Paul et la communauté
Notre commentaire précise suffisamment les rapports de Paul avec l'église prise comme un tout; c'est assez de les résumer ici en quelques mots.
La communauté de Corinthe n'est nullement traitée en rebelle, mais en fille très chère, quoique un peu oublieuse parfois de sa ferveur ancienne, et de l'amour paternel de son fondateur. Elle est bien cependant toujours une fiancée du Christ (xi, 2) ; seulement elle devrait se méfier davaatage du serpent. Il n'est pas question d'une insurrection générale contre Paul, mais d'une certaine indifférence et d'une certaine négligence [Belser, al.). L'église a heureusement donné des marques de son obéissance; il ne lui reste qu'à porter cette obéissance à la perfection (x, 6) et à grandir dans la foi (x, 15). Quand ce résultat sera obtenu — et Paul compte à cet effet sur sa lettre et sur sa visite — l'Apôtre attend beaucoup d'elle pour l'expansion de l'évangile (x, 15-16).
Ce qu'il lui demande, c'est d'abord de reprendre pleine conscience de l'amour qu'il lui porte, et des droits paternels qu'il a sur elle. Elle doit donc se défaire des intrus qui cherchent à la corrompre et ont trouvé en son sein quelques malheureuses complicités, — rares probablement, — et, dans l'ensemble, une tolérance qu'il faut blâmer. Outre qu'elle n'est pas à l'honneur des chrétiens de Corinthe (xi, 19-21), elle les met en péril délaisser, par insouciance, altérer leur foi dans le vrai Christ (xi, 4), cette foi qui pourtant (si l'on s'en rapporte à i, 24), est jusqu'ici demeurée ferme. La constatation la plus inquiétante, le point spécialement faible qui explique toutes les autres faiblesses dont l'église aura à se guérir, c'est qu'elle ne s'est pas encore débarrassée des dissensions intestines et du libertinage, qu'elle ne sait pas imposer assez énergiquement la pénitence à ses membres pécheurs (xii, à la fin). Paul devra donc y mettre ordre dans sa visite (xii fin et xiii) ; il s'attend du reste non seulement à ce que l'église s'y prête sans résistance, mais qu'elle y aide avec zèle, et devance môme son action répressive et purificatrice. Puisse-t-elle se livrer de tout son cœur et de toutes ses forces à cette coopération avec son Apôtre, chez qui elle devra mieux apprécier désormais le désintéressement, l'amour sans calcul, la confiance inaltérable, et la puissance de l'œuvre que le Christ lui a donné d'accomplir pour elle !
Entre Paul et sa communauté il n'y a donc eu qu'un peu d'incompréhension et d'oubli tout à la charge des Corinthiens, au plus des petites querelles de famille faisant tache sur un fond d'attachement et de confiance réciproques, qui se sont heureusement réveillés, ce dont Paul va être prompt à tirer parti pour ramener ses enfants à toute la fidélité et atout le zèle chrétien des premiers jours. Si le ton est devenu plus pressant en cette fin de lettre, à cause de la
visite prochaine qu'il faut au mieux préparer, le fond des sentiments est bien resté le même qu'aux premières pages.
//. Les adversaires de Paul.
Or, le ton est tout autre lorsque Paul parle à la communauté de ses ennemis, pour la prémunir contre eux.
Il y a d'abord les intrus, les faux apôtres ; ensuite, le parti, restreint sans doute, qu'ils se sont fait à Corinthe, et que l'égclisen'a pas su réprimer comme il fallait. Cherchons à identifier, et ces perturbateurs, et leurs complices ou leurs dupes.
Les faux apôtres venus du dehors. — Nous apercevons au premier plan un groupe — ou plusieurs — envers qui Paul n'use d'aucun ménagement, mais qu'il aborde avec une vraie déclaration de guerre (x, 2-7). Il les traitera coup sur coup d'intrus qui s'installent dans le champ d'autrui en ne se recommandant que d'eux-mêmes, de gens intéressés, insolents, despotiques, qui se glorifient «selon la chair », qui prétendent être les « hommes du Christ » à un titre spécial, mais qui prêchent « un autre Christ », dressant leurs forteresses d'arguments contre « la science de Dieu » ; il les appelle par dérision les « surapôtres », mais les dénonce comme des émules du serpent de la Genèse, des faux apôtres, des ministres de Satan qui se déguisent en ministres de justice, des gens qui vont à leur perte éternelle. Tout y est.
Contre celte tourbe il se voit forcé de défendre son œuvre et sa personne, — sa personne à cause de son œuvre et de sa doctrine, qu'ils sapent insidieusement en l'attaquant. Ce sont eux qui le raillent comme courageux de loin et désarmé quand on l'aborde en face, qui traitent son désintéressement d'hypocrisie, ou d'aveu d'infériorité en apostolat, ou de froid orgueil insultant pour les fidèles ; ils le trouvent même dépourvu d'éloquence.
Quels peuvent être ces tristes gens?
Ce sont évidemment les mêmes que les premiers chapitres nous ont déjà dénoncés en passant, ces « certains individus » qui viennent d'autres églises munis de lettres de recommandation, mais sans succès apostoliques à faire valoir; qui prêchent un Christ qui est « oui et non », et voilent 1' « esprit » sous la « lettre » périmée, n'ayant de connaissance de Jésus que « selon la chair», et choqués de la liberté et de la franchise des vrais apôtres. Aussi ils s'emploient à les calomnier, et nous pouvons croire qu'ils ne se sont pas fait faute d'exciter les marmures au sujet des plans de voyage modifiés, de rendre pénible la « visite intermédiaire », peut-être d'inspirer « l'offenseur » et de soutenir la minorité qui a fait une sourde opposition quand l'église a infligé à celui-là une peine proportionnée au délit. Ni la lettre de Paul ni la mission de Titus ne les a fait désarmer sincèrement.
Plusieurs indications (ch. iii-iv) nous portaient à voir en eux des Judaïsants^ KUes se trouvent confirmées par le ch. xi, qui nous apprend qu'ils sont « Hébreux, Israélites, semence d'Abraham », et qu'ils s'en targuent. En parlant du Christ, ils s'attachent avant tout à ce qui est, dans l'apparition du Sauveur, d'ordre purement naturel, national ou humain, ce qui leur voile le reste, l'essentiel, !'« esprit». Cependant rien n'indique qu'ils soient palestiniens, puisqu'on pouvait être « hébteu » autrement, et que leurs pédantes exigences à propos
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d'éloquence révèlent en eux des hommes cultivés à la grecque. Nous y verrons donc plutôt des Juifs hellénistes de la Diaspora. Au reste, il n'est pas dit qu'ils prêchent la circoncision comme leurs émules de Galatie (ce qui ne les eût pas, sans doute, rendus populaires à Corinthe), mais seulement qu'ils exaltent Moïse aux dépens du Christ. Ce devaient être de ces beaux parleurs comme les juiveries d'alors en produisaient plus d'un, assez capables avec leur faconde d'Orientaux aiguisée par une certaine formation rhétorique à la mode, d'attirer l'attention de la plèbe dans les villes grecques. Ils allaient de l'une àl'autre, puisqu'ils sont signalés au ch. in comme des itinérants, et y prêchaient quelque doctrine d'apparence épurée et philosophique, peut-être une espèce de gnose judéopagano-chrétienne, prodrome de celle que les Epîtres de la Captivité nous montreront à l'œuvre dans les églises d'Asie-Mineure. Aussi n'y a-t-il pas lieu de supposer qu'ils se recommandaient spécialement des Douze, et l'épithète de « surapôtres w porte à croire plutôt qu'ils se mettaient, avec leurs spéculations ou leur ascèse, au-dessus de tout l'enseignement commun. Ceux qui les munissaient de recommandations ne devaient pas être les judaïsants stricts, ni encore moins (sinon par surprise) les autorités des églises judéo-chrétiennes. Ne pouvait-il exister dès lors, pour les favoriser, d'autres églises d'origine judaïque (ainsi, d'après VEpître à Tite^ celles de Crète, que Paul semble avoir trouvées toutes formées, mais mal formées, à son passage dans cette île), églises où les restes d'un judaïsme mystique ou « libéral » se mêlaient à des tendances gnostiques plus ou moins conscientes, au détriment de la doctrine du salut par la Croix, la foi et les œuvres de la foi, sans qu'il y eût cependant d'opposition principielle avouée entre leur christianisme altéré et le vrai christianisme des apôtres? Elles auraient formé un terrain d'élection, et peut-être le quartier général, des faux apôtres dont il s'agit. Hypothèse, je le veux bien; mais pas invraisemblable.
Ainsi nous n'allons pas, comme Lutgert, jusqu'à prendre ces opposants déclarés pour des libertins « gnostiques » proprement dits, mais pour des faiseurs de spéculations où, sur la base prétendue des enseignements évangélique et mosaïque combinés, se dressait quelque mystique d'allure gnosticisante. On comprendrait fort bien alors comment ils pouvaient grouper autour d'eux les mécontents des partis les plus divers (v. infra).
Étaient-ils nombreux? On l'ignore. Le nç de x. 7 et le 6 èpx;o[Aevoç de xi, 4 désignent en tous cas non un individu, mais une collectivité (contre Menzies). Leurs « missions » à Corinthe avaient-elles commencé depuis longtemps? Peut-être, puisqu'ils s'étaient fait un parti, et si c'est à eux en partie — chose possible — que Paul faisait déjà allusion I Cor. m, 11, 17 (v. notre comm., ad loc). Us y passaient en se relayant, et quelques-uns avaient dû s'y fixer, car la mention de lettres qu'ils cherchaient à obtenir des Corinthiens eux-mêmes (ni, 1, v. ad loc.) n'entraîne certainement pas qu'ils eussent déjà tous quitté l'église, et la vivacité des attaques de Paul, les calomnies récentes à propos de la collecte, font bien plutôt supposer qu'il les avait toujours en face de lui.
Mais ils n'étaient pas les seuls que l'Apôtre eût à vigoureusement réprimer.
Les complices. — Les intrus, qui paraissent avoir été des gens actifs et habiles, forts en discours et en raisonnements, n'avaient que trop réussi à
introduire quelque malaise dans l'église, et à envenimer des incidents malheureux; car ceux qui voulaient rester les plus fidèles à Paul ne savaient trop parfois comment répondre à ces astucieux personnages. A côté de cette connivence involontaire et inconsciente chez beaucoup de chrétiens moyens, il faut croire qu'ils avaient trouvé des complicités moins naïves. Et ce devait être chez ces « libertins » que ni la Première Epître, ni la mission de Titus, trop spécialisée, n'avaient pu amener à une pénitence sincère.
Qu'il y eût de tels chrétiens, peut-être assez nombreux, qui paganisaient encore, et ne s'étaient pas convaincus en pratique que « tout ne leur était pas permis », le texte le dit assez clairement aux chap. vi, 14-vii, 1 et aux chap. xii, 20- XIII, 2 (v. adloc). C'est à eux que Paul adresse ses menaces les plus expresses, pour le temps prochain de sa visite.
Nous avons essayé de décrire leur état d'esprit dans notre premier commentaire, et nous n'y reviendrons pas en détail (v. comm. de I Cor., Exe. iv et passim). Rappelons seulement que ces laxistes paraissent avoir été aussi, en bien des cas, de faux « pneumatiques ». Il est probable qu'ils n'osaient plus propager d'erreurs théoriques, par exemple au sujet de la Résurrection, ni de la participation au culte païen, ni des principes de la morale, puisque Paul rend à l'église ce témoignage (i, 24), qu'il n'a plus à la redresser en ce qui concerne la foi spéculative. Mais leur pratique n'était que peu ou point réformée. Ils gardaient rancune à Paul de son sévère redressement, et devaient par conséquent être tout disposés à en croire les prédicateurs étrangers qui s'efforçaient de déprécier la personne et l'autorité de l'Apôtre. L'origine et les tendances judaïques de ces intrus, si nous nous en sommes fait une image fidèle, n'étaient pas de nature à empêcher un cartel entre eux et des « pneumatiques » paganisants. Avec des instructeurs qui prétendaient perfectionner l'enseignement de Paul, ne le considérant pas comme la doctrine pure ou complète du Christ, il leur était facile, provisoirement au moins, de trouver un terrain d'entente contre le gêneur, l'ennemi commun. C'est de l'expérience quotidienne, partout où existent des troubles politiques ou religieux.
Il n'est pas clairement dit, cependant, que ces pécheurs ou libertins aient constitué un parti, surtout un seul parti. Mais on peut le conjecturer avec vraisemblance d'après xni, 20, où Paul s'élève contre des divisions intestines qui peuvent être la suite des anciennes factions combattues dans la Première Epître, ainsi que de l'exhortation finale à garder l'union et la paix (v. infi-a, XIII, 11). Puisqu'il n'est plus question dans toute l'Epître de « cette sagesse du monde» dont s'étaient engouées autrefois certaines coteries (I Cor. i-ii), surtout, comme nous croyons, dans le « parti d'Apollos », nos suppositions se porteront plutôt sur le « parti du Christ ». (Id. Weizsàcker, Godet, al.}. Il n'aurait pas disparu, et se serait mis à faire cause commune contre Paul avec les prédicateurs intrus, — lesquels, du reste, par leur côté judaïsant, pouvaient attirer aussi quelques entêtés du « parti de Céphas », tandis que leurs affinités gnostiques, tendance qui tôt ou tard en vient à faciliter la licence, attirait ceux il qui « tout est permis » .
C'est une opinion discutée, et nous savons bien que la grande majorité des ci'itiques la rejette ou la tient en méfiance. Bachmann et Windisch, qui y sont opposés, reconnaissent cependant comme possible : le premier que les
SECONDE ÉPITRE AUX GORINTinENS. 18
agitateurs venus du dehors aient exploité, en se disant les vrais envoyés du Christ, la disposition de ceux qui se seraient mis au-dessus des partis en disant : « Nous sommes du Christ » ; le second, qu'un groupe d'opposition, intitulé « parti du Christ » se fut graduellement formé et concentré, avec l'encouragement des intrus, au cours de la lutte contre l'autorité de Paul. //. D. Wendland admet aussi ces possibilités. Je suis porté, pour ma part, à voir là plus qu'une simple hypothèse.
Nous maintenons tout ce que nous avons dit en notre premier commentaire (Exe. v) sur l'existence et les caractéristiques d'un « parti du Christ » à Corinthe. C'était évidemment celui-là qui devait le plus malaisément se soumettre, s'il était fondé sur ces bases impossibles, hélas! à ruiner tout à fait, que sont l'indifférence morale et l'orgueil spirituel. Or, nous avons vu que Paul s'attaque à des gens qui prétendent « être du Christ » (x, 7); à n'en pas douter, puisqu'ils formaient un groupe spécial, opposé spécialement aux droits apostoliques, ils prétendaient « être du Christ » à un titre plus étroit que les autres croyants (contre Beiser- et d'autres qui prennent cette expression au sens le plus commun et la rapprochent par exemple de Ro?n. viii, 9, 1 Cor. m, 23, XV, 23, Gai. III, 29). Dire aussi que ce ne peut être un parti de mauvais chrétiens parce que Paul aurait eu l'air de s'assimiler à eux sur ce point-là (en disant : « Qu'il songe bien que, tout comme il est du Christ, nous le sommes de même »), cela n'a point de sens; c'est ne rien comprendre à l'ironie de Paul^ pareille à celle de xi, 23, où il appelle « ministres du Christ », afin de parler comme eux, ceux qu'il a dénoncés déjà comme « ministres de Satan »; ironie sur laquelle il appuie d'ailleurs un peu plus loin, x, 12, « nous n'osons pas nous égaler ou nous comparer, etc. ».
Ainsi nous considérons comme au moins très probable que le « parti du Christ » s'était perpétué dans l'ombre, ou reconstitué au milieu des intrigues soulevées contre Paul par les prédicateurs étrangers. Paul les met et les écrase tous ensemble. C'était l'opinion de Zahn et d'autres, notamment d'exégètes français, Toussaint^ Leinonnyer. Nous nous y tenons. Belser dit que les « hommes du Clirist », de II Cor. ne peuvent être les mêmes qu'un « parti du Christ » signalé dans I Cor., parce que ceux de notre épître s'arrogeaient sur Paull'avantage de mieux représenter le Christ; mais c'est justement là ce qui caractérisait pour nous l'ancien « parti du Christ » : de mettre leurs interprétations de l'Évangile au-dessus de l'autorité des apôtres, soit Paul soit les Douze.
Voilà donc, — intrus et libertins, tous prétendant mieux comprendre le christianisme que Paul, — le groupe composite d'adversaires contre lequel Paul se laisse aller à sa vivacité d'indignation. Quant à l'église elle-même, qui n'est pas sans reproche à cause de sa timidité et de sa tolérance, il l'interpelle tout autrement, comme un père à qui elle a donné plusieurs sujets d'affliction, et qui s'en explique en toute netteté, mais qui n'en reste pas moins plein de ménagements et de tendresse, — surtout après les signes indubitables de bonne volonté qu'il vient d'en recevoir quand il a fallu réparer « l'offense ».
C. — OH. XI, 1-15. Cn.VINTËS QUE SUSCITE CHEZ PAUI. SON AMOUR JALOUX. IL DÉFEJND SON ENSEIGNEMENT, SPÉCIALEMENT AU POINT DE VUE DE LA GRATUITÉ.
Intr. — Paul vient de dire qu'on ne peut cependant pas mettre en balance son auLorité de père avec celle d'enva/iisseurs vantards. Il s'anime tout à coup à l'idée de ce que ceux-là pourraient foire d'une fondation qui lui tient si profondément au cœur. Il faut que les fidèles restent bien convaincus que ses procédés d'apostolat, à lui, étaient les vrais et les bons. D'abord il repousse les critiques soulevées à propos de la gratuité de son ministère. Ce désintéressement au moins le distinguera toujours d'une façon éclatante des faux apôtres, contre qui son indignation finit par éclater.
Ch. XI, 1. *"0^£>.ov àv£i)(£(70i *[).0Q [/ixpov Tt «fpoc>ÙTqç ' ocWoc V.Cil "^vs/eàSc [100. 2. ZyjXw yàp ô\Mq 0sou Cv^Xw, *iip[).0(7âiJ//]V yàp ûjxaç âvî àvâpl TcapOévov àyTr^'*
Ch, XI, 1. Si seulement vous supportiez de moi tant soit peu de déraison! Mais enfin oui, supporlez-moi! 2. C'est que je suis jaloux de vous, d'une jalousie de Dieu ; car je vous fiançai à un seul homme, comme
A. Ch. XI. 1. oyeXov, exclamation de souhait hellénistique; le classique est woeXcy, imparfait, avec l'infinitif; Paul l'emploie deux autres fois (I Cor. et Gai.) et VApocnne fois. Dès le premier mot, on peut présager que cette « apologie » ne sera pas académique; G, K, al. portent cipsXov. — On lit t% à^poa. [xou dans F, G, vulg. et [xou [j-t/.. Ti -rîj àçpoCTijVT) dans K, L, F, al.; pu manque dans P'*'; pu^ doit être le régime do àveiy., et f*i/.. Tt T, àyp., un accusatif de l'éférence; dans le grec scripturaire, il est plus fréquent de trouver deux génitifs, mais l'accusatif peut se renconti-er comme en classique (Plummer). Pourtant pu est joint à àfp. par Lietzmann, et Windisch hésite. — A cause de l'adversalif àXXà, la plupart prennent àv£y^£a8s pour un indicatif : « vous me supportez »; mais la raison n'est pas cogente, et c'est un impéràlff dans vulg., ainsi que pour Hofmann, Bachmann, Belser, Gutjahr, Menzies; l'adversalif peut simplement marquer la réaction psychologique contre le doute impliqué dans 1 a. Si c'était un indicatif, il y aurait une ironie par trop amère dans la bouche de Paul disant à ses enfants : « Vous me supportez » ; cfr d'ailleurs infra, le v. 16,
A. 3. ÇrjXSi : « jalousie » au sens fort, et pas seulement « zèle »; l'A. T. parle souvent du « Dieu jaloux ». — /ippcaixyjv : le verbe àpp'ÇeaOat signifie en classique : « se fiancer »; ici il est actif exceptionnellement; Tliéodoret explique que Paul se donne comme Tcpopi^txTcop xa\ yapu pat-uriç. L'infinitif rtapaaTîJaai n'a pas pour régime indirectlv\àvSp( (celui-ci se rattachant à i\ç\i.o<s. qui ne peut être sans un tel régime), mais t. XptaTw (06(3 dans le ms. 37), et napO. ày. comme régime direct (contre Bèze, Bengel, Bac/nnann); cet infinitif isolé est l'explication de rippa., ou bien en marque le but.
A. 3. [jLvÎTcoTe pour ji.ii "^'-^Sj F» Gr. — 6 ôyiç -/.tX., voir Genèse, m, 4, 13. — oiltco ajouté après cpOapT) dans E, K, L, M, vulg., si/r. — à-izloz. et âyvor. sont intervertis dans D*, E, d, et xxl t9)ç &p6xf]xoi, que plus d'un critique met entre crochets, est omis dans la vulg., ainsi que N°, D«, K, L, M, P, f, syr., Clcm., Origène, al.; nous le conservons avec Soden, Vogels, et Merk, (quoique Lietzmann, Bachmann, Sickenb., Gutjahr, H, D, Wendland, al., le suppriment), à cause de la paronymie et de la rime, qui •ist un procédé favori du style de Paul; il pourrait cependant avoir été suggéré par
xapaaxïjaai tw XpiCTW* *3. (fo6ou\K(xi 5s \>.'fi tuwç, wç ô oçiç è^vjTCàtr^ŒîV Eliav âv rî]
âyvTjv de 2. Windisch croit possible une dittographie deaTtX., qui eût été « corrigée » par changement de deux lettres (ÂIIA-ArN); une « haplographie » nous paraîtrai plus vraisemblable.
B. 1-3-3. En ses contradicteurs Paul a démasqué dos intrus; il va montrer combien ils restent au-dessous de lui sous d'autres rapports.
Mais ne vient-ils pas de blâmer dédaigneusement ceux qui « se recommandent euxmêmes » (x, 18)? Ceux-là sont des êtres déraisonnables. Eh bien! il demande pourtant à ses Corinthiens de tolérer qu'il les imite un peu, — en appax'once du moins. Le changement de ton est surprenant autant que brusque; mais la raison générale en sera donnée à la fin même de « l'apologie » (xii, 11, v. ad loc). Et tout de suite, voici le motif de sentiment qui justifie tout : Paul est jaloux, et il est bien dans le rôle d'un jaloux de rappeler ses droits, et de faire des scènes à ceux qu'il aime.
La sincérité, la spontanéité parfaites de l'Apôtre coïncident avec l'art le plus consommé. Nous n'irons point pour autant jusqu'à supposer avec Windisch qu'une polémique si vive et si bien menée trahirait chez Paul l'influence de « mimes » auxquels il aurait assisté; ou encore moins, avec Dàc/isel{«. Kulturgeschichtliche Streifziigc », pp. 246-s.) qu'il se mette à jouer le rôle du « prétendant » écartant ses rivaux dans les comédies, — ce qui est une idée assez déplacée; mais, prenant 'l'affirmation de Paul tout à fait au sérieux, nous constatons une fois de plus quelle puissance de passion humaine, transformée par la grâce du Christ, il y avait dans son âme. S'il est jaloux à la lettre des Corinthiens, c'est comme Dieu l'était de son peuple choisi {Exode, XX, 5, Ezêch. xvi, 8-ss., al.), et il est jaloux pour Dieu, avec qui il ne fait pour ainsi dire qu'une personne, les sentiments de Dieu ayant passé dans l'Apôtre qui est son représentant sur terre : « vivit in me Ghristus ».
Avec quelle joie au cœur et quel ardent espoir, quand il les a convertis {supra, x, 14- . 15), ne les a-t-il pas fiancés au Christ, — comme un père donne sa fille à Tépoux choisi! Pour le temps présent, dit Chrysostome, ce ne sont encore que des fiançailles, mais le jour viendra d'introduire solennellement (Tïapaat^oat) les fiancées dans la chambre nuptiale; ce sera à la Parousie. Il faudra qu'elles se présentent à l'Epoux dans la fraîcheur d'une pureté virginale.
Admirons l'audace de l'espérance apostolique : l'efaire des vierges spirituelles avec ces recrues corinthiennes, dont il nous a décrit ailleurs les anciennes mœurs (I Cor. VI, 9-11, V. comm.). Remarquons aussi le choix de pareille image; Paul était bien loin de mépriser le mariage, puisqu'il en fait le symbole de la consommation idéale (v, comm. de I Cor. \iii).
Cette comparaison était courante dans la Bible, où Yahweh se dit si souvent l'Epoux de la nation Israélite. Paul a transposé celte notion aux rapports du Christ avec l'Église entière (voir surtout Eph. v, 22-32), comme ici à une communauté particulière prise comme une seule personne. Gfr VApocalypse, xxi-xxir. Bien plus, il étend cette imago à chaque âme individuelle rachetée {Rom. vu, 4, al.), et ce peut bien être le cas ici. Lorsque, dans la Première Epître, il comparait Içs avantages respectifs du célibat et du mariage pour les individus, il jugeait le premier supérieur parce qu'il rend plus facile de donner tout son cœur et toutes ses actions à Dieu, qui tient ainsi la place d'un Epoux suprême (voir comm. de I Cor. vu, 32, 34). Il est donc erroné de dire avec Windisch que l'union conjugale du Christ avec l'individu ne joue pus un grand rôle dans la mystique de Paul, dominée par les considérations éthiques. La figure du « corps » et des « membres » (I Cor. xii; al.) exprime d'ailleurs la mémo relation d'une façon encore plus intime. Enfin, il est absolument hors de propos
SECONDE ÉPITRE AUX COHINTHIENS, Xf, 3. 277
une vierge pure à présenter au Christ; 3. mais j'ai peur, comme le serpent séduisit Eve par son astuce, que vos pensées n'aillent se corrompre, [et déchoir] de la simplicité et de la pureté qui [convient] à
d'amener en terme do comparaison, ou en explication d'orig-ine, les mariages d'abstractions, les « syzyzies « des Eons g-nosliques, qui sont tout autre chose (même celle d' « Anthropos » et d' « Ekklesia »), ou les « hieroi g-amoi » des Mystères païens. L'imag-e, qui est très expressive, est de tradition biblique, et il n'y a pas d'autre origine à chercher.
Cette virginité de l'âme octroyée en don à des pécheui's, cette consécration du fond de leur cœur, dont les aftections avaient été jusque-là partagées, et prostituées à des amants divers, au Christ qui devient l'unique Époux légitime, et qui est toujours le même Christ (év't àvSpî), (les gens mariés, disent Chrys. et Tliéopliylacte, deviennent eux-mêmes « vierges » par leur union au Christ), c'est bien une « nouvelle création » (v. supra, V, 17). Mais, comme la création première, elle est exposée aux attaques de l'Ennemi; Paul le sait, il le voit, et c'est là ce qui impose à son affection ce caractère de jalousie « pour Dieu » ; jalousie sans égoïsme, toute différente de celle qu'il reproche à ses adversaires. Gai. iv, 17.
L'Ecriture, connue de tous les néophytes, leur a appris comment le Serpent parvint à séduire Eve au Paradis terrestre. L'Apôtre leur rappelle cette scène de la Genèse (1). (Notons, comme Windisch le concède, que la Genèse suffit à expliquer ce passage; il n'y a donc pas lieu, malgré son opinion propre et celle des autres syncrétistes depuis Bousset, d'amener ici des contes d'haggadas talmudiques sur un commerce luxurieux d'Eve avec le Serpent, qui n'apparaissent pas encore dans les Apocryphes, ni môme dans 1' « Apocalypse de Moïse » et la « Vita Adami et Evae »).
Mais le séducteur, c'est-à-dire le Diable (1' « Ancien Serpent » û!Apoc. xn, 9, xx, 2), cet adversaire auquel Paul pense beaucoup en cette épître (voir supra), il n'a pas désarmé, et s'en prend à la « Deuxième Création » comme à la première. Il fait tous ses efforts, et nous allons voir comment, pour corrompre les sentiments des Corinthiens et altérer leurs l'apports simples et saints avec le Christ unique, l'unique Epoux. Gomment l'Apôtre, en qui vit le Christ, ne serait-il pas saisi d'une jalousie passionnée, qui excusei-a ce que son langage pourrait avoir d'un peu « fou »?
Cette « folie », cette déraison, l'Apôtre ne s'y livrera d'ailleurs que plus loin (v. infra, à 16). Et l'on verra alors en quoi elle consiste.
- ■ ■ - A. 4. [xÉv (sans ôi correspondant) fortifie l'affirmation. — ô Ipy^dtAsvoi; = « le premier venu ». n'importe qui, voir Kïihner-Gerili II 60 A 9, et non pas un individu déterminé qui serait venu à Corinthe (contre Mcnzies) ; sens générique, comme ô Txpaaatuy de GaL V, 10 (Belser). — Xoiardv pour 'I/i^ouv, dans F, G, 4, f, g, i>ulg., arm, — - Ily a peut-être une nuance distinctive entre aXXov et f-cspov, v. infra.
Los témoins et les critiques se partagent entre àveî/^s^Oe imparfait (^vs-ysaOs Chrys. c'I' quelques cursifs) et àvi^sorOe présont. L'imparfait se lit x, D=*, E, G, H, K, L, M, P, ^'n-l^g-, holi., et beaucoup de critiques, Hofmann, Heijirici, Scluniedel, Be/ser, Bach, mann, Godet, Gutjahr, Toussaint, Callan, Sales, Tisc/iendorf, B. [Veiss, Soden- > ogels, Merk, al. l'admettent, après les anciens du reste, et Thomas, Estius, Corn, a '-'dp., qui voient dans ce verbe un « irrcalis » (v. infra). Le présent àvi-/^. est la leçon de P''G^ ]3^ j)*^ 17, pes., sali., al. (2), qu'adoptent beaucoup de critiques jusqu'à Nestlé,
(1) Il n'est question d'Eve ailleurs dans le N. T. que I T'un. ii, 13. — Plummer note avec 3'iste raiso.i que Paul n'avait pas à présumer que les Gentils ses lecteurs étaient au courant t'e légendes talmudiques.
(2) A et G n'ont pas ce verbe.
278 SECONDE ÉPITRB AUX COIUNTHIENS, XI, 1-15
si- -bv Xpwcôv. 4. El *(jièv yap * b ip"/i[jt,£Voç à'XXov 'IyjœoOv XQpùuGZi ov oùx, èx'rjpù- Ça[ji.;V, î] Tcv£3sJt,a *£Tep<5V Xa|A6av£T£ c eux èXâôeTe, v] EÙay^éXiov *lTepov o où*/. èèÉcaaôe, xoeXcoç *àv£i^c<70î. 5. AoYtTojj(.at *Yàp [^//jSèv *6(yT£pv;x£vai xwv *Û7C£pX(av
et que choisissent ou préfèrent Baljon, Cornely, Lietzmann, Plummer, Lemonnyer, Sickenberger, Loisy, H. D. Wendland, al., plusieurs s'appuyant sur l'analog-ie do àv£-/Ea6£ du V. 20, infra. Le cas est difficile à trancher; si nous préférons àveî/^oOe, c'est surtout pour dos raisons exégétiques (y. infra, à B),
L'interprétation n'est d'ailleurs pas uniforme chez tous ceux qui admettent l'imparfait, Mac/ien voudrait y ajouter le pronom (i.£ (« vous pourriez bien aussi me suppor ter ))), ce qui est arbitraire. Cet imparfoit àvEf/^eaôe, s'il signifiait un cas réel, s'accorderait malaisément avec les présents xTQpuaasi, etc., qui précèdent (1). Presque tous reconnaissent donc que c'est un « irrealis », équivalant au conditionnel « vous supporteriez ». Schmiedcl prétend bien que la particule àv ne pourrait manquer alors devant le verbe que si le contexte marquait très expressément 1' « irréel » (2) ; mais cette assertion ne paraît pas bien fondée, si l'on compare des textes de Paul ou du N. T. où la même absence se constate avec des « irréels » imparfaits ou d'un autre temps du passé, comme Rom. vu, 7, G-al. iv, 15, Joh. xv, 22, 24, xix, 11 (ou vm, 39 où N, B^, D, L, T portent iTtoteiTs, ainsi que Heb. xi, 15 d'après D) ; voir sur ce point Bachmann,
Ge n'est pas toute la difliculté. Faut-il voir dans les mots xaX. àvsi-/^., avec Heinrici et Reitzenstein, une question : « Auriez-vous raison de le supporter? » ou « Le supp.orteriez-vous de bon cœur? »? Ou bien une concession ironique : e Si vraiment c'était un autre Jésus [meilleur que le nôtre], que nous n'aurions pas prêché, qu'on TOUS prêche, etc., on pourrait vous louer de tolérer cela » (Ainsi Bachmann, Baiser, Gutjahr). — Nous aurions peine à l'admettre, car Paul reproche bien réellement à ses adversaires de prêcher ou d'insinuer « un autre Jésus et un autre évangile » (v. infra, à B); quant à la forme de question de Heinrici, elle met trop en doute la tolérance reprochée aux Corinthiens, tolérance dont Paul les raillera pour de bon, comme d'un défaut trop visible, au v. 20 (v. infra). Parconséquent nous gardons, avec beaucoup d'autres, à cette proposition son sens d'assertion conditionnelle, et prenons jMtXwç dans son acception très courante de superlatif, « parfaitement bien », non dans celle de « avec raison, à bon .droit ». S'il y a une certaine discordance entre les présents du début de la phrase et l'imparfait (= conditionnel) de la fin, on pourrait recourir à la rigueur à l'une des hypothèses énoncées par Windisch, et supposer que Paul, après avoir signalé des faits réels, dicte ensuite l'imparfait pour être moins catégorique, par ménagement pour la communauté; quelques points .suspensifs entre èSÉÇsiîjOe et /.aXô); l'cndraient bien l'elTet de ce changement latent de perspective. Le mouvement des sentiments en cette épître, où tant de phrases sont toutes en allusions at en nuances, est souvent ainsi fort difficile à bien fixer et à bien rendre dans une traduction.
B. 4. Paul donne la raison précise qui justifie sa crainte et par conséquent sa jalousie. De prétentieux docteurs qu'il désigne avec mépris comme « les premiers venus » sont à l'œuvre dans sa communauté (les présents, xTopûaaei, etc., indiquent assez que leur arrivée n'est pas future ni hypothétique), et leur intention, qui peut
(1) Windisch dit cependant qu'il est « supportable », et signale un cas semblable chez Platon, « Apologie de SocraLe », 33 A, et il propose, avec un imparfait « réel », une interprétation qui nous paraît un peu trop subtile.
(2) Lietzmann dit que, si l'on voulait voir un « Irréel », il serait mieux de séparer àv de p.t/,e(TOs (= ici £Ïx£Te), et de comprendre : « So wUret ihre schiin dran ! », (« alors vous seriez îiien! », « vous y auriez un beau profit »); ce qu'il juge avec raison improbable.
l'égard du Christ. 4. Car vraiment si le premier venu vous prêche un autre Jésus que nous ne prêchâmes point, ou que vous receviez un esprit d'autre sorte, que vous ne reçûtes point, ou un évang-ile d'autre sorte, que vous n'accueillites point... vous le supporteriez bel et bien. 5. Car je me rends compte de n'être en rien resté au-dessous des éminents surapôtres.
rester encore assez dissimulée, est de prêcher « un autre Jésus » que Paul n'a pas prêché à Gorinlhe; non pas un autre personnage historique que Jésus de Nazareth, mais un Jésus dont le caractère se présente autrement que dans le véritable évangile, un Jésus dont la doctrincreste embarrassée et obscurcie dans une enveloppe, un voile de traditions judaïques, au lieu d'être pleinement universaliste (v. supra, comm. de v, 16, iv, 4, m, 17-18); un Jésus qui est à la fois « oui et non » (comm. de 1, 19), donc bien différent de Celui qu'ont prêché les fondateurs, Paul, Timothée et Silas (Idem Menzies, Belser, Lemonnyer, Windiscli, Sickenberger, al., après les anciens); peut-être en même temps le Sauveur prenait-il dans les sous-entendus de leur enseignement des traits gnosliques (cfr Lûtgert; voir à I'Exg. xv); leur évangile n'était plus celui du salut par la foi, mais tenait secrètement à l'évangile judaïsaut que les Corinthiens n'auraient pas accepté quand Paul était au milieu d'eux (nous ne croirions cependant pas qu'on ait osé leur prêcher la circoncision et les observances mosaïques aussi ouvertement que cela fut fait en Galalie ; avec Belser, contre Sickenberger et d'autres). L'évangile paulinien était sapé hypocrilement, un esprit de faux spirituels s'introduisait dans l'ombre (t^v. éx.). Et beaucoup de Corinthiens ne s'en apercevaient point ou ne voulaient pas s'en apercevoir; l'église môme, à la prendre dans l'ensemble, se montrait trop tolérante, par timidité ou défaut de prévoyance. L'Apôtre, avec un mélange à lui de rudesse et de retenue, leur dit que, le jour où toutes ces erreurs se dévoileraient à nu, elles seraient sans doute encore supportées, et conquérant force adhérents formels dans leur communauté négligente; l'état actuel le lui fait pressentir. C'est direct, c'est dur; mais n'oublions pas que c'est un homme aimant et jaloux qui parle.
■ A. 5. Le Yotp initial ne peut rattacher la phrase qu'au verset 2, et non aux
versets 3 et 4 (v. infra, à B). — [xïiSèv uaiepriy-évat : parfait qui indique une chose acquise depuis le temps passé de la période de fondation, à laquelle se rapportaient les aoristes précédents. — {)7ï6p)a'av, jouant le rôle d'un adjectif, et proche de ureepavw classique, est un hapax iégomène absolu; peut-être Paul l'a-t-il forgé, peut-être a-t-il ramassé un mot de conversation familière(?); en tout cas, il est certainement employé avec une emphase ironique. Pour le rendre en français ou en allemand, ce terme de dérision, les traducteurs ont forgé des mots comme « Ueberapostel », « surapôtres », « archiapôlres », [Belser, Sickenberger, Gutjahr, Toussaint, H. D. Wendland, etc. ; Lemonnyer : « ces inégalabes apôtres »). Nous nous sommes arrêtés à l'expression : « éminents (Xtav) surapôtres (O-sp, et aTioa-c.) »; on pourrait certainement trouver mieux. Le mot sera répété xii, 11, en un passage qui enlève toute espèce do doute sur l'interprétation (v. ad loc). Il est étonnant que Chrys., Thèodt, riicoph., et d'autres Grec?, et un certain nombre de modernes à leur suite (v. infra, B, et Exe. xv) n'aient pas saisi l'intention dérisoire de cet adverbe extraordinaire; i^est sans doute qu'il n'était jamais sorti du vocabulaire de Paul, n'avait pu s'introduire comme néologisme jusque dans la langue grecque du iv'' siècle; on manquait de parallèles à lui confronter.
A. 6. Trois propositions elliptiques, dont la dernière porte encore un participe à valeur du verbe lini. — zî oï xai : ici eî xal est assurément un conccssif (ironique) signifiant « quoique » ou plutôt ; « si même, [comme on prétend] » ; or l'expression
oc-QcxôXiù'^. 6. *Et Sa y.al ^tâiWTvjç tw "kô-fiù, *àXX' où tîJ y^^^^^'» ''^^^' ^^ "icayTl
7. *''^H *à[ji,apTiav STuoivjaa *£[ji,auTbv TaTcetvGv ïva û[;-eïç 6^|>w6^Te, ou âwpeàv to
conjonctive est brisée par l'interposition d'un U; cet exemple est en faveur de l'interprétation que nous avons donnée de si' ye xaî au cli. v, v. 3 (v. ad loc). — îôto'>Triç = « profane «, au sens des écoles de rhétoriqne et de philosophie, ou dans le langage d'un métier quelconque, pour désigner ceux qui y sont étrangers; cfr I Cor. XIV, 16. — xfj> X6Yt}>, l'art oratoire. — çpavspaicravTeç (cpaveptoOévteç, plus intelligible, dans ï<=, D", E, K, L, P, al., vulg., syr., Chrys., sans doute par correction) doit avoir comme régime sous-entendu t. yvfiety ou aÙTTjv [ttjv Yvw<Jtv] [Lietzmann, Gutjahr, Sickenberger, al.) plutôt que àtiîji-rou; sTvai (« être irréprochables ») que suppose Reitsenstein (HM^, p. 367); Schiniedel, Godet, « les mystères de la gnose » ou « de la foi ». Avec les raccourcis du style de Paul, il est inutile de supposer la chute d'un mot (cfr Windisch). — èv naaiv manque F, G, vulg., Ambr"; encore variantes et allitération sur le mot tm%. — eîs uixa? probablement = « dans nos rapports avec vous », plutôt qu'équivalent de &|iïv. — àXX' èv TtxvTÎ... uiaSç est omis P-**.
B. 5-6. Ces deux versets se tiennent; le yap du commencement montre que Paul, après avoir donné la raison objective de sa « jalousie » au v, 4, en donne maintenant une autre, prise de lui-même, de son activité passée et présente à l'égard de la communauté corinthienne, — et de toutes les autres.
Sa modestie ironique continue. En faisant ses comptes, il peut se dire qu'il n a pas moins fait pour le bien des Corinthiens que ces nouveaux instructeurs qui prétendent dépasser ou effacer son œuvre. Car c'est bien d'eux qu'il s'agit toujours, de ceux qu'il a nommés ci dessus, avec assez de dédain déjà, les « premiers venus », et qu'il désigne maintenant, d'un terme encore plus sarcastique, comme des « apôtres » qui sont apôtres au-delà du superlatif (OrspXt'av). Telle est aujourd'hui l'opinion générale, et la seule bien fondée [Pfîeiderer « Urchristentum », Schmiedel, Lietzmann, Mcnzies, Plummer, Belser, Bachmann, Windisch, Lemonnyer, Toussaint, Gutjahr, Sickenberger, H. D. Wendland, al.).
Qu'il ne s'agisse pas des vrais apôtres, Pierre et les autres, dont les opposants auraient invoqué l'autorité contre la sienne, et en face de qui il revendiquerait l'égalité de ses droits, et rappellerait le succès au moins égal de sa mission, comme I Cor. XV, 10, c'est pour nous chose évidente malgré l'interprétation des anciens et des médiévaux qui n'avaient pas compris le sens de l'insolite ûjtspXfav. Leur opinion a passé jusqu'au P. Prat (« Théol. de S. Paul »), et naturellement l'école de Tubingue l'avait adoptée pour opposer Paul à Pierre, et nombre de protestants ont suivi l'ornière après Baur, ainsi Hilgenfeld, Hausralh, Heinrici, Schnedermann, Holsten, Holtzmann, Hall, Ed. Meyer, Schlatter, Reitzenstein ; Loisy, pour être fidèle à l'histoire de Paul qu'il s'est faite, dit que ces « surapôtres » comprennent nécessairement dans leur nombre Pierre et les Douze, quoique d'autres, la tourbe des prédicateurs de Corinthe, soient aussi visés.
Or, il serait d'abord étonnant que Paul fît sur les véritables apôtres cette digression d'un seul verset, que rien n'annonce, et qui cesse aussitôt, puisque, dans la suite du morceau, il en est revenu à parler uniquement des « faux apôtres » {infra, v. 13) où des Tubingiens seuls pourraient voir les Douze. Il n'y aurait pas de lien entre le V. 5 et le v. 4, où il s'agissait certainement d'instructeurs aux tendances hétérodoxes. Puis, au V. 6 (v. infra), ce ne peuvent évidemment pas être les Douze qui auraient une supériorité sur Paul au point de vue de l'éloquence (grecque). Voir Windisch, excellent dans cette discussion, Lietzmann, Boiser, etc. Nous verrons plus bas d'autres raisons qui confirment notre opinion.
6. Quand [je serais] toutefois un profane pour le langage, [je ne le suis] pas du moins pour la science, mais à tous égards et en toutes choses nous [1'] avons fait voir avec vous.
7. Ou bien aurais-je fait une faute en m'humiliant moi-même pour
Ainsi les « surapôtres » sont des « apôtres » au sens large, c'est-ù-dire des prédicateurs de l'Évangile qui passent d'église en église (comme faisaient Timothée, ApoUos et d'autres), mais sont pleins d'eux-mêmes, et se placent peut-être en pratique, comme le suppose Sickenberger, au-dessus des grands apôtres authentiques, Cil imposant des théories ou des obligations qui ne sont pas dans l'Évangile {y autre Jésus, Vautre esprit, etc.). D'où le nom que leur inflige Paul par sarcasme. L'Exc. xv a cherché à déterminer ce qu'ils pouvaient être.
Paul déclare donc qu'il ne se sent inférieur en rien à ces rivaux-là. Il paraît cependant faii'e une concession (certainement encore par ironie), car le Se au début de 5 oppose une restriction au (x/iSèv utjtEpYiîcévat de 5. Il se peut que, comparé à ces i( surapôtres », il ne soit qu'un profane, un « amateur » en fait d'éloquence. Rappelons-nous que les mêmes, qui trouvaient une certaine vigueur en ses lettres, affichaient du dédain pour l'action de sa présence et de ses discours oraux {supra, x, 1, 10). L'épilhète d'îSttixYis (« homme non initié, non exercé, homme sans culture ou formation ») était probablement ( Windisch) un mot qu'ils avaient mis eux-mêmes en circulation contre Paul. Ces exigences de beau langage nous ont servi à les identifier (V. supra, Exe. xv). Quant à la valeur de pareil reproche adressé à un orateur aussi éminent que Paul, initié môme sérieusement à la culture grecque, comme le montrent plusieurs de ses discours (Belser) et l'ensemble de ses lettres, elle se réduit à ceci que l'Apôtre ne se souciait pas de la rhélorique creuse des écoles, « polita et verbosa cloquentia Graecorum » [Corn, a Lap.), et n'était pas rhéteur ex professa {Belser, Windisch, al.); voir notre comm, sur I Cor,, Exe. i). Si eux l'étaient ou pi'étendaient l'être, c'est là un signe de plus qu'on ne peut les confondre avec les anciens compagnons de Jésus {Lietzmann, Belser, al.). Ils pouvaient exploiter à Gorinthe les préjugés entretenus contre la méthode de Paul dans l'ancienne faction d'Apollos (voir I Cor. i, 23, n, 1-4, m, 1, al.). Paul feint d'accepter cette note d'infériorité.
Mais admettons qu'il soit mauvais orateur; il n'est du moins pas leur inférieur, — à eux ni à personne — au point de vue de la « science » de Dieu (c'est ce que signifie YvGctÇj et non en premier lieu l'esprit pratique d'apostolat, comme le veut Bachmann. Voir notre comm. de I Cor., Exe. v). Sur ce point il a fait ses preuves dans ses rapl)orts avec Gorinthe, de toutes façons (2v navTt, cfr iv, 8, vi, 4, etc.) et en toutes matières (èv nàaiv). Cette dernière expression, dirons-nous avec Reitzenstein et Sickenàcvger, pourrait aussi s'entendre au sens de « près de tous » ses auditeurs, au masculin. Paul se défendrait d'avoir caché une partie de sa science de l'Évangile, comme on l'en aurait accusé afin de pouvoir « compléter « son enseignement; il affirmerait n'avoir pratiqué ni exotérisme ni ésotérisme en ce qni concerne la substance de la révélation; car nous avons vu ailleurs que la « sagesse dont on parle entre parfaits » (I Cor. ii, 6) n'entraînait aucune vérité révélée nouvelle (voir comm. de 1 Cor., Exe. v).
" A. 7. ^ interrogatif, pour donner plus d'emphase à la question (v. comm. de
I Cor.^ p. Lx). — à(jiapT:tav, aussi bien « erreur » que « faute » morale. — iautdv pour hJ-, dans D, E, F, G, al.
B. 7. Sans que nous nous en rendions compte avec nos idées modernes, l'Apôtre no passe pas brusquement à un tout autre sujet, mais, en traitant de la gratuité d& f^on enseignement, il veut encore montrer que sa doctrine n'était pas inférieure en
ToO 6îOJ EÙaYY^Xiov eb-qy^f tki(j<x\>,Tf'^ ûixïv ; 8. "AX\y.ç ày.y.XvjaCaç ea'jXvjaa Xa6o)v ■^oij^wvtov Tcpb; T-fjv ûj^.wv SiaxoviaV *9. xai wapwv TCpbç û\iaq xal ûffTsp'/jôeiç où '*/,a"£vap*/,-r)aa *0'jO£v6ç' *Tb ^àp 6aTép'^[j,a p.ou *'7cpoaaV£'âXrjpo)(Tav o( àâeXçot IXOovtîç àxb May.soovi'aç 'xal ev xavtt *àôccpv} è|j-aUTbv 6[;,ïv èr^p'/jfra xai r/;pf/crw. 10. *"Ea-tv
qualité. De plus, on verra par la suite (v. înfra, v. 12) que cette gratuité avait été un prétexte, non seulement pour le dédaigner, mais pour l'accuser d'orgueil, ou de jîianquo d'affection à l'égard de ses convertis.
Pour un instructeur, en effet, ne pas accepter de rétribution était contraire aux «usages du pays et de l'époque. Cette abnégation pouvait passer pour une maladresse; 3es sophistes disaient : « Ce qu'on donne gratis, c'est qu'on sait bien qu'il ne vaut pas cher » (Plummer). Par son désintéressement, Paul semblait donc, disaient ses .contradicteurs sournois, — non sans trouver probablemement quelque écho chez >aombre de Corinthiens déjà étonnés, — reconnaître lui-même qu'il sentait bien au fond n'être qu'un ?8ioStt)ç, un « amateur » qui n'osait pas se faire payer comme un professionnel vraiment expert ; c'était là au moins de sa part, aux yeux de certains « bourgeois », « un abaissement indigne d'un apôtre » ou d'un missionnaire {Meyer- Meinrici, Beiser, aL). Si on ne l'accusait point pour cela de « péché » au sens propre, du moins c'était une faute de nuire ainsi à sa considération, donc à son autorité. D'autres fois, le blâme pouvait s'inspirer d'une vue plus noble. Si la doctrine de Paul «st la bonne et la vraie, pourquoi donc refuse-t-il de se laisser soutenir dans son travail par les subsides de ses disciples? C'est qu'il se méfie d'eux, qu'il ne les aime ni ne les estime assez pour vouloir être lié à eux par aucune obligation. Orgueil ou «harité trop hautaine et distante, qui sentent également le « péché ».
Les adversaires ne se faisaient pas faute d'exciter ces griefs, ils avaient trouvé trop ■d'oreilles complaisantes, et eux, que l'Apôtre a déjà traités sans ambages de « bro. •canteurs » d'évangile (s«/jra, ii, 17), avaient bien garde de s'exposer à pareils soup- "çons et reproches (v. infra, v, 12), et de déprécier leur autorité en négligeant aucun ■des droits que leur conférait leur mission prétendue {Bachmann); ils allaient même yn peu loin dans cette ligne (v, infra, v. 20).
Voir encore plus bas le commentaire du v. 12.
' A. 8-9. âaûXr)<ja (auXaw OU (juXéto = « piller » ou « dépouiller » un ennemi vaincu, hap. leg. dans le N. T., cfr UpoauXeis de Bovi. ii, 22) et ô\{(tiiviov ( = « solde •en natui'e ou en argent », trouvé encore 1 fois respectivement, mais au pluriel. Boni., ï Cor. et Luc) sont de ces métaphores militaires chères à l'auteur.
y.x-r£vap-/.Y](ja (cfr xii, 13, 14), verbe très rare qui, d'après llésychius, équivaudrait à ^aT£6apY)aa, « j'ai sui'chargé, accablé». Il appartient originairement au langage médical -et se trouve chez Hippocrate (i, 1194), au passif, au sens de « être anesthésié », mais jamais à l'actif dans le reste de la littérature grecque; s. Jérôme (Ep. 121) y signale i{en ce sens figuré) un idiotisme du pays de Paul, un cilicisme; on pensera aux voleurs contemporains qui chloroforment leurs victimes pour opérer sans douleur ni débats; l'équivalent que nous avons pu trouver, « enjôler », est plutôt faible; — oùOsvôç, forme ancienne et distinguée pour oùSevdç. — TrpoaavaTîXrJpwaav (cfr ix, 12 TtpoaavauXvipoucaj, encore hap. leg. dans le N, T., se trouve dans la « Politique » d'Aristote et, au moyen, ■chez Platon; s'il ne forme pas une expression stéréotypée de Paul avec uaxîp., on pourrait croire, avec Plummer et Beiser, que le Ttpoa- implique un supplément de li'cssources ajouté à ce que rapportait le travail manuel de l'Apôtre. — L'adjectif àSaprjç, encore hap. leg. dans le N. T., se trouve dans le « De Goelo » d'Aristote au sens de « léger ».
B. 8-9. C'est évidemment par hyperbole oratoire que Paul se vante ou s'accuse
crue vous soyez élevés, du fait que je vous ai évangélisés gratuitement [dans] l'évangile de Dieu? 8. J'ai dépouillé d'autres églises, en prenant [d'elles] une paie pour votre service à vous! 9. Et quand je suis arrivé chez vous et me trouvais dans le besoin, je n'ai enjôlé personne ; car mes besoins, ce sont les frères venus de Macédoine qui y ont subvenu; et en tout je me suis toujours gardé de vous être à charge, et je m' [en] garderai.
(l'avoir «dépouillé », d'autres églises (comme un capitaine qui réquisitionne immodérément dans un pays conquis), pour le service des Corinthiens qui leur étaient étrangei'S. Enti*aîné comme il l'est dans sa « scène de jalousie ». il veut faire honte à cette communauté relativement riche (voir ch. vui-ix) de ce qu'il s'est laissé « payer » pour la servir par des chrétientés probablement moins fortunées. Non, il ne les a pas exploités, eux Coi'inthiens, par surprise (x«T£vapxïiaa), en extorquant sans doute des subsides secrets comme nous verrons qu'on a voulu l'en faire soupçonner {infra, xu, 14- 18) parmi des gens incapables de comprendre le désintéressement. Pour le prouver, il révèle, en toute franchise, en quoi consistait, dans le temps qu'il a passé à Corinthe, la totalité de ses ressources pécuniaires. Nous allons voir à quoi se réduisait, en fait, cette prétendue exploitation d'autres églises.
Quand il arriva à Corinthe pour l'évangéliser, il se trouvait dans un besoin pressant; les sommes que les Philippiens {Phil. iv, 15) lui avaient envoyées (très spontanément) par deux fois à Thessalonique — à cause du dénument où ils l'avaient vu quand il dut si hâtivement quitter leur ville {Act. xvi, 40), — et ce qu'il avait pu y ajouter par son travail manuel à Thessalonique même (I T/iess. ii, 9), tout cela, qui était de poids modique, avait dû vite se dissiper dans les péripéties du voyage à travers la Grèce et dans le séjour à Athènes. En arrivant à Corinthe il dut donc immédiatement chercher du travail, et il en trouva, comme on sait, dans l'atelier d'Aquilas {Act. xviii, 3). Cette occupation matérielle devait lui prendre la majeure partie de son temps au début, et ne lui procurer qu'un assez maigre entretien ; car, tel que nous le connaissons, sa fierté devait l'empêcher de recevoir de son excellent patron plus que le salaire ordinaire d'un ouvrier faisant le même travail. Et il ne manœuvra près d'aucun autre en secret pour se faire donner de l'argent. Mais les généreux Philippiens (et peut-être les fidèles de Thessalonique et de Bérée aussi), connaissant ou devinant sa situation précaire, et bien qu'ils fussent déjà peut-être eux-mêmes dans la gêne (v. supra, viii, 2), chargèrent (à son insu) Silaset Timothée qui partaient pour le retrouver (/Icf. xviii, 5), de Importer quelque argent qui, sans le dispenser du travail des mains (cfr Sickenberger), adoucit sa nécessité, et le mit en état de donner plus de temps à son travail d'apôtre. Dans la suite, quand les mêmes lui envoyèrent à Rome des sommes apparemment bien plus importantes, Paul les en remercia dans une page digne et exquise qui a transmis à tous les âges le souvenir de la générosité de CCS premiers chrétiens modèles {Phil. iv, 10-20). On sent d'ailleurs dans ce morceau fameux que Paul ne les avait nullement sollicités, — pas plus que dans les circonstances de l'apostolat corinthien. Il n'aurait pas accepté d'argent de leur main tant qu il était chez eux, et en mesure de gagner sa vie; mais, à cette distance et dans les conditions de sa captivité, il aurait eu bien mauvaise grâce à repousser ce témoignage iiifection filiale qui leur avait coûté sans doute quelque sacrifice, et grandissait leur vertu et leurs mérites.
voila comment Paul s'était fait « pilleur » ou exploiteur des églises de Macédoine, -- en faveur des Corinthiens.
Ue ceux-ci il n'a jamais voulu rien recevoir, et assure qu'il ne le fera jamais, pour ^i raison qu'il va dire. — Au reste, il venait de faire, pour la collecte, un appel près-
2i\ SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XI, 1-15.
*y,Xttji,aatv tyj; 'A^aïaç. H. Aà t(; oti où/. aYaicw (i\f.y:q', à Bîbç oToîv. 12. '0 3è TTCiw *xal TCOV^orw, *hx Èxxitl'w Tr]V àî)op{i.-î]v twv OîXovtwv à(pop[ji.r)V *ïva èv w * -/.au/covcai îûpîOwjiv xa6à)ç xa\ ■^[^.sïç.
sant à leur libéralité; c'était assez d'une fois, jugeait-il, avec ces gens qu'il connaissait bien. Mendier près d'eux pour les autres, passe! mais jamais pour lui-même dùt-il être tenu pour le plus timide des « îBiaStat ».
■I A. 10. "Eo-ctv àXîjO. Xou èv è|jLO[' est à coup sûr une formule de serment {Lietzmann, Windisch, Toussaint, Sickenberger, etc.) ; le sens précis doit être que Paul invoque, en garantie de sa propi'e véracité, celle du Christ qui vit dans son âme et anime toutes ses démarches, cfr supra, i, 18-19. — fptxy/^a&zai, futur passif de «ppaocrto, est une image, dit C/irys., tirée du cours des rivières ; le verbe signifie en effet, « endiguer » ou « arrêter » ; il est pris dans un sens dérivé (fermer [la bouche]) Rom. m, 15 et Heb. xi, 33. — ■Akîtxcn, mot hellénistique assez rare, se trouve dans le N. T. chez le seul Paul, ici et Botii. xv, 23, Gai. i, 21, toujours au sens géographique, comme chez Polybe; dans les LXX, Esdras, il signifie « pente du sol », et, chez Arrien, « inclination ».
B. 10. L'affirmation précédente paraît à Paul d'une telle portée qu'il la confirme par serment. Ce désintéressement si mal jugé, c'est pour lui un grand motif de gloire; le bruit s'en répand partout, comme le cours d'un fleuve, et aide au succès de son apostolat (cfr I Cor. ix, 15-18). Cet honneur qui l'accompagne en tous lieux, ce n'est pas à Corinthe et en Achaïe qu'il y renoncera ou en tolérera l'obscurcissement, par crainte de passer pour un « amateur » qui n'offre pas de pi'écieuse marchandise \
B. 11. Que l'on n'aille pas dii'e, cependant, que c'est par manque d'affection
pour les Corinthiens ! « Dieu le sait ». Jamais cri de tendresse plus émouvant à l'égard de sa chère communauté ne lui a échappé dans les premiers chapitres, si pleins d'amitié pourtant. Jouissons de sentir cette chaleur du cœur de l'Apôtre, même au milieu de son irritation apparente; mais notons-le aussi pour la critique (v. Exe. xv, supra).
• A. 12. Y.xi :îoiiÎ(jw est-il la proposition principale dont dépendrait o 8è Ttoiw
(« ce que je fais, je continuerai à le faire »), ou bien faut-il coordonner les deux verbes, ha v.-X. formant une nouvelle phrase elliptique, à laquelle il manquerait au commencement des mots comme « (je le fais] pour que.. », « [et cela] jîour que.. »? Nous préférons cette seconde traduction, (avec Bachmann, Windisch, al., contre Plummer, Bclser, Sickenberger, Gutjahr, H. D. Wendland, al.) à cause de l'analogie de ixripYivca xk^ Trjorîaw au V. 9, et parce que de telles ellipses sont tout à fait dans le style de Paul en ces chapitres.
Le reste du ver.set estassoz contourné et obscur; aussi l'a-t-on construit de façons diverses. La question est de savoir si les deux ïva sont parallèles, et dépendraient ainsi tous les doux de 7:oi>5cf(o, comme s'ils marquaient tous deux une intention de Paul? ou si ïv«2 dépend de Ir/.oJ/ai [t. a-^».]? ou si ïva^ dépend de rôiv OeXdv-cojv àçopjATÎv, signifiant ainsi une intention des adversaires, et non de l'Apôtre? C'est certainement la troisième construction qui est la bonne (v. infra, à B), et elle est celle de Lieizmann, Plummer, Menzics, Bachmann, Windisch, Toussaint, Bclser, Gutjahr, Sickenb., etc. ; elle donne un sens très bon, le seul qui convienne au contexte général, et il n'y a aucun besoin do supposer la possibilité d'une corruption, ou de quelque chose d'omis entre OsX. asp. et Tva2 (cfr Windisch). — xùiy OeX, àpop;j.»Jv est omis P ''*'.
B. 12. A son désintéressement éclatant et immuable, Paul assigne ici une raison appropriée à la controverse.
10. [Par] la vérité du Christ [qui est] en moi, [je déclare] que cette [source de] g-lorification, elle ne sera pas bouchée pour moi dans les régions de l'A-chaïe. il. Pourquoi? parce que je ne vous aime pas? Dieu [le] sait! 12. Mais ce que je fais et continuerai à faire, [c'est] pour retrancher l'occasion, à ceux ([u'i voudraient une occasion d'être, en ce dont ils se glorifient, trouvés pareils à nous!
Ce n'est pas la seule; il y en avait de plus générales et de plus hautes, comme celle qu'il a donnée I Cor. ix, de racheter par ses sacriftces absolument volontaires le caractère» forcé » de sa vocation apostolique; ou celle qu'il explique aux Thessalonlciens, de leur donner l'exemple moral du labeur et do l'indépendance; il y avait celle encore de ménager délicatement ses enfants dans la foi (v. infra, xii, 14). Dans le passage même que nous étudions, au v. 7, il a dit qu'il s'élait « humilié « pour les « élever », Cette humiliation consistait dans le fait d'accepter l'aumône d'autres églises, afin de pouvoir « élever » à La foi un plus grand nombre des Corinthiens, par un apostolat intensifié; mais surtout c'était dans le fait de travailler de ses mains, chose que Grecs et Romains tenaient pour avilissante chez un citoyen, et que lui, il avait choisie pour « élever » moralement ses néophytes par l'exemple de son abnégation.
Mais, dans le milieu corinthien, Paul trouvait pour agir ainsi une raison très spéciale qui s'ajoutait aux autres. En travaillant de ses mains, en refusant tout subside, Paul s'assure dans ces débats d'autorité un avantage qui le met hors pair; car jamais ses prétendus rivaux et correcteurs n'auront assez de désintéressement pour chercher à imiter pareille conduite. Et c'est parce qu'ils ressentaient amèrement leur infériorité notoire sur ce point, qu'ils inventaient des interprétations méprisantes ou calomnieuses (v, infra, xii, 16-17), afin de lui enlever un avantage qu'ils ne pouvaient, dans leur for intérieur, s'empccher de lui reconnaître.
Telle est l'interprétation la plus naturelle et la plus facile, reconnue de presque tous aujourd'hui, Plummer, Lietzmann, Belser^ etc. (voir supra, A, tous ceux qui joignent "va2 à OsX. a-f.). La réponse aux intrigants qui dépréciaient cette gratuité d'enseignement est triomphante, et Paul, dirait-on en langage vulgaire, n'avait pas de meilleur moyen de « clouer » ses détracteurs. Ce dont ils se vantaient (Iv w xaux^ôjvTat), ce n'était pas spécialement ce que dit Cornely, de mériter d'être entretenus (ô-|t&vtov) par la communauté, mais de possédera un degré suréminent (d'où l'ironie du u7:£pX(av, supra) toutes les qualités des vrais apôtres; il leur en manque une au moins, le désintéressement, et celle-là, dit Paul avec toute l'estime dont il les sait dignes, il est bien sûr qu'ils ne l'acquerront jamais.
Pourtant l'obscurité grammaticale du verset a empêché beaucoup de bons exégètes de le comprendre. S. Chysosiomc, — ce qui surprend, — en est le premier; il suppose que les détracteurs de Paul, étant riches, prêchaient gratuitement, ou du moins s'en donnaient l'air et s'en vantaient (xaux'ji'J ^at) > iiiais que par leurs insinuations dédaigneuses ils voulaient pousser Paul à accepter de l'argent ou son entrelien, afin d'avoir un prétexte de se mettre sous ce rapport-là au-dessus de lui; l'Apôtre ne tolérera pas qu'ils trouvent jamais ce prétexte. Ainsi,également Théophylacte ("ifva^ /.tX. dépendrait de TOiïJoco ou de ix.y.o'il/w, Paul couperait court à toutes leur intrigue (sxx. a©.) eu demeurant l'L'ellement aussi désintéressé qu'eux veulent le paraître). L'expression serait bien peu limpide, l'attitude supposée des adversaires n'est pas en situation, et un désintéressement apparent de ces « surapôtres » est en contradiction avec la description de leurs îillures au v. 20 (v. infra).
On ne peut admettre davantage les explications de Théodoret, Pelage, Ps.-Primasius,
280 SECONDE ÉJPITRE AUX COUINTHIENS, XI, 1-15.
à~OTTOAou; XpiŒToU. IV. Kal oj ùxii^-x' ajxbç Y^? ° Saravaç iJi.£TacrxYl[xai:(ÇeTai s'.ç â'YYsXov çwro.;. 15. 0!) j^.iY'^ '''^^ *^'' "''•°''' °'- ^^^'^'-o'^^t a'jToU [J.STaa^'^fxaTfÇov-ar, (bç §dy,2Vot 3iy.a',ocrijv^ç 'cov to -zéXo^ à'a-ai /.arà xà spY^ auTWV.
données au second rang par //e/ve et Thomas, puis Bisping, Klôpper, Heinrici, al., qui se résument en gros (toutes voyant en 'l'vx^ xtX. le compiément de tioitîctw ou è)f/.6i|ito,
donc l'énoncé d'une intention de Paul, parallèle à 'ifva^ xtX,) dans cette proposition .l'Apôtre continuerait à prêcher gratis, pour enlèvera des ennemis qui cherchent toute occasion de le présenter comme intéressé et égoïste, le prétexte qu'ils cherchent, et pour les forcer, eux qui, désintéressés en apparence, exploitent secrètement la communauté, à suivre son exemple de vrai désintéressement (voir Bcher ou Gutjahr, qui exposent très bien toute la question, ou aussi Windisch). — Mais alors, grammaticalement, àpopfjirfv se trouverait incommodément en l'air, sans complément, et, psychologiquement, Paul ne semble guère compter sur une conversion, fût-elle contrainte, de gens dont il parlera, aux versets suivants, dans les termes qu'on va voir.
D'un mot, Paul clôt tout ce débat sur la « gratuité » en affirmant qu'il ne pratique pas l'apostolat gratis parce qu'il aurait conscience, au fond, de n'être qu'un profane, un amateur sans art oratoire ni science profonde, mais parce qu'il voit dans le désintéressement tel qu'il le pratique, une des marques les plus nobles et les plus authentiques de la mission d'apôtre, une marque que ses ennemis n'oseront jamais usurper,^ et qui, pour tout observateur réfléchi et de bonne foi, le distingue d'eux dès la première vue.
I. A, 13, où (pour ot) yàp Totoîj-cot de F et G (non f et g), si ce n'est pas un simple « lapsus calami », ne peut s'entendre que comme une question exigeant une réponse affirmative. — ij^suBaTu. est prédicat, contre vulg. — BdXioi, hap. leg. dans le N. T., cfr supra, IV, 2, SoXouvteç tov Xdyov, et x.a/.ou; IpyocTaç de Phil. ni, 2. — [xst«(j-/^ï)ix. , ici et aux deux versets suivants dans le sens de « déguiser », non en ceux de I Cor. iv, 6 (voir notre comm. ad loc), ni de PInl. m, 21 ( « transformer » réellement).
A, 14-15. où ôauij.a, expression de diatribe {Epictète), et déjà classique dans le style de conversation {Plndare, Sophocle, Platon, al.) ; Oa'j[j.aaTdv dans E et qqs autres. — — où ]i.i^a., vif et familier, cfr I Cor. ix, 11; oùv manque D*, c, pes. — Sv to tIXoç xtX., raccourci plein de vivacité, qui rappelle Sv -cb •/pf[/.a xxX. de Rom. ni, 8.
B. 13-15. La fin de la discussion précédente a rejeté Paul en plein dans la polémique, et il s'y laisse aller avec des sarcasmes terribles, et une virulente indignation que nous pouvons croire (malgré les légers doutes de Windisch) bien justifiée par les faits eux-mêmes et non seulement par le tempérament colérique de l'Apôtre. Il est vrai que rien ne le blessait plus au vif que les soupçons contre son désintéressement.
Ceux qu'il attaque sont évidemment les mêmes depuis le commencement, les « surapôtres » du v. 5; l'homogénéité très visible du morceau l'exige. On voit donc bien que, plus haut, il ne pouvait nullement s'agir des Douze — qui n'avaient aucune raison, m^aX^vQ Relizenstein, Prat, al., et quelques anciens, de s'introduire là comme en parenlhèse.
Paul dit enfin, clairement et brutalement, ce qu'il pense de ses contradicteurs : de faux apôtres, des ouvriers, dirait-on trivialement, « qui sabotent » l'ouvrage, et leur prétendue mission d'apôtres de la « justice » (peut-être un sarcasme contre leur abus de l'Ancien Testament, analogue à celui de leurs congénères de Galatie), c'est un déguisement transparent, bien naturel chez eux, car ils ne sont que des ministres du diable, qui sait se déguiser on « ange de lumière ».
Ce dernier trait a été pris pour une allusion àquelque théophanio païenne {Sclimic-
13, Car de tels individus sont de faux ap5tres, des ouvriers fraudeurs^ déguises en apôtres du Christ. H. Et ce n'est pas merveille, vu que Satan lui-même se déguise en ange de Jumière. 15. Ce n'est donc pas chosesi forte que ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice!... [gens] dont la fin sera mesurée sur leurs œuvres!
del), ou à des histoires de Satan dans la Iiaggada (ainsi « Vita Adami », 9, « Apec, de Moïse » 17, V. Strack-BLllerbeck). Des syncrétistes comme Windiscli et d'autres y croiraient volontiers; mais il n'y a aucune nécessité, observent justement Plummer, Bachmann et d'autres, de supposer que Paul se réfère à aucune légende ou histoire particulière ; son expérience d'apôti-e, acquise à Corinthe et ailleurs, lui a fait assez, connaître les mœurs ordinaires de l'Ennemi,
Les faux prédicateurs, qui font son œuvre dans les jeunes chrétientés, sont de ceux, que le Seigneur caractérisait comme « des loups sous des peaux de brebis », Mat. vu, 15 [Sickenberger], Leur perfidie diabolique se décèle déjà dans leurs insinuations, calomnieuses contre le véritable apôtre du Christ, Aussi Paul termine -t-il ce premier réquisitoire par une menace qui n'est pas commune dans ses lettres, celle de la damnation éternelle, — au tribunal du Christ dont ils prétendaient éti'e les repx-ésentants,., cfr v, 10, Il est bien entendu que cette menace est, comme toujours, conditionnelle ; mais on y voit que, si l'Apôtre espère bien ramener dans le droit chemin ceux qu'ilsont dupés à Corinthe, il compte peu sur la conversion des meneurs eux-mêmes, parce, que ce sont à ses yeux des hommes de mauvaise foi.
D. — Ch. XI, 16-xii, 10. Paul fait son apologie en détail, d'après ses travaux,