‹ Saint Paul [microform]Chapitre 63 sur 100 · ss · texte numérisé non relu

ss

Malgré toutes ces péripéties, l'affaire paraît avoir abouti à la satisfaction de saint Paul. Quand il écrira quelque temps plus tard aux Romains, de Corinthe même, il se trouvera à la tête d'une somme abondante que la Macédoine et l'Achaïe réunies envoient aux pauvres de Jérusalem [Rom. xv, 25-28). C'est pour la porter lui-même à destination, comme il l'avait annoncé aux Corinthiens dans sa première épître, deux ans plus tôt (I Cor. xvi, 4), qu'il se rendra à Jérusalem en personne, bien qu'il ne se dissimule point les périls qu'il y courra de la part des Juifs infidèles, et la peine qu'il aura à vaincre la froideur des Judéo-chrétiens qu'il vient pourtant combler de bienfaits; il demande instamment à l'église de Rome de l'aider de ses prières dans cette campagne hasardeuse [Rom. xv, 30-32). C'est dire l'importance capitale qu'il attachait aux fruits escomptés de cette collecte, — grand moyen de pacification qui aplanirait pour l'avenir les chemins de l'Evangile.

De fait, un des discours des Actes nous apprend qu'il arriva bien dans la capitale juive muni de ces sommes qu'il allait distribuer [Act. xxiv, 17). Mais put-il accomplir lui-même son dessein? Il semble bien qu'il n'en eut pas le temps avant de tomber aux mains des Juifs. Ses compagnons veillèrent sur l'argent, et c'est sans doute parce que le cupide procurateur Félix avait eu vent de la chose, etqu'il espérait toucher sa forte part, qu'il garda Paul si longtemps en prison préventive, attendant Theure où les disciples se résigneraient à acheter très cher la liberté de leur maître (voir Act. xxiv, 26). Les compagnons de Paul furent probablement obligés de différer la distribution, et do ne la faire qu'en cachette, de sorte qu'elle n'eut pas le retentissement sur lequel Paul avait fondé tant d'espoirs, et n'apporta même pas aux pauvres de Jérusalem tout le soulagement escompté. Peut-être aussi fut-elle le prétexte de nouvelles confiscations de la part des autorités juives. Toujours est-il que l'entreprise de Paul dut être stérilisée en partie du fait de ces brigandages ; car la communauté de Jérusalem était toujours, semblc-t-il, bien indigente quand elle reçut, quatre ans plus tard, r« Épître aux Hébreux ». C'est peut-être pourquoi Luc en a si peu parlé.

Ainsi la Providence inspire parfois à ses envoyés des projets qu'EUe ne veut pas toujours couronner de succès matériel; elle y supplée par ses moyens mystérieux. Mais l'entreprise généreuse et géniale de Paul n'eût-elle eu d'autre résultat pour le bien de l'Église que d'amener dans les Ecritures l'insertion des deux chapitres que nous étudions, qui manifestent si bien la charité catholique de l'Église primitive, la grandeur de l'àme de Paul, et le dévouement désintéressé qu'il savait inspirer à ses disciples, ce serait là déjà un profit inestimable.

Le fait de cette collecte généralisée — que Paul se proposait peut-être d'étendre un jour à l'Occident et aux Romains, à en juger par la façon dont il leur en parle [Rom. xv, 27) — a encore une autre grande signification historique. On sait que tous les Juifs de la Diaspora envoyaient leur contribution annuelle à Jérusalem pour l'entretien du temple; c'était un témoignage de leur unité

210 SECONDE ihnTRE AUX CORINTHIENS, VUI-IX.

religieuse et nationale, qu'aucune dispersion ne pouvait dissoudre. Môme après la ruine du temple, les « patriarches « continuèrent à recevoir les subsides de leurs coreligionnaires, levés par des émissaires qui s'appelaient àTrocrroXoi [Epiphane, « Haer. », xxx, 11; cfr. infva, viii, 23). Eu établissant une institution de môme genre parmi les églises chrétiennes, non plus pour le temple matériel, rejeté par Dieu, mais pour les temples spirituels que sont les fidèles, et toujours pour la communauté de Jérusalem, réglise-mèrc, Paul affirmait en acte l'unité de Féglise chrétienne, et son indépendance désormais visible à tous à l'égard de la Synagogue.

Pourquoi maintenant le ce sermon de charité » occupe-t-il cette place dans notre Epître? N'aurait-il pas été plus logique et plus habile de traiter ce sujet assez délicat après que tous les malentendus auraient été dissipés, c'est-à-dire lorsque les derniers perturbateurs auraient été réduits au silence par l'apologie des chapitres x-xiii? De fait, nous verrons que les adversaires irréductibles de Paul trouvèrent encore moyen d'exploiter contre lui la collecte et la nouvelle mission de Titu>. Mais c'est que Paul avait hâte, après les effusions du chapitre VII, d'aborder toui de suite la question quand il croyait avoir inspiré à l'église, prise en bloc, des sentiments répondant aux siens; il ne craignait d'ailleurs point que la charge vigoureuse déjà préméditée contre une simple faction pût refroidir les dispositions de l'ensemble des fidèles, à qui il venait de manifester tant d'amour. Puis cette apologie véhémente des derniers chapitres contient certains traits qui se réfèrent à la collecle, dont il fallait donc parler en premier lieu. Enfin, Paul voulait terminer son épître, comme il est assez logique, par l'annonce de sa visite disciplinaire, à laquelle son apologie, avec la pleine revendication de ses droits, allait servir de préparation immédiate.

I. Paul s'efforce, par l'émulation, de réveiller le zèle des Corinthiens pour cette œuvre de bienfaisance (viu, 1-15).

liVT, — • Paul aborde la premlcre queslion qu'il était argent de régler, apriiH ces explications générales (jui raffermissaient la confiance. C'était l'affaire de la collecte pour .férusaleni, dont nous avons dit la haute portée. Il tâche de piquer au jeu l'honneur humain et chrétien de ses lecteurs, en leur parlant de Vempressement des fidèles de Macédoine, qui se trouvent pourtant en des conditions bien moins favorables qu'eux (i-5); puis il mentionne le nouvel envoi de Titus chargé d'organiser la collecte, (pi'il espère libérale (G-8), et il invoque l'exemple suprême de l'abnégation du Christ {9); après quoi il leur rappelle doucement leur enthousiasme ancien {10-11), et leur montre que leur libéralité, qui doit leur assurer une réciprocité d'appui de la part de leurs frères lointains, sera Jugée en toute équité, d'après leurs moyens et d'après leur bonne volonté (12-15),

La suite des idées, comme on voit, est donc simple et claire, et cette entrée en matière est franche, élevée, très persuasive. Mais le texte est difficile à traduire, car Paul parait éprouver quelque embarras; il dicte en hésitant et sans trop penser à la construction de ses phrases, ne voulant pas indisposer ses lecteurs qui mériteraient, nous le devinons, une solide réprimande ; il ne sait trop jusqu'à quel point il peut compter sur leur bonne volonté, car il a déjà du apprendre qu'ils murmuraient maintenant à propos de cette collecte. Notre version ne pourra bien rendre, sous peine de paru Itre trop barbare en français, le caractère pénible de certaines phrases grecques. Les difficultés seront résolues au fur et à mesure qu'elles apparaîtront, dans l'appareil A. H n'y a d'ailleurs point trop de variantes dans le texte.

Cil. VIII. t. rvo)ptÇo,a£y *oè û;j.ïv, àîsX'psi, t-J]v x^?''' "^^^ ^-^^ ~V' 5î3o|j,£v^v èv TaT^ £7//.X'^(7iaiç rTj; Ma/.eoovu?, 2. *o~i èv t:oXX^ *oo-/a!;/^ *^V.<^t[ù- *•/; Titpiz^iia.

Cii. VIII, 1. Or nous vous faisons connaître, frères, la g-ràce de Dieu qui a été donnée dans les ég-lises de la Macédoine, 2. c'est-à-dire que dans une multiple épreuve d'affliction [éclate] la surabondance de leur joie,

A. Ch. VIII, 1. Ici commence une longue phrase qui ne se terminera gramnialicalcment qu'au verset 6, pleine d'ellipses, d'enchevêtrements, de conslructions douteuses, de participes isolés, de mots abstraits ou pris eu des acceptions diverses; le style embarrassé rappelle, malgré la diversité des sujets respectifs, celui de ^' J'Jpltre aux Ephésiens .

yâpiv est à prendre ici au sens usuel religieux de grâce divine; mais le môme mot, qui n'apparaît pas moins de dix fois en ces deux chapitres, aura quatre acceptions diverses. — ■:. Sîoo[jivr)v èv xaï; èx.xX. xviî Max., : non pas accordée à Paul (coiilre Bnchnann, après P. Lombard, s. Thomas; il n'y a pas de \).oi ajouté, comme l'a supposé boh. arbitrairement).

A. 2. oTi est énonciatif et dépend de YVtopc'ÇojjLsy, formant comme une apposition explicative à yjxpiv. — 80y.1p.7f deux l'ois en ces chapitres, et deux fois 8ox'.|j.a"Eiv. — 0)^'-'|?toç, ici sens ordinaire d'aflliction ou d'oppression. — r.epia^da (plus fréquent dans les inscriptions qu'en liltérature) une fois, mais deux fois Kipiaciùnv et doux fois

f^ç ^ccpaç aÙTwv, /.al -^ ^ua-cà (3aOouç 'Â;Ta);(£ca ahxSiV ÈTirsptffasuo'ev sic tb tcXoutoç TYjç *à7:)sôrr)T0ç aÙTWV. 3. "Oti Y.ai;c( oûvajj-iv, [j-ap-cupô, y.al *xapà Suvajxiv, *aùGaip£-oi 4. [;i.£-à xoXXyj; *'âapa/,X-(^ffîa)? *â£0[J'.£Voi **/)[j<wv ty)v *'/âpiv y.al x-r;v "/."oivwvtav T-^ç Siay.oviaç x'r,q elq toùç àytouç, 5. y.aî *o5 -/aOwç *'^X7:t(ja[;-£v, àXX' '^lauTOuç sâw^av -^rpcotov tw y.ypuj) *xaî '/jj^iv otà OeX-^iJ.aTOç 0£cu,

rEpt'a5eu;j.a (v. inf?'d). — y.xTàcjjBxOou; (non pàOo;), expression unique chez Paul, == « en descendant jusqu'au fond », joue le rôle d'un adjectif qualifiant Tcttoyet'a; Belser pense à l'image d'un récipient, d'un tonneau; voir Abel, p. 221-s. — t% àreXôiTiTo; : dans le min. 37, /p/jaroTyiios ; le mot ànXoTY];, particulier à Paul dans le N. T. (8 fois, dont cinq. II Coj\, et 3 fois en ces deux chapitres), signifie « innocence » dans les SXX- efcll Cor.ï, 12, XI, 3; mais ici, d'après le contexte, et l'analogie de sujet avec ITom. xir, 8, où il s'agit de distributions d'aumônes (ô [xs-caStBoù; èv «r.XdtYiti), il veut certainement dire « générosité simple, sans calcul » (Id. Plummer). — Double antithèse : « oppression-joie »; « pauvreté-richesse » [Windisch, al.).

Gomment faut-il construire ce verset? On peut à la rigueur en faii'o une seule proposition (qui serait assez lourde et compliquée), où f) Tcsptaasia et 'f\ /., p. mia-^tia. formeraient le sujet en deux membres du verbe au singulier èTtîpfaaeudev (ainsi Lietzmann, Bachmann, Belsej\ Gutjahr, Sickenbevger, al.); le verbe pourrait rester singulier, et le pléonasme paronomastique xiiptaCTsta... CTspt'aaeuaev êti'e calculé pour renforcer l'impression. Cependant il nous semble plus régulier et préférable (en raison du parallélisme, évidemment cherché, de la double antithèse) de suivre des anciens comme Théodoret qui suppléaient le verbe ^v après rj rsp. t. ya^àq «ùrSy, la Vulgate clcm. (« abundantia gaudii ipsorum fuit «; ce verbe « fuit » manque am. et fuld), puis Estius, Corn, a Lap., Blsping, Cornely, Menzdes, etc., qui font ainsi deux propositions parallèles bien balancées, dont la première seule est elliptique.

B. 1-2. Tout de suite Paul « s'enhardit » (vn, 16) pour aborder le premier de ses deux grands plaidoyers; pas tellement cependant qu'on ne sente à son style combien il lui répugne de traiter pareilles affaires d'argent, vu surtout qu'il craint que certaines oreilles soui-des ne soient dures à ouvrir. C'est pouz'quoi il met toute la négociation sous le signe de la « grâce de Dieu », qui s'est révélée en fruits do générosité dans les églises où maintenant il réside (C/iri/s.).

Celte « lettre d'affaires » est d'ailleurs, pour le fond, admirablement conçue, pleine de tact, d'élévation et d'habileté, au point qu'on l'a comparée [Plummer et d'autres) au charmant billet à PliiUmon; Renan morne l'admirait beaucoup. Mais YEpître à Philémon a bien plus d'abandon et de spontanéité; c'est une communication purement amicale, et d'amitié chaude, où la « diplomatie » (à propos d'Onésime) n'apparaît que par jeu, tandis que nos deux chapitres sont rédigés avec la gravité la plus réiléchie, et beaucoup de réserve ou de précautions, comme presque tout le monde l'a reconnu. Ils traitent en effet do grands intérêts concernant indii-ectement toute l'église, et sur un terrain devenu glissant (voir supi^a, Exe. xiii). Pour les plans de voyage de Paul (v. Rom. xv), pour le couronnement de son œuvre en Orient, pour l'union entre judéo-chrétiens et convertis de la gentilité, bref pour tout ce qui tenait le plus au cœur de Paul, il fallait que cette collecte fût rapidement et sûrement menée à terme, sans qu'aucune expression ou démarche inconsidérée la compromît (voir Lemonnyer, Bachmann, Sickenberger, etc.).

Le nouveau sujet se relie fort bien au précédent, et il n'y a pas de heurt dans la transition. Le récit relatif à la Macédoine continue aux premiers versets, et l'enthousiasme qui a soulevé tout le chapitre vu se fait encor.Q sentir dans le ton

et leur pauvreté qui [les touche] à fond a débordé chez eux en richesse de franche générosité; 3. que de [tout] leur pouvoir, j'en suis témoin, et par delà [leur] pouvoir, de leur plein gré, 4. avec beaucoup d'insistance [ils] nous [ont] demandé la faveur d'une participation au service qui se fait pour les saints, 5. et ce n'a pas été [seulement] comme nous l'avions espéré, mais ils se sont donnés eux-mêmes en premier lieu au Seigneur, puis à nous, par un vouloir de Dieu,

sur lequel Paul parle de la grâce de Dieu dont il a constaté l'effet chez les Macédoniens {Wlndisch). II n'existe donc aucune raison pour soupçonner ce chapitre vin de faire partie d'une autre lettre que les précédents, ou d'avoir été déplacé. Le 8e initial du v. 1, si on l'entend comme PLummer, montre même le lien avec l'effusion du chapitre vu ; « [le rapport de Titus sur vos dispositions actuelles m'a causé beaucoup de joie]; mais que cette joie ne devienne pas vaine, ce qui arriverait si vous ne saviez vous montrer, sur le point que j'aborde, à la hauteur de vos frères de Macédoine ».

Quelle louange avaient donc méritée ces derniers? Leur Apôtre les avait trouvés dans une situation extérieure attristante. Rien n'indique qu'ils eussent été dans l'indigence quand ils s'étaient faits chrétiens; au contraire les Philippiens, et les autres peut-être, avaient pu soutenir Paul par des subsides (v. infra), comme ils devaient le faire encore plus tard. Mais à présent leur pauvreté était foncière; c'est qu'ils avaient subi vraisemblablement de dures attaques, qui nous font penser tout de suite à ces « combats du dehors » et à ces opposants pour qui l'Évangile est une « odeur de mort », dont Paul a parlé avec frémissement dans les précédentes pages. Les Thessaloniciens étaient sous le coup de menaces et de vexations perpétuelles attisées par la haine des Juifs (d'après Act. et I Thess.); les convertis de Philippes aussi, accusés de professer une religion « qu'il n'est pas permis à des Romains d'embrasser » {Act. xvi, 21) — car ils habitaient une « colonie » — avaient peut-être été victimes d'amendes ou de cautions écrasantes, qui avaient pour un certain temps jeté leur église dans une situation précaire. Enfin, nous pouvons faire làdessus bien des suppositions plausibles ; mais le fait certain, c'est que ces bons chrétiens étaient fort appauvris, et que cependant non seulement ils vivaient dans la joie spirituelle, mais que leur générosité pour le service d'autrui ne s'était nullement relâchée. Telle est la double grâce que Dieu leur a accordée.

Paul en est touché profondément, et il souhaiterait bien que les Corinthiens, qui sont, eux, moins inquiétés et plus fortunés, prissent exemple sur leurs frères du Nord, dont il va leur décrire le beau désintéressement. Mais son oxorde même montre qu'il n'est pas si rassuré sur le compte de l'église d'Achaïe, et qu'il trouve délicat, comme dit Lietzmann, de « mendier » auprès d'elle, en pareilles circonstances.

- A. 3. ott parallèle au précédent, et dépendant également de YvwpfCoixev du

V. 1; Belser et d'autres pourtant le croient causal. — [j.apTup5i n'est employé sans l'égime qu'ici. — OTcsp pour rapié, K, L, P, al. — a'jOaîperoi, classique {Thucydide^ XénopJion, al.), se trouve aussi II Macc, III Macc, Ixoujfw; xai ajOaipérto? dans les papyrus; employé dans le N. T. par le seul Paul, et dans cette seule épîtrc, ici et V. 17.

A. 4. Deux fois Tzap^î/Xyiat; en ce chapitre (cfr 17), et 11 fois dans toute l'épître; ici le sens est « prière », « sollicitation »; deux fois jtapaxaXIw dans viii-ix. — Le participe osdfxevoi pour un verbe fini; vjawv en est le régime; quelques témoins., dont 132, [Ambr^-, arm.), ont complété la phrase en ajoutant à la fin ôéÇaoGat ïjiiàs. —

214 SECONDE ÉPITnE AUX COniNTHIENS, VIII, 1-15.

6. elç xb * T.oi.pTAx}siG<xi r);j.a; Tttov, l'va y.aôwç *';:poîViîp;a-o o'jta); *y.al *£7:i-

Tr)v y^apiv xa\ ttjv -/.oivtoyi'stv, probablement un « hendiadys » = tïiv yapiv (la « faveui* », autre sens qu'au v. 1) Trj; xotvwvta? [Klôpper, Lielzmann, Plummer, Windisch, al,); V. ylèe/, p. 366; les deux accusatifs (contre Schaefer, Hcinrici) ne ])euvent guère être régimes de s'Swzav du verset suivant.

A. 5. où -/.. r\\-,, encore une proposition elliptique, à laquelle s'oppose la suivante. àXX' I...; 7iXnty.au.sy parfait pour iîX-batxEv, erreur de D. — lauroû; avec; emphase; — xai2 n'est pas pour le sens une simple copule, mais doit s'opposer à rpwTov : <( à' abord au Seigneur, et [ensuite] à nous ».

B. 3-5. Paul savait pouvoir compter en tout temps sur la générosité éprouvée de ses Macédoniens. Mais, dans le cas de la collecte, elle a dépassé toute son attente. Leur pauvreté l'avait pmpêché sans doute de leur demander d'y prendre part; ce sont eux-mêmes qui, connaissant le projet, ont sollicité comme une grande faveur de n'être pas exemptés de celte contribution. Et leur apport n'a pas été une simple aumône de jJauvres gens, ils se sont exécutés « par delà leurs moyens ». On sait que la bienfaisance était la plus signalée de leurs vertus (I Tliess. iv, 9-ss., II T/iess. III, 13, P/iîL, ici même II Cor. xi, 8-9, infra). Ce n'est pas tout; plusieurs d'entre eux, sacrifiant leur temps et leurs affaires personnelles, se sont oflerts à aider Paul de tout leur zèle dans l'accomplissement de cette œuvre difficile, probablemencomme collecteurs et propagandistes (v. infra, ix, 4) ; on peut penser aux Thessaloniciens Aristarque et Secundus, au Béréen Sopater, qui se trouvent tous plus tard de la suite de Paul {Act. xx, 4), au Philippien Epaphrodite, etc. [Plummer). — Beaux exemples, bien propres à stimuler l'ardeur de Corinthe.

— — A. 6. Et; -cb ;rap. ne peut être que consécutif, v. infra, à B. — Ici napa/aXeiv signifie « engager », « prier », comme napay.Xr,aiç ci-dessus. — Discussions sur la portée des deux -/.ai. Nous ne pouvons supposer avec Plummer ou d'autres que le deuxième soit un simple pléonasme de dictée; il a au contraire beaucoup de valeur (v. infra, à B), parce qu'il ne se rapporte qu'aux mots suivants, xai -c^jv/. t. : Titus va s'occuper de la collecte aussi à Corinthe, comme il s'y était occupé auparavant d'autre chose (Ep/irem, Vulg. : etiam gratiam istam », Àmb^., Hervé, Estius, Corn, a Lap., Bisping^ Cornely, Schaefer, B. Weiss, Belser, Gutj'a/ir, Gôbel, Za/in, Bachmann, al.). — 7:poev;q'p;aTo (èvrlp^aro dans B), cfr le v. 10, hap. Icg. dans le N. T. ; ÈTTiTsXéaai, verbe significatif de ce chapitre, où Paul l'emploie 3 fois, sur 4 dans toute la lettre; x,aptv, en un troisième sens, celui d'" œuvre do bienfaisance » ou de « bienfait », que pouvait déjà j^i'cndre le Ton hébreu et le mon araméen

(Slrack-Bill.).

B. 6. On ne s'explique pas sans réflexion comment le renvoi de Tite à Corinthe peut être une conséquence de la générosité macédonienne. Probablement que Paul, enthousiasmé à la vue de cette abnégation, s'est dit alors seulement que les Corinthiens, d'après ce que son envoyé lui avait rapporté de leurs dispositions (ch. vn), seraient peut-être aussi libéraux que leurs frères du Nord, et que Tite, ayant déjà gagné leur confiance, était l'homme le mieux qualifié pour organiser chez eux la lovée de cette collecte (v. infra, vv. 16, 23).

Il l'a donc renvoyé dans la capitale achécnne, afin qu'il y mène à bien cette affaire nouvelle (y.aî Trjv yapcv Txûr/]v), cette œuvre de bienfaisance dont l'accomplissement sera une source de grâces pour les Corinthiens, comme il avait déjà commencé (-poevTjpÇaro) à leur rendre de signalés services en aidant à la pacification

6. au point que nous avons invité Titus, ainsi qu'il avait commencé déjà, à mener également à bien, chez vous, cette bienfaisance aussi. 7. Mais, comme vous excellez en tout, toi, élocution, science, et en tout [genre cl']empressement, et en cette charité qui de nous [a passé] en vous, [il faut]

de leur église (ch. vu). Ainsi l'entendent s. Ephrem, Cornely, BacJimann, Belser, etc. (V. supra. A) et je crois qu'ils ont raison. Cependant d'autres comprennent que. l'expression « comme il a commencé » se réfère au commencement de la collecte elle-même, dont Tite se serait occupé déjà en d'autres lieux, par exemple en Macédoine. C'est possible encore (voir Théodoret, al,, Corn, a Lap., al.); mais nous préférons la première interprétation, parce qu'il était tout à fait en situation de rappeler aux Corinthiens, avec insistance, par les deux mots 7;posv7ÎpÇ. et v.'xi^, le grand service que Titus leur avait déjà rendu.

Au reste, Tite avait bien pu être employé déjà à cette entreprise, et les Corintiiiens savaient que c'était un homme expert en toutes les questions pratiques. Seulement, à notre avis, ce n'était pas à Corinthe. contre une opinion assez générale (cfr Chrys., T/iéodt., Lietzmann, Menzies, Sickenberger, Lemonnyer, II. D. Wendland, beaucoup d'autres); on s'appuie à tort sur xii, 18 (v. comm. ad loc), et la chose, quoi que prétende Sick., ne va pas du tout de soi; autrement Paul n'aurait pas eu besoin de recommander Titus sous ce rapport, comme il le fera ci-dessous, au v. 23 (Voir d'ailleurs à l'Exc. vi, en quoi avait dû consister uniquement la première mission de Titus). Particulièrement arbitraire nous semble l'idée de Schmiedel et de Windisch, que Tite aurait été ti*aiter de cette affaire à Corinthe déjà avant la mission dont il est parlé aux chapitres ii et vu; car ce n'est qu'à l'occasion du « délit » et de la « lettre intermédiaire « que l'Apôtre l'envoya faîx'e connaissance avec cette église, comme il ressort des renseignements qu'il eut à lui donner, pour la première fois, à ce propos (v. supra, comm. de vu, 14). Les deux auteurs mentionnés sortent d'ailleurs moins de la vraisemblance que Plummer, selon lequel Tite aurait pu déjà visiter Corinthe comme porteur de la Première aux Corinthiens, ou môme avant que cette lettre fût écrite; suppositions complètement en l'air. S'il s'y était déjà mêlé de la collecte, ce n'aurait pu être que pendant sa mission disciplinaire des chap. ii et vu [Lietzrtiann) ; m.Qis il avait à y régler des affaires plus pressantes; rien n'empêche toutefois qu'il ait pu constater, au milieu des déficiences de cette église, combien cotte affaire y restait en souffrance, et qu'il l'ait dit dans son rapport à Paul.

■ A. 7. TtsptaasÛETe signifie plutôt ici la richesse de leurs dons qu'une supério-

rité sur les autres églises; Tieptcaeuw a souvent valeur de superlatif absolu. — t^ èÇ ^[j.wv £v vii-fv ày. est la leçon la plus commune; cependant on trouve les termes renversés t^ 1% vju. Iv ijju. dans K, C, D, E, F, G, K, L, F, al., lat. [vulg. « insuper et charitate vestra in nos »), syr.^\ got. (1); Plummer, Bousset, Bachmann, Belser, Menzies, adoptent cette seconde leçon. — anouBrî est encore un mot caractéristique de viii-ix, 3 fois et aTrouSatoç 3 fois aussi, — ha. équivalant à un impératif, usage confirmé par des papyrus; une proposition elliptique de plus. — x^pfct, môme sens qu'au v. 6, « bienfaisance » ou« bienfait », avec connotation sous-entendue que c'est une grâce de Dieu ■que d'être bienfaiteur,

B. 7. Ces grands enfants de Corinthe ont, plus que tous les auti*es, besoin de ■quelques éloges pour se mettre à faire le bien. Le père indulgent loue donc leur habileté de parole, leur « science », comme il avait déjà fait au début de I Cor.; il y joint dos compliments — peut-être un peu moins mérités, — sur leur zèle (qui était

(1 Chrys, porte seulement les deux mots èÇ Ofjiwv.

2i6 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, VITI, 1-15.

v.xl £v TXÔvçi TYJ *yÔ!.ç>i~i TrsptffffE'jr/Ts. 8. Où xaT:' èTTiravr^v Xéyw, àXXà Sià 'zf^q *iT^ptov CkOUc-^ç '/.ai to tyJç ùj^.sTspa? àYaicTjç Yvr,crtov *ooy.t[j.àC<j)V. ^. I\v(oa/.£T£ y^P -:f,v *yàpi'f Tou •/upto'j r^y-wv 'Ir,(70u XpicrTou, o-i Bt' *ûîJ.aç è-Ktw'/sucrîV -TrXouffioç wv,

très inflammable, mais intermittent), et sur leur charité. Comment entendre ce dernier trait? D'après la variante de G, D, vulff. (v. supra), ce serait l'amour un peu tardif qu'ils viennent de manifester pour l'Apôtre, et que celui-ci leur rend j^ar un surcroît d'alToction (hÇ 0. ivvj.). Mais, l'autre leçon étant mieux attestée, mieux vaut comprendre que Paul compte sur cet amour chrétien général, qu'il leur a transmis lui-même, il le leur rappelle, comme leur père dans FEvangile; ce serait encore une façon indirecte de revendiquer en passant ses litres et ses droits paternels, et d'affirmer qu'il constate leur amour du Christ, ainsi que leur réciprocité dans l'attachement qu'il leur porte. Sickenberger, qui admet la leçon dominante (avec Lietzmann, Bachmann, Windisch, Gutj'a/ir, etc., après B, Origàne, pes., al., et presque tous les critiques), l'appuie par cette juste considération que dans le passage il s'agit plus des vertus chrétiennes en général (dont la charité est la reine), que des rapports mutuels de Paul et de Corinthe.

L'Apôtre ne peut dire aux Corinthiens qu'ils dépassent tous les autres, notamment les chrétiens de Macédoine, après ce qu'il vient de rapporter de ces derniers, en zèle et en charité ; autrement ce serait une flatterie quelque peu ironique (c'est pourquoi nous n'avons pas reconnu de sens comparatif dans le verbe 7:£piao€ue-cE). Mais il s'adresse à leur légitime amour-propre : si on peut leur reconnaître tant de qualités, qu'ils n'aillent pas les démentir en faisant voir que la générosité n'est pas du nombre.

Paul sait trop bien qu'il aura des résistances à vaincre, et que les malveillants dont Tite lui a révélé les anciennes menées intrigueront pour gêner la collecte et saisiront probablement sa démarche actuelle comme prétexte à reprendre leurs insinuations contre lui; peut-être ont-ils commencé (v. Exe. xv).

. A. 8. zar' èr'.TaYr|V, locution paulinienne, cfr Rom. xvi, 26, I Cor. vu, 6, I Tim. 1,1, Tit.\\, 3; le mot ïr.ix. n'apparaît par ailleurs dans leN. T. que I Cor. vn, 25 et Tit. H, 15; il est hellénistique, Polybe, Diod. de Sicile, LXX. — Tous les traduc leurs comprennent 8tà ■zy\ç, éiÉptov anouSr); du zèle des Macédoniens, qui sert de moyen (ota) pour stimuler Corinthe; nous ne voulons pas nous rebeller contre eux, mais il nous semble pourtant c{u'un autre sens est possible, qui serait tout aussi bien justifié : le génitif simple (sans rapt, plus ordinaire) après ctzouS^ peut avoir le sens objectif aussi bien que subjectif, et désigner la chose pour laquelle on se donne du mal (cTiouor) Ty)ç [xeXéir];, Hippocrate.^ 759'', = « souci du traitement » ; etc.) ; ne pourraiton l'entendre ici du « zèle des Corinthiens^ pour le bien A'autnd », qui servivait de pierre de touche à leur charité? — D, E, G, Ambr^\ ^1"^- ont lu 8. tï)v It. otxouotîv. — 8oxi[i(iÇow, verbe qui se rencontre 17 fois dans le groupe des Grandes Epîtres, continue léyoi (Plummer), dont il marque le but, ou bien c'est encore un participe pour le présent indicatif; il signifie ici que Paul veut non pas « mettre leur charité à l'épreuve », comme si elle était douteuse, mais leur donner l'occasion de prouver par des actes une charité que certainement ils possèdent dans leur cœur. — tto YVTfctov, adjectif substantifié, comme tc3 [j.(opo'y, etc. dans I Cor,; la Viilg. (« ingenium bonum comprobans «) a peut-être mis ingenium par erreur de lettre pour ingcnuum, ^vt^ctiov [Plummer).

B. 8. Une réglementation trop împérative en pareille matière ne pourrait évidemment que refroidir la générosité do ceux qui déjà en ont trop peu. Aussi l'Apôtre, avec finesse et urbanité, dit qu'il ne fait qu'aller au devant de leur désir; car certai-

SECONDE ÉPITRE AUX COniNTIIIENS, VIII, 8-9. 217

que vous excelliez aussi en cette bienfaisance. 8. Je ne [le] dis point par manière de commandement, mais, au moyen de l'empressement d'autrui (oM pour autrui), je vous mets en mesure de prouver aussi comme votr& cliarité est authentique. 9. Vous connaissez en effet la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Clirist, qu'il s'est fait pauvre à cause de vous, lui riche, afin que, vous, vous deveniez riches par la pauvreté de Celui-là !

ncment — après tout ce qui s'est passé, surtout, — ils ont hâte do profiter de touto occasion pour montrer que leur charité est bien véritable, et ne s'arrête pas devant un sacrifice à faire pour le prochain. C'est afin de leur rappeler ce que peut faire une charité sincère que Paul leur a parlé de l'empressement des Macédoniens ; — ou bien (et c'est un sens que nous préférerions pour notre part, à cause de l'exemple du Christ qu'il va leur proposer au v. 9), il leur signifie que leur empressement, à eux, pour le prochain (et non seulement pour Dieu, ou pour Paul, cfr I Jean, iv, 20 et I Cor. xni sera le vrai moyen qu'ils recherchent, pour démontrer (après des fautes et des agita- Lious pénibles) l'authenticité de leur attachement à Dieu.

II nous paraît peu judicieux de faire, avec Belser, un rapprochement entre notre verset et vu, 12 (v. ad loc.) en rapportant, comme il fait, ce dernier passage à l'affaire de l'incestueux. Comme si Paul avait pu traiter sous la même forme de la répression nécessaire d'un crime si grave et d'une œuvre de charité fratei'nelle !

. A. 9. rtvtÔCTxexE indicatif, non impératif (cfr Clirys.) — yâptv, sens transcendant, qui embrasse à la fois celui de « bienfait » et de « grâce spirituelle », — 8i* ï)[j.a; pour lî u|j.. G, K, al. — aù-rou pour èy.st'vou, D, E, F, G — Vôlter veut supprimer ce A^erset (comme v, 16 et ir, l&^-iv^ 6) dont la christologie ne lui plaît iDas.

B. 9. Verset justement célèbre. Exemple suprême, qui devrait porter tout croyant à une générosité sans limites. Le Christ, que chaque homme doit imiter dans sa mesure, s'est réduit, lui qui possédait toute l'infinie richesse de la nature divine, à mener sur terre une vie limitée et pauvre, afin d'enrichir l'humanité de tous les biens, spirituels et corporels môme, pour l'éternité. Le meilleur commentaire de ce verset, c'est P//i7. II, 5-suivants : « Ayez ce même sentiment en vous qui était dans le Christ

Jésus, qui étant en forme dicine, s'est anéanti lui-même en prenant une forme de

serviteur, devenu pareil aux hommes,... s'est humilié lui-même et s'est fait obéissant jusqu'à la mort... ». D'une manière plus concise, Paul rappelle à notre v. 9 toute la doctrine de l'Incarnation et de la Rédemption; ûv est un participe de l'imparfait; STi-rtoysucjîv un aoriste inchoatif qui ne se rapporte pas seulement à l'assomption volontaire d'une nature « d'esclave », mais à tout le cours de la vie humaine du Christ, mort comprise, où le Sauveur, qui aurait pu se faire traiter comme Dieu (l'aa Ttp 6eôî, Phil.) n'a choisi que des conditions de pauvreté et de sacrifice, pour opérer ainsi le salut de ses frères humains (voir Chrys., T/ieodt, les commentateuz's catholiques, et Bachmann, al.).

Le sens est si clair qu'il serait parfaitement inutile d'entrer dans toutes les discussions théologiques soulevées par les critiques libéraux ou « indépendants » autour do ce verset, — qui est un des plusprécicuxjoyauxdela correspondance paulinienne, t^t montre comme la doctrine de la divinité de Jésus, de sa double nature, et do la valeur rédemptrice de sa vie comme de sa mort, était familière à tous les disciples de l^i^ul, dès avant les « Lettres de la Captivité ».

— A. 10. au(j.(|)£psi : le sens n'est pas ici « aider » ou « être avantageux », mais « «accommoder [à leurs dispositions] ». — où [j.dvov xb t.oit\qm àXXà v.oà xb OéXetv : l'ordre (les verbes, pour une vue superficielle, paraît étrange, attendu qu'on « veut » avant *' «accomplir»; cependant Vapsitto seule a mis « vouloir » le premier, ce qui est une

21S sKcoxm; kpithe aux couintihgns, viii, 1-15.

10. Kj:Î YVW}jt.r,v h -:ù-m SiStop-f tcDto yxp 6,y.îv * ffUjAçipst, oI'tivs,; *0'J [j,6vcv -: r;iY;jai àX/và v.xl tc ""OiAsiv * r. pzi^rip^x^^i à-b *';:ipucrr 11. *vuvl Se y.ai xb ■r:;'.r;-o£'. ï-'.-iXivx-i, CTtwç y.aOâ-îp -^j "*îrp;0'jij.(a toO OsXîiv, cj-o); xai xb èxueXeaat

1*2. Ei vàp 1?; -poO'j'fJL'Ja rcpôy.îuat, y.aOb âàv s)jy; *£'j7:pi(73£*/.70^, ou y.aOb oùx s);cu

correction nianifesto, — ot do plus mal inspirée, car OIXav ici ne signifie pas autre chose que >( désirer » ou « consentir « (sens fréquents), « avoir l'initiative », en d'autres termes, de la chose que l'on accomplit, ce qui est certes plus que de la « faii'e » tout simplement, sous une impulsion étrangère; voir I Cor. xvi, 1-ss. — npoévïipÇacjOs, cl'r supra. V. 6, ne marque sans doute pas l'antériorité en cette entreprise des Corinthiens sur les Macédoniens, dont il faudrait remonter trop haut pour trouver la mention (contre Heinrici, Bclser, Gutjalir), mais seulement leur promptitude, qui devançait l'invitation formelle de Paul (v. infra, B); D, F, G, portent îvTjpÇaaOs. — h:o Tîipuat, cfr infra, \\, 2; hap. log-. dans le N. T. Le mot tA^. est d'étymologie incertaine, on l'a comparé au sanscrit « parut » ; il signifie « Fan passé « {Platon, Lysias, al.) et à-o -îfjGt (également dans les papyrus, ainsi que îzponepuat, exjîepuat) veut dire non pas « depuis un an », mais « dès l'année dernièi'e ». — ::po9u|jL[a paraîtra quatre ibis dans ces pages.

B. 10. En pressant un peu ses lecteurs, Paul ne fait rien d'indiscret, puisque ce sont eu-t-mèmes qui, depuis longtemps, avant d'avoir reçu aucune instruction à cet égard, se sont offerts de grand cœur à organiser chez eux la levée de la collecte. En quel temps et dans quelles circonstances';' Très probablement il y a allusion à celte demande de la lettre corinthienne à laquelle l'Apôtre répondait I Cor, xvi, 1-ss. (v. notre comm. ad loc, et la portée de la tournure Trsp'i ôè r^; XoYi'aç).

Tel est du reste l'avis commun. Puisque cette démarche des Corinthiens, précédée peut-être d'un commencement d'exécution due à leur propre initiative, et que Paul n'aurait eu qu'à régler, a eu lieu, dit-il, « l'an passé », nous trouvons ici un renseignement important concernant la date où notre Seconde aux Corinthiens a été rédigée. (Voir Introd., p. lvu-ss.).

Il faut a priori, vu le nombre des événements intervenus entre les deux, qu'un temps assez considérable se soit écoulé depuis l'envoi de la Première Épîtrc, qui a dû parvenir à Corinthc, comme nous l'avons établi ailleurs, au printemps de l'an 55, à peu près un an après l'établissement de Paul à Ephèse, où il séjourna plus de deux ans (voir notre comm. de I Cor., Ikt., ch. vu). Mais, pour déterminer la portée de àr.ô 7:£puat il faudrait savoir de quel calendrier Paul s'est servi dans la circonstance. Il y en avait plusieurs qui étaient alors en. usage à travci'S l'Orient :

a) l'année juive ecclésiastique était comptée d'un printemps à l'autre;

b) l'année de la période des Olympiades, l'année at/iénienne, depuis le solstice d'été;

c) l'année macédonienne, et syrienne, à l'équinoxe d'automne, comme celles des calendriers Juliens orientaux en général;

d) Viinné(ijuiç>c civile, h la mùma époque;

e) enfin l'année romaine, comme la nôtre, au l*"' janvier.

Il n'y a pas de vraisemljlance à ce que l'auteur se soit servi, parlant à des Grecs (et à des Macédoniens, infra, ix, 2), de l'année juive ecclésiastique; donc a doit être exclu, il aui'ait pu employer, dans un pays comme dans l'autre, le calondiûer des Olympiades {h), ce qui est l'opinion de Gutja/ir. Plus naturellement encore, du moment qu'il parlait aux Macédotiiens dans les mêmes termes (ix, 2), il aurait employé leur calendrier {c), qui pouvait servir aussi à Corinthe, pour les Gentils

SIÎCONDB ÉPITIIIÎ AUX COHINTHIfiXS, V/H, 10-12. 219

10. Et c'est un avis que là-dessus Je donne; car c'est bien ce qui s'accorde avec vos [dispositions], à vous qui avez commencé d'avance, [je ne dis^ pas seulement à agir, mais à le faire de votre plein gré, — des l'année dernière. 11. Maintenant donc, poussez l'agir jusqu'au ])Out, en soite que, à votre promptitude à vouloir, reponde aussi l'accomplissement, — d'après vos moyens.

12. Car, si la bonne volonté est là, [elle est] bien reçue [et appréciécj

et les Juifs à la fois, puisqu'il coïncidait et avec le calendrier juif civil, et avec les autres calendriers juliens de ces contrées (ainsi Lieizmann, Baclimann, Belser, Sickenberger, Lemonnyer, al.). Enfin, étant donné que son centre macédonien de Philippes, et Corinthe également, étaient des « colonies », on pourrait admettre avec Zahn (Einl.) le calendrier romain (e) ; WincUscJi donne aussi à cette dernière hypothèse ses préférences.

Pour moi, je préférerais c-d, ou e on seconde ligne. Quelque solution qu'on adopte, il ressort que les Corinthiens avaient commencé à se préoccuper de la collecte en une année qui était finie {a, rappelons-nous, étant exclu) soit depuis le 1« janvier de l'année où Paul a écrit II Cor. (e), soit depuis l'été {b), soit depuis l'automne {c-d).

Or, I Cor. est parvenue à destination dans le printemps 55. Si l'on accepte l'hypothèse des Olympiades, b (qui nous paraît la moins probable, et qui est la moins soutenue), il aurait écrit II Cor. entre l'été 55 et l'été 56. Si l'on prend, avec la majorité des critiques, le calendrier macédonien-syrien (c), ce serait entre l'automne 55 et l'automne 56; si l'on admet le calendrier romain (e), ce serait entre le l*^"" janvier 56 etlcic'- janvier 57.

D'autre part, le nombre et la nature des événements intervenus entre les deux lettres (prolongation du séjour d'Ephèse avec « voyage intermédiaire «, etc.) nous empêchent de placer la composition de II Cor. au commencement de la « seconde année » altique, dans l'été ou l'automne 55, ou de la s seconde année » macédonienne, dans l'automne ou l'hiver 55, et il est même difficile de croire qu'elle ait été faite dès les premiers mois de 56, car Paul était encore à Ephèse (voir Act. xx, 31, •cptsTÎav), qu'il avait pourtant quittée (passage en Troade, en Macédoine, atlente de Titus, etc.), un certain nombre de s emaines au moins avant d'écrire celte seconde Epître. La « deuxième année » était donc avancée, très avancée peut-être, quand il la composa. Aussi Bachmann, Windiscli, Belser (1), etc., malgré la diiïérence des calendriers choisis, proposent-ils de mettre un intervalle de dix-huit ou dix-neuf mois entre I Cor. et et II Cor. On pourrait même, à notre avis, allonger cet intervalle, pourvu qu'il ne dépassât point deux fois douze mois (Voir Introductiox, ch. V).

Ainsi noti'B Seconde Epître aux Corinthiens a dû être écrite vers la fin de 56, ou •lu plus tard dans les premiers mois de 57. Comme nous pouvions dire en décembre 1934 : « Telle chose est arrivée l'année dernière, en janvier 1933 », ainsi le sens de '^'"pucrt était dilatable entre quelques jours ou semaines, et presque deux ans. Le croire n'a rien d'audacieux ; car, dans un papyrus cité par Bachmann, ar.o Tu6i -epuai indique un intervalle de dix-huit mois, vu que le document est daté du mois <l « Epiphi », qui était le onzième do l'année (Pap. Oxyr., ll-'i, 12).

• A. 11. vuv( au sens temporel, comme il est habituel chez Paul (v. comm. de

(1) Et ce dernier voudrait que la vieille affaire de l'inceslueux fût encore à peine réglée, '"l'squ'il incline à croire (p. 255) qu'il s'était écoulé 19 mois entre I Cov. et II Cor.!

13. *0'j yocp ïva aXkoiç aveci^, 6,aïv [Se] *OXt(}'tç' OiW k^ taoT'/jTOç 14. èv tô *vav xatpcp To ûixtov 'r:£piaj£!J[^-z *£-.; rb £x,î''vwv 6aT£pY)[j(,a, *i'va xaî xb èy.Eivwv Treptaasuij.a 7£vr)Tai î'.ç -b ûjj.wv 6cr~ip*/]y.a, o-w^ y-'^"')""^ tc7or/]ç, 15. y.aOw^ y-TP^''^^'^^* ^^ *'^b 7:cXù or/. è-X£;vaa-£v, y.a». 6 *vb ôXfysv oùx *^ÀaTTÔvY;c7£V ».

I Cor., à xiii, 13). — Encore lr.:':ù.sXw , deux fois. — j:poOu;j.t'a, nouveau mot significatif, qui ne se trouve, de tout le N. T., qu'en ces deux chapitres, quatre fois (ici et 12, 19, IX, 2) et Act. xvii, 1 (7rpd0ujj.o; 1 fois respectivement Rom. Mat., Marc, 7:po0u(j.toç I Pot. Y, 2). — h Tou k'ystv : sur l'infin. avec h, v. Abel, p. 312-s.; 'éynv = posséder. — La dernière proposition est encore elliptique.

B. 11. Reproche discret sur leur lenteur ou leur refroidissement. Après tant de bonne volonté (qui dut être bruyante), comment se fait-il qu'ils se relâchent de la sorte? Rien d'ailleurs ne leur sera demandé qui soit au-dessus de leurs moyens.

■ A. 12. Encore ellipse du verbe devant eùnpdo8s>'.Toç ; pour ce mot, voir vi, 2, cfr

Rom. XY, 16, 31, I Pet. ii, 6; dit spécialement des sacrifices, en langue classique. — Tt; ajouté après ey^st, D, E, F, G.

A. 13. Toujours ellipse, devant ïva (v. supra, au v. 7). — Béest douteux; il manque K', B, C, 17, al. — Ici GX('|i; a le sens le plus général ou neutre de « charge pesante ». — Le verset devrait finir après OXîtl^t;, car hXV âÇ ta. se rattache à la phrase suivante.

B. 12.13. La bonne volonté, ici personnifiée comme une personne qui apporte des dons, sera toujours la bien venue, qu'elle puisse fournir beaucoup ou seulement peu; l'exemple invoqué des Macédoniens si indigents et si généreux n'était pas pour faire pression (cfr supra, 1-4). Il serait malséant de réduire des fidèles ou des églises à l'état de pauvreté, pour mettre les autres dans le bien-être. — Beaucoup de commentateurs pensent ici à la scène évangélique du « denier de la veuve ».

— — A. 14. Rattacher à ce verset àXX' âÇ tcdrrjToç, qui qualifie toute la suite. — vîiv est omis F et G. — Encore une ellipse du verbe devant etc. — tcdtYi? est un terme de philosophie hellénistique, chez Philon, etc.; cfr Col. iv, 1.

A. 15. Citation à'E.xode, xvi, 18, d'après les LXX, sur la manne recueillie par les Hébreux; devant -ô jïoXû et tô àX., suppléer les mots « qui avait recueilli ». — Philon, dans le IlEpî îad-nriTo?, apportait le môme exemple.

B. 14-15. La libéralité des églises des Gentils doit rétablir une équilibre entre eux et les Judéo-chrétiens. Une égalité réelle, sous la distribution variée des biens divers, est un idéal constant du christianisme, et Paul l'a affirmé souvent. Le trait de l'Exode qu'il rappelle est pour lui une révélation symbolique de cette intention de la Providence, que la « communion des saints » tend à réaliser d'une manière et dans une mesure qui nous sont inconnues.

En quoi consistera au juste cet échange do biens? Il n'est pas impossible sans doute que Paul veuille dire à ses lecteurs : « Ce que vous faites maintenant (èv xm vîiv ■/..) pour vos frères de Jérusalem, ils pourraient le faire pour vous si les conditions se trouvaient retournées, s'ils devenaient un jour riches matériellement, et vous pauvres » (ainsi Schmiedel, Plummer, Lietzmann, al.; Windiscli comme plus probable). Mais ce n'est certainement pas l'idée principale de Paul, Les Pères de l'Église et toute la tradition catholique, Chrys., Théodorei, Ambr^, Pelage, s. Thomas, Estius, Corn, a Lap., Blsping, Cornely, Schaefer, Belser, Gutjahr, Sickcnberger, etc., comprennent que les Corinthiens seront payés de leur aumône matérielle aux fidèles de Jérusalem par un accroissement de participation aux biens spirituels de ces derniers. Bacitmann l'admet également, mais il fait à tort cette réserve qu'il s'agirait uniquement du passé, et que Paul no penserait, pour le bienfait provenant des Judéo-chrétiens, qu'à la foi qui s'est répandue de Jérusalem

d'après ce qu'elle a, non d'après ce qu'elle n'a point. 13. En effet, [il ne s'ag-it] poiût d'apporter à d'autres du soulagement, à vous une trop lourde charge; mais, d'après [une règle d'] égalité, Ik. dans la présente conjoncture, votre surplus [va] au manque de ceux-là, afin que le surplus de ceux-là passe à votre manque à vous, en sorte qu'une égalité se fasse, 15, ainsi qu'il est écrit : « Celui [qui avait pris] beaucoup n'eut pas plus, et celui [qui avait pris] peu n'eut pas moins. »

sur le& autres pays (Rom. xv, 26-ss). Lietzmann prétend que, dans les circonstances contemporaines, Paul n'aurait' jamais eu l'idée d'envoyer 'ses chrétiens chercher des biens spirituels à Jérusalem. Il se méprend g-ravement sur la véritable histoire de Paul, qui, en dépit de sa polémique anti-judaïsante, a toujours fait le plus grand cas de la chrétienté primitive de Palestine et de son chef Jacques, de leur primauté de frères aînés, de leur mérite et de leur endurance chrétienne, dont ils donnaient l'exemple à tous les autres (cfr I Tliess. ii, 14 et Rom. xv, 26-ss.). Ce ne sont pas eux, en fait, qui répandaient l'erreur judaïsante, quoiqu'ils se tinssent un peu trop sur la l'éserve ù l'égard de Paul qui avait reçu mission spéciale de la combattre.

IL Paul recommande Titus et les autres délégués qu'il a préposés

à la collecte (vin, 16-ix, 5).

ÎNT. — La fin du ch. VIII et les cinq premiers versets du ch. IX forment véritablement un tout {id. Ilofmann, al.); dans la première péricope [VIII, '16-2i), Paul recommande ses envoyés et décrit leur mission générale; dans la seconde {IX, 1-5), il explique pourquoi il a fait entrer Corinthe dans le champ de leur action, quoique la collecte y eût été déjà mise en train par l'église elle-même. Ainsi le chapitre IX ne se présente pas du tout, à qui sait bien le lire, comme un doublet du précédent, et nous rejetterons très délibérément les opinions de Semler ou de Halmel, et autres, d'après qui IX supposerait une autre situation que VIII, ou aurait une destination plus générale (l'Achaïe entière), et ferait donc partie d'une autre lettre; ou bien celle de Ncander, Reuss, qui supposent que Paul aurait fait une absence entre VIII et IX. Ce qui était adressé à Corinthe se propageait vite dans le reste de la province, oit. les autres églises étaient rares, et de faible population ; puis le ch. IX ajoute au précédent bien autre chose que des redites, comme on va le voir.

Cette page est très importante pour l'histoire de Paul et le détail de ses relations avec Corinthe. Certains traits y font déjà pressentir l'apologie des derniers chapitres. Il importe de bien fixer par le commentaire le temps et les circonstances de cette seconde mission de Titus et des compagnons qui lui sont adjoints; de là dépendra en partie V intelligence de la structure de notre Épitre, et de l'ordre authentique de ses trois sections.

Ch. VIII, 16, *Kxpiq Se tô 6sw tw otBôvti t-Jjv ahx'Q'f aKOuo'Jjv bizkp 'J[j.wv £V t^ y.apoia Titou, 17. OTt tyjv (Jt.èv Tuapà'/A'/jatv èBi^xTO, ^aTCOuSaiÔTspoç âè uTuap^^wv *aùGaip£TOç *è^Y3X0£v 'Kpoq ûp^Sç. 18. *SuV£7:^SJ^d»a;J.£V oè [;.£t;' aÙTOu tov ào£X(pbv

A. 16-17. 86vT[ pour ot8., D, E, F, G, L, {lat., syr.). Eacore cjjtouSïJv, et, plus bas, c:iou5at()T£po; ; la plupart ne voient dans cet adjectif à forme comparative qu'un « élalif » (ce qui est bien possible) : « si zélé, qu'il n'aurait eu besoin d'aucune exhortation de mapart» (Windisch, an moins comme probable, al.); mais on peut conserver au comparatif son sens propre : = « plus zélé encore qu'il n'était nécessaire pour bien accueillir l'invitation ». C'est une des phrases obscures et mal tournées de ces chapitres. On ne voit pas bien d'abord comment l'initiative marquée par aiOaipero? (cfr supra, 3) et une mission officielle confiée par un supérieur ne sont pas en contradiction; les deux choses pourtant peuvent s'accorder (voir à B.); TrapâxXrjaiv, V. supra, V. 6. TîapxxaXécat, môme sens. — Les exégètes en général considèrent iÇ^XOev (ainsi que auv£::iix'^au.£v, etc., plus bas) comme des « aoristes épistolaires » (Plummer, Bachmann, Menzies, Toussaint, Belser, Gutjahr, Sickenberger, al.); Windisch admet pourtant que ce puissent être de vrais aoristes du passé, si Titus était déjà en route avec ses compagnons (ce qu'admet //. D. Wendland); c'est le sens que nous choisissons, v. infra.

B. 16-17. Paul, on l'a déjà senti, se rendait fort bien compte des difficultés qu'il y aurait à remettre en marche cette collecte dont les Corinthiens inconstants, sans doute après des tiraillements et des disputes entre eux, s'étaient lassés. Il a éprouvé un vrai soulagement, dont il rend grâce à Dieu, quand il s'est aperçu que Tite, comprenant la grandeur de l'œuvre et comptant sur l'influence qu'il venait

d'acquérir, était tout prêt à repartir pour mener cette affaire à bien, après les autres (v. supra, V. 6). Il lui a donc offert olïïcielloment cette mission nouvelle, sûr d'aller au-devant des désirs de son zélé disciple, qui s'était peut-ctrc môme décidé, dans son for intérieur, à provoquer pareille demande; ainsi s'explique la contradiction apparente de aùOat'pî-oç et de xrjv ■nxpd-Ak-t\'3v/ âSi^ato. — Ou bien encore, dans son empressement, Titus, à peine son acceptation donnée, a décidé de partir tout de suite, lorsque Paul et les églises lui laissaient du large pour prendre son temps et ses mesures. (Voir opinions de Clirys., Lietzmann, Bachmann, Belser, etc., qui coïncident à peu près toutes pour le fond).

Un point toutefois sur lequel notre avis diffère de presque tous les autres, c'est la valeur de l'aoriste àÇ^XOsv. Ils y voient (ainsi que dans les suivants) un « aoriste épistolaire », un fait qui n'est pas encore réalisé, mais qui le sera quand les Corinthiens liront l'épître. Titus ne serait donc pas encore parti quand Paul dicte ces mots; il devait, pense Sickenberger, aller à Gorinthe comme porteur de la lettre. Bien des raisons, dont nous expliquerons les unes en ce chapitre môme {infra, comm. de 18, 22, 23) et les autres à propos du ch. xii, 17-s., nous empêchent d'admettre ces « aoristes épistolaires » (forme de langage qui, du reste, n'est pas du tout de règle chez Paul, car dans ce cas il emploie tout aussi bien le présent, \. infra).

Nous croyons donc que Titus, non seulement était alors en route, mais qu'il était déjà arrivé à Gorinthe, et y avait commencé à remplir sa mission, ainsi que les autres frères dont nous allons ouïr parler. Ge qui sera à démontrer plus tard. Il pouvait bien être encore auprès de Paul quand l'Apôtre écrivit le ch. vu, qui paraît avoir suivi de près le rapport fait par Tito sur sa mission antérieure. Mais notre épître n'a pas été dictée d'un trait; les intervalles entre les trois grandes sections

Cil. VIII, 16. El; grâce soit à Dieu qui met le même empressement pour vous dans le cœur de Titus! 17. parce qu'il a accueilli, il est vrai, cette invitation, mais étant plus empressé encore, c'est sur son propre désir qu'il est parti pour se rendre chez vous. 18. Et nous avons envoyé avec lui le

qui la composent ont pu être plus ou moins prolongés, et c'est ce qui explique en partie leurs différences de ton si notables.

A. 18. auvÊTîéfjuj'ajiev est encore un aoriste réel du passé, et non « épistolaire ». — Encore ellipse du verbe dans la dernière proposition.

A. 19. où ix6vov 8É, ellipse du langage courant = « non seulement [cela] ». — yeipoTovTjOsi'ç, encore un participe qui joue le rôle de verbe fini. D, E, {arm.) ont voulu supprimer l'ellipse par l'addition de sylvExo après auvsxo. i\\j.&y. Sur !e sens et l'histoire du mot x.£ipoi:ovÉto, voir Bachmann, p. 323, n. — auvé/.8ï)(j.o; (cfr Âct. xix, 29) est prédicat de x^ipot. — "/.ap";', toujours au sens du v, 6 (v. supra), auv (au lieu de èv) "?i 7/«p. dans K, D, F, G, K, L, (d, e, g, s^jr.) — Tîpb? tt)^ aùxou (ce mot manque Ij, G, D*, F, G, L, al., latt.) tou xupi'ou odÇav v.o.\ 7cpoOu[jLtav (ce mot pour la S'' fois) îjpLéSv : d'après Théodoret, al., Belser, etc., ce membre de phrase se rattacherait au participe Siaxovoupiévy) ; nous croirions plutôt qu'il se rattache à •/etpoi:. auvézoyjfjLoç r)ij.tov (v. infra, à B.). La préposition upo? introduit deux mots, 8o'Ç. xou /.up, et TrpoO, y]]}.. qui paraissent d'abord se référer à deux ordres d'idées différents; est-ce qu'on peut en dédoubler le sens, et traduire : « pour la gloire du Seigneur, et conformément à notre bonne volonté » ? On pourrait éviter cette singularité grammaticale si l'on l'apporte l'expression à x^'P^"^- <ïuv£x.8. : « il a été désigné par le vote des églises comme notre compagnon;., pour la gloire du Seigneur et pour [satisfaire à] notre

oZ 6 sVaivc; àv tw z\)a^{yikCM *oià Tca^wv twv £"/.7.Xy]c7«ov, 19. où (v.ovov os *àXÀà 7.a'. *"/£tpOTCiVY20£cç uâb Twv £/,-/.X"/jc7Uov o-uvc'-xSvjjJioç '/j.atov £V Tji *y^apixi taÔTY) r^ Sw/.ovc'JiJiÉvr; ûs' •/;[;,rov *';rpGç xr^v aùîou toî3 v.'jpiou Sô^av "/.ai * TîpoOuiuav '/ji^.wv,

vœu ». Ce sens de TrpoOujAÎa (différent de celui des versets viii, 1, 12 et ix, 2), « vœu », « désir «, se rencontre en grec classique, ainsi chez Hérodote, iv. npoOuij.ir)ç, xatà -Tjv [xivo;] 7:poOu[jLi'r]v, signifiant : « sur la demande » de quelqu'un. V. infra, B.

B. 18-19. Paul adjoignit à Titus deux autres frères (cfr infra, 22) dont le premier est présenté comme étant déjà fameux dans toutes les églises par ses travaux évangéliques. Les communautés chrétiennes, ajoute-t-il, l'avaient élu comme leur représentant pour aider Paul dans l'affaire de la collecte. Le verbe employé, /.e^poTovÉto, ne signifie pas « ordonner » sacramentellement, comme l'ont cru quelques médiévaux, mais soit « appointer « [Plummer, comme possible), soit désigner par un vote régulier, à la façon des démocraties grecques {Weizsdcker, « Apost. Zeitalter^ »^ p. 601, Windisch, al.) ; Paul aurait peut-être proposé le candidat, ou en tout cas confirmé le choix des églises. Ces églises ne sont pas autrement déterminées. On y voit en général celles de Macédoine, puisque Paul s'y trouvait alors; mais l'organisation de la collecte ayant commencé, comme nous le savons, en Galatie (I Cor. XVI, 1), rien n'empêche que les églises d'Asie aient aussi pris part à cette désignalion, dont rien ne nous apprend l'époque et les circonstances. Ce qui rend encore plus difficile d'identifier ce « frère ».

Chose assez curieuse, Paul ne le nomme point (non plus que le second dont il sera parlé au v. 22). Or, en tout pays et en tout tempSj lorsqu'on veut présenter, introduire ou accréditer quelqu'un, on commence par dire son nom. Cette omission ne peut s'expliquer par la renommée du frère en question, ce que Paul dit de lui (qualités d'évangéliste, choix des églises) n'étant pas des traits assez individuels pour dispenser de dire son nom (cfr Slckenberger); !'« évangile » n'était pas un évangile écrit qui aurait pu, par exemple, désigner suffisamment Luc, dont le récit ne fut publié que plusieurs années plus tard. Si le « frère » était jusque-là inconnu à Corinthe, c'était une raison de plus pour le nommer (cfr Ckrys.). Lietzmann suppose que le nom (et celui du « second frère », infra) se trouvait d'abord dans le texte, et qu'il en serait tombé, ou qu'on l'aurait supprimé, parce que ces deux émissaires auraient laissé à Corinthe un souvenir peu favorable; hypothèse purement Imaginative, à laquelle Windisch a eu tort d^adhérer.

La plupart se résignent donc à croire que Paul laissait à Titus le soin de présenter ses collaborateurs sous leur nom. Ce serait assez insolite, puisqu'il parlait d'eux déjà lui-même, avec l'intention de les bien faire connaître; et il ne lui en eût pas coûté davantage de dicter deux noms propres.

Je ne puis, moi, m'expliquer l'omission autrement que de cette manière : Paul ne nomme pas les deux collègues de Tite, parce qu'il n'avait aucunement l'intention de les présenter aux Corinthiens. Quand l'Apôtre écrivait, ses mandataires étaient déjà à Corinthe, présents et à l'œuvre. Tite, bien connu dans l'église, s'était chargé de leur introduction, ou bien ils avaient eux-mêmes produit quelque courte lettre de créance donnée par l'Apôtre ou par les églises. Paul n'a donc plus besoin de dire leurs noms; s'il parle d'eux ici avec cette extension, c'est pour rappeler fortement leurs titres et leurs mérites, que certains Corinthiens, à ce qu'il avait appris, avaient peut-être tendance à méconnaître (v. infra, et surtout xii, 17-18).

Peut-on déterminer qui était ce premier des collègues de Tite? Depuis l'antiquité, tous les commentateurs s'y essaient. Autrefois on a pensé à Barovabé, l'ancien compagnon de Paul qui s'était occupé avec lui, dès le temps d'Antioche, de la première

frère dont l'éloge, au sujet de l'évangile, [court] à travers toutes les églises; 19. et non seulement cela, mais le vote des églises [l'a] désigné comme notre compagnon de pérégrinations en cette [oeuvre de] bienfaisance dont nous assurons le service, à la gloire du Seigneur lui-môme

collecte pour Jérusalem {Act. xi, 30); cette supposition, si elle était juste, serait d'importance; l'ont adoptée Clirysostome (Barnabe ou Luc), Théodoret, Théophylacte; malheureusement elle est peu solide, et Barnabe, le grand apôtre ancien, n'aurait sans doute point paru comme !'« envoyé » — c'est-à-dire le subordonné — de Paul, et à peine l'ég-al de Tite.

Aussi un autre nom a été mis plus fréquemment en avant, c'est celui de Luc, déjà, par Origène (« Hom. 1 in Luc. »), puis s. Chrys. (comme possibilité), s. Ephrem, Eusèbe, s. Jérôme, s. Ambroise, al.; et beaucoup de modernes jugent au moins que c'est le plus probable, Rendall, Plummer, Bachmann, Lemonnyer, etc. Chez les anciens, une fausse interprétation des mots èv xw t\in^c^zki{a comme désignant le Troisième Evangile a contribué à cette opinion; mais, par ailleurs, elle a bien quelque chose pour elle. On sait le cas que faisait Paul de son modeste médecin et collaborateur saint Luc; et celui-ci se trouvait possiblement à Corinthe avec Paul, dans le séjour qui suivit notre épître, en dehors des sept qu'il nomme, Act. xx, 4, puisqu'il était certainement en sa compagnie quand ils arrivèrent àTroas {ibid., 5); Toussaint a tort de dire que le passage en question des Actes a l'air de s'y opposer, car on sait que Luc aimait à taire son nom. Mais l'Apôtre a tout aussi bien pu ne le prendre à sa suite qu'en repassant par la Macédoine, après avoir quitté la Grèce {Act. xx, 3), et beaucoup croient que Luc, qui ne dit à peu près rien de ce dernier séjour à Corinthe, et rien des difficultés corinthiennes qui font le sujet de notre Épître, avait attendu son maître à Philippes. Ajoutons que l'affaire de la collecte paraît, d'après les Actes, lui être restée à peu près totalement étrangère, au moins jusqu'à leur arrivée à Jérusalem. Aussi les arguments en faveur du nom du Troisième Evangéliste ne paraissent pas très positifs. Il a trouvé de l'opposition chez beaucoup, Renan entre autres C'est pourquoi d'autres exégètes {WindiscJi, Sickenb., al.) chercheraient plutôt parmi les compagnons de Paul qui sont nommés Act. xx, 4 : Sopater de Bérée, Arislarque et Secundus de Thossalonique, Gains de Derbé et Timothée, qu'accompagnaient encore les Asiatiques Tychique et Trophime. Je ne sache pas que Secundus, ni les Asiatiques Tychique, Trophime et Gains aient trouvé des partisans ; c'étaient des personnages qui n'étaient pas assez célèbres, autant que nous pouvons le savoir, pour répondre aux termes de vin, 18-19, — quoique, d'autre part, un Asiatique ne nous paraisse pas exclu a priori, surtout si les églises d'Anatolie avaient participé, d'une façon directe ou par leurs représentants, à l'élection. — Le « frère » n'a pas chance d'être Timothiîe, car Paul aurait parlé de lui sans doute en d'autres termes, il ne l'aurait pas recommandé aux Corinthiens comme s'ils ne le connaissaient pas personnellement, et, par dessus tout autre argument, Timothée n'avait pas quitté Paul, puisqu'il est le co-signataire de la lettre (v. supra, i, 1).

Restent Sopater, dont Windiscli (voir Joh. Weiss, « Urchrist ». p. 270) avance le nom un peu au hasard, et surtout Auistauque, auxiliaire dévoué, et célèbre, semblet-il, de Paul, dont il fut plus tard le compagnon de captivité [Col. iv, 10; Philémon, 24) et dont les Actes parlent trois fois. C'est lui que croient découvrir Hofmann, Zahn, Belser, et Windi&ch le trouve probable. Opinion qui ne peut dépasser l'hypothèse.

Nous ne sommes pas au bout. Sauter (« Exporitory Times », xviir, pp. 285, 325- 336) a proposé, assez singulièrement, un « frère de Titus «, comme si àosXoo; n'avait

SECONDE ÉPiTHE AUX CORINTHIENS. 15

vou[ji.évY) ù<p' •/)(ji.wv" 21. TupovoouiAsv Y^P *3<.aXà où {j,6vov èvwriov y.upbu àXXà y.jcî evwuiov àvOpwTCwv. 22. SuvsTCifA'^aixsv Sa aitoïç tbv àSsXopbv y)[xwv, 6v *è5oxi[j.ào'a[j,£v sv zoXXotç 'KoXXa>tiç *cr'7uouSaîov cvra, vuvi 3è xoXù aTCouSaiôtepov t:£7;oi6"^(tei xsXXîj TV] £Îç û [;.«;.

23. *EÏTe ^uwèp TtTOU, ^y.oivwvbç à[xbç y.ai eiç 6[;.ai; auvepYÔç" eïxe àâeXçol

pas, à moins d'indication contraire, le sens technique do « frère dans la foi «. On a encore cherché parmi des compagnons illustres de Paul, qui ne sont nommés nulle part en ces conjonctures historiques : ainsi Maiig; mais rien ne dit que Marc eût retrouvé Paul avant la captivité romaine ; ou encore Silas ; mais comment Paul eûtil parlé de ce co-fondateur de l'église corinthienne (aussi bien que de Timothée, supra), dans les termes généraux et quasi abstraits du v. 19? Ed. Meyer (« Urspr. des Christ. ». III, p. 118) a proposé Euaste. Nous ne ti'ouvons pas (contre Windisch) ce nom plus invraisemblable que d'autres, si l'Eraste qui avait accompagné Timothée en Macédoine {Aot. xix, 22), en une mission qui, éventuellement devait aboutir à Gorinlhe (I Cor. iv, 17), et y demeura durant la seconde captivité romaine de l'Apôtre (II Tim. IV, 20), est bien le même que Corinthien Eraste qui était, ou avait été, trésorier de sa ville {Rom, xvi, 23), et devait donc se bien connaître en affaires d'argent. Mais c'est encore de l'hypothèse.

Personne, autant que nous le savons, n'a pensé à Apollos pour lui identifier le « premier frère » (v. infra, à 22).

En somme, je déclare ne rien savoir, pour moi, de l'identité de ce premier émissaire, sinon que c'était un chrétien connu et important, Grec ou Juif, Macédonien, Asiatique, ou autre. On pensera peut-être de préférence à l'un de ceux qui sont nommés Act. xx, 4, — en y joignant Luc, — mais c'est un des nombreux traits de l'histoire de Paul sur lequel nous n'espérons guère qu'on arrive jamais à une parfaite clarté (comme pour Sosthène, Chloé dans I Cor.). Nous approuvons la réserve de Sickenberger, pour qui c'est X ou Y, — peut-être un des personnages 6! Act. xx, 4, mais pas nécessairement.

— ^— A, 30. aTeXXo[j.evoi : le moyen c-céXXojjiat signifie quelquefois, en un sens transitif dérivé, « l'aire ses préparatifs, prendre ses mesures pour » quelque chose (ainsi chez Arrien); ici, à cause du (Arj qui suit, = « prendi'e garde que », cfr II Tliess. m, 6, cTÉXXsaOai ujAÔtç (ÎTzb jtavTÔ; àSEXcpou /.tX (1). — [j.oj[j.7Îffï]rai, voir à vi, 3 — àSpÔTr]Ti : substantif rare; àôpôtTiç (non àBpoTvjç, gén.-t^xoç, classique qui signifie « vigueur ») a été trouvé par PFewsfem quatre fois chez Zosime, v" s. ap. J.-C; comme l'autre mot il vient de «Spdç, « dru )), « épais », et veut dire « abondance » (ici d'argent). Même en ces passages où le vocabulaire est relativement pauvre, et où tant de mots sont répétés, le style de Paul révèle encore quelque chose de sa richesse verbale. — Remarquer que la phrase commence encore par un participe isolé, qu'on peut considérer cependant comme rattaché librement à vjfjiGv, dernier mot de 19, ou, plus régulièrement, au verbe éloigné ouveTté^j^ap-E^' de 18. Ce serait une construction quelque peu forcée que de faire, avec Baclimann, dépendre du participe axeXX. les derniers mots du verset précédent, npôçtriv.... Tjfiwv.

A. 21. Quelques témoins, C, K, L, 17, commencent encore par un participe isolé, Trpovooijjxevot. — 7rpovoou[xev xaXdi, littéralement : « nous pourvoyons à des choses honorables ».

(1) Autres exemples chez Polybe, Philon, etc., voir Lietzmann. Commentateurs et versions ont tous vu dans le mot quelque sens comme « craindre » ou « éviter» {Vulg., al.).

et [d'aprèsj notre vœu, 20. [à nous qui] prenons garde à ceci, qu'on n'aille nous décrier à propos de cette forte somme dont nous avons la gestion; 21, car nous veillons à [notre] honneur non seulement devant le Seigneur mais aussi devant les hommes. 22. Et nous avons envoyé avec eux notre frère, dont nous avons, en bien des aiïaires, souvent, pu approuver l'empressement, mais qui est maintenant beaucoup plus empressé [encore], grâce à l'abondante confiance [qu'il place] en vous.

23. Qu'il s'agisse de Titus, [c'est] mon associé et mon collaborateur auprès de vous; que [ce soient] nos frères, [ils sont] les envoyés de?

B. 30-31. Ces deux versets sont très révélateurs. Paul avait-il donc besoin 'de veiller si jalousement à sa réputation? Oui, le cli. xii, 6-18 (v. ad loc.) le prouvera. Déjà il devait avoir entendu dire que les agitateurs de Gorinthe, à propos de-cÈitte collecte, excitaient des soupçons et des murmures et mettaient presque en doute sa probité. Cfr I T/iess. u, 3-9, où du moins les calomnies ne venaient que de ses ennemis juifs. Mais dans son église de Gorinthe, c'étaient des chrétiens qui s'en chargeaient ! Paul en était cruellement affecté, on le verra au chapitre xii. Windlsch note à ce propos le lien étroit qui unit (contre l'hypothèse des « Quatre Chapitres >») la section présente à x-xiii. Mais il raisonne mal en prétendant que, si Paul avait su que ces soupçons infamants avaient déjà cours à Gorinthe, il aurait parlé plus fortement, et donc que l'époque de composition de x-xiii doit être assez éloignée de celle des présents chapitres; en réalité, Paul ne jugeait pas encore venu le moment de -sa contre-offensive, qui aurait fort dérangé son « sermon de charité » ; mais il y pensait, l'affirmation présente de sa probité, pour fugitive qu'elle soit, nous paraît bien l'indiquer.

Quoi qu'il en soit, Paul avait déjà pris ses mesures, avant de s'adresser à Gorinthe, il avait tenu à prévenir de pareils soupçons — qui menacent toujours ceux qui manient de grosses sommes, — en se faisant donner des « contrôleurs » de sa gestion, (npôç -cT]v Kpo6u[xiav yi[xwv du v. 19, au sens que nous avons fixé). Voir Prov. m, 4, clans les LX-X.

Nous voyons qu'il y avait un certain courage chez l'Apôtre à demander de l'argent aux Corinthiens, quand les derniers différends, si pénibles, étaient à peine apaisés et que les derniers ennemis n'étaient pas réduits encore. Il fallait que cette collecte eût vraiment une importance capitale dans ses projets, et il avait bien besoin, pour la presser ainsi, de « s'enhardir » (v. supra, vu, 16).

■' A. 33. La nuance exprimée ici par £Boxt[/.dtaai;.£v est : « nous avons pu appré-

cier à l'épreuve », « nous avons fait l'expérience favorable » de son zèle. — Un 8£ fort inutile après TtertotOriaet, dans B; — toXXt) omis F, G, al.

B. 32. Paul n'avait pas donné à Tite le seul compagnon que les églises ellesmêmes avaient désigné. Il lui en adjoignit un deuxième, tant la mission était importante et présumée difficile; pas seulement un agent, mais trois, note s. Chi'ysostonie. Ce nouveau personnage, appelé « notre frère », n'est naturellement pas plus un frère de Paul selon la chair (cfr Riickert, Bleek) que l'autre n'était un frère de Tite ; c'était un chrétien notable aussi, et qui paraît avoir été bien plus étroitement associé -à l'œuvre de Paul en divers pays que n'avait été le premier; il pouvait également avoii' connu les Corinthiens, puisqu'il allait à eux avec tant de généreuse confiance. Mais qui était-il? Encore un mystère. Théodoret et Pelage ont pensé à Ai>ollos; mais il nous semble qu'on peut très difficilement l'identifier à ce prédicateur favori des Corinthiens, pour des raisons analogues à celles qui nous ont fait ci-dessus (vv. 18-

-^^ixwv, * kizbaxoXoi r/.y.Xïjaiwv, Sô^a Xpiaxou. 24-. Ty]v ouv ëvBsi^iv tvJç àYC«TCy)ç ùp.ûv xai YjiAWV x.au'/Y^uîw; u^èp 6t/,à)v *£!ç «Ùto-jç *£vB£t^aaÔ£ e'.ç * TcpôcwTrov tîov èy.y,X'/;at(5v. Gh. XI, 1. IlEpl *[j(.£V *Y^p "f^Ç âiay.cjviaç tyjç tic; xoùç àyiouç *'îC£pw(TÔv [/ot èo-Tiv TO Ypâçsiv û[xîv* 2. olâa yàp tTjV *TCpoOuiJi.Cav ùjjlwv r^v ÛTcèp û^uwv xau/w^aai Ma-/.éôo<Tiv, OTi 'A'^a(a * irap £a"/C£uaaTai *û:':cb ^ipuo-i, v,od ô ûfJLWV Ç'^Xoç '^péOia£V Toùç TcXEiovaç. 3. "ExîiA'i^a *Sè xoùç à^EXçoiiç, ïva y//; xb 7,atj^i(j[i.a liifj.wv.xb ÙTcèp

19) rejeter les noms de Timothéo ou do Sylvanus. Windisch pense à Luc, ce qui nous paraîtrait plus justifié qu'au v. 18, mais encore bien hypothétique.

Il n'est d'ailleurs pas donné, à la différence de l'autre, comme délégué par les églises pour l'affaire de la collecte, — ni les macédoniennes (cfr Sickenb., al.), ni d'autres, — mais il apparaît plutôt comme un messager personnel de l'Apôtre, tout en ayant bien pu recevoir de certaines églises quelque mandat plus général (v.à23, ànoaToXot è/'./cXrjcrtâiv), C'est de lui qu'il sera question plus tard, au ch. xn, v. 18 (v. ad loc).

■ A. 23. el'xe... -/.otvwvdç... el'xe... ètnocToXot : quatre ellipses d'un coup, constructions qui se brisent en dictant; — Onsp = repi, comme très souvent dans ces épîlres et les autres. — xopi'ou pour Xptffxou dans C, F,

B. 23. Paul veut résumer, en une phrase concentrée, toutes les recommandations qu'il a faites ou qu'il peut faire de ses trois messagers. Son style abrupt révèle bien qu'il est, sous l'apparence purement objective, officielle, du texte, dans un état d'assez vive émotion, — peut-être surtout depuis qu'il a dicté les vv. 20-21, gros d'impressions amères.

Les Corinthiens avaient assez de raisons toutes fraîches de faire crédita Titus; Paul leur rappelle à quel degré ce disciple lui est associé, et ce qu'il vient de faire chez eux, pour la grande œuvre de la réconciliation. Les deux autres jouissent de la confiance des églises, puisqu'elles leur ont donné mandat (même au second, sous une forme moins précisée). L'Apôtre certifie de l'un et de l'autre qu'ils s'en tirent et s'en tireront à leur honneur, comme à l'honneur du Christ — dont ils sont le reflet, SdÇa.

A. 24. L'embarras des phrases continue; de plus il y a variété de lecture;

tandis que N, C, D^-^, E", K, L, P, (f, vidg., syrr., copt.,- arm., eth.), ont lu IvSst'ÇaaOî impératif, on lit encore un participe isolé, £vS£txvuu.£vot, dans B, D*, E*, G, 19, (d, e, g, got.). Lequel préférer? W-H sont pour la première leçon, Tisc/iendorf, Lietzmann, Bachmann pour la seconde. Nous hésitons, — ainsi d'ailleurs que pour plusieurs participes signalés ci-dessus, mais non admis dans les textes de Westcott-HoH, Nestlé, Fogels et Merk; car pourquoi des témoins aurai ent-ils voulu unifoi'miser cette singularité de nos chapitres? Mais nous avons suivi la majorité. — xïjv hosi^^i... IvSsîfaaOe, répétition assez lourde et sans grand effet, qui doit résulter de l'embarras de la dictée plutôt que d'une intention; k'vSscÇcç est un mot paulinien, cfr JRom, m, 25- 26, Phil. I, 28. — £Î5 aÙToùç pourrait se joindre soit à ÈvoEt'ÇaaOE {Plummer, al.) soit à xauy^TjaEwç; nous préforons cette seconde liaison, qui fait éviter de donner au verbe deux compléments disparates en stç, et qui rappelle, pour le sens, le ch. vu, v. 14 (v. ad loc)

B. 24. C'est devant des témoins, ou des juges, si qualifiés, comme si toute la chrétienté avait les regards fixés sur eux, que les Corinthiens seront mis à môme de montrer qu'ils égalent en amour du prochain les autres églises, — et spécialement celles de Macédoine.

Comme Paul était encore, — sur ce point-là, — peu assuré d'eux!

A. B. Ch. IX, 1, Comme la place de ce chap. ix dans notre Épître a été un

sujet de contestations, il importe de voir quelle peut on être la relation avec ce qui précède.

églises, [ils font] honneur au Christ. 24. Donc, la démonstration de votre charité, et de notre [droit à tirer] gloire de vous auprès d'eux, faites cette démonstration à la face des églises.

CiJ. IX, 1. A la vérité, touchant le service qui se fait pour les saints, il m'est superflu de vous écrire; 2. car je connais bien votre bonne volonté, dont je me fais gloire pour vous près des Macédoniens, [leur disant] que l'Achaïe s'est préparée dès l'année dernière ; votre zèle a même stimulé le plus grand nombre. 3. Cependant j'ai envoyé les frères, pour que la gloire que nous avons tirée de vous ne soit pas démentie en cette malière-là,

Or, le deuxième mot du v. 1, ydp, montre qu'il doit y avoir une liaison étroite entre le début de ix et les choses dites au ch. viii. 11 n'est pas difFicile de la fixer. Paul vient d'annoncer l'envoi des trois délégués; il explique maintenant la raison (yap) de cette démarche {Plummer, Menzics, Belser, H. D. Wendland, al.).

Avant de la préciser, il fait une concession ((j-iv). Il pourrait sembler d'abord inutile de prendre de nouvelles mesures pour cette collecte. Cependant (Bs, v. 3) l'envoi de Tite et de ses compagnons a sa raison d'être. Ainsi le [jiév du v. 1 appelle le U du V. 3. Celui-ci répond à l'objection que pose le v. 1 et qu'explique le v. 2. .

Ce n'est donc pas un nouveau thème (contre Windisch) qui est introduit par le nouveau chapitre, mais un complément du thème précédent. Le lien est assez net entre les deux chapitres pour nous autoriser à taxer au moins de hasardeuse l'opinion (opposée à la tradition textuelle unanime) qui voit dans le ch. ix un fragment d'une autre lettre, supposant une situation différente, et adressée à un auditoire plus large, toute l'Achaïe. Paul ne séparait pas de l'église de Corinthe les petits groupes chrétiens dépendant d'elle qui pouvaient se trouver dispersés daiis le reste de la province; c'est pour eux tous qu'il a écrit son épître (voir à i, 1). De plus il est faux qu'il se répète, comme pour redire à d'autres les mêmes choses; les explications et exhortations du chap. ix se raccordent bien à celles du ch. viii, mais elles prennent des aspects nouveaux, elles ne font pas double emploi. Enfin le V. IX, 1, ne se présente nullement comme une introduction à un sujet non encore touché, mais il faut le prendre avec les vv. 2 et 3, comme un éclaircissement. Des arguments apportés par Halmel, pour briser l'unité de VIII et IX, comme l'omission d'un -caÛTrjç et l'addition d'un sîç -uoù; àyîous après Staxovtaç (comme s'il s'agissait de la collecte et de son but pour la première fois), sont évidemment sans force aucune. Nous ne croyons même pas nécessaire (comme Toussaint, Windisch, al.) de croire que Paul a été interrompu dans sa dictée entre VIII et IX, et qu'il se répète en la reprenant; cela aurait bien pu être, mais, de fait, il ne se répète pas.

Voir Heinrici, Kûhl, Phunmer, Bachmann, Menzics, Belser, Gutjahr, Sickenberger, etc., qui opinent tous dans le même sens que nous.

Le mot Tîiptaadv a été mal traduit par la Vulgate (« ex abundanti »). Paul ne veut pas dire qu'il parle d'abondance do la collecte, parce que cela lui est agréable (où voit trop le contraire!) ou qu'il a beaucoup de choses à en dire, mais qu'il pourrait ou devrait tenir pour super/lu d'en entretenir encore ses lecteurs, et si longuement, après tout le zèle qu'il leur a vu déployer {infra, v. 2j. La phrase est un peu ironique, ou plutôt c'est une précaution oratoire comme on en ti'ouve ailleurs (voir I Thess. IV, 9; ibid. v, 1), quand Paul veut insinuer une doctrine ou un précepte important : « Vous savez bien ces choses, pourquoi donc vous en parler? Cependant sachez ceci ou rétléchissez à ceci que... etc. » D'après Belser, Sickenberger, Gutjahr, Menzies, l'Apôtre signifierait qu'il n'a point à s'étendre sur le but do la collecte, sa

230 SECONDE ÉPITRE AUX COUINTHIENS, VIII, 16-lX, 5.

èitv sXôwînv aùv £[ji.ol Max-sBavs; >tal e'jpwa-tv ûixaç àTrapaa/,sud«(jT0uç y.aTaiaxi>v0wt/.sv TQiJLsTç, ïva [A-J] XsYwixîv Û[aîÏç, Iv t^ *67:oo-Tâa'£i -jauTy). 5. 'AvaYx.atov ouv -/jY^a^ap/zjv *xapaxa7v£(7ai xoùç àBîXçoùç ïva TupoIXGwaiv ëiç û[j,5ç /,ai xpovtairap-îffaxnv tyjv TCpOYjy- YsXixév/jv eùXo^iav û[j,wv, TaÛTYjV £To([ay]V *£tvoct outo);; wç e'jXoyiav y.ai [J.y] (Î)ç

*'ii:Xsov£^(av.

nécessité pour les frères de Jérusalem, ses avantages, les mesures générales à prendre pour la levée, etc., car tout cela est bien connu des Corinthiens, ou a déjà été réglé en principe (I Cor. xvi) ; ou, comme dit Sickenberger, « là où il y a bonne volonté, les moyens se trouvent d'eux-mêmes ». Donc il ne revient pas sur les détails d'organisation, il les met ici de côté pour s'attacher à l'envoi des « frères » e.omme à la chose capitale, et il en profite pour faire un dernier appel à la générosité (Belser).

— — A. 3. 7;po6u{iiav, pour la quatrième fois. — xau/^àdGat avec accusatif, v. Abel, p. 98. — àno îrépudi, voir à viii, 10. — Kn^oç, toujours masculin chez Paul et en grec classique (excepté peut-être P/til. m, 6, où A, B, D, al., zatà ÇîjXoç); on lit to Ç^Xoç Aj B, 17. — Toùç îîXeJovaç : la forme contracte TtXebuç n'apparaît pas chez Paul, qui suit l'usage hellénistique (v. comm. de I Cor., Int., p. lix).

B. 2. Il n'est pas tellement nécessaire, dit l'habile solliciteur, de vanter les Menfaits de l'entreprise à des gens qui s'y sont mis avec tant d'ardeur dès l'année précédente. Paul, ravi de leur zèle, les en a loués beaucoup, — imprudence, il va l'avouer! — auprès de ses Macédoniens, et un tel exemple n'a pas été sans effet, il a encore excité leur générosité.

Singulier renversement des rôles, dirait-on, quand on se reporte au magnifique éloge des Macédoniens au ch. viii, 1-5! (v. supra). Halmel y voyait la preuve d'une situation toute différente. Gela n'est point, comme on l'a vu. Mais Paul n'avoueraitil point s'être servi d'une petite ruse de quêteur que des puristes ne sauraient approuver.''

La ruse, en tout cas, serait assez pardonnable, comme celle d'un père ou d'un maître qui, pour exciter l'émulation de ses bambins, saisit le moindre prétexte de faire bi'iller devant l'un les mérites un peu amplifiés de l'autre. Mais, — et nous aimons mieux cela, — on n'est pas obligé du tout d'excuser Paul dans la circonstance. Le mot T^apecxeûaCTTat n'entraîne pas nécessairement qu'il eût dit à Thessa^ Ionique ou à Philippes : « L'Achaïe a achevé tous ses préparatifs dès l'année dernière « (Menzies et d'autres l'ont vu clairement), mais aussi bien : « Depuis l'année dernière, l'Achaïe s'est mise à la préparation » (1). Ce qui était vrai {supra, viiiji 10) ; et cela suffisait à stimuler les Macédoniens, naturellement généreux, et un peu jaloux, peut-être, de cette réputation. Au lieu donc de parler comme Toussaint d'(( artifice charmant » (ce qui sent déjà un peu le renanisme), n'est-il pas plus équitable, et tout aussi naturel, de penser que Paul était alors d'une parfaite bonne foi, qu'il s'en rapportait à ce que les Corinthiens lui avaient dit eux-mêmes l'année précédente, et au règlement qu'il leur avait donné et qu'il supposait avoir été suivi quand il faisait leur éloge en Macédoine? Ce ne serait que tout récemment, sur le rapport de Titus après sa première mission, qu'il aurait eu la surprise désagréable d'apprendre que cette affaire, dans le relâchement général, était demeurée depuis longtemps en souffrance.

(1) Ce parfait moyen (« ils se sont préparés ») peut bien vouloir dire qu'ils se sont mis en branle, signifier l'état dans lequel ils sont entrés. ^

pour que vous vous trouviez préparés comme je [le] disais, 4. de peur que par hasard, au cas où des Macédoniens arriveraient avec moi et ne vous trouveraient pas encore prêts, nous ne soyons couverts de honte, — • nous, pour ne pas dire vous, — du fait de cette assurance-là. 5. J'ai donc estimé nécessaire d'inviter les frères à se rendre d'avance chez vous, et à. organiser d'avance votre libéralité déjà annoncée, qu'elle soit toute prête comme une [vraie] libéralité, et non comme si on vous l'extorquait.

■ A. 3. eiïe;j.'|)a n'est pas plus « épistolaire » que les aoristes de vin, 18, etc.,

V. ad loc. Quelques témoins, D, E, {arm., boh.), donnent £t:£;j.|)X[j.sv, sans doute par souci d'unifoi-mité ; mais cela importe peu; quand Paul parle en son propre nom dans ses lettres, comme spécialement en ces chapitres, il emploie indiiréremment le singulier et le pluriel, — oi répond au [xlv du v. 1 {Meyer-Heinrici, Plummer, Bac/imann, etc.) ; la particule adversalive oppose le contenu de la phrase à la concession du V. 1, expliquée par le v. 2, donc aux deux versets précédents à la fois. — To ujîEp uawv omis F, G, 45. — èv tw (lépei : le rtiot [lÀpoç au sens hellénistique (ainsi Polybe] de « chose, point spécial » (v. supra, à ni, 10 A.) — Tzxps(jy.iw<jo.ivot ^xe : construction participielle qui marque (mieux que Tîxpso/.sûao-ctti, supra,) la chose faite, achevée une bonne fois, v. Abel, p. 98; — xaOwç^^'ÉXsyov = « comme je disais [que vous le seriez] » (plutôt que « vous Vêtiez »).

B. 3. Malgré le zèle (ancien) des Corinthiens, et sa persuasion indulgente qu'ils comprenaient toujours l'importance de la collecte et qu'il n'y avait pas besoin de la leur rappeler {supra, 1, [xèv.... M), Paul a cru bien faire en leur envoyant Tite avec les deux autres, pour les presser un peu. Il s'en excuse presque. Mais il s'est tellement engagé dans leur éloge auprès des Macédoniens, qu'il en est venu à craindre qu'un retard dans la préparation de 1' Achaïe n'ait un très mauvais effet pour leur réputation, à lui de véracité parfaite, aux Corinthiens de zèle et de charité. Tout le monde espère tant de leur part!

On nesauraitcacher un sentiment de lég'itime méfiance sous des formes plus persuasives, plus flatteuses même. Paul sait qu'il obtiendra plus ainsi qu'en grondant; il compte sur ses envoyés, qui seront vifs s'il le faut. Quanta lui, il continue (xaox.oj- H-oti, au V. 2, est un présent) à louer en Macédoine l'empressement qu'eurent les Corinthiens à entrer dans ses vues.

-A. 4. àiîapaa/.Euàcîio-jç : hap. leg. dans l'Ecriture, mais le mot se trouve chez Xénophon, ^Josèphe. — Xlyw pour \i-^(.ù^z^ dans C*, D, E, F, G, Amb^., Aug.; — èv Tr] unoatocaei tatS-cr] ; le sens propre de \ir.07x. est « fondement » ; ici les interprètes se partagent entre les deux sens figurés de « sujet, matière dont il s'agit » (cfr supra, Iv ■cÇ \j.ipii T.) et de « confiance », « assurance ». Tliéopliylacte propose l'un et l'autre; la Vulgate{«. inhac substantia »), et quelques commentateurs {Sickenberger : « Angelegenheit », Schmiedel : « Unterfangen ») sont pour la première acception, ou d'autres assez voisines; mais la seconde, qui est très bien en situation, et très conforme à l'usage hellénistique (cfr infra, xi, 17) est adoptée par la plupart, Lietzmann, J lummer, Bachinann, Belser, Windisch, al,; t% xau/Tj'aEto;, ajouté à utoct, par E, K, ^-'j P, al,, syr., est donc une glose juste.

B. 4. Supposé que des Macédoniens, qui ont entendu dire tout ce bien de Gorinthe, s y rendent avec Paul — l'Apôtre annonce ici pour la première fois en cette Épître un pi'ochain voyage, le troisième (v, ch. xin) — et qu'ils voient que rien n'est encore prêt, lui baissera le plus les yeux en les voyant ainsi déçus, Paul qui aura trop présumé ûos Corinthiens dans sa confiance si assurée (Iv t. uTtoaTccast t.), ou les Corinthiens *^ux-memes qui auront si mal soutenu la réputation que naïvement il leur a faite?

Ce verset est tout à fait du même esprit que VIII, 24 (v. supra).

" A. 5. Remarquer les trois verbes commençant par rpo-; le partie, npo-

s7:7]Y7eX[jL£V7]v signifie soit « promise depuis longtemps » par les Corinthiens {vulg, repromissam), soit « annoncée à l'avance » par Paul aux Macédoniens. — eùXoyt'a (4 fois en ce chapitre) qui est fréquent chez Paul (9 fois en tout) surtout au sens religieux général de « bénédiction » (cfr infra, v. 6) a signifié d'abord « bonne parole », puis, par extension, « bonne action », comme ici, action libérale, généreuse, bénie de ceux qui en sont l'objet. Windisch suppose finement que Paul avait d'abord pensé le mot Xo-^lx, « collecte », et qu'il s'est amplifié sur ses lèvres en EÙXoyt'a, parce qu'il envisageait les heureux fruits de cette collecte; ce qui serait encore un des signes si nombreux que Paul pensait spontanément en grec. — nXEovsÇta (6 fois chez Paul, 3 fois ailleurs dans le N. T.) pourrait signifier « cupidité, avarice », subjective, et l'Apôtre recommanderait à ses lecteurs de donner autre chose que des liards arrachés à leur lésinerie (ainsi Plummer, Windisch, al.); mais, dans une autre acception également paulinienne, et qui peut se réclamer de Clirys. et de Théodoret, nous l'entendons plutôt, avec Bachmann, al., d'une « rapacité » dont les Corinthiens, en ne souscrivant que d'une façon chagrine (le contraire de la disposition impliquée dans eiiXoYÎa), auraient l'air de se croire victimes (cfr infra, \. 7).

B. 5. C'est donc, finalement, pour mettre de l'activité et de l'ordre dans les opérations de la levée, mais aussi pour réchauffer la générosité des Corinthiens, — dont il doute un peu aujourd'hui, — que Paul a envoyé devant lui la délégation ; grâce à elle, il compte bien que tout sera prêt quand lui-même se décidera à venir, pour s'en aller de Gorinthe à Jérusalem porter la collecte. Pareille mesure, en face des atermoiements de Corinthe, lui a paru nécessaire. Ses lecteurs sont généreux à leurs heures; quand ils entendront les explications et les exhortations des envoyés, ils n'auront plus envie, comme il espère, de pi'endre des mines de gens qu'on pressure.

Le ton est devenu tout de même un peu plus vif; Tite sans doute avait pu constater, à son premier passage, que l'idée de cette œuvre de bienfaisance pour des Juifs était quelque peu tombée dans l'impopularité.

D'ailleurs, Paul va se mettre lui-même à en expliquer les avantages.

III. Paul exalte les bénédictions de la bienfaisance (ix, 6-15).

Intb. Une fois bien exposé le sens des mesures officielles qu'il avait prises, — et dont quelques-uns avaient probablement murmuré, Paul ne l'ignorait pas, en voyant les négligents collecteurs de leur choix dessaisis de leurs fonctions, ou du moins soumis à la direction et au contrôle des Trois (v. infra, xu, 18). — il ne restait plus à Paul qu'à recommander chaudement cette collecte, désormais remise en train. Il va le faire de deux manières : d'abord, de 6 à 11, en exaltant les avantages généraux de la libre bienfaisance, qui assure la protection de la Providence aux donateurs; — ensuite, de 12 à 15, le grand profit spécial que retireront les Corinthiens eux-mêmes, et toute l'Eglise, d'un bon résultat de cette collecte pour les saints de Jérusalem, En ces derniers versets, il nous livre le fond de ses intentions (v. supra, Inth. à la Deuxième partie).

Ch. IX, 6. *Tou'c6 Se, b a-sipwv *çeioo[i.éva)ç çp£i.âo|Ji.év(i)i; y.at ôepwsi, v.cà h cTTCsipwv ït: *£'jXoYÎatç ètc' sùXoYÎatç *%al Gsptaet. 7. "Exaaxoç *y.aOà)(; TrpoyjpvjTat.

Ch. IX, 6. Mais [songez à] ceci : Qui sème mesquinement, mesquinement aussi récoltera, et qui sème en bénédictions, en bénédictions récoltera aussi. 7. Que chacun [fasse] comme il l'a résolu dans son cœur, non d'une

A. Ch. IX, 6. TouTo ou èxEtvo absolu, pour attirer l'attention sur ce qu'on va dire, est fréquent déjà en pfrec classique; cfr l Cor. vu, 29, xv, 50, Gai, m, 17, I Thess, iv, 15 (avec tpr)[j.t, XÉYw, X^yo[i.Êv). — «pEi8ojj.£vcijç, littér. « avec épargne », employé deux fois, en euphémisme, dans cette phrase à tournure de proverbe, est un mot toujours x*are (Plutarque, Byzantins) et hapax légoméne dans le N. T. — xat^ omis D, E. — e-jXoy., bénédictions de la générosité.

B. 6. Pour clore son « sermon de charité », Paul débute par cet avertissement sentencieux où il emprunte l'image évangélique de la moisson. Au chapitre précédent VIII, 9, pour porter ses lecteurs à la générosité, il avait invoqué l'exemple suprême, l'abnégation du Fils de Dieu incarné; maintenant, jusqu'au v. 11, pour se mettre à la portée des chrétiens les plus ordinaires, incapables d'oublier tout à fait leur propre intérêt, il recourt à des motifs capables de toucher immédiatement tous les hommes, l'espoir d'une récompense, temporelle et spirituelle. Le premier, Jésus avait dit : « Donnez et il vous sera donné ».

— A. 7. Encore ellipse d'un verbe après éV.a(jxoî. — TipoatpeïTat pour le parfait, dans D, E, K, L, al.; le mot, philosophique, est hap. leg. dans le N. T. — Pour la sentence de la fin, cfr Prov. xxii, 8 (LXX); avec les deux mômes mots Uap6v et8otT]v. celui-ci moins classique que la forme oo-rrjp ou Bto-cTÎp. îXapdç, hap. leg. dans le N. T. <-omme [Xapô-cY)? Rom. xii, 8.

B. 7. Aucune pression, assure-t-il, ne sera faite sur aucun individu (cfr 1 Cor. XVI, 2, notre comm.). Que chacun contribue dans la mesure où il le jugera bon, mais que ce soit de bon cœur et sans récriminations (cfr supra, 5, passage dont l'interprétation que nous y avons donnée de TcXsoveÇta se trouve confirmée ici). Paul tient moins à la quantité qu'à la bonne grâce du don. Dieu de même, comme l'affirme le petit proverbe plein de saveur, qui paraît une citation libre des LXX. Cfr

TTJ TtapBia, \xr, k^ Xù-vjç 'i^ e^ àvavy.vj-' îÀapbv yap *§6ty)V à-^aizx o Oeiç- 8. Auvaisï Ô£ 6 Gebç Tcaaav ^x^?''' ^TCsptcjcreuaat e'tç 6{;-aç, t'va èv *TCavxi *TT;àvT;o'C£ *'î:aaav *ai!»Tap"/,eiav £)jovt£ç *TCepwaîUYjTe elç ^icav ep^ov àYaôov, 9. xaOwç Y^YP<''''î'^oii. « 'Eay.6p7i:w£V, £5(i)/,£v toïç ,7C£VY)giv, */] ^SrAaiocuvvj aÙTOu [j.évsi sic tov a'.wva. » 10. O •Se * k%i'/^opri^(iù') ai:ip\Lx tw (7~£'!povTi *'/,a\ apTov £Îç ^pwaiv *x°P'''lï'^^^^ ''^'^^ xX'/jOuvîl Tov cTCopov 6[j!.o>v */,ai *a'!)^-^cr£i là *y^''''^!^'^''^<'' '^"'3? oixawffUVïjç û,awV 11. èv TcavTt "*7rXoUT'.ÇôiJ,£Voi elç Tcacrav ^àTcXoTrjra, yjtiç Y.<xxepy<x^exoci Si' '/)[/-(ov s'j^^apiorTtav tw Gôw'

.Rom. xii, 8 : ô âXsôiv Iv î>apdi>]Tt, « que celui qui exerce la miséricorde le fasse avec 3)onne humeur »; on pensera aussi à certaines propriétés de la « charité » dans

I Cor. XIII. La morale paulinienne est aussi aimable que haute et sans compromis.

. A. 8. Remarquer les paronomascs avec Tràç (assez fréquentes), et toutes les allitérations en tu, ce qui n'est pas très harmonieux, mais marque l'insistance de l'affirmation; ;:àvTOTg seulement est omis F, G, 7. — Le même verbe nepiaaeûetv (2 fois) «st transitif à la première place et intransitif à la deuxième. — X.âptv, d'après le contexte, signifie ici toute espèce de faveur d'en haut. — aù-câpxetav cfr I Tim. vi, 6, et aÙT!zpx7]ç P/iil. IV, 11; terme de philosophie morale, depuis l'Ethique d'Aristote, et ffésonnance stoïcienne.

A. 9. Citation du Ps. cxii, 9, (LXX), cfr des passages d'/saïe, d'Osée, al. — St/.aioouvï] (heb. ^^^ï) n est pas tant à prendre au sens technique de la théologie paulinienne (contre Hofmann, Belser, al.) qu'au sens éthique de « piété «, « philanthropie > « droiture » {Wlndisch) ; \\ équivaut, pour C/irys., à otXavOpto:;îa; d'après Strack-Bill., il n'y a aucune nécessité de le prendre ici pour synonyme de « bienfaisance « ou « aumônes « (contre Menzies, par exemple, qui s'appuie sur les Psaumes ei Mat. vi, 1). — A la fin F, G, K, al., ajoutent tou alàJvo;,

B. 8-9. Paul fait donc maintenant briller l'espoir de la récompense divine promise aux bienfaisants. Dieu, souverainement riche et puissant, ne demeurera pas en reste.

II peut rendre les dons faits à ses pauvres en biens temporels (cîr infra, 10-11), et c'est peut-être là le sens premier; car l'Evangile n'exclut pas pareil espoir, pourvu qu'on le rapporte au salut, puisqu'il nous commande de prier pour notre pain quotidien. Il accordera aux généreux tout ce qu'il faut pour suffire à leurs propres besoins (aÙTfipxeta objectif, Bachmann; on emploie fort aujourd'hui le terme mal formé d' «. autarchie », dans le langage des économistes), et y ajoutera toute espèce de faveur (-/^âptv), ce qu'il ne faut prendre ni au sens exclusif de grâce intérieure (cfr Ambr''., Hercé, Thomas), ni en celui de chai'ismes (cfr Théodoret), ni d' « aumône » (cfr Estius), mais d'abord de biens extérieurs. Cependant Paul ne flatte pas les désirs terre-à-terre d'une bienfaisance égoïstement intéressée, et l' « autarchie » dont il offre la pex'spective n'est pas une superbe satisfaction de soi-même, au sens où le mot était pris dans le langage cynico-stoïcien ; car les biens spirituels, loin d'être négligés dans cette perspective, y sont inclus, et de telle façon que les autres leur apparaissent subordonnés : Dieu en effet accorde l'aisance pour favoriser l'accomplissement des bonnes œuvres [Chrys., Phimmer, Sickenb., Belser, etc.), qui enrichiront la vie de la grâce. (Cfr I Tim. vi, 18-s.). Noble morale que celle qui dit : « Dieu récompense vos aumônes en vous mettant eu état d'en faire d'auti'cs » {Lieizmann, Windisch). C'est le môme Paul qui écrira, avec une ingénuité sublime : « Que celui qui était voleur ne vole plus, mais plutôt qu'il se doone de la peine, pour acquérir du bien en travaillant de ses propres mains, afin d'avoir de quoi donner à qui est dans l'indigence » {Eph. IV, 28).

La citation du v. 9 décrit l'état de ce juste, qui, par la faveur continue de Dieu, peut

façon chagrine ou contrainte; car un donateur joyeux, Dieu [l'Jaime. 8. Et Dieu est assez puissant pour multiplier envers vous toute grâce afin que en tout, toujours, ayant toute suffisance, vous excelliez en toute œuvre bonne, 9. ainsi qu'il est écrit : « Il a disséminé, il a donné aux pauvres, sa justice demeure à jamais ». 10. Or Celui qui fournit toujours plus de semailles au semeur et le pain pour la nourriture, fournira et multipliera vos semences, et fera grandir les produits de votre justice; 11. en tout vous vous enrichirez jusqu'à la parfaite simplicité, celle qui fait naître l'action de grâce [offerte] par nous à Dieu.

« révéler sa justice par sa bienfaisance » {Gutjahr), communiquer aux autres « les fruits de sa justice » [Estius), en sorte que le souvenir et les effets de son action se prolongent, pour lui et les autres, à travers les âges. Ce texte de l'A. T. pourrait à Ja rigueur s'appliquer à Dieu, (dont il est dit au Ps. cxi, 3 que « sa justice abonde pour toujours »), et marquer la continuité de l'action providentielle pour subvenir à tous les besoins des hommes, a /om'ort de ceux qui imitent la bonté divine; mais, puisqu'il s'agit d'aumône aux pauvres, il est mieux en situation de le rapportei", avec l'ensemble des commentateurs, au juste qui fait l'aumône; c'est lui que le psaume inspiré loue en ces termes magnifiques; les Corinthiens doivent avoir à cœur de mériter cette divine louange.

La « justice » ainsi louée est la droite conduite de l'homme en toute chose, spécialement sa bonté à l'égard du prochain, mais il est évident que, dans la doctrine de Paul, elle a une source surnaturelle ; l'idée de la « justification », de la « justice infuse » est donc bien encore à l'arrière-plan de la pensée, ce qui doit suffire aux exégètes qui la croient nommée ici.

i — A. 10. l7ctx.opr)YGv, ^^opY|Y>i<7Et : le verbe yopïJYétu (hap. leg. chez Paul, cfr I Pet. IV, 11) signifiait originellement « conduii'e un chœur », puis, par extension, « payer les frais d'un chœur » ; il en vint plus tard à signifier « fournir » à n'importe quel besoin, et, au passif, « être bien fourni » {Aristote, al.). On peut admettre l'idée ingénieuse de Bachmann, qui maintient ici au verbe sa force métaphorique : c'est comme si Dieu lui-même payait les frais pour la création de la semence. L'autre verbe, Imyo^ti-^i^a (cfr Gai. m, 5, Col. ii, 19, et II Pet. i, 5, 11) ajoute une note d'abondance, de profusion. — Les mots >caî aptov eiç ppGiaiv, qui sont un écho ûUsaïe, lv, 10, sont un second régime de èj:i)(^op. et non le complément de y^opïjYrJaei qui suit, contre Théodovet, vulg., latt. — Au lieu des futurs x.op»]Y'î<^£'» nXyjOuvsï, «ùçrîaEt, Chrys. et k°, D°, F, G, K, L, al. ont des aoristes optatifs, -/opYiYr[oai, etc., mode du souhait ou de la prière, ce qui est presque étranger à l'usage de Paul. — aù^rîast, (ai!»Ç»)ca[ dans ?■"*, F, G, al.) avec le sens transitif qu'a toujours le verbe «ùÇâvo) dans les LXX, et ordinairement chez Paul (cfr I Cor. iii, 6, 7.), qui l'emploie 3 fois (sur 9) au passif, et 3 fois seulement à l'intransitif, (dans Eph. et Col.). — yEVTÎjjiaTa, hap. leg. chez Paul, (forme non classique pour yévvtji^x) est un terme technique pour les produits de la terre, champs et vignobles (v. Windiscli; Ndgeli, pp. 32, 64).

■^' 11. Le verset commence par ïva, F, G, latt. — 7:XouTt^o\u.evo[ pourrait être coordonné à l'extrême rigueur à 'é/ovreç du v. 8, qui est pourtant bien éloigné, ce qui nous lerait prendre les phrases intercalées comme une sorte de parenthèse; aussi est-ce plutôt un participe à la place d'un verbe fini, comme il arrive si fréquemment en ces (chapitres, cfr vin', 19, 20, 24, ix, 11, 13, (et plus bas x, 4, 5, etc., v. infra). — i7:l6xr\x(x, encore un mot caractéristique de la section, même sens que ci-dessus, vni, 2, mais «on que i, 12, et que ci-dessous ix, 13, ix, 3, ni que Ep/i. vi, 5, Col. m, 2. — Dans P^^^

236 SECONDE ÉPITHE AUX COHINTHIENS, IX, 6-15.

12. *"0n -r) oiaxovia tyjç *XsiTOUpYfaç Taûr/)ç où [xovov èaxlv TCpcaavaTCXr^pouaa xoc ûa'cepYjiJt.aTa twv aY^wv, àXXà v.7.\ *TC£piacrâ6ouo'a Sià tcoXXwv £Ù;(api(TTt(ov xw Geo)' 13. Stà Tîîç *oûy,i}ji,Yiç TYj? otay.oviaç Taùr/];; *ôo^âÇcivx£ç tcv ôsbv etci tî) ÛTcoTaY"?) TTjç *ôj;-oXoYtaç 6;j.(5v sî; to B\)ci!,^{^é\iOv xou Xpwcou y,aî *«;TCX6TY]Tt xr,q *xctva)vtaç ecç ajToùç xal zlq Tîàvxaç, 14. *xal aùxwv â£"/]a£i UTvèp ûjacov *£tcixoôoûvx(ov 6[;.aç Su xr,v ÛTC£p6àXXouaav *X'^P^'^ '^°^ ^-^3 ^? u|j-ïv.

15. Xâpi^ xôî Oîw e^d xri * àv£'/,oi'r] y'<Îx(i) aùxoO oojpeS.

st xiç pour 7)-tç, confusion. — TwOewdoit se joindre à sùx«P' [Plummer, Belser, Gutjahr, Windiscli, al.) plutôt qu'à /axapy.

B. 10-11. Paul insiste sur les récompenses temporelles que peut attendre la bieniaisance, mais toujours dans le même esprit qu'au v. 8, comme adjuvant et instrument des actes de vertu et de l'avancement spirituel; la richesse qu'il fait entrevoir en fin de compte, c'est la faculté de se dévouer aux autres sans obstacle, l'ardeur à les secourir en toute simplicité (àiiX., cfr. vni, 2), ce qui exaltera les actions de grâces rendues à Dieu par Paul et par tous les chrétiens. La gloire de Dieu doit être la fin dernière de toute action humaine. Ainsi se prépare la « péroraison » très significative et entraînante des versets 12-14 (v. infra).

Dieu, en effet, qui se montre si généreux dans l'ordre de la nature, ne peut l'être moins dans l'ordre moral et surnaturel. Qu'on voie ce qu'il fait pour le laboureur. Les images agricoles, continuées du v. 6, (cfr haïe lv, 10, Osée x, 12) sont des exemples stéréotypés, de simples lieux communs, car les citoyens d'une ville do commerce telle que Corinthe n'avaient guère d'intérêt direct aux travaux agricoles [Windisch). Le citadin Paul les prend dans le répertoire de la Bible et delà diatribe.

——• A. 12. T^ç XEiToupYi'a? est un génitif d'apposition à Sia-toviaç. Le substantif XsiToupYÎa signifiait « service public » dans les cités grecques ; d'abord profane, il a pris occasionnellement, chez les Juifs (cfr Luc, i, 23, Heb. vm, 6, ix, 21), et dans l'helléni.sme, le sens religieux de « service sacré », ainsi pour le Sérapéum d'Alexandrie [Deissmann, Bib. St. p. 140, et LO). Paul se l'approprie pour désigner cette collecte, qui est un acte de solidarité des églises, corps du Christ ( Windisch), et un service fait non seulement pour les pauvi*es, mais pour Dieu {Lietzmann) ; il associe ailleurs le même mot à l'idée de sacrifice [Phil. n, 17; ibid. 30, c'est un service rendu à lui-même par l'église de Philippes, cfr XEt-coupyiç de Phil. ii, 25); 2 l'ois {Rom. xiii, 6, XV, 16), il emploie le nom d'agent XetxoupY<i? en parlant du service de Dieu ou du Christ (cfr Heb. i, 14, XgiroupYtxà 7tv£Û[jiaTa, dit des Anges). Le verbe XstxoupYrJaai est dit de notre collecte (peut-être au sens neutre?) Rom. xv, 27; mais le sens religieux de Xs'.ToufY'-* dans notre passage est hors de doute {Plummer^ Bachmann, Gutjahr, etc.); Corn, a Lap., avec d'autres, comparait même ce sacrifice de biens temporels, fait en l'honneur de Dieu, au grand sacrifice de la messe, suprême « liturgie » — rapicae^iouaa, ici au sens inlransitif.

B. 12. Après avoir exalté les avantages généraux, temporels et spirituels, pour ce monde et pour l'autre, de la bienfaisance, Paul, d'une façon discrète, confie aux Corinthiens ce qui constitue dans sa pensée l'utilité suprême de leur aumône à Jérusalem. Elle est si haute qu'il la présente comme plus qu'un acte méritoire de .bienfaisance, comme un service vraiment sacré, à cause des actions de grâces religieuses et de l'accroissement de charité qu'elle est apte à produire ; c'est une idée qu'il va préciser aux versets suivants.

. A, 13-14, ooy.i[xr)? (cfr vm, 2), ici au sens de « preuve faite », comme

Rom. V, 4, al., cfr le sens de ooxt(xâÇav supra, vm, 8, 22. — SoÇdîÇovtsç, encore un parti cipe isolé; il se rapporte, avec beaucoup de liberté grammaticale, à xôjv àyccov du pré-

12. C'est que le service de cette fonction sacrée n'est pas seulement apte à combler les besoins des saiots, mais il porte plus loin, par la multitude des actions de grâce [qu'il fait rendre] à Dieu: 13. Par suite de l'épreuve démonstrative de ce service, [eux] ils glorifient Dieu pour votre soumission à la même profession de l'Évangile du Christ, et la simplicité de [votre] communion avec eux et avec tous; 14. par la prière pour vous ils s'emplissent aussi pour vous d'affection à cause de la grâce suréminente de Dieu [qui repose] sur vous.

Page 1