verrons que tel ou tel, comme Gntjahr, a été trop sensible, résulte de ce que le « corps glorieux » (si c'est bien ainsi qu'il faut entendre « l'habitation céleste », v. supra et infra) ne saurait être proprement un « vêtement » du corps actuel, comme une autre substance qui viendrait le recouvrir, puisque c'est un seul et même corps, identique, envisagé seulement en deux états différents et successifs, non simultanés. Nous devons bien reconnaître cette fois que le choix de l'image « vêtement » n'est pas parfaitement logique, mais à Paul il faut en passer bien d'autres quand il fait des comparaisons (voir, par exemple, celle du « coureur dans l'arène », I Cor. IX, 25, notre comm. ad loc). Ici il « substmtifîe » des états ou des qualités; le corps, quand il deviendra « pneumatique » (par résurrection ou transformation) sera si différent de ce qu'il était comme « corps psychique », que ce sera comme si un corps nouveau se trouvait substitué à l'ancien, à la façon d'un vêtement transformateur qui l'absorberait en tombant sur lui. Images, rien qu'images, où Paul recherchait plus la force d'expression que l'adaptation parfaite à la réalité figurée, puisqu'il avait exposé celle-ci ailleurs assez clairement pour que personne ne s'y trompât.
11 ne faudrait donc pas s'arrêter, pour peu qu'on soit familiarisé avec le style
de l'Apôtre, à de, petites difTicultés aussi superficielles; dans sa dictée pleine d'animation, il ne prenai-t pas toujours le temps ni la peine de l'équilibrer davantage, mais courait à la pensée, que ces défauts de forme ne lui semblaient pas obscurcir ; un peu de négligence dans l'expression est la rançon des plus magnifiques spontanéités de l'orateur. Et les Sémites (Paul l'était de race et en partie d'éducation) étaient bien moins sensibles que nous à ce genre d'imperfections légères.
Cela dit pour déblayer le terrain de discussion, passons à l'exposé et à la critique des théories diverses. Mais ajoutons encore cette réflexion préalable : nos versets 2-10 ne sont pas (contre Meyer-Heinrici ou d'autres) une digression sur l'espérance chrétienne en général, ils tiennent par le lien le plus organique aux affirmations précédentes touchant l'assurance de la rés-urrection, étant destinés à dissiper l'ombre qui, dans les conditions de notre existence terrestre, vient trop souvent voiler l'éclat radieux d'une si belle perspective.
Théorie de la « fatigue » de la vie présente. — Nous nommons ainsi cette interprétation, peu répandue d'ailleurs, qui met l'accent principal sur les peines de la vie présente, dont le fidèle aspirerait à se voir délivré, de quelque manière que ce fût, et même par la mort. Ainsi l'objet essentiel ou premier du désir, ce serait l'évasion de ce corps pesant. Schmiedel, qui a l'apporté Iv TouTw du V. 2 à la promesse précédente d'une demeure céleste, croit que le gémissement est provoqué par l'intensité du désir de la posséder le plus tôt possible; parce que ou du fait que (Iv toutw) nous possédons une demeure au ciel, nous gémissons douloureusement dans la hâte de l'occuper, d'autant plus que nous avons toujours sur ce point quelque appréhension ou quelque doute, et la mort, croit-il (v. infra), nous rassurera en nous mettant tout de suite en possession du corps céleste. Windisch aussi remarque que c'est l'insatisfaction de l'état présent, et le besoin d'en sortir, qui donne naissance au désir; c'est là, dit-il, une disposition de mélan colie qui contraste avec l'assurance du morceau précédent. — Cette légère teinte de mélancolie humaine, qui serait même assez hellénique [Plummev rappelle ici Platon j « Pliédon » 66, 67), nous ne songeons pas à la nier, touten notant que Paul, avec son caractère de lutteur héroïque refoulant toute faiblesse dans les combats courageusement acceptés tant qu'ils seront utiles à la cause du Christ, devait penser alors au sentiment du commun des chrétiens plutôt qu'au sien propre; mais le papou|/£voi du v. 4 (tel que nous l'avons traduit) montre qu'il ne méconnaissait pas ce sentiment, et il éprouvait certainement plus que tout autre l'impression « d'exil » notée au verset 6. Nos soupirs ou gémissements sont bien excités aussi par l'aspiration à la récompense [s. Thomas, al., sur le v. 2) qui nous paraît encore bien éloignée! Mais ni l'éloignement de la récompense, ni le poids de la présente vie n'est la raison exclusive ou l'objet propre assignés à l'anxieux désir du verset 2; nous ne voudrions pouvoir sortir des peines de la vie et obtenir la béatitude que selon un mode spécial, dont nous regrettons (iTrnroOoûvTEç, v. comm. de 2) de voir qu'il nous échappe, et que nous allons préciser bientôt. La lassitude ou le dégoût de l'existence n'est pas ce qui rend compte de ce sentiment; d'autant plus, comme dit Bengel (cité par Plummev] que « la foi ne connaît pas le dégoût des philosophes à l'égard du corps que le Créateur nous a donné » ; le (c désir
de la nature « [s. Thomas) est do le conserver; voir le v. 4, dont Hofinann rend au mieux le sens de la sorte : « Nous soupirons sous le poids de la vie, pourtant ces soupirs ne sont pas une raison de désirer rixSuffaaOai (être dépouillés du corps), mais l'iTCvSuaaaOai »; autrement dit, le fardeau de rexistcnce ne nous porte pas au désir de la mort, mais à celui de posséder un corps impassible (l'impassibilité étant comme un vêtement nouveau jeté sur noire corps).
Le principal, sinon le seul, motif assigné à nos « gémissements » du v. 2 est donc le désir (inefficace) d'un revêtement de gloire qui nous recouvrirait en de telles conditions que nous éviterions l'étal de nudité (d'après le v. 3) qui fait horreur à notre nature ; ce qui est tout autre chose que l'aspiration à la mort par fatigue de la vie, aspiration fortifiée par l'attente de la gloire. L'objet du désir gémissant n'est pas seulement non plus la possession d'un corps glorieux, mais l'acquisition de ce corps dans cette condition déterminée. La simple certitude de l'avoir un jour. Dieu sait quand, ne suffirait pas, s'il n'y avait qu'elle, à calmer l'agitation du cœur humain; car, dit s. Thomas, « desiderium gratiae retardatur desiderio naturae ».
LA CRAINTE DE LA « NUDITE «. — Nous savous quo Chrjjsostome, Théodoret, et beaucoup d'autres à leur suite, parmi eux bien entendu tous ceux qui ont suivi la Vulgate, ont coordonné où YujAvot « non pas nus » à IvSucrafjievoi, « revêtus » ; mais que cette construction est peu justifiable en grammaire (à cause de l'absence de copule, et du temps aoriste), et il est probable que les commentateurs grecs n'y auraient pas eu recours s'ils avaient été moins embarrassés par l'obscurité de ce verset 3. Nous pensons en avoir résolu les difficultés (v. comm. de 3 A), en disjoignant ye de el xai, ce qui nous a paru autorisé par les analogies, et en gardant à si xaî son sens ordinaire de « quoique », pour comprendre ainsi la plirase de Paul : « Nous voudrions être revêtus [de l'habitation céleste] par-dessus [l'habitation actuelle, sans perdre celle-ci]; quoique [ce soit là trop d'exigence, et une raison de trouble qui devrait être plus facilement surmontée, puisque nous sommes sûrs (ye) que], une fois que nous aurons revêtu [ce corps glorieux, en n'importe quel temps et de n'importe quelle, manière], nous ne serons [plus jamais, de toute éternité] trouvés nus », assurance qui devrait bien suffire à nous tranquiliser, puisqu'un bref passage par l'état de nudité ne compte pour rien à côté de cela. Ainsi est évitée toute inutile tautologie; ce qui n'est certes point le cas quand on traduit : « s'il est certain que, une fois vêtus [de ce corps glorieux] nous ne serons pas trouvés nus », car ce serait un véritable truisme, comme Prat le note avec justesse, et une raison bien incomplète de notre aspiration à « l'habitation céleste », qui est pourtant quelque chose de plus qu'un cache-nudité quelconque (1). Moins encore vaudrait cette traduction,
(1) Les meilleurs auteiu's de dictionnaires récants n'ont rien éclairci ù cette question de ■eï ye xaî. Preuschen-Baaer, (sur ye, 3) dit seulement : « e'i ye, « wenn anders », « insofernja » {Kuhner-GevLh, II, 177 c) Eph. m, 2, iv, 21, Kol. l, 23; TotraùTa èrtâOeTe elx^i, d ye ^^a' e'''-^> ail das habt itir vergeblich erlebt? wenns wirklich vergeblich war, Gai. m, 4; eï ye v.<n èvSyddtfJiEvot oO YD|ivoi e'jpcOYi(i6|j,£6a, insofeni wlr ja dainit bekleidet, nicht naclU werden erfnnden werdeii. — Et Zorell (sur ys, d) : siqaidem, saltem si, si tainen, fere =: voraiisgeselzl dass, supposé que, sive res supposita pro vera sumitur, ut Eph. m, 2,... iv, 21, sive non, ut Gai. m, h, sive prorsus in ambiguo relinquitur, ut II Cor. v, 3. — Les lexicographes n'ont fait en somme que suivre les commentateurs, leurs hypothèses et leurs hésitations.
matériellement possible comme conforme à la grammaire, qui entendrait le « vêtement » impliqué dans le participe svôu(jà|ji.evoi du corps actuel : « après que nous avons été vêtus (avec le corps terrestre), nous ne serons pas trouvés nus », — sans doute suivant cette réflexion que l'autre vie serait, autrement, sur ce point, inférieure à là vie présente; elle pourrait bien fortifier la certitude de la résurrection, mais non expliquer pourquoi l'on voudrait tant être « sur-vêtu », ou même elle paraîtrait exclure le passage par la « nudité », qui sera cependant bien réel (v. infra).
Cela réglé, il s'agit de comprendre ce que veut dire « être nu ». Il est un certain nombre d'auteurs, jusqu'à l'époque moderne, qui, au lieu de chercher l'interprétation de ce terme (employé chez Paul seulement ici et I Cor. XV, 37, « le grain nu », v. notre comm. ad loc.) dans l'usage courant, l'ont pris en un sens moral et spirituel déterminé par la théologie de l'Apôtre; et, puisqu'il était parlé immédiatement auparavant d'un k vêtement » qui est, d'après eux, la gloire céleste, dont l'Esprit nous donne déjà les « arrhes » (v. 5), ils entendent l'adjectif « nu » de la privation soit de cette gloire, soit de la grâce qui y dispose. Les mêmes coordonnaient d'ailleurs les deux expressions « vêtus » et « non nus » ; et ils ne songeaient point, comme d'autres dont nous parlerons plus bas, à introduire dans l'argumentation de Paul (surtout ceux qui suivaient la mauvaise leçon « occidentale » de D et des Latins pour I Cor. XV, 51, V. notre comm. ad loc.) aucune allusion au sort des hommes qui seront encore « vêtus » d'un corps quand le Seigneur descendra à la Parousie. Ainsi donc Théodoret, qui a compris l'a habitation céleste » de la gloire et de l'immortalité, entend par « nUs » ceux qui ressusciteront sans participer au bonheur éternel; l'Apôtre voudrait mettre en garde ses lecteurs contre un pareil sort (eï ve =: « si tamen »). U Ambrosiaster (moins cohérent que Théodoret et que s. Thomas, v. supra), après avoir bien compris « l'habitation céleste >> du v. 1 du « corps immortel », prend maintenant a nus », lui aussi, au sens de l'état de ceux qui ressusciteront privés de la gloire céleste, des réprouvés. Pelade, etc., les anciens en général, comprennent : « si nous ne sommes pas dénués de la foi ou des oeuvres de piété », condition requise pour une résurrection bienheureuse. La Glose : « si nous sommes revêtus de vertus ». Calvin dit : « revêtus de la justice du Christ » ; Hofmann : « si nous avons vêtu le Christ en cette vie », d'après Rom. xiii, 14; Gai. m, 27; v. encore Schlatter, etc. — Tous ces auteurs expriment une vérité indiscutable, et Paul aurait bien pu dire cela puisqu'il parlera du jugement au v. 10 ; mais il n'y a pas de raison de croire qu'il l'ait dit en notre passage ; car ce serait encore un changement de métaphore que rien n'éclairerait ou ne préparerait dans le contexte immédiat; et jusqu'ici il s'occupe de réconforter, non de menacer; il faut chercher bien loin, en d'autres épîtres qui n'étaient pas écrites encore, pour s'expliquer « nus », employé sans aucune adjonction, comme le contraire de « vêtus du Christ » ; cette idée nouvelle introduite sous un terme si peu expliqué, serait tout à fait isolée dans le passage, puisque, au v. 4, Paul revient à la métaphore des « vêtements », pour signifier les divers états du corps humain, comme à celle qui commande tout le développement. (Ainsi J?«6'A/?za/zrt, al.).
Nous devons par conséquent entendre « nus » dans un sens qui soit en rapport wec tous les dires qui l'entourent. Or ce sens existe dans la langue grecque de
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l'époque, il est môme courant; et la grande masse des commentateurs l'a compris. « Nu » se disait d'un arbre dépouillé de ses feuilles, d'un grain dégagé de son enveloppe (1 Cor. xv, 37, v. notre comm. ad loc. A), etc., et, par analogie, d'une àme qui est sortie de son corps. On trouve cette acception d'abord chez Platon (« Cratyle «, p. 403, « Gorgias », pp. 524, al.); mais, pour le philosophe. Grec habitué à admirer des corps humains dans leur beauté sans voile, cette « nudité « de la '\^'/,^ -(u^ym^zlia. Tot! cfwjjtaToç (« Gorgias ») représentait un état plus pur de Fàmc, tandis que Paul était de ces Sémites à qui l'absence de vêtement fait horreur {!). La situation d'une âme « séparée », « désincarnée », lui paraît donc chose nullement désirable en soi ; ce qui est justement Topposé du « spiritualisme » grec, et empêche de reconnaître ici, malgré l'emploi du mot Y^v^'^'»';? aucune influence d'idées hellénistiques. Meyer-Heinrici, Kûhl, Lietzmann, Bousset, Bachmann et beaucoup d'autres l'ont bien vu. S. Thomas lui-même, malgré son interprétation de « l'habitation céleste » par la simple gloire, et le mauvais texte de la Vulgate au v. 3, l'entend de la supposition (irréelle selon lui, car il suivait la Vulgate à I Cor. xv, 51 et n'admettait pas de « survivants » à la Parousie) d'un corps qu'on voudrait bien garder pour se draper de gloire céleste par-dessus : « si tamen vestiti : ... sz^^e/indueremur quidem si inveniremur induti et non nudi » ; il n'a pas pris l'interprétation morale de la Glose.
Ainsi Paul admet comme toute naturelle la répugnance qu'il présuppose chez les Corinthiens à survivre dans le pur état d'âmes privées de leurs corps.
Pourquoi cette répugnance en soi si peu hellénique, et qui montre que les doutes et les chicanes sur la Résurrection (I Cor. xv) devaient être bien passés?
On ne peut croire que l'Apôtre se la justifie par quelque crainte tant soit peu fondée d'un état de sommeil et d'inconscience où les âmes végéteraient au Shéol avant la résurrection. Ce n'est pas là ce qu'il entend par xoijjiaaôat, « dormir » (voir notre comm. de 1 Cor., pp. 188, 283, 402 et Exe. m). Cette idée de « sommeil » n'était d'ailleurs plus dominante chez les Juifs, à beaucoup près, malgré tous les textes qu'accumule Lietzmann (p. 119), d'après Hénoch, les Testaments, Baruch., etc., sur l'état des morts dans les tombeaux suivant la croyance judaïque. D'ailleurs, un peu plus bas, vv. 8-s., Paul rejettera expressément cette conception de sommeil et d'inconscience. Ne parlons donc point, avec Menzies et d'autres, d'« esprit nu qui ne saurait, sans un corps, rien penser ni faire ». De même, une crainte judaïque d'apparaître devant le Seigneur en l'état d'un homme nu, qui n'aurait pas son corps comme « robe nuptiale » (cf. Mat. xxii, 11), n'a rien à voir avec notre passage (contre Sickenberger et Windisch).
La vraie raison de la répugnance présupposée, c'est qu'une âme ne devient « nue », au sens indiqué, que par le fait de la mort corporelle ; c'est la mort qui fait peur à la nature humaine.
Qu'est-ce que Paul va donc dire à ses Corinthiens, en plus de la promesse de la résurrection, pour dissiper cette appréhension? Ici encore, les théories sont diverses.
(1) Mais quel abus de l'érudilion que d'amener ici, comme Windisch, des prescriptions rituelles païennes contre la nudité, ou le règlement imposé au « flamen dialis » de Rome l
SECONDE ÉPITUE AUX COHIiNTHIENS, IV, 16-V, 10, 147
TiiÉoniE DE l'aspiration a une Pauousie prochaine. — C'est l'explicalioa dominante aujourd'hui, — mais à tort. Paul avait enseigné, d'abord aux Tliessaloniciens, puis aux Corinthiens eux-mêmes (I Thess. iv, 17; I Cof, XV, 51-ss.), que les fidèles qui vivraient encore le jour de la Parousie seraient « transformés >^ sans avoir besoin de mourir et de ressusciter. On complète (indûment) ses assertions d'alors en lui faisant sous-entendrc que tel serait le sort normal de ses lecteurs [LietzinanUy Plummer^ Kiihlj Menzies, Tlllmann, etc.), et, si son assurance était moins ferme quand il écrit II Cor., on prétend qu'il envisage du moins la possibilité de cette perspective, le cas d'une mort préalable étant même considéré [Plummer] comme exceptionnel. On insiste sur ce que lâv (dans £àv...xaT-a)iuOyj, v. 1), marque régulièrement la simple éventualité. Ainsi beaucoup de commentateurs anciens, et surtout de modernes, Estius, Corn, a Lap., Cornely, Fillion, Belser, Prat, Gutjaht;^ Bachmanrij al. Et alors on traduit le v. 3 en général [Prat^ al., v. comm, supra) : « si toutefois nous sommes trouvés vêtus [du corps, au moment de la Parousie], et non pas nus ». Les Corinthiens, informés par la Première Epître, se seraient donc mis à désirer ardemment d'être au nombre de ceux qui seraient vivants à l'Avènement du Seigneur, et qui n'auraient qu'à être « transformés » ; c'est leur incertitude (rien de plus) d'être réservés à ce sort privilégié qui les fait gémir; car ils jugent possible pour eux, et fort désirable, d'être « revêtus par dessus » ce corps, sans le perdre, plutôt que de le perdre avant d'endosser sur leur âme nue le vêtement de gloire (1). Paul aurait partagé leur espérance tremblante; aussi il ne leur dit pas qu'elle sera déçue, mais que, si même elle ne se réalisait pas, il n'y aurait aucun lieu de s'en troubler à l'avance puisque la disgrâce de cet état de nudité qu'ils craignent, et qui ne serait en tout cas que transitoire, serait largement compensée par la présence du Christ (vv. 6-8) dont ils jouiront même avant d'avoir retrouvé leur corps.
Nous avons maintes fois écrit ce qu'il faut, à notre avis, penser de cette attente d'une Parousie prochaine chez Paul et ses convertis (voir notre comm. de 1 Cor. xv, 51, et les références). Et notre conclusion est toujours celle-ci : ce n'était là qu'un espoir trompeur des Thessaloniciens que Paul n'a jamais partagé, et qu'aucun indice solide n'autorise à prêter aussi aux Corinthiens, beaucoup moins préoccupés de la Parousie (v. infra^ Exe. x). En conséquence nous ne croyons pas que l'Apôtre suppose des lecteurs qui se disent : « Ah! si au moins nous pouvions ne pas mourir avant la Parousie! », et qu'il leur réponde : « Qu'importe ! même si vous mourez auparavant, votre sort, dans l'intervalle, ne sera pas si malheureux! ». Attendu que rien n'indique cette orientation de la pensée, dans les termes qui décrivent le souhait et le soupir présupposés. Les chrétiens de Corinthe se disent simplement : « Comme -if
(1) Galjahr cependant l'entend autrement; le « soupir » ne se rapporterait qu'à la possession du corps de gloire, à son acquisition, de n'importe quelle manière, non au mode de celte acquisition; rèitevSua-ao-Oai désire n'aurait bien lieu qu'à la Parousie, après laquelle ok soupire, mais l'expression conviendrait aussi bien au mode de résurrection qu'au mode de « translbrrhalion », puisque le corps qui ressuscitera et le corps qui est mort sont toujours le même corps identique. La mention de l'horreur de la mort n'apparaîtrait qu'au v. 4, avec papou[j,e\oi, etc. — Interprétation inconciliable avec l'unité du morceau; £7:£vS-j«7ao-0a:c doit partout conserver le même sens, v. supra.
serait encore meilleur de parvenir à l'état de gloire qui nous est promis pour l'âme et le corps sans avoir à passer par les ténèbres de la morti ». Et, depuis, à toute époque, beaucoup do chrétiens, môme fervents, ont senti et dit comme eux sans penser le moins du monde que la Parousie pouvait être prochaine, et qu'ils avaient chance d'éviter le sombre passage. VVùidischy que nous aurons plus bas à critiquer, voit très juste ici, quand il observe que Paul ne dit pas un mot dans tout ce morceau qui se rapporte à la Parousie nommément, ou par une allusion évidente et exclusive; et qu'il aurait bien dCl cependant le faire si l'accent de son exhortation avait porté sur elle.
Non, Paul s'occupe ici d'un sentiment humain général, qui n'est nullement conditionné par les illusions ou les circonstances particulières d'aucune période de l'histoire chrétienne. Le meilleur croyant préférerait instinctivement avoir un autre accès à la gloire que le passage par la mort.
Les auteurs nombreux et estimables qui tiennent pour la thèse opposée pensent trouver une confirmation pour leur opinion dans les termes du v. 9, £ire lv5y|U.otîvT£ç siTs êxS/iuouvt6î [viilg. '. « sive absentes, sive praesentes »), les rapportant au ce domicile » qu'est le corps actuel. Les « présents » sont d'après eux ceux-là qui y seront encore logés quand le Seigneur viendra, et les « absents » ceux qui auront déjà quitté la vie mortelle. A la lumière du v. 9 interprété de la sorte, leur interprétation du v. 2 deviendrait ainsi certaine; il serait question de la Parousie à la fois au début et à la fin du morceau (1). — Avec ce sens-là, qui est le plus généralement adopté, il faudrait donc supposer que le pronom « nous », sujet englobé dans <prACTi[i.ou|xe6a (« nous avons à cœur ») du V. 9, désigne deux classes de fidèles, distingués par Etre ... eïte, à savoir ceux qui doivent rester vivants et ceux qui doivent être morts au jour de la Parousie ; Paul dirait : « Nous tenons à être agréables au Seigneur, ce jour-là, nous y tenons tous, aussi bien ceux qui habiteront toujours leur corps que ceux qui en seront éloignés ». Mais cette traduction n'est pas satisfaisante, parce que les deux participes présents désignent des états qui se prolongent; or, au jour même de la Parousie, tout le monde sera vivant, on ne pourra plus dire de personne qu'il est en exil (lxSv)u.â)v) loin de son corps (I Thess. iv; 1 Cor. xv) (2). Gutjahr en a bien eu le sentiment (3), et il a vu que eùâpEtrToi elvai ne peut se rapporter au jour même de la Parousie; il maintient pourtant qu'il y aurait
(1) Sens qu'on voudra voir aussi I Tliess. v, 10, eitô ypilïopwfxev eïre xaOetiôwfjiEv. — Nous ne prenons point ce passage pour un parallèle propre à éclairer notre morceau, et nous dirons plus loin pourquoi, p. 157, n. 1.
(2) Encore bien moins peut-on prendre en considération des traductions comme celles de Toussaint : « soit que nous restions, soit que nous sortions », de Menzies : « whether sojourning in the body or deparling from it », etc., qui font signifier au participe èv.8vi[ji,oûv- T£c un acte momentané. — Loisy traduit plus prudemment: « soit séjournant, soit exilés ».
(3) Pour la même raison (que ÈKooaoOvTe; ne peut convenir en ce sens à aucun fidèle au jour même de la Parousie), Slckenberger ne veut pas que « nu » ou « exilé » désigne la condition des hommes morts {Zustand der Toten); ce qui répugnerait à Paul, ce serait le cruel « anéantissement de l'homme extérieur » (iv, 16), ce serait pour lui une vraie agonie du Jardin des Oliviers, ne pouvant être adoucie que par la soumission à la volonté divine et l'attente de la gloire dans l'Au-Uelà. N'est-ce pas prêter au grand Apôtre dos sentiments menschlich, allzu menschlich?
SECONDE ÉPITUE AUX COIMNTIHENS, IV, 16-V, 10. 149
deux catégories distinguées par eiTe...eiT£, à peu près comme si Paul voulait dire, en se transportant par l'esprit à la Parousie : « Que nous devions être ce jour-là du nombre de ceux qui seront restés dans leur corps, ou de ceux qui en auront été auparavant séparés par l'exil, c'est tout un pour notre attitude morale d'à présent; que l'un ou l'autre sort nous attende, nous nous eiïorcerons toujours de plaire au Seigneur ». Ce serait vraiment bien détourné, et l'ellipse qu'il faudrait admettre pour donner ce sens à e'jtSviaouvTS!; serait par trop forte, et romprait du reste la correspondance temporelle avec £vor,aoïïvT£i;. Aussi faut-il rapporter la disjonction de ei-r£...eiTs non pas à cptXoTt[xouu,£9a, mais à £Oàp£aToi (la plupart voient bien cela), et comprendre que nous, les mêmes, tous les fidèles de Corinthe et de partout, nous voulons plaire au Seigneur aussi bien dans l'état qui est signifié par un des participes que dans l'état qui est signifié par l'autre. Quels peuvent être ces états? Presque tous les comprennent par rapport au corps mortel. 11 y aurait pourtant quelque difficulté — et plus d'un auteur l'a relevée — à entendre que, dans l'état de séparation du corps, on puisse encore se livrer à des efforts moraux capables de modifier en bien nos relations avec le Seigneur, par le gain de nouveaux mérites (le Purgatoire même n'a pas cet effet). Mais aussi, dans le commentaire, nous avons montré que la position des mots invite à entendre « présence » et « absence » non par rapport au corps terrestre, mais par rapport au Seigneur; il faut lui plaire en cette vie, tant qu'on est éloigné de Lui, comme on espère lui plaire dans l'autre, une fois admis en sa compagnie.
Ainsi, rien de particulier visant la Parousie aux derniers versets du morceau, rien non plus au verset 2. La théorie commune avance le contraire à trop bon marché, sans tenir assez compte de la grammaire, et à la suite d'idées préconçues; car on n'aurait certainement pu découvrir dans notre passage que Paul ou ses fidèles appelaient la Parousie, la croyant possible pour une époque prochaine, si l'on n'avait pas cru (à tort) démontré par d'autres passages d'autres lettres que Paul admettait et partageait cette attente.
BreC, il ne s'agit point de deux classes d'hommes, distinguées par l'état de vie ou de mort corporelle où les trouvera la fin du monde, mais de deux états successifs des mêmes, de tous, dont le premier doit être agréable au Seigneur pour que le second puisse se réaliser. L'instant de la mort en est le point de séparation; Paul ne dit ni même n'insinue qu'aucun de ses lecteurs puisse éviter cet instant-là.
L'interprétation commune du morceau en fonction de la Parousie est donc artificielle. Beaucoup de commentateurs s'en sont a^ierçus, et en ont cherché d'autres.
Ïhéorie de l'enthke en possession immédiate du coups glorieux. — Le verbe £/o(/.£v (a nous avons », « nous possédons «) du verset i, signifie bien, comme nous l'avons dit, la certitude de l'avenir, mais non la certitude d'un avenir immédiat. Ceux qui, comme s. Thomas et à sa suite, ne voient dans « l'habitation céleste » dont on voudrait être « sur-vêtu » que la glorification de l'âme, qui existera avant de s'étendre au corps lui-même par la résurrection, n'ont pas ici de difficulté; les âmes élues peuvent en effet être glorifiées aussitôt après la lïiort corporelle, le (c re-vôtement « leur sera donné dès qu'elles seront « présentes près du Christ », et la ferveur de leur désir de grâce, qui ne peut leur
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avoir dté donné en vain, surmonte devant une telle perspective le « désir de nature » d'échapper ù la mort, désir qui leur vient aussi de Dieu [sU «Oto toïïto xaTspY^ffcxusvo;), et qui sera comblé aussi en fin de compte, non point do la façon dont ils auraient pu le rêver dans l'état présent d'imperfection et d'ignorance (voir v. 3 , mais par la résurrection corporelle qui complétera nécessairement le salut.
Bien plus difficile est-il de comprendre que le désir naturel de fuir la mort, ou l'état de nudité, ne sera pas frustré réellement d'une certaine manière, pour ceux-là qui tiennent (à bon droit) que te l'habitation céleste » dont on voudrait être « sur-vètus » est le corps glorieux, non la gloire pure et simple. Aussi, d'après un certain nombre d'auteurs, en dépit des versets 6-8, Paul voudrait rejeter, pour lui et ceux à qui il s'adresse, la perspective d'un état intermédiaire de « nudité «, c'est-à-dire de l'état « d'âme séparée ». S'ils repoussent avec raison le rapport direct du morceau à l'attente de la Parousie, ils s'en tirent en posant cette assertion — fort étonnante — que, selon Paul, V octroi du corps glorieux se ferait au moment même de la mort, ou aussitôt après. Ainsi Heinricij Schmiedel, Plummer, et particulièrement Windisch, dont voici 3a théorie :
Il s'agit bien au v. 2 d'un désir qui se porte sur la réunion prochaine avec le Seigneur, grâce à un « revêtement par-dessus w qui doit se produire sans délai. Le corps céleste existe déjà réellement au ciel, tout prêt; la mort fait entrer immédiatement l'âme des élus dans cette enveloppe définitive. C'est ce qu'exprime iyoïxi'^, présent de certitude. Paul, dit W., ne peut pas présupposer d'état intermédiaire où l'âme se trouverait tout à fait dépourvue d'enveloppe corporelle ; ce serait être « sans robe nuptiale >> devant Dieu (1). Tout « sommeil de mort » répugne à sa perspective; Dieu a constitué notre être [■x.a.Tipyxaâu.Bvo!;) de telle sorte que, grâce aux « arrhes de l'esprit » (v. 5) qui produisent la sainteté, il se forme en son intérieur une essence « pneumatique » qui le met à même de recevoir le '( vêtement de dessus », corps incorruptible de feu éthéré. Paul a combiné ici des idées judaïques et hellénistiques, l'attente chrétienne primitive d'une résurrection à la Parousie avec l'esprit de Platon ou de Philon; il aurait été purement gréco-hellénistique de penser à « quitter le corps» sans parler d'entrée en un autre corps; mais, oubliant ici la « mystique du Christ », qui proclame l'union progressive au Christ dès la vie d'ici-bas, en attendant la Parousie, il envisage la mort du même œil que les philosophes grecs qui l'attendaient pour être avec leurs dieux. Comme d'autre part il tenait du Judaïsme l'horreur de la « nudité », et se trouvait en contact obscur d'idées avec la théurgie des Mystères, la mystique hermétique, etc., il s'est rattaché aux mythes orientaux des « vêtements célestes » {Asc. Isaïe^ etc.) dont il a l'ait une seule et môme chose avec le a corps de gloire » définitif. Du judaïsme il s'est encore approprié, malgré ses idées personnelles du salut par la foi, \q, jugement d'après les œuvres préalable à l'union au Seigneur, et s'est encore rapproché de la conception an jugement individuel des âmes enseigné par Platon et la théologie iranienne ( Vendidad,
(1) Cette image, qu'on no trouve que clans la parabole de Mathieu, est purement morale, se rapportant à la dignité des convives lerreslres invités au banquet du Règne de Dieu; . Ile n'a rien à faire, malgré W. et d'autres, avec la question traitée ici.
SECONDE KPITRB AUX COUINTHIEXS, IV, IG-V, 10. 151
al.); chez lui, jugement de Dieu et jugement du Christ s'équivalent. Ainsi la doctrine de l'Apôtre en ce passage est le fruit d'une évolution qui n'est pas sans contradiction interne et qui a pu être causée par les événements d'Asie (ch. i ) où il avait perdu l'espoir d'assister vivant à l'Avènement du Seigneur (id. Sahatier, Pfleiderer, Schmiedel, etc.) ; elle nous offre le tableau d'une lutte et d'un accord établi vaille que vaille entre la pure attente eschatologique et la mystique d'union qui lui dictait encore un instant auparavant le développement de iv, 7-16. C'est du nouveau par rapport à la V" aux Thessalonicîens, car jusque-là Paul n'avait pas espéré être uni au Seigneur et en pleine possession de la gloire, aussitôt après la mort (1).
Cette dernière assertion, relative à I Thess., est inexacte, comme nous le verrons au suivant Excursus. Et, en bloc, il est inadmissible qu'un mélange aussi incohérent ait pu se produire — et presque inconsciemment, à ce que l'on dirait — dans les conceptions les plus chères de Paul, que Windisch est obligé pour cela de considérer comme un prédicateur peu soucieux de logique, et « non dogmaticien » ! Nous avons pu nous en faire une tout autre idée! Si du reste pareille évolution s'était accomplie, il en serait bien demeuré quelque trace par ailleurs, ce qui n'est pas; et, comme la doctrine était d'importance, Paul aurait dû faire connaître aux Corinthiens cette modification de ses espérances. Aux Corinthiens comme à tous ses fidèles, mais aux Corinthiens surtout, puisqu'il leur avait déclaré si catégoriquement dans sa Première Epître canonique (I Coj\ xv, 52) que c'est seulement à la Parousie, au son de la dernière trompette, que les morts ressusciteraient. Et voilà maintenant qu'il se contredirait, — soit à son insu, soit du moins avec une grande légèreté d'esprit pour un maître qui parle au nom du Christ, — et, que, après un enseignement aussi solennel que celui de la Première Epître, il viendrait bouleverser la doctrine qu'il a pris récemment tant de soin d'inculquer, et toujours sans avertissement? (Voir infra, I'Excursus x). Lietzmann et beaucoup d'autres ont à bon droit jugé que c'est impossible. Si l'on a un corps glorieux au ciel, dit Menzies, rien ne signifie pourtant qu'on le prendra avant l'Avénemcnt du Christ. Tous les catholiques récents, naturellement, et bien d'autres avec eux, se sont élevés contre cette conception arbitraire. Lielzmann observe que « nous avons » notre demeure éternelle (le corps glorifié) « dans
les deux » (s;(o.u.ev sv toTc oùpavoïç, v. 1), et non pas que « nous Vaurons,
E^ofXEv, )), venant « du ciel, e? &'jp. », dès l'instant du trépas. Plus démonstratifs sont les arguments de Bachmann, — qui a traite excellemment toute cette question, sauf en quelques points, comme son explication du v. 3, v. supra. Les voici : si l'entrée en possession du corps céleste avait lieu instantanément à la mort, comment Paul parlerait-il au v. 8 de s'exiler du corps (i>câr)iAYiaai ix. xoù ffwjAaxo;), ce qui indique bien l'entrée dans un état incorporel? Et d'autre part le V. 3 (qui implique toujours, pour nous aussi, de quelque manière qu'on l'interprète, la crainte de la « nudité «) n'aurait rien à faire, ou neutraliserait l'assertion du v. 2 (car il n'y aurait pas tant lieu de « gémir » avec cette
(1) Pour ce changement instantané à la mort, Windisch .se trouve des anlécédenls dans i'^abiach, « Eschatologie «, Pflelderar, « Urchrislonluin », HoUzmann « Neuleslamcnlliche '•l'iieoloiirie ».
152 SKCOMDK KIMTRK AUX COIUNTHIKNS, IV, IG-V, 10.
assurîince-lù), et c'est contraire au v. ^ (Ttl. Lietzmnnn), qui constate bien la crainte que Ton a de perdre le corps terrestre. Vouloir envisager cet état de nudité, contre lequel Paul arme ses lidèles de courage, comme devant ôtre purement momentané, ce no serait pas autre chose que rompre tout le nerf du développement qui commence au v. 1.
Parfaitement juste. Et nous ajouterons encore (contre Lietzmatui, Menzies^ Windisch, al.) que Paul n'est pas tellement hanté dans notre passage par l'idée d'un t^ état de sommeil « qu'on chercherait à éviter ou à écarter le plus possible. C'est pour cela, selon les tenants de la théorie ci-dessus, qu'il aurait eu recours à cette solution du « revêtement immédiat «. Or Paul va rejeter manifestement cette idée du « sommeil » (aux versets 6-9). Il serait arbitraire de décréter qu'il ne pouvait le l'aire autrement qu'en envisageant une résurrection immédiate ; car non seulement il connaissait par les Grecs l'idée d'âme désincorporéé et cependant consciente, mais cette idée n'était nullement étrangère, ou rare, parmi les Juifs de son temps; et il n'y a pas besoin de prouver ici une chose aussi connue, au moins par les tableaux de beaucoup d'apocryphes et d'apocalypses. Dans l'Ancien Testament lui-même, les Psaumes expriment plus d'une fois l'espoir, — sans préciser que ce sera par la résurrection corporelle, — que Dieu exemptera l'âme de son fidèle, après la mort, de la puissance engourdissante du Shéol, et la prendra près de lui (notamment Ps. xlix \yidg. xlviii], 16; Ps. Lxxiii [vulg. Lxxii], 23-24, 26). L'Apôtre du Christ aurait-il pris au sérieux des craintes qu'avaient déjà surmontées les meilleurs justes d'Israël?
De toute manière, la théorie de la résurrection immédiate se trouve condamnée. Aussi beaucoup de commentateurs ont-ils recours à une autre, qui est une « média via ».
TnÉoniE DU corps ixTÉni.MAïuE. — Puisqu'il est vraiment trop difficile d'échapper, sans acrobatie d'exégèse, à cette constatation que Paul envisage bien un intervalle entre la mort des justes et la prise de possession de leur corps éternel, et que d'autre part il est bien certain qu'il ne fait pas de cet état intermédiaire un temps de sommeil, quelques-uns ont voulu résoudre le problème en admettant pour cet intervalle un troisième corps, qui n'est pas le corps psychique abandonné au tombeau, mais qui n'est pas encore non plus, du moins en l'état de plein développement, le corps pneumatique dont l'acquisition est différée jusqu'à la Parousie.
Ceux qui, comme s. Thomas, ont identifié la « présence près du Seigneur » avec la gloire de l'âme, « l'habitation céleste non faite de main d'homme », n'avaient pas besoin de recourir à une solution de ce genre. Mais ceux qui croient que, selon l'Apôtre, une âme ne peut jouir d'une vie consciente sans un corps quelconque et qui pourtant ne peuvent nier qu'il promette le bonheur près du Christ, dès avant la résurrection, à toutes les âmes fidèles (non pas seulement à celles des Apôtres et des martyrs, comme H. J. Holtzmann, « Neutestamentliche Théologie m'-^, II, p. 217, se l'est figuré en se référant à Apoc. VI, 9, opinion que n'appuie aucune syllabe de notre texte, ainsi que lui répond Lietzmann), ceux-là ont bien dû munir ces âmes, en attendant le jour définitif, d'un corps intérimaire, ou du corps pneumatique ne se trouvant encore que dans un état intérimaire, initial.
Ainsi le commentaire catholique de Toussaint, — ce qui était déjà un fâcheux
SKCONDIS Kl>rriU{ AUX COKINTHIIÎ.VS, IV, 16-v, 10. 153
pronostic, — admet, en prétendant s'appuyer sur Heh. ix, 11-24 (??) (Ij, l'existence en nous d'un substratum spirituel, inorganique, sur lequel le corps pneumatique pourra s'adapter; aussitôt après la mort, sans avoir à craindre la vie inconsciente du Shéol, l';lme élue se trouve munie d'une « enveloppe spirituelle » d'origine céleste qui lui permettra de continuer ses fonctions en attendant patiemment la Parousie. RcÀlzenHleln, au moyen de ses rapprochements forcés avec l'hermétisme, veut voir dans « l'homme intérieur » un premier vêtement, evoo(xa, spirituel, qui servirait pour l'état intermédiaire, et par-dessus lequel le vrai corps pneumatique, ETrévouna, serait enfin endossé (R. Reitzenstein^ « Mellenistische Mysterienreligionen w^, p. 3o4'S8., al.); ainsi on ne serait pas « mis à nu » à la mort corporelle (v. 3 ; il lit sV-oûcraf/Evoi, v. supra). Lîetzinaiin et Windisch trouvent avec raison cette théorie des « trois vêtements » trop compliquée; mais eux aussi, avec quelques autres, croient à l'existence de ce rudiment de corps spirituel reçu à la régénération, et qui permettrait d'endosser le corps pneumatique, suivant l'un à la Parousie, suivant l'autre aussitôt après la mort.
Or, la critique de cette théorie est facile et décisive. C'est qu'on ne trouverait pas un seul mot dans le texte de Paul qui se rapporte à un tel « corps » spirituel reçu en germe au baptême (ô law av6poj7roç ne signifie pas cela, v. Exe. viii supra, ni non plus les « arrhes de l'Esprit »), corps provisoire qui s'épanouirait en « corps pneumatique » définitif ou serait à échanger contre lui; l'Apôtre ne parle, en fait de corps céleste, que du corps pneumatique définitif, à revêtir par l'âme « nue », mais que nous aurions le regret de ne pas revêtir dès la vie présente par-dessus le corps psychique actuel. La promesse d'un « corps intérimaire » (conception absolument étrangère à tout le reste des Epîtres et du Nouveau Testament) ne peut s'accorder ini avec les versets 1-2, ni avec le v. 4, où « l'habitation » qui s'oppose à la « tente » d'à présent est toujours et exclusivement un seul et même corps, qui ne saurait avoir pris naissance en nous dès le baptême, puisque nous ne l'avons que dans les deux, (Iv Toïç oOpavot;, to l\ oupavoïï), ni être d'aucune façon provisoire, puisqu'il est qualifié de maison éternelle, okiav aîtoviov [Phunmer (2), Bachmann, Delser, Gutjahr, Prat, etc.).
Dernière théorie : « l'oubli » de l'intervalle. — En fin de compte, toutes les possibilités de théories explicatives faisant- des emprunts, au nom de Paul, à des systèmes étrangers, ou s'appuyant sur des idées que n'expose pas le contexte lui-même, paraissent maintenant épuisées — • et exclues. 11 ne reste qu'une issue à ceux-là qui sentent bien la chose, mais ne peuvent concilier celte horreur de la « nudité » ou d'un état intermédiaire, qu'ils prêtent à l'Apôtre, avec le ton de réconfort qui anime tout ce beau passage. C'est d'admettre que Paul, dans son ardeur à désirer l'union glorieuse au Christ, qui
(1) La « tente non faite de main tl'liomine » d'Ifc.h. w, il, c'est pour les uns l'archétype céleste du Tabernacle terrestre, pour d'autres l'iuimanité du Christ ou l'Église (Pères), pour quelques anciens, les cieux. En tout cas, on est là dans un ordre d'idées tout différent •le celui de notre passage.
(2) Pluinmer, malgré sa solution embarrassée (v. supra), reconnaît bien aussi que, selon l^aul, s'il y a un intervalle, les Ames n'y seront pas endormies et inconscientes, et n'auront pas non plus do « corps intérimaire ».
n'aura lieu, selon eux, que le jour de la Résurrection, cà la Parousie, ne pense plus du tout, eu exhortant ses fidèles, à Tintervalle sombre qui peut séparer le jour de la mort de celui de la glorification. Telle est l'idée de Lietzmann, qui croit que le désir de Paul, et celui qu'il veut stimuler chez ses lecteurs, ne se porte que sur la Parousie; (Idem H. D. Wendland) ; aux versets 2-5, il ne ferait que répéter sous une autre forme ce qu'il a déjà si bien et si catégoriquement exprimé au v. 1, et ce qu'il avait enseigné plus solennellement 1 Cor. xv, 42-44. Telle est à peu près aussi l'idée foncière de Plummev, qui cite avec faveur Kennedy, disant, après Wernle : « The yearning to die and to be with Christ is for him the same thing as the hope of résurrection. Ilis yearning overleaps ail between death and résurrection, and hurries tq his goal for reunion with Jésus » [H. A. A. Kennedy », St Paul' s Conception of the Last Things, p. 272; — Plummev, p. 161).
Toute difficulté serait esquivée avec une pareille solution, — si, par malheur, le verset 8 ne nous enseignait que Paul s'occupe d'un état d'exil loin du corps, qui commence (exûria^aai) en même temps qu'une prise de domicile (èvoYiuYÎaai) près du Seigneur; et dans cette cohabitation (jusqu'à la Parousie), l'âme sera bien obligée de se passer de corps, et c'est de cette période-là que Paul entretient ses fidèles, pour les faire réfléchir à ceci, qu'elle sera déjà heureuse, beaucoup plus heureuse que cette vie « d'exil loin du Seigneur ».
« Sauter par-dessus » cette constatation, n'est-ce pas le signe que, faute de vouloir admettre et retrouver chez Paul l'enseignement traditionnel de l'Eglise sur les diverses phases du sort des élus, on en est réduit, comme dirait un langage vulgaire, « à donner sa langue au chat »?
Nous espérons, pour notre part, que l'explication à laquelle nous nous sommes lixé dans le commentaire de v, 1-10, paraîtra cohérente, tout entière tirée du texte et non d'ailleurs, mettant une unité très satisfaisante dans le •développement de Paul, et tenant compte de tous les mots qui sont dans le texte, de toutes leurs correspondances et oppositions, de toutes leurs nuances. Elle nous satisfait du moins, parce qu'elle a le mérite d'éviter à la fois toutes les subtilités inutiles, les simplifications qui tombent dans le truisme, et tout le vain fatras d'érudition des syncrétistes qui méconnaissent l'originalité et la simplicité de la pensée de Paul,
Pour revenir d'un mot à la dernière théorie critiquée, comment peut-on croire que l'Apôtre serait entré dans toute cette psychologie et ce développement si serré, s'il n'avait voulu dire du nouveau à ses lecteurs, détruire une objection trop naturelle et trop fréquente opposée à la pureté et à l'ardeur de l'espoir que, depuis le ch. iv, v. 14, il voulait faire passer de son âme dans leurs âmes ?
Non, ce morceau n'est pas une simple amplification dont les Corinthiens et nous aurions pu nous passer. C'est le seul passage de ses lettres, — un pas sage précieux! — où l'Aputre nous enseigne avec clarté, et avec une certaine extension, les phases du sort qui attend les âmes sauvées, depuis l'heure de la mort corporelle jusqu'à celle où, pour toute l'humanité, la Mort sera engloutie
SECONDE ÉPITUE AUX CCJlUNTHlENS, IV, 16-V, 10. 155
dans la Victoire (I Cor. xv, 54). C'était un complément essentiel à l'enseignement des fins dernières épars à travers les autres épîtres, car, en plus de l'eschatologie universelle, il nous fournit l'eschatologie de chaque âme élue individuelle, une « eschatologie microcosmique », comme on l'a appelée ingénieusement.
EXCURSUS X. LES PHASES DE l'eSCHATOLOGIE INDIVIDUELLE.
COHÉRENCE DE TOUTE l'eSCHATOLOGIE DE SAINT PAUL.
Ce fameux chapitre v a apporté un trouble notable dans un système d'explication de l'eschatologie paulinienne qui, pour un temps, avait paru devoir emporter l'assentiment général. Né chez les exégètes protestants, et propagé par Tillmann ou d'autres chez les catholiques, ce système prêtait à Paul la convielion que le Jour du Seigneur, la Parousie était proche; le monde impie allait y entendre la sentence de sa condamnation éternelle, mais les croj'-ants fidèles y verraient subitement leurs corps revêtus des dons glorieux de l'immortalité, tandis que les âmes des justes défunts reprendraient des corps doués de qualités semblables. A l'authentique enseignement de Paul, qui se borne à décrire la nature des événements attendus pour ce Jour-là, spécialement la double voie d'accès à la gloire, la résurrection et la « transformation » (voir I Thess, iv et 1 Coj'. xv), le système ajoutait (d'après vjaeïç ol 7repiXei7rdiji.evot de Thess. , Trâvreç où xoi|;iy)OYi(jô(ji£0« de Cor.) l'affirmation d'une imminence ou d'une proximité de tous ces événements, et s'efforçait de concilier avec cette vue jusqu'à la 11^ aux Thessaloniciens et le ch. xx de V Apocalypse (1). Le « sort normal » que Paul faisait envisager aux lecteurs de ses lettres était donc de survivre jusque-là, pour être « transformés » ; un autre avenir devait être l'exception.
Or, voici que dans notre chapitre v de II Corinthiens, l'Apôtre se met à s'occuper des fidèles qui seront morts avant la Parousie, et il se range tout le premier parmi eux. Il le fait en termes si généraux, et avec une insistance si émue, qu'il paraît bien vain de vouloir se dissimuler l'antinomie avec les vues qu'on lui attribue d'après I Thess. et I Cor., et de prétendre avec Lietzmann que la « transformation » demeure toujours à ses yeux l'avenir normal, c'est-àdire commun, qu'il ne traite maintenant que de cas exceptionnels (cfr Plumme?'], qu'il n'envisage qu'une simple « possibilité » [Gutjahr, Belser, Bachmamiy al.), ou que, au v. 4 seulement, Paul se mette à penser aux cas de mort qui pourraient survenir avant la Parousie [Gutjahr, Menzies), sans faire aucun efïort, selon Menzies, pour ajuster la nouvelle idée qu'il va énoncer avec celles qui précédaient. Il vaudrait mieux reconnaître franchement, comme Windisch en a eu le mérite, que la Parousie, et surtout cette Parousie comme objet d'attente prochaine, paraît dans l'occurrence sortie provisoirement, ou à peu près, du champ des soucis et des prévisions de l'Apôtre.
Tel est le fait gênant qu'il fallait concilier avec la théorie que l'on a construite sur les textes de I Thess. et de I Cor. Il n'y avait qu'une solution possible : c était d'admettre chez Paul un changement de perspective, d'oii résulte un enseignement étranger, ou même contraire, sur ce point particulier de la
(^1) Nous avons souvent fait la critique de ces opinions. Voir surtout nos commentaires de V Apocalypse, Introduction ch. ix, et de I Cov. Exe. xviii.
c,fj,'f ,W l-î:, E'Aro'.;:<ï<\ .\ arluî i\\\'\\ iiviut douuô <laus Ion Kpîtrtv^ nnU'u'UUUHvs.
U ^^.\ i;-:<î. 5i:ù< t .;>;v ^îw'î'i OU .U^^3^;Vx. qui s'y ivrusout, (^l. diuiiKMil inAiiu» de bv^v.' >:-n? taL^wa^ j,>.>ur d<''moaSr<n" qvio l'uloo ilo Paul ost roslt^o immuablo pour cii ^r.u 5?^:!; du à<>\a\ dû Ti^CsTui^idou du v\>rpî5 ij-loinoux jusqu'A 1« Purousio (coiitn^ la 5r,;vrv;^ du * v-.>rîv< '/Aïorrkn^iiro v ou do la ploino trai\iîl\)nv\utioii glorioust^ ;\ '; i'cVîiliArsO d;^ !iî. U'.orJ. V, .<;.;»r.> ; lUiùs ils uo pouvout (^viloi* ronibuvrus jvu sujet de oi'-î;^ pr-vixrv'.ViSî^ de rAvèiunnont qu'ils maint icniiont. Ainsi co n'ost qu'on so pnwvnî de oore.j^rersdre la vraie portoo dos pronnors versets, d'îirsvSuffacrOai, olc., e"; u". nu'î do knito la porioopo voir supra, notre critique de Lietznmnn). Los CJ^-iào^cittS ponsout so tîTor d'atïairo on disant que le premier euseignemoiit !qul:< Aû^rïbuonî à Paul n'était pas « formel », et qu'il a bien pu changer d'avis s.i"iS se cvr.îredîro exprossèment. Mais d'autres, des protestants ou des indérresiarït* SmmkJ^U --i- Sc.baîier, K. Deissne/- « Auferstehungsholïnung unil rGe!ivm;=.i:edaEke bei Paulus ^>, 1912, ]]'indrsc/iy Plunimei- lui-môme, al.) adîiïïeÎ4.e.Bî scuîs ambages que Paul s'est contredit, parce que son eschatologie ffiasq^aiï de lixitè eî d'unité.
Telle c;5î ropiaion que nous avons à considérer d'abord.
lî fandraiî savoir comment et pourquoi Paul en serait arrivé à cette modificatiôa ait ses idées: et ensuite où Paul aurait averti ses fidèles que ce changement, ceTlaiDemenî grave, s'était opéré en lui.
Xoas donnerons d'abord la réponse à la seconde question parce qu'elle sera aoîsi brève que catégorique, et s'exprime en ces deux mots : nulle part, — Duile part du moins à travers toute sa correspondance. Windisch est obligé de supposer après d'autres que ce changement, cette vraie révolution, se serait mit entre l'envoi de la Première aux Corinthiens et celui de la Deuxième, et que l'Apôtre avait déjà dû en donner connaissance à Corinthe. Nous chercherjoas en vain les circonstances qui se prêteraient à une telle communication. Etait-ce dans la k troisième lettre » perdue? Mais nous savons qu'il y était question de tout autre chose, et qu'elle n'avait qu'un but très spécial (voir Exe. V . Etait-ce par la bouche de Titus, quand il remplit sa mission de discipline? Mais cette mission, précisément, paraît n'avoir été que disciplinaire; et d'ailleurs, une rétractation de ce genre n'était pas petite chose, elle valait bien la peine que Paul s'en chargeât lui-même. Etait-ce donc en une autre lettre dont nous n'avons aucune mention nulle part? Ou bien Paul aurait-il rectilio .'îon ancien enseignement de sa propre bouche, pendant le « voyage interméd'ihive f''! Toutes ce.s .suppositions demeurent en l'air, elles ont bien l'apparence d'expédients désespérés.
Dison.s donc plutôt, bien rondement : ou bien la question posée n'a pas do raison d être, parce que Paul n'a pas eu à se rétracter; — ou bien il a substitué un second enseignement au premier sans en avertir ses lidèles, avec une certaine prudence tirnide, politique et cauteleuse, — comme si les lecteurs avaient pu ne pas s'en apercevoir ! Et cela dans une lettre où il so vantait do n'ôtro pas de ceux qui disent le '/ oui » et le " non » inupra, i, 17-'22j. La seconde supposition n carUiH moins de vraisemblance que la premièi'C.
in'AutNim ûi'i'f'HH AUX, iumtHTHtm^f iv, KJ-y, i^h l'i7
M/iinicnntil, rcvonon» U I» \i\'i',u\'\i'A'K (picMlon ; 0^;'i)l';s .w;j^i<.;;,it 1:-!; ?--:)U.vu.^ (Mii (iiM'iiinril prodiiii (',() (',\intii^>'.iit",itl f\i', \tt'.f'-\un''X\-/",, ou ni <^';'-':','"J ^..<; >,>;*j.t-,ij oik')!*''''/ " '""•' 'I'"'' '■''' "'"''' "1"''-'* '''•"''''^' '''; ^'' l'r'Uiii.'ut', o.ir/ (^nti.ri.lh.'t'.fUf y-.r (;())iHr<|ii(îiil, potKJjuit In nr^jour jj V,\)\\W,\f,, y ';o/np;'i:{ )'i ^ -{n-p^/-, J/jV;;;;^^]!;.;^,?': •• ,. 011 (luf)Hil l(iH joiii'H qui ont Hiiivi Wj 'J'ip-'irt (i'''A'iiiiVif <\y,\Aih-:i',.^ 6-iu-i ]'-.>. ;,•'••; 4>vJiKiUoiiH iig'il,(')(;H de rAj>r)(,r(} h f.r.'jv^îfH IWjmiolîfi cX la M ->f;^;'jf ;;;;':, ;;j;..o;i •<;; IVlîic-ccJoino rriAtrw!. (I'ohI- ;') fioH Jouth Kiyni/u-'iaux on il .'/v-'i-'t ?iij;/î J-; 'î ,:'; ';:^;ft',!Tf; (Joril. p.'ii'lo l(î {U'orriicr cliMpilrf; ^v, ad ior..^ qu'il f;Uiit V; fJu^. rj;;tjr':j, co r/.i r;. -'; 11.-:;, (;ril,i([U(!H Tont bien Kcnl.i, do hc fi;(iiror uno or/Hf; d'i p'^nr-i^'; ch';z 1 Aj.o*;-;. '>'>};;' oidant avec cet « .'ic(;ahlcrrienl, survenu on Ahîo -v ';, 8. v. a</ /oc. q-i; îj-^j'* r;jk l*aul en îaco do la mort. L'ijypfjtfiôse s'aocordcrfjit bibn ?ivfic ] int<-îrpr4l=:^,ioQ qa^ nous en avons donnéo, colle d'une maladie dont les accfts los phi=t î^t^v^s pouvaient être mortels; Paul aurait senti alors, avec amertume, qu'il ne verrai* p>.=i de ses yeux de chair la Parousic dé.sirée. Notons en passant, h prvpos de k question à laquelle nous avons répondu en premier lieu, que, en pàr^iiî css, r>i changement n'aurait pu être manifesté de la bouche même de Paul nn coars da « voyage intermédiaire », puisque la crise bouleversante n'avait pas ericore --ji lieu. Mais enfin, en nous plaçant dans l'hypothèse susdite, ds la criss eo Asie. voici comment on peut se représenter ce processus toujours d'après Winiisch. chez qui on retrouve les arguments de ses prédécesseurs .
Lorsque Paul écrivait I Thess., il comptait assister vivant à la Pctrousie pc.ar y être « transl'ormé »; tel était le sort qu'il se promettait avec la masse de ses lidèles; les quelques-uns que la mort aurait atteints auparavant devraient attendre le jour de TAvénement pour jouir, ayant retrouvé leurs corps., de la compagnie du Seigneur (1). Les périls courus en Asie, après I Cor., montrèrent à Paul que la mort était là le guettant, et pouvait le saisir d'un instant à l'autre. Sa confiance de prendre part sans mourir au triomphe de la Parousie s'affaiblit et disparut. Mais alors s'éveilla en compensation un autre espoir,
(1) W. maintient contre Fciae (« Neuteslamentliche Théologie^ . p. 370;. que I Thiss. v. lo n'enseigne pas la jouissance immédiate du Christ au moment de la mort. Xouî ioaime? d'accord avec lui sur le point que ce n'est pas à ce verset-là quelle est enseignée; oar cous ne croyons pas que les mots eIte yprjYoptônev tUt zaOîû ôtoaiv, « soit que nous veiHioas. soit q'ie nous dormions » désignent en ce passage les vivants et les morts: en tout oe qui précède. « veiller et dormir » ne sont pris qu'au sens moral, et au chapitre précédent i^iv. 13. U: oe n'est pas le verbe xaOeûSeiv, mais xotixàiOa: qui signifie la mort (comme partout'. Xulïe part ailleurs, dans le N. T., on ne trouve YP^iyop-ïv et xaOî-Joi-.v au sens d'être virant on de nio::r^r, (•Ira mort; dans Eph. v, 14, xaOsySiiv est sans doute rapprociié pour une fois, dans une sorte d'hymne, du mot vexpwv (syeipE à xaOsûStov, — xxi àviaTct èx twv vîxptov, — xal i-'.ra-. jî; -;•. o XptffTÔç), mais là le mot vîxpûv est métaphorique, désignant ceux qui n'ont pas encore la vie de la grâce (cl'r à notre avis, I Pet. IV, T), {> xpïvx: ^tôvra; xai vîxpoO;. ...v-\p3u î-J::-;yiÀ;3Vî;. d'après l'interprétation morale cl spirituelle qui convient à tout le passage^. Donc nous Jiigoons aussi que, à ce verset 10 de l T/ivss. v. il n'est pas question do ceux qui auroiît l'crdii lu vie corporelle, mais que l^aul. passant rhétoriquoauMU au sons propro pour «.îos mots qu'il avait employés au sous ligure, dit à sos loctours : « A toute heure do notre oxisl'incc, dans la voillo et dans le sominoil. sans aucune interruption, nous devons vivre dans hi cumpagnio du Chrisl. » .\ussi no nous sonunos-nous pas servis de I Thcss. v. 10 pour li'onvor un parallèle à II Cor. v, 9. — Souloment, cette t'ois contre ll'indi!>ch, nous croyons M>'o le séjour des « ;\mos séparées » dos justes auprès du T-hrist est déjà implique 1 7'/i«.s.s-. IV, i'i, oTi il est dit ipio Dieu, quand .iosus reviendra, les »( amènera avec Lui v,
celui d'entrer dans la société da Christ aussitôt que son âme aurait quitté son corps; espoir qu'il étendit du reste à tous les élus, et qu'il manifeste en notre passage et dans l'Epilre aux PhilippienSy où il corrige les premières vues qu'il avait exposées I Thess. et I Cor. sur les conditions de l'union définitive au Christ.
Cette théorie d'une révolution d'idées survenue à la suite d'épreuves menaçantes, après l'envoi de 1 Cor., était déjà celle de bien des commentateurs. Augusle Sahatier (« L'Apôtre Paul »), Pfleiderer, Schmiedel, l'avaient déjà exposée. Tillmann (« Wiederkunft »), Toussaint^ et beaucoup d'autres catholiques, jusqu'à Belsevy Gutjahr, etc., admettent que Paul avait changé, sinon totalement de conviction, au moins de perspective, et, s'il ne renonçait pas tout à fait à l'espoir de voir le retour du Christ, s'était mis, depuis de récents événements, à considérer comme possible ou comme probable qu'il dût ignorer ce honheur pour sa part, lui et un grand nombre de ses contemporains ; de là les considérations nouvelles de II Cor. v, i-10; cfr aussi Deissner. Ce que Windisch ajoute du sien (îd. Schmiedel, al., v. supra), c'est la théorie que nous avons critiquée ci-dessus, celle de l'acquisition immédiate du corps glorieux, qui serait en opposition formelle avec l'enseignement antérieur de I Thess. et de I Cor\ (Il est évident que les orthodoxes ne vont pas si loin). Le professeur indépendant de Leyde ne voit aucune difficulté à laisser Paul se mettre en contradiction avec lui-même, vu que c'était Jion un dogmalicien, mais un homme de traditions et d'intuition, lequel ne s'apercevait peut-être même pas de l'incompatibilité des vues qu'il empruntait, suivant l'inspiration et les besoins du moment, aux traditions juives, hellénistiques, chrétiennes, sans chercher à mettre de l'unité dans son eschatologie. Voilà certes une belle défaite, un beau spécimen de la pénétration des érudits les plus intelligents, et les plus sympathiques à l'Apôtre, mais qui n'ont pas la foi de Paul, quand ils veulent comprendre la psychologie de Paul! (cfr Windisch, p. 174).
En face de cette exégèse aventureuse et inconsistante, c'est un plaisir de lire un protestant traditionnel et consciencieux comme Bachmann (quoiqu'il n'échappe pas à l'erreur commune de croire que Paul attendait autrefois une Parousie prochaine). Il montre au mieux que ce qui fait l'originalité de notre morceau, c'est que Paul y envisage l'eschatologie, non plus au point de vue de l'ensemble de l'église, mais de l'espérance personnelle. Seulement il n'est en contradiction avec aucun enseignement antérieur de l'Apôtre; il forme au contraire un contexte organique avec I Thess. iv, 13-ss. et I Cor. xv, 50-ss. d'une part, Phil. i, 21-ss., m, 11 d'autre part (Car la société du Christ avant la résurrection n'était nullement exclue dans les premières lettres, seulement il n'en était pas parlé; et encore voir ce que nous disions de I Thess. v, 10, àçct ffùv aÙTÔi, à la note précédente). Il est vrai que, dans la Première aux Thessaloniciens et dans la Première aux Corinihiens, les morts paraissent représentés comme sortant du tombeau avec un corps renouvelé, tandis que, dans II Cor., le corps glorieux vient du ciel; mais ce ne sont là que des variantes dans la manière de se représenter leur résurrection en gloire, puisque, de toute façon, la gloire,. la So;a transformante, sera un don divin venant toujours du ciel.
Nous pouvons désormais présenter un tableau intégral de Veschalologie de
Paul, tant universelle qu'individuelle, et en faire ressortir le caractère complet et la parfaite cohérence.
Yoici donc, d'après saint Paul, ce qu'est la marche et l'arrivée aux fins dernières.
Dieu, qui invite tous les hommes, s'est choisi ceux qui ne résistent pas à l'Évangile, pour les incorporer par la foi et le baptême à l'Église, qui est le « corps » mystique de son fils Jésus-Christ, dont ils deviennent les membres. Il leur donne les « arrhes de l'Esprit », qui ne sont pas une substance matérielle surajoutée, si subtile qu'elle pût être, ni un rudiment de « corps pneumatique », mais la grâce spirituelle et les vertus, unies dans la charité, qui les rendront capables de jouir de la société de son Fils, de sa propre vision à Lui-même, « facie ad faciem », et par conséquent de participer à son propre bonheur, pour toute l'éternité {Rom., l Cor., Eph., etc., passim).
Chaque membre doit s'acquitter dans le corps du travail qui lui revient. De la sorte il lui demeure uni, vivant de la vie du Christ, et collabore à la lutte perpétuelle, qui sera nécessairement victorieuse, du Christ contre toutes les puissances qui s'opposent à son Règne (1 Cor. xv; al., passim).
Quand un membre du Christ est atteint par la mort corporelle, son âme se trouve bien « dénudée » de tous les « revêtements » temporaires, opérations des sens, actions sensibles, etc., qu'elle exerçait sur la terre, mais Paul, comme les philosophes spiritualistes grecs, sait bien qu'elle n'est pas pour cela dénuée de conscience, et que « l'homme intérieur », qui s'est perfectionné, au lieu d'être détruit, dans les accidents de l'existence terrestre, continue à vivre et à agir. La personne n'a même subi du fait de la mort aucun vrai détriment, car elle gagne beaucoup plus qu'elle n'a perdu, étant appelée à jouir de la société béatifiante du Christ, qu'elle contemplera désormais sans voile (II Cor. V, 6-8; P/iil. i, 23; cfr peut-être I Thess. iv, 14'', au sens où nous l'avons interprété).
Cependant le degré d'intimité avec le Christ ne sera pas le même pour tous; il dépendra de ce qu'on a fait pour le Christ durant la vie corporelle. Les membres qui auront été indignes et se seront détachés du corps par leur faute seront exclus (cfr I Cor. m,. 17, et les passages assez nombreux des épîtres où Paul fait allusion à la réprobation). Il en est, aussi, qui ont bien conservé l'union essentielle au Christ, mais n'ont pas fait tout ce qu'ils auraient dû faire; ceux-là, avant d'être élabhs à leur rang dans le bonheur immuable, « passeront par le feu » (I Cor. m, 15; voir notre comm. de I Cor. avec l'Exc. m sur le Purgatoire). Cette discrimination se fera devant le tribunal du Christ, où chacun comparaîtra aussitôt après sa mort, pour que son sort éternel, et les modalités de son sort, soient fixés d'après ses œuvres (II Cor. v, 10 supra). C'est l'assertion dogmatique du « Jugement particulier », qui précédera pour chacun le jugement général delà Parousie. L'idée n'en était pas inconnue aux Juifs ni aux Grecs, et Paul devait nécessairement l'admettre dans son eschatologie, puisque Tàme séparée est consciente et jouit du Christ, mais ne peut en jouir que dans la mesure fixée par la justice.
160 SECONDE ÉPITUK AUX COUINTIHUNS, IV, .lO-V, 10.
Ainsi les âmes sauvées attendent l'heure finale, sans impalioaco ni douloui', dans la vision et la béatitude essentielles, tandis que celles qui sont oncoro engagées dans leur corps poursuivent sur la terro le combat pour le Rèo-ne de Dieu, servant d'instruments au règ'ne militant du Christ-Messie. Elles s(i dégagent uue à une pour aller attendre l'issue au ciel, et d'autres les remplacent. Aucune limite précise n'est assignée chez Paul à la durée de co combat. 11 faudra seulement qu'il se prolonge assez longtemps pour que toutes les forces des adversaires du Règne soient épuisées et brisées (l (^or. xv, 25, voir notre comm.]. L'Apôtre indique seulement, dans II Thcss. et Rom. xi, quelle sera la nature des grandes péripéties de co drame : rejet temporaire des Juifs et conversion progressive des Gentils, restauration spirituelle d'Israël, renforcement du perpétuel « mystère d'iniquité », le règne adverse de r« homme de péché V ou Antéchrist, jusqu'à un paroxysme mystérieux, puis dépérissement et ruine de cette Puissance mauvaise.
La ruine totale de tous les ennemis arrivera enfin, quand les temps seront mûrs, quand tout le programme do la campagne du Christ pour le salut des hommes choisis aura été rempli. Alors, en un clin d'œil, Jésus reparaîtra, jugera le monde, et établira toutes choses dans leur état définitif. Les morts bienheureux, venant rejoindre avec Lui l'humanité survivante, reprendront leur corps, qui sera doué désormais de tous les dons delà gloire; les élus qui alors seront trouvés vivants encore sur terre seront « transformés » et deviendront pareils aux ressuscites. La mort sera abolie ; le Christ, chef de l'humauité, la remettra à son Père, désormais parfaite et parfaitement heureuse pour toujours; et « Dieu sera tout en tous «, à jamais (I Thess. iv et I Cor. xv). — Il y aura bien aussi des damnés, éternellement réduits à l'impuissance ; mais Paul, qui l'enseigne assez clairement ailleurs, a volontairement oublié de mêler cette ombre au rayonnement splendide de ses descriptions finales, que cette vindicte de la justice, d'une façon que nous ne pouvons encore bien apprécier, n'obscurcira pas.
Telle est V eschatologie intégrale de Paul; il fallait notre passage de II Cor. V. 1-10 pour qu'elle fût complète, puisque, dans les autres épîtres, le sort des âmes individuelles, entre la mort et la résurrection, n'était pas décrit. Maintenant plus un trait essentiel ne manque; et l'on voit que ce vaste ensemble eschatologique ne comporte aucune contradiction interne, qu'il est entièrement homogène, et que rien n'indique qu'il ait jamais été modifié ou sujet à évolution dans l'esprit du Docteur des nations.
IV. Tableau de l'existence des Apôtres, sous son double aspect (v, 11-vi, 10).
Lvr. — Après la di{^reHt;ion pavénélujue el doctrinale, — si on peut appeler la po"c précédente une digression, — par laquelle Paul avait voulu communiquer à aes lecteurs la confiance joyeuse qui le soutient même en face de la mort, il revient, ou cherche à revenir, à cette apologie qui doit dissiper tout malentendu entre les Corinthiens et leurs vrais apôtres, dont il est le premier. Je dis qu'il « cfierche )>; car il a encore vite fait de s'oublier lui-même pour se lancer dans une exhortation enflammée qui ne vise plus qu'à arracher ses néophytes à leur tiédeur (V, '20-Vf, '/]^ et qui sera reprise à la péricope suivante, VI, ii-VIÏ^ l. Et puis, il se rappelle pourtant qu'il a an but pratique immédiat, celui de revendiquer son autorité d'apôtre, contre les calomnies, ou contre les dédains que suscitent les humbles conditions extérieures de sa vie; il le fait, de VI, 3 à VI, 10, dans un élan qui marque un des sommets de son éloquence, en reprenant le contraste déjà tracé au chapitre IV, 7-12, entre la mort et la vie qui travaillent de concert à assurer l'efficacité de l'apostolat. La présente péricope se rattache à la précédente par l'idée du jugement où chaque âme sera exposée à nu devant le Christ. Dans la conscience d'une telle réalité, Paul proclame que toutes les contingences de la vie actuelle ne comptent plus pour rien en dehors du plan du salut, et de la réconciliation des hommes avec Dieu, par le Christ. C'est pourquoi il ne fait plus aucun cas de quoi que ce soit jcarz capxa, « au point de vue de la chair ». Et cela explique encore la liberté dont les apôtres usent en leur prédication et dans toutes leurs allures. Après avoir revendiqué la supériorité du ministère évangélique en regard de celui de l'Ancienne Loi (v. supra), il en exalte maintenant la transcendance absolue en face de tout ce qui n'est qu'humain. C'est un nouveau jjos dans son apologie, qui se poursuit touj'ours, consciente ou non, fondue parfois, comme ici, avec la contemplation la plus haute et la plus désintéressée du plan rédeinpteur.
Si VApôtre d'ailleurs y insiste, ce n'est pas qu'il sente un besoin de se j'ustifier devant Dieu ou devant les hommes; c'est pour que ses disciples de Corinthe puissent se défendre eux-mêmes, en défendant l'esprit et Vœuvre de leur père dans la foi, contre ceux qui chercheraient à les altérer au détriment de leur église.
La manifestation d'un tel souci, et le ton des exhortatioJis qui raccompagnent, nous font de mieux en mieux sentir que ces chapitres ne présupposent pas une situalion déjà parfaitement réglée, qu'ils ne sauraient être le jyoint final d'un débat entre amis relégué désormais parmi les souvenirs. Bien plutôt, nous nous sentons progressivement et sûrement entraînés vers les grandes explications des « Quatre derniers chapitres ».
On peut remarquer une particularité de style qui se pi'olongcra ii traccrs tous les chapitres VI, VII, VIII et IX, et qui peut passer pour un signe de hâte ou de véhémence — parfois aussi peut-être d'embarras {voir à VIIl-IX] — dans la dictée : (^ est l'abondance des participes employés à la place de verbes finis; cela n'clail pas inlordit en grec, mais Paul va jusqu'à l'c.vccs. — Ailleurs nous relèverons des traces d un l'y i\\r^Q qui parait d'ailleurs tout à fait spontané; ainsi de V, ii à Vf, '?, qu'on pourrait partager en cinq cou])ures régulières {V, Ii-15'; — 16-17; ~ lS-t9; — 'X'I-'JI; VI, 1-2, voir Windisch); et plus encore à la terminaison entraînante de ce morceau ex ^1-10, y. adloc).
[", Windisch trouve que les versets V, 13-VI, '2 sont mal joints au contexte, tandis que ' I, '3-suiv. formeraient une suite mieux liée à )', t? ; il supposerait un déplacement qui ne nous parait nullement nécessaire {v. infra).
siiGONDK liiH'mi!: aux couintuikns. Il
162 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, V, li-VI, 10.
CH. V, h. E150T£Ç OUV TOV ÇÔÔOV *TOU "/.UplOU àvOpWTVOU? *T:£(Oo[A£V, 0cG Se
'ïi;£opaVY]pw[X£Oa'*£XTCÎÇo) oà y.y.l àv xaïç *(7UV£io-/]a-£(yiv ûj^.wv 7C£<pav£p(oaôai.
12. Où TuâXiv éauTO'j; cruvwTàvo[j<£v Û[j.Tv, àX/và àçopjj.ïjv *oi36vt:£<; Û[xî;v y.ao)(i('^[Ji.aToç ÛTTsp Yji^-wv, ïva 'éyTi-e ^izpoq toù; *£V -Kpoawicw /,au)^a)!;ivo'jç /.al [j/^ èv y.apoia. 13. ErT£ yàp *£^£a'xvj[j.£V, 6cû' eIte cr(j)©povou[;.£V, û|ji.îv.
A. 11. TOV cpd6ov Toîî xupfou est pris par les uns du sentiment subjectif qui fait craindre le Seigneur, par d'autres de ce qu'il y a dans le Seigneur pour inspirer la crainte; les deux sens conviennent. — n6t'9o[j.ev, présent « de conatu »; — auvetS. au pluriel ne se rencontre qu'ici dans le gTec de la Bible.
B. il. Saint Paul vient de parler du jugement divin, et maintenant il veut revenir à son apologie. Ce jugement, il sait combien il sera exact et redoutable, et la crainte du Seigneur, — crainte filiale chez lui, — emplit son âme. Le Christ pénètre les derniers replis de sa conscience, et il ne l'oublie pas quand il est obligé d'agir avec les hommes,, pour « les persuader ». Il a besoin de le faire, soit pour les gagner à la foi {s. Thomas,, Giusiiniani, al.) et aux mœurs chrétiennes {Ambr'^), soit qu'il doive comme ici (ce qui paraît être le sens principal, Clirys., Tliéodt., Estius, Cornely, Plummei% etc.) défendre ses allures, les convaincre de ses droits et de sa sincérité. La chose ne peut se faire sans user d'un peu de « politique » ou de « diplomatie », comme il lui était arrivé, par exemple, dans le « voyage intermédiaire » ; Bachmann croit même, sans nécessité du reste, que cette expression « persuader les hommes » était la formule ironique d'un reproche adressé à Paul par ses adversaires. Mais le caractère le plus éclatant dans la conduite de l'Apôtre, c'est bien sa droiture et sa franchise; jamais il n'userait d'un moyen qui pût déplaire à Dieu qui voit toutes ses intentions, et à qui il tient à cœur d'être eucépsotoç [supra, 9), en tous les détails de son activité. Après tous les élans de confiance avec lesquels il s'est adressé aux Corinthiens dans les pages qui précèdent, la hauteur de point de vue où il s'est efi'orcé d'élever leur jugement sur la nature et les convenances du ministère apostolique, il veut espérer que tout est devenu clair pour eux dans sa conduite, aussi clair, s'il était possible, que pour Dieu, et que nul désormais, au fond de sa conscience, ne peut le prendre pour ce qu'il n'est pas.
i>— i— A. 12. StSdvreç : ici commence cet usage libre, et même exagéré, de participes (v. supra, INT.) qui dénote un peu de négligence ou de précipitation dans la dictée. — uTîép, ici = TOpt. — Entre ^/.vits et Tîpd?, il faut supposer quelque chose de sous-entendu comme Xôyov, (înoxpiaty, « réponse », « réplique ». — èv jcpoawrw xau-/^. : la plupart l'entendent de ceux qui se glorifient d'avantages extérieurs (ce qui irait certainement bien au sens général), et non des vraies dispositions de leur cœur (Bousset, Lietzinann, Pluinmer, Lemonnyer, Toussaint, Windiscli, Menzies, etc.); mais l'antithèse entre les mots xapoîa et Tcpdctojtov, dont le premier désigne le plus naturellement le siège des vrais sentiments intimes, nous fait préférer pour le second le sens de « mine », d'« apparence » qui peut être trompeuse [Bachmann; Windisch, qui cite Epicure contre l'hypocrisie des sophistes, le juge possible). Le mot 7tpd(jaj;iov, que nous avons rencontré déjà (i, 11; ii, 10; m, passim, iv, 6), et qui reparaîtra quatre fois encore, donne lieu presque toujours à des discussions qu'il faut trancher par l'examen soigneux du contexte.
A. 13. èÇ£(jTY)ijLgv : le sens de ce mot ÈÇia-ravai, que Paul n'emploie pas ailleurs qu'ici, mais qui est assez fréquent dans les Synopt. et les Actes, est toujours intransilif et figuré dans les livres du N. T.; il signifie d'une façon générale « s'échapper », « être hors de soi », ce qui comporte bien des nuances, depuis le simple étonnement jusqu'à l'extase ('éxoTaats), la démarche inconsidéi'ée ou imprudente [Marc, m, 21, à notre avis)
Ca. V, il. Donc, sachaat ce qu'est la crainte du Seigneur, nous [cherchons à] persuader les hommes, mais nous sommes à découvert devant Dieu; et j'espère aussi que devant vos consciences nous voilà mis à découvert.
12. Ge n'est pas que nous nous recommandions nous-mêmes à vous, encore une fois, mais pour vous donner occasion de vous glorifier à notre sujet, afin que vous ayez [quelque chose à dire] à ceux qui portent leur o-loire sur la face et non dans le cœur. 13. Si, en etfet, nous avons été dans les transports, c'est pour Dieu; et si nous nous modérons, c'est pour vous.
jusqu'à la frénésie ou la déraison. Ici il faut en déterminer la portée par opposition '-à la seconde part de l'alternative l'indiquée, aw!ppovouu.£v, qui veut dire « être modéré, (le sens l'assis », — Les deux propositions sont elliptiques.
B. 13-13. Gomme depuis le commencement (v. à m, 1'*), Paul tient à affirmer encore qu'il n'éprouve aucun besoin de se « recommander » à une église comme celle de Gorinthe, qui doit assez le connaître; en toute cette « apologie », si c'en est une, il ne vise aucun but intéressé, il n'est pas non plus de ceux qui ont besoin d'être rassurés sur leur propre compte par l'estime des autres. Tout ce qu'il dit, ou va bientôt dire si éloquemment, ne tend qu'au profit des Corinthiens, d'eux seuls. On attaque dans leur ville son caractère et son autorité d'apôtre; il faut qu'ils n'aient pas à hésiter dans leurs répliques (il y a là un léger reproche à la masse un peu trop facilement désorientée devant l'assurance des intrus), il faut qu'ils sachent expliquer que leurs rapports avec Paul font leur gloire (cfr supra, i, 14), et fermer ainsi la bouche à ces vantards qui affichent tant de prétentions glorieuses (d'après certaines choses extérieures, évidemment), mais qui, eux, au fond de leur cœur, doivent bien savoir qu'ils n'ont pas tant sujet de se louer. L'allusion est menaçante; elle nous rappelle le ton de II, 17 (v. supra, xaTtrjXsûovTes), et annonce des explosions comme celle de xi, 15 contre ceux qui « se glorifient selon la chair » (xi, 18; v. infra, ad loc). Mais elle est pourtant retenue encore; Paul jette en passant quelques indications destinées à préparer et à justifier l'attaque et la défense passionnées contre ses ennemis, à la fin de la lettre.
Il est manifeste, ainsi que l'a bien vu Wlndisch, que cette indication encore vagu-e d'un sujet qui sera traité avec tant de précision et de véhémence dans les dernierr, chapitres montre que ces chapitres-là n'étaient pas encore écrits. Quand ils les auront lus ou entendus, les Corinthiens n'auront plus besoin qu'on leur suggère modestement « quelque chose à répondre ». L'aigle commence à jeter des regards d'en haut sur les fouine.^ et les renards ; mais il n'en est pas encore au moment de fondre dessus en chute verticale.
Pour l'instant, il veut seulement convaincre les Corinthiens qu'il agit pour eux plus que pour lui-même, lorsqu'il se défend. Repassant en sa mémoire tout ce qu'il vient de dicter à leur intention, et même l'ensemble de ses relations avec cette église, î! reconnaît s'être montré en deux genres d'attitudes bien différents : tantôt entraîné en des transports divins par le sens de l'absolu de sa mission, et c'est alors qu'il ^i accompli ses grands actes d'énergie (comme dans la « lettre intermédiaire »), ou qu'il a cherché à les élever avec lui sur les sommets de la contemplation. Tel est le sens de èÇÉoTïifiïv, un aoriste qui a trait évidemment à certains événements du passé (la Vulgate met à tort un présent, et ce n'est pas un « timeless aorist », cfr Plummer). Tantôt il condescend, il discute, il ne dévoile qu'une partie de la science et du pouvoir que le Christ lui a donnés, bref il s'évertue à « persuader les hommes » (TtEWoar/, sitpra), et les adversaires peuvent se méprendre — comme ils l'ont fait lors diî
14. *1-I ^àp à^{(xizr, *TOÎ) Xpiffxou *auv^x£t i^iixaç, /.ptvavtaç touto, ou *£Tç * ùr.kp ■kKvtwv àTCÎOavîV à'pa oi TuavTSç «wéGavov 15. y,al *6T:£p icavxwv czTréOavev ïva oî ÇwvTs; jJLYjxéTi sauTOïç ^waiv, àXXà tw ûicèp aÙTWV àxoOavovTt xal èYepOivn.
« voyage intermédiaire », — à cette réserve et à cette modestie. C'est ainsi que nous comprenons ato^povoîîfjLev.
Dans un cas comme dans l'autre, ce n'est point sa gloire qu'il recherchait, ni aucun intérêt personnel. Windisch l'a expliqué avec pénétration : dans la vie de l'Apôtre (nous penserons ici à sa vie publique), il n'y a que deux parts : l'une où il manifeste, comme contraint, son intimité avec Dieu, et cherche ù y faire participer ses fidèles, l'autre de travail modeste, d'enseignement quotidien (de « didascalie », etc.), de débats avec les contingences, auxquels il se plie de grand cœur pour la communauté. Où serait donc la part de l'égoïsme et de la réclame? Voilà ce que ses vrais disciples do Gorinthe peuvent répondre aux malveillants qui attaquent leur père; il voudrait bien qu'ils le fissent spontanément, pour être dispensé de le faire lui-même, — comme il y sera pourtant contraint (ch. x-xiii).
Ce sens est si simple et si large, que des précisions trop nettes nous semblent le restreindre indûment, et l'affaiblir. Ainsi nous ne pensons pas que le mot ï^iazi\\xi^ ait en soi rien d'insultant, ni qu'il faille y voir un sarcasme des adversaires, que Paul s'approprierait ironiquement (cfr Bachmann, qui pense à la véhémence de la,« lettre intermédiaire »). Rien ne fait penser jusqu'ici que Paul ait été traité de « fou », de « toqué », de « possédé », d' « exalté » (cfr Schmiedel, Plunimer, Lietzmann, J. Weiss « Urchristentum » p. 160, Toussaint, H. D. Wendland, etc.), ni que cette belle série d'épiihètes lui ait été appliquée à propos de ses extases, de sa glossolalie ( ?), de son « épilepsie » (! voir infra, Exe. xvi), de ses visions. Windisch dit très justement encore que ce verset ne saurait être dirigé contre une mauvaise intei'prétation des « expériences pneumatiques », d'autant plus qu'à Gorinthe de pareilles expériences n'étaient pas matière à dédain, on en poussait même trop loin l'estime (v. I Cor., xiv). Nous ajouterons (contre Windisch), qu'on ne devait guère lui reprocher non plus d'abuser de ses expériences pour se recommander lui-même, ou fonder là-dessus ses droits d'apôtre ; car, à part la vision du chemin de Damas, reconnue authentique par ses confrères dans l'apostolat, saint Paul ne parlait de ses visions ou de ses extases qu'à son corps défendant (v. infra, ch. xii). Nous ne croirions donc pas, malgré l'opinion de s. Augustin (sur Ps. xxx, al,), qui se retrouve Gloss. ord., Hervé, Lombard^, s. Thomas^, Schaefer, Kûhl, al., et les auteurs nommés ci-dessus, que Paul ait pensé spécialement à ses élans extatiques, qui n'étaient pas si affichés ; voir sa critique de la « glossolalie » et de la « prophétie » dans I Cor.
Pensera-t-on de préférence que le mot implique un blâme à sa conduite pratique, en ce sens par exemple que sa polémique l'entraînerait trop loin (Heinrici), qu'il se comporterait avec orgueil {Ambr'^), qu'il aurait coutume d'apporter de l'excès dans son propre éloge, avec une vraie manie de se recommander (cfr Chrys,, Theodt, al,)? Cette solution paraît encore au moins trop partielle.
Tout compte fait, nous estimons qu'un mot général comme èÇ^axïifAEv (d'un sens plus étendu que le substantif exaxaatç) doit se rapporter à quelque chose dont il y avait trace dans cette lettre et dans toute la correspondance, ou aussi à quelques souvenirs récents. Non point par conséquent à des extases, dont Paul ne parlait qu'avec répugnance (v. infra, xii), et dont les Actes ne nous disent pas qu'il en ait eu une seule fois en public; encore moins à la « glossolalie » ; pas même à la vision de Damas, car il s'agit ici d'attitudes que les Corinthiens avaient dû pouvoir constater de leurs yeux, et qui se répétaient. Pas exclusivement non plus à la rigueur de sa
ik. Car rameur du Christ nous presse, nous qui avons décidé ce que voici : Un seul est mort en raison de tous ; en conséquence tous ils sont morts; 15. et en raison de tous il est mort, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celai qui, en raison d'eux, est mort et a été ressuscité.
polémique (1), que ses contradicteurs trouvaient naturellement excessive. Et nous pensons (avec Menzies, al.) que iÇ^cir/)aev n'est pas le reproche d'un adversaire. Mieux vaut donc songer à tout un ensemble d'attitudes — qui pouvaient être critiquées, puisque tout était chez l'Apôtre, pour les jaloux et les tièdes, prétexte à critique, — mais que Paul reconnaissait bien comme étant les siennes. Il peut s'agir de son enthousiasme religieux [Hofmann, Lemonnyer, al.), ou de l'émotion avec laquelle il défendait la grandeur de son ministère {Clirys., Tliéodoret, Thomas^, Estius, Bisping, al.), de son zèle ardent à propager l'Évangile [Cornely, al.); et, si l'on veut croire qu'il repousse une critique, c'est probablement et d'abord, comme en juge Belser, cqWq qu'on avait adressée au Seigaeur lui-même [oh' Marc, ni, 21), de « franchir tout à fait les limites normales en son travail » d'apôtre, ce qui l'aurait fait taxer par tel ou tel d'exaltation .
De cet enthousiasme qui pouvait inspirer méfiance aux chrétiens bourgeois dont la race était déjcà représentée, nous avons eu dans cette épître de beaux exemples, ainsi II, 14-suiv. {Hofmann)^ au ch. m dans la comparaison avec Moïse, une page plus haut IV, 7-suiv., v, 6-8, et nous allons en rencontrer de plus en plus saisissants. Les chrétiens « adultes » pouvaient le comprendre, et trouver là matière à se glorifier eux-mêmes d'avoir un tel apôtre.
■' A. 14. Tou 'S.i^ii-:o^ peut aussi bien être un génitif subjectif (l'amour que nous
porte le Christ, Ephrem, Clirys., al., Belser, etc.), qu'objectif (notre amour pour le Christ, Sickenberger, al.) et très probablement ici il signifie les deux à la fois [Lietzmann, Windisçh, al.). — cuvlj^ei : ce verbe a des sens multiples, dont le premier est « tenir ensemble », d'où « tenir serré, pressé », signification dominante dans le N. T., qu'il s'agisse de maladies, d'autres maux quelconques, de pression d'une foule ou d'ennemis {Mat. iv, 24; Luc, iv, 38; viii, 45, xix, 43; Act. xxviii, 8), et trois fois être pressé par un sentiment {Luc, vm, 37, xii, 50; Phil. i, 23); on trouve dos significations d'autre nature seulement Luc xxii, 63 (entourer), Act. vu, 57 (se boucher [les oreilles]), xviii, 5 (au moyen, « s'appliquer »). Aucun doute pour nous, par conséquent, que le mot ait encore ici, comme Phil. i, 23, le sens de « presser », comme l'ont compris C/iys., Tliéodoret, Vulgate, beaucoup d'autres, d'une pression qui est une imiixAsiion {Windiscli : « treibt uns »). Interprétation bien préférable à celle de « retenir » (d'extravagance mystique à l'extérieur, selon Bousset, d'excès dans la propre louange, selon Plummer), ou de « contrôler » (Menzies), etc. On peut l'entendre encore ainsi : « L'amour du Christ nous tient ». — Devant et?, plusieurs témoins ont ajouté d, faisant ainsi de la proposition une prolase, N'=, C*, f, culg., ^1«^''., arm. -- bnip a un sens fluent, qui peut être aussi bien « à la place de » que « en faveur de » ; de fait les deux idées sont impliquées dans le développement, mais ici c'est la première (celle de « représentation » légale, comme dans le droit de l'époque), qui porte l'accent, comme le montre la proposition suivante, commençant par 5pa (v. infra, à B).
(1) Parler ici spécialement de l'excommunication de l'incestueux [Guljahv, al.) n'est qu'un parti pris résultant d'une fausse interprétation de la situation historique. Voir les Exe. sur 'os chapitres i et ir.
1G6 SECONDE lîPlTUE AUX CORINTIIIIÎNS, V, 11-VI, 10.
.16. "D(JT£ -^H-s'-Ç àTCO Tcu vuv oùBsva ciioc\).ev */,aTà aàpy,a* et *y.a:l *£YV(iW.ij,3v y.aivî] XTiGi;' Ta àp^aîa rap-^XOîV, loôù yé-^ovz"^ xaiva.
A. 15. uTtÉp" <"' 2, toujours comme ci-dessus, rôle de « représentation » (par amour), nllant jusqu'à une sorte de substitution, comme on le verra plus bas. — Il semble bien que O-b a^. se rattache conjointement aux deux participes qui le suivent, aTcoOav. et ÈyepO., voir infra, à B.
B. 14-15. Du désintéressement absolu qu'il professe, saint Paul va donner une explication tirée du fond même de sa théologie; et c'est bien là encore, jusqu'au v. 18 et au-delà, un de ces « transports pour Dieu » dont il vient de parler, mais en même temps l'enseignement le plus élevé pour ses frères dans la foi. On pourrait dire que c'est une philosop/iie de la Rédemption; les rapports sont étroits avec la doctrine de Gal.j de Rom., et aussi del Cor.; et cela forme une nouvelle preuve indubitable du fait que Paul avait enseigné oralement à toutes les églises sa thèse de la « justification », avant de l'exposer par écrit en vue de réfuter des erreurs contraires (v. intr,, p. xxi-s., xxiv).
« L'amour du Christ » le presse, et voilà ce qui explique tant de « transports » en Dieu (âÇ£aTy][j.sv, v. 13), — et aussi le point de vue dont il traite toutes les affaires humaines contingentes, môme quand il « se modère » (atoïïpovou;;Lsv, ibidem), comme il va le dire aux versets 16 et 17, qu'expliqueront ceux qui vont suivre (v. infra).
Celte sorte de violence exercée par l'amour du Christ provient de la vérité éclatante qu'il a vue une fois pour toutes, et qu'il proclame sans cesse avec une décision jamais affaiblie (xpfvavxaç) : un homme, un seul, le Christ, a subi la mort comme étant le représentant devant Dieu de toute l'espèce humaine; en droit, c'est donc comme si toute î'-humanité était morte en lui, — puisqu'il est mort, pour ainsi parler, par délégation, — d'une mort qui la soustrait à la domination de toutes les contingences d'ici-bas.
Mais il n'est pas seulement mort.au nom, à la place, et pour l'amour, le profit de tous, ce représentant des hommes; il a été ressuscité, sa mort librement acceptée lui a valu une vie nouvelle, qui est bien sa propre récompense, mais dont il jouit encore en qualité de représentant, de « prémices « (v. I Cor. xv, 23, notre commentaire). Ainsi, en droit toujours, l'humanité qu'il représente a reçu virtuellement une vie nouvelle. Les croyants doivent mener effectivement cette vie, dont ils ont les aiThes par l'Esprit; participant à l'existence glorieuse du Christ, leurs prémices, il faut qu'ils s'arrachent à leurs préoccupations étroites et égoïstes de la terre et que la vie du Christ qui est au ciel et en eux anime tous leurs actes. Saint Paul a exprimé souvent cette haute et fondamentale pensée, que condense si éloquemment le cri sublime de Gai. ii, 20 : « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi; et ce que j'ai maintenant à vivre dans la chair, je le vis dans la foi, celle du Fils de Dieu qui m'a aimé, et qui s'est livré lui-même pour moi ».
Comparer encore Rom. vi, 2, 6-12, Gai. vi, 14, et bien d'autres passages disséminés surtout dans les éçîtres de cette période, vérités reprises sous une forme plus trans. yendanle dans les Epîtres de la Captivité.
C'est que le Christ a un rôle parallèle à celui d'Adam [Rom.; I Cor.), il est le « Deuxième Homme » (I Cor. xv, 47) dans le plan de salut établi par Dieu, et qu'il a accepté librement. Il ne faut pas l'entendre, bien entendu, au sens gnostique « d'Anthropos », ni au sens platonicien d'« Homme en soi » (cfr Windisch, sa « moralisation du mythe du Christ » ; il concède au moins qu'il y a une grande distance de là aux Mystères païens).
Cette sotériologie essentielle de Paul apparaît, dans la brève expression de ces versets, en toute sa force et sa j)lénitude. Nous ne pouvons donc pas, avec plusieurs
SECONDE ÉPITRE AUX COniNTHlENS, V, 16-17. 167
16. De la sarte, nous, k partir d'à présent, nous ne savons plus ce qu'est personne selon la chair; môme si nous avons connu le Christ selon la chair, à présent cependant nous ne [le] connaissons plus. 17, De la sorte, si l'on est dans le Christ, c'est une nouvelle création; l'ancien a passé, voici qu'il s'est fait du nouveau.
commentateurs anciens (dont s. Thomas donne l'opinion en tête de plusieurs, puis Esùus, Corn, a Lap., al.) entendre cette mort universelle des hommes au sens de la mort spirituelle du péché originel (1), notion qui ne va pas du tout au contexte; c'est au contraire une mort subie virtuellement en celle du Christ, par conséquent une mort qui vivifie.
Les versets 18-19 serreront de plus près l'idée de « sacrifice vicaire » réalisé par l'immolation de Jésus.
. A.. 16. Ce verset, ainsi que le suivant, commencent par le même motôais; c'est l'indice qu'ils sont parallèles, au moins pour l'idée foncière, avec répétion oratoire du premier mot, ce qui est bien dans le style de Paul (cfr supra les deux x.aî yap à v, 2 et 4). — jcaià cofpx.a' est un mode qui détermine oV8ajj.£v; il faut, en bonne logique, que y.oixà aapxa^ détermine de la même manière, avec une acception entièrement identique, le èYvwxa;j.Ev suivant. — Pour sîxal (= ici « si môme »), on litxat d F, G, (d, e, i>uli>-., pes.), et El 8è -/.aî E, L, P, {syr^\), al., — ïy/tiu.s'j pour lyvoix.aij.sv dans Origène o 48, 78. Grande discussion (v. infra) pour savoir si zl /ai lyv. exprime un cas réel, ou n'est qu'un « irrealis « ; les deux seraient possibles, mais la première hypothèse est peut-être plus conforme à la grammaire. En tout cas, nous devons insister sur ce que que xati adîp/.a^ se rapporte à lyvt&xajj-Ev et non à Xpiatov; lorsque Paul rattache x. a. à un nom, il le met après ce nom (ainsi Rom. ix, 3, Guy^Evôîv xaxà aâpxa; I Cor. i, 26, aoœol xa-cà a., x, 18 'l^parjX x. g.) à moins que l'emploi de l'arlicle avec le nom ne permette d'intercaler xaxà oi^Yo. [Rom. vni, 5; Gai. iv, 29); on ne lit les mots dans l'ordre Xpiatbv xaià aâpxa que D, d, Origène, boh., sa/i. Voir sur ce point Bacinnann, ad loc, ainsi que sur le sens de Xpuiov, qui désigne sûrement le Jésus historique, même sans article, ainsi qu'il arrive i, 21, ii, 10, etc., quinze l'ois dans cette seule épître. Important pour l'exégèse (v. infra, B). — Volter, qui n'arrive pas à comprendre la phrase, la déclare interpolée.
A. 17. Pour ûcrxe, v. supra, A. 16; parallélisme, contre Gutjahr. — La première partie du verset, jusqu'à xibiç, est une phrase elliptique; il ne faut pas en faire une protasé de 17"^, contre Vulg., Tert., al., ce qui serait en aflaiblir la vigueur, sans améliorer le sens. — xaivr; xxîaiç, cfr Gai. vi, 15, n'est peut-être pas une création de Paul, se trouvant plus tard dans le langage des écoles rabbiniques, particulièrement Midrasch Ps. 18, % 6, de R. Simon, vers 280 [Strack-BiUerheck]; d'ailleurs l'idée était déjà dans Isaïe, — i8oû, mot triomphal, cfr infra, vi, 9. — i:à r^6.\xoL ajouté à la fin, après xaivdE, dans E, K, L, P, 17, al.
B. 16-17. Ces deux versets expriment la conséquence de la grande vérité affirmée ci-dessus. Si l'humanité est morte et ressuscitée avec le Christ, il en résulte que les choses anciennes, et tout ce qui subsiste de cette époque où la transformation n'avait pas encore eu lieu, tout cela a perdu sa valeur propre (xà apyaia. nap^XÛEv) pour un regard qui va au fond des choses; « il s'est fait du nouveau! » dit Paul sur un ton d'enthousiasme; et ceux qui sont dans le Christ, qui se sont déjà procuré par la foi
(1) Ces auteurs comprennent : « Le Christ a du mourir pour tous, — ■ parce que tous étaient morts (du péché originel) » : ce qui est introduire une idée nouvelle, et rendre la langue bien raboteuse.
168 SIÎCOXDK KPITRE AUX COniNTIUENS, V, 11-VI, 10.
18. Ta Bà TravTa kv. toU Oâou xoU xa-raXXà^avToç ii\i.aq éauxo) Sià Xpiaxoo v.a.\ BcvTcç VjixTv T-f;v Staxcvuv Tfjç y.ataXXayîjç, 10. *(!);; on ©sb? >îv ev Xpiarw y.ôa[j.ov y.aTa).AâJij{ov éocuTfo, [xy; aoyiC^P-svcç aùxolq -<x TrapaTCTWf^.aTa aÙTWv, xai OéfASVOç èv
cette conformation à la vie glorifiée du Rédemi^teur, ceux-là sont des êtres renouvelés, rt une nouvelle création » ; ceux qui savent ne peuvent plus les considérer et les traiter comme si leur vie était encore enfermée dans ses vieilles conditions. Voilà pourquoi Paul et tous les vrais apùtres (ï)jjleîç) font profession de « ne plus connaître personne selon la chair », c'est-à-dire de ne plus prendre j^our règle dernière de leurs rapports avec les hommes ce que sont ceux-ci d'après les conditions de leur vie terrestre et visible, mais ce qu'ils sont ou peuvent devenir selon l'appel de leur vocation céleste. Cela explique la liberté, et l'intransigeance même des apôtres en certains cas donnés. Même les ménagements de prudence et de charité qu'ils prennent pour être compris, pour s'adapter, pour se faire tout à tous afin de les gagner au Christ (craxppovoîJfjiEv), ce n'est là qu'un moyen pour les amener plus sûrement et plus vite au plan de l'Absolu, en vue duquel les Apôtres règlent tous les détails de la conduite qu'ils ont à tenir dans leur ministère.
On voit que le v. 16 et le v. 17 expriment une même vérité, le premier sous une forme négative, le deuxième sous une forme positive (Windisch). Paul et ses collaborateurs ne connaissent plus pratiquement personne « selon la chair », — c'est-à-dire ne prennent plus les relations « de la chair » comme règle finale de leurs rapports avec aucun croyant, ni aucun homme — parce qu'ils les connaissent tous désormais « selon l'esprit » — c'est-à-dire comme des « créatures nouvelles », qui sont déjà renouvelées ou qui peuvent l'être.
Règle absolue, puisqu'elle doit même s'appliquer à la manière de considérer Jésus-Christ.
Le verset 16'', de forme abrupte et paradoxale, a donné lieu aux exégèses les plus divergentes. Nous les exposerons et discuterons à l'Excunsus xi, infra. Voici à quelles conclusions nous nous sommes arrêté :
Il ne s'agit pas d'un cas « irréel », Paul donne bien comme un fait que ceux qu'il désigne par la première personne du pluriel ont « connu le Christ selon la chair », et ne veulent plus le connaître de la sorte. Cela ne se rapporte pas à de fausses et charnelles croyances messianiques que Saul avait eues avant sa conversion ; car Xpt<iTf5ç est le Jésus personnel, non un Messie en général; ni encore à l'appréciation ignorante et hostile, toute « charnelle », qu'il aurait faite, étant encore pharisien, de Jésus-Christ qu'il persécutait en ses disciples; pas davantage à une notion moins spirituelle et moins universelle qu'il aurait eue de Jésus dans les premières années de sa conversion et de son apostolat (toutes ces explications ont été données, et quelques autres encore, v. infra).
Le sens est celui-ci : Paul ne parle pas en son nom exclusif, mais au nom de tous les Apôtres authentiques, ou du groupe de ses compagnons d'apostolat, ou môme de tous les croyants (ïifAeïç très large, v, infra, à 20 B). Parmi eux, certainement les Douze, et probablement quelques collaborateurs de Paul (par exemple Bai'nabé, Silas, Marc) ont connu le Christ durant sa vie mortelle; et, comme les Évangiles le montrent assez, ils ne le « connaissaient » pas alors d'une façon tout à fait digne de l'Esprit, ils attachaient, jusqu'à la Résurrection, l'Ascension et la Pentecôte, une importance trop grande à des caractères tout contingents et terrestres et transitoires, de nationalité, de parenté, d'intimité plus ou moins étroite dans les relations quotidiennes de la vie ordinaire. Parmi les contradicteurs de Corinthe — que Paul
SECONDlî ÉPITHE AUX COIUNTIIIENS, V, 18-10. 169
18. Et tout cela [provient] de Dieu, qui nous a réconciliés avec Luimôine par l'intermédiaire du Christ, et qui nous adonné le ministère de la réconciliation, 19. à nous qui savons que, dans le Christ, Dieu était [là] se réconciliant le monde, ne leur comptant point leurs fautes, et qu'il a mis en notre [bouche] la parole de réconciliation.
vise souvent sans le dire — il pouvait se trouver de tels hommes, qui avaient vu iiutrcfois le Christ en Galilée ou à Jérusalem, ou bien qui, pour apprécier l'autorité d'un missionnaire de l'Evangile, considéraient comme la chose capitale ces rapports (( selon la chair » avec Jésus au cours de sa vie mortelle. Le Maître pourtant avait dit, quand il était encore parmi les siens, avant la RésurrecMon qui avait prouvé la transcendance de sa Personne : « Qui sont ma mère et mes frères, etc. », et, ù la Dernière Gène, d'après Jean (qui rend au moins le sens des instructions de l'Homme-Dieu) : « Il vous est avantageux que je m'en aille » (à vous qui m'êtes attachés d'une façon trop humaine encore), « car si je ne m'en vais pas, le Paraclet no viendra pas à vous », vos vues demeureront trop attachées à des choses terrestres, sentimentales, nationales.
Après la grande illumination de la Pentecôte, le point de vue a été transformé. Les mandataires du Christ, quelles qu'eussent été les faveurs particulières reçues de Lui, et que certes ils ne dédaignaient point, ont compris qu'ils ne devaient s'attacher aux contingences, aux distinctions visibles, aux faits accidentels de la vie de leur Maître que sous l'aspect et dans la mesure où ils avaient rapport à sa divine Personne et à sa mission de Rédempteur (s. Augustin « De doct. christ. », i, 38). — C'est ce que veut dire Paul ici, en son nom comme en celui de tous les Apôtres authentiquement envoyés : « Si nous, les Apôtres, ou ceux d'entre nous qui ont eu autrefois des rapports terrestres avec Jésus-Christ, nous mêlions à cette connaissance les petitesses et les étroitesses, les égoïsmes, les prétentions de l'esprit humain, si nous le connaissions surtout « selon la chair », ce n'est plus ainsi que nous le connaissons depuis qu'il nous a donné sa révélation complète. Ce qui compte maintenant pour nous, ce sont les relations de grâce avec l'Homme-Dieu, Sauveur des hommes ; et les distinctions extérieures que nous pouriions faire valoir au sujet de nos rapports terrestres avec Lui, ne comptent plus pour elles-mêmes, mais seulement dans la mesure où elles correspondraient à plus ou moins d'union intérieure avec le Ressuscité dont nous partageons la vie glorieuse. — Depuis la Rénovation, nous ne jugeons plus de personne sur le mode de la chair, c'est-à-dire d'après des relations extérieures et terrestres; non, de personne, pas même de Celuilà qu'il y avait le plus d'honneur et de bonheur à connaître, Jésus-Christ »,
On verra plus tard quelle portée devaient avoir ces hardies paroles de Paul dans sa polémique défensive.
Pour la justification de notre exégèse, voir l'Exc. xi.
A 18-19. E, K, L, portent otà 'Irjaoîî Xpiatou pour BtàXp.; — encore ellipse au v. 18. — Après -/iiaïv de 19, xou txiay-fBlioM ajouté D*, E, F, G.
<îï; Stt est difficile, La môme locution revient xi, 21 (v. ad /oc), et II Thess. w, 2, mais il n'est pas sûr que ce soit avec le même sens. Elle a un sens causal Est/ic, iv, 14 (LXX), et c'est ainsi que l'ont comprise les anciens (Grecs = xa"i yap. Latins i^'ulg.) = « quoniam quidem »). En grec tardif elle semble équivaloir au simple oxi, et, principalement après les « verba sentiendi et dicendi » (1), ne ferait que fortifier la
(1) D'après Jannaris, « Misreadings and misrenderings in the N. T. » dans « The Exposilor », 1809, 10, pp. 147-suiv. (Voir Bachmann, p. 265, n. 1).
20. * T^èp XptaTCÏÏ ouv TûpeaSs'Jof^.sv *ioq tou Osoîî Trapa/.ocXouvTO;; 5i '/;{/.îov B£6{ji,eOa *OTCèp Xpijxou, *xaTaXXaY'0^£ '^'P Osw. 21. Tbv [j//] yvovTa â|xapTiav ÛTcèp
conjonction déclarative. Quoi qu'il en soit, presque tous les traducteurs et commentateurs donnent à w; Sti, dans le présent passage, le sens causal : « parce que Dieu était », Bachmann fait exception et veut garder à «Sjç la signification comparative : « Dieu nous a réconciliés... comme [il pouvait arriver et arriva] parce que Dieu était, etc. ». Une autre explication nous paraît possible : dans les deux autres passages où Paul emploie (b; oxi (II Cor. xi et II Thess. n) il s'agit de rapporter, — suivant une acception très fréquente de wç, — un jugement ou une opinion (v. Abel, p. 280); l'opinion, dans les deux cas, se trouve fausse [faiblesse qu'on pourrait attribuer à Paul, et croyance à Vimminenee de la Parousie), mais a)ç, quand il sert à introduire une vue subjective, ne dit pas, en soi, si cette vue est fondée ou ne l'est pas. Nous croirions que w? 8-ct garde ici toute sa force prégnante d'expression, et signifie l'idée — juste cette fois — que se font de leur ministère de réconciliation (Tr,v Siax. TY); Y.ctxaXX. du V. précédent) les prédicateurs de l'Évangile : ils savent ou ils se disent que Dieu qui le leur a donné s'est réconcilié le monde dans le Christ, que ce ministère est donc d'une grande puissance, que leur parole sera 1res efTicace (tov Xd^ov tî]? xaxaXX., à la fin du verset). De- là notre traduction, qui l'esté sans doute hypothétique, mais au moins n'altère en rien le sens fondamental <IMQ d'autres, suivant uniquement le sens hellénistique (causal), ont donné au verset; seulement celui-ci en devient encore plus expressif, et l'accord avec tout le contexte, où Paul parle du rôle et de l'attitude des évangélistes, n'en est que renforcé.
Autre point discuté : quel est le prédicat de Osô; tjv? est-ce âv ^çi'.csxm, le participe aaTxXXdtaaojv et les suivants formant apposition à 6edç? ou bien est-ce le participe auquel âv XptatGj se joindrait comme complément? Dans le premier cas, on aurait : « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, etc. », et c'est ainsi que l'entendent Origène (« in Ps. 18, G), s. Ambroise (« De fide et gratia », 3, 11), VAmbrosiaster, probablement la Vulgate, puis s. Thomas dans sa première explication (il donne les deux), Luther, Calvin, Bèze, Bengel, Bachmann, Menzies. Dans le second cas, en faisant de t|v y.axaXX. une conjugaison périphrastique (pour marquer, dit Plummer, une action prolongée de Dieu, s'accordant avec l'attitude continue marquée par [xv] Xo^iÇoa-^os)» on aurait : « Dieu était [occupé] à se réconcilier le monde dans le Christ » ; et telle est l'interprétation de Chrys. et Théodoret, de Thomas^, Estius, Plummer, Sickenberger, Belser, etc., enfin de presque tout le monde aujourd'hui. Cependant la première traduction nous plaît davantage; ce n'est pas seulement parce qu'elle est plus riche de doctrine, puisqu'elle affirme implicitement l'Incarnation, mais parce qu'il s'agit essentiellement de la mort du Christ, sur laquelle Paul a fixé sa pensée depuis le v. 14 (Stà XptaroîJ du v. 18 = otà tou OavctTou xou y'iou aÙTou suivant le même verbe ■/.arriXX<xYr][j.sv Bom. v, 10, Lietzmann), et qu'on comprendrait donc moins aisément pourquoi Paul userait ici d'une conjugaison périphrastique pour parler d'un résultat obtenu en un seul acte transitoire; et ensuite parce que, malgré l'absence de /.a! devant [Ji.rj XoytÇo'aEvoç (pareils asyndétons ne manquent pas dans le style de Paul, quand il est entraîné par l'émotion), les participes voisins xaraXXâaa'ov et [o^j] XoyiÇ. paraissent coordonnés, et les mots èv Xptarôi n'étant certainement pas complément du second ne sauraient alors l'être davantage du premier. Le dernier participe, Osjxevo;, peut très bien être, malgré le changement du présent en aoriste, un troisième membre do l'apposition; car c'est encore par et dans l'humanité du Christ {h Xw) que Dieu s'est choisi ses apôtres y compris Paul dans l'apparition sur le chemin de Damas.
SKCONnK ÉPITRE AUX COniNTHIENS, V, 20-21. 171
20. Pour le Christ, donc, nous sommes en ambassade, vu que c'est Dieu qui exhorte par nous. Nous supplions pour le Christ, réconciliezvous avec Dieu! 21. Celui qui n'a pas connu le péché, Il l'a fait pour nous péché afin que nous devenions, nous, justice de Dieu en lui.
B. 18-19. Cette rénovation do la créature, et toute la conduite qu'elle impose aux a}DÔtres, et dont Paul s'est remis à parler dès le v. 11 (v. supra), c'est une œuvre surnaturelle, qui procède exclusivement de Dieu, Lui qui re-crée comme II crée. Nous devons comprendre, avec Plummer (« we are to tell Ihem tliat, from the first, God was... etc »), que Paul pense encore ici à la défense de son ministère, à ce qu'il suggère aux Corinthiens pour répondre à ses détracteurs (v. 12, supra). Il va de soi que, s'il avait déjà dicté une apologie aussi catégorique et détaillée que celle des chapitres x-xiii, il ne serait pas nécessaire de remonter, de cette façon plutôt insinuante et préparatoire, à cette base générale de sa justification, l'origine divine de sa mission apostolique.
Il part du fait que les prédicateurs de l'Évangile ont à proclamer, en tout premier lieu, la rédemption divine opérée par le Christ, pour la réconciliation de toute l'humanité rachetée (r)[j.âç de 18 = xo'a(j.ov de 19, plus étendu par conséquent que rj;j.î'v du même verset 18, qui ne peut convenir qu'aux « ministres », légère négligence de style). L'expiation qui réconciliait les Israélites à Yahweh, après leurs fautes légales, se faisait par le sang d'une victime. Il en est de même pour l'expiation radicale qui produit la réconciliation universelle, après tous 'les péchés du monde; mais cette fois la victime olîerte est le Christ, dans lequel Dieu lui-môme était et agissait. C'est cette présence de Dieu dans le Christ, dans l'homme Jésus, qui donne au sacrifice de la Croix son infinie valeur; le dogme de la Rédemption s'appuie sur celui de l'union hypostatique, doctrine dont ces versets sont imprégnés (v. infra, au V. 20), et dont Paul, s'il ne lui a naturellement pas donné sa dernière formule théologique, fournit du moins tous les éléments.
Le V. 19, rapproché du v. 14 sur la mort du Christ et ses effets, puis du v. 21 (v. infra), précise l'idée-du « Sacrifice vicaire », comme dira la théologie, offert sur la Croix par le Dieu-Homme. Comparer Rom. ni, 25 ([XaaTïJptov ... iv -cw aitou ai'fAaTi), v, 9, et bien d'autres passages pauliniens.
Le fruit de la rédemption est que Dieu oublie, « ne compte plus » (arj Xoyiî^daîvo;) les fautes des hommes (au-roï; rapporté à •/.ôsa.o'), accord « ad sensum ») et, pour ce qui regarde le sujet traité en cette page, qu'il répand dans le monde entier, par la bouche de Paul et de ses co-apôtres, la nouvelle de cette réconciliation merveilleuse.
— A 20. uTtèp XptaToiî^ == « au nom du Christ » qu'ils représentent et « pour
les affaires du Christ »; cfr Eph, vi, 20 (cfr Chrys. : àvxl to3 Xp.) — w; x. 0£ou napaxxX. se rapporte au précédent ;rpca6sjo(j.tv (Thèodoret, al.), et n'introduit pas le ûîd;ji.£Ox suivant, qui est une phrase indépendante, sans lien grammatical avec 20^»; la particule tbç, comme il arrive fréquemment quand elle est suivie d'un participe au génitif absolu, ne signifie pas « comme », « comme si », « als ob » (cfr Toussaint, al.), mais « pour autant que », « vu que » {Plummer, al.). — SsôiJ.sOa, asyndéton expressif, suivi d'un autro qui ne l'est pas moins au verset 21, infra; D*, F, (d, o, g, Hil., Ambr') portent Sjo'ijisvoi, et D*, F, G, d, e, g, got. lisent y.xxxXXay^'Jxi; l'impératif, mieux attesté, est plus vif. — • uTrèp Xp.^ comme u. X.i, supra, avec une nuance en plus : « pour l'amour du Christ ».
A 21. urelp -Jjpw = « à notre profit » — h' asyndéton (supra) souligne la force paradoxale de la phrase. — àaapxîav kKoi-qci^^ : Augustin, Ambr^', Cyr. Alcx.^ Thomas^, ^<^p., Grutjahr, al. ont compris « péché » = « victime, sacrifice pour le péché » ; c'est
172 SECONDE KPITRE AUX COHINTIIIEXS, V, 11-VI, 10.
Ch. VI, 1. *2uv£pYoOvTSç Sa y.oà TCapay,aAoij[xev [xy] etç y,£vbv ty)V ^apiv tou ôeou SscaaOai b\Kxq' — 2. *\é-^s.i yap' « Kaipw Sex-xw è7:r^/.ou(Tà aou xai ev •^[J.épa (7a)rr;pîa>; âôoT^OYjaa aoi ». 'lâo'j vUv xatpb^ s'jTCpoaSs-AXoç, îâo'j vuv i\\>.ipa, cwTVjpiaç.
3. jjLr;5£[^.'!av iv [/.r^SîVi *3ioôv-£; 7:poano'Â;-/3V, ïva [x-Jj *[ji,o)[;.y]Oyj -^ Siaxovta,
bien le sens foncier (id. Windisch), niais àjjLapxt'a, dans le N. T., ne signifie jamais littéralement le sacrifice pour le péché; aussi C/iri/s. (hom. 11 : v l'a fait condamner comme un pécheur »), Estius, Cornely, Lietzmann, Bachinann, Belser, al. comprennent : « [porteur, représentant du] péché », sens plus littéral et plus vigoureux; cfr Gai. III, 13 : YivdjiEvo? Gnèp r)u.wv x-atûcpa, « devenu pour nous malédiction (1) ».
B. 20-31. Les apôtres portent la parole de réconciliation comme « ambassadeurs du Christ », — mot devenu fameux pour caractériser le sacerdoce chrétien. On ne peut restreindre l'application de ce verset au seul Paul (cfr Menzies); comme il s'agit et de lui et de tous ses co-apôtres et collaborateurs, nous devions donc avoir raison, au v. 16'' (v. supra), d'avancer qu'il s'agissait d'eux tous.
Ambassadeurs du Christ, ils ne font que répéter un message confié par leur Maître; or Paul dit que c'est Dieu qui exhorte par l'intermédiaire de leurs lèvres humaines. Il ne fait donc aucune différence entre le Christ et Dieu; c'est que le Christ possède la divinité; ce verset confirme notre interprétation du v. 19, sur le point de la chrislologie qu'il suppose (Voir supra les sens de ur.i^).
A 20^ et 21, l'Apôtre crie le résumé de cet ardent message d'ambassadeur. Celui qui les a envoyés implore des hommes la réconciliation avec Dieu, en invoquant le motif qui doit entraîner les cœurs. L'hom-me qui n'a jamais commis de péché, Dieu en a fait comme l'incarnation du péché, il l'a traité comme le plus grand des pécheurs, comme un maudit {Gai.), comme un bouc émissaire, afin que les hommes pécheurs deviennent « justice de Dieu ». C'est le sujet des Épîtres aux Galates et aux Romains.
C'est pour la symétrie littéraire qu'il est écrit : « justice de Dieu », au sens de « participants à la justice de Dieu », afin de correspondre à l'image antithétique, « lait péché ».
Nous ne nous attarderons pas à discuter les interprétations théologiques protestantes, llolsten et Windisch se trompent assurément en ne rapportant xôv (xtj Yvdvxa à[i.apT{av qu'au seul Christ préexistant, parce que, en devenant homme, il aurait pris la réalité du péché de l'homme (et non seulement la responsabilité et la peine, « in similitudinem carnis peccati », Rom. viii, 3); mais Windisch reconnaît au moins, contre la tradition luthérienne (et Karl Bart/i), que la « justice de Dieu », en ce passage, signifie bien une justice reçue en nous. En luthérien orthodoxe, Bachmann veut n'y voir que la justice imputée, et il argumente de ce que, dans l'antithèse, le « péché » attribué au Christ est fictif, pour que la « justice » des hommes le soit également; nous dirons seulement que c'est abuser de ce passage isolé que d'en presser tellement le parallélisme; il faut comprendre ce parallélisme selon la capacité respective des sujets d'attribution; si le Christ était incapable de vrai péché, l'homme est bien capable, Dieu l'opérant, d'une vraie justice.
Le chaleureux appel : « Laissez-vous réconcilier à Dieu » s'adresse sans doute au monde non encore converti, mais la suite immédiate, et la péricope vi, 14-vn, 1 (v. infra), montreront bien que certains des Corinthiens avaient aussi besoin de l'entendre. Non, ces chapitres i-vii ne sont vraiment pas le dernier mot qui se dit,
(1) Pour la controverse soutenue par saint Augustin à propos de ce passage conlro l'évêque arien Maximin, voir Belser, ad loc, pp. 191-192, note.
SECONDE ÉPITIJE AUX COHINTHIENS, VI, 1-3. 173
Ch. VI, 1. Mais, poursuivant notre coopération, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu, — 2. car II dit : « Au temps propice je t'ai exaucé, et au jour du salut je t'ai porté secours ». Voici à présent le temps vraiment propice, voici à présent le jour du salut!
3. ne donnant en rien aucun sujet de scandale, pour ne pas faire
après une réconciliation, à des amis égarés un instant mais dont tous les torts seraient désormais effacés.
AVI, 1. Ici reprennent (auvepYouvTts, au v, 3 S[86vtïç et auvtdxa'vovTeç) ces participes, parfois employés pour les modes personnels, qui sont une caractéristique du morceau; l'émotion de Paul l'empêchait de soigner tous les détails de son style, qui devient cependant rythmique par instinct. — <juv£pYouvxeç, participe présent, continuité; signifie-t-il leur coopération acec Dieu et avec le Christ (comme ambassadeurs), ainsi que le veulent Thomas, Estius, Cornely, Schaefer, Hofmann, Riickert, Godet, Plummer, Gutjahr, Windiscli, al.? ou plutôt sont-ils les collaborateurs, les auxiliaires des Corinthiens dans la sanctiQcation de ces derniers, d'après Clirys., Théodoret, Bisping, Bachmann, Belser, al.? Nous préférons cette deuxième interprétation (quoique les deux conviennent au contexte), à cause de xal T:apay.aXoutj.£v (comme Bachmann), vu que TrapaxaX., avec xa( (= « encore », « de plus »), apparaît comme une action ajoutée à d'autres qui sont accomplies en faveur de la communauté de Gorinthe, et que le mot auvspYotJvreç est le seul qui puisse les désigner. — D, E, F, G, ont le participe TuapaxaXouvre; (par assimilation?) pour ji:apa/.aXou[j.Ev.
B. VI, 1. En prêchant la Rédemption, les vrais apôtres de Gorinthe ont attiré nombre de leurs auditeurs à la conversion; les baptisés ont participé à la justice de Dieu. Mais les évangélistes ne doivent pas s'arrêter là; il faut qu'ils collaborent toujours, non seulement avec Dieu, mais avec leurs néophytes, pour aider à leur persévérance dans le travail de la sanctification. Car il se pourrait qu'ils deviennent infidèles à la grâce de Dieu, qu'ils l'aient donc « reçue en vain » !
Cette exhortation a quelque chose d'angoissé; Paul craint sérieusement encore pour l'âme de beaucoup de ses Corinthiens. Preuve que tout n'était pas remis en ordre dans cette église, et qu'elle avait bien sa part dans l'adjuration de v, 20 (v. supra, ad loc).
Suit en parenthèse, au v. 2, une élévation des plus chaleureuses, qui montre comme il est opportun et urgent de les exhorter à mieux agir.
■ A, 2. Sur Xéyst, «prjcii (avec « Dieu » sous-entendu comme sujet, ou bien
« l'Écriture »), voir Abel, p. 156. — Le texte cité, qui s'arrête à sSoTJOriax aoiestd'/saie; XLix, 8, sur le secours promis au « Serviteur de Yahweh ». — eÙTcpdaôs/.Toç (Sex.To'ç répété, F, G) qui apparaît dans le N, T. quatre fois chez Paul {ch' Bom. xv, 16, 31; II Cor. vm, 12), et une fois I Pet. n, 5, se dit ailleurs de services ou d'offrandes; il dit plus que Sexxdç, On le retrouve chez Aristophane, « La Paix 1054 «, rapporté aussi à des sacrifices.
B. 3. Perdant de vue, comme souvent il lui arrive, la discussion de ses affaires personnelles, et des difficultés particulières à un coin comme Gorinthe, l'Apôtre jouit un moment de la conscience qu'il a d'être l'instrument d'une rédemption universelle, autrefois promise par Isaïe, maintenant accomplie par le Christ. Le ton est pressant et enthousiaste; ce temps favorable, ce « maintenant » si propice, ce sont les « novissima tempera « commencés avec la venue du Christ sur la terre, surtout à la Passion, 'à la Résurrection, à la Pentecôte, ces jours qui aboutiront à la Parousie, dont la perspective attire toujours la vue de Paul; c'est une période dont il ne suppute pas la durée, mais qui sera toujours brève comparée à ce terme de l'éternité où elle monte.
•■ A. 3. Les participes reprennent après ce court élan; oiSovis? comme auvtcTd-
k. àXX' èv TcavTi auviaTavovTsç éauTOÙç wç QeoH *Stay.ovot, èv ût:o[J-ov^ tcoXX^, èv OXtij^eaiv, èv «vaY^aiç, èv {j-svo)ja)p(aiç, 5. èv TcXyjYatç, èv ©uXay.aîç, èv àvca^aaTadiaiç, èv xÔTCOiç, èv â^pUTCViau, èv v/jareiatç, — 6. èv ^aYVOTYj-i, èv Yvwaet, èv [).<xv.po^\}[uoc,
V0VT6Ç qui suit, se rapportent à un mot assez éloigné, le « nous » englobé dans rapaxa- XoîJfAEvdu V. 1, comme auvspYoîJvTE; au même verset; ils no constituent donc pas une iiTégularité grammaticale, mais cette manière d'en tisser toute une longue phrase a quelque chose d'assez insolite, et ne s'explique que par l'entraînement oratoire du développement. — T:pomor.-il, « scandale », mot hellénistique rare, hap. leg. dans la Bible; on le trouve dans Polybe avec un autre sons, « haine » ; ailleurs 7:pdffx.o|j.;j.a, 4 fois Rom., 1 fois I Cor., 1 fois I Pet. — [j.topOr), aoriste au sens passif de [AcoixeicrOài ou (j.to[xa<r9ai, mots qu'on ne trouve guère qu'en poésie; encore hap. leg. dans le N. T, — ■fjjjLtôv ajouté après Stax. dans D, E, F, G, vulg., syr., al.
A. 4. 8iàxovot nominatif, et non « ministros » de la Vulgate ; ce n'est pas un complément de auviotav., mais oj; 6soî5 8tax6voc est toute une proposition elliptique : « comme [il convient à] des ministres de Dieu », « comme [doivent le faire] des min. de Dieu »,
Avec 4^ commencent des espèces de strophes (v. supra et infra).
B. 3-4-5. Dans le développement qui commence, il ne faut pas voir, avec d'anciens exégètes jusqu'à Luther, une exhortation aux lecteurs, où les participes équivaudraient à des impératifs. Paul, qui les a invités à le défendre eux-mêmes contre ses détracteurs (v, 12, V. ad loc.) et a déjà décrit le genre de vie que mènent les apôtres comme lui (iv, 7-12, V. ad loc), trouve dans ces conditions même d'existence précaire la seule et vraie manière de « se recommander », comme il convient à d'authentiques ministres de Dieu, dont la puissance d'action a sa source danr leur participation à la mort et à la vie du Christ, Puisqu'on lui l'eproche de se recommander lui-même (m, 1; v, 12, v. ad loc), voilà comme il entend le faire ; ce n'est pas seulement par la prédication pure et hardie de la vérité évangélique (iv, 2, v, ad loc), c'est de plus, maintenant, par le rappel de tout ce qu'il doit endurer pour la répandre, ce qui montre bien que le Christ le soutient et qu'il est obligé de faire litière de toutes considérations égoïstes ou ambitieuses.
On dirait déjà que les premiers de ces versets sont une ébauche de a l'apologie » qu'il développera au ch. xi, 23-33 ; — une ébauche seulement, nouveau signe que cette partie de l'épîlre est antérieure à x-xni.
Il n'est pas douteux que ce morceau, rattaché par sa forme même à vi, 1 (les participes), soit bien à sa place, tout aussi bien et mieux, quoi qu'en dise Windiach, qu'il le serait immédiatement après V, 13, L'apparence un peu décousue de cette section provient de ce qu'elle n'est ordonnée que par la logique des sentiments, — comme au reste la plus grande partie de cette épitre. Nous avons essayé de suivre jusqu'ici tous les mouvements de l'àme de Paul, et on a bien vu comme ils s'enchaînent.
La fougue et le lyrisme deviennent saisissants, et ils ont fait l'admiration do l'humaniste Erasme (voir citation dans Plummer), comme de l'ex-professeur d'éloquence saint Augustin. C'est un torrent qui se précipite, et cependant on trouve do l'ordre dans son cours; on y reconnaît des divisions ou des strophes qui ont été bien distinguées surtout par Plummer et Windiscli, et qui ne répondent pas à la coupure, plusieurs fois mauvaise, des versets. C'est
* f : épreuves, vertus et puissance, chaque membre précédé de âv ; 6-7aj
7b.8a : moyens d'action, membres précédés de 8ta;
g^'-lO : contraste entre l'apparence et la réalité, participes (mêlés de trois adjectifs,
et d'un verbe fini), qui sont séparés et opposés par xai (deux fois 81).
bafouer le ministère, 4. mais en tout nous recommandant nous-mêmes comme [peuvent le faire] des ministres de Dieu, dans une multiple endurance, dans les afflictions, dans les contraintes, dans les détresses, 5. dans les coups, dans les prisons, dans les soulèvements, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes, — 6. dans la pureté [d'action], dans la
C'est la puissance ordonnatrice de l'esprit du grand orateur qui a fait cela; car, à» n'en pas douter, il improvisait sa dictée, sous le coup d'une vive émotion.
Le procédé est celui de la diatribe; partout même longueur des membres et rythmebien équilibré, correspondances, antithèses, allitérations et assonances; Erasmedéclarait qu'on ne peut rien concevoir de plus artistique ( « venustius ») et de plus ardent à la fois.
L'idée directrice est d'une parfaite unité. Les deux premières strophes s'opposenl comme deux membres d'une vaste antithèse : l'une énumérant les obstacles extérieurs, l'autre les dons intérieurs par lesquels les apôtres en triomphent; — la troisième pose des antithèses analogues, formant un membre chacune, au sujet de» armes ou du terrain de combat; — la quatrième enfin, particulièrement éloquente et incisive, consiste en sept antithèses opposant ironiquement aux apparences les faitsv
C'est probablement, du point de vue de la forme oratoire, avec quelques passages des derniers chapitres, ce que Paul a jamais écrit de plus parfait, — d'autant plus que la perfection de la spontanéité y égale celle de l'art (1) ; mais rien qui sente la période, rien de la rhétorique classique, — non plus que des balancements mécaniques du « style oral » des primitifs. C'est du Paul.
Commençons donc l'exégèse verset par verset. Le v. 3, après la brève digression! de 2, se rattache au v. 1, par le participe 8i8ovt6ç. Il commence par une allitération:, [j.ïl8£|jn'av èv [j.rjO£vi. Paul veut mettre en évidence la pureté de sa « coopération » au salut des Corinthiens; elle ne peut donner à aucun homme de bonne foi motif de scandale, de blâme ou de raillerie; elle est digne — ainsi que celle de ses collabora teurs, — devrais « ministres de Dieu », et il ne veut pas d'autre recommandation que celle-ci, celle qui résulte :
d'abord de leur patience, ou de leur endurance (u7:o;j.ovt)') à supporter les diverses, épreuves extérieures, dont il énumère neuf genres (« Première strophe », vv. 4'^-5). Quiconque a lu les Actes et les Epures trouvera facilement des applications multiples pour chaque mot; il y aura d'ailleurs des précisions au ch. xi, 23-29, v. ad loc. Les trois premiers membres, note Piummer (afflictions, contraintes, détresses, en général), expriment ce qui peut provenir indifféremment d'événements fortuits ou de la malice humaine; — [les trois suivants (coups, prisons, àxaxaaTaaLat, cfr ch. xi), ce que les hommes hostiles lui infligent de maux extérieurs; dans les àxai:aff., Chrysostome voit les courses errantes, mais ce peuvent être aussi bien les bouleversements, les émeutes comme celles de Lystres.de Thessalonique, d'Ephèse, qui imposaient un terme à l'évangélisation de telle ou telle ville ; — les trois derniers membres, ce sont les aùOat'pEToi CTvot, comme dit Tliéodoret, les peines que Paul s'impose de lui-même pour remplir sa mission; car les jeûnes (vYicTeîat) peuvent être, comme les veilles, en. partie du moins, volontaires, Ko'tzo? est peut-être le travail manuel [Chrys., Théodi). — Remarquer cette symétrie.
- A. Q-l'^ àYvoTY)? ne signifie pas « chasteté », « \-i\a\s> pureté d'action, de pro-
(1) Combinaison paradoxale peut-être, mais possible et plus d'une fois constatée dans la psychologie des orateurs ou poètes les mieux doués; c'est parfois, nous l'avons vu ailleurs,, quand Paul est le plus ému qu'il est le plus littéraire.
oià Soaf Y]t»,(aç y.al £Ù(pY)[;,iaç'
cédés ». — èv 7:v6i5}i.aTt ayliù : faut-il traduire « Esprit-Saint », ce qui paraîtrait rompre la symétrie, ou « sainteté, pureté d'esprit, d'inspiration » ? (Voir comm. de I Cor., Exe. y). Chrys. l'entend du Saint-Esprit, comme source des qualités énumérées ; ainsi Menzies, Lemonnyer, Sickenberger, Gutjahr, al. Mais on peut objecter que ce membre n'est pas mis spécialement en valeur, rien ne le dislingue des autres. Toussaint traduit : « par [les œuvres de] l'Esprit »; cela nous paraît cependant trop général; nous pensons qu'il s'agit des charismes octroyés par l'Esprit (v. I Cor. xiv, 6, 18, et ch, XI, infra, les visions).
B. 6-7». En cette « deuxième strophe », lùgoureufsement homogène pour la forme avec la première, mais qui en estlacontrepartiepour le contenu, voici exposée la forte armature de qualités sipirituelles dont Dieu a muni ses ministres pour repousser les assauts du dehors ; ces vertus qui forment le cortège, plus positif, de la patience (v. 4''), c'est le désintéressement dans l'action, la science surnaturelle, la longanimité qui fait supporter les injures, la bonté de cœur qui attire le cœur des autres, les dons surnaturels de l'Esprit-Saint (révélations, miracles, etc.) qui viennent stimuler l'action, et, par-dessus tout, comme âme de tout le reste, la charité non feinte qui tient l'homme uni à la source de sa vie ; du concours de toutes ces forces résulte l'efficacité de la prédication qui proclame la parole de vérité, l'Evangile, et ces manifestations de puissance divine (8'jvaij.tç, cfr I Cor. 11, 4), dont le spectacle avait gagné tant d'âmes à la foi dans cette Gorinthe corrompue.
— A. 7^-8'». La « troisième strophe » contient trois membres, qui sont des couples antithétiques, précédés, non plus de Iv, mais de Biâ. Vu la rigoureuse symétrie qui domine tout le morceau, nous ne pensons pas (contre Plummer, al.) que Sici change de sens d'un membre à l'autre, et que, signifiant d'abord « au moyen de » diverses armes, il veuille dire ensuite « au travers de » tel ou tel terrain de lutte. Partout il doit signifier « au moyen de » (v. infra, B).
B. 7''-8''. Paul vient de décrire, pour ainsi parler, son arsenal intérieur (6-7a). Equipés comme ils le sont, les vrais apôtres savent changer tout ce qui se produit à leur sujet dans l'opinion publique, honneur et mépris, bonne et fâcheuse renommée, en instruments de conquête évangélique, — comme le Christ. Car les persécutions mêmes que leur suscite la mauvaise opinion qu'on aurait d'eux servent à les associer plus étroitement à la « mort du Christ », donc à sa puissance (cfr supra, IV, 7-12), ne fût-ce même qu'en étalant au grand jour l'impuissance de tous ces obstacles. Toute la strophe suivante, la plus vigoureusement belle, montrera quelle est l'issue de cette lutte contre la mauvaise renommée, 8uacpr)a{«, lutte qui remplit une bonne partie de cette épître. Ainsi la « quatinème strophe » développera et expliquera la troisième.
Il y a cependant de la difficulté à bien comprendre les premiers mots, « les armes de droite et celles do gauche ». Paul, grand amateur de métaphores militaires, parle encore des « armes de la justice » Rom, vi, 13, et Rom. xiii, 12, des « armes de la lumière ». Dans notre épître, x, 4, il dira quelles sont les « armes de ses expéditions » apostoliques, et dans VEp. aux Ephésiens vi, 13-17, il décrira toute la <( panoplie de Dieu » dont les fidèles doivent s'armer pour combattre les puissances du mal. D'autre part, les « armes de droite » doivent être celles qu'on tient à la main droite, les ai'mes ofl'ensiYes que sont l'épée, la lance, le javelot, et celles de
SECOXOIÎ ÉPITnE AUX CORINTHIENS, VI, 7-8. 177
science, dans lalong-animité, dans la bonté, dans l'Esprit Saint, dans la charité sans hypocrisie, 7. dans la parole de vérité, dans la puissance de Dieu ;
au moyen des armes de la justice, celles de droite et celles de gauche, 8. au moyen de la gloire et du mépris, au moyen de la diOTamation et dii la bonne réputation ;
gauche l'arme défensive du bouclier, fixé à l'avant-bras gauche. On peut se contenter de ce sens, avec Sickenberger, Gutjahr, la j^lupart, et comprendre simplement que les apôtres sont également bien armés pour l'attaque et pour la défense. Cependant, à cause du sens mantique favorable ou défavorable de la droite et de la gauche respectivement, — ce que tous les anciens comprenaient sans explication, — C/irysoslome et Théodoret ont vu dans la droite la prospérité, dans la gauche l'adversité; les apôtres savent utiliser l'une et l'autre comme armes de salut. On peut, croyons-nous, ajouter ce sens au premier (comme secondaire toutefois), parce qu'il s'harmonise très bien avec les couples antithétiques qui suivent, gloire et mépris, bonne réputation et mauvaise.
— A. S'^-IO. TtstpaÇdijLsvoi au lieu de TcatSeudaevot, dans D'', F, G, e^ Ainbr^; cette variante est à rejeter, car « tentation « forme moins bien que « châtiment » (corporel) le couple avec « mise à mort «.
La grosse question est de savoir en quel sens Paul oppose en cette « quatrième strophe » les deux membres de chaque couple. Faut-il les prendre ensemble comme les deux aspects contradictoires sous lesquels les évangélistes et leur œuvre sont considérés, suivant les divers courants de l'opinion publique? ou les premiers membres représent-ils ce que Paul est aux yeux des hommes, les seconds ce qu'il est aux yeux de Dieu? Les premiers l'extérieur, les seconds l'intérieur? Toutes ces interprétations, entre lesquelles se partagent la plupart des auteurs, ne suffisent pas, attendu que certains couples (par exemple « châtiés et non mis à mort », et encore d'autres), expriment deux aspects, tous les deux opposés, mais qui sont simultanément ou successivement objet de constatation extérieure, et cela pour les mêmes hommes, qu'ils soient amis ou ennemis ou indifférents.
La solution est celle-ci : seuls les premiers membres représentent la réputation quon fait à Paul et à ses auxiliaires, vraie ou fausse, ce pour quoi on les tient ou on voudrait les faire passer (w?); et les seconds ce qu'ils sont en réalité, que ce soit là ou que ce ne soit pas objet de constatation extérieure. Le -/.al, comme il peut arriver, a donc valeur non de particule copulative, mais de particule d'opposition (= « et cependant », « et malgré cela [nous sommes] »); c'est pourquoi, dans cette énumération par ailleurs très homogène, il est deux fois remplacé par la conjonction adversative 8é, sans qu'il y ait rien de changé pour autant dans le mouvement de la pensée. — D'ailleurs le seul couple (deuxième du v. 9) aj'ant sa construction spéciale, avec l'étonnant -/.où lôcù Ça)[j.ev qui marque bien un fait brutal, et non une appréciation de qui que ce soit, oblige, si l'on ne veut pas en faire un clément perturbateur de l'unité d'ensemble, à entendre tout le reste comme nous venons de le dire. — La langue est simple, mais littéraire; TzXdvoi mot poétique.
B. 81^-10. Description de toute beauté, qu'on peut comparer aux meilleurs morceaux de la diatribe cynico-stoïcienne, dont elle a bien le style {Epictète, Diss. ", 19, 24, divers passages de Marc-Aurèle, de Sénèque, etc., voir les textes dans Windisch; cfr encore P/iilon, « Quod deterior », 34, al,); mais l'esprit en est celui des Béatitudes du Sermon sur la Montagne : « Beati eritis cum vos oderint homines; bcati qui persecutionem patiuntur propter justitiam ».
SECONDE ÉinTRE AUX CORINTHIENS. 12
T£ç /.al iSoù ^ô5iJ-3V, ô)ç *xaiS$uô[j<svoi y.al |J!.-/j 0avaTOij|j.£Voi, 10. wç )vUTCOÛ[j.evoi àel
y,aT£5(0VT£ç.
Combien est paradoxale la position des vrais ministres de l'Évangile, non seulement par le contraste de leur « homme intérieur » et de leur « homme extérieur », du peu qu'ils sont dans l'estime du monde en général et de leur autorité près des fidèles, de l'importance de leur rôle aux yeux de Dieu, mais encore des jugements contradictoires que porte sur eux le monde étranger, dérouté qu'il est devant leur genre d'humilité et leur genre de grandeur, qui échappent à toutes ses catégories ! On cherche à les faire passer pour imposteurs, quand ils sont les plus vrais (au sens de véridiques) des hommes. On feint de les ignorer, et sans cesse on se préoccupe d'eux; car leurs gestes et leurs succès ne se produisent pas « cachés dans un coin », comme disait Paul devant Festus et Agrippa {Act. xxvi, 26). Rien n'est plus actuel à bien des époques : l'Église, dit-on, est une force du passé, qui ne compte plus pour rien, et pourtant ses ennemis soupçonnent partout son influence, et ne savent quelles mesures nouvelles inventer toujours pour y mettre un terme; « inconnue » des « princes du monde » mais comme ils l'épient pour la reconnaître ! Les apôtres et l'apostolat sont censés maintes fois être à l'agonie; « mais voilà! nous sommes bien vivants », leur répond l'apôtre Paul au nom de tous et une fois pour toutes. Quel sourire d'ironie victorieuse, quelle sécurité de durée ou de résurrections accompagnent ce xal ?8ob Çto;Asv! Sans cesse châtiés, — châtiés par Dieu même, disaient les Juifs d'alors, — on ne découvre pas ce qui pourrait les faire mourir; Ils ont toute espèce de raisons d'être attristés, mais leur joie intérieure déborde, excitée plutôt qu'étouiïée par ces peines qui les rapprochent du Christ. On les méprise comme des miséreux, car en effet ils acceptent et pratiquent môme volontairement la pauvreté, mais ces mendiants font autour d'eux bien des riches — non pas tant par les collectes qu'ils organisent pour rendre de l'aisance aux communautés appauvries (voir infra, chap. vin et ix), ce à quoi a pensé C/irysostome, que par l'abondance des richesses spirituelles que leur ministère répand autour d'eux. « Ils n'ont rien » dans leur renoncement, mais « ils possèdent tout », les biens terrestres indispensables à la vie ne leur font pas défaut [Chnjs. : toutes les maisons leur sont ouvertes, Théodoret : biens temporels avec les spirituels; Ambr^, Estius, etc.) comme le Christ l'avait promis à ceux qui laisseraient tout pour le suivre [Mat. xix, 29), et Paul quelquefois l'a amplement expérimenté {PhiL iv, 12-13); mais surtout ils constatent chaque jour la réalisation spirituelle de la promesse évangélique; ils se sentent, par leur union à Dieu, les maîtres du monde (cfr. I Cor m, 22 : « Tout est à vous »), et cela dans un sens bien plus vrai et plus positif que le Sage des stoïciens. Celuici se désintéresse du cours des choses, qu'il prétend seulement pouvoir empêcher de le troubler et do lui nuire; eux s'y intéressent, et l'induencent très efficacement par leurs travaux, leurs sacrifices, leurs prières ; d'ailleurs, en possédant Dieu, ils possèdent tout déjà virtuellement.
[7'elle est la fin de la première apologie de Paul commencée au ch. III de cette épure. Elle est encore très générale, tirée de principes tliéologiques, et des conditions communes de la i>ie des apôtres qui méritent ce nom; le but n'est que de rétablir une atmosphère de confi,ance [après les explications particulières données sur le voyage et sur la lettre intermédiaire aux chapitres I et II). Cette défense de principe, jointe à l'exhortation éplorée qui ca suivre {VI, 11- VII, k), prépare la défense précise
tenus pour imposteurs, — et [des hommes] vrais; 9. pour inconnus, — et bien reconnus; pour gens qui se meurent — et voilà, nous vivons! pour châtiés, — • et non mis à mort; 10. pour livrés à la tristesse, — mais toujours dans la joie; pour mendiants, — mais faisant beaucoup de riches; pour n'ayant rien, — mais possesseurs de toutes choses !
et véhémente des chapitres X-XIII contre les faux apôtres et les pécheurs réfractaires.
— La reprise de l'histoire de Paul, dans ses rapports avec Corinthe, à la section Vif, 5-fin, achèvera de bien disposer les Corinthiens à entendre Paul traiter de la collecte et foudroyer définiiivemenî ses adversaires.]
EXCUIISUS XI. — CE QUE SIGNIFIE « NE PLUS CONNAITRE LE ChrIST
SELON LA CHAIR » (v, lô'').
Nous avons dit dans le commentaire ce qui est essentiel pour l'intelligence du difficile verset v, 16. Mais il reste à discuter nombre d'opinions qui diffèrent de la nôtre.
Rappelons d'abord que xaxà crapxa doit se prendre au même sens à 16'' et à 16^, avec les deux verbes oi^ajxev et lyvoixafAEv {Bachmann, Sickenberger, al.);
— et que cette expression se rattache moins bien à oôSévot et à Xpioiôv (contre Klôppery Heinrici, Schmiedel, Plummer), qu'aux deux verbes [Rûckert, Hofmann, Godet., Bachmann, /. Weiss, etc.); au reste, la nuance est négligeable [Windisch).
La discussion exégétique de ce verset n'est pas sans portée historique et doctrinale. Il faut y procéder avec soin.
On doit tout d'abord savoir si la proposition e'i xal lYvoWajxsv x«Tà ai^m Xpiorov est une proposition réelle (« si môme nous avons connu [autrefois], quoique nous ayons connu, le Christ selon la chair ») ou irréelle (« même si nous avions connu. »). Pour !'« irrealis » se déclarent Meyer-Heinrici, Reitzenstein « Die liell-Myst.^, pp. 374-ss. , Loisy « Ep. aux Galates »,p. 69-s., Mundle et quelques autres (1). — Pour la supposition réelle (mais comprise en divers sens, v. infra) tient au contraire la majorité des exégètes, Baur, Holste/ij Sabatier, Schmiedel, B. Weiss, Cleme?i, Schnedermann, Bachmann, Plummer , Findlay, Welnel, Toussaint, Cornely, Gutjahr, Sickenbei^ger, Val. Weber, Boussel, Ki'ihl, Belser, Sales, Callan, etc., et les anciens en général n'ont probablement pas eu d'autre idée. Celte opinion semble a priori delà préférable, attendu que èyvMKoi.^'.^ est un parfait, et que i'« irrealis » s'exprime régulièrement par un temps secondaire (cfr la leçon eYvo),a3v d'Origène). — Reitzenstein même, Menzies, al., indiquent pourtant une solution moyenne à laquelle incline aussi Lietzmann : la proposition serait un « realis hypothétique », c'est-à-dire qu'elle signifierait : « Supposé même que nous ayons connu le Christ selon la chair », sans indiquer s'il en a été vraiment ainsi, ou non (comme Gai. v, 11, « supposé que je prêche encore la circoncision, el xyjpuffiTw », avec cette différence pourtant que Paul indique clairement là qu'il s'agit d'une supposition
U) Windisch ne rejette pas absolument celte opinion, mais en préfère d'autres, v. infra-
f80 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, V, 11-VI, 10.
absolument fausse), Prat, Grandinaison, admettent une « concession hypothétique », qui n'est pas un aveu.
Quant aux auteurs qui tiennent pour le « realis », ils ont des façons bien divergentes de l'expliquer.
La plupart jugent qu'il s'agit des convictions de Saul avant sa conversion. Les uns pensent aux idées judaïques que le jeune pharisien se faisait, « selon la chair », des qualités d'un Messie; alors Xpiatoç ne signifierait que le Messie en général attendu par les Juifs. Ainsi Baur, Holsten, Findlay, Briic/mer, Schmiedef, Clenien, Weinel, Smith, Toussaint, Godet. — D'autres, dont l'opinion paraît à première vue la plus simple, et pourrait presque se dire « traditionnelle », pensent à l'hostilité que professait Saul contre la personne de Jésus, qu'il jugeait « selon la chair » avant l'événement de Damas ; c'est Cornely, Lemonnyer, Plummer, Bachmann, Belser, Sickenberger, Sales, Qallan, Gutjahr, H. D. Wendland, al.
Quelques-uns ont émis la théorie que la conception judaïque d'un Messie, formée « selon la chair », Paul n'y aurait renoncé que peu à peu, même après que, converti, il avait reconnu la messianité de Jésus. On a donc parlé d'une « seconde conversion », qui l'aurait amené à ses vues définitives, pleinement universalistes. Ainsi Baur et Holsten, puis Sabatier, Straatnian, Schnedermann, Klôpper, Val. Weber. — Enfin Kiihl, Bousset, al. estiment que Paul, qui s'était d'abord attaché à la connaissance et à la prédication des traits matériels de l'existence de Jésus, d'après la tradition des témoins oculaires, déclare maintenant n'en plus faire aucun cas, et se contenter de connaître et do prêcher le Christ glorieux; c'est, dit Bousset, « presque un acte de désespoir », par lequel l'Apôtre pneumatique renoncerait à toute considération des démarches du Christ terrestre, à toute consultation des témoins, car tout cela n'est qu'une connaissance « selon la chair » ; Windisch objecte bien que cette source était toujours là, et qu'on ne pouvait ainsi la dédaigner; mais il admettrait lui-même que Paul (pour se débarrasser des chicanes de ceux qui en appelaient sans cesse à ces disciples de la première heure), a ici une boutade, une « parole de combat », et, sans nier l'importance de la tradition historique, notifierait qu'elle n'est pas le propre fondement de sa doctrine, qu'il n'a plus à en faire usage, car, dans sa position sotériologique, rien ne compte plus que la mort et la résurrection du Christ (à l'instar des Mystères de dieux morts et ressuscites).
Contre cette dernière opinion, — catégorique chez Bousset ou mitigée chez Windisch, — nous ne voulons que renvoyer aux nombreux passages de la Z""® aux Corinthiens, à propos desquels nous avons établi que la catéchèse de Paul comprenait bien tout le récit de la vie humaine du Christ, et qu'il en tirait souvent des enseignements pour ses néophytes (voir notre comm. I Cor.^ pp. Lxix-Lxxi et passim, p. 479). Quant à une « seconde conversion » de Paul, c'est une imagination pure, qui ne peut se recommander d'aucun mot bien compris des Epîtres ou des Actes. Reste à apprécier les autres opinions.
Nous avons dit que nous tenons pour le « realis », à cause de la grammaire et de l'homogénéité qu'il faut maintenir entre les deux parties du verset, en ne faisant pas varier le sens de xatot aapxa. Non que la théorie de la « concession hypothétique » (v. supra) soit privée de fondement, mais parce que nous ne
voyons aucun inconvénient à admettre que le sujet des deux propositions, ri^eiç, « nous », désigne des gens qui ont bien autrelbis « connu le Christ selon la chair », et que c'est un groupe dont Paul fait partie à quelque titre, lui qui s'est certainement mis en première ligne parmi ces vip,=Tç dans la première phrase, quand il disait : « Nous ne connaissons plus personne selon la chair ».
D'autre part, d'après l'usage constant de Paul, XpiffTÔ; ne peut signifier un Messie idéal, ou l'idée messianique des Juifs; partout ailleurs il désigne Jésus- Christ dans sa personnalité, et l'on ne voit guère pourquoi il faudrait admettre une exception ici, d'autant plus qu'il y aurait quelque incohérence à comparer une attitude réelle à l'égard de personnes réelles (16") à une attitude de pensée à l'égard d'une idée pure (ce que devrait être 16 •" dans l'hypothèse). — Quant à l'opinion la plus commune des catholiques, celle qui voit une allusion à l'hostilité du pharisien Saul contre Jésus, elle a bien pour elle les apparences et sa simplicité; on pourrait même croire que la phrase est polémique, et que Paul s'y défend contre d'anciens chrétiens judaïsants ou leurs disciples qui lui reprochaient son passé, — à moins que ce ne soit contre des « pneumatiques » excessifs, qui trouvaient encore en lui du pharisien, du matérialiste [Plummer, Lietzmann, al.; ou Lûtgert, Schlalter). Mais l'ensemble du morceau, où Paul n'a à justifier, contre des attaques suscitées par les circonstances présentes de Corinthe, que la spiritualité désintéressée de son apostolat, ne favorise assurément pas cette vue. Même aux chapitres x-xiii, le passé juif de l'Apôtre ne sera guère en cause.
Paul se compte donc dans un groupe qui a « connu le Christ selon la chair », et rien n'indique que ce soit d'une connaissance hostile. Qu'est-ce que cette connaissance?
Faut-il la comprendre de cette façon littérale et matérielle que le jeune Saul aurait vu Jésus avant la Passion, quand le Maître prêchait à Jérusalem? La thèse, comme on sait, a été soutenue par Feine, et quelques autres, Joh. Weiss (dans « Jésus und Paulus », moins fermement dans « Urchristentum »), Moulton, qui suppose que Saul avait vu le drame du Calvaire, A. M. Pope qui a proposé de voir en lui « le jeune homme riche », Schaefer, Bousset, Lietzmann^ James., Ramsay, qui présument quelque rencontre accidentelle entre Jésus et le disciple de Gamaliel. Ces suppositions n'ont aucun fondement solide, et du reste^ comme le disent fort bien Heinrici, Reiizenstein, Windisch, al., ce serait trop peu d'avoir aperçu le Christ une fois en passant pour se mettre au nombre de ceux qui le « connaissaient » (sYvcoxaasv) ; Bachmann ajoute — ce qui a plus o;i moins de valeur, sans être d'ailleurs démonstratif — que, dans ce cas, Paul aurait d'ailleurs dit plutôt « Jésus » que « le Christ ».
11 n'y a donc point de probabilité dans cette explication par le souvenir d'une connaissance visuelle du Christ vivant sur terre. Cependant ei lyvcoxafAsv est bien un « realis ». C'est que Paul, à 17^, ne parle pas de lai-même particulièrement, mais du groupe auquel il appartient selon le point de vue du sujet qu'il traite en ces pages. Or, rappelons-nous que, depuis le v. 14, Paul décrit l'attitude de l'apôtre en soi, de l'apôtre vrai, et c'est toujours de tous les apôtres dignes de ce nom qu'il parle au v. 16 (1). Parmi eux, il y a au premier rang
(1) L'extension de ruAet;, « nous », peut même convenir (en droit) à toute la communauté \'Vindisch), et à tous les chrétiens qui le sont pleinement (Lietzmann), aux « parfaits ».
les anciens compagnons de Jésus, comme Pierre; il y a même plusieurs des auxiliaires de Paul, tel Barnabe, qui ont pu voir le Christ, et apprécier sa mission, avant la grande lumière de la Pentecôte, d'une façon qui n'était pas encore assez spirituelle et universelle, et se la trop faire valoir « selon [les relations de] la chair », c'est-à-dire selon des vues trop purement humaines. Paul parle en leur nom à tous; Jésus, Fils de Dieu transcendant, est maintenant pour eux le Sauveur immolé et glorifié pour l'humanité entière, ils ont compris que toutes les actions de toute sa vie, qu'ils racontent et commentent à leurs néophytes avec vénération et amour, étaient ordonnées à un but divin et universel; et le fait qu'il a été Israélite, Fils de David, Galiléen, parent ou ami de tel ou tel, ce n'a été là que les occasions humaines choisies par sa Divinité pour qu'il parlât et agît en Homme-Dieu, — en faveur de tous les hommes appelés à devenir « de nouvelles créatures », transportées au plan supérieur où toutes ces distinctions s'effacent devant la vocation éternelle, et n'ont plus de valeur que dans la mesure où elles favorisaient cette vocation, — laquelle peut bien être de dignité égale, supérieure même, en l'absence de tous ces rapports contingents.
Telle est la solution du difficile verset 16'', que Lietzmann et d'autres ont entrevue, que Windisch déclare préférable aux autres, et qui est, à notre avis, la seule satisfaisante.
[Voir les commentaires indiqués — et Baur, Paulus; IIolsten, Evang. des Paulus und Petrus; A. Sabatier, l'Apôtre Paul; J. W. Straatman, Paulus, pp. 80-ss. ; Weinel, Paulus 2, p. 120; Clemen, Paulus, I, pp. 357-ss. ; Joli. Weiss, Jésus, und Paulus, pp. 23-ss.; Feine, Der Apostel Paulus, 2° partie, ch. 11; VôLTER, Paulus und seine Briefe, pp. 88-ss., 1905; Mundlk, Das religiôse Leben des Ap. Paulus, 1923, pp. 86-ss.; Prat, S. J., La théologie de saint Paul, II, note I; L. de Granomaison, S. J., Jésus-Christ, i, 2"= éd. pp. 31-s.; LiJTGERT, Freiheitspredigt und Schwarmgeister in Korinth, 1908, p. 58 ; Reitzenstein. Die hellenistischen Mysterienreligionen^, pp. 354-ss., al. ; J. G. James, The theology of Paul and tho teaching of Jésus, « Expository Times », 1915, p. 9; Valentin Weber, Biblische Zcitschrit't, II, pp. 178-ss.; Moulton et Ramsay, Expositor 8, II, 1911; Findlay, Expositor 8 XII, 1916, pp. 94-ss.; A. M. Pope, Expositor 1923, II, pp. 38-ss. Etc.]
V. Paul conjure les Corinthiens de s'amender (VI, 11-VII, 4).
Intr. — Avec cette péricope se termine cette sorte de vaste « digression » sur l'apostolat, qui, inspirée à Paul par le sentiment de ses succès en Macédoine (H, l(t. s., supra), lui avait fait interrompre le récit de ce qui lui était arrivé depuis son départ d'Ep/ièse, lequel reprendra à VII, 5.
Les premiers versets, VI, 11-13 sont comme une péroraison du splendide morceau oratoire qui précède, mais en même temps une ouverture aux admonestations sévères qui vont suivre, et qui introduisent un sujet nouveau. Car jusqu'ici, dans les passages doctrinaux (par exemple sur le « voile de Moïse »), Paul avait pensé surtout à poser ses principes de défense contre des adversaires innomés qui étaient principalement judaïsants, et maintenant il s'en prend au relâchement, résultat d'un contact trop peu méfiant avec le paganisme, qui n'était pas le fait de ses seuls contradicteurs, mais s'étendait peu à peu, comme une insidieuse maladie de langueur, au corps même de l'église corinthienne. Ainsi se posent déjà, avec beaucoup de netteté, les deux chefs d'accusation qui commanderont l'apologie agressive des chapitres X-XII. Ce sont les compromissions , d'ailleurs peu conscientes et volontaires, avec les mœurs des gentils, qui avaient amené ce refroidissement, à l'insensible progrès, des fils à l'égard de leur père spirituel, et rendu possibles les malentendus que résolvent les deux premiers chapitres {v. supra). Le père s'en plaint d'abord éloquemment [11-13); puis il en dénonce la cause (VI, li-VII, 1) ; enfin avec un mélange de grande vivacité et de non moins grande tendresse, il arrête les mouvements de son cœur agité dans l'impression actuelle de réconfort et de confiance (VII, 2-4) que lui ont apportée l'heureux succès de la mission de Titus, et la réparation de la faute qui avait occasionné cette mission et la « lettre intermédiaire » [voir Exe. ii et suivants).
C'est ainsi que nous, et beaucoup d'autres, nous comprenons la marche des idées dans le présent morceau. Mais il faut reconnaître que cette interprétation ne s'impose pas avec une évidence immédiate. Le ton des versets VI, li-VII, 1 tranche si fortement sur l'ensemble du contexte, leur apparition est si abrupte, que les uns les ont déclarés inauthentiques, d'autres interpolés d'après une autre lettre de Paul (on a pensé particulièrement à la « lettre précanonique » dont il est question I Cor. V, 10), d'autres enfin qu'il y avait eu un déplacement de feuillets dans notre épître elle-même. Nous tâcherons de résoudre ces difficultés, qui sont sérieuses, dans un excursus (v. Exe. xii, infra).
A. VI, il. 8) KoptvOtot dans F, G, cw/g-; l'absence de 5, en grec, donne à l'interpellation une note plus grave. Ce n'est qu'ici que Paul interpelle ses Corinthiens par leur nom, — ce qui toujours chez lui est rare.
Le parfait àvéwYev rapporte la phrase à ce qui précède, sans l'empêcher de servir de préparation à ce qui suivra (v. supra, Intr.).
B. VI, 11, Saint Paul est comme étonné lui-même de ce qu'il vient de dire. C'est ce qu'il n'avait encore jamais écrit, ce qu'il ne prévoyait pas qu'il allait dicter (signe que CCS phrases, pourtant si rythmées, de vi, 3 à vi, 10, sont bien une improvisation). Tout ce qui gonflait son cœur fier et généreux vient d'éclater, il a, sous les yeux des Corinthiens, étalé sa conscience la plus intime. La « bouche ouverte » signifie la pleine franchise (cfr] Eph. vr, 19). Ici c'est l'effet de sa confiance, de son amour, qui viennent de le transporter (èÇéaTr], voir v, 12).
Il doit se féliciter de son inspiration, car cet élan imprévu lui facilite une tâche
184 SECONDE ÉPITHE AUX COUINÏIIIENS, VI, 11-VII, 4.
Cxi. VI, 11. Tô (jxo\)m -/ijj.rôv/àvstpYsv irpoç û[Aaç, *KopbOtot, y) xapSta '/ji^.wv tcs- 7:Xa-uvTar 12. oj o-TîVox^^P-f'^9^ ^"^ 'Ol-*'^^» (TTEVo/wpîïaOe oà ev xotç (sizkà-^yyoi: ûj^-wV 13. VrjV Bè a'JTTjV àvTqjAaOtav, wç xiv.votç X^yw? '(rXa'cûvO*/;T£ x-ai 6[;<£Îç.